SOS Psychophobie réagit à la mise en scène psychophobe de Danse avec les stars sur TF1.

Nous reproduisons ici le texte de SOS Psychophobie et les remercions pour cette réflexion précieuse sur une mise en scène visuellement belle mais tout autant offensante. Retrouvez la séquence « complètement dingue » en question ici.

« Dis papa, c’est quoi une maladie mentale ? »

L’émission à succès Danse avec les stars de TF1, samedi soir, nous a imposé.es une réponse d’un autre temps à travers une chorégraphie psychophobe.

A l’occasion d’Halloween, cette danse met en scène un fou accompagné de son infirmière au sein d’une chambre d’isolement. Sont véhiculés des stéréotypes à la fois datés et insoutenables sur les malades psychiques.

Les enfants qui regardaient l’émission ont appris à quoi ressemble un fou :
Sami El Gueddari est en proie à des mouvements de tête saccadés ; pendant qu’il prépare sa danse on le conseille : « je veux te voir les yeux injectés de folie, je veux te voir faire peur ».

Triste apprentissage des préjugés, TF1 assimile sans complexe des personnes handicapées aux monstres d’Halloween.

Le folklore est là : la chambre d’isolement, lieu de fantasme ; réalité traumatisante pour nous. Des patientes hagardes aux visages cachés et aux mouvements étranges et pour parfaire le décor, du sang sur l’uniforme de l’infirmière.

Plus qu’un ramassis de clichés, c’est une image discriminante qui est véhiculée de nous. Au quotidien, la psychophobie nous rend plus ardu l’accès à l’emploi, au logement. Qui voudrait nous embaucher, nous louer un appartement, avec ces images dégradantes en tête ?

Les contentions, l’enfermement en chambre d’isolement, sont des maltraitances qui mettent nos vies en danger en nous éloignant de la recherche de soin. Pendant que Sami El Gueddari et Fauve Hautot jouaient le spectacle de la folie sous les applaudissements, des patient.es criaient en vain pour sortir de là.

Summum du cynisme, on entendra Shy’m déclarer, émue : « il faut te voir en camisole de force pour te voir libéré de ton carcan ».

Elle fait référence au handicap de Sami, qui porte une prothèse. Le handicap psychique, pourtant, mérite tout autant considération, compassion et justice.

Elle conclut : « l’hôpital psychiatrique te va très bien »…

Il y a deux ans, l’émission Fort Boyard diffusait une épreuve dans laquelle des candidats devaient sortir d’une chambre d’isolement. Avec entre autres une pétition de presque 2700 signatures et tout autant de plaintes au CSA, la mobilisation a payé et France 2 a finit par ne pas renouveler la production de telles séquences.

Faisons nous entendre de nouveau : ne laissons rien passer. Premièrement concerné.es, proches, soignant.es, sympathisant.es, allié.es : tous ensemble exprimons notre refus de voir notre dignité bafouée, signalons au CSA.

Vous pouvez signaler l’émission de TF1 du 2 novembre 2019 à 21H ici.

Texte mis en voix par Comme des fous.

« Asile » : une épreuve de folie à Fort Boyard

Profondément troublés par cette épreuve de Fort Boyard, nous aimerions vous proposer une réflexion sur la stigmatisation.

En passant la porte d’entrée du Boyard Psychiatric Hospital, le candidat se retrouve dans un sas, où Passe-Muraille lui enfile une camisole de force. Sur le vêtement sont accrochées plusieurs petites balles blanches et rouges.

Après cette étape, le candidat se positionne sur une porte à bascule automatique, qui l’envoie directement dans une salle capitonnée fortement éclairée, avec uniquement de caméras de surveillance. Cette action provoque la libération de la clé dans le sas d’entrée.

Pour ressortir de la salle capitonnée et récupérer la clé dans la première partie de la cellule, le candidat doit se secouer, se contorsionner et se frotter contre les murs, afin de décrocher (sans les mains évidemment) les 4 balles rouges présentes sur sa camisole

Lorsqu’il y parvient, il doit saisir avec la bouche, chacune des balles rouges tombées au sol, afin de les placer dans les tuyaux répartis à différents endroits de la cellule.

Mais dans cette salle capitonnée sans porte de sortie, les candidats deviennent fous rapidement ! Pour compliquer la tâche, l’ensemble la cellule tourne sur elle-même. Le candidat se retrouve à marcher sur les murs ou au plafond !

La pratique de l’isolement et la contention

Des candidats enfermés dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, voici la nouvelle épreuve du jeu télévisé Fort Boyard.

Première réaction du gamin devant sa télé : « ça se passe comme ça à l’Hôpital Psychiatrique ? ».

Pour aider les parents à répondre à cette question, voici quelques clés de lecture :

  • L’asile comme lieu d’enfermement arbitraire, la chambre capitonnée et la camisole sont révolus mais les pratiques d’isolement (enfermement dans une chambre prévue à cet effet) et de contention (le fait d’attacher et sangler une personne) sont courantes et réglementées en France, souvent considérées comme nécessaires en cas de crise.
  • La psychiatrie d’aujourd’hui préfère parler de chambre de soins intensifs. Il s’agit à priori de désamorcer des situations extrêmes où l’interaction avec le personnel et les autres personnes hospitalisées peut être dangereuse. Une crise psychique peut s’accompagner d’une certaine agressivité envers les autres et envers soi-même d’où l’idée ancienne de capitonner les chambres pour éviter que la personne ne se blesse d’elle-même.
  • Que ressent-on dans ces situations-là ? L’isolement est une expérience très traumatisante bien qu’elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu’on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse.
  • Peut-on faire autrement ? L’hôpital psychiatrique en tant que lieu de soin se doit d’accueillir dignement toute personne en grande souffrance dans le respect de ses droits. Or, la pratique de l’isolement, justifiée par des situations d’urgence, pourrait être évitée si on s’en donnait les moyens. On peut prévenir la crise et les situations de violence, parfois quelques mots ou une présence attentive permettent d’éviter le recours à de telles pratiques.
  • Pourquoi n’abolit-on pas la contention et l’isolement en France ? Il faut du temps pour changer les pratiques et les mentalités mais aussi beaucoup d’implication et une volonté politique. C’est d’autant plus difficile dans la situation actuelle de la psychiatrie, avec le manque de moyens humains et de formation au soin relationnel, où les soignants sont condamnés à devenir des surveillants plutôt que des accompagnants.

Aujourd’hui en France, près de 100000 personnes sont internées chaque année sans leur consentement en hôpital psychiatrique. Lieu de refuge et d’asile au sens noble du terme, l’hôpital alimente aussi les pires fantasmes de la société, personne n’a envie de finir chez les fous.

Il faut savoir que la psychiatrie concerne 2 millions de personnes en France et que 80% des personnes sont soignées au plus près de leur domicile et ne sont jamais hospitalisées.

L’hospitalisation en psychiatrie reste une épreuve traumatisante dont il est difficile de se relever, notamment du fait de la stigmatisation et du regards des autres.

A travers Comme des fous, nous souhaitons interroger le regard qu’on porte sur la folie et les représentations que véhiculent les médias.

On peut s’amuser comme des fous devant cette séquence tant qu’on n’oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu’elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement.

Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu’ils nous diront ce que ça fait d’être mis dans la peau d’un fou.

Ecouter la séquence du 28 juin 2017 sur radio Vivre FM.

Si vous souhaitez signaler l’émission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la séquence a déjà été diffusée dans l’émission Fort Boyard du 24 juin 2017 à 21H sur France 2.

 

Si vous souhaitez demander le retrait de l’épreuve, vous pouvez également signer la pétition:

Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique

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Dans le spot vidéo en question, les chroniqueurs de l’émission préférée des français animée par Cyril Hanouna caricaturent des fous enfermés dans un asile psychiatrique qui doivent être relâchés pour le lancement de la nouvelle saison. Le cliché est exagéré par l’attitude, le maquillage et les accessoires comme la camisole de force.

S’ils sont consentis par les protagonistes, il n’empêche qu’ils donnent une vision gratuite et dégradante voire terrifiante participant à la diabolisation et à la stigmatisation des personnes concernées par la psychiatrie.

La stigmatisation, dans ce cas, c’est considérer la violence de ces images comme normale, elle enfonce les personnes concernées au lieu de les aider à aller mieux et à s’en sortir. Continuer la lecture de « Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique »