Isolée !

Ce texte est extrait de Pour une psychiatrie bientraitante, Expériences et réflexions d’une patiente et d’un infirmier. Laurence Martin, Christophe Médart. 2014 disponible en téléchargement gratuit.

isolée

Pour aller plus loin: Communiqué du 25 mars 2017 à propos des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur la contention en psychiatrie.

Je pleure, je pleure tellement que les larmes coulent dans mes oreilles, trempent mon visage, mes cheveux et les draps. Mais je ne peux pas m’essuyer les yeux car ils m’ont attachée.

Clouée dans ce lit et enfermée seule dans cette chambre pour avoir trop souffert. Souffert à avoir voulu mourir. Pour me sauver, je me suis coupée, j’ai fait couler mon sang pour arriver à supporter cette douleur, pour arriver à vivre. Mais ils n’ont pas compris, ils ne comprennent pas que je fais ça pour me sauver.

Et maintenant je veux mourir pour de bon. Je souffre tellement et je suis seule, seule comme un chien. J’attends un geste d’humanité. Je suis attachée, isolée. Comme je préfère pleurer seule chez moi qu’à côté d’eux qui ne me parlent pas…

ON ME FAIT DU MAL COMME ON NE M’EN A JAMAIS FAIT

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La folie tous comptes faits [France Inter]

A écouter à partir de 19min25.

Et si le fou était celui qui résistait à notre volonté mortifère de normalisation ? Aujourd’hui, on agit au nom de l’adaptabilité, au nom de la bonne santé mentale … érigée en norme … en vue d’une bonne santé ECONOMIQUE. Car oui, il faut le dire en France les fous coûtent chers !

Pas moins de 110 milliards d’euros par an… selon la fondation Fondamental. Mais la bonne nouvelle c’est que le taux de rendement de la recherche en psychiatrie est de 37 % toujours selon cette même fondation.

C’est justement contre cette financiarisation du soin, contre la recherche de rentabilité au dépend de la relation qui unie le soignant et le patient que le collectif des 39 s’est rassemblé à Montreuil en novembre en relançant la question de la place de la folie dans notre société. Et nous, nous y étions.

Reportage de Lucie Akoun

Portrait de bras

Comme bras, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Le marathon, la psychanalyse, bien manger et refaire le monde.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Un métier qui tente de redorer la question du lien social, le créer. Qui s’évertue à lutter contre les normalisations diverses et variées et vise à l’émancipation de tout à chacun par l’avènement du sujet.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Gangrené par les HAS et autres ARS. Malheureusement soumis aux lois du marché et la mascarade des pouvoirs politiques.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Le fait qu’elle nous rappelle qu’être fous c’est être humain.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne pourrais pas et je lui demanderais de se taire, mais surtout de se renseigner pour connaître un minimum son travail.

Une initiative que tu aimerais faire connaître?

Urgence notre police assassine.

La méthode du patient traceur en santé mentale?

Présentée comme un outil d’amélioration de la prise en charge des patients, comment la méthode du patient traceur est-elle mise en place en psychiatrie et quelles en sont les limites?

La méthode du patient traceur est une méthode de certification des établissements de santé qui s’appuie sur une analyse rétrospective du parcours d’un patient, dit traceur, depuis son entrée à l’hôpital jusqu’à sa sortie. Plusieurs critères sont évalués : accueil du patient, prise en compte des droits du patients, vécu du patient, prise en charge de la douleur, prise en charge médicamenteuse, préparation à la sortie, organisation au sein de l’équipe, collaboration interprofessionnelle.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=y5dKxOn23Fg]
Plus d’infos sur: http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2614161/fr/le-patient-traceur-en-ville