LA BIPOLARITÉ : désirs et créativité refoulés ?

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Jusqu’à quel point devrais-je, faire, et refaire, des crises, des dépressions, avant de comprendre ? Oui, la bipolarité, c’est un réel handicap, une maladie de merde, causée notamment par un dérèglement chimique du cerveau. Je prends mon traitement, j’ai une bonne hygiène de vie.

ALORS POURQUOI, ÇA RECOMMENCE ?

LES REQUETES CREATIVES

J’ai vécu 3 phases maniaques. Parmi de nombreuses thématiques délirantes, une s’est distinguée, par sa répétition et son réalisme.

« Dieu » m’a demandé, d’une voix solennelle :

« Luciiiie… tu dois écrire. Tu dois être mon outil pour faire le lien entre mes paroles divines et les humains pour leur expliquer mes enseignements. Mais écris-le d’une manière à ne pas leur faire peur ».

J’ai répondu, qu’il était un peu gonflé. Merci pour le fardeau. Comment allais-je m’y prendre ? 

Il m’a rassuré : « Regarde le saule pleureur en face de toi. Je suis le soleil à travers le feuillage. Tu es les branches qui descendent vers le sol. Elles se connectent et transmettent mes messages aux fourmis qui représentent les terriens. »

Désolée hein, pour la métaphore des fourmis hein, c’est pas péjoratif, il a juste pris comme exemple ce que j’avais en face de moi.

Il m’a dit « Luciiiie….reprends l’écriture, le théâtre, la danse et le chant, le dessin ».

RÉSULTAT.

Qu’ai-je fait de ces requêtes après les deux premières crises ?

J’ai rejeté toutes les idées délirantes que j’ai eues. Puis bossé, formation, bossé, formation, bossé, formation…

J’ai mis la créativité sous le tapis de « plus tard ». Et j’ai refait une crise, quelques années « plus tard. »

Cette fois-ci, ma conscience était presque intacte. Dieu n’avait plus un ton solennel. Parce que ce n’est pas Dieu. C’était une discussion entre moi, et moi-même. J’ai eu de nouveau le droit à la leçon.

(Voix de Muffassa dans le Roi Lion) :

« Luciiiiiiiie… N’oublie pas, qui tu es.  Tu as affirmé à 9 ans « je suis » écrivain. T’as même demandé à te faire filmer par ta mère en disant ça. Lucie, tu as pratiqué pendant des années le chant, théâtre, danse, puis tu as arrêté. Luciiiiiiie ça fait des années que tu dis que tu veux reprendre le dessin. Tu n’en fais rien ».

Et j’pense que s’il pouvait rajouter « donc me casse pas les c**** et bouge-toi le c**», il l’aurait fait.

J’écris ce texte, d’un ton insouciant, humoristique. Mais je me moque de qui ? De ma douleur qui me fait exploser le cerveau pour que je comprenne.

C’est grave en fait.

C’est grave, de se renier à ce point.De ne pas avoir connecté mes deux neurones.

La solution était-elle sous mes yeux ?

HYPOTHESE DU REGIME : LA PEUR D’ETRE CREATIVE.

Quand on fait un régime, on prive notre corps de la quantité de calories habituelles.

On l’active en mode « survie ». A la prochaine bouchée de sucre et de gras, il va stocker les graisses, pour affronter la prochaine période de disette.

Par peur de la crise maniaque, j’ai privé mon cerveau de sa créativité pendant 8 ans. Quand elle est étouffée, et qu’elle ressort en crise, elle défonce tout, et devient ma pire ennemie. C’est toujours le même refrain.

J’ai supposé que si j’ouvrais une brèche à ma créativité, elle allait se dire « allez les gars, on sait jamais qu’elle change d’avis, on fonce et on sort tout ! ».

Ayant une partie de ma conscience dans la dernière phase maniaque, j’ai compris la logique.

LA PROMESSE

Petit cerveau, ne t’en fais plus, je te donne ce que tu attends depuis si longtemps.

S’il te plaît, ne lâche pas les chiens. J’ai tout mon temps. Toute ma vie pour me faire pardonner. Rien n’est urgent. On se la joue progressive. Alors, on se détend, on souffle, on respire, on sourit, on prend du plaisir. On dort bien. Si on ne dort pas bien, on contacte son psychiatre, on adapte le traitement, on mange bien, on se relaxe, on va prendre une douche, faire la cuisine.

CONCLUSION.

J’ai élaboré un plan machiavélique cette année.

J’ai attendu d’être bien droite dans mes bottes. D’avoir une stabilité comme je n’en ai jamais eue auparavant. Enlever tout stress, créer un environnement sain et calme, changer mon alimentation, un sommeil de top qualité. Lire tous les bouquins possible sur la bipolarité, le sommeil, la santé, continuer mes études, de trouver une excellente psychiatre etc. (la liste est trop longue).

J’ai préparé la muqueuse duveteuse et rassurante pour accueillir ma créativité, en toute sérénité, sans décompenser.

Et. Ça. Marche.

Déduction.

La souche des phases maniaques, dépressives, ne serait-elle pas alors, l’expression des désirs profonds, que l’on a refoulés dans son inconscient ?

Le bipolaire, ne serait-il, donc qu’un créatif contrarié ?

Tu vois Lucie.

C’était si dur, de reprendre l’écriture ?

Lucie

La crise maniaque : peut-on éviter les urgences et rester chez soi ?

Si je pose la question, et que j’écris cet article, la réponse est oui.

3 crises maniaques. 3 fois sans passer par la case urgences psychiatriques.

Je n’ai pas réussi à éviter ces phases maniaques. Elles s’imposent à moi quand je ne me respecte pas et quand je ne m’écoute pas. Et que je ne respecte pas mes limites. Quand ma prévention n’a pas été assez bonne et les signes avant-coureurs n’ont pas été détectés à temps. Ou que j’ai voulu jouer avec le feu. Rappelle-toi qu’il vaut mieux éteindre l’incendie de l’euphorie, plutôt que perdre encore 6 mois, 1 an de ta vie une fois que ton cerveau est brûlé, en cendres, avec dépression à la clé. Ne joue pas avec ta santé, et ta vie. Rends-toi la vie douce, et heureuse. Elle l’est, sans être en exaltation.

Je ne me substitue pas à l’avis du corps médical, contactez votre psychiatre ou médecin, votre entourage, si vous vous sentez « en montée ».

Suis-je CONTRE l’hospitalisation d’urgence ? Non, je ne suis pas contre. Parfois il est trop tard, donc je dirai oui sans doute, mais je demanderai à ce qu’on respecte mon consentement, sauf si je suis en situation de danger pour moi-même, ou plus assez consciente pour faire le bon choix. Mais je sais à qui j’autorise de le faire, et on viendra me chercher à temps. Si je suis mal « traitée » aux urgences et à l’hôpital,  j’irai dénoncer les pratiques dans l’espoir de trouver des solutions. Je saurais dire le bon, également, et remercier le corps soignant.

Ai-je toujours évité les urgences pendant une phase maniaque ? Oui. Mais les circonstances, les lieux, et l’entourage ont fait que j’ai pu. La chance diront certains. Mon comportement docile aussi. J’ai toujours accepté la médication d’urgence, et la médication tout court. Il n’y a que dans ma récente crise maniaque que j’ai pu la calmer à la maison. Et donc à trouver des clés, qui je l’espère, pourront-vous ouvrir des portes. En tout cas, pas celles de l’enfermement. Une fenêtre thérapeutique pour vivre votre montée, et redescendre, en douceur, à la maison.

Pourquoi souhaites-tu éviter les urgences ? Parce qu’aujourd’hui, la réponse en France de la psychiatrie est parfois inadaptée. Elle devrait être ce que j’ai eu la chance d’avoir, la même réponse : humanité.

Entendre certains discours de mes pairs bipolaires et mes cousins schizophrènes me donne froid dans le dos sur comment sont gérées parfois les phases maniaques.

Être capitonné entre 4 murs en isolement total. Parfois attachés à un lit. Parfois hurlant à la mort, sans comprendre ce qui se passe. Aussi une camisole chimique, sans explication. Et surtout : aucun contact humain des soignants au départ, le moment où on en a le plus besoin. Aucune douceur, aucune parole. Il existe des moyens alternatifs à réfléchir ensemble, soignants et personnes avec un trouble psychique.

Pourquoi cet article ? J’écris pour deux raisons : aider mes prochains à pouvoir rester chez eux, et interpeller le monde de la psychiatrie française. De plus, mon « stay at home » repose quasi complètement sur mon entourage et le corps soignant.En aucun cas, seule, je n’aurais réussi.

Est-ce que tu refuses la médication ? Pas du tout, je suis médicamentée depuis 8 ans, depuis mon diagnostic de bipolarité de type 1. J’ai tenté 15 jours d’arrêter mon traitement, non merci.Et surtout, aucune envie de revivre mes années sans médications. Ma bipolarité s’est déclenchée à 17 ans, et j’ai été diagnostiquée à 24 ans. J’en ai 33 aujourd’hui. Et si je dois, en crise, malheureusement m’abrutir de médicaments, je m’abrutis de médicaments. Pour rester chez moi. Et couper l’herbe sous le pied à la phase maniaque.

Allez, dis-nous tout maintenant, on veut savoir ! Comment t’as fait ? Cet n’est que mon expérience personnelle. Elle évolue. Je ne serai jamais à l’abri de faire un détour aux urgences. Prends seulement mes principes comme des conseils tirés de mon vécu. Si toi-même tu te sens défaillir à l’instant, aie-confiance en toi, et lis et relis cet article en « si besoin ».

Plongeons dans ma dernière phase maniaque… et comment je suis restée chez moi, avec certains principes.

QUELQUES PRINCIPES POUR RESTER CHEZ SOI EN CRISE MANIAQUE

  • Ton sommeil : le plus important, tu surveilleras.
  • Ton psychiatre/médecin : le plus souvent possible, tu contacteras.
  • Tes médicaments : rapidement, tu adapteras.
  • Ton entourage de confiance: le plus rapidement possible, tu préviendras.
  • Ta pleine conscience : quoi qu’il arrive, tu garderas.
  • Ta confiance en toi : tu conserveras.
  • Ta créativité : tu canaliseras et développeras.
  • Ton alimentation : tu soigneras.
  • Les moyens alternatifs : tu essaieras.
  • Tes émotions : tu les exprimeras.
  • Le découragement, le désespoir : tu traverseras.
  • Couper les stimulations : tu te dépêcheras.
  • Les événements trop émotionnels, les stresseurs : tu éviteras.
  • L’arrêt maladie : si possible tu demanderas.
  • Un journal de bord : tu tiendras.
  • Avoir des proches qui te soutiennent : tu choisiras. Qui ne te considèrent pas comme un symptôme, une écoute bienveillante, tu choisiras.
  • Ton téléphone : le plus possible, tu éteindras.
  • Internet, la lecture : le plus possible, tu éloigneras.
  • Le contact avec les gens : tu limiteras.
  • Une excuse auprès des personnes inconnues : tu inventeras : malade, une bonne longue grippe…
  • Honteux de ton état : tu ne seras pas.
  • Te considérer comme un symptôme vivant : tu t’interdiras.
  • Le trouble bipolaire et la phase maniaque : tu ne le nieras pas.
  • L’escalade de la montée : tu observeras.
  • Tous les jours, toutes les minutes : tu t’évalueras.
  • Ton consentement pour une hospitalisation : tu choisiras tes personnes ressources pour décider.
  • Tes médicaments et leurs effets secondaires : tu connaitras sur le bout des doigts.
  • Tes tâches du quotidien : si possible tu délègueras : entourage, soignants, travailleurs sociaux…
  • Les moments plaisirs : tu conserveras.
  • Des moments de calme. : tu t’imposeras.
  • Ton emploi du temps : tu aménageras.
  • La musique douce : tu écouteras.
  • Pleurer un maximum : tu essaieras.
  • Les hallucinations : tu accueilleras avec bienveillance.
  • Le non-jugement envers toi : tu t’accorderas.
  • Seul, dehors, au début : tu ne sortiras pas.
  • De la douceur, de la bienveillance : tu te donneras.

Et beaucoup d’autres principes.

C’est en respectant et en appliquant ces principes que j’ai réussi à rester chez moi dans ma dernière phase maniaque. Comment j’ai fait pour revenir à ma « stabilité » sans être hospitalisée.

Le chemin a été long, périlleux, douloureux car j’ai appris sur le tas. J’ai essayé de me souvenir de tout ce qui m’avait calmé par le passé. J’en ressors fortifiée et pleine de confiance. Avec de nouvelles préventions et principes « fait-maison » à m’appliquer si cela se reproduit. J’en apprends encore tous les jours. Le chemin a aussi été doux, grâce à mes « personnes ressources ».

Courage, aies-confiance en toi, affronte tes peurs, traverse les phases avec confiance, douceur et indulgence, tu es maître de ton navire, capitaine ton esprit, patron de ta conscience.

Navigue au travers de la cascade de ta phase maniaque, sans avoir peur de ce que tu vois/entend. C’est TEMPORAIRE.

P.S : Pour aider mes proches à m’accueillir telle que j’étais, j’ai écrit ce « guide » afin que ta famille et ton entourage puissent te regarder tel que tu es, parfaitement « normal » : https://lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com/guide-famille-pour-son-proche-en-crise-maniaque/

Affectueusement, et patience et espoir comme dirait un ami,

Lucie

Guide famille pour son proche en crise maniaque

J’ai enfin compris, pourquoi je n’ai jamais pu expliquer à mes proches,

La montée et la descente intérieure ce qu’on appelle folie.

Il faudrait que je verbalise, que je rationalise, ce qui ne l’est pas

Si tu m’écoutes quand j’escalade,

Je ferai un effort insurmontable pour paraître cohérente.

En passant par le mental, je ne le suis pas.

Et ton angoisse aggravera mon état intérieur.

Car moi aussi, quand je suis là-bas, j’ai peur.

Si j’écris un guide quand je suis stable,

Je n’y arrive pas.

Parce que mis à part moi, mon entourage n’est passé par-là.

Quand la conscience aura repris le dessus, et il m’interdit de transmettre ce que j’ai vécu.

Je suis dans mon inconscient, je ne suis pas perdue.

Mais quand tu me verras, en physique, tu ne me reconnaîtras plus.

Mes actes, mes paroles, tout te paraîtra incongru, inhabituel.

Je suis guidée par une sorte de force « spirituelle ».

Ce n’est pas magique, mais ce n’est pas logique.

Pour mon inconscient, oui. Il sait ce qu’il fait.

Il cherche les ressources dont il a besoin.

Ce que je dis en situation stable, aux autres bipolaires de type 1

«  Aller se promener dans l’inconscient, c’est interdit, en tout cas, aux humains »

Parce que si le corps est créé, tout comme la nature aime l’équilibre,

Ton cerveau conditionne ton corps et ta pensée, pour rétablir ce qu’on appelle l’homéostasie

C’est assez dur, de rester consciente, quand je suis en folie.

Je me vois agir autrement, je me vois ne plus pouvoir trouver les mots pour expliquer

Je sais que je vais pouvoir stopper la montée, si je m’accroche un peu, que j’essaie de freiner

Je suis sage, je n’ai pas besoin de voyager dans mon inconscient.

Par rapport à quelqu’un d’autre, il se manifeste bien-plus souvent.

Ton inconscient se manifeste dans tes rêves, dans ta poésie,

Il ne te permet pas de t’en souvenir, lorsque tu sors de ton lit.

Tu prends ça à la légère, tu crois ça anodin, car l’humain est constitué aussi.

Pour avoir franchi la barrière,

Lis bien ce que je t’écris.

Il faut que l’inconscient reste à sa place.

Utilise-le à bon escient, il est ton ami.

On compare toujours la folie, au génie.

Sans expliquer forcément pourquoi.

Parce que c’est la créativité, le pont entre l’esprit.

Ecoute les artistes, ceux qui disent « je suis en transe, je me laisse aller, quelqu’un d’autre prend la place ».

Mais quand je suis en montée, c’est trop tard, je ne suis qu’une marionnette qui essaie de freiner.

Je n’ai pas envie de monter, je veux vite redescendre.

Sinon tu me retrouveras quelques mois plus tard, le cerveau en cendres.

Un handicap, un trouble, une maladie

Qui débouche sur de la chimie.

Je suis d’accord avec ça, je ne me connais pas assez moi-même

Et je n’ai aucune envie de savoir, sans pilules, où ce voyage m’emmène

J’ai déjà vu ce que j’avais à voir, « de l’autre côté »

A priori c’est similaire, à la prise de LSD

Je produis ma propre drogue, sans vouloir l’avaler

Car la descente est rude, le bad trip mal accompagné.

Ca fait des années que je sais l’expliquer, que j’ai compris un peu le sens

De ces crises maniaques, leurs essences.

Le cerveau humain a besoin de donner un sens à tout

Quand le cerveau s’effondre, les repères éclatent

L’esprit s’éclate mais il dévaste tout

Je deviens hypersensible, la lumière me brûle, le simple bruit m’agace, les lumières sont trop vivaces,

Je recherche à me créer, ma propre cellule d’isolement,

Celle qui me fera rester, dans mon appartement.

J’ai bien compris, aux urgences, ce que font les soignants.

Pas eu vraiment besoin de le vivre, pour l’imaginer,

Et aujourd’hui je doute, que j’aurais pu vous l’écrire, si je l’avais vécu, avec tant de sérénité.

Les urgences, la contention, hurler à la mort son désespoir, un discours incohérent,

Ne pas comprendre ce qui se passe, la peur.

Le vide, aucune chaleur humaine, un numéro que l’on attache au lit

Car on estime que vous allez vous faire du mal, et aussi à autrui.

Mais on entend tout, même si notre compréhension du monde dans lequel tu vis,

Est déformé.

Tout ce que vous dites à ce moment-là, restera profondément gravé.

Personne à la sortie, ne sera là pour vous accueillir, vous écouter, vous accompagner,

Et encore moins, vous l’expliquer. Vous n’étiez qu’un dérèglement chimique,

Qu’il fallait isoler.

Et votre cerveau alors, une fois revenu stable, que va-t-il en penser ?

Tu vas douter de toi, te penser fou. On va s’éloigner de toi, et toi, tu ne comprendras pas.

Tu vas t’isoler, pleurer, être en dépression. Tu vas songer à quitter la vie,

Car tu n’y as trouvé, aucune compassion.

Comment leur dire ce que tu as vécu ? La beauté et le pire, la peur et le rire ?

Toi-même tu n’arrives pas à mettre des mots dessus.

Et même si tu y arrives, personne n’est à l’intérieur de toi.

Et moi, sans autorisation, ce que j’en tire comme conclusion, c’est n’y va pas.

Mais si tu arrives à te calmer avec des bizarreries, que tes proches réussissent à te regarder comme un bébé attendri,

Qu’ils ont confiance en toi, qu’ils savent que ta partie consciente est là, mais que tu ne peux pas l’exprimer

Comme un bébé éponge, qui essaie de parler, pour dire qu’il a mal, qu’il a peur, qu’il est content

Qu’il a besoin d’aide, momentanément, tu as tout gagné.

Un bébé pleure, crie, car il n’a pas les mots. Il tente par tous les moyens de se faire comprendre, en montrant du doigt.

Les parents et l’entourage, le trouvent mignon, adorable, et lui laissent  le temps, de grandir, avec beaucoup de soutien, d’amour.

Ils ne se moquent pas s’il fait des actions bizarres, rigolotes. Ils savent qu’il va grandir, s’ils leur tiennent bien la main.

Le soir, pour faire acquérir le langage aux enfants, on leur lit des histoires, on leur montre des images.

Mais on leur explique, et on considère encore, que pour tout comprendre, ils n’ont pas l’âge.

Un fou c’est comme un adulte bébé, si je devais mettre des mots. Il a 5 ans.

Il est dans son monde imaginaire, il ne perçoit pas la réalité d’un adulte.

Il interprète que si papa se cache derrière un masque, papa est parti, et le bébé pleure.

Puis quand papa réapparaît, ouf, entre rire et les larmes, le bébé est rassuré.

Un enfant qui lit les mots, ne les déchiffre pas de la même manière, sa vue est comme embrouillée.

Il va chercher de l’aide, on rit de ses maladresses.

Non ma fille, un mot a plusieurs sens. On lui explique tout. La laisse, ce n’est pas que « la laisse d’un chien ».

Je peux aussi te dire « je te laisse », donc je m’en vais.

Ou je te délaisse, je t’abandonne.

L’enfant va te regarder en se disant, que le français, ça a l’air vraiment compliqué.

Un enfant n’agit, qu’au premier degré. Si je perds mon second degré, ça commence à être trop tard. Mais encore possible, si je demande de l’aide. J’ai encore assez de conscience, pour rester chez moi.

Un bipolaire en phase maniaque, c’est pareil. L’adulte est parti, mais il est en sommeil.

Sauf si le regarde avec peur, mépris, incompréhension.

Qui pourrait comprendre qu’en face de lui, il a le même adulte

Qui est redevenu un petit garçon ?

Un enfant qui retrouve l’extase, de ses premières émotions.

Il joue avec les mots, il rigole avec pas grand-chose, il s’invente ses histoires.

Comme un enfant, il est impulsif, il a envie de se coucher tard.

Il est égocentré, tous ses besoins doivent être satisfaits, en urgence.

Ca ne serait venu à l’idée de personne, de venir me déranger, enfant, quand je créais des histoires avec mes poupées, ou que je me berçais avec de la musique, dessiner, chanter sous la douche.

Redevenir un bébé, avec une conscience d’adulte, c’est magnifique, c’est normal qu’on ait envie d’y rester.

On ne nous comprend pas.

Pourquoi nous priver, de ce monde magique, qu’on avait oublié ?

On fait des liens qui n’existent pas, ou n’existeront plus, après les cachets.

On ne rira jamais autant, que pendant une crise.

On aimera tout le monde, on parlera à Dieu, aux morts, aux arbres, aux animaux.

Et quand un parent regarde son enfant il se dit « ah, que j’aimerai retrouver cette insouciance d’enfant ». Ou tout le monde s’occupe de lui, sans qu’il s’en rende compte.

Mais le bébé n’existe plus, sauf dans ton inconscient, c’est ta créativité.

Alors sors de là maintenant, reviens dans « leur présent »

Bébé doit grandir, bébé doit aller se coucher, bien manger, apprendre à parler, à marcher, à communiquer ses émotions avec l’entourage.

La discipline, c’est toi l’adulte qui doit te l’imposer, avec l’aide de ton entourage.

Il faudra que l’adulte bébé arrête de crier, pour exprimer sa rage

De taper les murs, car il ne comprend pas

Il devra comprendre de nouveau, que ce sont les interdits, formeront sa bonne structure.

Mais l’entourage doit lui expliquer doucement. Lui raconter une belle histoire, ce n’est pas mentir, c’est pour ne pas lui faire peur.

Le bébé ne doit pas revivre le passé, ni même le futur

Reviens à toi doucement.

Alors la camisole chimique ok, mais pas l’enfermement.

Les médicaments ok, mais temporairement.

C’est pourquoi j’ai la chance, par l’amour de mes proches,

De créer ma propre chambre d’isolement.

Lucie

Un match de folie

Par un dimanche de septembre, je me suis rendu au stade et j’ai fini le lendemain interné en psychiatrie. Voici mon récit pour tenter de mettre en mots ce souvenir vivace.

Nouvellement abonné au Paris Saint-Germain, je devais me rendre au Parc des Princes pour le match entre le PSG et Lyon. Mais en attendant, je me suis arrêté en chemin à Place de la République pour voir s’il y avait encore des débats sur la place publique. Alors que j’étais dans les couloirs du métro, j’entends une annonce prévenant que les sorties du métro sont fermées pour cause de manifestation. Je me dirige tout de même vers la sortie et, à ma surprise, les portes sont ouvertes.

Je replonge dans le métro après avoir vu une voiture de police et une forte suspicion m’envahit, j’ai l’impression que les caméras du métro m’observent. Direction le Parc des Princes, dans un métro bondé. Je prends mon temps pour sortir car je commence à croire qu’il y a des policiers en civil, ou plutôt des renseignements généraux (RG) qui m’attendent à la sortie.

Comme il pleuvait, j’attendais dans le couloir qui donnait sur la sortie avec d’autres supporters. Alors qu’arrivent les voyageurs d’un second métro, je décide de sortir. Je vois des cars de CRS, l’un des chefs me regarde sans m’interpeler, je me dis alors qu’il a dû me prendre pour un policier en civil vu que j’étais tout de noir vêtu.

Je passe un à un les contrôles avec ma carte d’abonné et je vois une policière avec un fusil mitrailleur postée sur le chemin. Je commence à croire à une menace terroriste et que la menace c’est moi.

Je décide de me fondre dans la foule et j’entame la discussion avec d’autres supporters. J’étais arrivé trop tôt et les portes du stade étaient encore fermées. Sauf qu’à un moment on entend le son d’un mégaphone qui demande s’il y a des abonnés dans la foule. Puis ils commencent à se moquer d’un jeune avec qui je parlais.

Après avoir ignoré les supporters au mégaphone, j’accède enfin à la tribune encore vide de monde. Assis impassiblement, j’écoute les chants des supporters et j’ai l’impression d’entendre mon prénom et des chants contre Daesh. Au bout d’un moment, on nous distribue des ballons de baudruche rouges et bleus, chose que je n’avais jamais vu au stade. Et puis, le speaker annonce le jeu concours qui récompense un abonné capté au hasard dans la tribune par les caméras du stade. Quand arrive la mi-temps, le supporter descend sur la pelouse pour recevoir son cadeau, sauf que ce soir là, personne n’est descendu. J’espère me tromper, j’avais sûrement la tête ailleurs car je voyais défiler dans l’escalier des personnes dont la tenue neutre me faisait penser à des policiers en civils.

Comme ils s’arrêtaient près de moi, j’ai bien tenté de les démasquer et je me souviens avoir crié « tout le monde déteste la police ». Mais la palme du déguisement revient à cet homme au t-shirt jaune qui déboula façon touriste avec des bières plein les mains alors que le match touchait à sa fin.

A la fin du match, la foule qui sortait était compacte et avançait au ralenti. J’ai eu l’impression qu’ils allaient en profiter pour m’attraper alors j’ai crié « ici c’est paris » et puis certains ont commencé à m’interpeler. N’arrivant pas à distinguer les policiers en civils ni non plus les soignants en civil, j’ai suivi le pas d’un couple qui me conseillait de ne pas haranguer la foule.

Un fois dehors, j’entends un monsieur âgé qui vociférait dans son téléphone et qui repasse devant moi quelques instants plus tard comme pour me barrer la route. Je commence à croire qu’ils sont nombreux à mes trousses et qu’ils m’encerclent à distance, soit devant, soit derrière, pendant que je me dirige vers le tramway. J’interpelle deux jeunes couples qui semblent s’être déguisés en supporters pour se fondre dans la masse, puis me sentant pris au piège, je me mets à courir pour les dépasser. Je m’arrête alors devant le passage piéton à quelques mètres du tramway quand je vois un homme barbu enlever ses écouteurs, s’approcher en courant et me mettre un coup de poing qui fait voler mes lunettes en éclat. Je me mets au milieu de la chaussée devant les voitures qui arrivent à toute vitesse quand un homme m’aide à ramasser les lunettes puis disparaît à son tour.

Avec une douleur et un bruit sourd dans l’oreille, je me dirige vers le tramway. Comme il est plein à craquer, je le laisse partir et j’attends le départ du prochain. Je m’assois à côté d’un homme âgé qui a plus l’air d’un sans abri que d’un policier et je me mets à lui raconter l’histoire pendant la dizaine de minutes à attendre puis le long du trajet en tramway où j’ai l’impression que les policiers en civil sont présents. Je descends du tramway et j’arrive chez moi après avoir croisé trois personnes qui ne semblent pas être là par hasard.

Puis je décide d’aller dans la nuit aux urgences car j’ai mal. Au bout d’un moment, je retourne en salle d’attente et là je vois le monsieur du tramway blotti dans un coin qui fait mine de ne pas me reconnaître.

Je suis alors les soignants qui décident de m’attacher avec des sangles. Après quelques heures, ils me font passer un scanner et m’envoient en ambulance direction l’hôpital psychiatrique où je confonds certains patients et soignants avec des infiltrés de la police. Vu mon agitation, je suis placé en chambre d’isolement où ils m’injectent une dose d’Haldol avec les renforts. Mauvaise dose car je suis emmené une semaine plus tard en réanimation et que je ne garde aucun souvenir de cette semaine en isolement.

Joan