Politique et Handicap, sous le prisme de la folie

Notes et références de l’intervention de Joan pour Comme des fous en introduction de la discussion intitulée « Politique et Handicap, consensuel vraiment ? » à l’initiative du Collectif pour la Liberté d’Expression des Autistes (CLE Autistes), le 25 mai 2023 à Montreuil.


« Je vous propose d’aborder le sujet – Politique et Handicap – sous le prisme de la folie. »


On commence par un voyage dans le temps dans les années 1970, du temps du journal Handicapés Méchants pour resituer l’histoire des luttes où handicap et folie étaient déjà entremêlés.

handicapés mechants

Politiser la question du handicap renvoie au travail de conscientisation des rapports de domination comme l’explique Judi Chamberlin dans son livre On Our Own (Par nos propres moyens) de 1978 où elle introduit aussi le terme de psychophobie, la peur du fol ou du fou.

judi chamberlin

« La folie dont je veux parler est la folie qui est plus ou moins présente en chacun de nous, et pas seulement la folie qui reçoit un baptême psychiatrique… Donc, quand j’utilise ici le mot « fou », je ne fais pas référence à une race spéciale d’individus : le fou en moi s’adresse au fou en vous dans l’espoir que le premier fou parle suffisamment clair et fort pour que le second l’entende. La folie est un mouvement vers l’autonomie : voilà quel est le « danger » réel de la folie et la raison de sa violente répression. Agir politiquement signifie simplement récupérer ce qui nous a été volé, à commencer par la conscience de notre oppression au sein du système capitaliste. La folie est la révolution permanente dans la vie d’une personne. Tout délire est une déclaration politique. »

David Cooper, Le Langage de la Folie (1977), à qui on doit le terme d’antipsychiatrie même s’il prônait une non-psychiatrie où il renonçait à son métier de psychiatre.

La nécessité de définir ce que l’on entend par antispy.

freaks

L’antipsychiatrie c’est quoi ?

L’antipsychiatrie est un courant de pensée politique, social et philosophique construit par et pour les usagers de la psychiatrie. Partant du constat que les droits humains sont plus que souvent bafoués dans les institutions psychiatriques, l’antipsychiatrie amène à la conclusion que le système entier est à revoir – voire, souvent, à abolir.

Elle fait référence au slogan : « Si c’est contraint, c’est pas du soin. »

L’objectif de l’antipsychiatrie n’est ni d’empêcher l’accès au soin, ni de culpabiliser les personnes qui ont recours à la psychiatrie, mais de dénoncer l’hégémonie de cette dernière, et le contrôle social qu’elle opère sur la vie des malades.

Parce que c’est ça l’objectif de l’antipsychiatrie, abolir le contrôle social et la coercition exercés sur les personnes folles. Cela passe par une remise en cause de l’institution psychiatrique et ses dérives violentes (internements abusif, médicamentation forcée, contention, isolement…)

Extrait de la BD : Autopsie des échos dans ma tête, Freaks (octobre 2021).

Quel lien entre troubles de santé mentale et handicap ?

On peut parler d’un handicap invisible, qui fait l’objet d’une invisibilisation, et qui serait quelque chose à cacher.

Faut-il opposer trouble psy et handicap ?

La Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées introduit la notion de handicap psychique :

« Constitue un handicap au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive, d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Un exemple de trouble de santé c’est la dépression qui peut s’exprimer par une absence d’énergie + le fait de se sentir empêché + souffrance + difficulté à se concentrer, pour comprendre leur caractère handicapant.

Mais le terme de personne handicapée psychique promu par l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) est un contresens. Il serait plus pertinent de parler d’un handicap d’origine psychique plutôt que d’en faire l’essence des personnes vivant avec un ou des troubles psy.

Le handicap peut être aussi la résultante d’un environnement handicapant, qui nécessiterait des aménagements pour ne pas être un désavantage social.

Une nouvelle piste s’ouvre avec les Disability Studies et le croisement des oppressions systémiques.

Le handicap comme la folie sont des constructions sociales.

elisa rojas

« Il n’empêche que le handicap est une construction sociale née de la volonté d’un groupe social d’exclure un autre groupe social qui n’est pas considéré comme étant conforme à la norme définie par ceux qui ont le pouvoir de la définir. »

Elisa Rojas, membre du Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation (CLHEE).

Il s’agit de déconstruire et se défaire des conceptions validistes.

Le validisme c’est l’idéologie qui définit le corps valide comme étant la norme.

Le handicap est souvent déterminé socialement par la capacité à travailler dans la société capitaliste. Le travail, quand il n’est qu’exploitation, affecte à la fois nos corps et nos psychés. On ne peut s’empêcher de parler des ESAT, structures ségrégatives qui emploient des « usagers » ne bénéficiant pas du statut de travailleurs·euses et sont victimes d’une exploitation organisée avec la complicité des associations gestionnaires et de l’Etat qui les subventionne.

Dans un système qui veut mettre tout le monde au travail malgré parfois l’incapacité à travailler, la précarité des personnes en situation de handicap est généralisée. Pour survivre, il faut pouvoir accéder à une reconnaissance du handicap pour bénéficier d’aides humaines et financières comme l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), qui est sous le seuil de pauvreté et ce, au prix de longues démarches administratives. Sans oublier les personnes sans handicap mais en galère sociale.

Le handicap est-il le privilège de l’homme blanc ? Les personnes les plus sujettes aux oppressions accèdent plus difficilement à la reconnaissance de leur handicap.

Il s’agit aussi de cocher des cases et on se demande comment on sort des catégories pour mener la vie qu’on souhaite quand on est à la fois handi·e et psychiatrisé.

A l’image du discours porté par le Réseau sur l’entente de voix (REV), il s’agit de aussi de dépathologiser nos expériences et nos expressions.

rev france

Et déconstruire la normalité pour se rendre compte qu’on est tous des êtres humains, tous différents, et pour que chacun·e puisse apporter librement sa contribution au collectif.

Le handicap n’est pas un sujet apolitique ou neutre.

Alors qu’aucun parti politique en France ne se saisit du handicap de manière pertinente.

Le terme politique peut avoir plusieurs sens. C’est par définition ce qui relève du pouvoir et de l’autorité. C’est le cas pour les « Politiques publiques ».

Qui a le pouvoir concernant le handicap ? Les psychiatres, les associations gestionnaires ? Ou plutôt l’Etat, et les politiques néolibérales, qui a le pouvoir de démanteler l’hôpital public.

Pour nous, faire contre-pouvoir, c’est partir d’une autre définition du politique, comme étant les stratégies collectives pour faire société, sortir de l’individualisation et reprendre le pouvoir sur nos vies.

Nous ne sommes pas des objets de soins mais des sujets (politiques).

La Loi de 2002 sur la démocratie sanitaire met en avant la participation citoyenne des usagers aux politiques qui les concernent mais au final qui nous représente politiquement ? Certaines associations de familles comme l’UNAFAM ont presque exclusivement le pouvoir de représentation des usagers dans les hôpitaux, les familles représentent leurs enfants hospitalisés même à l’âge adulte, ce qui peut sembler au principe d’autodétermination.

Qui fait autorité ? L’ONU ou l’Etat ?

La Convention Relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU ratifiée par la France en 2010 est censée faire autorité. Elle introduit la dimension des droits humains comme supérieurs aux intérêts des Etats et recommande la désinstitutionnalisation pour faire respecter des droits comme le consentement, le droit à une vie autonome, à une vie affective, à l’intimité, à choisir son lieu de vie. Mais est-ce que ce nouveau paradigme des droits est effectif ? Certes, il permet de sortir du modèle médical individualisant et de dépasser le modèle social du handicap centré sur l’environnement de la personne.

Il s’agit de sortir de la logique binaire entre autonomie et dépendance et de considérer le droit à une vie autonome comme inaliénable et permettre d’accompagner chaque personne dans ce but, selon sa volonté.

La formation WHO Quality Rights en ligne et gratuite permet d’appréhender rapidement cette démarche qui fait consensus et qui vise à réduire la coercition dans les institutions.

Cependant, le texte censé faire autorité est sujet à interprétations et la plupart des Etats signataires font fi du consentement et du droit à refuser un traitement forcé notamment en cas d’hospitalisation.

Quels sont nos objectifs ?

  • Faire respecter les droits humains.
  • Considérer les revendications des personnes concernées.
  • Conscientiser toutes les formes d’oppression et de discrimination.
  • Lutter contre le validisme.
  • Prendre position. Résister, ne pas se laisser faire, tenir tête. Rester inadaptables tant qu’il le faudra.
  • La justice sociale.
  • La désinstitutionnalisation, en finir avec la ségrégation sociale et spatiale.
  • L’accessibilité, rendre accessible et en finir avec les barrières sociales pour faire pleinement partie et faire société.
  • Ne laisser personne de côté.
  • Dépathologiser et dépsychiatriser nos expériences de vie.
  • Abolir la psychiatrie, y renoncer comme on renoncerait au capitalisme.

Trouver des alternatives :

L’Open Dialogue, une approche transformatrice du soin, une révolution culturelle à l’échelle systémique : voir le travail audiovisuel et les formations de l’association Underground Psychiatry alias U_P.

underground psychiatry

L’auto-support, les collectifs d’entraide.

Promouvoir des manières collectives de prendre soin et réinventer collectivement ce qu’on appelle le soin sans sa dimension d’enfermement et de non-droit.

Créer des lieux ouverts, des circulations, créer des liens, faire surgir la possibilité de se rencontrer, d’entrer en contact et d’entrer en relation.

Deux livres inspirants :

joie militanteMême si c’est un activisme par intermittence et qu’on n’est pas toujours en forme, militer, c’est augmenter sa capacité d’agir, c’est pouvoir prendre la parole, s’émanciper individuellement et collectivement.

Joie militante, carla bergman et Nick Montgomery, traduction Juliette Rousseau paru en 2021.

Le livre Charge de Treize paru en février 2023 œuvre dans le sens de la conscientisation en plus d’être merveilleusement écrit, où chaque mot est pesé.

charge de treize

 

 

 

 

 

 

 


Pour aller plus loin :

Le Manifeste du  Collectif Lutte et Handicap pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE)

Elena Chamorro : « Exclure les personnes handicapées, c’est construire une société de privilèges et d’inégalités » où les personnes sont jugées soit vulnérables, soit comme des superhéros et subisse l’injonction au « dépassement de soi et de son handicap ».


Zinzin Zine

zinzin zine


Les Dévalideuses

les devalideuses


Objectif Autonomie

objectif autonomie


Agoras à Saint-Ouen le 25-26 mars 2022 [Festival Sonic Protest]

Dans le cadre du Festival Sonic Protest 2022, deux journées de rencontres autour des pratiques brutes de la musique se tiendront à Mains d’Œuvres à Saint-Ouen et seront diffusées en live radio. Samedi 26 mars, on pourra même rencontrer le petit-fils de François Tosquelles, rien que ça, mais aussi le collectif Encore Heureux, la Trame, l’Adamant et le Papotin!

Entourées de performances et de témoignages, quatre agoras nous permettront donc d’aborder les inventions possibles pour faire d’un espace proposé un espace habitable et habité ; nous discuterons des manières singulières d’investir l’espace corporel, ses contours et sa matérialité ; nous retraverserons l’histoire qui s’oublie des pratiques d’accompagnement visant l’émancipation subjective pour voir comment nous en enseigner et les prolonger, et enfin nous discuterons du modèle des Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) comme forme fragile mais exemplaire des espaces à construire.

https://www.sonicprotest.com/#rencontres

PROGRAMME DU VENDREDI 25 MARS

9h00-10h00 : accueil public / café (avec projection de clips et séquences vidéos demandées aux ami(e)s des rencontres)

10h00 – 12h00 : Agora #1 : Habiter et s’approprier les espaces

Christophe Laurens
Alexis Forestier
Roberta Trapani & Jean-Luc Johannet

Pour ouvrir cette sixième édition des Rencontres ayant pour fil rouge la question des espaces, nous proposons de rentrer dans le vif du sujet en discutant des manières singulières de s’approprier nos lieux d’expériences et/ou de vie. Ou comment faire d’un lieu, d’un bâtiment, d’une salle, un espace habitable et accueillant les particularités, les goûts et les besoins de ses habitants ?

Dans les pratiques d’accompagnement sanitaire ou médico-social, l’hospitalité laisse malheureusement trop souvent à désirer. À peine s’il n’est pas dit qu’un service trop agréable encouragerait les usagers à la sédentarisation. Nous pensons au contraire qu’on ne s’apaise qu’en affinité avec son milieu. Et chacun a ses modalités pour le faire un peu sien.

Pour lancer la discussion, nous avons convié quelques personnes à nous parler de leurs expériences. Christophe Laurens tout d’abord qui s’est intéressé aux modes d’habiter expérimentés sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, entre cabanes auto-construites, autogestion, et tentative d’inventer des nouvelles formes d’organisation collective et a décidé d’y emmener ses étudiants pour un travail de recherche, publié depuis sous le titre « Notre Dame des Landes, ou le métier de vivre ». Alexis Forestier a fondé le groupe Les Endimanchés en 1985 entre musique industrielle et chanson populaire, puis il crée la compagnie Les Endimanchés avec laquelle il monte de nombreuses créations. Intéressé par les aléas de la raison, il travaille de nombreuses années à la Clinique de La Borde et collabore depuis 2008 avec André Robillard. En 2013, Alexis participe à la création de La Quincaillerie, lieu d’expérimentation au sens propre, aussi bien de mode de vie en commun, de pratique de création que d’accueil. Enfin, Roberta Trapani, membre du collectif de recherche-action Patrimoines Irréguliers de France (PiF) et rédactrice de la revue en ligne Hors-les-Normes, et l’artiste Jean-Luc Johannet nous parleront de l’oeuvre titanesque de ce dernier, qui s’inscrit à sa façon, ou au moins en partie, dans le vaste univers des environnements irréguliers, « composés d’utopies architecturales, d’environnements ornés par des habitants-paysagistes, de cabanes bricolées sur des ZAD et des ronds-points, ou encore d’installations et de jardins urbains clandestins où l’on cultive la sociabilité, la réciprocité et l’expression créative »

12h00 – 12h30 : Performance «Des arts sonnants, des arts sonnés » par Arnaud Le Mindu et les usagers de l’hôpital psychiatrique Pierre Janet (Le Havre)

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé par La Trame et le collectif Encore Heureux

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00 – 15h30 : Le Papotin interview Pascal Comelade****

La grande majorité des rédacteurs du journal atypique Le Papotin, sont accompagnés par différentes institutions médico-sociales d’Ile-De-France. Se retrouvant tous les mercredis, ils interviewent régulièrement des personnalités allant du cinéma à la politique, de la météo à la doublure-voix, de la philosophie à la musique. Depuis trois ans, ils participent aux Rencontres et cette année, c’est le musicien catalan Pascal Comelade, figure majeure depuis 40 ans des musiques de genre et de traviole, qui répondra à leurs questions.

15h30 – 16h00 : Témoignage : Alexis Degrenier « Être malade c’est un travail ; la maladie, c’est un emploi »

Alexis Degrenier, bien connu du public de Sonic Protest, est batteur et percussionniste, circulant depuis des années entre improvisation et écriture, musique savante et musique traditionnelle. Après 3 années passées dans les murs blancs des hôpitaux le tenant éloigné de toute vie musicale, il développe des outils techniques lui permettant de créer ses ramifications manuelles à l’aide de technologies aussi complexes qu’organiques. Il viendra aux Rencontres nous faire quelques rappels sur les non-dits et les impensés du monde de la culture quant au handicap et la maladie.

16h00 – 18h00 : Agora #2 : Le corps, la sape, les prothèses.

Sabrina Calvo
Infecticide
Barbara Massart & Nicolas Clément
Les stylistes de l’ESAT Turbulences (sous réserve)
Alexis Degrenier

« Habiter son corps » est toujours un bricolage personnel sans cesse remanié par les aléas du sensible traversé. Or, une des façons de l’investir, ce corps, c’est de le vêtir. Sabrina Calvo d’abord connue en tant qu’autrice de SF aux éditions La Volte, dessinatrice et game designer, est aussi couturière, et la question du corps sensible est centrale dans son œuvre. Barbara Massart est une artiste membre de La « S » Grand Atelier dans les Ardennes belges où elle crée quotidiennement d’incroyables œuvres textiles et costumes. Elle a collaboré avec Nicolas Clément à la création de deux films « Barbara dans les bois » et « Santa Barbara » qui seront diffusés en continu en salle d’exposition. Elle tiendra par ailleurs sur les 2 jours des Rencontres l’atelier Küstom Kostüm et confectionnera en live et en collaboration avec les participants et le groupe Infecticide les tenues de scène de ces derniers ! Les membres d’Infecticide viendront témoigner de leur passion pour le costume (des costumes d’araignées aux serveurs McDonalds) à la scène comme à l’écran (clips et projets solo du chanteur comédien Thomas Suire). L’ESAT Turbulences ! propose également sous ses chapiteaux, un atelier de stylisme dont une partie de l’équipe viendra nous présenter la pratique.

18h00 – 18h30 : Performance : Adamant Sound System

Quand la poésie rencontre l’impro musicale.

L’Adamant est un bâtiment flottant, sur la Seine. C’est un hôpital de jour qui accueille des personnes vivant dans le centre de Paris. C’est aussi un club thérapeutique, L’Embarcadère, son bar associatif. Un journal apériodique (et oui), Les Beaux Barres, une webradio (laoueve.com), un groupe « musiques » avec des instruments, des grosses enceintes, une énorme table de mixage, et des voix, une médiathèque, des péniches qui passent, des riffs de guitare en boucle, des oiseaux, des sirènes, du cinéma, des machines à coudre, des oreilles qui écoutent et Tant de Poses. Et tant d’autres choses.

PROGRAMME DU SAMEDI 26 MARS

9h00-10h00 : accueil public / café (avec projection de clips et séquences vidéos demandées aux ami(e)s des rencontres)

10h00 – 12h00 : Agora #3 : Regards sur des pans d’histoire.

Jacques Lin
Emmanuel Tosquellas
David Ryboloviecz
Savine Faupin & Christophe Boulanger

Aux Rencontres, nous apprécions présenter des initiatives inédites et mettre en lumières des tentatives qui nous semblent novatrices ou tout du moins audacieuses et motivantes pour les professionnels autant que pour les concernés par les logiques d’accompagnement. Mais nous n’oublions pas qu’à d’autres époques, d’autres tentatives ont eu lieu, et parfois même de grande envergure. De l’après-guerre aux années 80, l’accompagnement des personnes en situation de handicap psychique et/ou mental a vécu une transformation radicale avec des initiatives multiples. Suffisamment pour nous donner envie d’en discuter et de débattre de ce que l’on peut retirer de ces expériences, et réfléchir, en écho, à ce qui peut s’inventer comme stratégies nouvelles. Parmi nos invités, citons d’abord Jacques Lin, qui fut dès le milieu des années 60 un des acteurs principaux du réseau Deligny dans les Cévennes. À peine âgé de 20 ans, Jacques Lin quitte l’usine et se lance dans ce qu’il nommera « la vie de radeau » auprès de jeunes autistes dans une franche sobriété choisie. Emmanuel Tosquellas, lui, est infirmier psychiatrique à l’hôpital de Saint-Alban, lieu où est née la psychothérapie institutionnelle sous l’impulsion de François Tosquelles, son grand-père. Nous accueillerons également David Ryboloviecz, responsable national du secteur Travail Social Santé Mentale des CEMÉA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active), qui, depuis plus de 80 ans, soutiennent sur tous les fronts (éducation, social, santé, culture etc.) les engagements militants aux côtés de la Psychothérapie institutionnelle ou des pédagogies nouvelles. Nous accueillerons enfin Savine Faupin & Christophe Boulanger, en charge de l’Art Brut au LaM de Ville- neuve d’Ascq, fins connaisseurs des nombreuses stratégies d’accompagnement des artistes singu- liers au cours du temps.

12h00 – 12h30 : témoignage. Eugène Lambourdière dit “Maurice” et le galeriste Eric Gautier de la galerie d’art brut Le Moineau Écarlate nous présenterons l’œuvre de Maurice à travers leur rencontre et leur collaboration continue.

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé par la Trame et le collectif Encore Heureux

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00 – 15h30 : carte blanche à Encore Heureux
Le Collectif Encore Heureux… invite Le Chantier Cinématographique

« Ça va encore durer des semaines, des mois voire des années alors autant ne pas annuler, ne pas reporter, ne pas attendre le moment où ça sera de nouveau possible comme avant mais s’organiser dans la crise …»

Le collectif Encore Heureux… invite cette année des participant.e.s d’un atelier d’écriture et de réalisation collective – Chantier Cinématographique – mis en œuvre à partir de 2020 par Élisa Le Briand & Yoana Urruzola depuis L’Abominable – laboratoire cinématographique partagé à La Courneuve – avec des usager.e.s et salarié.e.s de plusieurs structures d’entraide et d’accompagnement social de la Seine-Saint-Denis : les GEM – Groupe d’Entraide Mutuelle – L’Entre-Temps (Saint-Denis), Le Rebond (Épinay), Les Gens du 110 (Montreuil), le SAVS – Service d’Accompagnement à la Vie Sociale – Les 3 rivières (Stains) ainsi que La Trame – dispositif expérimental d’accueil, d’échange et d’orientation – (Saint-Denis).
Il s’agira en leur compagnie d’évoquer la réalité de cette expérience au long cours initiée dans la crise sanitaire ainsi que d’échanger autour de la fabrique commune d’un film et des entours et conditions matérielles qui la rendent possible.

15h30 – 16h00 : Performance musicale d’Etienne & Jonathan (Les Harry’s) et projection de «L’esprit des Lieux / Métingue n°1», un film court de Jérôme Walter Gueguen sur une nouvelle forme de création collective imaginée par Léna Burger, La Belle Brute et Fantazio, un premier métingue en 2021 au Studio Rodolphe Burger à la ferme Klein Leberau (Alsace).

16h00 – 18h00 : Agora #4 : Chacun cherche son G.E.M.
La Maison de la Vague
Advocacy
La Trame
GEM Autismes 17
et d’autres associations ou Clubs

Les Groupes d’Entraide Mutuelles (GEM) sont des lieux portés par des associations d’usagers en santé mentale. Ce sont des espaces pensés et organisés au quotidien par les adhérents eux-mêmes, avec l’aide d’animateurs salariés et bénévoles. Les GEM ne sont pas médicalisés et si certains cherchent une complémentarité avec les différents dispositifs de soin, d’autres s’organisent comme des accueils occupationnels plus classiques se substituant même parfois à des prises en charge médicales. À la différence des lieux de soins, les activités y sont largement portées par les adhérent.e.s eux-mêmes, suivant leurs envies et leurs possibilités. Après quinze années d’existence, des questions nous viennent : de quelles missions les GEM sont-ils porteurs ? Quelles approches pour les nouveaux GEM “autisme” ? Comment s’accommodent-ils de leur cahier des charges et des nombreuses circulaires qui paraissent régulièrement à leur sujet ainsi que de leurs bases économiques fragiles ? Quels liens entretiennent ces lieux avec la création artistique ? Quels liens avec les structures culturelles extérieures ? Qu’en est-il de la question du soin, de la thérapeutique ? C’est donc pour réfléchir à la fois à l’intérêt spécifique de tels espaces ainsi qu’à leur précarité que nous avons proposé au GEM La Maison de la Vague d’animer ce temps de discussion. Pour l’occasion seront invités des GEMs mais également certains acteurs qui ne se sont pas reconnus dans cette proposition de la loi de 2005 et qui ont, soit continué une route engagée depuis fort longtemps (clubs thérapeutiques), soit décidé de tracer une autre trajectoire comme réponse aux limitations inhérentes à ce dispositif.

18h00 – 18h30 : Témoignage : Frédéric Prieur & Bruno Voillot de l’Adamant

Frédéric Prieur ne se déplace jamais sans son magnétophone et quelques K7 dans les poches de sa veste. Il enregistre, capture, coupe, monte, transforme, fictionne le monde pour le rendre un tant soit peu supportable, pour se jouer de lui, le truquer voire le détraquer, le faire sien. Ceci n’est pas un magnétophone, c’est une arme.

EN CONTINU

Atelier cuisine co-animé par les équipes de La Trame et du collectif Encore Heureux… ou comment décortiquer, découper, hacher, malaxer ensemble la parole et les aliments tout en préparant le repas qui sera servi à midi !

Atelier Kostüm Küstom Porté par le duo d’artistes Barbara Massart de la “S” Grand Atelier (Centre d’art brut et contemporain / Belgique) en collaboration avec le groupe Infecticide. Un atelier d’improvisation textile sur les 2 jours. Une mission commune : confectionner ensemble les costumes de scène d’Infecticide pour le concert du samedi soir. Atelier ouvert sur inscription à la demi-journée minimum via ou sur place.

Atelier photo Tant de Poses proposé par l’équipe du Centre de Jour psychiatrique l’Adamant.
Dans le monde actuel, on est confrontés en permanence à l’image, aux images; mais avec quelle sincérité ? Quelles émotions ? Avec quelles angoisses ?

La relation de confiance photographe/photographié garantit un rapport d’égalité qui permet de modifier les regards de l’un sur l’autre. C’est la connaissance et la re-connaissance de l’autre qui soutient alors quelque chose d’une réconciliation…Noir et blanc avec une imprimante « minute ».

Ouvert en permanence de 9H au soir dans l’espace bar.

Forum d’édition
Un ensemble de petits stands d’éditions : livres, disques, etc. sur les sujets qui touchent les Rencontres.
Eau de Javel, Croatan Editions, Le Papotin, Librairie Michèle Firk, Madame Macario, Margins, Les Nouveaux Cahiers Pour La Folie, La Belle Brute, La Volte, BrutPop… toute la journée dans l’espace expo.

T’es pas là ???
L’intégralité des Rencontres diffusée en live radio sur sonicprotest.com