Hospitalisation psychiatrique

⚠️ TW : isolement, contention, surmédication, suicide, violence se***, décès.

Je témoigne, car avec l’écriture dans mes mains, le silence me rendrait complice.

J’ouvre les portes de l’hôpital psychiatrique sans fiction.

C’est bien loin de l’image que l’on s’en fait dans les films. C’est pire. Ce n’est pas nous qui faisons peur. Ce sont les conditions d’accueil et le quotidien qui sont à dénoncer.

Je raconte mon expérience. Je la sais malheureusement commune.

Je serai d’abord dépossédée du contact avec mes proches. Mon téléphone me sera enlevé.

Je le retrouverai plusieurs jours plus tard.

Avec un SMS de mon compagnon, qui s’excuse de m’avoir internée sous contraintes et qui pleure à chaudes larmes.

Je n’aurais même pas pu le rassurer, par moi-même… Non, il n’aura que les paroles des soignant·es  qui l’informeront de si « je suis calme ou non ».

Il vivra sa culpabilité seul. En France n’existe pas encore cet intermédiaire où je serai bien accueillie. Et il le savait…

J’ai eu la chance inouïe qu’un ami s’occupe de lui et lui dise de me ramener des affaires. Il lui a dit d’ajouter surtout un agenda et un stylo. Bien vu.

Puis, je serai dépossédée de mon corps.

Ce seront ces premières sangles qui m’attachaient sur cette table, pieds et poings liés. Justifiées par quoi ? Je m’exprimais en poèmes aux urgences…

Malgré mon état délirant, je savais où j’étais. Je savais que si je me débattais, on m’aurait gardée plus longtemps attachée. J’ai accepté de me faire saucissonner.

Les soignant·es ne m’ont même pas assez sédatée, ni même venu·es me voir si je dormais. Une très grave erreur.

De fait, j’ai déliré pendant plus de douze heures, me tortillant sur ma table.

Entre les histoires que je me racontais et persuadée que j’avais besoin de purger un péché pour être là.

Iels ont une caméra pour surveiller. Iels ont dû bien dormir, ce soir-là, puisque personne n’est venu. Je me souviens de chaque seconde de mes délires, et c’était long, très long. Plus les heures passaient, plus les délires s’aggravaient avec des hallucinations.

Le matin, iels sont venu·es me mettre une couche.

Je ne vous fais pas de dessin. Quand on prive quelqu’un d’aller aux toilettes, c’est comme dans les Sims.

Iels m’ont demandé si je savais qui j’étais.

Je savais qui j’étais, mais j’ai hésité. Je réponds Prophète ou non ? Après une nuit entière à délirer, donc à abîmer mon cerveau, j’étais encore partagée. J’ai donné la mauvaise réponse.

Moi, je voulais juste vapoter. Mes affaires étaient de l’autre côté de la vitre. J’ai juste demandé qu’on me fasse sortir cinq minutes dehors pour que je prenne l’air.

Mais non.

L’isolement, c’est se p*** dessus, être privé·e de contact et d’air, pour une faute que nous n’avons pas commise.

Priver un cerveau de nicotine aussi longtemps, sèchement, c’est aggraver le choc.

Alors je collais mon visage et mes mains contre la vitre qui me séparait de mes affaires.

Je voulais récupérer le collier offert par ma Maman, qui aurait pu me rassurer. Mon pantalon souillé.

Après l’isolement, on m’a mise dans une unité rapprochée. Mais j’ai fait un retour à l’isolement.

Parce que j’ai réussi à sortir me promener.

Je suivais « les signes de Dieu » et pour ce coup-là, il avait assuré, parce que normalement, c’était bien surveillé. Iels ont dit que je m’étais enfuie, alors que j’ai dit que j’étais perdue.

Retour à l’isolement de par l’invalidation de ma parole. Puis retour à l’unité rapprochée.

Et là, iels m’avaient, par contre, trop donné de médicaments. Je n’arrivais plus à parler. Dépossédée de ma parole. J’essayais d’écrire dans le journal apporté par mon copain. Je n’y arrivais pas à cause de la surmédication.

J’avais besoin de noter mes questions, mes besoins, les soignant·es ne me parlaient pas et ne m’expliquaient rien.

J’ai commencé à noter les dates, pour me reconstruire les événements et les souvenirs de ce qui était important. Puis, j’étais juste là, parmi d’autres patient·es, libre de déambuler dans ce petit espace, à moitié délirante.

Aussi, on est dépossédé·e de ce qui nous calme.

J’ai réussi à me faire comprendre d’un autre patient. Lui dire que j’avais besoin de musique pour m’apaiser, et mettre mon morceau en boucle.

On m’offrait des roulées avec grand plaisir, et empathie. Et sans nul doute, de la pitié.

Puis j’ai rencontré celui que j’appelle « mon soleil », et je lui ai demandé s’il faisait partie du personnel tellement il s’occupait bien de nous, de moi.

Non, lui, il était là parce qu’il avait tenté de se suicider.

Comment les soleils peuvent-ils vouloir s’éteindre ?

Je passais mes journées à subir mes traitements trop forts, atroces, avec des dyskinésies au visage.

Ma bouche était tordue, m’empêchant de vapoter correctement. Mon seul plaisir. Il faisait froid, j’avais raté Noël.

Un patient a réussi à m’emmener dans sa chambre. On repassera pour la surveillance, même en « unité protégée ».

Une danse dégueulasse forcée, un baiser forcé.

Écœurée, démunie, sans parole. Comment j’allais le dire à mon copain ? Viens me chercher, y a un mec qui abuse de moi, on m’attache, on m’isole et on me surmédicamente ? Mon compagnon pouvait effectivement pleurer…

J’ai fini par en parler à mon soleil, qui a pu signaler cette brave merde.

Je passais mes journées dehors sur un banc, au soleil, jusque tard le soir, sous la neige de décembre. Il y avait encore un peu de dignité dans ce service, nous n’étions pas beaucoup. Assez pour qu’on se parle toustes, mais pas assez pour qu’un·e soignant·e me parle.

Puis j’ai été libérée dans une unité plus libre.

C’est ça, ouais. J’ai porté pendant trois semaines un pyjama imposé. Je n’ai jamais demandé pourquoi. Je n’avais le droit qu’à une petite cour pour sortir.

Puis s’est ensuivi un mois de dépérissement.

Au départ, j’avais encore l’énergie de la manie pour socialiser. Très vite, le traitement me zombifie. Le psychiatre ne m’écoute pas sur ma santé mentale retrouvée, ni pour mon intolérance aux médicaments.

« Je suis le protocole. » me répétait-il. Le peu de fois où je le voyais. Un protocole médicamenteux, ça s’adapte, non ?

La connaissance de moi et mon récit n’avaient aucune valeur. Dépossédée de ma crédibilité.

Pour me calmer chez moi à ma plus grosse crise maniaque, je ne prenais que la dose minimale du traitement antipsychotique. À l’HP, on m’en donnait dix fois plus + médicaments de sédation…

Alors j’ai commencé à m’enfermer dans ma chambre, à surveiller à ce qu’iels ne repèrent pas que je vapotais à l’intérieur. Je ne voulais parler à personne. Je mangeais à la table des plus abîmé·es parce que j’en faisais partie.

Je ne sortais même plus une minute par jour.

Mon soleil m’offrait des cigarettes, celles que j’aime bien, mentholées. J’attendais impatiemment que mon compagnon vienne me rendre visite tous les deux jours. Il ne m’avait jamais vu pleurer. Sauf cette fois-là, dans ses bras.

Nous ne savions pas quand j’allais sortir.

Nous savions toustes les deux que c’était inutile que de me maintenir dans cet état.

Aucune activité en 1 mois et demi, PAS UNE, n’a été proposée aux patient·es. Nous déambulions entre nous. Et moi je fuyais tout le monde.

Puis, quel intérêt des « permissions »à l’extérieur ?

Mon compagnon récupérait un objet cassé. Je refusais les appels de mes proches. Que leur dire qu’ils pourraient décemment entendre ?

J’avais tellement d’effets secondaires que je ne pouvais pas rester sur le canapé à regarder une série. Je piétinais le sol en faisant des allers-retours toute la journée. J’avais un regard de morte.

Je cachais les sucreries qu’il m’apportait, parce que c’était un peu de sa présence qu’il y avait à travers ces douceurs.

Pas une fois, les soignant·esne sont venu·es me parler en un mois et demi.

Ce fut le plus tragique pour moi. Le manque de lien. Cela demanderait de si grands efforts ?

Je ne tolère aucune excuse institutionnelle.

Je répète : je ne tolère aucune excuse institutionnelle. Encore moins pour celleux qui ont été envoyé·es en réanimation, à cause de traitements trop lourds et inadaptés. Aucune excuse pour celleux qui sont mort·es étouffé·es dans leurs vomis, contentionné·es sur cette table.

Si mon copain n’a pas eu d’autre choix que de m’interner, la psychiatrie, quant à elle, a d’autres choix que de nous traiter ainsi.

Moi vivante, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, pour trouver une autre manière d’accueillir ces phases maniaques. Par l’écriture pour le moment. Peut-être un jour en tant que pair-aidante…

Pour que la honte change de camp.

MON SOUHAIT : pour que plus jamais une hospitalisation en psychiatrie ne ressemble à ça

Depuis la chambre sans fenêtre,
De la table où le corps devient objet,
De la nuit qui dure douze heures et ne dort pas.

La main qui attache sans regarder,
Et celle qui détache sans comprendre.
J’ai vu les âmes s’éteindre sous les protocoles,
Et les soleils qui, même blessés, réchauffent encore.

Je dis ceci :

Le soin n’est pas un ordre,
Le calme n’est pas la paix,
La docilité n’est pas la guérison.

Je dis ceci :

Aucun diagnostic ne vaut une main qui écoute.
Aucun médicament ne remplace un regard qui voit.
Aucun protocole ne peut soigner sans amour.

Je dis ceci :

Tant qu’un seul être sera attaché au nom du soin,
je parlerai.
Car moi vivante,
Je témoignerai pour celles et ceux qu’on a rendus muets.

Et je le répéterai jusqu’à l’usure de mes mots :

Si c’est contraint,
Ce n’est pas du soin.

Lucie

Parution d’Abolir la contention

« La contention mécanique n’est pas un soin, elle n’a pas de dimension thérapeutique. Elle est une mesure de contrôle, une pratique d’entrave et d’immobilisation. »

Le propos du livre de Mathieu Bellahsen paru chez Libertalia est de montrer que la contention n’est pas un soin. Il commence fort avec les témoignages de personnes qui ont vécu la contention dans leur chair, prouvant unanimement son caractère traumatique. En tant que psychiatre, l’auteur se garde bien d’utiliser le mot « torture » et préfère le concept d’anti-soin.

Ce livre écrit semble-t-il en vitesse démontre l’habileté de l’auteur à débiter des concepts, qui sont quasi des slogans de manif, et à démonter ses « adversaires » pour qui la contention reste un soin, avec des tournures de phrases parfois cinglantes. Parmi ces concepts, teintées de psychanalyse et de phénoménologie, la notion de « témoin intérieur » : la contention qu’on l’ait subi ou non, réveille en nous un degré de malaise, on ne peut pas ne pas éprouver dans notre corps la souffrance d’autrui.

Il s’agit aussi d’être clair, la contention est antinomique avec le concept psychanalytique de contenance, immobiliser quelqu’un avec des sangles n’est pas contenant pour sa psyché, au contraire.

L’auteur invente le concept de « culture de l’entrave » présente dans l’imaginaire collectif à l’image de la culture du viol et la culture de l’inceste. L’abolition est la façon de lutter contre le « système contentionnaire » qui empêche de penser le soin autrement.

On comprend rapidement qu’abolir la contention ne rime pas avec abolir la psychiatrie. L’antipsy apparaît en filigrane mais plaider pour l’abolition de la psychiatrie est pour lui une impasse. Il cite Zinzin Zine, le livre Charge de Treize comme des exemples d’autodéfense ainsi que la perspective antipsychiatrique de l’Agidd-SMQ qui œuvre dans les politiques publiques de santé mentale au Québec. Il faudrait s’émanciper collectivement, mais pas de la psychiatrie.

Il essaie de désamorcer la haine des blouses blanches et défend l’idée que la psychiatrie reste nécessaire dans les cas où la personne n’est plus en mesure de consentir.

Des vignettes de cas cliniques viennent illustrer concrètement des moments d’interaction humanisante qu’il a eu à l’HP dans des situations de détresse extrême avec des personnes qui semblaient incontrôlables. Tout comportement ou délire a un sens, et malgré l’angoisse extrême du patient, le contact est toujours possible si on en prend la peine et le risque.

Mathieu Bellahsen se veut un héritier d’une bonne psychiatrie, celle qui vient en aide aux plus fragiles, d’une psychiatrie publique malmenée, d’hôpitaux où les portes des services restent ouvertes. Ainsi, il existe des hôpitaux exemplaires comme celui de Laragne (vers Gap), où la contention est proscrite et le recours aux chambres d’isolement limité et non pas systématique. La bonne psychiatrie a aussi un nom pour l’auteur, la psychothérapie institutionnelle, et lui-même s’inscrit dans la lignée des médecins progressistes de l’après-guerre : Tosquelles, Bonnafé, Oury, Chemla. Cette psychiatrie de la relation humaine en opposition à la fake psychiatrie qu’il nomme cérébrologie. Il s’agirait de faire renaître les pratiques humanisantes et socialisantes.

Face au corps psychiatrique (comprendre tous les responsables d’hôpitaux et professionnels qui ont un pouvoir sur les personnes psychiatrisées), l’auteur, bien qu’il fasse partie de ce corps, en appelle à l’autodétermination des personnes psychiatrisées car le discours des soignants en demande de moyens est devenu inaudible. Il se veut un allié des psychiatrisé.es, survivant.es et usagers au service d’une psychiatrie critique qui respecterait enfin les droits fondamentaux.

On devrait semble-t-il accepter que la psychiatrie, l’HP, les chambres d’isolement et les traitements médicamenteux resteront là, même si on abolit la contention. Il s’agit de nous réconcilier avec la psychiatrie et de participer activement à une psychiatrie critique, notamment en intervenant dans la formation des professionnels. Une perspective à laquelle devraient adhérer à minima les pair-aidants et les associations d’(ex)usagers et de proches.

En conclusion, il en appelle à une coalition entre psychiatrisés et alliés pour faire tomber la contention tout en réclamant aux instances internationales d’œuvrer dans ce sens, à travers des travaux de recherches, des indicateurs, des statistiques, de visibilisation des bonnes pratiques à travers le monde.

Abolir la contention est une lecture éprouvante par séquences mais, dans son ensemble, c’est un ouvrage essentiel pour secouer les imaginaires, surmonter l’impuissance collective et faire bouger les politiques publiques.

Joan

Les références de l’ouvrage en question : Abolir la contention de Mathieu Bellahsen.
Ed. Libertalia, 216 pages, 10 €. Parution le 31 août 2023.

https://librairielibertalia.com/web/abolir-la-contention.html

 
 
 
 
 
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Chambre d’isolement [Vaillandet Lylaeve]

TW : Violences psychiatriques.

Je ne suis jamais vraiment sortie de chambre d’isolement.

            Physiquement peut-être, les soignants m’ont détaché les chevilles, les poignets et le front et m’ont déverrouillé la porte ;

            mais, psychologiquement, je suis encore dans cette pièce sans issue,

            psychologiquement, me retrouver seule, même dans ma propre maison, c’est me revoir adolescente, contrainte par la force à l’immobilité et à l’isolement, c’est sentir le blanc des murs et des sangles engloutir mes possibilités de communiquer avec le monde ;

            psychologiquement, c’est l’angoisse de ne jamais sortir de mes entraves qui revient chaque jour depuis que mon jeune cerveau l’a malgré lui intériorisée.

            Je me souviens de la violence de la solitude et de la violence employée pour l’imposer ;

je me souviens de ces mains qui m’ont maintenue au sol, qui m’ont frappée pour m’apaiser, qui m’ont traînée par terre dans les couloirs de la pédopsychiatrie, qui m’ont déshabillée sans mon consentement pour mieux m’attacher à leur lit en plastique ;

            je me souviens de l’humiliation, d’adultes responsables m’observer de la fenêtre de la chambre pour juger de ma disposition à sortir de leurs soins spéciaux ;

            je me souviens devoir me pisser dessus et supplier qu’on me laisse me nettoyer, parfois sans succès.

            Je me souviens de toutes sortes d’abus de la psychiatrie, qu’importe l’hôpital, qu’importe l’année, qu’importe les lois mises en place, et je pourrais continuer pour des pages encore si le simple souvenir de ces chambres de torture ne me replongeait pas dans cette angoisse de l’isolement qui ne m’a jamais quittée, des années plus tard.

            J’ai passé mes dernières années à chercher une raison, une justification à ce que j’ai vécu ; je peux dire aujourd’hui et après des recherches minutieuses qu’il n’y a rien qui puisse humainement justifier que l’on contraigne, détruise et traumatise l’enfant que j’étais et l’adulte que je suis.   

            Alors, je parle aujourd’hui de l’inhumanité de la mise en chambre d’isolement, et j’en parlerai qu’importe le mal que ça me fait encore d’en parler, parce que je ne saurais m’endormir en paix en ignorant que ces sangles et ces murs existent toujours, je ne pourrais m’endormir en ignorant les cris de la personne enfermée dans la chambre voisine.

Vaillandet Lylaeve

Page blanche [Sherazad]

J’ai passé la pire année de ma vie, j’ai perdu celui que je considérais comme l’amour de ma vie, j’ai passé des mois enfermée seule sans espoir, la peur au ventre entourée de personne tout autant perdues que moi. J’ai passé des mois à espérer seulement sortir de ces murs déprimants, de cette routine qui t’éteint à petit feu.

Attendre pour ces putains de médicaments, attendre pour fumer, attendre pour sortir dans le parc dont tu as fait le tour 100 fois, attendre pour les visites, attendre pour manger, attendre de pouvoir à nouveau exister. Attendre parce qu’on est patient. Attendre pour voir le médecin attendre pour parler à des infirmiers, attendre la fin de la relève. Attendre sans trêve, la pire torture pour une impatiente.

Mais c’est pas tout, ces murs se resserrent peu à peu autour de toi pour faire de toi le patient parfait sans âme. Tu perds ton essence plus rien ne te définit, pour ma part j’ai perdu l’art des mots et mes sentiments mes émotions et mes sensations de quoi dénaturer une hypersensible.

J’ai failli perdre la vie, perdre l’usage de mes jambes. Mais je n’ai pas souffert. J’ai explosé mon pied en morceaux, cassé deux vertèbres, et j’ai rien ressenti tellement que j’étais vide.

J’ai passé le jour de mon anniversaire attachée à un lit, écartelée sur un lit d’hôpital pieds et poing liés.

J’ai été plâtrée pendant 3 mois sans pouvoir poser le pied par terre avec un corset sur le dos. J’ai du réapprendre à marcher comme une seconde naissance. C’est ce que j’aimerais que ce soit une renaissance, un retour à zéro un reset page blanche et on recommence.

Sherazad

Instagram : @__sherazad__

Texte initialement publié par https://www.instagram.com/voix_qui_clochent/

illustration : Paysage, vers 1954. Nicolas de Staël. Kunsthalle, Karlsruhe.

Appel à témoignage : Abolir la contention

Bonjour,

Je suis actuellement dans l’écriture d’un livre autour de l’abolition de la contention en psychiatrie et de son système. Ce livre aura pour objectif de contribuer au débat centré depuis plusieurs années sur le seul encadrement légal de la contention.

Si encadrer légalement la contention est une nécessité, cela ne saurait légitimer unilatéralement ce genre de pratiques. Ainsi, j’aimerai m’appuyer sur des témoignages de personnes qui ont été attachées au cours de leurs hospitalisations en psychiatrie. Comment cela a-t-il été vécu ? Positivement, négativement ?

Ces témoignages seront anonymes et serviront de point d’appui sous forme de citations dans le chapitre sur le vécu de la contention.

De mon côté, au cours de ma carrière de psychiatre hospitalier, je n’ai jamais initié de prescription de contention. Dans le service où j’exerçais, nous n’utilisions pas ces pratiques. Il est donc possible de faire autrement puisque nous l’avons expérimenté collectivement. Ce livre a pour objectif de mettre en débat cette question.

Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : CPpsy@gmx.fr

Merci à vous,

Mathieu Bellahsen

Séminaire « Contention, soins, libertés »

Conférence introductive de Cynthia Fleury du séminaire mensuel « Contention, soins, libertés ».


La seconde session du séminaire réunit les Dr. Raphaël Carré, psychiatre au Centre Hospitalier Alpes Isère et Samuel Porteau, psychiatre à l’Hôpital Marchant de Toulouse. La conférence est introduite et modérée par le Dr. François Ayabaka, psychiatre à l’EPSMD de l’Aisne.

La contention, une réalité dans le soin : vécus soignés et soignants.

Pour voir les conférences suivantes rendez-vous sur :

https://chaire-philo.fr/contention-soins-libertes/


Découvrez l’état de l’art sur les méthodes de contention réalisé par Cynthia Fleury et Aziliz Leboucher :

Cet état de l’art* s’inscrit dans le projet « De la contention involontaire au sujet se contenant ». Conduit par la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, sous la direction de Cynthia Fleury, professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé (Conservatoire National des Arts et Métiers), en partenariat avec l’agence de design Les Sismo, ce projet a vocation à associer usagers, aidants, médecins, paramédicaux, directions, chercheurs et designers autour de la notion de contention volontaire dans les services de psychiatrie et de neurosciences.

Selon l’argumentation des deux autrices**, la contention en psychiatrie recouvre des notions disparates et prend des formes diverses. C’est aujourd’hui une mesure encadrée par des indications strictes car elle reste une pratique controversée. Pour penser les différents usages de la contention des corps dans les différents lieux de soin, la philosophie, l’éthique et la déontologie peuvent être utilement invoquées.

Cette étude vient proposer, par le prisme de la contenance, une méthode visant à contenir le sujet, à le soutenir sans l’aliéner, de façon nécessairement volontaire. La contention involontaire est une réalité dans le soin en psychiatrie. Néanmoins c’est à la fois une expérience décrite comme traumatisante par le sujet contenu et un acte particulièrement ambigu pour le soignant. L’encadrement législatif spécifique de cette mesure de protection a été assez tardif en France, malgré une longue histoire du droit de la psychiatrie. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement international qui vise à limiter l’usage des mesures de contrainte, dont la contention involontaire.

Ainsi la mise en place de protocoles permet de restreindre les indications de son usage en dernier recours. Cependant, un important vecteur du changement des pratiques est le respect des droits de l’usager contenu, bénéficiant d’un contrôle du juge et d’une mobilisation forte des associations. L’approche complémentaire envisagée ici est la « contention volontaire », mobilisant les notions de contenance d’origine psychanalytique ainsi que l’intégration sensori-motrice décrite dans des travaux de psychomotricité. Le rôle thérapeutique hypothétique de la contention prend ainsi différentes formes, même si son efficacité thérapeutique reste encore non démontrée. Des objets de contenance volontaire se développent en explorant les diverses modalités immersives, calmantes, soutenantes de la contenance et nécessitent une réflexion sur la notion de consentement.

Enfin, l’objet de cette recherche est d’adopter une démarche qualité pour l’élaboration d’un prototype contenant qui se confronte à la réalité et s’améliore par le retour d’expérience des usagers de la psychiatrie. L’expérimentation s’inscrit dans les techniques de désamorçage des tensions ainsi que dans le mouvement de restauration de la qualité des soins relationnels et de construction d’un environnement apaisant. Pour permettre une contention non seulement volontaire mais également autonome du sujet, il est nécessaire de renforcer ce dispositif d’outils de prévention adéquats.

Les hypothèses et enjeux de ce projet sont de :
• proposer une « contention volontaire » qui transforme le rapport à la contention et permet d’abaisser la contention non volontaire ;
• Impliquer patients (pair-aidance) et soignants dans la définition de ce nouveau protocole de contention • Faire de la contention un outil de soin capacitaire, sur lequel le patient ait prise (anticiper les crises, poser un diagnostic sur soi-même, …).

La méthodologie repose sur plusieurs phases :
• Première phase : immersion dans 5 services de psychiatrie et de neurosciences.
• Deuxième phase : co-construction expérimentale de prototypes.
• Troisième phase : expérimentation dans 10 services de soin sous la forme de prototypes fonctionnels à l’occasion de Proofs of Care©.
• Quatrième phase : adaptation du prototype suite aux retours d’expérience et standardisation.Cet état de l’art a été réalisé dans ce contexte pour soutenir la réflexion éthique, qui est associée au savoir-faire des soignants et aux méthodes de conception en design. Cette démarche est un préalable indispensable à la co-construction d’un outil de soin capacitaire.

*L’état de l’art est un panorama synthétique et organisé des travaux déjà réalisés sur un sujet précis. Réaliser un état de l’art implique un travail bibliographique précis et une analyse des publications majeures en rapport avec le thème choisi.
**A. Leboucher, Chargée d’étude à la Chaire de Philosophie à l’hôpital, titulaire d’un master en neurosciences de l’École Normale Supérieure, d’un master en affaires publiques de Sciences Po et étudiante en médecine à l’Université de Paris et C. Fleury , Professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

https://www.santementale.fr/2021/07/de-la-contention-involontaire-au-sujet-se-contenant/

« Psychiatrie : Avis de défaillance généralisée » [Libé]

« Recours à la contention, locaux indignes, non-respect des droits des patients… Dans une synthèse de 135 rapports, l’Union des familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques UNAFAM dresse un état des lieux alarmant du secteur en France. «Libé» y a eu accès en exclusivité. »

Appel à témoignage : contention et isolement

Pour les besoins d’un reportage pour France Télévisions, nous recueillons vos témoignages sur l’expérience vécue de la contention (être attaché.e à un lit avec des sangles), de mise en chambre d’isolement et sur les techniques d’apaisement aux urgences et en psychiatrie en France.

Il s’agit de libérer la parole et d’informer sur la généralisation ou non de ces pratiques de dernier recours.

Que vous soyez patient, proche ou soignant, vous pouvez nous transmettre vos témoignages écrits par message privé ou à l’adresse : contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com

Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie.

Dans cette « Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie » Jérôme Cornier, cadre de santé en psychiatrie exhorte les nouvelles générations à moins de docilité et les invite à « définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. »

Revue Santé Mentale

« Voici une invitation à la désobéissance adressée par un cadre de santé à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie. Une seule exhortation : avoir l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées et trouver l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie. »

Infirmiers.com

Bonjour à toi, oui toi qui vas faire partie de cette génération qui va définitivement bannir des soins psychiatriques la contention physique comme d’autres ont réussi à nous débarrasser de la lobotomie. A toi qui va définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. A toi qui a lu ou va lire qu’au CH de Valvert, cela fait 10 ans que cette pratique d’un autre âge, est interdite. Et à toi enfin qui a peut-être eu la chance de grandir sans te prendre des tartes dans la gueule et qui a la conviction qu’en éducation comme en soin, la parole peut remplacer les maltraitances. Bien entendu éduquer sans user de sévices corporels n’est pas toujours simple mais c’est possible et surtout souhaitable.

Dans une récente publication, une équipe du CH Valvert (Fernández , 2019), souligne un paradoxe de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise une pratique dont elle reconnaît les effets délétères. Qui oserait revendiquer comme bonne pratique aujourd’hui en France le fait de frapper un enfant lors d’une crise, même en dernier recours ?

De plus l’équipe explique dans le même article, que limiter les dispositifs de coercition a comme effet immédiat de calmer les patients. De mémoire, Jean-Baptiste Pussin, surveillant de l’hospice de Bicêtre, avait fait le même constat à la fin du XVIIIème siècle et avait encouragé le Dr Philippe Pinel à faire preuve d’audace et à se fier à la clinique infirmière pour améliorer la condition des agités et révolutionner la psychiatrie.

Pour l’anecdote, pendant la seconde guerre, il fallut vider, à la hâte, les hôpitaux psychiatriques parisiens à l’approche de l’ennemi. Et là, à la grande surprise des soignants, même les patients que l’on croyait tout juste bons à rester dans un lit, ont rapidement retrouvé leur autonomie. Comment expliquer qu’un simple changement de cadre puisse provoquer un tel changement de conduite ? (Mornet, 2014).

J’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité afin d’être un soignant, pas un salaud.

D’Hermann Simon (1921) à Jean-Paul Lanquetin (2019) en passant par François Tosquelles et sa bande, cette question a une réponse simple : pour que le milieu puisse devenir facteur de changement et de développement et non plus de déshumanisation, il est nécessaire de considérer que l’établissement psychiatrique lui-même doit faire l’objet d’attentions et de soins.

Parce que l’environnement est déterminant (Laborit, 1997), l’urgence est de soigner l’ambiance dans les services de soins. La synthèse réalisée par le CRMC (Nicolas, Lanquetin, 2017) permet d’appréhender les trois niveaux de mesures préventives pour éviter d’avoir à restreindre les libertés des usagers. Depuis plus de dix ans, je tente de convaincre ma hiérarchie de tenter une semaine sans contentions, malheureusement en dépit de rencontre avec les équipes, d’interventions, de textes, et même d’activités de recherche, ma proposition a une nouvelle fois été rejetée lors du séminaire cadre de l’année dernière.

Alors, même si je continue à penser qu’écrire est utile et que des articles, comme le dernier de Didier Morisot (2019), sont aussi délectables que nécessaires, j’ai également la conviction que ce ne sera pas suffisant pour impulser un réel changement de pratique. Pour dépasser le dogmatisme et l’incroyable allégeance de la majorité des psychiatres à une politique sécuritaire et néo libérale qui rend possible une insoutenable maltraitance institutionnelle (Gabarron-Garcia, 2015), tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Et c’est pourquoi je compte sur toi pour être moins docile que tes aînés. Car j’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité (Touzet, 2019) afin d’être un soignant, pas un salaud. Et non seulement tu auras l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées, mais tu trouveras également l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car tu sais qu’on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie.

Merci pour finir à toi d’exister et sache mon impatience à l’idée de te rencontrer. A très bientôt donc !

Tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Jérôme CORNIER
Cadre de santé
jerome.cornierifcs@gmail.com

Bibliographie

  • Fernández VI, Karavokyros S, Lagier F, Bauer L, Védie C. (2019). “Soigner sans contention physique, quels enjeux psychiques ? De la contention à la contenance”. Evol psychiatrique; 85(3).
  • Gabarron-Garcia, F. (2015). « De la psychothérapie institutionnelle à l’analyse institutionnelle », les contractions de la psychiatrie : expériences labordiennes ». In La psychothérapie institutionnelle, SUD/NORD folies et cultures, N°26. Edition ERES.
  • Herman, S. (1921). « La thérapeutique active en hôpital psychiatrique ». Paris, PUF.
  • Mornet, J. (2014). « Chapitre V. La psychothérapie institutionnelle ». In, J. Mornet, Une introduction aux psychothérapies (pp. 177-204). Nîmes, France: Champ social.
  • Laborit, H. (1997). « La légende des comportements ». Flammarion.
  • Lanquetin, J. (2019). « Prévention primaire en psychiatrie, un travail d’ambiance ». Empan ,114(2), 72-78. doi:10.3917/empa.114.0072.
  • Nicolas M, Lanquetin JP. (2017). « Isolement et contention : Repères pratiques pour en limiter le recours ». Voiron : CRMC Disponible
  • Touzet, P. (2019). « Activités occupationnelles ou activités thérapeutiques, une différenciation complexe ». Soins Psychiatrie, Volume 40, numéro 323.

26 propositions pour sortir la psychiatrie de l’impasse

A l’occasion des Semaines de la Folie Ordinaire, nous avons voulu nous réapproprier l’acte de faire des propositions en écho aux 25 propositions faites par l’Institut Montaigne, un think tank (groupe de réflexion) national, face à une approche neuropsychiatrique, trop réductrice et gestionnaire, sourde à la parole des personnes concernées et aveugle à la question du lien social et du temps irréductible nécessaire pour accueillir, soigner et faire lien.

Une proposition de plus, donc, pour montrer que nous pouvons aussi proposer et qu’il existe une pluralité de voix, rarement prises en compte, mais salutaires pour le débat démocratique.

Voici les 26 propositions qui ont émergé ce dimanche à la Parole Errante, n’hésitez pas à les compléter :

  1. Créer des maisons de la parole pour tous pour en finir avec la médicalisation et la stigmatisation
  2. Création d’espaces citoyens pour la participation des usagers, des proches, des soignants au débat public sur la psychiatrie
  3. Rédiger le manifeste de ce qui nous rend fou
  4. Créer des outils pédagogiques sur les termes de la psychiatrie
  5. Un accès facilité à un(e) psychologue dans les écoles
  6. Pas de traitement médicamenteux avant trois rencontres avec le psychologue
  7. Enseignement à l’école de la relation de soin
  8. Formation des soignants à la relation et à la parole
  9. Abolition de la contention (et arrêt de la formation à la contention)
  10. Ouverture des services fermés
  11. Une banque du temps pour se donner le temps de l’échange et du soin
  12. Enrichir les formations des « dits » professionnels, entendre ceux qui décrivent ce qui leur a fait du bien
  13. Rendre les ateliers à médiation artistique obligatoires (à l’hôpital)
  14. Création de lieux d’accueil de crise sans médicaments
  15. Des lieux de soins à la campagne (avec des soignants)
  16. Arrêt de la Valorisation de l’Activité en Psychiatrie (VAP) pour une dotation des services alignés sur les besoins de la population
  17. Boycott, sabotage, grève des outils informatiques de gestion dans les services de psychiatrie et partout ailleurs
  18. Purger la folie de la maladie mentale, mais pas nécessairement des diagnostics
  19. Accueillir les proches (familles, fratries, amis…)
  20. Faciliter la participation des usagers
  21. Rendre accessibles les droits
  22. Création d’un syndicat des patients en psychiatrie
  23. Ressusciter la Mad Pride!
  24. Lutter contre la psychophobie
  25. Redonner aux patients leur espérance de vie (+15 à +20 ans)
  26. En finir avec la normalité

Pour rappel, vous trouverez les 25 propositions de l’Institut Montaigne et de la Fondation FondaMental ici :