Ma lettre au Père Noël concernant la psychiatrie

J’ai fait ma lettre au Père Noël concernant l’hôpital psychiatrique !

« Cher Père Noël,

En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !

Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !

Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.

Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler,  et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !

Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins  d’autres choses !

Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…

Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !

Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?

Merci. »

Djamila

Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]

La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.

Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.

Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social

8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros

Portrait de MardiNoir

Comme notre Youtubeuse préférée MardiNoir, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Découvrez sa chaîne Youtube et la rubrique Psychanalyse-toi la Face de Comme des fous.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je m’inspire de pas mal de cinéastes pour m’aider à penser le monde , mon chouchou étant Haneke. Evidemment Lacan tient une grande place, Freud également. La musique Hip Hop et électronique accompagne mes promenades dans Paris.

J’aspire à une vie stable affectivement parlant qui me permette de m’épanouir vraiment à fond !

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Ai-je un métier pour le moment ? Telle est la question ! Je tente de pratiquer la psychanalyse autrement que dans une institution ou cabinet libéral. J’essaie de participer à l’effort psychanalytique et transmettre l’idée qu’on peut être proche des idées psychanalytiques tout en étant quelqu’un de sensé, amusant, respectueux de la subjectivité de chacun.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je n’en pense pas grand chose, je le connais finalement assez mal. Je n’ai que les retours de mes collègues et mes 3 stages à l’appui. Je dirais que c’est un peu le fouillis mais c’est sans doute aussi logique que la psyché est bordélique. Malheureusement je déplore que certains veuillent à tout prix mettre les gens dans des cases fixes en essayant de normer l’anormalité. Je pense au DSM.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Tout, si on la pense en terme de non-refoulement, elle est positive au sens qu’elle ne peut mettre en négatif des choses que nombres d’entre nous mettons au plus profond de notre inconscient ou ne faisons surgir que dans les limites du fantasme.

Et justement la folie a ce je ne sais quoi de vérité, cette parole qui me semble être proche de l’acte, sans filtre. Le tout est de pouvoir pour le sujet en faire quelque chose qui ne le mette pas trop à mal.

Je prends le terme folie ici comme proche de la psychose mais la folie c’est à mon sens + large, c’est tout ce qui dévie du monde « normal », qui ne fait pas de vagues, qui ne rentrent pas bien dans les cases. Ça peut être un moment qui permettra au sujet si il se remet de prendre cette expérience comme fondatrice dans sa vie, si les fondements d’origine n’étaient pas opérant chez lui.

Et enfin la folie et son traitement surtout donne le ton d’une société.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Alors non, pas envie d’être au gouvernement !
Mais si je pouvais demander quelque chose, ce serait de ne pas valider des techniques de soins et d’en éjecter d’autres juste en suivant une mode et des considérations non cliniques. Je ne défends pas la psychanalyse à tout va pour la prise en charge de l’autisme mais je trouve scandaleux qu’on veuille l’éjecter du parcours de soins avec toujours cette idée « ça marche pas » « ça guérit pas » bref non en effet ce n’est pas rentable, ça ne donne pas à la société des forces de travail, parfois oui, mais parfois non.
Qu’on puisse s’occuper des sujets, plutôt que de soulager l’environnement en créant des ersatz de norme qui rassurent tout le monde, mais sont elles si apaisantes pour la personne concernée?

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://www.clubdespeupliers.fr/

«Ne devient pas fou qui veut»

«Loin donc que la folie soit le fait contingent des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d’une faille ouverte dans son essence.

Loin qu’elle soit pour la liberté «une insulte», elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. Et pour rompre ce propos sévère par l’humour de notre jeunesse, il est bien vrai que, comme nous l’avions écrit en une formule lapidaire au mur de notre salle de garde : “Ne devient pas fou qui veut.” »

Jacques Lacan, «Propos sur la causalité psychique» (1946).

source: https://www.freud-lacan.com/index.php/fr/colloques/journees-internationales/journees-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/481-dossier-de-preparation-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/5465-ne-devient-pas-fou-qui-veut

« La folie comme limite de la liberté », Marc Zerbib

marc zerbibIl s’agit de faire entendre quelle valeur humaine gît dans la folie. Autrement dit, il ne s’agit pas de comprendre le fou – le fou est justement celui que l’on ne comprend pas -, mais de comprendre ce que, par cette non-compréhension, le fou nous enseigne sur l’être de l’homme.

«L’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté.»

Jacques Lacan