Comment devient-on fou ? Et que faire pour ne pas le devenir.

On peut avoir des comportements fous, défiant l’entendement ou la morosité ambiante, encore heureux ! Mais il est malheureux de dire de quelqu’un qu’il est fou, qu’elle est folle : c’est considérer que cette personne a perdu la tête, c’est la déshumaniser. Il n’y a pas d’un côté les sains d’esprit et les fous de l’autre qu’il suffirait d’identifier, puisque chacun porte en soi une part de raison gardée. Et bien des folies ne sont que passagères.

La folie se nourrit de notre rapport au monde qui nous entoure, de notre (in)capacité à exister dans le monde tel qu’il est. Chacun aspire à devenir acteur de son existence et à donner un sens à ce qu’il vit. Ne pas comprendre, voilà ce qui dérange.
La figure du fou, cette « inquiétante étrangeté », hante notre imaginaire collectif. Un fou ça crie, ça parle tout seul et ça dérange. D’où cette peur de devenir fou soi-même.

Devenir fou, c’est couper les ponts de toute communication possible.
C’est brûler vif comme un carré de sucre plongé dans un café, sentir qu’on est en train de se noyer puis se désagréger, se dissoudre sans comprendre ce qui nous arrive.

Le temps est la substance dont je suis fait.
Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve ;
c’est un tigre qui me dévore, mais je suis le tigre ;
c’est un feu qui me consume, mais je suis le feu.
Jorge Luis Borges.

Généralement, tu deviens un criminel aux yeux du monde le jour où tu passes par la case prison. Dans notre cas, tu deviens fou le jour où tu te réveilles dans un hôpital psychiatrique et que tu commences à prendre des médicaments qui te rendront la vie amère.

C’est souvent au passage de l’adolescence à l’âge adulte que les gens basculent dans la psychiatrie, médecine qui soigne les maladies de l’esprit par les médicaments. Pour ces maladies on parle de soin et non pas de guérison. Les personnes suivies en psychiatrie peuvent se rétablir mais leur sensibilité et fragilités font de leur vie un combat quotidien.

Que faire pour ne pas devenir fou.

Devenir fou, c’est perdre le contrôle, se sentir débordé par une forte inquiétude pour les siens, pour soi-même à ne plus en dormir. L’important c’est d’arrêter la machine à temps.

Marx avait dit que les révolutions sont la locomotive de l’histoire mondiale.
Mais peut-être les choses se présentent-elles tout autrement.
Il se peut que les révolutions soient l’acte, par lequel l’humanité qui voyage dans ce train, tire le frein d’urgence.
Walter Benjamin.

Pour ne pas se brûler les ailes, il faut apprendre à vivre avec les autres :

  • Ecouter et surtout dialoguer, trouver les mots pour exprimer ce qu’on ressent. Il ne s’agit pas de devenir copain avec la Terre entière mais de ne pas se couper des autres, se faire des amis et ne pas s’empêcher de dire ce qu’on pense.
  • Savoir se préserver sans s’empêcher de vivre, ne pas collectionner les regrets, les amours déçus, les complexes qui finiront un jour par resurgir. Savoir varier les plaisirs et ne pas s’obséder dans son activité préférée.
  • Apprendre à voir la vie avec un sourire et un peu détachement, car à trop se prendre au sérieux, l’esprit s’endurcit et n’en devient que plus cassant et fragile. Garder un esprit ouvert et flexible pour pouvoir faire face à l’inconnu.
  • Apprendre à changer son regard sur soi-même pour pouvoir changer ce qui nous entoure.
  • Savoir accepter le soutien des autres.

Politique et Handicap, sous le prisme de la folie

Notes et références de l’intervention de Joan pour Comme des fous en introduction de la discussion intitulée « Politique et Handicap, consensuel vraiment ? » à l’initiative du Collectif pour la Liberté d’Expression des Autistes (CLE Autistes), le 25 mai 2023 à Montreuil.


« Je vous propose d’aborder le sujet – Politique et Handicap – sous le prisme de la folie. »


On commence par un voyage dans le temps dans les années 1970, du temps du journal Handicapés Méchants pour resituer l’histoire des luttes où handicap et folie étaient déjà entremêlés.

handicapés mechants

Politiser la question du handicap renvoie au travail de conscientisation des rapports de domination comme l’explique Judi Chamberlin dans son livre On Our Own (Par nos propres moyens) de 1978 où elle introduit aussi le terme de psychophobie, la peur du fol ou du fou.

judi chamberlin

« La folie dont je veux parler est la folie qui est plus ou moins présente en chacun de nous, et pas seulement la folie qui reçoit un baptême psychiatrique… Donc, quand j’utilise ici le mot « fou », je ne fais pas référence à une race spéciale d’individus : le fou en moi s’adresse au fou en vous dans l’espoir que le premier fou parle suffisamment clair et fort pour que le second l’entende. La folie est un mouvement vers l’autonomie : voilà quel est le « danger » réel de la folie et la raison de sa violente répression. Agir politiquement signifie simplement récupérer ce qui nous a été volé, à commencer par la conscience de notre oppression au sein du système capitaliste. La folie est la révolution permanente dans la vie d’une personne. Tout délire est une déclaration politique. »

David Cooper, Le Langage de la Folie (1977), à qui on doit le terme d’antipsychiatrie même s’il prônait une non-psychiatrie où il renonçait à son métier de psychiatre.

La nécessité de définir ce que l’on entend par antispy.

freaks

L’antipsychiatrie c’est quoi ?

L’antipsychiatrie est un courant de pensée politique, social et philosophique construit par et pour les usagers de la psychiatrie. Partant du constat que les droits humains sont plus que souvent bafoués dans les institutions psychiatriques, l’antipsychiatrie amène à la conclusion que le système entier est à revoir – voire, souvent, à abolir.

Elle fait référence au slogan : « Si c’est contraint, c’est pas du soin. »

L’objectif de l’antipsychiatrie n’est ni d’empêcher l’accès au soin, ni de culpabiliser les personnes qui ont recours à la psychiatrie, mais de dénoncer l’hégémonie de cette dernière, et le contrôle social qu’elle opère sur la vie des malades.

Parce que c’est ça l’objectif de l’antipsychiatrie, abolir le contrôle social et la coercition exercés sur les personnes folles. Cela passe par une remise en cause de l’institution psychiatrique et ses dérives violentes (internements abusif, médicamentation forcée, contention, isolement…)

Extrait de la BD : Autopsie des échos dans ma tête, Freaks (octobre 2021).

Quel lien entre troubles de santé mentale et handicap ?

On peut parler d’un handicap invisible, qui fait l’objet d’une invisibilisation, et qui serait quelque chose à cacher.

Faut-il opposer trouble psy et handicap ?

La Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées introduit la notion de handicap psychique :

« Constitue un handicap au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive, d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Un exemple de trouble de santé c’est la dépression qui peut s’exprimer par une absence d’énergie + le fait de se sentir empêché + souffrance + difficulté à se concentrer, pour comprendre leur caractère handicapant.

Mais le terme de personne handicapée psychique promu par l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) est un contresens. Il serait plus pertinent de parler d’un handicap d’origine psychique plutôt que d’en faire l’essence des personnes vivant avec un ou des troubles psy.

Le handicap peut être aussi la résultante d’un environnement handicapant, qui nécessiterait des aménagements pour ne pas être un désavantage social.

Une nouvelle piste s’ouvre avec les Disability Studies et le croisement des oppressions systémiques.

Le handicap comme la folie sont des constructions sociales.

elisa rojas

« Il n’empêche que le handicap est une construction sociale née de la volonté d’un groupe social d’exclure un autre groupe social qui n’est pas considéré comme étant conforme à la norme définie par ceux qui ont le pouvoir de la définir. »

Elisa Rojas, membre du Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation (CLHEE).

Il s’agit de déconstruire et se défaire des conceptions validistes.

Le validisme c’est l’idéologie qui définit le corps valide comme étant la norme.

Le handicap est souvent déterminé socialement par la capacité à travailler dans la société capitaliste. Le travail, quand il n’est qu’exploitation, affecte à la fois nos corps et nos psychés. On ne peut s’empêcher de parler des ESAT, structures ségrégatives qui emploient des « usagers » ne bénéficiant pas du statut de travailleurs·euses et sont victimes d’une exploitation organisée avec la complicité des associations gestionnaires et de l’Etat qui les subventionne.

Dans un système qui veut mettre tout le monde au travail malgré parfois l’incapacité à travailler, la précarité des personnes en situation de handicap est généralisée. Pour survivre, il faut pouvoir accéder à une reconnaissance du handicap pour bénéficier d’aides humaines et financières comme l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), qui est sous le seuil de pauvreté et ce, au prix de longues démarches administratives. Sans oublier les personnes sans handicap mais en galère sociale.

Le handicap est-il le privilège de l’homme blanc ? Les personnes les plus sujettes aux oppressions accèdent plus difficilement à la reconnaissance de leur handicap.

Il s’agit aussi de cocher des cases et on se demande comment on sort des catégories pour mener la vie qu’on souhaite quand on est à la fois handi·e et psychiatrisé.

A l’image du discours porté par le Réseau sur l’entente de voix (REV), il s’agit de aussi de dépathologiser nos expériences et nos expressions.

rev france

Et déconstruire la normalité pour se rendre compte qu’on est tous des êtres humains, tous différents, et pour que chacun·e puisse apporter librement sa contribution au collectif.

Le handicap n’est pas un sujet apolitique ou neutre.

Alors qu’aucun parti politique en France ne se saisit du handicap de manière pertinente.

Le terme politique peut avoir plusieurs sens. C’est par définition ce qui relève du pouvoir et de l’autorité. C’est le cas pour les « Politiques publiques ».

Qui a le pouvoir concernant le handicap ? Les psychiatres, les associations gestionnaires ? Ou plutôt l’Etat, et les politiques néolibérales, qui a le pouvoir de démanteler l’hôpital public.

Pour nous, faire contre-pouvoir, c’est partir d’une autre définition du politique, comme étant les stratégies collectives pour faire société, sortir de l’individualisation et reprendre le pouvoir sur nos vies.

Nous ne sommes pas des objets de soins mais des sujets (politiques).

La Loi de 2002 sur la démocratie sanitaire met en avant la participation citoyenne des usagers aux politiques qui les concernent mais au final qui nous représente politiquement ? Certaines associations de familles comme l’UNAFAM ont presque exclusivement le pouvoir de représentation des usagers dans les hôpitaux, les familles représentent leurs enfants hospitalisés même à l’âge adulte, ce qui peut sembler au principe d’autodétermination.

Qui fait autorité ? L’ONU ou l’Etat ?

La Convention Relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU ratifiée par la France en 2010 est censée faire autorité. Elle introduit la dimension des droits humains comme supérieurs aux intérêts des Etats et recommande la désinstitutionnalisation pour faire respecter des droits comme le consentement, le droit à une vie autonome, à une vie affective, à l’intimité, à choisir son lieu de vie. Mais est-ce que ce nouveau paradigme des droits est effectif ? Certes, il permet de sortir du modèle médical individualisant et de dépasser le modèle social du handicap centré sur l’environnement de la personne.

Il s’agit de sortir de la logique binaire entre autonomie et dépendance et de considérer le droit à une vie autonome comme inaliénable et permettre d’accompagner chaque personne dans ce but, selon sa volonté.

La formation WHO Quality Rights en ligne et gratuite permet d’appréhender rapidement cette démarche qui fait consensus et qui vise à réduire la coercition dans les institutions.

Cependant, le texte censé faire autorité est sujet à interprétations et la plupart des Etats signataires font fi du consentement et du droit à refuser un traitement forcé notamment en cas d’hospitalisation.

Quels sont nos objectifs ?

  • Faire respecter les droits humains.
  • Considérer les revendications des personnes concernées.
  • Conscientiser toutes les formes d’oppression et de discrimination.
  • Lutter contre le validisme.
  • Prendre position. Résister, ne pas se laisser faire, tenir tête. Rester inadaptables tant qu’il le faudra.
  • La justice sociale.
  • La désinstitutionnalisation, en finir avec la ségrégation sociale et spatiale.
  • L’accessibilité, rendre accessible et en finir avec les barrières sociales pour faire pleinement partie et faire société.
  • Ne laisser personne de côté.
  • Dépathologiser et dépsychiatriser nos expériences de vie.
  • Abolir la psychiatrie, y renoncer comme on renoncerait au capitalisme.

Trouver des alternatives :

L’Open Dialogue, une approche transformatrice du soin, une révolution culturelle à l’échelle systémique : voir le travail audiovisuel et les formations de l’association Underground Psychiatry alias U_P.

underground psychiatry

L’auto-support, les collectifs d’entraide.

Promouvoir des manières collectives de prendre soin et réinventer collectivement ce qu’on appelle le soin sans sa dimension d’enfermement et de non-droit.

Créer des lieux ouverts, des circulations, créer des liens, faire surgir la possibilité de se rencontrer, d’entrer en contact et d’entrer en relation.

Deux livres inspirants :

joie militanteMême si c’est un activisme par intermittence et qu’on n’est pas toujours en forme, militer, c’est augmenter sa capacité d’agir, c’est pouvoir prendre la parole, s’émanciper individuellement et collectivement.

Joie militante, carla bergman et Nick Montgomery, traduction Juliette Rousseau paru en 2021.

Le livre Charge de Treize paru en février 2023 œuvre dans le sens de la conscientisation en plus d’être merveilleusement écrit, où chaque mot est pesé.

charge de treize

 

 

 

 

 

 

 


Pour aller plus loin :

Le Manifeste du  Collectif Lutte et Handicap pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE)

Elena Chamorro : « Exclure les personnes handicapées, c’est construire une société de privilèges et d’inégalités » où les personnes sont jugées soit vulnérables, soit comme des superhéros et subisse l’injonction au « dépassement de soi et de son handicap ».


Zinzin Zine

zinzin zine


Les Dévalideuses

les devalideuses


Objectif Autonomie

objectif autonomie


Un architecte chez les fous

Tout comme la perception d’un espace construit ne peut se réduire aux dimensions métrées d’une pièce, le vécu de la folie ne peut se réduire à sa dimension pathologique.

C’est un peu comme si dans une phrase, on se concentrait uniquement sur les fautes d’orthographe sans s’attacher au sens, à la construction voire à la poésie des mots mis ensemble.

Vous pourrez toujours dire qu’un espace fait 3m par 3m, qu’il est bas sous-plafond, que les murs sont en pierre, vous ne saisirez jamais ainsi la perception que s’en fait une personne. De même, si on se limite à décrire la folie en termes de symptômes, d’hallucinations, on passe à côté de la perception du sujet habité par la folie.

D’ailleurs quand on entre dans une pièce, on a toujours conscience d’être à l’intérieur, qu’il y a un dedans et un dehors, on est rentré par quelque part, on a franchit le seuil d’une porte, on sait à peu près par où on est passé et où on est, on a une sorte de carte mentale.

L’espace physique est aussi un espace mental et symbolique. Certes les murs d’un espace ne bougent pas, mais on tourne autour, on le voit de loin, de près, on y rentre, on y monte, on reste un instant, on part, on revient. Prenons l’exemple de la tour Eiffel, c’est un repère dans la ville et une icône planétaire. Elle a une valeur esthétique, une logique structurelle ce n’est pas qu’un assemblage de ferraille.

Dans notre vie, on fréquente une multitude d’espaces qu’on investit mentalement, là où on travaille, nos lieux de loisirs et surtout là où on habite, son chez soi. Se sentir chez soi, c’est important, ça participe de notre équilibre, c’est donner une valeur au lieu, y mettre un peu de nous, ce n’est pas juste un toit sur la tête ou une appartenance nationale.

L’ancrage dans un lieu est important pour l’identité d’une personne et son équilibre mental. Quand on est déraciné, qu’on ne trouve pas sa place dans la société où on vit, on peut toujours dire à l’intéressé d’aller voir ailleurs mais le chemin le plus court c’est souvent la folie.

Partir loin, s’évader d’une réalité morose sans prendre l’avion, c’est ça la folie.

Quand on est habité par la folie, c’est le monde qui nous habite. Ce n’est pas un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur mais l’inverse, le monde rentre en nous. Les filtres avec l’extérieur se dissolvent et on peut être envahi par des signes, par des voix, par des visions qui sont autant d’interprétations de notre cerveau du monde extérieur. Ces interprétations ne sont fausses que pour l’observateur extérieur mais ce n’est pas tellement à l’intérieur que ça se passe mais bien dans l’intéraction avec le monde extérieur. Il n’y a en fait plus d’intérieur, notre corps n’est plus, on est un pur esprit qui ne fait qu’un avec le monde.

On perçoit l’espace physique comme n’importe qui, les murs sont là, c’est juste notre corps qui a disparu.

Il faut donc redescendre sur Terre et rerentrer dans son corps qu’on n’a pourtant jamais quitté !

Pour vous faire redescendre, on a inventé les anti-psychotiques car comme ça se passe dans la tête, il faut arrêter la machine. Donc on vous bloque les émotions, les pensées voire l’énergie vitale à coup de médicaments qui sont en fait des tranquillisants.

C’est ainsi qu’on traite la folie aux urgences psychiatriques. Les médecins, pour vous protéger et protéger les autres, décident de vous sédater et de vous interner.

L’hôpital psychiatrique

L’hôpital occupe une place privilégiée dans l’image qu’on se fait de la folie. Personne ne veut finir chez les fous. C’est un lieu symbolique, c’est comme la prison, un lieu coupé du reste de la ville par de hauts murs austères. Ici, il y a bien un dedans et un dehors et une fois sorti on vous regarde autrement. Peut-être parce que vous savez, vous, ce qui se passe derrière les murs.

Vous l’aurez compris, pour faire tomber les représentations négatives sur la folie, il faut que l’hôpital cesse d’être un non-lieu, dont on préfère ignorer l’existence et ce qui s’y passe.

Moi, je me suis réveillé dans ce lieu après avoir été sédaté aux urgences. Je n’ai pas vu par où je suis rentré, je n’ai compris que j’étais à l’hôpital que lorsque ma mère m’a transmis ce petit dessin, je découvrais alors qu’on ne m’avait pas kidnappé, que j’étais à Soisy près de la Seine.

soisy sur seine

Je n’avais pas dit un mot depuis mon réveil, ils m’ont alors mis dans une chambre avec un lit et un seau et m’ont enfermé à double tour pendant deux jours je pense. Seul entre ces quatre murs, j’ai commencé à croire à une prise d’otage, on n’enferme pas les gens juste parce qu’ils sont fous.

Ils allaient me tuer alors j’hurlais mon nom de toute mes forces pour qu’on sache qui j’étais. Dans cette chambre d’isolement, je n’étais qu’un agité de plus, dans l’engrenage d’un soin psychiatrique pris dans ses propres logiques où le manque de moyens et de formation fait qu’au lieu de vous demander votre nom et de vous rassurer, on vous boucle entre quatre murs car les murs auraient une fonction contenante.

Les murs ne parlent pas, il n’y avait pas la charte du patient hospitalisé à lire, j’aurais aimé des mots, pas des murs, n’importe quel mot mais pas ce silence signifiant mort et abandon thérapeutique.

On m’a sorti de là quand j’ai découvert un magazine sous le matelas et que je me suis mis à découper des mots pour faire des phrases et à les passer sous la double-porte pour qu’on vienne m’aider.

Faire des phrases comme quand j’écris maintenant pour qu’on ne banalise pas cette souffrance. La souffrance n’était pas en moi, je n’étais plus moi, je souffrais le monde, ce monde qui m’avait enfermé sans raison apparente.

Je délirais pour un monde meilleur et voilà comment le vrai monde m’a répondu.

C’est triste, tout comme ce qui a suivi, la disparition des pensées du fait des médicaments, de toute capacité à réfléchir au point de ne plus pouvoir faire des phrases. On vous bloque toutes les pensées et les émotions, on ne les trie pas. On dit que si on arrête brutalement le traitement, les pensées incohérentes reviennent.

Je n’ai pas essayé par peur de retourner à l’hôpital. Ne pouvant plus m’exprimer, j’ai plongé dans le désespoir, mon corps est tombé malade, je ne ressentais plus rien et mon espace vital s’est rétréci au point de ne plus sortir du lit.

Soigner c’est redonner un espace à la folie, c’est permettre à une personne de se reconnecter avec son corps et avec le monde. L’enfermement et les médicaments ne soignent pas la folie, ce sont des outils au service d’un projet thérapeutique, à priori celui de redonner à la personne les rênes de sa vie.

La ségrégation spatiale des fous s’accompagne d’une ségrégation mentale. Changer les regards c’est aussi participer à faire tomber les murs.

Il ne s’agit pas de détruire les lieux de soins, il s’agit d’en ouvrir les portes, de décloisonner, de les rendre humains, de créer un espace capable d’accueillir un état de conscience altérée.

Accueillir la folie, c’est pouvoir rassurer, avoir une parole apaisante, être une présence, un repère. L’architecture, par son agencement et ses couleurs, ne saurait à elle seule assurer ce rôle.

Mais tout comme on pourrait être en droit de demander un personnel soignant de qualité, disponible et bien formé, on pourrait imaginer de nouveaux lieux, ouverts sur la ville, ayant une certaine qualité architecturale pour accueillir les personnes en crise ou en difficulté, non pas uniquement des lieux de consultations mais aussi des lieux où la vie reprendrait ses droits.

La psychiatrie est le degré zéro du soin.

« J’ai une voix dans la tête qui me répète le discours psychiatrique et qui m’empêche de penser par moi-même. »

C’est quoi le soin ?

J’ai longtemps été conditionné voire colonisé par l’idée selon laquelle le soin serait la relation qui unit une personne souffrante à un professionnel de la santé.

Le soin serait manifeste dans la relation soignant-soigné, nom également donné aux réunions insipides qui ont lieu dans les lieux de soins psychiatriques.

Les arguments psychiatriques pleuvent dans ma tête : la psychiatrie sauve des vies, tu ne peux pas vivre sans médicaments et si tu arrêtes c’est l’hospitalisation à coup sûr.

Oui, la psychiatrie a le monopole du « soin psychique ».

Oui, mes pensées argumentent en faveur du soin alors que je déteste les psychiatres.

J’ai mes raisons de les détester, ils ont failli me tuer deux fois avec leurs injections, deux fois j’ai fini en réanimation entre la vie et la mort.

Dix fois, peut-être, j’ai été hospitalisé et mis à l’isolement. Je sais dans ma chair que c’était de la torture de me laisser délirer dans une chambre sans me parler, c’était un « abandon thérapeutique ».

Comme à mon habitude, quand je m’essaie à un texte théorique ou simplement rationnel, me voilà débordé et je finis par témoigner de mon vécu traumatique de la psychiatrie.

Certains s’ennuient quelques semaines dans les couloirs des HP (hôpitaux psychiatriques), gobent les médicaments et repartent faire leur vie, moi je tourne en rond dans ma tête et je m’accroche à la psychiatrie, car, elle et moi, nous sommes liés à vie.

Je suis de ces patients qui ne peuvent pas se passer de médicaments sous peine de perdre le sommeil ou de délirer, je suis de ceux qu’on force à se soigner et à prendre des médicaments pour éviter le pire, sans les accompagner vers une vie heureuse.

La psychiatrie m’entrave tout comme mes difficultés psychiques mais je distingue quand même en moi une part saine dans mon fonctionnement pathologique, j’entrevois que je pourrais aller mieux si la psychiatrie s’absentait de ma vie.

Prescrire des médicaments, ces béquilles pour continuer à avancer et ne pas se foutre en l’air, ou même prescrire des électrochocs en derniers recours, c’est le monopole du soin par la psychiatrie.

L’autre soin c’est prendre soin de ses émotions, pouvoir nouer des relations, communiquer, faire des rencontres, s’émerveiller ensemble et ne pas trembler face à l’inconnu aussi effrayant soit-il.

Le soin dans sa dimension émancipatrice sauverait ma vie car le soin c’est une utopie concrète que j’entrevois dans les yeux et l’amitié de ceux qui ont prise sur leur destin et qui m’aident à aller mieux.

Le degré zéro du soin, ce sont la psychiatrie, les médocs et les électrochocs.

Le premier degré du soin c’est pouvoir dialoguer pour s’émanciper comme individu et collectivement.

Le deuxième degré, c’est un degré d’humour face aux limites du soin et à la fatalité. Et à plus de deux degrés, on sera cuits par le réchauffement climatique avant même d’abolir la psychiatrie.

Le soin s’il n’est pas collectif et émancipateur, c’est de l’oppression.

Tout le monde n’a pas besoin de soins pour être bien, mais chacun devrait pouvoir être accompagné dans sa vie à la mesure de ses besoins sans devoir dépendre d’une ordonnance de médicaments pour aller mieux.

Le soin c’est un processus socialisant, non pas médicalisant. Avec ou sans le soutien des psychothérapeutes, prendre soin les uns des autres ne doit pas être une injonction à aller bien mais un chemin à prendre collectivement en tant que société.

Joan

Portrait de Mamzelle Léa

Comme Mamzelle Léa, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

J’aspire à dire. Faire entendre la voix de ceux qui n’entrent pas dans les cases car il leur en manque une.

Je suis mère de famille, relaxologue, professeur de yoga, poétesse et pourtant je fais partie des Fragiles. De ceux qui n’ont jamais su être ce qu’on attend d’eux.

Je l’ai vécu longtemps comme une honte, une difformité. Aujourd’hui je sais que c’est fragilité fait partie de ce que je suis.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’aime mon métier de relaxologue qui me permet d’accompagner l’autre dans la recherche de sa sérénité physique et mentale.

Ce métier m’a permis d’avoir les outils pour être moi-même plus autonome dans ma vie et j’aime transmettre cela aux autres.

Mon activité de poète, elle, c’est ma part de résistance qui s’exprime. Il me donne le droit d’être et d’exister dans toutes les parts de ce que je suis.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Je n’ai qu’un poème pour exprimer cela :

Les fous, les fadas, les fêlées.
Les bouloches sur la norme.
Les résistants d’un monde aseptisé.
Les monstres, les difformes.

La psychiatrie nous éteint
Nous réprime, nous fait taire.
La poésie nous étreint
Nous sublime, nous enserre.
La médecine attend notre évolution
La poésie entend notre révolution.

Nos multiformes n’entrent pas dans les uniformes.
Nos masques,
Fantoches et délicieux.
Nos corps,
Fantômes et séditieux.
Nos hystéries mystérieuses,
Nos cris, nos silences,
Nos mesures désaccordées.
Nos proses arythmiques,
Nos désirs boulimiques.
Les mauvaises herbes,
Dans les fissures du bitume.
Celles qui germent,
Gênent,
Celles qui importunent.

Nous sommes la part d’ombre,
Et la lumière à la fois,
D’un monde qui tombe,
Dans le délire et la névrose.
Nous sommes les épines des roses,
Et les brumes moroses,
D’une société asservie,
Que si souvient en nous voyant,
De sa propre folie.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Sans nulle doute une forme de liberté. Qu’on ne peut acquérir qu’en acceptant ce qu’on est.

Les épisodes de dépression font partie de ma vie… ils ont le mérite de m’obliger à transcender, à faire des choix de vie parfois originaux mais qui me correspondent.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Ouiiiii ! Préparez les bulletins de vote !

Il y a tellement de boulot sur le sujet. De la même manière qu’on crée des maisons de naissance à proximité des hôpitaux, on devrait être capables de gérer avec bienveillance, de façon médicale ou non, les questions de santé mentale. Mais c’est toute la société qu’il faudrait chambouler pour ca : la santé, les disparités sociales, les problématiques de territoires abandonnés.

Une publication que tu aimerais faire connaître ?

Je sors un recueil « Et les fêlures dorées » le 19 janvier 2023 et j’ai vraiment envie de mettre le sujet de la santé mentale sur la table et d’ouvrir le champ des possibles à l’Art comme moyen d’expression de la folie.

et les fêlures dorées

https://www.instagram.com/lea.cerveau/

BIPOLARITÉ : L’UTILITÉ DE LA DÉPRESSION

Quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrai te chercher.

Pour toi, je me jette à l’eau, je fais un plongeon. Je mets mon casque de cosmonaute avec un sas de décompression. Je vais explorer les méandres de ta dépression. Est-ce que tu ressens, quand tu t’enlises, la pesanteur de la pression de l’eau, qui ne retient ma raison que par un fil ? Je coule lentement et je vois de la vase, des vestiges de ton passé, comme dans les films ou les dessins animés. Tout est silencieux, tout est calme, tout est empoussiéré. La dépression, c’est ton âme qui est figée.

Les algues se sont répandues sur tes souvenirs. Ta mémoire se verrouille, ton cerveau te prive d’aller chercher ton histoire. Les souvenirs cachés dans les trésors sont parfois des serpents de mer terrifiants. C’est ton esprit qui décidera quand te donner les clés pour les trouver. Ta mémoire te permettra d’accéder à ce dont tu as exactement besoin, au bon moment. Si tu es impatient, tu vas sortir des requins !

En hypomanie et manie, ton esprit te fait vivre la dé-compensation. Et en compensation, il te fait vivre la dépression. Le principe est simple, l’équilibration : quand c’est trop d’un côté, c’est trop de l’autre aussi. Ton crâne s’est ouvert en deux, le cerveau essaie de recoller les morceaux, comme il peut, car tu as voulu aller trop loin et trop vite. Quand un plongeur saute à l’eau ; il descend par des paliers de décompression au niveau de l’oxygène. Petit à petit, il teste les limites. Tu dois comprendre qu’il faut que tu l’imites. Un jour, je t’expliquerai tout, quand on se retrouvera à la surface, quand je redescendrais sur terre avec toi qui reprendra ta première bouffée d’air. Quand l’émotion revient, c’est la guérison de la dépression.

Si tu ne laisses pas l’expression de tes émotions à ton corps, il les transforme en symptômes. « La Mal a dit ». Le mal à dire. Et si tu continues de lutter, d’éviter tes émotions, de continuer de vivre avec du stress, et dans un carcan absurde, il va te dire « Médor, couché ». Ou alors… Couché, mais dort ? Ton esprit t’empêche de bouger, tes membres sont engourdis, tes phrases ne sortent plus, tu ne sais plus si c’est le jour où la nuit, si c’est mardi ou samedi. Le temps pour toi s’est arrêté. Et la terre continue de tourner sans toi. Le reste, ce sera à toi de trouver, mais tu n’es pas seul. Appelle au secours, tape les bons numéros. Pas celui du SAMU, mais celui de SOS amitié.

En dépression, je te le demande, comment pourrais-je t’aider ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Veux-tu lire un message, entendre mon rire ? Un appel audio, un appel vidéo ? Ou te laisser seul parfois ? Qu’est-ce que je dois te dire ? Il n’y a que toi, qui le sait. C’est toi qui vas créer ton scaphandre de protection, et m’aider à tisser notre filet de sécurité.

Je suis là, j’arrive au fond, je te vois. Ton fil est trop loin et ta combinaison est bien trop lourde. As-tu vraiment envie de remonter, maintenant, et de reprendre ta vie exactement comme avant ? La dépression te poussera à modifier ton environnement. L’écouteras-tu ? Pour réussir la recette de ta vie, il faudra changer d’ingrédients. Le chimique, c’est ta béquille, ton garde-fou. Tes amis sont tes pêcheurs, ils t’accrocheront un fil pour te rattacher à la terre quand tu voudras devenir cerveau volant. Un plongeur ne plonge jamais seul, il y a l’autre plongeur sur le bateau à la surface de l’eau. Celui qui plonge lui envoie des signaux s’il est en détresse.

Je te mets le vers le plus séduisant, un beau vers bien gluant, bien juteux, celui qui te fait le moins peur, et hop, je te tirerai en douceur ! Et après je te cuis à la broche. Nan, je déconne. Je te remettrais à l’eau. En espérant ne pas t’avoir écorché la bouche. La dépression t’invite à abandonner, à baisser les armes, à te laisser aller complètement, pour ne plus réfléchir. Prends la dépression comme un message à décoder. Ton corps estime que tu dois te reposer, repose-toi. Plus tu luttes contre vents et marées à vouloir sortir de la dépression, plus tu vas galérer à remonter avec tes deux bras et tes pales. C’est ton mental, et ton cœur, qui te paralyse toi et ton corps, voit la dépression comme une sage surprise.

Tu sais ce qu’il arrive aux scaphandriers qui remontent trop vite à la surface sans respecter les paliers de décompression ? Ils meurent, alors écoute-moi et surtout écoute-toi. Quand on te dit, « souffle, décompresse », dé-stresse. Dé-compression… Un SAS de décompression , respire, enlève la pression. Tu viens de comprendre, l’utilité de la dé-pression Et quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es, que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrais te chercher.

Lucie

La folie est une construction sociale

La folie est une construction sociale et un outil d’oppression psychophobe.

Retranscription du post « La folie est une construction sociale » du compte Instagram DeepTalkfr tenu par Kaina Djaé.

Définition de la psychophobie développée par Kaina Djaé :

Discrimination et oppressions à l’encontre des personnes qui ont, ou qui sont étiquetées ou perçues comme ayant une maladie mentale.

La psychophobie est une forme de validisme où un jugement de valeur est posé sur les capacités mentales, le respect des normes sociales dominantes, l’intelligence, les comportements, l’âge, la communication, l’apparence et la culture d’un.e individu.e.

Qu’est-ce que la folie ?

La folie est un terme polysémique mais globalement elle représente la marginalité, l’anormalité, l’irrespect des règles sociales établies.

Dans son sens philosophique la folie est définie comme l’incapacité pour une personne de penser, d’agir et de se comporter comme les autres.

Ce stéréotype tend à regrouper toutes les pathologies psychiques en une forme unique, une espèce commune, connotée négativement.

Alors qu’elle est stigmatisée, au sein des groupes minorisés.

Elle est parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée, une sagesse supérieure ou du génie mais uniquement lorsqu’il s’agit d’homme blanc cisgenre, hétéro riche ou reconnu socialement.

Troubles mentaux  ≠  Folie

Il faut différencier les troubles et les maladies mentales de la folie.

Les maladies et les troubles mentaux sont des “réalités” scientifiques et médicales qui servent au diagnostic.

Alors que la folie est une construction sociale, qui se mesure selon l’irrespect plus ou moins marqué des codes sociaux dominants.

On peut être considéré.e comme fou.olle et n’avoir aucuns problèmes psychologiques.

Et inversement, on peut avoir des problèmes psychologiques et ne pas être considéré.e comme fou.olle.

Par exemple, les homosexuels / transgenres / lesbiennes / féministes / colonisé.es / handicapé.es / gros.ses / racisé.es… sont selon l’époque, le lieu, le climat social et politique considéré.es comme inadapté.es, anorma.ux.les, fou.olles.

Qui sont les fou.olles ?

La folie est une idée qui évolue au fil du temps, qui se façonne au contact de l’environnement social et politique, tout comme la race et le genre.

Ainsi certains groupes de personnes sont fou.olles selon les époques ou le pays où iels se trouvent :

Pendant longtemps les sourd.es étaient interné.es dans des instituts psychiatriques car considérés.es comme déficient.es intellectuellement et incapables de s’intégrer socialement.

Pour de nombreu.x.ses autistes et personnes neuroatypiques la même chose est toujours d’actualité.

L’hystérie, aussi appelée “maladie de l’utérus”, a longtemps été diagnostiquée comme une névrose chez des fxmmes dont les comportements ne correspondaient pas à ce que la société patriarcale attendait d’elleux, et concernant donc souvent les féministes, les lesbiennes ou les hommes transgenres. Elle ne sera retirée de la classification internationale des maladies qu’en 1952.

Les fou.olles sont toujours les margina.ux.les, celleux qui vivent, s’expriment, se comportent différemment de ce que le système attend d’elleux.

Durant l’époque coloniale, les colonisé.es accusé.es de perturber « l’ordre public colonial » se retrouvaient si ce n’est en prison, interné.es au sein d’asiles coloniaux qui virent le jour dès le début du XIX e siècle, avec l’essor institutionnel de la psychiatrie coloniale.

Alors que l’OMS n’a dépsychiatrisé l’homosexualité qu’en 1990, il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que la transidentité ne soit plus considérée comme une pathologie mentale dans la classification internationale des maladies.

Catégoriser pour mieux stigmatiser

L’utilisation de termes de la même famille que le mot folie est un moyen de catégoriser et donc de stigmatiser davantage les populations déjà oppressées.

Les mots hystériques, sauvages, assisté.es, mongolien.nes, zoulou.es, incivilisé.es, sourdingues, malades , bêtes, teubé.es, idiot.es, attardé.es… sont autant de synonymes du mot fou.olles qui cachent à peine le sexisme, le colonialisme, le classisme, le racisme, le validisme, l’âgisme et le spécisme qui en sont à l’origine.

Ces mots sont des étiquettes posées sur des individu.es à partir desquels se construisent progressivement des catégories de plus en plus différenciables et donc stigmatisables.

Et ces termes psychophobes nourrissent les oppressions systémiques.

Toutefois la réappropriation par certain.es de ces termes qui visaient à les oppresser peut être un moyen d’émancipation.

La psychophobie : moyen d’oppression extrême

Dans le paradigme psychophobe : une personne classifiée comme folle ne peut pas prendre de décisions censées, une certaine forme d’autorité se doit donc de décider pour elle.

La folie prétendue de certains groupes permet de justifier la colonisation, l’esclavage, le sexisme, la transphobie, le racisme…

Ainsi, les colonisé.es n’étaient pas assez civilisé.es pour s’occuper elleux-même de la politique et de l’économie de leurs pays.

Les femmes pas assez équilibré.es pour voter, acquérir l’autonomie corporelle, avoir des postes à responsabilités ou être crues au sujet des violences sexuelles qu’elles auraient subies.

Les personnes transgenres pas assez stables ou rationnel.les pour transitionner sans l’avis d’un.e psychiatre (et sans l’accord parental pour les mineur.es), fonder une famille ou changer de nom ou d’état civil sans passer par de multiples procédures…

Les enfants intersexes pas assez matures pour que l’on respecte leur droit à l’autodétermination et leur intégrité physique.

Sous prétexte de vouloir conserver un certain ordre social et à force de pathologisation, on retire à toute une partie de la population l’accès à l’autonomie corporelle et l’autodétermination, (justice reproductrice, traitement hormonal, soins, accès à l’information, intégrité physique, mariage pour toustes, éducation…) alors même que ce sont les fondements de tout droits humains.

Et bien plus grave, on retire aux fou.olles leurs libertés individuelles avec des mesures de privations de libertés :

Emprisonnement, astreinte à résidence, interdiction de se déplacer, hospitalisation sans consentement, stérilisations, interdiction du droit de vote etc…

Sources :

1) « La surdité, quelle histoire ! » Christophe Dodier Surdité et santé mentale (2013), pages 45 à 50

2) « Histoire de l’hystérie, cette excuse pour contrôler les femmes » Elise Lambin, rédactrice Feminists in the City (Mai 2021)

3) René Collignon, « La psychiatrie coloniale française en Algérie et au Sénégal : esquisse d’une historisation comparative », Revue Tiers Monde, 2006 (n° 187), p. 527-546.

4 ) “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans.”  solidarites-sante.gouv.fr (Janvier 2022)

Kaina Djaé

Pour le compte Instagram : https://www.instagram.com/deeptalkfr

Hortense a vu « Le soleil de trop près »

Hortense nous partage son ressenti sur un nouveau film qui parle de folie : Le soleil de trop près, de Brieuc Carnaille.

300 mg

C’est une histoire somme toute banale. Elle aurait pu être n’importe où sauf dans une ville reconnaissable, il fallait qu’elle se situe à Roubaix, – où est-ce même Roubaix ? – avec le cliché sévère des usines à charbon crachant leur feu sous un ciel gris morne.

Le personnage principal à une tête d’enfant, un rire ravageur, une attitude déplacée. On ne peut pas faire plus caricatural comme description du fou, l’archétype parfait. Sa candeur, son humour, son je-m’en-foutisme, parfois, nous fait l’aimer à la folie.

“Basile”! Hurle sa très belle, mais très froide sœur, “reviens à la maison, tu as vu l’heure, on te cherche partout” (elle est entourée d’un conjoint qui lui, travaille bien et dur).

600mg

Je ne sais pas comment on peut faire pour avoir une vie plus badass. Basile c’est nous, qui avons envie d’avoir encore six ans et de satisfaire pour faire jours d’un ensemble en survêtement. Je déteste penser que la vie c’est dans la binarité et monsieur Canaille le bien nommé nous en fait voir de toutes les couleurs, des sapes à la musique, de la danse effrénée du protagoniste à l’envie d’améliorer son quotidien. Il raconte à tout le monde ses crises. Il veut s’en débarrasser. Mais les autres eux, n’oublieront pas.

Dans son délire, Basile s’attache à une jeune première, pimpante et disponible, fade en personnalité, là pour le sauver, la fille pour contrer le fol en Basile. On s’attendrit, on rit, on pleure et jamais on n’a vu fou si heureux. Ah si, en fait, tous les jours pardon mais on ne voit jamais cela sur grand écran. Le passage dure environ une vingtaine de minutes, sur une durée d’une heure trente.

Sans transition, c’est la dégringolade.

0mg

Apologie des médicaments ?

En tous cas, c’est avec ces signaux à la final cut tout bêtes qu’on comprend à quel point le bébête a besoin de ses pilules puisque sans, il devient tout simplement désagréable. Et même, sans, il devient une tare pour sa sœur, son équipe médicale, puis puits ultime de détresse, il perd son aimée (et son fils). En perdant sa dernière part de lucidité et d’autonomie, qui sera représentée dans “le soleil de trop près” par une institution carcérale qui représente pour le grand public son incapacité à vouloir guérir.

Il sortait de prison. Il a vécu et a vu l’enfer du monde, mais c’est l’hôpital qui l’a eu. On a tous de la peine et Basile, c’est nous. Qui n’a pas eu de problème avec la justice, un papier mal réglé par oubli, jusqu’au commissariat s’il n’était pas justifié ?

Mais l’hôpital, vraiment ?

Hortense Le Guillou

https://www.instagram.com/hortensiaawareofthat/

Histoire de la folie à l’âge classique [Michel Foucault]

Le livre Histoire de la folie à l’âge classique est tiré de la thèse du philosophe Michel Foucault, soutenue en mai 1961 sous le titre Folie et déraison.

Ce livre de Foucault est une minutieuse évocation du partage de la raison et de la déraison. Les matériaux de l’enquête sont empruntés à la littérature, à l’art, à la philosophie, mais aussi à l’histoire des institutions et des pratiques de la vie quotidienne. Il commence à l’époque médiévale humaniste de la folie pour arriver à nos jours où la folie se confine dans l’exclusion et l’aliénation.

Première partie

Chapitre I – Stultifera navis
Chapitre II – Le grand renfermement
Chapitre III – Le monde correctionnaire
Chapitre IV – Expériences de la folie
Chapitre V – Les insensés

13
56
92
124
150

Deuxième partie

Introduction
Chapitre I – Le fou au jardin des espèces
Chapitre II – La transcendance du délire
Chapitre III – Figures de la folie
Chapitre IV – Médecins et malades

181
193
226
269
316

Troisième partie

Introduction
Chapitre I – La grande peur
Chapitre II – Le nouveau partage
Chapitre III – Du bon usage de la liberté
Chapitre IV – Naissance de l’asile
Chapitre V – Le cercle anthropologique

363
373
401
440
483
531

Entretien avec Dandelion : Schizophrénie et psychophobie

Dandelion, blogueur se revendiquant fou, est l’invité de Septante Minutes pour discuter de sa schizophrénie, de psychophobie et de l’institution qu’est la psychiatrie.

Références :