Forum du Rétablissement 2017 [Témoignage de Joan]

« Se rétablir c’est accepter que je ne suis pas plus différent ou plus fou qu’un autre »

« Le rétablissement ce n’est pas un exploit personnel, c’est un travail collectif »

Joan, auteur pour Comme des fous, était au Forum du Rétablissement et Travail du 15 mars 2017 à la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, revivez son témoignage!

J’ai peur de ne plus être fou

J’ai peur d’être enfin guéri.
J’ai peur de devoir vivre comme tout le monde.
J’ai peur d’être englouti par le système.
J’ai peur de dire ce que je ressens.
J’ai peur de ne pas être compris.
J’ai peur de dire que le handicap c’est une jolie arnaque.
J’ai peur de trahir les vrais malades.
J’ai peur d’enjoliver la folie.
J’ai peur de m’en sortir. Continuer la lecture de « J’ai peur de ne plus être fou »

Cap ou pas cap ? Réflexion sur le handicap psychique

Le handicap est « le désavantage social pour un individu donné qui résulte d’une déficience ou d’une incapacité et qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle normal (en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et culturels) ».
Le handicap traduit une désadaptation de l’individu par rapport à son milieu (ou pour certains une désadaptation de l’environnement à l’individu…).

handicap psychique

La notion de handicap psychique, introduite en France par la Loi du 11 février 2005, sous l’impulsion des familles de patients, visait à faire reconnaître la personne atteinte de troubles psychiques non plus comme un malade relevant de la psychiatrie mais comme un citoyen en situation de handicap.

Depuis toujours, les personnes en bonne santé mentale ont décrété des lois pour venir en aide aux personnes en plus grande précarité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle.  Continuer la lecture de « Cap ou pas cap ? Réflexion sur le handicap psychique »

Comment je suis devenu fou

Maintenant que je vois le bout du tunnel de la psychiatrie, je vais vous raconter comment j’y suis entré, comment je suis devenu fou.

“Si c’est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c’est à une femme de nous montrer le chemin. L’hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre.” Henry Miller

comment je suis devenu fou

Partons de cette image qui m’accompagne depuis 6 ans: une femme qui ponctue le schéma de l’évolution.

En novembre 2010, j’ai pressenti qu’il était venu le temps de la révolution des femmes. Rien d’insensé jusque là, la révolution était dans l’air, on était à quelques mois du printemps arabe.

Sauf que le 24 novembre à l’aube, j’atterrissai à l’hôpital psychiatrique. A 2h du matin, je m’étais levé direction Place d’Italie pour assister à la révolution. C’était le grand soir! Rien d’insensé là encore, j’étais persuadé que la femme italienne du président Sarkozy était aux commandes et il y avait eu une grande manifestation sur la place quelques jours auparavant.

Voyant que la place était déserte et craignant pour la vie de ma mère qui m’avait suivi (il devait y avoir des snipers sur les toits), je me résignais à mon tour à la suivre aux urgences dans le plus grand mutisme, non sans avoir hurlé Che Guevara! au cas où…

Après être revenu d’un échange universitaire en Argentine, la patrie du Che, je m’étais inscrit en parallèle de mon cursus d’architecte à un cours sur la formation des Etats-nations en Amérique Latine. Normal, quand on veut faire la révolution. A l’école d’architecture, j’avais commencé à m’investir dans un cours un peu philo sur l’art de l’espoir allant jusqu’à écrire un Manifeste du Nouveau Monde qui a ensuite été publié sur internet.

Il y a eu cette conférence sur les tours d’un architecte italien, le samedi 20 novembre, où j’ai pris le micro pour exposer ma théorie sur la ville phallique où les tours seraient l’expression de l’égo démesuré de ces architectes-hommes, poussant l’animateur de la conférence à inviter la femme et collaboratrice du dit architecte sur scène. C’est là qu’en sortant de l’ancienne cinémathèque de Paris et en voyant la tour Eiffel éclairée, j’ai ressenti une décharge de bonheur, comme si je venais de m’éveiller à la vie et d’arrêter le cours du temps.

Le soir même, je commençais à voir des signes partout, Barcelone gagnait 8-0, je m’inscrivais sur Facebook pour annoncer la « bonne nouvelle » et découvrais que c’était l’anniversaire de la fille que j’aimais à la folie au Lycée, encore un signe! Et puis vint le dimanche soir, le Napoli gagne 4-1, le journal télévisé parle d’une affaire Berlusconi et je me mets à rêver de la révolution des femmes italiennes.

Je commence à craindre pour ma vie, ces machos ne vont pas se laisser faire, je choisis de ne pas aller en cours le lundi, la police et l’église doivent être à mes trousses. Je croyais que le bruit des camions poubelles était celui des chars qui se mettaient en place autour de chez moi. Je vois défiler les news et là je vois un énième rebondissement du conflit en Corée sauf que j’étais alors amoureux d’une fille coréenne et je me dis qu’ils sont en train d’attaquer la Corée pour se venger. C’est là, que j’entends une voie rauque au répondeur du téléphone, pas dans ma tête, c’est la police!

Le lundi soir, je me décide à sortir pour aller voir une autre conférence à l’ancienne cinémathèque, j’entends les cloches sonner, c’est un message de l’église, même pas peur, je suis le nouveau prince de Paris (j’avais lu le Prince de Machiavel comme tout bon révolutionnaire). Portable coupé, je suis sur écoute.

Le mardi, je me décide à aller en cours sauf qu’arrivé à Nation, je change de direction, j’ai sauvé l’humanité, allez, je peux bien faire ce qui me plaît, direction la Tour Eiffel. Je m’arrête à Châtelet et regarde un journal italien, pas de révolution en cours, silenzio stampa… Je repars vers l’école, je suis persuadé d’y retrouver la fille du lycée mais elle n’y est pas. Mes amis italiens m’accueillent, ils sont de mèche avec Berlusconi, les caméras me regardent, je me tais et les suis en cours. Le professeur annonce qu’il vient de se faire décorer! Normal, avec ma théorie sur les tours qui a circulé comme une rumeur dans tout Paris, il ne pouvait en être autrement! Et puis, je retourne à la maison, il y a cette bougie allumée en forme de cœur, ma famille aurait-elle tout compris? Et ce film Valse avec Bachir à la télé qui me parle à la première personne!

Plus que quelques heures avant l’hospitalisation, je vais me coucher, la suite vous la connaissez. Arrivé aux urgences, je ne parle plus, sauf au troisième médecin, qui est italien, je lui fais confiance. Il m’injecte des tranquillisants et je me réveille dans un dortoir le jour d’après. Une fois seul, je pique une brosse à dents. Là, les souvenirs sont flous, je me retrouve seul dans une chambre d’isolement, croyant que j’étais pris en otage et qu’on allait me tuer, normal. Et là, on me laisse m’époumoner à hurler mon nom, et puis c’est la dose de cheval, je ne peux plus marcher, parler, écouter la radio, le temps ne passe plus, je suis mort psychiquement.

Pas besoin de chercher dans mes gènes pour expliquer ma folie. Ce qui m’a rendu fou?  L’amour, la peur de devenir adulte, la peur de mourir, le déracinement, les violences familiales, la solitude, la difficulté à communiquer avec les autres, le stress du diplôme.

La psychiatrie doit rester une réponse exceptionnelle à des souffrances extrêmes, mais j’aimerais par ce récit vous inviter à voir la folie autrement et la psychose comme quelque chose d’évitable.

Joan

La métamorphose du fou

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Marguerite Yourcenar

papillon

Prendre soin de soi et de son corps, c’est prendre soin de son apparence, de son pouvoir de séduction mais c’est aussi le plaisir d’être bien dans sa peau.

Faire peau neuve, c’est la définition usuelle de l’exfoliation. On désigne par ce terme, les soins du visage et du corps qui permettent d’éliminer les cellules mortes à la surface de la peau aussitôt plus nette et plus belle. S’exfolier, c’est donc faciliter le renouvellement de l’épiderme.

Pourquoi faut-il « s’exfolier » dans le champ de la santé mentale et penser la métamorphose à l’échelle de la société? Continuer la lecture de « La métamorphose du fou »

« Pauvre Fou », Babylon Circus

Paroles de Pauvre Fou de Babylon Circus :

Ça y est les bien-pensants te croient dev’nu fou
C’est pas trop tôt, t’es comme ça depuis qu’t’es né
Tu sais qu’au fond d’eux-mêmes ils en sont jaloux
Car sonnés du ciboulot ils n’ont pas su le demeurer
Ça y est paraît qu’tu serais dev’nu trop vieux
Et qu’a c’t’âge là on n’ferait pas toujours c’qu’on veut
Toi ça t’fait bien marrer et c’est tant mieux
Tu risques pas d’t’arréter pour si peu !

 » Et c’est comme ça, et c’est ainsi
Qu’il en a toujours été
Et c’est comme ça et c’est la vie
Et c’est pas aujourd’hui qu’ça va changer.  »

Pauvre fou, si tu les crois t’as tout perdu
Ne remets jamais tes rêves en doute
Pauvre fou si tu les crois t’es foutu
Ne les laisse pas tracer ta route !

Ça y est ils te voient parti dans tes délires
A vouloir déplacer des montagnes russes
Mais lorsqu’ils se mettent à te parler d’avenir,
c’est à se demander qui c’est qui plane le plus
Y paraîtrait même que t’aurais perdu l’sens des réalités
Non pas les tiennes, mais celles qu’ils tiennent pour vérité
Tu peux bien rêver t’y couperas pas
Ils viendront te chercher jusqu’à chez toi

 » Et c’est comme ça, et c’est ainsi
Qu’il en a toujours été
Et c’est comme ça et c’est la vie
Et c’est pas aujourd’hui qu’ça va changer.  »

Pauvre fou, si tu les crois t’as tout perdu
Ne remets jamais tes rêves en doute
Pauvre fou si tu les crois t’es foutu
Ne les laisse pas tracer ta route !

T’aimerais bien les croire mais t’es pas motivé
Pas non plus très compétitif par d’ssus l’marché
Tu passeras jamais le seuil de la rentabilité
T’as pris l’option « inactif », direction « assisté »

Qu’un jour il te vienne a l’esprit de vouloir changer le monde
Si tu le chantes sur tous les toits z’auront vite fait d’te la boucler
Tes rêves tes utopies et tes pensées profondes
Tout ça c’est bien gentil, mais tu peux te les garder
Pour eux, tu n’es rien qu’un poète
Qui tourne pas bien rond dans sa tête
T’y comprends rien, pauvre poète
Tu tournes pas bien rond dans ta tête

T’y crois encore et tu t’entêtes
A croire que la vie pourrait être un fête
Touche du bois ! Tu s’ras dans l’vrai
Touche le ciel et les étoiles ! Ça c’est du concret!

Nice

Les voisins du tueur de Nice l’attestent, il était fou. Terroriste sans réelle démarche politique ou religieuse revendicative, lui, c’est d’abord un déséquilibré, un alcoolique, violent avec sa femme qui aurait trouvé par cet acte suicidaire un exutoire à sa démence.

Un cas psychiatrique diront-ils. Alors qu’il avait 19 ans, il a consulté un psychiatre pour une dépression, celui-ci raconte aux médias:

« C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école (…)
Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement, et de troubles du comportement. Un début de psychose, donc. (…) De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie. Mais je refuse catégoriquement l’idée qu’il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n’est pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale.»

Si les mots ne suffisent pas à soulager la douleur, le choix des mots peut aussi faire mal.

Cet homme est mort comme un fou, comme celui dont on ne reconnaît plus l’humanité, emportant avec lui tant d’êtres innocents dans sa folie meurtrière. Alors oui, peut-être qu’il était atteint d’une pathologie psychiatrique et qu’il avait des problèmes dans sa tête. Peut-être s’est-il laissé entraîner par des forces radicalisantes. Mais c’est bien l’acte barbare d’un homme et non pas d’un malade aux circuits neuronaux défaillants.

Celui dont on parle comme s’il n’avait rien d’un homme mais tout d’un fou ne saurait donc justifier des mesures supplémentaires dans la guerre contre le terrorisme. De là à vouloir détecter les sujets à risque dans les services psychiatriques, il n’y a qu’un pas.

Mais faire la guerre au fou c’est devenir un ennemi de notre propre humanité alors contentons-nous humblement de vivre en paix avec nous-mêmes.

« Je suis fou », Les Betteraves

Paroles de Je suis fou des Betteraves :

Je suis libre
Je peux mourir demain
Je peux me crever les yeux
Je peux me couper les deux mains
Vous pensez que je déprime
Mais votre hypocrisie m’étouffe
Vous croyez que je dérive
Mais vos pétards vous rendent ouf !

Ref :
Je suis fou
Vous ne me connaissez pas
Je m’en fous
Car je n’existe pas
J’aimerai rire
Mais vous ne m’amusez pas
J’ai besoin de vous dire
Mais vous ne comprenez pas
Je regarde le ciel
Mais il n’existe pas
Et quand je m’émerveille
YAARRRH ! je n’y crois pas

Ref

Un matin reveillé par un infirmier
Direction l’hopital pour etre examiné
Dans ma tete il paraît qu’un virus à germé
Je suis contaminé, je suis dégeneré !
Dans ma tete je suis enfermé
A jamais je suis comdamné
La medecine m’a abandonée
Je nsai plus ou aller