« J’ai arrêté les médocs » [Avril Dystopie]

Et je vais bien (?)

En 2018, j’ai fait une « décompensation », « crise psychotique », « bouffée délirante aigue » : bref, pendant trois mois, je me suis pris pour Jésus.

Je me baladais en ville avec une robe à volants et des collants résilles bleu ciel, une béquille à la main pour soutenir les 35 kilos que mes jambes ne pouvaient plus porter, je gueulais des poèmes sur les places et je montrais mon cul aux caméras de surveillance, persuadé que j’étais au centre d’un film documentaire génial, dirigé par un type qui regardait toute mon ascension mystique dans une grande pièce sombre avec des écrans partout.

On m’a foutu en HP, une fois, trois fois, cinq fois, on aurait dit qu’ils avaient inventé des mots rien que pour moi, « discours logorrhéique » et surtout « patient dangereux, violent, en refus de soin » ce qui aurait pu me destiner tout à fait à une vie en institution si je ne m’étais pas enfui.

J’ai passé un mois chez ma mère, sous grosse dose d’anxiolytiques, petit à petit, la crise est partie, grâce à quelques gens aussi qui ont accepté de m’écouter et de me parler. J’ai vu une psychiatre qui m’a remis sous neuroleptiques, elle me disait « si vous arrêtez, je vous remets en HP », je dormais 16 heures par nuit, je ne ressentais ni tristesse ni plaisir, mais je l’ai eu mon année à la fac, « grâce aux médocs » qu’elle disait, comme si c’était la boîte de Quétiapine qui avait passé les partiels.

Et j’ai arrêté de la voir.
Et j’ai arrêté les médocs.

Ça m’a pris 6 mois. Ma médecin ne voulait pas me suivre, elle me disait la même chose « si vous arrêtez les médicaments, vous ne me laissez pas le choix, je vous remets en HP ». J’ai glané des infos, la brochure d’arrêt des médocs de Icarus. Mois par mois, je retirais une pilule, puis une autre.

Au nouvel an 2020, j’arrête la dernière pilule, je vis une semaine atroce, nausées, malaises, des plaques rouges sur tout le corps à force de me gratter, de longues nuits sans sommeil, à 4 heures du matin, complètement paniqué et désespéré, j’appelle le Samu, prêt à tout pour que ça s’arrête, un vieux médecin fatigué me dit « vous n’avez qu’à reprendre les médicaments monsieur ». Je regarde la boîte et je me dis « après tout ça, je ne peux pas abandonner comme ça. »

Et je tiens bon.
Et ça se calme.

Ça fait trois ans maintenant que je n’ai pas pris un neuroleptique.

Et je vais
Bien?

Je veux dire, j’ai eu énormément de chance, dans cette affaire. Je fais des études artistiques. Entouré d’inadaptés, au point de se demander « ça veut dire quoi neurotypique » et de profs qui croient en moi, qui pensent que j’ai un « truc ». En 5 ans, j’ai bougé trois fois de ville, je passe mon temps à pratiquer et à lire des livres. J’ai l’AAH, je n’ai rien d’autres à penser qu’à cette genre de grande quête artistique, et prendre le temps, de me faire à manger, de dormir à une heure décente. Un rythme soutenu, un cadre idéal, toujours manger à 12h, à 20h, arrêter les écrans à 23h, dormir à minuit. Du moins, on essaie. Comme ça t’as faim à 12h, t’as faim à 20h, t’as sommeil à minuit. Des fois. D’autres tu regardes le plafond. Des fois je vois des fenêtres dans le ciel, mon interrupteur me parle, y a des types qui n’existent pas qui dansent dans le métro. Jamais de clowns tueurs, très rarement des araignées géantes sur les murs. J’ai de la chance.

La plupart du temps, je pense que tout le monde me déteste, je parle trop vite, je n’écoute pas vraiment les gens et je ne regarde jamais vraiment le réel. Je vis dans ma tête, et heureusement, ce n’est pas un endroit trop désagréable. Comme tout le monde, ça m’arrive de vouloir oublier, en buvant de l’alcool, en fumant des joints, en regardant des séries ou en jouant compulsivement à un jeu vidéo. Et des fois j’ai envie de vivre, et je sors beaucoup.

Parfois, je fais des crises. Je ne dors plus, je pète un câble, je cours à 4 pattes, je ne dis plus rien de cohérent, je pleure ou je ris très fort et sans raison. Je fais peur à tout le monde. A ce moment là, soit je comprends tout seul qu’il faut me faire une cabane sous mes draps et disparaître pendant une semaine, soit un ami vient me chercher et s’occupe un peu de moi, et ça va mieux. Généralement, c’est quand je travaille trop, ou que je suis très stressé.

Avril Dystopie rêve
Avril Dystopie ciel coloré

Au final, je me sens un peu comme tout le monde.

J’en ai lu des bouquins, sur mes troubles, les différents diagnostics qu’on m’a donné. J’ai appris cette grande prophétie psychiatrique qui dit que sans médocs, c’est sûr, je finirais fou à lier, j’enchaînerais les crises, je resterais « fixé ». Alors j’ai dit fuck et je suis allé vers la psychanalyse. Je me suis tapé un délire sur Carl Jung. J’ai trouvé un type très bien qui me laisse choisir mon tarif. On décortique les pensées et le passé, ça me donne des clés pour comprendre, des idées, je comprends un peu mieux mes biais, comment je fonctionne. Je comprends aussi que les angoisses sociales, les crises qui surgissent de nulle part, c’est un peu pareil pour tout le monde.

Nous sommes tous des animaux qui évoluons dans un monde fait pour des machines. Personne n’est fait pour bosser 8 heures par jour ou se cacher de la lumière du soleil. Seulement, certains s’y adaptent, et d’autres non. Je suis de ce « non ». Et une fois la stabilité relative trouvée, me permettant de me nourrir et de vivre malgré cette grande machine, tout ce que j’ai eu à faire c’était trouver d’autres gens faisant partie de ce « non ». Je les ai trouvés dans l’artistique.

J’ai eu de la chance.

Je ne prends plus de médocs depuis 3 ans et j’ai des bons et des mauvais jours, comme tout le monde. Je cherche ma place dans le monde en faisant des études à rallonge qui ne me mèneront peut-être nulle part. Comme tout le monde. Je finirai probablement à un endroit qui aura des bons et des mauvais côtés, dans une proportion variable, et j’aurai toujours le choix de partir et de rester. Comme tout le monde. J’ai des addictions et des faiblesses à la pelle, de mauvaises habitudes et des relations pas saines, à travailler, à déconstruire. Comme tout le monde. Et je vis avec, comme tout le monde.

Je croise toujours des médecins qui voient mon dossier et me disent « je ne peux pas vous prendre en charge si vous ne voyez pas un psychiatre » quand je venais soigner mon asthme. J’entends encore des gens dire que ma réalité vaut moins que la leur, que je ne suis pas lucide, que je suis fou ou que ce que je pense, ce que je dis, est irréaliste, biaisé, projeté. Et ils ont sûrement raison autant qu’ils ont tort. Il y a de grandes chances qu’un jour je retourne en HP ou je reprenne des médocs.

Mais pour le moment, je vais bien.
Sans médocs.

Malgré la grande prophétie psychiatrique.

Avril Dystopie

Les cordels, des outils pour le soin

Cordel ?

Cordel : petit fascicule brésilien 🇧🇷 de poèmes ou écrits subversifs accrochés à une corde à linge et vendus dans les marchés.

Les cordels, des outils pour le soin

Un groupe de soignants et de citoyens, jeunes et anciens, ont eu l’envie de mettre en commun leurs outils pour le soin, pour les transmettre et les mettre en débat. Rassemblés par la pensée que le social, le psychique s’inscrivent dans le corps. Parce que le soin est politique puisqu’il fait évidemment partie de la vie dans la cité. Il s’agit d’offrir des outils pour mieux appréhender le rapport au corps et au soin, contribuer à réécrire la médecine.

Les cordels : une idée, un thème sur lesquels on a réfléchi, où l’on a une pratique, ou des idées pas abordées à la faculté, par la médecine telle qu’on l’enseigne. Un point de vue complémentaire ou décalé, qui prête à discussion. Une expérience qui a fait comprendre des choses que l’on a envie de partager. Avec des collègues ou des étudiants, avec les usagers et les citoyens avec qui l’on vit.

Le thème peut être clinique, et intéresser ceux qui pratiquent ou qui l’ont vécu, ou politique, tant la pratique de la médecine est polémique, et l’organisation du système de soins complexe et critiquable. La psychanalyse apporte ses éclairages, présentée de façon simple, compréhensible par tous. Les pratiques du corps, indispensables au soin et au bien-être, apportent des connaissances que la médecine aborde peu. Les savoirs profanes y sont bienvenus car nous avons à apprendre de ceux qui prennent en charge leur santé. Philosophie et poésie y trouveront leur place, avec citations de textes et d’auteurs qui illustrent la question et que nous aimons.

Le cordel associe la légèreté – on peut le prendre, le jeter, le mettre dans la poche pour le lire plus tard, l’épingler sur une corde ou le glisser dans une main – et la concision : en peu de mots, traiter un thème, l’illustrer, interpeller. Il est subversif, créé pour faire réagir et réfléchir. Polémiquer aussi, et susciter la discussion. Il est ludique, car il est question de se décaler, de permettre un pas de côté, si possible pour en rire.

Le ton et l’esprit sont à la bienveillance : le soin y est envisagé dans le lien, l’écoute et le partage au sein de la relation individuelle et du collectif. Ainsi, conflits et rapports de force dans la société et entre les différents acteurs sont abordés clairement et paisiblement.

Chaque auteur(e ) est singulier(e ) et signe de son nom. Il/elle assume son discours mais reste prêt(e) à la discussion. Il/elle peut changer d’avis et modifier son cordel.

Le cordel est le reflet d’un moment. Il pourra être repris, modifié, commenté.

Pour participer à un cordel, proposez un thème, des idées, des illustrations et des citations de textes ou poèmes. Si cela correspond à la ligne éditoriale du collectif, vous deviendrez auteur(e) invité(e).

En pratique, les cordels réalisés pourront être téléchargés, reproduits et distribués. Ils seront remaniés au fur et à mesure des discussions ou de l’évolution des questions abordées. Le site comportera un forum et donnera les dates et lieux des échanges organisés autour des cordels. Une œuvre d’art subversivo-médicale commence !

Détour par le Brésil, pays d’invention 🇧🇷

Les cordels, fascicules de poèmes populaires et d’écrits subversifs, épinglés sur des rangées de ficelles ou de cordes et vendus sur les marchés.

La capoeira est une danse ludique et acrobatique afro-brésilienne que les esclaves avaient inventée pour cacher un art martial

La médecine communautaire, des soins inventés autour d’un psychiatre dans une favela au sein d’un groupe qui accueille et soutient. À partir de l’écoute des histoires de vie, le groupe identifie les problèmes de santé, et tente de mettre en place collectivement des solutions.

Les agents de santé communautaire au Brésil 🇧🇷

Depuis 1994, face aux problèmes de pauvreté et d’épidémies (dengue, zika…) au Brésil, un système d’agent.es de santé publique et d’agent.es d’environnement a été mis en place dans les quartiers.

Les agent.es de santé sont issu.es de la communauté et font le lien avec les soignant.es. Un groupe de 10 agent.es est affecté à environ 150 ménages qu’ils ou elles visitent chaque mois. Parfois pour prendre un rendez-vous avec un médecin, d’autres fois pour vérifier si les traitements sont bien supportés, ailleurs pour s’occuper de faire écouler les eaux stagnantes pour éviter les infections.

Ils et elles identifient les signes avant coureurs potentiels de nouveaux problèmes : violence, négligence, absentéisme ou consommation de drogues…

Issu.es de la communauté dans laquelle il/elles travaillent, utilisant leur connaissance des problèmes locaux et des relations existantes, ils et elles fournissent un soutien médical et des conseils aux résident.es et sont en lien régulièrement avec les clinicien.nes.

Les habitant.es leur sont reconnaissant.es car ils et elles voient des résultats sur leur santé, comme des réductions de mortalité infantile ou une meilleure détection des maladies tropicales négligées.

Si l’on dit qu’il faut un village pour élever un enfant, alors « les équipes de soins de santé au Brésil ont montré qu’il faut un villageois pour comprendre son contexte et ses besoins.

Emma Sisk

www.outilsdusoin.fr

Rhizome

L’idée de rhizome

« à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde. le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. »

extrait de Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux


Félix Guattari et Gilles Deleuze

Poucet & artisanat

Balise pour le soin 
« Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. » Charles Perrault

« La règle de l’enjeu ( du bricoleur) est de s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » (Claude Lévy- Strauss)

Travail de la matière
« Qui a eu l’occasion de manier le bois dans son métier, dans la création artistique ou pour son loisir personnel, sait qu’il s’agit d’un matériau extraordinaire (-) il a deux grands secrets : il est poreux, et donc léger, et ses propriétés sont très différentes selon qu’on est dans le sens de la fibre ou en sens contraire… »
Extrait du livre de Primo Levi : « Le métier des autres », Folio

Comment participer ?

  • -Proposer un thème,
  • -Proposer des textes
  • -Proposer des poèmes ou citations littéraires en relation avec le thème
  • -proposer des illustrations
  • -relire les cordels et les critiquer
  • -diffuser les cordels
  • -Organiser des café-cordels ou des groupes de discussion
  • -participer avec le collectif à des ateliers cordels
  • -commenter les cordels sur le site (les commentaires sont modérés)
  • -nous communiquer des dates de manifestations, colloques, réunions d’étudiants où diffuser les cordels ou inspirer de nouveaux thèmes

Pour info, la forme concrète comporte :

  • -un grand texte de 3000 caractères maximum
  • -trois petits textes de 600 caractères (dont, si possible, des citations littéraires ou des chansons)
  • -une illustration
    Les cordels sont placés sur le site sous forme PDF, directement disponibles à l’impression et à l’importation.

Cordel n°73 : Je me fais du souci pour quelqu’un

Cordel n°56 : La crise comme une chance ? A quelles conditions ?

« Je suis un monstre qui vous parle », Paul B. Preciado

En novembre 2019, Paul Preciado s’exprime devant 3500 psychanalystes lors des journées internationales de l’Ecole de la Cause Freudienne à Paris. Devant la profession qui l’a diagnostiqué « malade mental » et « dysphorique du genre », il s’appuie sur Kafka et son Rapport pour une académie, dans lequel un singe parlant discourt devant une assemblée de scientifiques. Loin de toute émancipation, le singe parlant de Kafka explique que son apprentissage du langage ne fut qu’un passage d’une cage à une autre  : des barreaux de fer à la subjectivité humaine.

Depuis sa cage de «  mutant  », il ne s’agit pas pour Preciado de parler de l’homophobie ou la transphobie des pères fondateurs de la psychanalyse, mais de montrer la complicité de celle-ci avec une idéologie de la différence sexuelle datant de l’ère coloniale, aujourd’hui rendue obsolète par les moyens dont nous disposons pour influer sur nos corps et notre façon de procréer.

Surtout, le philosophe lance un appel à la transformation des discours et des pratiques psychologiques et psychanalytiques  : dans les années à venir, nous devrons élaborer collectivement une épistémologie capable de rendre compte de la multiplicité des vivants, sans réduire le corps à sa force reproductive hétérosexuelle, et qui ne légitime pas la violence hétéro-patriarcale et coloniale.

La conférence provoque un séisme dans l’auditoire et depuis les associations psychanalytiques se déchirent. Filmé par des smartphones, le discours est mis en ligne et des fragments sont retranscrits, traduits et publiés sur internet sans souci d’exactitude. Afin d’élargir le débat, il importait de publier ce texte dans son intégralité.

https://www.grasset.fr/livres/je-suis-un-monstre-qui-vous-parle-9782246825562#
je suis un monstre qui vous parle preciado

L’homme au magnétophone, une folle archive sonore.

Novembre 1967 à Bruxelles, Jean-Jacques Abrahams qui avait été en analyse de 14 à 28 ans, sans faire de progrès, est venu à sa dernière séance avec le docteur Van Nypelseer avec un enregistreur et a réclamé des comptes. Cela lui vaudra d’être interné.

Pour aller plus loin : http://syntone.fr/pierre-yves-mace-ecoute-lhomme-au-magnetophone/

« Délire et désir », création radiophonique avec Gilles Deleuze [2H51min]

Nous vous convions à écouter ici une archive radiophonique de 1972 sur le thème du délire et du désir par Gilles Deleuze. La création dure deux heures. Ici Gilles Deleuze remet en question les théoriques de la psychanalyse et l’institution psychiatrique. Bonne écoute.

Sur la réponse psychiatrique et l’anti-psychanalyse

J’aimerais mettre en débat la question de la réponse psychiatrique aux états de conscience altérée et celle de la psychanalyse.

Je suis tombé sur une pétition de Sophie Robert, signée notamment par la député Martine Wonner, qui réclame une justice sans psychanalyse et qui démarre son propos ainsi :

« Nous affirmons que la psychiatrie est une discipline médicale, fondée, comme la psychologie, sur des connaissances scientifiques, devant s’exercer dans le respect du patient et la recherche de son mieux-être, conformément au code de santé publique et au code de déontologie des professionnels de la santé mentale. L’exercice de la psychanalyse à titre privé, pour des requêtes d’ordre existentiel ou philosophique, n’est pas critiquable, sous réserve que cela n’ait pas de conséquences pour la santé physique ou psychique de la personne. Face aux troubles mentaux, cependant, d’autres exigences s’imposent. Notre premier devoir est de proposer un accompagnement adapté, fondé sur les preuves et les données acquises de la science. »

Partons du début : la réponse psychiatrique aux troubles mentaux. Quand quelqu’un décompense ou fait une crise relevant de la psychiatrie, on le fait hospitaliser rarement de son plein gré, surtout la première fois. Toute personne troublée, ne se sachant pas troublée, est dans ce que le monde qui l’entoure appelle le déni. Plongée dans sa réalité, la personne commence à paniquer et entraîne la panique chez les autres. Pour éviter qu’elle se mette en danger ou en cas de tentative de suicide, on l’envoie en psychiatrie, pour la protéger.

Premier problème, la personne paniquée a peur et la réponse à ceci serait de la rassurer, prendre le temps de l’apaiser avant même d’envisager l’injection ou la prise d’un calmant. Mais la réponse psychiatrique, c’est la mise en protection, on coupe la personne de son environnement anxiogène. Bonne idée, si c’est pour l’apaiser ou la faire dormir un peu. Ce qui se passe, en réalité, c’est que le principe de sécurité prévaut sur le bien-être du patient. S’il arrive agité aux urgences, on l’attache avec des sangles. S’il arrive agité à l’hôpital psychiatrique, on le met en chambre d’isolement, pour le couper des autres patients et éviter tout débordement. Qu’est-ce qui autorise à priver quelqu’un de sa liberté d’aller et venir et à l’enfermer sans chercher à le raisonner ? La psychiatrie et l’expertise du psychiatre.

Oui, la personne est malade. Oui, il faut la soigner. Mais pourquoi l’enfermer alors qu’elle flippe à mort ? Ayant vécu cette expérience et le traumatisme de l’enfermement, je dirais que ce qui manque c’est le dialogue et la tentative de nouer un lien dès l’accueil. C’est comme si on attendait que les médicaments injectés de force fassent leur effet avant d’entamer le soin ou, en tout cas, le dialogue.

Le dialogue, ce n’est pas très scientifique, mais c’est ce qui soigne dans les troubles mentaux. Effectivement, les médicaments peuvent apaiser l’anxiété, c’est scientifique, ils peuvent aussi arrêter la machine quand on cogite trop, mais ce sont des réponses à l’état de crise. La psychiatrie semble n’être là que pour gérer la crise, comme elle peut. D’où l’impression d’être traités comme des bêtes sauvages, clairement comme des fous, à l’hôpital. L’ambition thérapeutique de l’hospitalisation a été mise de côté.

Comment ça serait, alors, de traiter les patients comme des êtres humains et de les faire parler dans un but thérapeutique ? En fait, ce n’est peut-être pas scientifique, mais ce qui soigne en psychiatrie c’est de pouvoir mettre des mots à ce qui nous arrive, sortir de ses pensées parfois autodestructrices, pour recréer un lien avec le monde et avec les autres. Se sentir accueilli et en sécurité avec un thérapeute et puis évacuer la souffrance psychique.

Le deuxième problème, c’est quand le rôle du psychiatre se limite à faire des certificats médicaux et les meilleures prescriptions médicamenteuses adaptées à chaque patient. Il y a un moment, après la crise, où il faut recoller les morceaux et remettre du sens à ce qu’on vit. Prendre des médicaments à vie sans accompagnement thérapeutique, ça n’a pas de sens.

La réponse psychiatrique tournée uniquement vers la situation de crise ou la prévention des crises, c’est oublier que le reste du temps on a toute notre tête et que la crise n’arrive jamais par hasard. Ce reste du temps, ce temps hors-crise, est parfois long et on a souvent l’impression d’être abandonnés à notre sort. Débrouillez-vous entre les rendez-vous mensuels avec le médecin, faîtes votre vie.

Faire sa vie, c’est compliqué quand on a perdu tout lien avec le monde extérieur, qu’on est isolé, et sédaté par les médicaments censés prévenir la rechute.

D’où ma question, la réponse psychiatrique actuelle aux troubles mentaux est-elle suffisante ? Le travail sur soi pour dompter ses symptômes ou chercher l’origine de la crise n’est-il pas essentiel ?

A la sortie de l’hôpital, le seul conseil qu’on nous donne c’est de ne pas arrêter le traitement médicamenteux.

La psychiatrie hospitalière ayant abandonné son rôle thérapeutique, il faudra donc trouver un accompagnement un peu plus poussé pour permettre à chacun de reprendre pied. Pour trouver un logement ou un travail, vous pourrez aller voir l’assistante sociale ou le case manager. Et pour le reste, on vous recommandera la réhabilitation psychosociale ou la remédiation cognitive pour reprendre confiance en vos capacités. Pour ce qui est de la thérapie, il faudra de préférence qu’elle soit cognitivo-comportementale, car ce sont des méthodes approuvées par la science, à chaque comportement problématique sa réponse.

Et l’anti-psychanalyse dans tout ça ?

Ce qui semble déranger les anti-psychanalyse, c’est son caractère non-scientifique. Si tu veux parler et travailler sur toi, va voir un psychologue plutôt qu’un psychanalyste, diront-ils.

De manière grossière, ce qu’on reproche à la psychanalyse, c’est de sexualiser les relations interpersonnelles, de rejeter la faute sur les mères et de tenter d’expliquer l’autisme autrement que par une approche neurobiologique.

Cette approche neurobiologique est promue également pour les autres troubles, avec la recherche en neurosciences comme bras armé. On voudrait expliquer les troubles mentaux à travers la défaillance de certains gènes ou du système immunologique.

Moi, ça me dérange, parce que je suis convaincu que les explications de mon trouble sont plutôt d’ordre psychosocial et relationnel. Certains diront que ça ne sert à rien de chercher les causes psychosociales pour les troubles psychotiques car la psychanalyse de papa Freud ne soigne que les névrosés.

Cependant, quand la psychiatrie neuroscientifique n’apporte aucune réponse à tes questions et te prédit une médicamentation à vie car c’est une maladie chronique comme le diabète, il y a de quoi être insatisfait.

Je n’ai jamais fait de cure psychanalytique avec le divan ou en face à face. Je ne sais pas si ça marcherait. Je ne sais pas si l’approche psychanalytique vaut pour l’autisme.

Mais je sais que dans mon cas, certains concepts sont très éclairants comme celui de la Forclusion du Nom du Père. Au-delà de la théorie, j’ai la chance de faire du psychodrame analytique. C’est cette pratique psychanalytique, que je fais chaque semaine avec 6 thérapeutes, qui me fait penser que la psychanalyse est opérante, qu’elle m’aide à aller mieux et pas que sur un plan philosophique.

Aux partisans d’une psychiatrie neurocomportementale, je voudrais leur demander de ne pas sacrifier le relationnel à la seule technicité basée sur une connaissance scientifique des médicaments.

On pourra dire que pour faire du relationnel, nul besoin de psychanalyse, il suffit de faire preuve d’humanité et d’empathie. Mais dans les faits, quand l’agitation d’un patient est assimilée à de la violence alors que c’est lui qui flippe le plus, on peut s’interroger sur l’appauvrissement de l’enseignement en psychiatrie et la perte de sens de ces métiers ainsi que sur la disparition des espaces de réflexion sur les pratiques et aussi de la notion de collectif soignant.

La maltraitance en psychiatrie n’est pas le fait uniquement de tortionnaires, c’est la résultante d’un appauvrissement de la culture de soin, c’est le renoncement thérapeutique au profit d’une gestion au quotidien des flux de patients et des situations de crise.

On peut sacrifier la psychothérapie institutionnelle héritée des penseurs du soin psychiatrique qu’étaient les Tosquelles, Bonnafé et Oury, on peut sacrifier la psychanalyse bourgeoise de papa Freud mais alors proposez-nous du sens, du relationnel et de la vie. Si c’est juste une question de priorités, de manque de temps et de moyens alors prenez le temps de réfléchir collectivement et axez l’enseignement sur le relationnel, et pas juste sur des techniques réadaptatives et les médicaments. Nos cerveaux ne sont pas des circuits informatiques à réparer. Nous sommes comme vous, des êtres complexes que la seule science ne peut arriver à comprendre.

L’approche psychodynamique ou psychopathologique a le mérite de chercher à expliquer les cheminements de la pensée pouvant mener à la maladie dite mentale. Si la psychanalyse offre des clés de compréhension à des phénomènes en apparence irrationnels, ne peut-elle pas s’allier à la science au service d’une meilleure thérapeutique ?

Joan

Un monde sans psy ?

Une réflexion personnelle en écho au documentaire Un monde sans fous ? de Philippe Borrel.

Quand on ne va pas bien, on nous dit toujours d’aller voir un psy. Et souvent, par peur et par fierté, on n’y va pas.

Parce que demander de l’aide à un psy, c’est reconnaître qu’on a un problème. Et, dans notre société, mieux vaut ne pas montrer de fragilité surtout mentale car on pourrait nous prendre pour un fou.

Celui qui va chez le psy, c’est le maillon faible, celui qui ne supporte plus son environnement, non pas seulement parce qu’il a un problème dans sa tête mais peut-être aussi parce que collectivement, dans sa famille ou sa communauté, quelque chose ne tourne pas rond. C’est l’idée que chaque personne en souffrance incarne un malaise social. C’est une souffrance dans le sens où on est en rupture avec notre entourage et qu’on ne trouve pas notre place parmi les autres.

On imagine aussi qu’aller voir un psy c’est réservé à une élite, à ceux qui en ont les moyens et ça peut même être branché de dire qu’on va chez son psy.

Je ne te ferai pas ici l’éloge du psy, je voudrais plutôt interroger la peur et le rejet que peut inspirer tout ce qui est « psy » et imaginer un monde sans psy.

Un monde sans psychose, par exemple, mais avec des états de conscience altérée qui témoignent d’une histoire de vie où le psychotique ne serait pas l’incurable mais une personne en quête de changement, pour qui ses expériences, ses émotions et ses pensées ne sont pas que des symptômes d’une pathologie.

Un monde sans psychiatre mais avec des soignants de l’âme qui savent dialoguer, désamorcer une situation et user modérément de médicaments psychotropes avec le consentement éclairé de la personne.

Un monde sans hôpital psychiatrique puisque personne ne veut finir chez les fous et, du coup, plus de services fermés, ni de chambre d’isolement, ni de contention.

Un monde sans psychothérapie institutionnelle, serait-ce un monde où on s’arrêterait de penser les lieux de soins et où on se contenterait d’une explication biologique de la souffrance?

Est-ce que la maladie mentale est une maladie du cerveau inventée par les neuropsychiatres pour se faire de l’argent ?

Un monde sans psychisme, ne serait-ce pas aussi un monde sans rêves ni inconscient? Quelle place pour la psychanalyse, pour l’interprétation et la mise en sens du passé comme du présent, est-elle encore opérante et peut-elle nous aider à nous émanciper?

Et que faire de la psychoéducation ou de la réhabilitation psychosociale, sont-elles réellement des inventions pour redonner au psychiatrisé un pouvoir sur la maladie et une place dans la société?

Si on t’a dit d’aller voir un psy, c’est sûrement un psychologue, c’est peut-être une bonne chose que de pouvoir déposer ton vécu avec une personne formée à l’écoute, mettre des mots et dénouer une souffrance qui pourrait s’aggraver. Et quand c’est grave, on appelle le psychiatre, qui contrairement au psychologue, peut te prescrire des médicaments pour apaiser l’angoisse.

Dans un monde sans psy, le médecin généraliste serait en première ligne. Si tu fais une dépression sévère, il te prescrira des antidépresseurs et te conseillera d’aller voir un thérapeute. Du coup, tu tomberas sur des gens formés à l’écoute et aux relations interpersonnelles ou alors à des techniques plus comportementales pour t’aider à résoudre des situations bloquantes.

Quand on traite uniquement les comportements ou les symptômes « sans psy », on cherche à objectiver un problème et à le régler par un exercice, un protocole ou un médicament. La psy, elle, est un défi pour la science et la neuroscience car la psy s’intéresse à la personne et pas qu’au cerveau. La psy parle à l’humain pendant que le scientifique ne cherche souvent qu’à identifier, quantifier, diagnostiquer et éradiquer un problème.

Politiquement, c’est assez contradictoire, car on cherche à développer le pouvoir d’agir des usagers en santé mentale tout en dévalorisant ce qui n’est pas quantifiable comme le soin non-médicamenteux ou la parole. Les usagers doivent participer et s’exprimer dans des lieux où leur parole est niée. 

Et si on est capable de compter le nombre de chambres d’isolement ou de contentions mécaniques effectués, pourquoi ne pas simplement abolir ces pratiques et fixer un objectif de tolérance zéro en maltraitance?

Outre la peur du citoyen envers la psy, il y a la peur du personnel soignant envers l’imprévisibilité et la violence des patients. Car dans un monde sans psy, sans psychodynamique ni psychopathologie, il ne reste plus que la psychodynamite qui explose quand le temps, l’envie, la confiance, le sentiment d’être en sécurité et le collectif sont défaillants au sein d’une équipe soignante.

Un monde sans psy, ça coûte sûrement moins cher au Ministère de la santé, on s’appuiera alors sur les accompagnateurs, les aidants et pair-aidants, les facilitateurs, les conseillers d’insertion et animateurs comme pour oublier l’existence même de cette dimension psy qui reviendra sur le devant de la scène uniquement au prochain fait divers ou à la prochaine crise. Et là on dira d’un tel qu’il était fou ou qu’elle était folle et que c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre ni à espérer de ces gens-là

Fragments de l’exposition « Sigmund Freud : Du regard à l’écoute »

Ah ce cher Sigmund Freud! Le tant décrié inventeur de la psychanalyse s’expose jusqu’au 10 février 2019 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. L’occasion pour moi de redécouvrir l’homme, son œuvre et son époque à travers de superbes documents.

Certes, l’exposition ne met pas en avant la critique qui lui sera faite ultérieurement, à part un commentaire évoquant sa mésentente avec Carl Jung. On sait aujourd’hui que la psychanalyse tel que Freud la pratiquait n’a jamais guéri aucun de ses patients et que, de toute manière, elle était théoriquement inadaptée pour les patients atteints de psychose, alias les fous. Cependant, même si la « science » psychanalytique que Freud a mis sur pied est critiquable, elle reste inspirante et mérite notre intérêt dans la mesure où elle cherche une logique et une causalité dans la vie psychique plutôt que dans un dysfonctionnement cérébral.

Voici quelques fragments de l’exposition :

L’exposition explore le cheminement scientifique et intellectuel de Sigmund Freud (1856-1939) en neuf séquences.

Elle évoque ses travaux méconnus de neurologue, l’importance du séjour parisien, le rôle de la théorie de l’évolution dans sa formation, son intérêt pour l’archéologie et les mythes, la naissance de la psychanalyse, le rôle de la sexualité dans la vie psychique, l’interprétation des rêves et son influence sur le mouvement surréaliste. Elle se conclut sur la dette de Freud envers le judaïsme.

exposition freud
Bienvenue au mahJ !

Du regard à l’écoute

On reconnaîtra à l’entrée de l’exposition le fameux tableau de Charcot donnant sa leçon sur l’hystérie à la Salpêtrière. On sera intrigué par les planches de Cesare Lombroso, père de l’anthropologie criminelle, avec ses portraits d‘Homme criminel, criminel-né, fou moral, épileptique et l’Art de connaître les hommes par la physionomie de Johann Lavater.

Avec Freud, on passe des démonstrations spectaculaires des hystériques de Charcot à une clinique de l’écoute attentive du patient.

aliéné en démence
« Aliéné en démence », Ambroise Tardieu (1838)

La naissance de la psychanalyse

A la Salpêtrière, Freud découvre l’hypnose, méthode qu’il abandonnera rapidement mais qui lui révèle le pouvoir de suggestion du médecin sur son patient. Il analyse la puissance de ce lien thérapeutique, qu’il nomme « transfert« , et la possibilité de le canaliser vers des fins cliniques. Le patient transfère sur le thérapeute des désirs qu’il éprouvait pour son père ou sa mère ; il revit symboliquement des pans de son enfance et voit émerger ses souvenirs enfouis.

En juillet 1895, quelque temps après la mort de son père, Freud entreprend de s’autoanalyser en déchiffrant ses rêves, « la voie royale vers l’inconscient » (L’Interprétation des rêves, 1900). Ce travail l’amène à découvrir que les songes et les symptômes psychiques parlent le même langage codé : ils dissimulent les désirs que nous préférons taire.

Freud recourt à l’association libre : pour permettre à ses patients de parler sans choisir les mots qui leur traversent l’esprit, il met à leur disposition un divan. La position allongée diminue la résistance du patient, favorise l’émergence des souvenirs refoulés, facilite le transfert. Le psychanalyste est assis derrière le patient, à l’abri de son regard.

 

« Les mots sont bien l’outil essentiel du traitement psychique. | Le profane trouvera sans doute difficilement concevable que les troubles morbides du corps ou de l’âme puissent être dissipés par la « simple » parole du médecin. Il pensera qu’on lui demande de croire à la magie. | En quoi il n’aura pas tout à fait tort ; les mots de nos discours quotidiens ne sont rien d’autre que magie décolorée. »

Sigmund Freud, « Traitement psychique » (1890)

 

La vie sexuelle

En 1905, lorsque Freud publie Trois essais sur la théorie sexuelle, suivie un peu plus tard de Contribution à la psychologie de la vie amoureuse, la sexualité fait déjà l’objet de nombreuses études scientifiques. Elle est aussi au cœur de l’œuvre de beaucoup d’artistes à Vienne, notamment Gustav Klimt ou Egon Schiele.

Dans son ouvrage, Freud décrit ce qu’il nomme « libido« , une énergie vitale ayant sa source dans la sexualité. Pour lui, il est impossible de concilier les exigences de cette pulsion sexuelle, dont le but est la recherche égoïste du plaisir, avec les attentes de la civilisation qui impliquent entente et cohésion sociale. Le refoulement de la libido entraîne le plus souvent des troubles psychiques, des névroses. Mais cette énergie vitale est également susceptible de se déplacer vers des buts non sexuels. Sa sublimation serait à l’origine des productions culturelles les plus élevées de l’humanité. Par sa capacité à se transformer, la pulsion sexuelle innerverait la plupart des activités et des comportements humains.

 

La beauté

l'origine du monde
« L’origine du monde », Gustave Courbet (1866)

Pour Freud, il est incontestable que le concept du beau a ses racines dans l’excitation sexuelle, pour autant la vue des organes génitaux n’éveille pas d’émotion esthétique, car cette dernière naît précisément d’un détournement de la pulsion sexuelle vers d’autres buts, notamment vers la forme du corps dans son ensemble. En somme, représentation des organes génitaux et œuvre d’art sont incompatibles.

L’Origine du monde, qui a appartenu au psychanalyste Jacques Lacan, et pour lequel ce dernier avait fait réaliser par son beau-frère, André Masson, un panneau coulissant servant de cache, est un cas limite, une représentation du sexe socialement considérée comme une œuvre d’art.

 

« Malheureusement, c’est sur la Beauté que la psychanalyse a le moins à nous dire. Un seul point semble certain, c’est que l’émotion esthétique dérive de la sphère des sensations sexuelles ; elle serait un exemple typique de tendance inhibée quant au but.

Primitivement la « beauté » et le « charme » sont des attributs de l’objet sexuel. | Il y a lieu de remarquer que les organes génitaux en eux-mêmes, dont la vue est toujours excitante, ne sont pourtant presque jamais considérés comme beaux. En revanche, ce caractère de beauté s’attache, semble-t-il, à certains signes sexuels secondaires. »

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, 1930.

 

L’interprétation des rêves

« Avec Freud seulement on en revient à une appréciation positive du rêve considéré comme révélateur du sort. | Mais là où les autres ne voyaient que le chaos, l’incohérence, la psychologie abyssale a reconnu l’enchaînement ; ce qui semblait à ses prédécesseurs un labyrinthe confus et sans issue, lui apparaît comme la via regia qui relie la vie consciente à l’inconsciente. »

Stefan Zweig, La Guérison par l’esprit, 1931.

 

Dans l’un de ses rêves, Freud se voit sans le moindre dégoût, au sommet d’un tertre, nettoyant avec le jet de son urine une cuvette de latrines, recouverte d’excréments de toutes tailles et de tous les degrés de fraîcheur, et en éprouve une vive satisfaction. Analysant son rêve, il se souvient d’avoir consulté la veille une édition de Gargantua, illustrée par Jules Garnier, où l’on voit le géant de Rabelais compisser du haut des tours de Notre-Dame les Parisiens, jugés grossiers et sales. Au-delà de l’envie réelle d’uriner, qui peut être l’élément déclencheur, Freud interprète la scène comme un rêve de grandeur. Tel Gargantua purgeant Paris de ses immondices, il souhaite nettoyer la psychiatrie de ses erreurs et faire place nette pour que triomphe la psychanalyse.

 

fascinés de la charité
« Les fascinés de la Charité », Georges Moreau de Tours (1889)

« Sigmund Freud : Du regard à l’écoute. » Du mercredi 10 octobre 2018 jusqu’au dimanche 10 février 2019 au mahJ, 71 rue du Temple, Le Marais, Paris 3ème.

Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]

La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.

Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.

Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social

8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros

État de l’art de la psychiatrie actuelle

Cynthia Fleury, psychanalyste, philosophe et titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital Hôtel-Dieu, revient sur l’évolution de la psychiatrie et de ses pratiques dans le temps. Elle aborde notamment les défis d’aujourd’hui et apporte des éléments pour repenser la psychanalyse aujourd’hui.