Politique et Handicap, sous le prisme de la folie

Notes et références de l’intervention de Joan pour Comme des fous en introduction de la discussion intitulée « Politique et Handicap, consensuel vraiment ? » à l’initiative du Collectif pour la Liberté d’Expression des Autistes (CLE Autistes), le 25 mai 2023 à Montreuil.


« Je vous propose d’aborder le sujet – Politique et Handicap – sous le prisme de la folie. »


On commence par un voyage dans le temps dans les années 1970, du temps du journal Handicapés Méchants pour resituer l’histoire des luttes où handicap et folie étaient déjà entremêlés.

handicapés mechants

Politiser la question du handicap renvoie au travail de conscientisation des rapports de domination comme l’explique Judi Chamberlin dans son livre On Our Own (Par nos propres moyens) de 1978 où elle introduit aussi le terme de psychophobie, la peur du fol ou du fou.

judi chamberlin

« La folie dont je veux parler est la folie qui est plus ou moins présente en chacun de nous, et pas seulement la folie qui reçoit un baptême psychiatrique… Donc, quand j’utilise ici le mot « fou », je ne fais pas référence à une race spéciale d’individus : le fou en moi s’adresse au fou en vous dans l’espoir que le premier fou parle suffisamment clair et fort pour que le second l’entende. La folie est un mouvement vers l’autonomie : voilà quel est le « danger » réel de la folie et la raison de sa violente répression. Agir politiquement signifie simplement récupérer ce qui nous a été volé, à commencer par la conscience de notre oppression au sein du système capitaliste. La folie est la révolution permanente dans la vie d’une personne. Tout délire est une déclaration politique. »

David Cooper, Le Langage de la Folie (1977), à qui on doit le terme d’antipsychiatrie même s’il prônait une non-psychiatrie où il renonçait à son métier de psychiatre.

La nécessité de définir ce que l’on entend par antispy.

freaks

L’antipsychiatrie c’est quoi ?

L’antipsychiatrie est un courant de pensée politique, social et philosophique construit par et pour les usagers de la psychiatrie. Partant du constat que les droits humains sont plus que souvent bafoués dans les institutions psychiatriques, l’antipsychiatrie amène à la conclusion que le système entier est à revoir – voire, souvent, à abolir.

Elle fait référence au slogan : « Si c’est contraint, c’est pas du soin. »

L’objectif de l’antipsychiatrie n’est ni d’empêcher l’accès au soin, ni de culpabiliser les personnes qui ont recours à la psychiatrie, mais de dénoncer l’hégémonie de cette dernière, et le contrôle social qu’elle opère sur la vie des malades.

Parce que c’est ça l’objectif de l’antipsychiatrie, abolir le contrôle social et la coercition exercés sur les personnes folles. Cela passe par une remise en cause de l’institution psychiatrique et ses dérives violentes (internements abusif, médicamentation forcée, contention, isolement…)

Extrait de la BD : Autopsie des échos dans ma tête, Freaks (octobre 2021).

Quel lien entre troubles de santé mentale et handicap ?

On peut parler d’un handicap invisible, qui fait l’objet d’une invisibilisation, et qui serait quelque chose à cacher.

Faut-il opposer trouble psy et handicap ?

La Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées introduit la notion de handicap psychique :

« Constitue un handicap au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive, d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Un exemple de trouble de santé c’est la dépression qui peut s’exprimer par une absence d’énergie + le fait de se sentir empêché + souffrance + difficulté à se concentrer, pour comprendre leur caractère handicapant.

Mais le terme de personne handicapée psychique promu par l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) est un contresens. Il serait plus pertinent de parler d’un handicap d’origine psychique plutôt que d’en faire l’essence des personnes vivant avec un ou des troubles psy.

Le handicap peut être aussi la résultante d’un environnement handicapant, qui nécessiterait des aménagements pour ne pas être un désavantage social.

Une nouvelle piste s’ouvre avec les Disability Studies et le croisement des oppressions systémiques.

Le handicap comme la folie sont des constructions sociales.

elisa rojas

« Il n’empêche que le handicap est une construction sociale née de la volonté d’un groupe social d’exclure un autre groupe social qui n’est pas considéré comme étant conforme à la norme définie par ceux qui ont le pouvoir de la définir. »

Elisa Rojas, membre du Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation (CLHEE).

Il s’agit de déconstruire et se défaire des conceptions validistes.

Le validisme c’est l’idéologie qui définit le corps valide comme étant la norme.

Le handicap est souvent déterminé socialement par la capacité à travailler dans la société capitaliste. Le travail, quand il n’est qu’exploitation, affecte à la fois nos corps et nos psychés. On ne peut s’empêcher de parler des ESAT, structures ségrégatives qui emploient des « usagers » ne bénéficiant pas du statut de travailleurs·euses et sont victimes d’une exploitation organisée avec la complicité des associations gestionnaires et de l’Etat qui les subventionne.

Dans un système qui veut mettre tout le monde au travail malgré parfois l’incapacité à travailler, la précarité des personnes en situation de handicap est généralisée. Pour survivre, il faut pouvoir accéder à une reconnaissance du handicap pour bénéficier d’aides humaines et financières comme l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), qui est sous le seuil de pauvreté et ce, au prix de longues démarches administratives. Sans oublier les personnes sans handicap mais en galère sociale.

Le handicap est-il le privilège de l’homme blanc ? Les personnes les plus sujettes aux oppressions accèdent plus difficilement à la reconnaissance de leur handicap.

Il s’agit aussi de cocher des cases et on se demande comment on sort des catégories pour mener la vie qu’on souhaite quand on est à la fois handi·e et psychiatrisé.

A l’image du discours porté par le Réseau sur l’entente de voix (REV), il s’agit de aussi de dépathologiser nos expériences et nos expressions.

rev france

Et déconstruire la normalité pour se rendre compte qu’on est tous des êtres humains, tous différents, et pour que chacun·e puisse apporter librement sa contribution au collectif.

Le handicap n’est pas un sujet apolitique ou neutre.

Alors qu’aucun parti politique en France ne se saisit du handicap de manière pertinente.

Le terme politique peut avoir plusieurs sens. C’est par définition ce qui relève du pouvoir et de l’autorité. C’est le cas pour les « Politiques publiques ».

Qui a le pouvoir concernant le handicap ? Les psychiatres, les associations gestionnaires ? Ou plutôt l’Etat, et les politiques néolibérales, qui a le pouvoir de démanteler l’hôpital public.

Pour nous, faire contre-pouvoir, c’est partir d’une autre définition du politique, comme étant les stratégies collectives pour faire société, sortir de l’individualisation et reprendre le pouvoir sur nos vies.

Nous ne sommes pas des objets de soins mais des sujets (politiques).

La Loi de 2002 sur la démocratie sanitaire met en avant la participation citoyenne des usagers aux politiques qui les concernent mais au final qui nous représente politiquement ? Certaines associations de familles comme l’UNAFAM ont presque exclusivement le pouvoir de représentation des usagers dans les hôpitaux, les familles représentent leurs enfants hospitalisés même à l’âge adulte, ce qui peut sembler au principe d’autodétermination.

Qui fait autorité ? L’ONU ou l’Etat ?

La Convention Relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU ratifiée par la France en 2010 est censée faire autorité. Elle introduit la dimension des droits humains comme supérieurs aux intérêts des Etats et recommande la désinstitutionnalisation pour faire respecter des droits comme le consentement, le droit à une vie autonome, à une vie affective, à l’intimité, à choisir son lieu de vie. Mais est-ce que ce nouveau paradigme des droits est effectif ? Certes, il permet de sortir du modèle médical individualisant et de dépasser le modèle social du handicap centré sur l’environnement de la personne.

Il s’agit de sortir de la logique binaire entre autonomie et dépendance et de considérer le droit à une vie autonome comme inaliénable et permettre d’accompagner chaque personne dans ce but, selon sa volonté.

La formation WHO Quality Rights en ligne et gratuite permet d’appréhender rapidement cette démarche qui fait consensus et qui vise à réduire la coercition dans les institutions.

Cependant, le texte censé faire autorité est sujet à interprétations et la plupart des Etats signataires font fi du consentement et du droit à refuser un traitement forcé notamment en cas d’hospitalisation.

Quels sont nos objectifs ?

  • Faire respecter les droits humains.
  • Considérer les revendications des personnes concernées.
  • Conscientiser toutes les formes d’oppression et de discrimination.
  • Lutter contre le validisme.
  • Prendre position. Résister, ne pas se laisser faire, tenir tête. Rester inadaptables tant qu’il le faudra.
  • La justice sociale.
  • La désinstitutionnalisation, en finir avec la ségrégation sociale et spatiale.
  • L’accessibilité, rendre accessible et en finir avec les barrières sociales pour faire pleinement partie et faire société.
  • Ne laisser personne de côté.
  • Dépathologiser et dépsychiatriser nos expériences de vie.
  • Abolir la psychiatrie, y renoncer comme on renoncerait au capitalisme.

Trouver des alternatives :

L’Open Dialogue, une approche transformatrice du soin, une révolution culturelle à l’échelle systémique : voir le travail audiovisuel et les formations de l’association Underground Psychiatry alias U_P.

underground psychiatry

L’auto-support, les collectifs d’entraide.

Promouvoir des manières collectives de prendre soin et réinventer collectivement ce qu’on appelle le soin sans sa dimension d’enfermement et de non-droit.

Créer des lieux ouverts, des circulations, créer des liens, faire surgir la possibilité de se rencontrer, d’entrer en contact et d’entrer en relation.

Deux livres inspirants :

joie militanteMême si c’est un activisme par intermittence et qu’on n’est pas toujours en forme, militer, c’est augmenter sa capacité d’agir, c’est pouvoir prendre la parole, s’émanciper individuellement et collectivement.

Joie militante, carla bergman et Nick Montgomery, traduction Juliette Rousseau paru en 2021.

Le livre Charge de Treize paru en février 2023 œuvre dans le sens de la conscientisation en plus d’être merveilleusement écrit, où chaque mot est pesé.

charge de treize

 

 

 

 

 

 

 


Pour aller plus loin :

Le Manifeste du  Collectif Lutte et Handicap pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE)

Elena Chamorro : « Exclure les personnes handicapées, c’est construire une société de privilèges et d’inégalités » où les personnes sont jugées soit vulnérables, soit comme des superhéros et subisse l’injonction au « dépassement de soi et de son handicap ».


Zinzin Zine

zinzin zine


Les Dévalideuses

les devalideuses


Objectif Autonomie

objectif autonomie


La folie est une construction sociale

La folie est une construction sociale et un outil d’oppression psychophobe.

Retranscription du post « La folie est une construction sociale » du compte Instagram DeepTalkfr tenu par Kaina Djaé.

Définition de la psychophobie développée par Kaina Djaé :

Discrimination et oppressions à l’encontre des personnes qui ont, ou qui sont étiquetées ou perçues comme ayant une maladie mentale.

La psychophobie est une forme de validisme où un jugement de valeur est posé sur les capacités mentales, le respect des normes sociales dominantes, l’intelligence, les comportements, l’âge, la communication, l’apparence et la culture d’un.e individu.e.

Qu’est-ce que la folie ?

La folie est un terme polysémique mais globalement elle représente la marginalité, l’anormalité, l’irrespect des règles sociales établies.

Dans son sens philosophique la folie est définie comme l’incapacité pour une personne de penser, d’agir et de se comporter comme les autres.

Ce stéréotype tend à regrouper toutes les pathologies psychiques en une forme unique, une espèce commune, connotée négativement.

Alors qu’elle est stigmatisée, au sein des groupes minorisés.

Elle est parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée, une sagesse supérieure ou du génie mais uniquement lorsqu’il s’agit d’homme blanc cisgenre, hétéro riche ou reconnu socialement.

Troubles mentaux  ≠  Folie

Il faut différencier les troubles et les maladies mentales de la folie.

Les maladies et les troubles mentaux sont des “réalités” scientifiques et médicales qui servent au diagnostic.

Alors que la folie est une construction sociale, qui se mesure selon l’irrespect plus ou moins marqué des codes sociaux dominants.

On peut être considéré.e comme fou.olle et n’avoir aucuns problèmes psychologiques.

Et inversement, on peut avoir des problèmes psychologiques et ne pas être considéré.e comme fou.olle.

Par exemple, les homosexuels / transgenres / lesbiennes / féministes / colonisé.es / handicapé.es / gros.ses / racisé.es… sont selon l’époque, le lieu, le climat social et politique considéré.es comme inadapté.es, anorma.ux.les, fou.olles.

Qui sont les fou.olles ?

La folie est une idée qui évolue au fil du temps, qui se façonne au contact de l’environnement social et politique, tout comme la race et le genre.

Ainsi certains groupes de personnes sont fou.olles selon les époques ou le pays où iels se trouvent :

Pendant longtemps les sourd.es étaient interné.es dans des instituts psychiatriques car considérés.es comme déficient.es intellectuellement et incapables de s’intégrer socialement.

Pour de nombreu.x.ses autistes et personnes neuroatypiques la même chose est toujours d’actualité.

L’hystérie, aussi appelée “maladie de l’utérus”, a longtemps été diagnostiquée comme une névrose chez des fxmmes dont les comportements ne correspondaient pas à ce que la société patriarcale attendait d’elleux, et concernant donc souvent les féministes, les lesbiennes ou les hommes transgenres. Elle ne sera retirée de la classification internationale des maladies qu’en 1952.

Les fou.olles sont toujours les margina.ux.les, celleux qui vivent, s’expriment, se comportent différemment de ce que le système attend d’elleux.

Durant l’époque coloniale, les colonisé.es accusé.es de perturber « l’ordre public colonial » se retrouvaient si ce n’est en prison, interné.es au sein d’asiles coloniaux qui virent le jour dès le début du XIX e siècle, avec l’essor institutionnel de la psychiatrie coloniale.

Alors que l’OMS n’a dépsychiatrisé l’homosexualité qu’en 1990, il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que la transidentité ne soit plus considérée comme une pathologie mentale dans la classification internationale des maladies.

Catégoriser pour mieux stigmatiser

L’utilisation de termes de la même famille que le mot folie est un moyen de catégoriser et donc de stigmatiser davantage les populations déjà oppressées.

Les mots hystériques, sauvages, assisté.es, mongolien.nes, zoulou.es, incivilisé.es, sourdingues, malades , bêtes, teubé.es, idiot.es, attardé.es… sont autant de synonymes du mot fou.olles qui cachent à peine le sexisme, le colonialisme, le classisme, le racisme, le validisme, l’âgisme et le spécisme qui en sont à l’origine.

Ces mots sont des étiquettes posées sur des individu.es à partir desquels se construisent progressivement des catégories de plus en plus différenciables et donc stigmatisables.

Et ces termes psychophobes nourrissent les oppressions systémiques.

Toutefois la réappropriation par certain.es de ces termes qui visaient à les oppresser peut être un moyen d’émancipation.

La psychophobie : moyen d’oppression extrême

Dans le paradigme psychophobe : une personne classifiée comme folle ne peut pas prendre de décisions censées, une certaine forme d’autorité se doit donc de décider pour elle.

La folie prétendue de certains groupes permet de justifier la colonisation, l’esclavage, le sexisme, la transphobie, le racisme…

Ainsi, les colonisé.es n’étaient pas assez civilisé.es pour s’occuper elleux-même de la politique et de l’économie de leurs pays.

Les femmes pas assez équilibré.es pour voter, acquérir l’autonomie corporelle, avoir des postes à responsabilités ou être crues au sujet des violences sexuelles qu’elles auraient subies.

Les personnes transgenres pas assez stables ou rationnel.les pour transitionner sans l’avis d’un.e psychiatre (et sans l’accord parental pour les mineur.es), fonder une famille ou changer de nom ou d’état civil sans passer par de multiples procédures…

Les enfants intersexes pas assez matures pour que l’on respecte leur droit à l’autodétermination et leur intégrité physique.

Sous prétexte de vouloir conserver un certain ordre social et à force de pathologisation, on retire à toute une partie de la population l’accès à l’autonomie corporelle et l’autodétermination, (justice reproductrice, traitement hormonal, soins, accès à l’information, intégrité physique, mariage pour toustes, éducation…) alors même que ce sont les fondements de tout droits humains.

Et bien plus grave, on retire aux fou.olles leurs libertés individuelles avec des mesures de privations de libertés :

Emprisonnement, astreinte à résidence, interdiction de se déplacer, hospitalisation sans consentement, stérilisations, interdiction du droit de vote etc…

Sources :

1) « La surdité, quelle histoire ! » Christophe Dodier Surdité et santé mentale (2013), pages 45 à 50

2) « Histoire de l’hystérie, cette excuse pour contrôler les femmes » Elise Lambin, rédactrice Feminists in the City (Mai 2021)

3) René Collignon, « La psychiatrie coloniale française en Algérie et au Sénégal : esquisse d’une historisation comparative », Revue Tiers Monde, 2006 (n° 187), p. 527-546.

4 ) “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans.”  solidarites-sante.gouv.fr (Janvier 2022)

Kaina Djaé

Pour le compte Instagram : https://www.instagram.com/deeptalkfr

Comment défendre les droits humains dans le domaine de la santé mentale ? [QualityRights]

Extrait du module « Droits humains, santé mentale et handicap » de la formation en ligne WHO QualityRights. Cette formation accessible et gratuite est proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

Dans de nombreux services psychiatriques à travers le monde, des personnes reçoivent des soins qu’elles ne trouvent ni acceptables, ni utiles pour leur rétablissement. Parfois inhumains et dégradants, ces soins peuvent bafouer les droits des personnes. Même lorsque ce n’est pas le cas, on constate souvent que les personnes reçoivent des messages dévalorisants qui leur enlèvent espoir et dignité.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées (également connue sous le nom de CDPH) est un tournant important et reflète l’engagement des pays à changer cette situation. C’est pour cela que nous utilisons cette Convention, ainsi que d’autres instruments internationaux des droits humains, comme base de cette formation.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées est un outil juridiquement contraignant. Cela signifie qu’en ratifiant la Convention relative aux droits des personnes handicapées, les pays ont l’obligation de mettre en place une panoplie de mesures afin d’assurer que les personnes en situation de handicap :

  • aient les mêmes droits que le reste de la population
  • soient traitées de manière juste et équitable
  • ne fassent pas l’objet de discrimination

I. Respecter, protéger et garantir les droits humains

Le respect des droits humains implique trois tâches principales :

  • Respecter les droits humains
  • Protéger les droits humains
  • Garantir les droits humains
TÂCHEDÉFINITIONEXEMPLES
Respecter les droits humainsNe pas bafouer les droits fondamentaux d’une autre personne1. Respecter la préférence d’une personne au sujet des traitements qu’elle souhaite recevoir ou non
2. Respecter le droit à l’intimité d’une personne en ne pénétrant pas dans son espace privé
Protéger les droits humainsEmpêcher les autres de bafouer les droits fondamentaux d’une personne1. S’assurer que les soignants ne donnent pas un traitement qu’une personne ne souhaite pas
2. Protéger le droit à l’intimité d’une personne en empêchant quelqu’un de pénétrer dans son espace privé
Garantir les droits humainsPrendre des mesures pour garantir qu’une personne bénéficie de la même protection des droits fondamentaux que toute autre personne1. Inscrire dans le plan de traitement d’une personne les médicaments qu’elle ne veut pas afin de s’assurer qu’aucun pair praticien en santé mentale ou autre ne lui en donne pas dans le cadre de son traitement
2. Permettre à une personne d’avoir un verrou sur sa porte (ou un panneau « ne pas déranger ») afin qu’elle puisse choisir lorsqu’elle veut recevoir des visiteurs

Les gouvernements ne sont pas les seuls à avoir un rôle à jouer. Il est important que nous tous respections, protégions et garantissions les droits fondamentaux des personnes en situation de handicaps, que nous soyons :

  • Une personne souffrant de handicap psychosocial
  • Une personne souffrant de handicap intellectuel
  • Une personne souffrant de handicap cognitif
  • Un pair praticien en santé mentale ou autre
  • Un membre de la famille, un soignant ou un supporter
  • Un pair, un défenseur, un avocat, un fonctionnaire, etc.

Les parties suivantes se concentrent sur chacun des groupes susmentionnés. Nous vous recommandons de lire, pas seulement la partie relative à votre groupe, mais l’ensemble des parties.

II. Les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs

Pourquoi est-il important de défendre vos droits ?

  • Vous êtes des êtres humains et vous devriez avoir les mêmes chances que toute autre personne.
  • Votre expertise, vos compétences et vos talents peuvent profiter à tous.
  • Vous savez ce qui est le mieux pour vous, ce qui utile et ce qui ne l’est pas.
  • Vous avez le droit de participer à toutes les actions et questions vous concernant.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez expliquer vos droits aux autres, y compris votre famille.
  • Vous pouvez aider les autres à comprendre leurs droits.
  • Vous pouvez parler de votre expérience pour sensibiliser les autres au handicap et aux droits humains.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous pouvez vous sentir plus fort et plus apte à prendre le contrôle de votre vie et votre rétablissement.
  • Vous pouvez être plus indépendants pour mener la vie que vous souhaitez.
  • Vous pouvez développer de nouvelles compétences, contribuer à la société et être plus intégré.

III. Les pair praticiens en santé mentale ou autre praticiens

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • C’est ce qu’il faut faire.
  • Cela fait partie de votre travail et votre responsabilité.
  • Vous donnez le respect qu’elles méritent aux personnes que vous soignez et soutenez.
  • Ces personnes sont plus susceptibles d’accepter les services que vous fournissez, de bien réagir à vos soins et votre soutien ainsi que de se rétablir.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez vous assurer que vos pratiques médicales respectent les droits de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • Vous pouvez parler à la direction des soins des actions qui peuvent être mises en place dans votre service afin d’améliorer le respect des droits de ces personnes.
  • Vous pouvez parler de leurs droits aux personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs sur votre lieu de travail.
  • Vous pouvez former et informer d’autres praticiens sur les droits humains.
  • Vous pouvez parler aux responsables locaux de la nécessité d’un changement.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous fournirez aux personnes une meilleure qualité de soins.
  • Les personnes que vous soignez et soutenez seront plus autonomes, mèneront une vie plus satisfaisante et plus digne.
  • La rechute et la dépendance seront réduites.
  • Vous vous sentirez plus heureux et plus fier de votre travail.

IV. Les membres de la famille, les soignants et les aidants

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • Vous avez un rôle essentiel à jouer pour permettre à votre proche de mener une vie épanouie, en respectant ses droits, en étant plus tolérant et en changeant certaines de vos actions.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez aider votre proche à comprendre ses droits.
  • Vous pouvez lui faire sentir que vous le respecter.
  • Vous pouvez essayer de ne pas le surprotéger.
  • Vous pouvez le soutenir et l’encourager à prendre des décisions et devenir plus indépendant.
  • Vous pouvez vous assurer d’écouter et de respecter ses opinions et décisions.
  • Vous pouvez vous assurer que ses droits soient respectés, par exemple, par d’autres membres de la famille, par des praticiens et par autrui.
  • Vous pouvez discuter avec les responsables locaux de la nécessité d’un changement et de la création de services qui répondent aux besoins de votre proche et apportent un soutien à votre famille.
  • Vous pouvez aider votre proche à s’engager dans des réseaux de personnes et d’activités (tels que des clubs de sport, des activités de loisirs ainsi que culturelles).
  • Vous pouvez sensibiliser votre communauté afin de lutter contre la stigmatisation, les stéréotypes ainsi que les préjugés.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Votre proche recevra des soins et un soutien de meilleure qualité, ses droits seront respectés et sa qualité de vie sera meilleure.
  • En retour, vous serez plus heureux, plus confiant et moins stressé.
  • Votre proche deviendra plus indépendant et s’engagera pleinement dans la vie de famille.
  • Vous serez fier des accomplissements de votre proche et vous vous concentrerez sur ses forces ainsi que ses capacités.

V. Les autres groupes

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • En tant que pair, votre rôle est de soutenir les autres dans la réalisation de leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous jouez un rôle important pour sensibiliser la société et faire valoir vos droits.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez soutenir les personnes pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous avez l’obligation de respecter la loi internationale sur les droits humains, dont la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • En tant que pair, vous pouvez donner aux personnes les informations dont elles ont besoin pour défendre leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous pouvez lancer une campagne de sensibilisation sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez porter des affaires devant les tribunaux pour que le gouvernement modifie la loi conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant que fonctionnaire, vous pouvez veiller à ce que la loi soit réformée conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • En tant que pair, vous serez en mesure de soutenir les autres plus efficacement.
  • En tant que défenseur, vous serez satisfait de constater que les droits humains sont mieux respectés et mieux connus.
  • En tant qu’avocat, vous serez en mesure de défendre plus efficacement les droits humains devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous aurez la satisfaction de voir des services ainsi qu’un soutien plus efficaces pour les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs.

Lorsqu’il s’agit de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs, chacun d’entre nous a un rôle à jouer.

Vous pouvez suivre la formation en ligne ici.