La psychiatrie est le degré zéro du soin.

« J’ai une voix dans la tête qui me répète le discours psychiatrique et qui m’empêche de penser par moi-même. »

C’est quoi le soin ?

J’ai longtemps été conditionné voire colonisé par l’idée selon laquelle le soin serait la relation qui unit une personne souffrante à un professionnel de la santé.

Le soin serait manifeste dans la relation soignant-soigné, nom également donné aux réunions insipides qui ont lieu dans les lieux de soins psychiatriques.

Les arguments psychiatriques pleuvent dans ma tête : la psychiatrie sauve des vies, tu ne peux pas vivre sans médicaments et si tu arrêtes c’est l’hospitalisation à coup sûr.

Oui, la psychiatrie a le monopole du « soin psychique ».

Oui, mes pensées argumentent en faveur du soin alors que je déteste les psychiatres.

J’ai mes raisons de les détester, ils ont failli me tuer deux fois avec leurs injections, deux fois j’ai fini en réanimation entre la vie et la mort.

Dix fois, peut-être, j’ai été hospitalisé et mis à l’isolement. Je sais dans ma chair que c’était de la torture de me laisser délirer dans une chambre sans me parler, c’était un « abandon thérapeutique ».

Comme à mon habitude, quand je m’essaie à un texte théorique ou simplement rationnel, me voilà débordé et je finis par témoigner de mon vécu traumatique de la psychiatrie.

Certains s’ennuient quelques semaines dans les couloirs des HP (hôpitaux psychiatriques), gobent les médicaments et repartent faire leur vie, moi je tourne en rond dans ma tête et je m’accroche à la psychiatrie, car, elle et moi, nous sommes liés à vie.

Je suis de ces patients qui ne peuvent pas se passer de médicaments sous peine de perdre le sommeil ou de délirer, je suis de ceux qu’on force à se soigner et à prendre des médicaments pour éviter le pire, sans les accompagner vers une vie heureuse.

La psychiatrie m’entrave tout comme mes difficultés psychiques mais je distingue quand même en moi une part saine dans mon fonctionnement pathologique, j’entrevois que je pourrais aller mieux si la psychiatrie s’absentait de ma vie.

Prescrire des médicaments, ces béquilles pour continuer à avancer et ne pas se foutre en l’air, ou même prescrire des électrochocs en derniers recours, c’est le monopole du soin par la psychiatrie.

L’autre soin c’est prendre soin de ses émotions, pouvoir nouer des relations, communiquer, faire des rencontres, s’émerveiller ensemble et ne pas trembler face à l’inconnu aussi effrayant soit-il.

Le soin dans sa dimension émancipatrice sauverait ma vie car le soin c’est une utopie concrète que j’entrevois dans les yeux et l’amitié de ceux qui ont prise sur leur destin et qui m’aident à aller mieux.

Le degré zéro du soin, ce sont la psychiatrie, les médocs et les électrochocs.

Le premier degré du soin c’est pouvoir dialoguer pour s’émanciper comme individu et collectivement.

Le deuxième degré, c’est un degré d’humour face aux limites du soin et à la fatalité. Et à plus de deux degrés, on sera cuits par le réchauffement climatique avant même d’abolir la psychiatrie.

Le soin s’il n’est pas collectif et émancipateur, c’est de l’oppression.

Tout le monde n’a pas besoin de soins pour être bien, mais chacun devrait pouvoir être accompagné dans sa vie à la mesure de ses besoins sans devoir dépendre d’une ordonnance de médicaments pour aller mieux.

Le soin c’est un processus socialisant, non pas médicalisant. Avec ou sans le soutien des psychothérapeutes, prendre soin les uns des autres ne doit pas être une injonction à aller bien mais un chemin à prendre collectivement en tant que société.

Joan

Mon combat pour la vie [Emilie]

J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…

Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents.  Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.

Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !

SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…

La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante.  Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.

Le manque. L’abandon. La disparition.

CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…

Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.

Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.

ANGOISSES – DEPRESSION – MORT

J’ai peur.

Je suis captive.

La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.

Il n’y a plus de vie en moi.

Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.

Le bonheur existe-t-il ?

DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION

Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…

Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.

A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.

Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.

Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.

ANOREXIE – BOULIMIE

Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »

La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !

A LA LIMITE…

Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.

Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…

Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.

Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.

JE SUIS BORDERLINE

Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.

Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.

Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…

LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?

La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :

L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.

Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.

La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.

L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.

L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.

Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.

La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)

Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

COMMENT J’AI SURVÉCU ?

Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…

Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.

Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.

UNE PSYCHOTHÉRAPIE

Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.

Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.

C’était pour ma survie.

Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…

Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.

Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.

Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.

Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.

Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.

ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…

Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.

Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.

Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.

UN EXUTOIRE

J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.

QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…

« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »

Une vie à soi – Laurence Tardieu

J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.

Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.

Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.

Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.

Je ne les remercierais jamais assez.

Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.

Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.

Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.

Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.

Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.

Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.

Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.

Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…

Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…

POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE

Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.

Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.

Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.

Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !

Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.

Je veux vivre !

Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !

Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien.  Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes. 

Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.

Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!

Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.

Je respire la VIE.

Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

LA FOLIE, C’EST QUOI ?

Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».

La Folie, ça peut faire peur.

Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… »  (Source : Sciences Humaines)

Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.

Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.

La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.

Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.

Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !

J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.

VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?

Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.

N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en ! 

Emilie

source : http://www.lentracte-gourmand.fr/index.php/2018/08/31/mon-combat-pour-la-vie/

Un monde sans psy ?

Une réflexion personnelle en écho au documentaire Un monde sans fous ? de Philippe Borrel.

Quand on ne va pas bien, on nous dit toujours d’aller voir un psy. Et souvent, par peur et par fierté, on n’y va pas.

Parce que demander de l’aide à un psy, c’est reconnaître qu’on a un problème. Et, dans notre société, mieux vaut ne pas montrer de fragilité surtout mentale car on pourrait nous prendre pour un fou.

Celui qui va chez le psy, c’est le maillon faible, celui qui ne supporte plus son environnement, non pas seulement parce qu’il a un problème dans sa tête mais peut-être aussi parce que collectivement, dans sa famille ou sa communauté, quelque chose ne tourne pas rond. C’est l’idée que chaque personne en souffrance incarne un malaise social. C’est une souffrance dans le sens où on est en rupture avec notre entourage et qu’on ne trouve pas notre place parmi les autres.

On imagine aussi qu’aller voir un psy c’est réservé à une élite, à ceux qui en ont les moyens et ça peut même être branché de dire qu’on va chez son psy.

Je ne te ferai pas ici l’éloge du psy, je voudrais plutôt interroger la peur et le rejet que peut inspirer tout ce qui est « psy » et imaginer un monde sans psy.

Un monde sans psychose, par exemple, mais avec des états de conscience altérée qui témoignent d’une histoire de vie où le psychotique ne serait pas l’incurable mais une personne en quête de changement, pour qui ses expériences, ses émotions et ses pensées ne sont pas que des symptômes d’une pathologie.

Un monde sans psychiatre mais avec des soignants de l’âme qui savent dialoguer, désamorcer une situation et user modérément de médicaments psychotropes avec le consentement éclairé de la personne.

Un monde sans hôpital psychiatrique puisque personne ne veut finir chez les fous et, du coup, plus de services fermés, ni de chambre d’isolement, ni de contention.

Un monde sans psychothérapie institutionnelle, serait-ce un monde où on s’arrêterait de penser les lieux de soins et où on se contenterait d’une explication biologique de la souffrance?

Est-ce que la maladie mentale est une maladie du cerveau inventée par les neuropsychiatres pour se faire de l’argent ?

Un monde sans psychisme, ne serait-ce pas aussi un monde sans rêves ni inconscient? Quelle place pour la psychanalyse, pour l’interprétation et la mise en sens du passé comme du présent, est-elle encore opérante et peut-elle nous aider à nous émanciper?

Et que faire de la psychoéducation ou de la réhabilitation psychosociale, sont-elles réellement des inventions pour redonner au psychiatrisé un pouvoir sur la maladie et une place dans la société?

Si on t’a dit d’aller voir un psy, c’est sûrement un psychologue, c’est peut-être une bonne chose que de pouvoir déposer ton vécu avec une personne formée à l’écoute, mettre des mots et dénouer une souffrance qui pourrait s’aggraver. Et quand c’est grave, on appelle le psychiatre, qui contrairement au psychologue, peut te prescrire des médicaments pour apaiser l’angoisse.

Dans un monde sans psy, le médecin généraliste serait en première ligne. Si tu fais une dépression sévère, il te prescrira des antidépresseurs et te conseillera d’aller voir un thérapeute. Du coup, tu tomberas sur des gens formés à l’écoute et aux relations interpersonnelles ou alors à des techniques plus comportementales pour t’aider à résoudre des situations bloquantes.

Quand on traite uniquement les comportements ou les symptômes « sans psy », on cherche à objectiver un problème et à le régler par un exercice, un protocole ou un médicament. La psy, elle, est un défi pour la science et la neuroscience car la psy s’intéresse à la personne et pas qu’au cerveau. La psy parle à l’humain pendant que le scientifique ne cherche souvent qu’à identifier, quantifier, diagnostiquer et éradiquer un problème.

Politiquement, c’est assez contradictoire, car on cherche à développer le pouvoir d’agir des usagers en santé mentale tout en dévalorisant ce qui n’est pas quantifiable comme le soin non-médicamenteux ou la parole. Les usagers doivent participer et s’exprimer dans des lieux où leur parole est niée. 

Et si on est capable de compter le nombre de chambres d’isolement ou de contentions mécaniques effectués, pourquoi ne pas simplement abolir ces pratiques et fixer un objectif de tolérance zéro en maltraitance?

Outre la peur du citoyen envers la psy, il y a la peur du personnel soignant envers l’imprévisibilité et la violence des patients. Car dans un monde sans psy, sans psychodynamique ni psychopathologie, il ne reste plus que la psychodynamite qui explose quand le temps, l’envie, la confiance, le sentiment d’être en sécurité et le collectif sont défaillants au sein d’une équipe soignante.

Un monde sans psy, ça coûte sûrement moins cher au Ministère de la santé, on s’appuiera alors sur les accompagnateurs, les aidants et pair-aidants, les facilitateurs, les conseillers d’insertion et animateurs comme pour oublier l’existence même de cette dimension psy qui reviendra sur le devant de la scène uniquement au prochain fait divers ou à la prochaine crise. Et là on dira d’un tel qu’il était fou ou qu’elle était folle et que c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre ni à espérer de ces gens-là

Faut-il préférer la scientologie à la psychiatrie ? #scientologievspsy

33 millions d’euros, c’est l’argent déboursé par un investisseur privé pour installer les locaux de la scientologie à Saint-Denis (93).

Il faut arrêter de stigmatiser la scientologie, il faudrait plutôt l’éradiquer. 
On pourrait remplacer le mot scientologie par psychiatrie, et c’est bien là le problème.

Mais pourquoi faire le lien entre scientologie et psychiatrie?

C’est simple, la scientologie prétend exercer une emprise mentale exclusive sur ses adeptes et c’est pour ça que la psychologie et la psychiatrie la gênent, puisque c’est leur rôle de soigner le mental.

En effet, la doctrine dianétique inventée de toute pièce par le créateur de la scientologie est vendue comme une méthode pour atteindre le bien-être mental, et ce, sans médicaments ni psychologue.

Les médicaments sont remplacés par des vitamines et le psy est remplacé par un « pair » scientologue plus expérimenté appelé auditeur, qui écoute et prend des notes en interrogeant la personne sur ses problèmes existentiels.

Comme la psychanalyse, cette méthode est dite analytique, on cherche à trouver la cause des problèmes pour s’en libérer. Sauf que pour atteindre le bien-être, il faut passer des paliers avant de pouvoir découvrir l’explication ultime (ou plutôt première) sur l’origine des maux de l’homme. Celle-ci a été écrite par le créateur de la scientologie, un brillant écrivain de science-fiction. Selon lui, il aurait existé une humanité il y a quelques millions d’années dans une société similaire à la nôtre et ce sont les âmes de ces premiers humains avec leurs souffrances qui entrent dans le corps de chaque nouveau-né. Et c’est de ça dont il faut se libérer et se purger et non pas de ses propres traumatismes.

Le problème c’est que cette méthode fantasque a déjà donné lieu à un drame. Elly Perkins, adepte américaine de la scientologie, est morte sous les coups de couteaux (77 en tout) de son fils Jeremy, atteint de troubles psychiatriques, pour qui elle refusait tout soin psychiatrique, tout en lui imposant les méthodes et les vitamines des scientologues.

Malheureusement, les troubles psychiatriques lorsqu’ils ne sont pas accueillis et traités par des spécialistes peuvent aboutir au pire.

On ne peut pas nier que la psychiatrie peut aussi conduire à la mort, on a tous entendu parler de suicides à l’hôpital, il s’agit d’un sujet délicat mais on ne peut pas réduire la psychiatrie à ça. La psychiatrie maltraitante et les mauvais psy existent également, mais l’approche clinique et médicale transmise depuis deux siècles et complétée par les découvertes liées aux mécanismes de défense et de l’inconscient sont indéniablement plus rationnels que la méthode scientologue. Cette dernière est même dangereuse.

Il est étrange de voir que les psy et les élus ne réagissent pas face à l’expansion de la scientologie qui profite de la détresse et de la méfiance collective par rapport à la psychiatrie pour recruter des adeptes.

Ainsi, l’association CCDH qui fait son beurre sur les abus de la psychiatrie est en même temps une vitrine de la scientologie en France pour recruter les laissés pour compte de la psychiatrie.

A Saint-Denis, c’est une autre association « Le chemin du bonheur » qui a pris ses quartiers pour diffuser et recruter des adeptes en quête de bien-être.

Le bien-être est souvent promu par l’Organisation Mondiale de la Santé et les politiques publiques de l’Etat visant à réduire l’impact des maladies psychiatriques et les coûts liés aux hospitalisations en psychiatrie. Sous couvert de bien-être et de positivisme, on nie la souffrance et la spécificité psychiatrique et sa complexité qui nécessite une formation des professionnels au dialogue et au soin relationnel pour désamorcer les situations potentiellement dangereuses. Cette spécificité du soin psychique ne saurait se limiter à la formation des seuls soignants de la psy mais mériterait d’être transmise au reste de la société pour faire reculer la peur et la psychophobie tout en faisant reculer les dérives sectaires comme la scientologie.

Pour ceux qui voudrait approfondir la supercherie de la scientologie, voici l’excellent documentaire « Going clear » traduit en français.

L’enfermement en hôpital psy

Merci à Alexia Laroche Joubert, productrice de Fort Boyard, et à France 2 d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Pour avoir vécu l’enfermement, l’isolement et même la contention,
Je pense être en mesure de dire
Que ce n’est pas un sujet qu’il faut porter en dérision.

Je ne regarde pas souvent l’émission,
Mais, habitant Luçon (Vendée), pas très loin de Fort Boyard,
J’ai déjà fait une croisière au départ de la Rochelle.
Je n’ai pas vu Olivier MINNE,
Et encore moins le Père Fouras,
Mais je suis sûre d’une chose, aujourd’hui :

Il faudrait tout simplement éteindre votre écran
Au moment de l’épreuve de la cellule capitonnée !

Visionner cette monstruosité,
C’est cautionner l’idée
Que l’on peut se permettre de jouer
Avec un sujet si grave !

L’isolement c’est loin d’être hilarant
Alors, si vous riez de ces épreuves
Mises en scène par un jeu télévisé
Sachez que vous êtes outrageants !

Qu’un véritable enfermement
Vous inciterait peut être à réfléchir
À la bêtise de vos occupations !

Si France 2 est une chaîne télévisée
Qui prétend respecter l’humain dans sa globalité,

Elle se doit de retirer de ses programmes
Ce jeu qui vire au drame ! »

Si je devais m’exprimer sur le sujet, je dirais ceci :

Je n’ai commis aucun crime, je ne suis pas agoraphobe et pourtant…
J’ai vécu l’enfermement, et même l’isolement !

Cinq jours durant, j’ai vécu l’isolement.
La psychiatrie, l’enfermement !
C’était en mai 2007,
C’était vraiment pas la fête !

Une crise aigüe, un délire inattendu.
Je souffrais déjà de ma schizophrénie,
Mais je ne me soignais plus !

Un jour, alors que ma fille allait souffler sa première bougie,
J’ai dû être hospitalisée de force, en HDT.
Il n’y avait pas d’autre issue, mon mari avait signé !

La violence de l’épisode aux urgences restera en moi, gravée !
C’est à un brancard qu’on a dû m’attacher !
Ils devaient être sept ou huit infirmiers,
Je me suis débattue, j’ai même frappé !

Mes forces étaient décuplées, le bras de mon époux a même été marqué
Il tenait notre fille dans ses bras, et je ne voulais pas les lâcher !
Lorsque j’ai dû céder et me résigner, j’ai été transférée dans l’ambulance des urgences,
En route pour la Roche-sur-Yon, les sirènes du véhicule rythmant la cadence…

Et puis, je crois que l’on ne m’a rien expliqué,
Je me souviens juste que j’ai été détachée,
J’ai marché jusqu’à la porte d’entrée,
De cet hôpital tant redouté !

Je me revois, errante, n’ayant personne pour me rassurer.
J’attendais mon mari, il devait suivre l’ambulance…

Perdue dans ce lieu trop effrayant
J’ai encore dû avoir peur des « blouses blanches »
Et, à nouveau, j’ai frappé, je voulais mon enfant,
Je voulais mon mari, je voulais quitter ce lieu en urgence !

Ils furent encore nombreux pour me maîtriser et m’attacher
M’attacher au lit et m’injecter leur produit !

Cependant, j’ai enfin pu dormir,
J’ai dormi sans répit 3 jours durant…
Jusqu’à mon réveil, je ne savais pas que j’étais en isolement
J’ai dû faire encore 2 jours, mais là sans dormir !

Le jour du premier anniversaire de mon unique enfant,
J’étais entre ces 4 murs, à imaginer sa journée
J’aurais tant aimé être à ses côtés !

Et puis, il y a eu un face à face avec moi-même,
J’avais un peu repris mes esprits,
Mais je n’ai toujours pas compris,
Certains principes de l’isolement, quand même !

C’est lorsque j’ai eu besoin de me rendre aux WC,
Que j’ai vraiment été indignée !
Pas de sanitaires et personne pour m’ouvrir cette maudite porte blindée,
C’est dans une poubelle que j’ai dû me soulager !

Désolée pour cette scène peu poétique mais même en prose, c’aurait pas été glamour !
L’enfermement, l’isolement, c’est déjà pas fantastique,
Mais faire vivre ça à une jeune femme, c’est vraiment pathétique !

Alors oui, j’veux bien croire que, médicalement, l’enfermement s’explique
Ils ont probablement raison de choisir cette option lorsque c’est nécessaire,
Cependant, il faudrait mettre des mots, expliquer au patient,
Pourquoi et comment va se dérouler ce moment…

Car on n’oublie jamais vraiment,
Ça reste gravé, bien longtemps !

Françoise ETIENNE, le 21 avril 2017

Présidente de l’Association Schiz’osent écrire

Le discours d’un président aux usagers de la psy

Discours fictif d’un(e) président(e) en campagne.

discours d'un président

Mes chers compatriotes,

Laissez-moi vous raconter une anecdote : l’autre jour, alors que j’entrais chez le boulanger pour acheter un pain au chocolat, un jeune homme m’interpelle et me dit d’un ton sérieux : moi aussi je suis schizophrène. Il m’expliqua qu’à force de nous entendre répéter dans les médias, nous les politiciens, que nous ne sommes pas schizophrènes, il avait tourné le dos à la politique et à ce monde plus fou que lui.

A mon tour, je vais vous avouer ma folie. Oui, je suis fou, assez pour croire que je peux redresser notre pays et fou pour croire que l’avenir de ce jeune homme sera en société et non pas une vie d’errance solitaire.

Si je suis élu à la tête de l’Etat, je ferai du bien-être mental le premier indicateur de la richesse de notre pays. Un peuple heureux et en bonne santé, voilà ce à quoi nous devons tendre. Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire qu’on ne plus vivre heureux, que la science et la technologie progressent au détriment de notre bonheur, qu’il y a toujours plus malheureux que soi. La détresse de la société s’exprime dans le nombre de personnes fréquentant les services de psychiatrie de notre pays : 2,4 millions à ce jour.

La souffrance psychique et la violence de nos modes de vie n’est pas qu’une affaire privée, elle est partout, aussi bien à la maison qu’à l’Assemblée, au travail comme dans la rue. Trop souvent elle condamne à l’isolement et au rejet social. Notre société fabrique des malades au rythme qu’elle les rejette. Le suicide, la souffrance au travail, les addictions, les troubles du sommeil, les dépressions, nous sommes tous concernés de près ou de loin par la santé mentale. Continuer la lecture de « Le discours d’un président aux usagers de la psy »

Portrait du Psy de « Confidences de Psy »

Comme l’auteur du blog Confidences de Psy, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions. 

Découvrir son blog: Confidences de Psy ou le quotidien d’un Jeune Psychiatre

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La musique en général et le rythme en particulier sont pour moi mes principales sources d’inspiration. La musique, car elle est une formidable ambassadrice de la vie émotionnelle. Elle nous rappelle au présent quand on s’échappe dans nos pensées, et génère des émotions comme la joie, la tristesse, la surprise, la colère, la peur et parfois même le dégoût ! Le rythme contribue aussi à porter notre attention sur notre environnement présent. Il me permet, avec le sens de l’audition, de lire le présent dans une dimension différente que simplement par la vision. Enfin, une autre grande source d’inspiration, je dirais mes patients. Toutes ces personnes qui, malgré leur souffrance, arrivent (parfois) à demander de l’aide. Toutes ces personnes qui, sans le vouloir, sont des ambassadeurs de la tolérance, de la différence, en restant vivants et en tentant par tous les moyens de continuer à exister dans notre société. Des personnes qui se trouvent souvent avoir de grandes capacités de création, et une force mentale à toute épreuve.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je dirais qu’être psychiatre, c’est apprendre le métier de la chirurgie du lien humain. Mais à la différence des chirurgiens, nous n’utilisons pas nos mains mais plutôt notre cœur et notre esprit. J’aime plus que tout ce métier parce qu’il nous oblige à vivre avec nos émotions, avec l’autre, de les partager, de les remettre au premier plan, pour contribuer à instaurer un lien de confiance avec l’autre. J’aime ce métier parce qu’il faut prendre des risques, pour soi mais aussi pour nos patients, et avec eux. Prendre le risque d’inventer avec notre patient des soins plus personnalisés, prendre le risque de faire quelque chose qui ne sera pas forcément compris par la société, mais qui apportera un bénéfice important à tous. On se retrouve parfois à avoir l’impression d’agir dans l’ombre, sur des micro-détails symboliques qui ont souvent toute leur importance, mais qui ne sont pas forcément reconnus comme tels.

Continuer la lecture de « Portrait du Psy de « Confidences de Psy » »

A la rencontre des Psy de Nuit Debout!

Psychiatrie, Soins et Accueil : je ne pouvais pas passer à côté de cette commission à Nuit Debout sur la Place de la République à Paris! Fort de mon expérience sur ce blog et sur le sujet de la folie, j’aborde un visage connu, celui d’un psychiatre que j’ai vu un jour dans une vidéo. Il est là avec des collègues de son service à Asnières ainsi que d’autres pros de la santé mentale. Je connais Asnières! C’est là d’où émet Radio Sans Nom, la radio du CATTP d’Asnières animée par Alfredo Olivera, le fondateur de radio La Colifata!

L’idée de la commission est que chacun vienne en tant que citoyen, au-delà des étiquettes soignant-soigné. Mais pas de psychiatrisé en vue jusqu’au moment où surgit un monsieur qui voit les pancartes et s’arrête pour convaincre notre cher psychiatre qu’il est victime d’un faux diagnostic de bipolarité…

Revenons à cette commission: une page internet à été créée que voici:
http://psysoinsaccueil.canalblog.com/

hospi
Deux textes distribués sur place

Ci-dessous le compte-rendu de la réunion du 52 mars: Continuer la lecture de « A la rencontre des Psy de Nuit Debout! »

(ré)écouter « Les psys se confient » sur France Inter

Christophe André, Fatma Bouvet de la Maisonneuve et Caroline Duret, tout trois médecins psychiatres, nous parlent de l’évolution de la relation entre entre le thérapeute et son patient et nous rappellent l’importance de recréer du lien social dans nos sociétés.
http://www.franceinter.fr/player/export-reecouter?content=1162217