Ma lettre au Père Noël concernant la psychiatrie

J’ai fait ma lettre au Père Noël concernant l’hôpital psychiatrique !

« Cher Père Noël,

En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !

Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !

Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.

Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler,  et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !

Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins  d’autres choses !

Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…

Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !

Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?

Merci. »

Djamila

De la psychothérapie institutionnelle en général et de ses dérives en particulier

Merci à Virginie pour cette contribution.

psychothérapie institutionnelle

« Qui est fou, les patients ou nous (les enfants ou les adultes) ?»
Ferenczi

« Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît…Je prends constamment appui sur le sol de l’enfance, c’est de là que j’avance avec le plus de certitude. Il importe de retrouver les cailloux que l’enfance a laissés, eux seuls permettent de ne pas s’égarer dans les dédales de la vie adulte. »
François Tosquelles

« Je n’ai point d’espoir de sortir par moi de ma solitude. La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose que pierre.
Mais de collaborer, elle s’assemble et devient temple.
Citadelle, je te bâtirai dans le cœur de l’homme. »
Saint Exupéry

Chers professionnels, sans distinction de corps, grade, échelon, statut, fonction, sexe (enfin si peut-être, parce que le club c’est masculin, la psychothérapie institutionnelle mixte et l’institution féminin ?), etc. etc. Continuer la lecture de « De la psychothérapie institutionnelle en général et de ses dérives en particulier »

Je n’irai pas voter et pourtant… je politise ma folie

Comme dirait le Zinzin Zine, le psychologique c’est politique!

Peut-on politiser la folie?

Pour ceux qui connaissent le discours d’Antony du président Sarkozy, la réponse est évidente.

« Le 2 décembre [2008], le chef de l’Etat a parlé de réformes de la loi d’hospitalisation ; demandé la création de 200 chambres d’isolement ; exigé le contrôle des permissions de sortie ; proposé la systématisation des soins sous contrainte. Plus saisissant, il a suggéré l’utilisation de bracelets électroniques pour les malades, à l’instar des délinquants. »
Eric Favereau dans Libération 

Quand le malade devient un risque pour la société, il faut le soumettre aux soins. Sa place est à l’hôpital pas en prison, dira-t-il.

Citoyens à part entière

Moi qui écris ces lignes, je me revendique comme sujet politique, citoyen à part entière, et non comme objet bénéficiaire de soins. Et pourtant, je n’irai pas voter…

Nombreuses sont les initiatives pour solliciter le pouvoir politique en cette période d’élection présidentielle. J’ai moi-même écrit le discours d’un président aux usagers de la psy.

On cherche à s’unir pour que la santé mentale ait voix au chapitre dans cette campagne: avec des pétitions, celle pour un plan psychique de l’UNAFAM/Santé Mentale France/Aire, celle pour demander un programme pour la santé mentale par le Pr. Lançon, ou encore le consensus de Blois. Pendant ce temps, d’autres organisent un TRUC pour fédérer les clubs thérapeutiques ou des marches citoyennes pour la santé mentale comme La Mad Pride.

D’autres encore, des soignants en majorité, se réunissent publiquement, c’est le cas du Collectif des 39 ou de Psy, soins et accueil né à Nuit Debout.

Il faut reconnaître que dans le paysage de la santé mentale en France, l’union n’est pas de mise. Tout le monde rêve d’une psychiatrie à visage humain, d’un corps soignant capable d’accueillir la souffrance psychique, en prenant en compte l’avis des familles et des patients.

On reproche au pouvoir psychiatrique ce qu’on reproche au pouvoir politique, son incapacité à régler le problème. Certains diront qu’ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions, que le pouvoir n’est pas entre leurs mains, que c’est le manque d’argent qui est en cause. Quand on ferme les lits dans les hôpitaux psychiatriques, c’est pour désaliéner et intégrer le malade dans la cité ou c’est juste un aveu d’impuissance?

Continuer la lecture de « Je n’irai pas voter et pourtant… je politise ma folie »

Antipsychiatrie vs psychiatrie

C’est quoi l’antipsychiatrie? Est-ce la volonté d’enrayer la psychiatrie ou un désir légitime d’inventer autre chose?

basaglia italie
« La liberté est thérapeutique »

Le mouvement anti-institutionnel, qui naît de l’action de Franco Basaglia, de son équipe et d’autres groupes en Italie, constitue un processus de transformation sociale exemplaire : à partir d’un milieu spécifique, la psychiatrie, et d’un problème particulier, la santé mentale, il devient – en tant que « pratique qui propage une culture » – le propulseur d’une demande plus générale de changement qui s’est manifestée à différents niveaux de la société. Les luttes aboutissent, à la fin des années 70, à la loi 180 de réforme psychiatrique et à la progressive fermeture des hôpitaux psychiatriques en Italie.

Dans sa conférence du 18 juin 1979 à São Paulo intitulée « les techniques psychiatriques : instruments de libération ou d’oppression », Franco Basaglia racontait ainsi son expérience:

« Nous avons constaté que, dès l’instant où nous donnions des réponses à la pauvreté de l’interné, celui-ci changeait totalement de position, il devenait non plus un fou mais un homme avec lequel nous pouvions entrer en relation. Nous avons alors compris qu’un individu malade a comme première nécessité non seulement le traitement de sa maladie mais de nombreuses autres choses : il a besoin d’un rapport humain avec celui qui le soigne, il a besoin de réponses réelles regardant son être, il a besoin d’argent, d’une famille et de tout ce dont nous-mêmes, médecins qui le soignons avons besoin. Voilà ce que nous avons découvert : le malade n’est pas seulement un malade, mais un homme avec tous ses besoins. » Continuer la lecture de « Antipsychiatrie vs psychiatrie »

« Ne pas rater sa folie », Cynthia Fleury

Cynthia Fleury« La folie n’est pas un phénomène à part, ne concernant que certains d’entre nous. Tosquelles avait pour habitude de dire que ceux qui sont dans les asiles sont des gens qui ont raté leur folie, autrement dit ceux qui ne sont pas arrivés à jouer avec elle, en étant parfois un peu paranoïaques, parfois un peu hystériques, parfois un brin schizophrènes, comme nous le faisons tous pour nous sauver face à des situations inacceptables… mais sans jamais devenir totalement fous. Lorsqu’on ne peut plus jouer, la folie apparaît et l’inconscient devient à ciel ouvert. »
Cynthia Fleury, chronique du 30 septembre 2016 dans l’Humanité.

François Tosquelles, une politique de la folie [54min]

 

François Tosquelles, une politique de la folie raconte un demi-siècle de l’histoire de la psychiatrie française à travers l’engagement de François Tosquelles, psychiatre catalan réfugié à l’hôpital de Saint-Alban, à la fin de la guerre d’Espagne, et qui fut l’un des inspirateurs de la psychothérapie institutionnelle. Le témoignage rare de ce psychiatre, sa rencontre avec le mouvement surréaliste, la Résistance et la psychanalyse, illustre combien une pensée libre peut être profondément féconde et humaine.

 

« Tosquelles (1912-1994) », Justin(e)

« Tosquelles » croqué par Justin(e), une chanson à retrouver sur notre playlist Youtube.

Paroles de Tosquelles de Justin(e):

Et retour à la Catalogne et la défaite républicaine
Reus et vécu de fin de monde à l’arrivée de Francisco.
L’histoire du POUM est dans les corps
Le schizophrène dans la tranchée
Embrassait l’effort militaire et renseignait le militant
Sur l’écrasement de nos fantasmes.

Et s’éloigner de l’Espagne, franchir les Pyrénées
Se réfugier en Lozère et retrouver le marginal.
Politique à la folie, transformer les asiles
Assurer la survie au malade, un rôle primordial.
Se réunir encore, vagabonder encore
Devenir une équipe plus collective que Barcelone.

Et retour à la Catalogne à l’institut Pere Mata,
À l’unification marxiste et l’ombre du professeur Mira
Sur le front du sud une putain infirmière
Embrassait l’effort militaire et renseignait le militant.

Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie.

Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.

A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?

J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.

Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?

« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)

Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.

Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.

Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.

La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.

mixetremix_dessin
Mix et Remix

Continuer la lecture de « Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie. »

François Tosquelles sur la psychanalyse [vidéo]

«La qualité essentielle de l’Homme c’est d’être fou (…). Tout le problème c’est de savoir comment il soigne sa folie». François Tosquelles

«Tosquelles parle le tosquellan – une langue privée faite de castillan, de catalan et de français». Gaston Ferdière dans Les Mauvaises fréquentations.

François Tosquelles, psychiatre catalan ou plutôt « psychiste », comme il aimait à le dire, ne fut pas seulement révolutionnaire politiquement parlant, il le fut aussi dans le champ de la psychiatrie, étant à l’origine d’un mouvement, dit de « psychothérapie institutionnelle», dont la caractéristique essentielle pourrait être justement celle d’être un mouvement.

Créer un déséquilibre comme mode d’expression d’une volonté de voir la vie l’emporter sur les tendances mortifères que sécrètent les institutions et la pathologie, tel pourrait être le sens de son combat comme il le fut et l’est encore pour nombre de ceux qui, à un moment ou à un autre, devinrent ses compagnons de route.

Pour aller plus loin: 
https://histoireetsociete.wordpress.com/2013/03/17/une-politique-de-la-folie-par-francois-tosquelles/

La série en 5 articles de l’historien Philippe Artières et d’Eric Favereau sur Libération:

1/ 1940, quand le Dr Tosquelles arrive à Saint-Alban

2/ Quand le Dr Tosquelles combat la faim à Saint-Alban

3/ Quand le Dr Tosquelles rencontre Eluard à Saint-Alban

4/ Quand le Dr Tosquelles fonde la Société du Gévaudan

5/ Quand Saint-Alban pleure le Dr Tosquelles