« Et les chiens se taisaient » [Vaillandet Lylaeve]

   Aimé Césaire disait :

   « Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ; mon âge : l’âge de la pierre ; ma race : la race tombée »

   Je suis de ce peuple que la psychiatrie tue.

   Tuer est un grand mot – je ne suis pas morte encore – mais j’ai vu tant des miens détruits d’avoir connu la psychiatrie, ou plutôt d’avoir été connus par la psychiatrie.

   J’ai vu de mes propres yeux – qu’importe la façon dont on prétend que l’expérience d’un fol est irrecevable, de mes propres yeux j’ai vu – des personnes malades que le système psychiatrique a délavées, privées de leurs libertés par la tutelle et la curatelle, attachées et enfermées par les contentions imposées, endormies par des médicaments imposés, menacées dans la discrétion des bureaux de « médecins », réduites à des diagnostics subjectifs, approximatifs et parfois même faux ou simplement vides de sens – je pense amèrement au diagnostic le plus utilisé pour justifier l’enfermement de personnes dissidentes, mineures comme majeures, « troubles du comportement », qui n’a ni base ni définition scientifique et est ainsi difficilement contestable.

   J’ai vu des individus mourir simplement sous les mains de soignants bourrés de puissance par leur statut.

   Et je me suis vue croire et prier selon ces mensonges de psychiatres, jusqu’à devoir reconstruire ma personnalité désintégrée par des années d’internement.

   « Ma religion… mais ce n’est pas vous qui la préparerez avec votre désarmement… c’est moi avec ma révolte et mes pauvres poings serrés et ma tête hirsute… »

    Ce désarmement qu’opère l’hégémonique psychiatrie, c’est l’ablation des libertés, l’illégitimation des croyances et la condamnation de la colère des fols.

   Ainsi désarmés, nous nous voyons enfermés et mis sous silence.

   Mais, sinon nous qui croyons encore en notre humanité, qui fera la révolte qui nous libérera ?

   Autant que des murs et des camisoles, c’est de la croyance générale que la psychiatrie est une science et qu’elle sauve tous ses patients dont nous devons nous libérer :

   La psychiatrie ne sauve que l’idée qu’elle se fait de l’humanité, la distille dans l’imaginaire commun et fait taire les discours de ceux qui dénoncent et de ceux qui revendiquent leurs droits.

   « C’était moi, c’était bien moi, lui disais-je, le bon esclave, le fidèle esclave, l’esclave esclave »

    Dans la tête d’un psychiatre, un bon patient est un patient sans révolte, un bon patient est un patient patient, un malade qui croit encore à l’imposture de celui qui prétend le guérir.

   Un patient qui ne pense pas ainsi est une menace « pour lui-même et pour les autres », comme ils disent.

   Et, pour contrecarrer toute révolte et justifier ce désarmement, la psychiatrie a ses propres armes, et elle les garde furieusement :

   La moindre législation en sa faveur, le moindre pouvoir qui lui est accordé, la psychiatrie en abuse pour mieux s’ancrer sur son trône.

   Aussi, elle alimente de ses propres recherches biaisées ses propres principes ; ainsi, la psychiatrie se renouvelle pour esquiver toute critique à son égard.

   Alors, continuons de la critiquer, commençons à la combattre et à la remplacer par mieux ; soyons fiers d’être humains et revendiquons notre droit à l’être.

Vaillandet Lylaeve

Sorcières contre la psychiatrie [Vaillandet Lylaeve]

Il y a une légende qui court dans les bureaux de la psychiatrie :

c’est que le patient ne sait et ne doit rien savoir ;

le savoir psychiatrique serait seulement accessible à cette élite sensée que sont les professionnels de santé, les psychiatres particulièrement, et ce savoir, selon ces psychiatres, serait même nocifs pour les psychiatrisés ;

« Nous savons mieux que vous. »

J’ai grandi en pédopsychiatrie et en psychiatrie, je me suis prise de passion, enfant que j’étais, pour cette autorité qui semblait tout savoir et pouvait se permettre tant de choses dans le sens de mon « mieux-être ».

Je me suis éduquée par les écrits qu’ils tentaient de m’interdire de lire ;

je me suis formée en observant les rouages du système psychiatrique, dans tous ces recoins.

Je me suis diagnostiquée seule après presque dix ans gâchés dans la psychiatrie, les psychiatres ne m’ont servi qu’à confirmer le mot qu’ils auraient dû poser avant de me faire subir leur torture « thérapeutique ».

Dix ans de psychiatrie et quelques temps à la fuir m’ont éduquée, mais les fols sont les victimes d’une légende oppressive qui dit que nous ne devons surtout rien savoir.

Il y a des moments où j’ai dû cacher des choses aux soignants pour mon propre bien, il y a des moments où j’ai dû guider le raisonnement de psychiatres sans leur dire qu’ils étaient un peu lents dans leur analyse des choses ; j’ai fait l’ingénue trop de fois.

Parfois, je me sens comme une sorcière ; j’ai au-dessus de ma tête un système qui veut proscrire mon savoir, celui que j’utilise aujourd’hui pour mon bien et le bien d’autrui ; je revendique mon propre pouvoir et mon indépendance dans la recherche de mon bien-être.

J’apprends chaque jour de nouvelles thérapies inclusives, là où la psychiatrie semble vouloir suffire au monde, rester elle-même et continuer dans ses méthodes abusives et oppressives.

Il y a beaucoup de gens comme moi, des fols pleins de savoir contraints de fuir.

Et, dans la lutte pour mes sœurs et mes frères qui sont encore enfermés, je me surprends à nous appeler Sorcières.

Vaillandet Lylaeve

« Le cheminement d’un apaisement », une BD de C. Guirriec

Préface

« Je m’appelle comme je m’appelle et j’ai l’âge que j’ai. Éclairant, n’est-ce pas ? Je ne cherche pas à ce que tu me connaisses par mon prénom mais par mon histoire. Je ne médirai pas sur ce que j’ai vécu ou sur celle que j’ai été. Sans cela, je ne serais telle que je suis aujourd’hui. Et à regarder de le chemin parcouru, je te le dis, rien n’est figé dans la vie […] »

Tout feu tout flamme [MonstresTV]

Tout feu tout flamme
Je me lance dans des projets
Aux airs de montagne
Et vite, trop vite
Je me consume
Je fonce tête baissée
Et je me trompe, j’échoue
Revenu sur la rive,
Je me demande : pourquoi ?
Pourquoi tout ça ?

Il paraît
Que c’est mon trouble qui veut ça
Ma personnalité malade
“une pensée en tout ou rien”
Oui, c’est ça
Je donne tout,
Ou je donne rien.
Alors moi j’ai envie de tout donner
Tant pis pour les ratés
Tant pis pour les loupés
Je me casse la gueule
Sur des envies plus grandes que moi
Et le corps écorché,
Je reviens
La tête levée,
Sur la pointe des pieds
Est-ce que le monde veut encore m’accepter ?

Tout feu tout flamme,
Je me consume
Et brûle mes rêves
Et perds mon âme.

C’est dur
De prendre son envol
En sachant qu’on va encore
S’écraser.

De toute façon je ne sais plus voler,
Les médicaments m’ont coupé les ailes
Je ne tombe plus que du haut de mon corps
Et je fais 1m70.

C’est sûr, ça fait moins mal
Mais les hauteurs me manquent

“L’idée, c’est de vous stabiliser”
Disent-ils
Mais rien ne marche sur moi,
Ni les antidépresseurs
Ni les régulateurs de l’humeur.
Je reste une phalène
Qui se cogne sans arrêt à la lampe de ses rêves.
J’en reviens cramé
De la tête aux pieds.
Le monde voudra-t-il encore m’accepter ?

MonstresTV

https://www.instagram.com/monstrestv/

Au nom du père [Audrey CHENU]

Je me souviens de mon enfance bénie, petite maison dans la prairie,
entourée de champs, plus de vaches que d’habitants…
Mon père plante des fraises, récolte ma gourmandise
À 7 ans, surprise !
Pour faire passer la pilule, mon oncle amène une tarte aux fraises
et mon père à l’hôpital, le meilleur des mondes bascule…
Réminiscences d’un royaume perdu, je salue mon innocence,
Première visite à l’asile, mon roi déchu trône parmi les zombies, les débiles,
des gens crient, psalmodient, répètent des gestes à l’infini
Je ne le reconnais plus, son âme a déserté, ses yeux sont vides et sans reflet…
une femme me raconte sa vie et son envie de mort, étrange litanie
un homme me montre son corps, son zizi, je m’enfuis…
Têtue, je décide que je n’irai plus !
Mais mon père récidive, obscur diagnostic :
psychose maniaco-dépressive, camisole chimique pour maladie mentale, traitement de cheval,
les médecins tout puissants comme les labos pharmaceutiques en font leur cobaye, un légume,
l’écume au coin des lèvres, le regard dans la brume…
J’attends qu’on le délivre depuis que je suis môme, dix ans près d’un fantôme, condamné à survivre
Sa mère fait l’éloge de son génie, malgré tous ses diplômes,
je ne vois qu’un homme à genoux, hagard ; au nom de sa folie, relégué, mis au placard 
Corps gonflé, visage bouffi, cachez ce monstre à tout prix !
Parler ferait des ravages, nous serions la honte du village.
Les mots, l’émotion sont bannis…
Au collège, je ne peux rester sage, sur ma chaise, je dis ce que je pense
Mon adolescence s’achève entre 4 murs, son absence me pèse
A la télé, les scènes entre père et fille m’attendrissent,
on s’écrit mais sa morale m’écrase, je veux qu’il me chérisse

Depuis le divorce il va mieux, profite de la vie comme jamais,
amoureux, il recommence à voyager, on se voit un peu, étranges étrangers…
Au resto, ses mains tremblent comme des feuilles, le regard des autres me dérange,
il perd la moitié de ce qu’il mange,  un an plus tard je le promène en fauteuil.
Ma mère est morte en 2013, juste avant que je publie mon autobiographie,
mon père faillit mourir l’hiver suivant, rien ne m’apaise,
mes larmes orphelines volent au vent…
J’erre dans le dédale de l’hôpital, l’esprit assiégé, je perds les pédales, piégée
Ce poète muet, fan de Dylan, me raconte sa vie volée, avec un sacré débit,
comme si mon récit avait ouvert les vannes, fait sauter les verrous des non-dits
Ma sœur m’accuse de le rendre malade avec mon livre,
omettant que les mots délivrent, que le silence embrigade
Au salon du livre, dans une salle pleine de gens venus m’écouter,
il pleure comme un bébé, l’émotion enivre… 

Mon père a su lire avant de parler, il sème des livres dans ma vie de petit poucet
Enfant d’ouvrier, profitant d’une retraite aisée grâce à son mérite, ancien champion de cyclisme,
il s’offre le vélo de ses rêves à 60 ans, j’en hérite quand il se retrouve paralysé, la vie ne manque pas de cynisme ! après 20 ans de neuroleptiques, son système nerveux dégénère, en maison de retraite médicalisée… de psychotique à bipolaire, de l’EHPAD à l’HP, je hais ces mots, ces murs aseptisés, ça sent le confort, l’odeur de la mort, dans ce décor, des corps se meurent, des âmes s’égarent,  la raison s’exile… comme cette petite vieille qui s’incruste dans la chambre de mon père, sénile, je la raccompagne gentiment, elle revient après quelques instants…

Je nourris mon père à la cuillère, il perd la parole, langage crypté sans parabole, ses mots s’envolent, il porte des couches et voit une orthophoniste, Nietzsche à son chevet. Sur son vélo de course, légère, je m’en vais. À ma dernière visite, il me dit « j’attends la fin »… je me tais, interdite car les mots sont vains.

Depuis il est parti, enfin, se laissant mourir de faim. La psychiatrie lui a volé sa vie ! Ce sera le mot de la fin.

Audrey CHENU

Mon papa est bipolaire

 Qu’est-ce qu’elle est vive ta fille ! Et elle vient vers nous si facilement.

C’est mieux qu’à l’école. A l’école c’est du coloriage de bébé. Là, c’est une grosse fleur et il y a plein de stylos de couleurs. Je ne veux pas dépasser comme la mamie en face. Elle ne bouge pas la main avec son crayon… elle est un peu nulle.

– Comment fais-tu pour l’élever ? Elle a l’air si autonome.

– Je la laisse faire…

Il y a trop de bruits, j’en ai marre ! Une autre mamie parle fort, avec ses morceaux de carrelages bleus et blancs qu’elle colle sur du bois. Elle casse le carrelage, elle le recolle… Les adultes sont vraiment bizarres. Ils ont de la chance avec tous ces jouets !

J’en ai marre, où es-tu papa ?

Hum, ça sent bon… le chameau sur la boîte est rigolo. Odeur de tabac blond, m’a dit papa.

Papa et ses copains se sont allongés sur une serviette de plage, ils sont pieds nus dans l’herbe. On bronze. On voit le dauphin de papa sur son dos. Je veux dessiner pareil.

Ses amis ont plein de dessins aussi ! Pfff… moi, je n’ai pas le droit encore… Ses copains sont comme à la maison, avec des grosses boucles d’oreilles assis à s’échanger une cigarette. La fumée sent amère, ça me pique la gorge.

– Chut, ma chérie, ne dit à personne qu’on est ici !

– Pourquoi ?

– Je t’ai déjà dit d’arrêter les pourquoi, chut, c’est tout. C’est un secret.

Je m’ennuie, ils parlent entre eux.Je vois un papi dans un fauteuil roulant, il a l’air triste.

– Pourquoi t’es dans un fauteuil ?

– Ah ça, ma chérie… c’est une longue histoire. Tu veux que je te la raconte ?

Il bouge les bras au ciel et rigole avec moi. Y a tellement d’adultes tristes ici. Pourquoi Papa rit ? Une dame pleure beaucoup, elle dit qu’elle n’arrive pas à vivre seule chez elle. Je m’ennuie… Ah ! C’est l’heure du goûter !

  • Papa, pourquoi on te fait écrire ton prénom sur une feuille avant de rentrer dans la salle pour goûter ?
  • Ah, ça…c’est pour que personne ne prenne son goûter deux fois. Toi, tu peux.

Chouette ! À la table d’à côté, les adultes sont tous gros. Ils ont des pommes pour le goûter, pas de confiture comme nous. Je vais sous leur table leur donner les miennes. Ils sont contents, et les cachent dans leurs poches.

  • Papa y a pas d’autres enfants, pourquoi ?
  • Oh, ça tu sais… je ne sais pas.

Je m’allonge dans l’herbe et je regarde les nuages, un lion qui devient une tortue…

  • Tu l’as fait diagnostiquer ?
  • Pourquoi ?
  • Elle a l’air de tout comprendre.
  • Diagnostic de quoi ?
  • Tu sais les surdoués…
  • Oh, ça… elle ne tient sans doute pas de moi !
  • Moi hors de question que j’amène mes gamins, j’ai honte, je n’ai pas envie qu’ils aient peur… comment t’as fait ?
  • « Papa est en maison de repos ».
  • Et ça suffit ?
  • Oui, l’important ce n’est pas la réalité, mais l’histoire que l’on se raconte.

Il est l’heure de partir, j’ai envie de rester. Papa m’accompagne au grillage, il y a plein d’autres familles qui partent, qui pleurent et disent au revoir. J’ai l’impression de laisser papa devant le bus qui part pour la colonie de vacances. J’ai envie de pleurer aussi, mais je me retiens.

  • La bipolarité c’est quoi, Papa ?
  • Oh, ça… c’est un nom qu’on me donne tu sais, ce n’est pas très important… ça ne change rien au fait que je t’aime.
  • Tu sors quand ? Je reviens quand ?
  • Oh, ça… quand je me serai assez reposé, je viendrai te chercher.

Je la regarde partir. J’ai envie de pleurer, mais je me retiens. Nous nous aimions le temps d’un après-midi. Elle sent tout : mon odeur et les gens. Je sais qu’elle est en avance. Heureusement, je lui ai lu tôt des histoires. Ça ne durera pas toujours, un jour, je devrais répondre à ses pourquoi. Elle s’éduque seule, parce que moi, je n’y arrive pas.

– Papa, je sais que tu mens…mais pourquoi ?

Lucie

ABOLITION [Alhy.st]

Ce soir, il le faut, je parle d’elle. Ou plutôt je l’écris car les mots ne sortent pas. Et même l’encre réticente semble s’accrocher au sens : Toi tu n’es pas folle.

J’écris des phrases intactes aux mots bien ordonnés, et dans ma tête, elle rit en tirant sur le nœud, en resserrant l’étau. Je dis des phrases bien faites, et d’un ton assuré. Le public se laisse prendre et dans ma tête elle jouit. Pourtant je hurle aussi et secoue les barreaux, mais elle rit de plus belle et me comble de diplômes. Elle me remplit la bouche d’humour et puis d’idées et elle me coud les lèvres de dialogues politiques. Et dans ma geôle de mots comment appeler à l’aide ? Et dans quelle langue parler sans l’invoquer en maître et resserrer l’étreinte ?

Supplique désespérée, je hurle un corps muet, je crie une vie famine. Mais les gens ferment les yeux, écoutent la camisole, cette geôlière sirène. Et ses sarcasmes mythiques et ses concepts abstraits. Ils se laissent bercer, ne voient pas le corps blessé ou feignent de ne pas voir la détresse silenciée qui expire liberté.

Non, moi je ne suis pas folle. Oui moi ça va aller. Et dans ma tête, elle rit en tirant sur les fils de mon corps de pantin. Qui s’épuise à compter, à marcher, à produire, et surtout à parler pour elle la succube qui aspirant les mots dessinant l’illusion, renforce son empire, resserre son étau. Les larmes de marionnettes séchées par une boutade, griffe striée sur le corps renvoyé dans sa geôle. Elle parle, elle parle, elle parle, grossissant de sa verve, phagocytant un corps réduit à peau de chagrin, qui d’ailleurs inaudible ne chagrine plus personne.

Non, moi je ne suis pas folle prisonnière diplômée. Je suis à sa merci et à la vôtre aveugle. Je trinque donc aux fous dans leurs geôles bien visibles, redoublement narquois de celle que vous niez. Celles qui sont dans nos têtes et qui nous tiennent en cage, qui parlent par nos lèvres, exorcisme DSM. Et suis-je donc moins folle car ma geôlière lettrée ? Et suis-je plus acceptable car ma prison censée ? Elle rit de ses prouesses, de votre indifférence. Elle rit mes tentatives et mon corps supplicié, elle rit et moi j’écris sur les barreaux du monde. J’écris abolition. J’inclus toutes les prisons. La mienne n’est que psychique, dois-je donc culpabiliser ? Du fond de ma prison, je me pose la question et son rire tyrannise et souffle entre mes os. J’écris abolition, j’inclus toutes les prisons. Je ne souhaite ça à personne : extérieure, intérieure, brisous tous les barreaux et hurlez liberté. École asile prison, aliénation partout, coupons tous les cordons et hurlez liberté.

Pour le moment, elle rit encore bien trop fort mais quand je le pourrai avec vous, je crierai et pour l’abolition et pour la liberté.

Alhy.st

SNG et la scientologie

Une bande-dessinée de SNG au sujet de la trouble Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH).


Retrouvez SNG sur https://essen-g.blogspot.com/


Pour rappel, nos articles dénonçant l’action de la CCDH.

Il faut brûler l’institution psychiatrique.

TW : 🔥🔥🔥

Il faut brûler l’institution psychiatrique.

Et sur ses cendres fumantes, dessiner des lignes pour ne pas oublier et puis semer des graines et en faire des parcs. Des lits où on attache les gens, pour quoi faire ? Autant leur donner un coussin sous un pommier ombragé sur lequel ils puissent y appuyer leur dos. Vous me direz qu’elle a bon dos l’institution, que parfois elle sauve des vies, que parfois elle crée le lien humain qui a été perdu dans la folie mais quand il fera froid dehors et qu’on aura faim et bien, nous les fous, on mangera des pommes (et des vivres on en trouvera à même la terre) et on se chauffera avec des lampes chauffantes comme dans les terrasses des cafés.

On dira qu’à l’époque, comme dans les terrasses à fumeurs, il n’en manquait pas des briquets et qu’il n’en manquait pas des fumeurs pour passer leurs journées à cloper et puis qu’un pyromane est passé par là et a tout brûlé en prévenant tout le monde à l’avance.

Aucun mort, aucun blessé, plus de souffrance, plus de hurlements dans les chambres d’isolement, rien que des cendres et des dessins au sol, des traits blancs sur des cendres noires pour dire l’enfer. L’enfer de l’enfermement psychiatrique et sa pharmacie à psychotropes qui deviendrait soudain herboristerie et même fleuristerie. On y ferait pousser les graines d’une nouvelle liberté thérapeutique sur un fond de musique classique ou de NTM, au choix.

Oui, tout brûler et en musique plutôt que de recycler, réformer, refinancer, et d’enfermer encore et encore les plus fragiles, allumer la mèche et ne garder de cet enfer que la mémoire et la dette morale envers les psychiatrisés.

La douleur [Autiste invisible]

Je tremble. Comme souvent, avec ces médicaments. Je tremble et je bois du café, plus qu’à l’ordinaire. Mais qu’est-ce qui est encore ordinaire ? Mon espoir tient en quatre molécules, six comprimés, deux prises par jour, tous les jours, week-end compris. Que serais-je sans mes médocs, mes béquilles de vie, mes compagnons de route ? Est-ce que j’en aurai besoin toute ma vie durant ?

Je tremble. Comme souvent, avec ces médicaments. Je tremble et je bois du café, plus qu’à l’ordinaire. Mais qu’est-ce qui est encore ordinaire, en ces temps troublés, secoués par des tempêtes internes et externes ? Est-ce que j’ai de l’espoir pour moi, pour l’être humain dans sa globalité ? J’en sais rien, je ne me pose plus la question. Se poser, s’arrêter d’avancer pour se poser la question de l’espoir, c’est déjà amorcer une rechute, me semble-t-il. Je n’ai pas le luxe de pouvoir me permettre une pause dans mon avancée, comme le font parfois les personnes saines d’esprit. Enfin, saines d’esprit. Pas malades, disons. Voilà, pas malades, tandis que moi je le suis et depuis un bon bout de temps. Alors, qu’est-ce que l’espoir ? Une attente de lendemains meilleurs ? Si c’est ça, je n’en veux pas. Je refuse de m’engoncer dans une position d’attente, dans une forme de passivité alors que désormais et depuis peu, je suis à même d’avancer. Alors attendre et espérer, très peu pour moi. La vie n’ayant pas de sens, si je m’arrête, je m’effondre. Dès lors, je n’ai strictement aucun intérêt à ralentir le rythme simplement pour « espérer » des jours meilleurs, attendre le retour du chant des oiseaux et d’un ensoleillement plus long. Au contraire, je prends chaque saison comme elle vient, avec son lot de nuit et d’ennui, ou de luminosité et de vitalité.

Ça va probablement sembler contradictoire, mais j’aimerais bien que le temps s’arrête. Là, maintenant, avec vous, ou bien dans une heure ou deux. Que je conserve les acquis dont je bénéficie en ce moment, de peur qu’ils ne s’enfuient. Mes capacités cognitives en partie retrouvées, la faim qui est à nouveau équilibrée, l’humeur qui est stable et mon chat qui m’aime comme un enfant quand on se fait un câlin d ‘enfer. J’aimerais que tout ça ne disparaisse jamais. Si je résume, j’en suis à espérer ne pas perdre ce que j’ai. Alors attendre que d’autres choses ou personnes entrent dans m vie pour la chambouler, très peu pour moi, non merci. Je préfère me contenter de ce dont je dispose présentement et qui m’a longtemps fait défaut : un sentiment d’amour, me sentir digne, moins de questions qui tournent en boucle dans ma tête et plus de légèreté, malgré les 20 kg de plus. Bref, l’envie de vivre. Il aura quand même fallu que j’attende 30 ans pour découvrir cette sensation. Croyez-moi, c’est long, et c’est un euphémisme que de dire que je me lasse vite.

Alors, que me restait-il dans ces moments d’hiver, où le froid m’envahissait toute entière et l’incompréhension dominait mes pensées ? Il me restait un trop plein d’espoir, justement. Espoir que tout s’arrangerait comme par miracle, qu’un mec entrerait dans ma vie sans crier gare, que je serais alors une autre, moins angoissée, plus belle et surtout plus cool. Avec le recul, je prends conscience que j’ai passé mon enfance et le début de ma vie d’adulte à attendre un miracle à la con et à me détester. Pas étonnant que je change souvent de coupe ou de couleur de cheveux, car fréquemment, je n’en peux plus de ma gueule. Bon, c’est aussi un pied de nez envers les conventions qu’on tente de nous imposer, c’est vrai. Mais en terme de rébellion, on a quand même fait plus radical et engagé que d’aller chez le coiffeur et de ressortir irrémédiablement déçue. Mais qu’est-ce que je n’aime pas chez moi, bordel ? J’ai passé 29 ans à osciller entre le rêve d’être une autre, consensuelle, et l’envie de m’affirmer.

Pour moi, l’espoir est quelque chose de vain, d’idéaliste et d’irréalisable. L’espoir c’est quand, bourrée de TOC, au collège ou au lycée, je rêvais de déménager, ou plutôt de mourir, pour qu’au moins une fois, une seule fois, mes camarades me témoignent un brin de compassion. Je voulais les voir chialer et me regretter, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que j’attirais les foules ou que je savais me faire des amis. J’ai passé le plus clair de mon enfance protégée dans ma bulle mais souffrant de la solitude. C’est un sentiment que je ne souhaite à personne : se voir comme un extra-terrestre, se croire adoptée, ne pas faire partie de la même espèce que mes congénères. Et tenter de s’adapter à un univers de lois et de règles incompréhensibles. J’ai plutôt réussi, de manière générale, mais ça m’a demandé tellement d’énergie.

L’espoir, c’est croire que je pourrais être une autre, sans handicap, sans autisme. Tiens, mon stylo me lâche au moment où je dois écrire « autisme », probablement le mot et le mal crucial de ce texte. Avec Alex, un ami lui aussi autiste, on s’est déjà demandé si on accepterait de se faire injecter un vaccin qui nous guérirait de notre état et nous ferait être comme tout le monde, à la manière des mutants dans X-Men qui se font injecter le sérum pour devenir de simples humains. Je n’en sais rien, je n’ai pas tranché la question. Alex, lui, était totalement pour. Pourquoi ? Parce qu’il a trop souffert et qu’il en chie encore beaucoup trop. Moi je n’en sais rien mais l’espoir me semble être comme cette attente interminable qu’un vaccin voie le jour pour soigner une pathologie qui n’en est pas une et que j’aimerais que la société accepte. Alors non, je ne me tape pas la tête contre les murs et oui, je sais parler. Mais la comparaison avec une personne lambda – les neurotypiques, comme on aime vous appeler – s’arrête là. Pour le reste, je me sens tellement différente. Et c’est ça pour moi, l’attente, l’espoir : une injonction à devenir une autre, à quitter ma peau pour rentrer dans le rang. Ces dix dernières années, j’ai fourni tellement d’efforts pour tenter de ressembler à tout le monde que j’ai oublié qu’il me fallait aussi de l’énergie pour demeurer en vie. Alex, lui, souffre surtout du fait que son trouble se voit beaucoup plus que le mien.

On s’est bien trouvés, tous les deux. Au début, quand on s’est rencontré, on ne se supportait pas. Lui trouvait que je n’avais rien d’une autiste et usurpais la place de quelqu’un d’autre à l’hôpital, moi je ne comprenais pas qu’il ne fasse pas plus d’efforts pour cacher ses stéréotypies et tout ce qui pouvait se voir et le rattacher à l’étiquette « autiste ». Finalement, on s’est compris et beaucoup apprécié. Mais Alex s’apprête à nous quitter. C’est son choix.

L’espoir consisterait, dans la présente situation, à tout faire pour qu’il change d’avis, qu’il revienne sur sa décision. Sauf que tout ce que je peux faire pour mon ami, c’est lui souhaiter une bonne traversée du Styx et lui demander de m’attendre pour qu’on se retrouve dans quelques décennies. Lui a décidé de se suicider parce qu’il n’en peut plus et je le comprends. Alors ne vous dites jamais qu’on fait semblant, qu’on pourrait faire des efforts, qu’on exagère. Votre espoir de nous voir changer nous étouffe, nous bride. Notre espoir, c’est qu’un jour, seulement un jour, vous compreniez la douleur qui a été ou est la nôtre. Alex va me manquer.

autisteinvisible@gmail.com