Qu’est-ce que l’antipsychiatrie ? [54min]

Avec Xanaria (militante antipsychiatrie), Sébastien Canevet (Maitre de conférence en droit) et Pedro Sanchau (docteur en psychologie, vidéaste PsykoCouac).

« L’antipsychiatrie est un concept assez peu connu autour duquel gravitent encore bon nombre d’incompréhensions. Pourtant l’antipsychiatrie est chargée d’une histoire riche tant sur le plan politique, social que philosophique. Elle se veut garante d’un esprit critique vis-à-vis de la psychiatrie et l’ensemble des pensées qui la composent font d’elle un champ autant complexe que nécessaire. Mais alors s’il est possible de définir à peu près quelles ont été les antipsychiatries d’hier, comment penser l’antipsychiatrie d’aujourd’hui ? Quels sont les limites et enjeux scientifiques, juridiques et éthiques ? »

Séminaire « Contention, soins, libertés »

Conférence introductive de Cynthia Fleury du séminaire mensuel « Contention, soins, libertés ».


La seconde session du séminaire réunit les Dr. Raphaël Carré, psychiatre au Centre Hospitalier Alpes Isère et Samuel Porteau, psychiatre à l’Hôpital Marchant de Toulouse. La conférence est introduite et modérée par le Dr. François Ayabaka, psychiatre à l’EPSMD de l’Aisne.

La contention, une réalité dans le soin : vécus soignés et soignants.

Pour voir les conférences suivantes rendez-vous sur :

https://chaire-philo.fr/contention-soins-libertes/


Découvrez l’état de l’art sur les méthodes de contention réalisé par Cynthia Fleury et Aziliz Leboucher :

Cet état de l’art* s’inscrit dans le projet « De la contention involontaire au sujet se contenant ». Conduit par la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, sous la direction de Cynthia Fleury, professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé (Conservatoire National des Arts et Métiers), en partenariat avec l’agence de design Les Sismo, ce projet a vocation à associer usagers, aidants, médecins, paramédicaux, directions, chercheurs et designers autour de la notion de contention volontaire dans les services de psychiatrie et de neurosciences.

Selon l’argumentation des deux autrices**, la contention en psychiatrie recouvre des notions disparates et prend des formes diverses. C’est aujourd’hui une mesure encadrée par des indications strictes car elle reste une pratique controversée. Pour penser les différents usages de la contention des corps dans les différents lieux de soin, la philosophie, l’éthique et la déontologie peuvent être utilement invoquées.

Cette étude vient proposer, par le prisme de la contenance, une méthode visant à contenir le sujet, à le soutenir sans l’aliéner, de façon nécessairement volontaire. La contention involontaire est une réalité dans le soin en psychiatrie. Néanmoins c’est à la fois une expérience décrite comme traumatisante par le sujet contenu et un acte particulièrement ambigu pour le soignant. L’encadrement législatif spécifique de cette mesure de protection a été assez tardif en France, malgré une longue histoire du droit de la psychiatrie. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement international qui vise à limiter l’usage des mesures de contrainte, dont la contention involontaire.

Ainsi la mise en place de protocoles permet de restreindre les indications de son usage en dernier recours. Cependant, un important vecteur du changement des pratiques est le respect des droits de l’usager contenu, bénéficiant d’un contrôle du juge et d’une mobilisation forte des associations. L’approche complémentaire envisagée ici est la « contention volontaire », mobilisant les notions de contenance d’origine psychanalytique ainsi que l’intégration sensori-motrice décrite dans des travaux de psychomotricité. Le rôle thérapeutique hypothétique de la contention prend ainsi différentes formes, même si son efficacité thérapeutique reste encore non démontrée. Des objets de contenance volontaire se développent en explorant les diverses modalités immersives, calmantes, soutenantes de la contenance et nécessitent une réflexion sur la notion de consentement.

Enfin, l’objet de cette recherche est d’adopter une démarche qualité pour l’élaboration d’un prototype contenant qui se confronte à la réalité et s’améliore par le retour d’expérience des usagers de la psychiatrie. L’expérimentation s’inscrit dans les techniques de désamorçage des tensions ainsi que dans le mouvement de restauration de la qualité des soins relationnels et de construction d’un environnement apaisant. Pour permettre une contention non seulement volontaire mais également autonome du sujet, il est nécessaire de renforcer ce dispositif d’outils de prévention adéquats.

Les hypothèses et enjeux de ce projet sont de :
• proposer une « contention volontaire » qui transforme le rapport à la contention et permet d’abaisser la contention non volontaire ;
• Impliquer patients (pair-aidance) et soignants dans la définition de ce nouveau protocole de contention • Faire de la contention un outil de soin capacitaire, sur lequel le patient ait prise (anticiper les crises, poser un diagnostic sur soi-même, …).

La méthodologie repose sur plusieurs phases :
• Première phase : immersion dans 5 services de psychiatrie et de neurosciences.
• Deuxième phase : co-construction expérimentale de prototypes.
• Troisième phase : expérimentation dans 10 services de soin sous la forme de prototypes fonctionnels à l’occasion de Proofs of Care©.
• Quatrième phase : adaptation du prototype suite aux retours d’expérience et standardisation.Cet état de l’art a été réalisé dans ce contexte pour soutenir la réflexion éthique, qui est associée au savoir-faire des soignants et aux méthodes de conception en design. Cette démarche est un préalable indispensable à la co-construction d’un outil de soin capacitaire.

*L’état de l’art est un panorama synthétique et organisé des travaux déjà réalisés sur un sujet précis. Réaliser un état de l’art implique un travail bibliographique précis et une analyse des publications majeures en rapport avec le thème choisi.
**A. Leboucher, Chargée d’étude à la Chaire de Philosophie à l’hôpital, titulaire d’un master en neurosciences de l’École Normale Supérieure, d’un master en affaires publiques de Sciences Po et étudiante en médecine à l’Université de Paris et C. Fleury , Professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

https://www.santementale.fr/2021/07/de-la-contention-involontaire-au-sujet-se-contenant/

La désinstitutionnalisation psychiatrique n’a jamais eu lieu!

Alexandre Klein, docteur en philosophie et histoire des sciences, opère une déconstruction historique de la désinstitutionnalisation en psychiatrie. Parallèle intéressant entre la prétendue révolution tranquille qui s’est opérée en France comme au Québec dans les asiles des années 1960 avec l’apparition des neuroleptiques.

« Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie ». C’est ainsi que les artisans de la première politique de désinstitutionnalisation psychiatrique québécoise décrivirent, dès 1964, leur œuvre alors en cours de réalisation. Il faut dire que leurs intentions étaient pour le moins ambitieuses : ils souhaitaient mettre fin à un système de santé mentale entièrement construit, depuis près d’un siècle, autour de l’asile et des congrégations religieuses qui l’administraient pour le réorganiser autour de la communauté et des psychiatres. Cela voulait dire ouvrir les portes des institutions, transformer leur financement, nationaliser leur gestion, fermer des lits, arrêter la construction de nouveaux établissements, créer des cliniques dans les hôpitaux généraux, ouvrir des foyers d’accueil dans les villes, former des psychiatres, des psychologues et des travailleuses sociales, oublier les religieuses et les traitements de choc pour favoriser les approches dynamiques et humanistes. Bref, sortir les malades de ces institutions que le sociologue Erving Goffman décrivait alors comme des institutions totales, pour ne pas dire totalitaires.

Tel était le rêve de la désinstitutionnalisation et des psychiatres dit modernistes qui la soutinrent au début des années 1960 au Québec. Pourtant, dans les faits, rien ne fonctionna comme prévu. De nouveaux hôpitaux furent construits, des salles « en arrière » conservées et des approches thérapeutiques poursuivies. Loin de la désinstitutionnalisation rêvée, on assista au contraire à une désorganisation du système de santé mentale conduisant à une institutionnalisation nouvelle, plurielle et désarticulée, au sein de laquelle les patient.es en perte de repères ne pouvaient plus qu’errer, victimes d’un syndrome de la porte tournante de plus en plus incontournable. C’est ce dont témoignent notamment les parcours de Claude, Bernard, Monique, Marie, ou Raymond reconstitués par Hubert Larose-Dutil à partir des archives de l’hôpital Saint-Michel-Archange de Beauport ou encore ceux de Pauline, Irène ou Estelle étudiés par les historiennes Marie-Claude Thifault et Sandra Harrisson à l’Hôpital Montfort d’Ottawa. Pas de désinstitutionnalisation en vue, mais des parcours transinstitutionnels chaotiques et délétères pour leur rétablissement.

C’est sur ce mythe de la désinstitutionnalisation psychiatrique, soutenu et poursuivi au Québec que cette conférence se penchera, afin d’interroger les modèles historiques caricaturaux autour desquels s’est construite une certaine conception de la prise en charge de la santé mentale ; conception dont il faut aujourd’hui se déprendre si l’on souhaite réellement améliorer le sort et l’accompagnement de celles et ceux, plus nombreux chaque jour, qui vivent (avec) des troubles de santé mentale.

https://vimeo.com/668059726

« Je suis un monstre qui vous parle », Paul B. Preciado

En novembre 2019, Paul Preciado s’exprime devant 3500 psychanalystes lors des journées internationales de l’Ecole de la Cause Freudienne à Paris. Devant la profession qui l’a diagnostiqué « malade mental » et « dysphorique du genre », il s’appuie sur Kafka et son Rapport pour une académie, dans lequel un singe parlant discourt devant une assemblée de scientifiques. Loin de toute émancipation, le singe parlant de Kafka explique que son apprentissage du langage ne fut qu’un passage d’une cage à une autre  : des barreaux de fer à la subjectivité humaine.

Depuis sa cage de «  mutant  », il ne s’agit pas pour Preciado de parler de l’homophobie ou la transphobie des pères fondateurs de la psychanalyse, mais de montrer la complicité de celle-ci avec une idéologie de la différence sexuelle datant de l’ère coloniale, aujourd’hui rendue obsolète par les moyens dont nous disposons pour influer sur nos corps et notre façon de procréer.

Surtout, le philosophe lance un appel à la transformation des discours et des pratiques psychologiques et psychanalytiques  : dans les années à venir, nous devrons élaborer collectivement une épistémologie capable de rendre compte de la multiplicité des vivants, sans réduire le corps à sa force reproductive hétérosexuelle, et qui ne légitime pas la violence hétéro-patriarcale et coloniale.

La conférence provoque un séisme dans l’auditoire et depuis les associations psychanalytiques se déchirent. Filmé par des smartphones, le discours est mis en ligne et des fragments sont retranscrits, traduits et publiés sur internet sans souci d’exactitude. Afin d’élargir le débat, il importait de publier ce texte dans son intégralité.

https://www.grasset.fr/livres/je-suis-un-monstre-qui-vous-parle-9782246825562#
je suis un monstre qui vous parle preciado

Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]

La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.

Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.

Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social

8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros

Un américain à Paris

Cette dernière semaine nous avons reçu Craig Lewis à Paris, activiste américain en santé mentale. Il est venu présenter ses ouvrages sur le rétablissement en santé mentale, et notamment, Better Days, traduit en Français par Alain Karinthi sous le titre Un jour nouveau. Craig et Alain nous ont permis de connaitre mieux le parcours de Craig mais aussi le livre lors d’un atelier-conférence au théâtre Le vent se lève, le 31 janvier dernier. Ce moment fut assez exceptionnel pour nous, car il fut organisé quasiment exclusivement par des pairs et a permis de réunir professionnels, pairs et aidants dans un même lieu avec une grande horizontalité dans les discours. La libre parole qui s’en est dégagé augure des collaborations fructueuses entre les pairs et les professionnels à l’avenir.

Craig a pu raconter son histoire, puis s’en est suivi un atelier-débat s’appuyant sur Un jour nouveau. Le livre, composé de thématiques une à une, est construit comme un guide pratique. Chaque thème est introduit par un petit paragraphe de réflexions sur le sujet, puis trois questions personnelles sont posées sur chaque thème. Conçu lors de groupes d’auto-support, les thématiques et les questions introduisent une approche quasi-existentielle du rétablissement. Conçu comme un guide pratique pour découvrir en soi comment aller mieux demain, l’ouvrage peut être utilisé à titre individuel par des personnes concernées par les troubles psychiques, pour l’animation de groupes de parole ou encore par tout-un-chacun pour trouver la meilleure façon pour lui-même de mener sa vie.

Cette approche peut sembler étrange car elle formalise des choses que nous taisons souvent. Mais elle a le mérite de soulever des non-dits et des tabous que les institutions psychiatriques peinent à lever. Donner un sens à sa vie et réaliser ses rêves, sont des éléments du rétablissement que la quotidienneté des soins tend à faire oublier. Ce parcours initiatique que constitue le rétablissement est là décortiqué, et le livre cherche à donner des outils pour avancer dans cette quête.

Comme des fous est ravi d’avoir accueilli Craig à Paris et espère vivement que ce type de rencontres internationales pourra se répéter à l’avenir.

Lien vers la vente du livre : http://www.lulu.com/shop/craig-lewis/un-jour-nouveau-guide-pour-le-r%C3%A9tablissement-en-sant%C3%A9-mentale/paperback/product-23106079.html

Lien vers le site web de Craig Lewis : http://www.betterdaysinternational.net/

Agathe.

Présentation du COFOR à Marseille

Revivez la présentation du Centre de Formation au Rétablissement CoFor de Marseille du 14 juin aux soirées de l’association Solidarité Réhabilitation par Yves Bancelin, Caroline Gianninazzi et Anakin Pochon.

La psychiatrie phénoménologique

Conférence du 21 avril 2017 du professeur Jean Naudin dans le cadre de la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu à Paris.

La phénoménologie, un courant de la psychiatrie illustre et réputé difficile à comprendre, peut être directement enseignée par l’exemple. Il suffira de dire la différence entre comprendre et expliquer, de montrer comment nous cherchons l’explication par un processus pathologique lorsque la compréhension vient à faire défaut, comment nous repoussons les limites de cette dernière si nous comprenons que l’incompréhensible a parfois en lui-même un sens philosophique plus profond, qui porte sur la vérité de l’être et nous concerne tous. Nous verrons enfin comment nous pouvons accéder à cette compréhension en mettant momentanément entre parenthèses ce que nous croyons savoir déjà en théorie à propos de la maladie mentale, les mythes auxquels nous l’associons sans le savoir (le cerveau en est un tout comme l’inconscient) et leurs conséquences sur les hommes et la vie de tous les jours.

De grands courants en psychiatrie sont inspirés de cette forme de critique épistémologique : la psychothérapie institutionnelle, l’antipsychiatrie, aujourd’hui la psychiatrie communautaire. Certaines études de cas sont demeurées exemplaires de ce que veut dire vivre avec une maladie mentale. D’autres ont montré clairement comment l’attachement excessif à la norme peut être un facteur de décompensation ou comment on peut perdre le sens propre de soi en ayant pour aspiration d’être juste comme tout le monde.

Peut-être la phénoménologie nous apprend-elle à ne pas trop nous dénaturer, nous qui sommes encore capables de nous étonner de ce que veulent simplement dire : être et exister.

Jean Naudin est professeur de psychiatrie à l’Université de la Méditerranée et Chef de service au CHU Sainte-Marguerite à Marseille. Il est également docteur en philosophie et chercheur permanent au CNRS (UMR 6578).

Il est l’auteur de Phénoménologie et Psychiatrie. Les voix et la chose, Editions Presses Universitaires du Mirail, 1997 ou encore La schizophrénie, avec Bernard Granger, In Le grand dictionnaire des idées reçues, Le Cavalier Bleu, Paris, 2008.