Portrait de Rody

Comme Rody, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Ma famille, mes amis, sont les personnes ressources qui me permettent d’entrevoir un amour et un futur possible.

Je vis dans une solitude extrême et cela me donne le sentiment d’être une fourmi dans une fourmilière.

J’aime essayer de trouver des situations où je peux méditer. Par exemple, j’ai choisi de moins polluer l’environnement en n’utilisant plus de voiture, en faisant mes courses à pied et pour ce qui est des longs trajets j’utilise le train. Je médite souvent sur la question du pourquoi les gens prennent leur véhicule. C’est un faux espoir, le temps passe différemment à pied.

J’ai espoir qu’une majorité de personnes prendront conscience qu’une voiture rend esclave et non libre.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’ai essayé de travailler comme graphiste.

Cependant, j’ai eu des périodes de maladie très handicapantes et de longs séjours à l’hôpital.

Mon métier ou du moins ma raison de vivre est de mieux comprendre le monde qui m’entoure afin d’être une personne ressource et de confiance pour mes proches.

J’aime observer le monde afin de voir ce qui pourrait être différent.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Le monde de la santé mentale en France n’est pas vraiment la priorité des dirigeants.

Avoir une maladie mentale peut entraîner de lourdes conséquences comme l’éloignement des amis, l’incompréhension des réactions de rejet, et une grande fragilité.

Il y a beaucoup à faire en ce qui concerne la protection des malades.

Il n’est pas rare de voir en psychiatrie bourreau et victime prendre un repas ensemble de par le laxisme des lois. En effet, il peut y avoir dans une même enceinte des victimes de viols et des violeurs par manque de place dans la structure.

Il y a beaucoup à réfléchir aussi quant à la volonté d’enfermer ceux qui nous paraissent différents.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Rien, le fou, à force d’être écouté, semble normal et les personnes commencent par entendre la folie comme normale.

Hallucinations, états de transe et phénomènes paranormaux peuvent être gênants à aborder, tout comme l’après vie.

En HP (hôpital psychiatrique), il est fréquent de pouvoir parler de tout.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Je demanderais un budget pour les fous raisonnables ; quand une personne qui fait des économies écologiques pour être bienveillante avec les générations futures, qu’elle soit rétribuée pour bon comportement.

A l’inverse, quand une personne pollue qu’elle soit sanctionnée.

Ce n’est pas parce que des gens ont une maladie mentale qu’ils doivent être marginalisés, au contraire, et surtout actuellement.

« J’ai arrêté les médocs » [Avril Dystopie]

Et je vais bien (?)

En 2018, j’ai fait une « décompensation », « crise psychotique », « bouffée délirante aigue » : bref, pendant trois mois, je me suis pris pour Jésus.

Je me baladais en ville avec une robe à volants et des collants résilles bleu ciel, une béquille à la main pour soutenir les 35 kilos que mes jambes ne pouvaient plus porter, je gueulais des poèmes sur les places et je montrais mon cul aux caméras de surveillance, persuadé que j’étais au centre d’un film documentaire génial, dirigé par un type qui regardait toute mon ascension mystique dans une grande pièce sombre avec des écrans partout.

On m’a foutu en HP, une fois, trois fois, cinq fois, on aurait dit qu’ils avaient inventé des mots rien que pour moi, « discours logorrhéique » et surtout « patient dangereux, violent, en refus de soin » ce qui aurait pu me destiner tout à fait à une vie en institution si je ne m’étais pas enfui.

J’ai passé un mois chez ma mère, sous grosse dose d’anxiolytiques, petit à petit, la crise est partie, grâce à quelques gens aussi qui ont accepté de m’écouter et de me parler. J’ai vu une psychiatre qui m’a remis sous neuroleptiques, elle me disait « si vous arrêtez, je vous remets en HP », je dormais 16 heures par nuit, je ne ressentais ni tristesse ni plaisir, mais je l’ai eu mon année à la fac, « grâce aux médocs » qu’elle disait, comme si c’était la boîte de Quétiapine qui avait passé les partiels.

Et j’ai arrêté de la voir.
Et j’ai arrêté les médocs.

Ça m’a pris 6 mois. Ma médecin ne voulait pas me suivre, elle me disait la même chose « si vous arrêtez les médicaments, vous ne me laissez pas le choix, je vous remets en HP ». J’ai glané des infos, la brochure d’arrêt des médocs de Icarus. Mois par mois, je retirais une pilule, puis une autre.

Au nouvel an 2020, j’arrête la dernière pilule, je vis une semaine atroce, nausées, malaises, des plaques rouges sur tout le corps à force de me gratter, de longues nuits sans sommeil, à 4 heures du matin, complètement paniqué et désespéré, j’appelle le Samu, prêt à tout pour que ça s’arrête, un vieux médecin fatigué me dit « vous n’avez qu’à reprendre les médicaments monsieur ». Je regarde la boîte et je me dis « après tout ça, je ne peux pas abandonner comme ça. »

Et je tiens bon.
Et ça se calme.

Ça fait trois ans maintenant que je n’ai pas pris un neuroleptique.

Et je vais
Bien?

Je veux dire, j’ai eu énormément de chance, dans cette affaire. Je fais des études artistiques. Entouré d’inadaptés, au point de se demander « ça veut dire quoi neurotypique » et de profs qui croient en moi, qui pensent que j’ai un « truc ». En 5 ans, j’ai bougé trois fois de ville, je passe mon temps à pratiquer et à lire des livres. J’ai l’AAH, je n’ai rien d’autres à penser qu’à cette genre de grande quête artistique, et prendre le temps, de me faire à manger, de dormir à une heure décente. Un rythme soutenu, un cadre idéal, toujours manger à 12h, à 20h, arrêter les écrans à 23h, dormir à minuit. Du moins, on essaie. Comme ça t’as faim à 12h, t’as faim à 20h, t’as sommeil à minuit. Des fois. D’autres tu regardes le plafond. Des fois je vois des fenêtres dans le ciel, mon interrupteur me parle, y a des types qui n’existent pas qui dansent dans le métro. Jamais de clowns tueurs, très rarement des araignées géantes sur les murs. J’ai de la chance.

La plupart du temps, je pense que tout le monde me déteste, je parle trop vite, je n’écoute pas vraiment les gens et je ne regarde jamais vraiment le réel. Je vis dans ma tête, et heureusement, ce n’est pas un endroit trop désagréable. Comme tout le monde, ça m’arrive de vouloir oublier, en buvant de l’alcool, en fumant des joints, en regardant des séries ou en jouant compulsivement à un jeu vidéo. Et des fois j’ai envie de vivre, et je sors beaucoup.

Parfois, je fais des crises. Je ne dors plus, je pète un câble, je cours à 4 pattes, je ne dis plus rien de cohérent, je pleure ou je ris très fort et sans raison. Je fais peur à tout le monde. A ce moment là, soit je comprends tout seul qu’il faut me faire une cabane sous mes draps et disparaître pendant une semaine, soit un ami vient me chercher et s’occupe un peu de moi, et ça va mieux. Généralement, c’est quand je travaille trop, ou que je suis très stressé.

Avril Dystopie rêve
Avril Dystopie ciel coloré

Au final, je me sens un peu comme tout le monde.

J’en ai lu des bouquins, sur mes troubles, les différents diagnostics qu’on m’a donné. J’ai appris cette grande prophétie psychiatrique qui dit que sans médocs, c’est sûr, je finirais fou à lier, j’enchaînerais les crises, je resterais « fixé ». Alors j’ai dit fuck et je suis allé vers la psychanalyse. Je me suis tapé un délire sur Carl Jung. J’ai trouvé un type très bien qui me laisse choisir mon tarif. On décortique les pensées et le passé, ça me donne des clés pour comprendre, des idées, je comprends un peu mieux mes biais, comment je fonctionne. Je comprends aussi que les angoisses sociales, les crises qui surgissent de nulle part, c’est un peu pareil pour tout le monde.

Nous sommes tous des animaux qui évoluons dans un monde fait pour des machines. Personne n’est fait pour bosser 8 heures par jour ou se cacher de la lumière du soleil. Seulement, certains s’y adaptent, et d’autres non. Je suis de ce « non ». Et une fois la stabilité relative trouvée, me permettant de me nourrir et de vivre malgré cette grande machine, tout ce que j’ai eu à faire c’était trouver d’autres gens faisant partie de ce « non ». Je les ai trouvés dans l’artistique.

J’ai eu de la chance.

Je ne prends plus de médocs depuis 3 ans et j’ai des bons et des mauvais jours, comme tout le monde. Je cherche ma place dans le monde en faisant des études à rallonge qui ne me mèneront peut-être nulle part. Comme tout le monde. Je finirai probablement à un endroit qui aura des bons et des mauvais côtés, dans une proportion variable, et j’aurai toujours le choix de partir et de rester. Comme tout le monde. J’ai des addictions et des faiblesses à la pelle, de mauvaises habitudes et des relations pas saines, à travailler, à déconstruire. Comme tout le monde. Et je vis avec, comme tout le monde.

Je croise toujours des médecins qui voient mon dossier et me disent « je ne peux pas vous prendre en charge si vous ne voyez pas un psychiatre » quand je venais soigner mon asthme. J’entends encore des gens dire que ma réalité vaut moins que la leur, que je ne suis pas lucide, que je suis fou ou que ce que je pense, ce que je dis, est irréaliste, biaisé, projeté. Et ils ont sûrement raison autant qu’ils ont tort. Il y a de grandes chances qu’un jour je retourne en HP ou je reprenne des médocs.

Mais pour le moment, je vais bien.
Sans médocs.

Malgré la grande prophétie psychiatrique.

Avril Dystopie

La folie est une construction sociale

La folie est une construction sociale et un outil d’oppression psychophobe.

Retranscription du post « La folie est une construction sociale » du compte Instagram DeepTalkfr tenu par Kaina Djaé.

Définition de la psychophobie développée par Kaina Djaé :

Discrimination et oppressions à l’encontre des personnes qui ont, ou qui sont étiquetées ou perçues comme ayant une maladie mentale.

La psychophobie est une forme de validisme où un jugement de valeur est posé sur les capacités mentales, le respect des normes sociales dominantes, l’intelligence, les comportements, l’âge, la communication, l’apparence et la culture d’un.e individu.e.

Qu’est-ce que la folie ?

La folie est un terme polysémique mais globalement elle représente la marginalité, l’anormalité, l’irrespect des règles sociales établies.

Dans son sens philosophique la folie est définie comme l’incapacité pour une personne de penser, d’agir et de se comporter comme les autres.

Ce stéréotype tend à regrouper toutes les pathologies psychiques en une forme unique, une espèce commune, connotée négativement.

Alors qu’elle est stigmatisée, au sein des groupes minorisés.

Elle est parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée, une sagesse supérieure ou du génie mais uniquement lorsqu’il s’agit d’homme blanc cisgenre, hétéro riche ou reconnu socialement.

Troubles mentaux  ≠  Folie

Il faut différencier les troubles et les maladies mentales de la folie.

Les maladies et les troubles mentaux sont des “réalités” scientifiques et médicales qui servent au diagnostic.

Alors que la folie est une construction sociale, qui se mesure selon l’irrespect plus ou moins marqué des codes sociaux dominants.

On peut être considéré.e comme fou.olle et n’avoir aucuns problèmes psychologiques.

Et inversement, on peut avoir des problèmes psychologiques et ne pas être considéré.e comme fou.olle.

Par exemple, les homosexuels / transgenres / lesbiennes / féministes / colonisé.es / handicapé.es / gros.ses / racisé.es… sont selon l’époque, le lieu, le climat social et politique considéré.es comme inadapté.es, anorma.ux.les, fou.olles.

Qui sont les fou.olles ?

La folie est une idée qui évolue au fil du temps, qui se façonne au contact de l’environnement social et politique, tout comme la race et le genre.

Ainsi certains groupes de personnes sont fou.olles selon les époques ou le pays où iels se trouvent :

Pendant longtemps les sourd.es étaient interné.es dans des instituts psychiatriques car considérés.es comme déficient.es intellectuellement et incapables de s’intégrer socialement.

Pour de nombreu.x.ses autistes et personnes neuroatypiques la même chose est toujours d’actualité.

L’hystérie, aussi appelée “maladie de l’utérus”, a longtemps été diagnostiquée comme une névrose chez des fxmmes dont les comportements ne correspondaient pas à ce que la société patriarcale attendait d’elleux, et concernant donc souvent les féministes, les lesbiennes ou les hommes transgenres. Elle ne sera retirée de la classification internationale des maladies qu’en 1952.

Les fou.olles sont toujours les margina.ux.les, celleux qui vivent, s’expriment, se comportent différemment de ce que le système attend d’elleux.

Durant l’époque coloniale, les colonisé.es accusé.es de perturber « l’ordre public colonial » se retrouvaient si ce n’est en prison, interné.es au sein d’asiles coloniaux qui virent le jour dès le début du XIX e siècle, avec l’essor institutionnel de la psychiatrie coloniale.

Alors que l’OMS n’a dépsychiatrisé l’homosexualité qu’en 1990, il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que la transidentité ne soit plus considérée comme une pathologie mentale dans la classification internationale des maladies.

Catégoriser pour mieux stigmatiser

L’utilisation de termes de la même famille que le mot folie est un moyen de catégoriser et donc de stigmatiser davantage les populations déjà oppressées.

Les mots hystériques, sauvages, assisté.es, mongolien.nes, zoulou.es, incivilisé.es, sourdingues, malades , bêtes, teubé.es, idiot.es, attardé.es… sont autant de synonymes du mot fou.olles qui cachent à peine le sexisme, le colonialisme, le classisme, le racisme, le validisme, l’âgisme et le spécisme qui en sont à l’origine.

Ces mots sont des étiquettes posées sur des individu.es à partir desquels se construisent progressivement des catégories de plus en plus différenciables et donc stigmatisables.

Et ces termes psychophobes nourrissent les oppressions systémiques.

Toutefois la réappropriation par certain.es de ces termes qui visaient à les oppresser peut être un moyen d’émancipation.

La psychophobie : moyen d’oppression extrême

Dans le paradigme psychophobe : une personne classifiée comme folle ne peut pas prendre de décisions censées, une certaine forme d’autorité se doit donc de décider pour elle.

La folie prétendue de certains groupes permet de justifier la colonisation, l’esclavage, le sexisme, la transphobie, le racisme…

Ainsi, les colonisé.es n’étaient pas assez civilisé.es pour s’occuper elleux-même de la politique et de l’économie de leurs pays.

Les femmes pas assez équilibré.es pour voter, acquérir l’autonomie corporelle, avoir des postes à responsabilités ou être crues au sujet des violences sexuelles qu’elles auraient subies.

Les personnes transgenres pas assez stables ou rationnel.les pour transitionner sans l’avis d’un.e psychiatre (et sans l’accord parental pour les mineur.es), fonder une famille ou changer de nom ou d’état civil sans passer par de multiples procédures…

Les enfants intersexes pas assez matures pour que l’on respecte leur droit à l’autodétermination et leur intégrité physique.

Sous prétexte de vouloir conserver un certain ordre social et à force de pathologisation, on retire à toute une partie de la population l’accès à l’autonomie corporelle et l’autodétermination, (justice reproductrice, traitement hormonal, soins, accès à l’information, intégrité physique, mariage pour toustes, éducation…) alors même que ce sont les fondements de tout droits humains.

Et bien plus grave, on retire aux fou.olles leurs libertés individuelles avec des mesures de privations de libertés :

Emprisonnement, astreinte à résidence, interdiction de se déplacer, hospitalisation sans consentement, stérilisations, interdiction du droit de vote etc…

Sources :

1) « La surdité, quelle histoire ! » Christophe Dodier Surdité et santé mentale (2013), pages 45 à 50

2) « Histoire de l’hystérie, cette excuse pour contrôler les femmes » Elise Lambin, rédactrice Feminists in the City (Mai 2021)

3) René Collignon, « La psychiatrie coloniale française en Algérie et au Sénégal : esquisse d’une historisation comparative », Revue Tiers Monde, 2006 (n° 187), p. 527-546.

4 ) “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans.”  solidarites-sante.gouv.fr (Janvier 2022)

Kaina Djaé

Pour le compte Instagram : https://www.instagram.com/deeptalkfr

Entretien avec Dandelion : Schizophrénie et psychophobie

Dandelion, blogueur se revendiquant fou, est l’invité de Septante Minutes pour discuter de sa schizophrénie, de psychophobie et de l’institution qu’est la psychiatrie.

Références :

Déconfinement, doit-on s’affoler ?

Récemment, on a pu lire des psychiatres affolés qui craignent de voir arriver une vague de décompensations psychologiques dans l’après corona virus immédiat. Des gens, déjà suivis en psychiatrie et d’autres, qui tiennent tant bien que mal et qui tirent sur leurs ressources psychiques pendant le confinement, seraient amenés à craquer pendant le déconfinement.

Non, ce n’est pas un virus qui va nous rendre fou. Même si apparemment, parmi les nouveaux patients psy, ceux qui ont décompensé pendant le confinement, c’est souvent lié au contexte du corona virus, à la saturation d’information, à l’isolement forcé.

Pourquoi cette perspective du jour d’après, où on se retrouvera tous, est-elle anxiogène ?

Vous avez tous envie de revoir des amis, des proches éloignés, ou même votre psy, d’avoir une contenance affective ou un soutien psychologique.
Il n’y a pas de quoi avoir honte d’être resté enfermé chez soi pendant deux mois, tout le monde a partagé ce vécu et ce sentiment de solitude et d’isolement.

Alors pourquoi les gens angoissent et même les psychiatres ?

Est-ce le retour à la normale qui fait peur ? Est-ce dû au fait que le quotidien ait été bousculé voire immobilisé ? Le manque de soutien pour vivre cette torpeur du quotidien sera-t-il la cause de craquages psychologiques ?

Côté psychiatrie, on a aussi lu que l’interruption du suivi par les psys, pendant le confinement, pourrait conduire les patients au long cours à arrêter leur traitement médicamenteux.

Est-ce là la seule chose qui préoccupe les psychiatres qui passent dans les médias ? Est-ce que leur métier se résume à contrôler les humeurs et les angoisses par leurs prescriptions médicamenteuses?

La peur est aussi grande du côté des patients de devoir sortir pour se rendre à une consultation et d’attraper le virus en salle d’attente ou pendant le trajet.

Certains redoutent de devoir reprendre les transports en commun pour aller au travail, d’autres redoutent également de les prendre pour aller voir le psy.

Mais alors, que se passerait-il si on arrêtait d’aller travailler ou d’aller voir le psy ?

Pour les uns, on perdrait toute ressource économique, pour les autres on décompenserait ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs aux patients psy, car beaucoup de travailleurs sont au bord du craquage, ou déjà fous, et que « patient psy », ce n’est pas une catégorie sociale.

Ce n’est pas parce que le travail ou le suivi psychologique s’est transformé ou interrompu à cause du confinement que la vie de chacun s’est arrêtée.
Mais, avons-nous changé ? On nous dit que le monde ne sera plus comme avant, plus de bisous, qu’on marchera dans la rue avec une vigilance accrue, qu’on portera des masques. C’est comme si le futur se résumait à la fin de la crise sanitaire, à des mesures de protection et d’hygiène renforcées.

Le monde d’après ce n’est pas que la crainte de voir des gens atterrir en psychiatrie. Si on a survécu sans les psys, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne sont pas essentiels à la société.

Ceux qui ne décompenseront pas, malgré le corona, ce sont ceux qui ont eu un contexte favorable de confinement, qui ont eu cette contenance affective, qui ont pu souffler et apaiser leurs angoisses.

Non, ce n’est pas le virus qui rend fou. C’est le manque de soutien social, le manque de solidarité entre nous, le désespoir, c’est-à-dire la façon dont on vit le confinement quand on n’a pas non plus de résidence secondaire où aller se préserver.

Si nos dirigeants nous répètent que c’est juste une crise sanitaire et que ce n’est pas la fin du monde, rien ne nous empêche de constater que nous ne sommes plus comme avant et la planète non plus.

Le point de vue pessimiste serait de dire qu’il va falloir se serrer la ceinture pour relancer l’économie.

Mais d’un autre côté, on peut se réjouir du résultat de deux mois de confinement sur la santé de la planète, quand les voitures, les avions, les usines s’arrêtent, la planète se refait une santé.

C’est vrai que le confinement c’est déprimant au bout d’un moment, mais ça nous a quand même permis d’inventer de nouvelles manières de rester en lien, je pense à la radio à distance de la Colifata France, et de constater que lorsque la machine économique tourne au ralenti, l’écosystème se porte mieux.

Il est aussi vrai que beaucoup n’ont pas la chance de vivre le même confinement que nous, que les soignants se démènent comme des fous pour lutter contre le virus et n’ont pas eu le temps de souffler.

L’hôpital public les a pressés comme des citrons et ça ne sera pas sans conséquence sur leur santé. A nous de les soutenir au-delà des primes ou des chaleureux applaudissements mais aussi de nous rappeler que l’hôpital n’a pas été à la hauteur de nos besoins.

Qu’il soit psychiatrique ou général, l’hôpital et ses urgences ne sont plus à la hauteur depuis bien avant la crise du corona. Ce ne sont pas que les tests et les masques qui manquent, ce sont aussi des soignants en quantité et en qualité pour réhumaniser la machine hospitalière et aussi des dirigeants qui ne soient pas là que pour gérer les flux ou les sous mais pour soigner l’humain.

La menace de finir à l’hôpital, d’être relégué à la condition de patient psy, c’est-à-dire de patient potentiellement non-réanimable en cas d’infection par le virus, c’est peut-être ça qui nous tient bien confinés.

Pour déconfiner le futur, c’est cette structure sociale et cette déconsidération de la santé mentale et de la psychiatrie qu’il faudra remettre en cause car, pour moi comme pour d’autres, il est hors de question de remettre un pied à l’hôpital tant qu’il fonctionnera comme ça, cet hôpital où la vie d’un patient psy n’a pas de valeur, où on l’exclut des soins autres que psychiatriques.

Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]

La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.

Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.

Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social

8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros

Un match de folie

Par un dimanche de septembre, je me suis rendu au stade et j’ai fini le lendemain interné en psychiatrie. Voici mon récit pour tenter de mettre en mots ce souvenir vivace.

Nouvellement abonné au Paris Saint-Germain, je devais me rendre au Parc des Princes pour le match entre le PSG et Lyon. Mais en attendant, je me suis arrêté en chemin à Place de la République pour voir s’il y avait encore des débats sur la place publique. Alors que j’étais dans les couloirs du métro, j’entends une annonce prévenant que les sorties du métro sont fermées pour cause de manifestation. Je me dirige tout de même vers la sortie et, à ma surprise, les portes sont ouvertes.

Je replonge dans le métro après avoir vu une voiture de police et une forte suspicion m’envahit, j’ai l’impression que les caméras du métro m’observent. Direction le Parc des Princes, dans un métro bondé. Je prends mon temps pour sortir car je commence à croire qu’il y a des policiers en civil, ou plutôt des renseignements généraux (RG) qui m’attendent à la sortie.

Comme il pleuvait, j’attendais dans le couloir qui donnait sur la sortie avec d’autres supporters. Alors qu’arrivent les voyageurs d’un second métro, je décide de sortir. Je vois des cars de CRS, l’un des chefs me regarde sans m’interpeler, je me dis alors qu’il a dû me prendre pour un policier en civil vu que j’étais tout de noir vêtu.

Je passe un à un les contrôles avec ma carte d’abonné et je vois une policière avec un fusil mitrailleur postée sur le chemin. Je commence à croire à une menace terroriste et que la menace c’est moi.

Je décide de me fondre dans la foule et j’entame la discussion avec d’autres supporters. J’étais arrivé trop tôt et les portes du stade étaient encore fermées. Sauf qu’à un moment on entend le son d’un mégaphone qui demande s’il y a des abonnés dans la foule. Puis ils commencent à se moquer d’un jeune avec qui je parlais.

Après avoir ignoré les supporters au mégaphone, j’accède enfin à la tribune encore vide de monde. Assis impassiblement, j’écoute les chants des supporters et j’ai l’impression d’entendre mon prénom et des chants contre Daesh. Au bout d’un moment, on nous distribue des ballons de baudruche rouges et bleus, chose que je n’avais jamais vu au stade. Et puis, le speaker annonce le jeu concours qui récompense un abonné capté au hasard dans la tribune par les caméras du stade. Quand arrive la mi-temps, le supporter descend sur la pelouse pour recevoir son cadeau, sauf que ce soir là, personne n’est descendu. J’espère me tromper, j’avais sûrement la tête ailleurs car je voyais défiler dans l’escalier des personnes dont la tenue neutre me faisait penser à des policiers en civils.

Comme ils s’arrêtaient près de moi, j’ai bien tenté de les démasquer et je me souviens avoir crié « tout le monde déteste la police ». Mais la palme du déguisement revient à cet homme au t-shirt jaune qui déboula façon touriste avec des bières plein les mains alors que le match touchait à sa fin.

A la fin du match, la foule qui sortait était compacte et avançait au ralenti. J’ai eu l’impression qu’ils allaient en profiter pour m’attraper alors j’ai crié « ici c’est paris » et puis certains ont commencé à m’interpeler. N’arrivant pas à distinguer les policiers en civils ni non plus les soignants en civil, j’ai suivi le pas d’un couple qui me conseillait de ne pas haranguer la foule.

Un fois dehors, j’entends un monsieur âgé qui vociférait dans son téléphone et qui repasse devant moi quelques instants plus tard comme pour me barrer la route. Je commence à croire qu’ils sont nombreux à mes trousses et qu’ils m’encerclent à distance, soit devant, soit derrière, pendant que je me dirige vers le tramway. J’interpelle deux jeunes couples qui semblent s’être déguisés en supporters pour se fondre dans la masse, puis me sentant pris au piège, je me mets à courir pour les dépasser. Je m’arrête alors devant le passage piéton à quelques mètres du tramway quand je vois un homme barbu enlever ses écouteurs, s’approcher en courant et me mettre un coup de poing qui fait voler mes lunettes en éclat. Je me mets au milieu de la chaussée devant les voitures qui arrivent à toute vitesse quand un homme m’aide à ramasser les lunettes puis disparaît à son tour.

Avec une douleur et un bruit sourd dans l’oreille, je me dirige vers le tramway. Comme il est plein à craquer, je le laisse partir et j’attends le départ du prochain. Je m’assois à côté d’un homme âgé qui a plus l’air d’un sans abri que d’un policier et je me mets à lui raconter l’histoire pendant la dizaine de minutes à attendre puis le long du trajet en tramway où j’ai l’impression que les policiers en civil sont présents. Je descends du tramway et j’arrive chez moi après avoir croisé trois personnes qui ne semblent pas être là par hasard.

Puis je décide d’aller dans la nuit aux urgences car j’ai mal. Au bout d’un moment, je retourne en salle d’attente et là je vois le monsieur du tramway blotti dans un coin qui fait mine de ne pas me reconnaître.

Je suis alors les soignants qui décident de m’attacher avec des sangles. Après quelques heures, ils me font passer un scanner et m’envoient en ambulance direction l’hôpital psychiatrique où je confonds certains patients et soignants avec des infiltrés de la police. Vu mon agitation, je suis placé en chambre d’isolement où ils m’injectent une dose d’Haldol avec les renforts. Mauvaise dose car je suis emmené une semaine plus tard en réanimation et que je ne garde aucun souvenir de cette semaine en isolement.

Joan

« Asile » : une épreuve de folie à Fort Boyard

Profondément troublés par cette épreuve de Fort Boyard, nous aimerions vous proposer une réflexion sur la stigmatisation.

En passant la porte d’entrée du Boyard Psychiatric Hospital, le candidat se retrouve dans un sas, où Passe-Muraille lui enfile une camisole de force. Sur le vêtement sont accrochées plusieurs petites balles blanches et rouges.

Après cette étape, le candidat se positionne sur une porte à bascule automatique, qui l’envoie directement dans une salle capitonnée fortement éclairée, avec uniquement de caméras de surveillance. Cette action provoque la libération de la clé dans le sas d’entrée.

Pour ressortir de la salle capitonnée et récupérer la clé dans la première partie de la cellule, le candidat doit se secouer, se contorsionner et se frotter contre les murs, afin de décrocher (sans les mains évidemment) les 4 balles rouges présentes sur sa camisole

Lorsqu’il y parvient, il doit saisir avec la bouche, chacune des balles rouges tombées au sol, afin de les placer dans les tuyaux répartis à différents endroits de la cellule.

Mais dans cette salle capitonnée sans porte de sortie, les candidats deviennent fous rapidement ! Pour compliquer la tâche, l’ensemble la cellule tourne sur elle-même. Le candidat se retrouve à marcher sur les murs ou au plafond !

La pratique de l’isolement et la contention

Des candidats enfermés dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, voici la nouvelle épreuve du jeu télévisé Fort Boyard.

Première réaction du gamin devant sa télé : « ça se passe comme ça à l’Hôpital Psychiatrique ? ».

Pour aider les parents à répondre à cette question, voici quelques clés de lecture :

  • L’asile comme lieu d’enfermement arbitraire, la chambre capitonnée et la camisole sont révolus mais les pratiques d’isolement (enfermement dans une chambre prévue à cet effet) et de contention (le fait d’attacher et sangler une personne) sont courantes et réglementées en France, souvent considérées comme nécessaires en cas de crise.
  • La psychiatrie d’aujourd’hui préfère parler de chambre de soins intensifs. Il s’agit à priori de désamorcer des situations extrêmes où l’interaction avec le personnel et les autres personnes hospitalisées peut être dangereuse. Une crise psychique peut s’accompagner d’une certaine agressivité envers les autres et envers soi-même d’où l’idée ancienne de capitonner les chambres pour éviter que la personne ne se blesse d’elle-même.
  • Que ressent-on dans ces situations-là ? L’isolement est une expérience très traumatisante bien qu’elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu’on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse.
  • Peut-on faire autrement ? L’hôpital psychiatrique en tant que lieu de soin se doit d’accueillir dignement toute personne en grande souffrance dans le respect de ses droits. Or, la pratique de l’isolement, justifiée par des situations d’urgence, pourrait être évitée si on s’en donnait les moyens. On peut prévenir la crise et les situations de violence, parfois quelques mots ou une présence attentive permettent d’éviter le recours à de telles pratiques.
  • Pourquoi n’abolit-on pas la contention et l’isolement en France ? Il faut du temps pour changer les pratiques et les mentalités mais aussi beaucoup d’implication et une volonté politique. C’est d’autant plus difficile dans la situation actuelle de la psychiatrie, avec le manque de moyens humains et de formation au soin relationnel, où les soignants sont condamnés à devenir des surveillants plutôt que des accompagnants.

Aujourd’hui en France, près de 100000 personnes sont internées chaque année sans leur consentement en hôpital psychiatrique. Lieu de refuge et d’asile au sens noble du terme, l’hôpital alimente aussi les pires fantasmes de la société, personne n’a envie de finir chez les fous.

Il faut savoir que la psychiatrie concerne 2 millions de personnes en France et que 80% des personnes sont soignées au plus près de leur domicile et ne sont jamais hospitalisées.

L’hospitalisation en psychiatrie reste une épreuve traumatisante dont il est difficile de se relever, notamment du fait de la stigmatisation et du regards des autres.

A travers Comme des fous, nous souhaitons interroger le regard qu’on porte sur la folie et les représentations que véhiculent les médias.

On peut s’amuser comme des fous devant cette séquence tant qu’on n’oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu’elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement.

Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu’ils nous diront ce que ça fait d’être mis dans la peau d’un fou.

Ecouter la séquence du 28 juin 2017 sur radio Vivre FM.

Si vous souhaitez signaler l’émission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la séquence a déjà été diffusée dans l’émission Fort Boyard du 24 juin 2017 à 21H sur France 2.

 

Si vous souhaitez demander le retrait de l’épreuve, vous pouvez également signer la pétition:

Zine #1 du collectif Fou.Fol.&…

Ce petit zine est fabriqué par une dizaine de personnes psychiatrisées, étiquetées fous–folles au quotidien. Nous avons commencé à nous réunir parce que nous ressentions le besoin de nous entraider, nous soutenir et mettre en évidence par des actions, des discussions, des créations les différentes formes d’oppressions auxquelles nous sommes confrontées.

En non-mixité fous-folles, notre collectif essaie d’investir différents plans des questions psy, en allant de l’intime jusqu’à l’action politique.
Ce zine est notre travail, l’expression en images et en textes de nos réalités.

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