La folie tous comptes faits [France Inter]

A écouter à partir de 19min25.

Et si le fou était celui qui résistait à notre volonté mortifère de normalisation ? Aujourd’hui, on agit au nom de l’adaptabilité, au nom de la bonne santé mentale … érigée en norme … en vue d’une bonne santé ECONOMIQUE. Car oui, il faut le dire en France les fous coûtent chers !

Pas moins de 110 milliards d’euros par an… selon la fondation Fondamental. Mais la bonne nouvelle c’est que le taux de rendement de la recherche en psychiatrie est de 37 % toujours selon cette même fondation.

C’est justement contre cette financiarisation du soin, contre la recherche de rentabilité au dépend de la relation qui unie le soignant et le patient que le collectif des 39 s’est rassemblé à Montreuil en novembre en relançant la question de la place de la folie dans notre société. Et nous, nous y étions.

Reportage de Lucie Akoun

La psychiatrie doit être faite/défaite par tous

« Il faudra qu’un jour on puisse se demander avant toute intervention psychiatrique : qu’est-ce qui se manifeste dans cette crise ? Qu’est-ce qui s’y joue ? Qu’est-ce qui s’y donne à voir et à entendre ?

Et bien sûr que cette crise ne soit pas celle du malade qui pique sa crise, mais un simple événement, une rupture, l’éclatement de quelque chose qui ne pouvait plus durer. Et que ce que l’on appelle guérison ne soit pas retour à l’état antérieur, que ce qu’on appelle thérapeutique ne soit plus entreprise de restauration de l’ordre antérieur. »

« Les Antipsychiatries », Jacques Hochmann

jacques hochmannL’histoire de la psychiatrie est indissociable de celle d’une antipsychiatrie.

Jacques Hochmann met ici au jour le constant balancement entre critiques et réactions, entre démarches « alternatives » et reprises en main qui a habité la psychiatrie depuis ses origines.

Analysant en particulier l’antipsychiatrie anglaise ainsi que la psychiatrie démocratique italienne des années 1970, il retrace aussi tous les mouvements qui, dès le XIXe siècle, se sont opposés à la médecine officielle, aux pratiques thérapeutiques attentatoires aux libertés, à l’asile d’aliénés rebaptisé hôpital psychiatrique, etc. Il propose enfin les bases scientifiques qui pourraient permettre de sortir de ce combat permanent.

Une relecture complète de l’histoire de la psychiatrie qui permet d’éclairer les débats actuels.

 

État de l’art de la psychiatrie actuelle

Cynthia Fleury, psychanalyste, philosophe et titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital Hôtel-Dieu, revient sur l’évolution de la psychiatrie et de ses pratiques dans le temps. Elle aborde notamment les défis d’aujourd’hui et apporte des éléments pour repenser la psychanalyse aujourd’hui.

Portrait d’Elkrem hassna

Comme Elkrem hassna, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître L’Association marocaine des usagers de la psychiatrie AMUP. L’hôpital psychiatrique Errazi de Salé, Maroc. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Toutes les personnes qui ont marqué l’histoire avec leur génie ou sagesse ou exploits me fascinent. J’adore les lieux gorgés d’histoires et de mystères, de beauté.

Ma profession « professeur » est ma raison d’être, mais je perds pieds…un amour qui se disloque?

J’aspire à la plénitude et la Paix . Que la clarté puisse habiter mon esprit.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est le plus noble au monde. Être professeur a été un rêve. Réalisé donc.

Mais une brèche…m’empêche de savourer cet amour de transmission et d’éducation.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale chez nous au Maroc est une arène… le malade doit être soit un gladiateur soit une bête de foire. Un monde où l’empathie s’est effacée pour laissé place à l’intérêt.

Il avance certes mais à deux vitesses. Pour certains les dés sont joués pour d’autres ils sont pipés.

Un monde impitoyable. On se bat face à un géant. David et Goliath? J’espère qu’on sera tous ébahis par ce que peut faire : un usager de la psychiatrie.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est douce , elle est enivrante…qu’on voudrait la boire jusqu’à la lie. Folie …à l’infini . Un univers où s’exprime les génies et les incompris.

La folie est la garantie qu’une société est saine d’esprit. Sinon être tous des clones…relèverait d’une conspiration. Des Aliens? Pour le coup on dira que c’est une aliénation.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais je ne serai assez folle pour être ministre ! Dieu merci , j’ai un cerveau…
Je ne jetterai pas les malades dans le caniveau…

A notre ministre je lui demanderai de ne pas être si certain que la folie est fatidique et que s’il avait cette chance d’avoir une graine de folie bien des problèmes serait résolus.

La folie meurtrière est celle qui habite les responsables irresponsables. Ceux qui sont aux commandes.

Approches éthiques de la contention en psychiatrie et dans les EHPAD

Intervenants

Adeline Hazan
Contrôleur général des lieux de privation des libertés
Catherine Boiteux
Psychiatre, secrétaire générale de la Plateforme éthique du Centre hospitalier Sainte-Anne (Paris)
Hervé Bokobza
Psychiatre, Collectif des 39
Eric Favereau
Journaliste, Libération Continuer la lecture de « Approches éthiques de la contention en psychiatrie et dans les EHPAD »

« Etre soignant en psychiatrie : Un papillon sur un roseau », Christophe Malinowski

christophe malinowskiDans Etre soignant en psychiatrie : Un papillon sur un roseau, paru chez Chronique Sociale, l’infirmier en psychiatrie Christophe Malinowski et auteur du blog Il était une fois, en psychiatrie… démontre qu’il suffit d’un rien pour qu’une hospitalisation psychiatrique porte ses fruits, ou au contraire aggrave les troubles qu’elle est censée soigner. Et chaque intervenant porte sa part de responsabilité. Comment s’adapter au mieux aux patients ? Peut-on et doit-on s’éloigner parfois du cadre thérapeutique pour y parvenir ? Comment établir du lien, et de qualité ? Cette réflexion en psychiatrie peut s’étendre à tout type de prise en charge.

(ré)écoutez son entretien avec Jean-François Marmion pour Psychonoclaste [40min]

 

Le discours d’un président aux usagers de la psy

Discours fictif d’un(e) président(e) en campagne.

discours d'un président

Mes chers compatriotes,

Laissez-moi vous raconter une anecdote : l’autre jour, alors que j’entrais chez le boulanger pour acheter un pain au chocolat, un jeune homme m’interpelle et me dit d’un ton sérieux : moi aussi je suis schizophrène. Il m’expliqua qu’à force de nous entendre répéter dans les médias, nous les politiciens, que nous ne sommes pas schizophrènes, il avait tourné le dos à la politique et à ce monde plus fou que lui.

A mon tour, je vais vous avouer ma folie. Oui, je suis fou, assez pour croire que je peux redresser notre pays et fou pour croire que l’avenir de ce jeune homme sera en société et non pas une vie d’errance solitaire.

Si je suis élu à la tête de l’Etat, je ferai du bien-être mental le premier indicateur de la richesse de notre pays. Un peuple heureux et en bonne santé, voilà ce à quoi nous devons tendre. Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire qu’on ne plus vivre heureux, que la science et la technologie progressent au détriment de notre bonheur, qu’il y a toujours plus malheureux que soi. La détresse de la société s’exprime dans le nombre de personnes fréquentant les services de psychiatrie de notre pays : 2,4 millions à ce jour.

La souffrance psychique et la violence de nos modes de vie n’est pas qu’une affaire privée, elle est partout, aussi bien à la maison qu’à l’Assemblée, au travail comme dans la rue. Trop souvent elle condamne à l’isolement et au rejet social. Notre société fabrique des malades au rythme qu’elle les rejette. Le suicide, la souffrance au travail, les addictions, les troubles du sommeil, les dépressions, nous sommes tous concernés de près ou de loin par la santé mentale. Continuer la lecture de « Le discours d’un président aux usagers de la psy »

Antipsychiatrie vs psychiatrie

C’est quoi l’antipsychiatrie? Est-ce la volonté d’enrayer la psychiatrie ou un désir légitime d’inventer autre chose?

basaglia italie
« La liberté est thérapeutique »

Le mouvement anti-institutionnel, qui naît de l’action de Franco Basaglia, de son équipe et d’autres groupes en Italie, constitue un processus de transformation sociale exemplaire : à partir d’un milieu spécifique, la psychiatrie, et d’un problème particulier, la santé mentale, il devient – en tant que « pratique qui propage une culture » – le propulseur d’une demande plus générale de changement qui s’est manifestée à différents niveaux de la société. Les luttes aboutissent, à la fin des années 70, à la loi 180 de réforme psychiatrique et à la progressive fermeture des hôpitaux psychiatriques en Italie.

Dans sa conférence du 18 juin 1979 à São Paulo intitulée « les techniques psychiatriques : instruments de libération ou d’oppression », Franco Basaglia racontait ainsi son expérience:

« Nous avons constaté que, dès l’instant où nous donnions des réponses à la pauvreté de l’interné, celui-ci changeait totalement de position, il devenait non plus un fou mais un homme avec lequel nous pouvions entrer en relation. Nous avons alors compris qu’un individu malade a comme première nécessité non seulement le traitement de sa maladie mais de nombreuses autres choses : il a besoin d’un rapport humain avec celui qui le soigne, il a besoin de réponses réelles regardant son être, il a besoin d’argent, d’une famille et de tout ce dont nous-mêmes, médecins qui le soignons avons besoin. Voilà ce que nous avons découvert : le malade n’est pas seulement un malade, mais un homme avec tous ses besoins. » Continuer la lecture de « Antipsychiatrie vs psychiatrie »