Portrait de Mélina

Comme Mélina, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

D’un point de vue professionnel et concret, j’aspire à enseigner la philosophie, cette discipline a gagné mon cœur par la richesse qu’elle apporte. Mais d’un point de vue plus flou, je crois que j’aspire à être moi-même et à être contente ainsi. Me suffire, m’accepter, et trouver un moyen d’être apaisée.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’aime la transmission, si j’arrive à comprendre quelque chose ça me rend heureuse de le partager.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Je trouve ça génial que ce sujet soit mis en avant. On a besoin de se créer une safe zone avec des personnes concernées qui parlent de ces sujets. Il faut en parler parce que la santé mentale ça concerne absolument tout le monde. La prévention et le dialogue est un bon espoir pour lutter contre la psychophobie.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

De tout ! Du moindre éclat de rire, de chaque petit sourire. Il y a du beau dans la folie. J’aime ce que la folie peut révéler chez chacun. Même si nos joies sont parfois pathologiques ou étranges, elles existent et méritent toute notre attention. La folie c’est juste un mode différent de façon d’exister.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Non, je ne crois pas que ça soit pour moi. Mais je lui dirai d’écouter les concernés. De mettre de l’argent dans les structures de pair-aidance et d’encourager chaque tentatives visant à défaire les violences de la psychiatrie. Rendons illégale les pratiques de soin sans consentement. Sans consentement ce n’est pas du soin.

La désinstitutionnalisation psychiatrique n’a jamais eu lieu!

Alexandre Klein, docteur en philosophie et histoire des sciences, opère une déconstruction historique de la désinstitutionnalisation en psychiatrie. Parallèle intéressant entre la prétendue révolution tranquille qui s’est opérée en France comme au Québec dans les asiles des années 1960 avec l’apparition des neuroleptiques.

« Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie ». C’est ainsi que les artisans de la première politique de désinstitutionnalisation psychiatrique québécoise décrivirent, dès 1964, leur œuvre alors en cours de réalisation. Il faut dire que leurs intentions étaient pour le moins ambitieuses : ils souhaitaient mettre fin à un système de santé mentale entièrement construit, depuis près d’un siècle, autour de l’asile et des congrégations religieuses qui l’administraient pour le réorganiser autour de la communauté et des psychiatres. Cela voulait dire ouvrir les portes des institutions, transformer leur financement, nationaliser leur gestion, fermer des lits, arrêter la construction de nouveaux établissements, créer des cliniques dans les hôpitaux généraux, ouvrir des foyers d’accueil dans les villes, former des psychiatres, des psychologues et des travailleuses sociales, oublier les religieuses et les traitements de choc pour favoriser les approches dynamiques et humanistes. Bref, sortir les malades de ces institutions que le sociologue Erving Goffman décrivait alors comme des institutions totales, pour ne pas dire totalitaires.

Tel était le rêve de la désinstitutionnalisation et des psychiatres dit modernistes qui la soutinrent au début des années 1960 au Québec. Pourtant, dans les faits, rien ne fonctionna comme prévu. De nouveaux hôpitaux furent construits, des salles « en arrière » conservées et des approches thérapeutiques poursuivies. Loin de la désinstitutionnalisation rêvée, on assista au contraire à une désorganisation du système de santé mentale conduisant à une institutionnalisation nouvelle, plurielle et désarticulée, au sein de laquelle les patient.es en perte de repères ne pouvaient plus qu’errer, victimes d’un syndrome de la porte tournante de plus en plus incontournable. C’est ce dont témoignent notamment les parcours de Claude, Bernard, Monique, Marie, ou Raymond reconstitués par Hubert Larose-Dutil à partir des archives de l’hôpital Saint-Michel-Archange de Beauport ou encore ceux de Pauline, Irène ou Estelle étudiés par les historiennes Marie-Claude Thifault et Sandra Harrisson à l’Hôpital Montfort d’Ottawa. Pas de désinstitutionnalisation en vue, mais des parcours transinstitutionnels chaotiques et délétères pour leur rétablissement.

C’est sur ce mythe de la désinstitutionnalisation psychiatrique, soutenu et poursuivi au Québec que cette conférence se penchera, afin d’interroger les modèles historiques caricaturaux autour desquels s’est construite une certaine conception de la prise en charge de la santé mentale ; conception dont il faut aujourd’hui se déprendre si l’on souhaite réellement améliorer le sort et l’accompagnement de celles et ceux, plus nombreux chaque jour, qui vivent (avec) des troubles de santé mentale.

https://vimeo.com/668059726

Les Chemins de la Philosophie par Adèle Van Reeth : la psychiatrie

Une semaine en quatre épisodes consacrée à la psychiatrie sur France Culture, à réécouter dans les Chemins de la Philosophie.

(1/4) L’Histoire de la folie par Michel Foucault

(2/4) Sommes-nous tous malades ?

(3/4) Antonin Artaud, pour en finir avec l’enfermement

(4/4) Heidegger, psychiatre malgré lui ?

Portrait de M.D

Comme M.D, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

 

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ma mère est sans doute la personne qui m’inspire le plus. Elle est humainement hors norme ; la plus pure à mes yeux. Elle a souffert et souffre toujours, mais c’est une armure.

J’ai trouvé refuge dans la philosophie, qui est la voie que j’ai choisi pour reprendre mes études. J’adore apprendre, j’ai toujours aimé cela, et la philo m’apporte encore plus de clés pour comprendre les autres, le monde, et moi-même.

J’aspire à réussir mes études, à les continuer le plus loin possible. A apprendre, encore et toujours.

Secrètement, j’aimerais changer les choses, ne serait-ce qu’à un niveau local, et la politique est un domaine qui m’intéresse beaucoup.

 

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

A l’heure actuelle, je n’ai pas de métier !

J’étudie seulement, et je n’ai pas d’idée fixe de métier. Beaucoup de domaines différents m’intéressent.

Pendant longtemps, j’ai souhaité travailler au contact d’animaux, ils me font un bien fou. Mais j’aime aussi le contact avec les personnes en difficultés, les accompagner dans leurs démarches, initier les plus âgés et les plus éloignés du numérique a l’informatique. Et pleins d’autres choses encore…

Je trouve ça difficile de devoir faire un choix, quand des centaines de métiers sont intéressants.

Ma seule certitude est de vouloir un métier dans lequel je pourrai évoluer vers d’autres métiers encore.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que c’est compliqué, tant pour les patients eux-mêmes que pour les soignants, qui pour certains ont une réelle volonté d’aider, d’accompagner. Mais il y a beaucoup trop de choses qui ne vont pas dans les prises en charges telles qu’elles sont faites actuellement.

J’ai été régulièrement hospitalisé en psychiatrie de mes 11 ans à mes 18 ans. Ces hospitalisations avaient plus d’effets néfastes que bénéfiques.

Très jeune, on a commencé à me gaver de médicaments de toutes sortes. A 14 ans, sous anxiolytiques, je dormais 23h par jour.

Ce n’est pas normal de bousiller des jeunes comme ça. J’ai eu droit a des traitements de cheval jusqu’à mes 22 ans, et je n’allais pas bien, j’étais totalement instable.

Puis, j’ai rencontré un nouveau psychiatre et ma vie a changé du jour au lendemain.

Fini la tonne de médicament,s fini les menaces d’hospitalisation parce que je n’en pouvais plus d’avaler 15 pilules par jour.

Elle m’a écouté, entendue. deux médicaments différents par jour. Traitement que l’on a défini ensemble, en fonction de tout ce que j’avais déjà eu et des effets secondaires que j’avais pu avoir. Fini la menace, rien d’imposé, que des propositions d’hospitalisations dans les périodes les plus difficiles.

En l’espace d’un an, et grâce a elle, j’ai réussi à me stabiliser, et je le suis toujours.

Pourtant, elle n’a rien fait de plus que ce qu’un psychiatre devrait faire : elle m’a simplement écouté, m’a considéré comme un égal, comme une personne équilibrée et capable de prendre des décisions conscientes, installé une relation de confiance qu’elle n’a jamais brisé et ma permis de travailler sur moi-même.

Je souhaite à tout le monde de rencontrer un psychiatre comme cela, parce que pour moi ça a vraiment tout fait.

 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Tellement de choses ! Et pour moi, il est nécessaire d’en tirer du positif, ce n’est qu’une façon parmi d’autres de reprendre le contrôle dessus, de ne plus la subir de façon totalement passive mais au contraire d’en faire une force.

Les qualités humaines surtout. L’empathie, accepter l’autre comme il est. Ne pas juger, ne pas s’arrêter à des a priori.

Un respect sans nuances ou limites. Un sens de la justice également.

Il y aurait tant de choses a ajouter.

 

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Pourquoi pas, même si c’est une grande responsabilité.

Le modèle italien est inspirant.

Il faudrait commencer par changer en profondeur la système psychiatrique en France. Stopper les hospitalisations a outrances, qui ne sont pas toujours utiles, bien au contraire, et qui ne devraient être faites qu’en cas de crises majeures, sans autres solutions immédiates. Et, lorsqu’elles ont lieux, ne pas laisser les patients tourner en rond toute la journée.

L’activité est importante, que ce soit physique, manuel, intellectuelle. Rester inactif ne permet pas d’aller mieux, et c’est aberrant que ça se passe comme cela en HP. Des structures à taille humaine seraient également plus bénéfiques.

Privilégier les accompagnements dans la vie quotidienne, remettre le patient au cœur de la prise en charge, l’amener a reprendre le contrôle de sa vie quand cela est possible.

Faire en sorte que la prescription de tous les médicaments utilisés en psychiatrie ne puisse être faite que par un psychiatre, et que cela soit également possible qu’avec un suivi psychologique à côté. Que ces médicaments soient prescrits de la façon la plus modérée possible.

La psychiatrie phénoménologique

Conférence du 21 avril 2017 du professeur Jean Naudin dans le cadre de la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu à Paris.

La phénoménologie, un courant de la psychiatrie illustre et réputé difficile à comprendre, peut être directement enseignée par l’exemple. Il suffira de dire la différence entre comprendre et expliquer, de montrer comment nous cherchons l’explication par un processus pathologique lorsque la compréhension vient à faire défaut, comment nous repoussons les limites de cette dernière si nous comprenons que l’incompréhensible a parfois en lui-même un sens philosophique plus profond, qui porte sur la vérité de l’être et nous concerne tous. Nous verrons enfin comment nous pouvons accéder à cette compréhension en mettant momentanément entre parenthèses ce que nous croyons savoir déjà en théorie à propos de la maladie mentale, les mythes auxquels nous l’associons sans le savoir (le cerveau en est un tout comme l’inconscient) et leurs conséquences sur les hommes et la vie de tous les jours.

De grands courants en psychiatrie sont inspirés de cette forme de critique épistémologique : la psychothérapie institutionnelle, l’antipsychiatrie, aujourd’hui la psychiatrie communautaire. Certaines études de cas sont demeurées exemplaires de ce que veut dire vivre avec une maladie mentale. D’autres ont montré clairement comment l’attachement excessif à la norme peut être un facteur de décompensation ou comment on peut perdre le sens propre de soi en ayant pour aspiration d’être juste comme tout le monde.

Peut-être la phénoménologie nous apprend-elle à ne pas trop nous dénaturer, nous qui sommes encore capables de nous étonner de ce que veulent simplement dire : être et exister.

Jean Naudin est professeur de psychiatrie à l’Université de la Méditerranée et Chef de service au CHU Sainte-Marguerite à Marseille. Il est également docteur en philosophie et chercheur permanent au CNRS (UMR 6578).

Il est l’auteur de Phénoménologie et Psychiatrie. Les voix et la chose, Editions Presses Universitaires du Mirail, 1997 ou encore La schizophrénie, avec Bernard Granger, In Le grand dictionnaire des idées reçues, Le Cavalier Bleu, Paris, 2008.

Est-il possible d’être heureux sans travailler?

A l’occasion des Semaines d’information sur la santé mentale du 13 au 26 mars 2017, le Club des Peupliers du 13e arrondissement de Paris publie son journal Mentalo sur la thématique du travail. En voici un premier extrait!

Mentalo
Mentalo, le journal du Club des Peupliers de le l’ASM-13, mars 2017

Est-il possible d’être heureux sans travailler?

« Oui, à la condition expresse d’échapper à l’ennui et de se libérer entre repos et divertissement. Cela exige de briser les habitudes, acquises depuis qu’on vous menait par la main à l’école… Nos sociétés sont entièrement construites autour du travail. Le chômage ou l’inactivité sont des termes négatifs, désignant la privation d’emploi. Les rentiers sont parfois enviés mais souvent considérés comme des parasites. Le weekend n’a de sens que comme récompense. Quant à la retraite, elles est le dimanche de la vie active.

Ne pas travailler, c’est quitter ce quadrillage, c’est se retrouver sans but à errer un lundi matin… Quiconque sort du mode d’interaction sociale dominant risque de se trouver confiné dans une sphère domestique sans rapport avec l’extérieur.

On ne peut être heureux sans travailler que si l’on cesse de se référer à la loi sociale sans se sentir coupable.

Un déconditionnement intégral est indispensable ». (extrait de Philo Magazine-Alexandre Lacroix)

État de l’art de la psychiatrie actuelle

Cynthia Fleury, psychanalyste, philosophe et titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital Hôtel-Dieu, revient sur l’évolution de la psychiatrie et de ses pratiques dans le temps. Elle aborde notamment les défis d’aujourd’hui et apporte des éléments pour repenser la psychanalyse aujourd’hui.

« Sommes-nous tous fous ? », Les Nouveaux chemins de la connaissance

sommes-nous tous fousD’Érasme à Lacan en passant par Artaud, Foucault, Deleuze et Guattari, (ré)écoutez la semaine consacrée à la folie dans l’émission de philosophie Les Nouveaux chemins de la connaissance  animée par Adèle van Reeth sur France Culture.

 

Episode 1 :  Érasme, Éloge de la folie avec Jean-Michel Besnier

Episode 2 : Antonin Artaud le Mômo avec Evelyne Grossman Continuer la lecture de « « Sommes-nous tous fous ? », Les Nouveaux chemins de la connaissance »

Brunch Philo: La folie douce

(ré)écoutez le Brunch Philo animé par Bernard Benattar au Théâtre de la Cité Internationale sur le thème de la folie douce.

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