Survivre à la psychiatrie #1

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Survivre à la psychiatrie c’est aussi survivre à celleux qui n’ont pas survécu à la psychiatrie.

C’est quelque chose d’infiniment douloureux, d’injuste et de tu.

C’est quelque chose auquel rien ne prépare.

J’ai perdu des camarades d’HP et une amie, iels ont toustes pour point commun d’être passé-es par la psychiatrie et d’en être ressorti-e encore plus brisé-es et désespéré-es puis de s’être suicidé-es peu de temps après.

Iels avaient 20 ans.

Que la psychiatrie ait été une goutte parmi les autres où celle de trop lorsque le vase a débordé, elle a tenu un rôle particulier en nous faisant croire qu’elle était LA solution à nos problèmes alors que bien souvent elle n’a fait que les aggraver ou en créer de nouveaux.

J’ai survécu, elleux non.

Pourquoi ?

Cette question je me la pose encore plusieurs années après leur mort.

Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?

Je me sens coupable de ne pas avoir pu les aider.

Je suis en colère que leur vie se soit arrêtée ainsi.

Je suis en colère contre la psychiatrie qui s’est empressée d’effacer toute trace de leur existence, de leur mort.

Vite, il faut se dépêcher de tout remettre en ordre, de faire taire les noms, d’oublier.

Si j’ai dû me taire, je n’ai en revanche pas oublié.

Je n’ai pas oublié leur absence.

Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?

Entretien avec Dandelion : Schizophrénie et psychophobie

Dandelion, blogueur se revendiquant fou, est l’invité de Septante Minutes pour discuter de sa schizophrénie, de psychophobie et de l’institution qu’est la psychiatrie.

Références :

Le mythe de l’antipsychiatrie [Giovanni Jervis]

Giovanni Jervis (1933-2009) est un psychiatre italien contemporain de Franco Basaglia (qui a fait fermer les hôpitaux psychiatriques en Italie).

Dans Le mythe de l’antipsychiatrie, Jervis propose une étude clairvoyante sur la folie qui ne se résume pas à l’opposition entre une psychiatrie biologique et une antipsychiatrie sociale.

Le texte s’accompagne d’une réponse de David Cooper, psychiatre sud-africain qui a inventé le terme d’antipsychiatrie qui ressemble plus à une non-psychiatrie.

Guérisons sans médicaments : l’étude de Martin Harrow

Par Bruce Levine, Ph.D., traduction d’un article paru dans Mad in America, 4 mai 2012 via les-schizonautes.fr

Préface : Échouant dans mes efforts pour faire publier cet article pour le grand public, il n’y a apparemment qu’ici que je peux parler d’une « sous-culture cool d’anti-autoritaires » et comment l’on montre que les résistants aux médicaments se rétablissent mieux.

Personnes anti-autoritaires et schizophrénie : Les personnes rebelles qui défient le traitement s’en sortent-elles mieux ?

Alors que de nombreux Américains sont troublés par la sur médication des enfants par la psychiatrie et qu’ils doutent de la légitimité de certaines maladies psychiatriques telles que le «trouble oppositionnel avec provocation», peu remettent en question la psychiatrie en ce qui concerne la schizophrénie, un phénomène souvent effrayant caractérisé par des hallucinations, des délires, un discours incohérent, et des comportements bizarres.

Mais une importante étude à long terme sur la schizophrénie remet en question l’autorité de la psychiatrie ici aussi, et cela pourrait amener les Américains à prêter attention à un groupe d’anti autoritaires diagnostiqués avec la schizophrénie qui se sont rétablis sans médicaments ni médecins – et sont devenus des militants.

En février 2012, Martin Harrow, chercheur au Collège de médecine de l’Université de l’Illinois, a publié : « Tous les patients schizophrènes ont-ils besoin d’un traitement antipsychotique en continu tout au long de leur vie ? Une étude longitudinale de 20 ans », financée par l’Institut national de la santé mentale et le Service de santé publique des États-Unis.

Harrow et son équipe de recherche ont découvert que les patients schizophrènes qui « ne prenaient pas d’antipsychotiques [qui comprennent des « typiques » tels que Thorazine et Haldol, et des « atypiques » tels que Zyprexa, Risperdal, Seroquel, Geodon et Abilify] pendant des périodes prolongées étaient significativement moins susceptibles d’être psychotiques et ont connu plus de périodes de récupération.

À l’insu de la plupart des psychiatres et autres professionnels de la santé mentale, il existe un groupe de personnes atteintes de schizophrénie qui, à un moment donné, rejettent les médecins et les médicaments et sont en convalescence.

Quelle est la taille de ce groupe ?

Harrow rapporte : « Nos données sur 20 ans indiquent que le sous-échantillon de patients schizophrènes ne prenant pas d’antipsychotiques représente un groupe de taille moyenne (30 à 40 %) de patients schizophrènes » ; et beaucoup d’entre eux, selon les résultats de Harrow, parviennent à se rétablir sans médecins. Certains membres de ce groupe sont des «survivants psychiatriques» auto-identifiés, des militants qui luttent contre les traitements coercitifs et pour un choix éclairé et davantage d’options de traitement.

Bienvenue dans une sous-culture cool d’anti-autoritaires

Si ma seule expérience avec des personnes ayant reçu un diagnostic de schizophrénie était purement clinique, je me méfierais moi aussi de leur arrêt de la médication et j’aurais moi aussi une vision beaucoup moins optimiste de la possibilité de guérison.

L’un de mes premiers postes professionnels a été celui de thérapeute en salle d’urgence psychiatrique où j’ai vu de nombreux patients agités et agissant bizarrement et qui ont été traînés à l’hôpital par la police et leur famille. Ces patients ont reçu un diagnostic de schizophrénie, de trouble schizo-affectif ou d’un autre trouble psychotique. La plupart d’entre eux se calmeraient en fait après avoir reçu des médicaments, et il est donc courant pour la police, la famille et les professionnels de la santé mentale de considérer le fait de ne pas prendre ses médicaments comme problématique.

De nombreux professionnels de la santé mentale, moi y compris, ont observé des rechutes psychotiques chez des schizophrènes diagnostiqués qui ont été « non compliants aux médicaments ». Mais les professionnels ne comparent généralement pas ce groupe à ces patients « conformes aux médicaments » qui rechutent ou restent chroniquement psychotiques. Et surtout, dans leur pratique clinique, les professionnels de la santé mentale ne voient pas systématiquement des schizophrènes diagnostiqués qui se sont rétablis sans médicaments et sans médecins.

En dehors de ma pratique, j’ai appris à connaître ce groupe de schizophrènes diagnostiqués qui se rétablissent à long terme sans médicaments. Dans ses recherches, Harrow les a également découverts et déclare: «Pour la plupart des patients schizophrènes qui ne prenaient pas de médicaments ou ne suivaient pas de traitement, c’était leur choix, parfois contre l’avis d’un professionnel.»

D’après mon expérience, ceux qui ont rejeté les médicaments et récupéré sont pratiquement tous des anti-autoritaires qui remettent en question la légitimité des autorités et résistent aux autorités qu’ils jugent illégitimes.

Je n’avais pas entendu parler de survivants psychiatriques jusqu’en 1994, lorsque j’ai été contacté par David Oaks, directeur de Mind Freedom, une coalition d’organisations de survivants psychiatriques du monde entier. David, maintenant un bon ami, vient d’une famille ouvrière du South Side de Chicago et a remporté des bourses pour étudier à Harvard au début des années 1970, mais il dit, « Je ne m’intégrais pas à Harvard et j’étais sous beaucoup de stress. De temps en temps, j’ai ingéré trop de cannabis, auquel je suis très sensible. J’ai arrêté de dormir. Son comportement est devenu erratique avec des symptômes psychotiques (par exemple, « je pensais que la CIA me faisait pousser des dents » et qu’« un OVNI apparaissait dans mon salon »). Il a été interné dans divers établissements psychiatriques à cinq reprises.

David se souvient : « Une douzaine de psychiatres m’ont diagnostiqué comme psychotique. On m’a dit que je devrais continuer à prendre des médicaments psychiatriques pour le reste de ma vie, comme un diabétique sous insuline. On m’a dit que j’avais des défauts génétiques et que j’avais un cerveau définitivement brisé.

David a finalement rejoint le Front de libération des patients mentaux alors existant, où d’autres survivants psychiatriques qui ont partagé leurs histoires, sont allés en camping et se sont soutenus et encouragés à faire de l’exercice et à mieux manger. David est diplômé avec mention de Harvard et il n’a plus de médicaments psychiatriques depuis.

Aujourd’hui, il vit à Eugene, Oregon, est marié, dirige Mind Freedom et a un emploi du temps chargé pour organiser et parler dans le monde entier.

Je suis devenu ami avec de nombreuses autres personnes qui ont déjà été diagnostiquées comme schizophrènes ou atteintes d’un autre trouble psychotique, mais qui sont entrées dans une phase de rétablissement à long terme sans médicaments psychiatriques (voir leurs histoires personnelles). Parmi eux, l’avocat de l’Alaska Jim Gottstein, aujourd’hui président-directeur général du Law Project for Psychiatric Rights, et actuellement l’un des principaux organisateurs d’Occupy the American Psychiatric Association à Philadelphie le 5 mai. Will Hall, aujourd’hui psychothérapeute et animateur de radio, a cofondé l’organisation de soutien par les pairs Freedom Center dans l’ouest du Massachusetts avec Oryx Cohen, qui est maintenant directeur de l’assistance technique au Centre national d’autonomisation (NEC).

Oryx et le psychiatre Dan Fisher, directeur du NEC, aiment le terme expérience vécue pour ceux qui ont vécu des hallucinations, des délires et d’autres «états extrêmes». Et la mission de NEC est de « porter un message de rétablissement, d’autonomisation, d’espoir et de guérison aux personnes ayant une expérience vécue de problèmes de santé mentale, de traumatismes et/ou d’états extrêmes ».

Dan Fisher a été hospitalisé plusieurs fois en psychiatrie avant de devenir psychiatre, et il est l’un des rares psychiatres au monde à parler publiquement de sa propre guérison de la schizophrénie. Pour tous ceux qui doutent de la possibilité d’un rétablissement complet de la schizophrénie sans la «norme de soins» de la psychiatrie et qui pourraient également utiliser une forte dose de moral, je recommande la vidéo. Le psychiatre Daniel Fisher parle d’espoir et de rétablissement.

J’ai passé du temps avec des centaines d’activistes de la réforme du traitement qui ont déjà reçu un diagnostic de schizophrénie mais qui se sont rétablis sans médicaments, et mon expérience est qu’ils se considèrent chanceux d’avoir eu le soutien de leur famille et/ou de leurs amis pour leur choix de résister aux autorités psychiatriques. Ils me disent qu’une anxiété accablante est souvent un déclencheur de rechute, et avoir de la famille ou des amis confiants dans la possibilité de guérison et dans leurs choix de traitement est un excellent moyen de réduire l’anxiété.

L’étude de Harrow

Martin Harrow et son équipe de recherche ont recruté des patients de deux hôpitaux de Chicago diagnostiqués avec la schizophrénie (ainsi que des patients diagnostiqués avec des troubles de l’humeur avec psychose), afin d’examiner les résultats à long terme. Tous les patients avaient reçu des traitements médicamenteux conventionnels lors de leur hospitalisation, puis Harrow les a suivis tout au long de leur vie, évaluant périodiquement leur état de santé. La majorité des patients ont poursuivi leurs médicaments antipsychotiques, tandis qu’environ un tiers d’entre eux n’ont pas respecté le traitement médicamenteux et ont arrêté de les prendre.

Les résultats sur 20 ans ont montré que les patients schizophrènes (et les patients souffrant de troubles de l’humeur avec psychose) qui ont pris régulièrement des antipsychotiques au cours des 20 années ont en fait ressenti plus de psychose, plus d’anxiété, et étaient plus déficients sur le plan cognitif et avaient moins de périodes de récupération soutenue que ceux qui ont cessé de prendre des médicaments antipsychotiques.

Le « rétablissement », selon les critères de l’étude, ne nécessitait aucun symptôme psychotique, aucune ré-hospitalisation au cours de l’année de suivi, et un travail et un fonctionnement social partiellement adéquats (ou meilleurs). Parmi les patients schizophrènes qui sont restés continuellement sous antipsychotiques tout au long des 20 années de l’étude, seuls 17% sont entrés dans une période de récupération au cours de l’un des six suivis. En revanche, parmi les patients schizophrènes qui sont restés sans antipsychotiques après le suivi de deux ans et pendant le reste des 20 ans, 87 % ont connu deux périodes de récupération ou plus.

Les résultats de Harrow sont gênants pour l’establishment psychiatrique car, comme le souligne Harrow, « l’utilisation prolongée de médicaments antipsychotiques est la norme actuelle de soins dans le domaine et est considérée comme la pierre angulaire du traitement des patients schizophrènes ».

Et l’industrie pharmaceutique a de bonnes raisons de vouloir enterrer l’étude de Harrow, car les antipsychotiques sont désormais la classe de médicaments la plus rentable aux États-Unis, avec 16 milliards de dollars en 2010 . Ainsi, l’establishment psychiatrique et la presse d’entreprise ont, pour la plupart, ignoré les découvertes de Harrow.

L’establishment psychiatrique aimerait que le public croie que les schizophrènes diagnostiqués qui ont cessé de prendre leurs médicaments et qui se sont rétablis doivent avoir été mal diagnostiqués ou être moins gravement psychotiques. Cependant, Harrow précise: «Lors de l’évaluation à 2 ans, il n’y avait pas de différences significatives dans la gravité de la psychose entre patients schizophrènes sous antipsychotiques et patients schizophrènes sans aucun médicament.

Cependant, à partir des suivis de 4,5 ans et au cours des 15 années suivantes, les patients schizophrènes qui ne prenaient pas de médicaments antipsychotiques étaient significativement moins psychotiques que ceux qui prenaient des antipsychotiques.

Explications des découvertes de Harrow

Harrow conclut que les personnes qui ont cessé de prendre des médicaments, bien qu’elles ne soient pas initialement différentes en termes de gravité de la psychose par rapport au groupe des patients qui respectent les traitements, constituent un « groupe auto sélectionné disposant de meilleures ressources internes associées à une plus grande résilience. Ils présentent de meilleurs facteurs de pronostic, de meilleurs résultats en matière de développement pré-morbide, une moindre vulnérabilité à l’anxiété, de meilleures compétences neurocognitives, une moindre vulnérabilité à la psychose et connaissent davantage de périodes de rétablissement.

Pour le journaliste Robert Whitaker, lauréat du George Polk Award for Medical Writing et auteur Anatomy of an Epidemic , l’explication la plus plausible de la raison pour laquelle les patients ne prenant pas d’antipsychotiques étaient significativement moins susceptibles d’être psychotiques et ont connu plus de périodes de récupération est que le groupe hostile aux médicaments n’a pas été endommagé par l’utilisation à long terme de médicaments.

Whitaker, dans « Interpreting Harrow’s 20-Year Results: Are the Drugs to blame? » note, « On pourrait s’attendre à ce que les personnes atteintes de troubles psychotiques plus légers aient une meilleure évolution à long terme que celles diagnostiquées avec la schizophrénie. Pourtant, les patients schizophrènes qui ne prenaient pas de médicaments s’en sortaient mieux à long terme que ceux qui souffraient de troubles plus légers sous médication. Si les médicaments ont des effets iatrogènes à long terme, cela n’expliquerait-il pas ce résultat surprenant ?

Whitaker souligne : « Nancy Andreasen [l’une des chercheuses les plus respectées en psychiatrie] a rapporté que l’utilisation d’antipsychotiques est associée à une diminution des volumes cérébraux au fil du temps, et que cette diminution des volumes cérébraux est associée à une augmentation des symptômes négatifs et des troubles cognitifs. ”

Les résultats de l’étude Harrow offrent un autre soutien à l’explication de Whitaker des dommages à long terme des médicaments. Lors du suivi de deux ans, un pourcentage égal, environ 50 % des patients schizophrènes observants aux médicaments et 50 % des patients schizophrènes non observants aux médicaments, ont ressenti une « forte anxiété ».

Mais au bout de 4,5 ans, 75 % du groupe observant les médicaments souffraient d’une « anxiété élevée », tandis qu’environ 20 % seulement du groupe non observant les médicaments souffraient d’une « anxiété élevée », et cette même différence persistait au suivi de 20 ans.

Harrow note: « Certains ont proposé que, sur une période prolongée de traitement antipsychotique, une hypersensibilité des récepteurs de la dopamine puisse se produire en compensation du cerveau pendant de nombreuses années de dopamine réduite résultant du blocage de la dopamine », car de nombreux patients médicamentés développent une tolérance pour leurs antipsychotiques.

Ainsi, la plus grande récupération parmi les patients sans médicaments était-elle directement causée par ce que Harrow appelle leurs plus grands « facteurs de protection » et « ressources internes » ? Ou ces facteurs de protection et ces ressources internes ont-ils fourni à certains patients diagnostiqués avec la schizophrénie la force et la résolution de résister au traitement psychiatrique et donc de ne pas être endommagés par les médicaments ?

Recommandations de Harrow

L’étude de Harrow ne remet pas en question l’idée que pour ceux qui sont dans la phase aiguë d’une réaction psychotique, l’utilisation à court terme de certains médicaments tranquillisants peut être utile.

Les résultats de Harrow remettent en question l’idée que tous les patients diagnostiqués avec la schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques doivent continuer à prendre des médicaments psychiatriques tout au long de leur vie.

Les recommandations de Harrow, compte tenu des résultats de l’étude et des effets indésirables des antipsychotiques, peuvent sembler conservatrices pour le grand public, mais sont hérétiques pour l’establishment psychiatrique. Plus précisément, Harrow recommande : « Si des facteurs de protection sont présents et que le patient schizophrène a déjà montré quelques périodes de récupération et veut essayer une période sans antipsychotiques, alors iel est un bon candidat pour essayer d’arrêter les antipsychotiques, bien que, comme pour de nombreuses autres procédures médicales, il n’y a aucune certitude quant aux résultats.

Il y a des militants du traitement de la santé mentale à Mind Freedom, au Freedom Center et au National Empowerment Center qui utilisent des médicaments pour réduire leur anxiété ou pour les aider à dormir afin qu’ils puissent fonctionner.

Mais l’étude de Martin Harrow et les vies de David Oaks, Jim Gottstein, Will Hall, Orxy Cohen, Dan Fisher et bien d’autres dissipent le mythe selon lequel les gens ne se remettent pas complètement de plusieurs états psychotiques.

Le fait est que les gens peuvent se rétablir à long terme de la schizophrénie et d’autres états psychotiques sans médicaments, et pour beaucoup de ces personnes, le rejet du traitement psychiatrique traditionnel a été leur salut.

“Par nos propres moyens” [Judi Chamberlin]

Alternatives au système psychiatrique contrôlées par les patients.

Traduction d’Antonin Cortot du livre : On Our Own: Patient-Controlled Alternatives to the Mental Health System (1978).

Judi Chamberlin (1944-2010) était une militante américaine du mouvement des survivants de la psychiatrie. Son activisme politique était le fruit de sa révolte contre l’institution psychiatrique, à la suite d’une hospitalisation contrainte dans un établissement psychiatrique dans les années 1960.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Judi_Chamberlin

La désinstitutionnalisation psychiatrique n’a jamais eu lieu!

Alexandre Klein, docteur en philosophie et histoire des sciences, opère une déconstruction historique de la désinstitutionnalisation en psychiatrie. Parallèle intéressant entre la prétendue révolution tranquille qui s’est opérée en France comme au Québec dans les asiles des années 1960 avec l’apparition des neuroleptiques.

« Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie ». C’est ainsi que les artisans de la première politique de désinstitutionnalisation psychiatrique québécoise décrivirent, dès 1964, leur œuvre alors en cours de réalisation. Il faut dire que leurs intentions étaient pour le moins ambitieuses : ils souhaitaient mettre fin à un système de santé mentale entièrement construit, depuis près d’un siècle, autour de l’asile et des congrégations religieuses qui l’administraient pour le réorganiser autour de la communauté et des psychiatres. Cela voulait dire ouvrir les portes des institutions, transformer leur financement, nationaliser leur gestion, fermer des lits, arrêter la construction de nouveaux établissements, créer des cliniques dans les hôpitaux généraux, ouvrir des foyers d’accueil dans les villes, former des psychiatres, des psychologues et des travailleuses sociales, oublier les religieuses et les traitements de choc pour favoriser les approches dynamiques et humanistes. Bref, sortir les malades de ces institutions que le sociologue Erving Goffman décrivait alors comme des institutions totales, pour ne pas dire totalitaires.

Tel était le rêve de la désinstitutionnalisation et des psychiatres dit modernistes qui la soutinrent au début des années 1960 au Québec. Pourtant, dans les faits, rien ne fonctionna comme prévu. De nouveaux hôpitaux furent construits, des salles « en arrière » conservées et des approches thérapeutiques poursuivies. Loin de la désinstitutionnalisation rêvée, on assista au contraire à une désorganisation du système de santé mentale conduisant à une institutionnalisation nouvelle, plurielle et désarticulée, au sein de laquelle les patient.es en perte de repères ne pouvaient plus qu’errer, victimes d’un syndrome de la porte tournante de plus en plus incontournable. C’est ce dont témoignent notamment les parcours de Claude, Bernard, Monique, Marie, ou Raymond reconstitués par Hubert Larose-Dutil à partir des archives de l’hôpital Saint-Michel-Archange de Beauport ou encore ceux de Pauline, Irène ou Estelle étudiés par les historiennes Marie-Claude Thifault et Sandra Harrisson à l’Hôpital Montfort d’Ottawa. Pas de désinstitutionnalisation en vue, mais des parcours transinstitutionnels chaotiques et délétères pour leur rétablissement.

C’est sur ce mythe de la désinstitutionnalisation psychiatrique, soutenu et poursuivi au Québec que cette conférence se penchera, afin d’interroger les modèles historiques caricaturaux autour desquels s’est construite une certaine conception de la prise en charge de la santé mentale ; conception dont il faut aujourd’hui se déprendre si l’on souhaite réellement améliorer le sort et l’accompagnement de celles et ceux, plus nombreux chaque jour, qui vivent (avec) des troubles de santé mentale.

https://vimeo.com/668059726

Mes pensées vont à Monsieur D. [Une Si Belle Folie]

Sarah, autrice du blog Une Si Belle Folie, nous offre une magnifique réponse aux traitements stigmatisants de tous ces faits divers qui font de nous des monstres.

Au début du mois de janvier, j’ai commencé à préparer un texte. Il s’appelait « Comptes de la psychophobie ordinaire ». Je voulais compiler les attaques qui nous sont faites, explorer leurs formes multiples, frontales ou déguisées… Je n’ai pas réussi, j’avais peur de me noyer, toute seule dans cet océan de haine crue, de peur lâche, d’ignorance crasseuse.

Pourtant, il y en avait des choses à dire !

Les faits divers se suivent et se ressemblent, la traque médiatique et politique ne connaît pas de repos.

Nos oreilles et nos cœurs saignent des mots que tous emploient, tous les jours. Journaux, réseaux, métro, apéros. Partout.

La psychophobie et la maltraitance sont partout, au cœur de toutes les institutions. hôpitaux, commicos, tribunaux, centres sociaux… Partout. Dans toutes les taules, et tous les lieux de vie institutionnalisés. À l’assemblée nationale, au sénat. Partout, rongeant les institutions qui ont pour mission de nous protéger, nous, citoyens et citoyennes que la folie expatrie.

La litanie ne s’arrête jamais.

Ce que nous autres psychiatrisés, fous et folles avec ou sans étiquette, fragiles cognitif et psychiques nous mangeons dans la tronche au quotidien, gratuitement, est d’une violence inouïe.

Aujourd’hui, en 2022, nous en sommes en droit de nous poser la question : nous, folles et fous, sommes nous des citoyens ?

Depuis 50 ans, la France n’a jamais traité ses fous aussi mal.

Plutôt que des « Comptes de la psychophobie ordinaire », je vous propose ce billet autour d’un des nombreux faits divers de ce mois de janvier.

Mes pensées vont à Monsieur D.

Janvier 2022… Passons sur Booba, roi des trolls, dont l’histoire personnelle devrait résonner avec ce que Stromae tente de capturer : le mal à vivre, jusqu’à vouloir en finir. Non, il y a des degrés dans la souffrance, il y a des souffrances qui « méritent ». Or, ironie du sort, ces dernières sont irréversibles, n’est-il pas alors important de raconter les moments suspendus ? Les posts se succèdent, les anonymes s’en mêlent et relaient la difficulté de l’humain à penser la douleur de l’autre.

Passons sur le médecin qui m’a reçu quand j’ai fait ma troisième dose de vaccin. Et qui a accueilli l’annonce de mes traitements médicamenteux d’un « Ah. Bipolaire », quand ils auraient pu être associés à tout un tas d’autres pathologies. Pour ma part, l’étiquette diagnostique est depuis bien longtemps digérée, j’ai pris l’utile et j’ai jeté le reste. De tels diagnostics sauvages, non sollicités, peuvent avoir des effets délétères pour quelqu’un en errance et en recherche de sens.

Passons sur ce fait divers « pyrénéen » magnifié par la lentille médiatique. Sans que jamais ne sois questionnée l’institution militaire sur sa responsabilité sur l’état de santé de cette ancien soldat.
Passons sur les discours politiques sécuritaires. Sale goût de 2008.

Passons…

Et pourtant, ça ne passe pas. Je refuse de laisser passer. Comme dans une chanson de Brel, j’entends « au suivant ».

La Provence, 28/01/22 : « À Marseille, le retour d’un malade violent en psychiatrie entraîne une grève des soignants ».

L’article (en mérite-t-il le nom?), décrit comment un homme de plus de deux mètres, Monsieur D., extrêmement violent, fait trembler les soignants de Marseille à Lyon. Un préavis de grève est lancé.

Les titres sensationnalistes s’enchaînent :

France Bleu, 30/01/22 : « Le retour d’un patient psychiatrique dangereux inquiète les soignants de La Conception à Marseille. »

YahooNews, 31/01/22 « Marseille : le retour d’un géant ultra violent terrorise l’hôpital psychiatrique. »

BFM, 02/02/22 « « Il faut 16 soignants pour le maîtriser. » : un patient violent terrifie les services d’un hôpital psychiatrique. »

Au fil des torchons, on apprend comment Monsieur D. est trimballé de service en service, comment un dispositif spécifique a été mis en place par la préfecture, mais, non, rien n’y fait, Monsieur D. explose, éructe, fugue, détruit tout sur son passage. Et quand ça pète, il faut 12, non 16, non, 19 soignants pour le maîtriser.

Sa taille, son poids, sont répétés sans cesse. Et les attaques incessante envers tous ceux qu’il rencontre.

C’est important, ça, de faire de lui une bête, un démon.

De montrer qu’il est d’une autre nature. Quand nous sommes tous fait du même bois. La folie est affaire d’intensité, elle est affaire d’environnement, de relation à l’autre et au monde, elle est profondément humaine.

Mieux vaut, aussi, faire porter tous les maux à Monsieur D., plutôt que de souligner les manques de l’inhospitalière psychiatrie.

Le but ? Faire trembler les français jusque dans leur lit.

Le reste est offert à la spéculation. Le reste, sauf l’implicite évidence qui transpire de tous ces articles : les actes de Monsieur D. sont, à chaque fois, des actes froids, déterminés, intentionnels.

Permettez-moi de combler ce trou béant offert à la spéculation, en m’appuyant sur l’expérience, sur mes recherches, sur les confidences qui me sont offertes par mes pairs.

La vie de Monsieur D., depuis ses 16 ans, c’est une vie faite d’aller-retours entre les unités pour malades difficiles et les services fermés. Une vie de souffrances aiguës, de souffrances continues.

Une vie de chambre d’isolement, une vie de contention, une vie de piqûres, une vie de chimie lourde, probablement une vie d’électrochocs. On sait assommer des chevaux, assommer des éléphants. Soyez sûrs qu’on assomme Monsieur D.

C’est une vie désorientée, une vie de noyade et de panique. Une vie de 20 coups rendus pour un coup donné. Une vie d’humiliations et d’insultes, qui appartiennent aujourd’hui au domaine public. Une vie sans vie privée. Une vie sans amour, ou peut-être quelqu’un est-il encore là ? Si c’est le cas, mes pensées vont aussi vers vous.

Soyez sûrs, aussi, que si Monsieur D. avait tué, s’il avait torturé, s’il avait violé femmes et enfants, nous le saurions. Les médias s’en seraient régalés.

Monsieur D. n’est pas un grand criminel.

Il est inadapté à un monde qui ne s’est jamais adapté à lui.

Il est odieux qu’il serve d’épouvantail pour que, dans les médias, dans les discours politiques, dans l’opinion publique, la violence institutionnalisée faite au fous, à tous les fous, soit, encore une fois, justifiée.

La psychiatrie s’acharne sur chacun d’entre nous.

En 2012, lors de ma première hospitalisation contrainte, quand je n’ai pas voulu accepter les règles du jeu de votre taule, vous vous y êtes mis à huit sur mes 1m75 et mes 75kg. Vous m’avez confié en avoir bavé.

C’était la vie en moi qui résistait. C’était de ma liberté dont il était question. C’était mon angoisse, ma terreur, mon esprit bouleversé qui s’exprimaient, et non de la violence intentionnelle.

C’est la force et la chimie qui ont gagné, comme toujours. C’est un jeu où nous ne pouvons gagner.

De toute ma vie, je n’ai été violente qu’entre vos mains. Ou celles des flics.

En 2013, en réponse à une nuit blanche de divagation pieds nus, ce sont 5 flics qui sont venus me cueillir et me maîtriser. Je me suis réveillée le lendemain attachée sur le lit d’une chambre d’isolement, dans le noir, presque nue. J’ai eu de la chance. J’ai le privilège d’être blanche, je divaguais en plein centre ville, en plein jour.

J’ai le privilège d’être en vie.

La nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Maurepas, à Rennes, cinq balles sont tirées dans le dos de mon ami Babacar Gueye, en réponse à sa détresse. Les agents de police empêchent les pompiers de monter pendant plus d’une heure. Babacar suffoque et s’éteint, pendant que la machine judiciaire, prompte à protéger ses chiens fait déjà marcher sa mécanique.

Le 10 mars 2018 à Rennes, Maëlig, le frère d’une très bonne amie, met fin à ses jours, 24h après que les soignants aient mis un terme prématuré à son séjour à l’hôpital. Il y était hospitalisé suite à une tentative de suicide. Les psychiatres ont mis un place un nouveau traitement, et programmé une sortie avec la famille, qui s’est organisée en conséquence. Maëlig sort 8 jours avant la date prévue, sans que sa famille soit prévenue.

De tels récits, j’en ai entendu des dizaines. Mais ils ne sont pas miens à raconter.

Pour nombre d’entre nous, rien d’autre que ce cercle vicieux, « comme l’a dit Sarko », rien d’autre que la rue, l’HP, et la prison. Chaque fois, l’institution policière-psychiatrique se protège. C’est d’autant plus facile, quand, socialement, l’image d’un fou malmené ne provoque à son endroit que la moquerie, le dégoût, la haine…

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

La psychiatrie a bon dos, me direz-vous. C’est parce que je vous sais assez fins pour comprendre que ce que j’englobe sous ce terme, c’est tout à la fois la discipline médicale, ses liens macabres avec la police et la justice, les politiques de santé publique, le miroir social et médiatique des représentations de la folie…

Il y en a assez que le sensationnalisme n’aille que dans un sens. Quand les soignants maltraitants seront-ils jugés ? Combien d’entre nous serons passés entre leurs mains ?

Oh, du fait divers, il y en aurait, ne vous inquiétez pas, car ces forçats ont tout un arsenal à leur disposition. Camisole, contentions, isolement, privations, punitions… Et la chimie qui nous assomme tous et toutes la nuit.

Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici, le fait divers, le cas isolé. La violence qui nous est faite est orchestrée. Elle est massive. Elle fait système.

Vous me dites que ce que j’avance n’est pas très précis ? Que je vais trop loin ? Vous voulez des chiffres ?

Les vies perdues ne se chiffrent pas, elles se pleurent, elles creusent les entrailles, d’autant plus quand le départ est aussi violent. Elles laissent des trous béants dans nos âmes.

Babacar était lumineux, drôle, il avait le soucis des autres, donnait sa force partout où il le pouvait. Il aimait danser, courir, regarder des vieux films d’action. Il était canon, avec un sourire à tomber. Il allait de l’avant, il était déterminé.

Maëlig était passionné de musique et de cinéma, il animait des chroniques cinéma, il faisait des lectures pour les enfants dans les bibliothèques, il partageait ses passions sans relâche pour nous amener dans son univers riche et généreux. Il était charismatique, gentil, il avait choisi l’humour plutôt que la rancune, il était dans la vie.

Babacar et Maëlig étaient des fils, des pères, des frères, des amis, des amoureux.

Ils avaient 27 et 36 ans, la vie devant eux, et les rêves qui vont avec.

Les vies mutilées ne se chiffrent pas, elles se traversent dans la douleur, dans une souffrance qui n’a d’égale que l’indifférence qui lui est opposée. Noyés sous la chimie, torturés, humiliés, jusqu’à ce que le dernier fil qui nous retiens à la vie ne lâche.

J’en suis écœurée jusqu’à l’indigestion, des chiffres.

Je rêve d’un monde où les charniers ne se résument pas à des chiffres. Allez les chercher, vous, les élus qui fermez les yeux, les intellectuels muets, les soignants violents, ou à minima dans un déni que je ne peux qualifier d’entièrement inconscient, les travailleurs sociaux aux jugement moral lapidaire, Monsieur et Madame tout le monde étouffés par leurs œillères, ou pire, la haine des fous.

Soyez sûrs, tous, que si on ouvrait vos cerveaux comme on ouvre les nôtres, si on vous écoutait vous parler à vous-même, si on découvrait ce que vous pensez des autres, tout ce qui vous fait flipper, vous aussi vous seriez enfermés, attachés, cachetonnés. La frontière est mince, et le chemin pour recouvrir son statut d’homme et de femme, de citoyen, est laborieux.

Les chiffres débordent des sites web du Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, de la Haute Autorité de Santé, d’Amnesty International…

La psychiatrie avait commencé à prendre un visage humain à partir de l’après-guerre, après que 45 000 malades soient morts de faim sous le régime de Vichy, avec l’expérience de La Borde, avec le mouvement du désaliénisme, avec les courants de la psychothérapie institutionnelle, et de l’antipsychiatrie.

Il fut un temps où, pour les soignants, pour les policiers, pour les pompiers, travailler auprès de « l’humain en crise », c’était désamorcer des situations en apparence inextricables, c’était prendre le temps d’apaiser, c’était prendre le risque de se prendre une baffe, parce qu’on avait le souci de détricoter le fruit de la panique et du délire, de celui de la violence intentionnelle.

Cette période de renouveau intellectuel et éthique, cette période où sont nées de nouvelles pratiques et de nouveaux espoirs pour les fous est révolue.

La psychiatrie régresse. La psychiatrie est ultra-violente, et la société est à son image à l’égard des fous et des folles. Ou alors c’est l’inverse ?

Je n’écrirais pas ici de liste à la Prévert. Soyez sûr que je sais combien les oppressions se superposent.

Nombreux sont celles et ceux qui ont des raisons de craindre une nouvelle accélération autoritaire, pour leur esprit, pour leur corps, pour les êtres qui leurs sont chers. Qui seront les premiers à être massacrés ?

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

Je suis injuste ? Rien n’est juste dans la façon dont nous sommes traités. Je ne veux pas vous entendre geindre. Je veux provoquer un choc. Depuis 50 ans, jamais on ne nous a autant malmenés.

Certains semblent découvrir aujourd’hui que certaines catégories de citoyens peuvent être déclassées. Les fous ne le savent que trop bien.

Avec la particularité que la famille des fous transcende les clivages sociaux.

Oh ! On se remet mieux avec de la thune, avec des bagages universitaires, avec le bon réseau. On est moins bien armés face à la machine à broyer quand on se bat déjà pour survivre. Là comme partout la misère inflige une double peine.

Nous sommes des sous-citoyens. Toute forme de représentation autonome et émancipée nous est interdite. Partout, des instances consultatives aux comités d’éthique des hôpitaux, dans les conseils municipaux, un simulacre de représentation est savamment orchestré. Surtout, que les fous n’y fassent pas de vagues.

On parle pour nous. La « bienveillance », le scientisme et la charité sont des leurres. On nous aime maintenus sous l’eau. Cluzet. Leboyer. Psychodon. Maintenus sous l’eau, pauvres, shootés, infantilisés.

Parlons de ce préavis de grève, lancé par FO. Jamais je n’ai vu passer un tract où les revendications ne soient pas d’abord salariales. Les soignants doivent accéder à plus de moyens humains et matériels, obtenir une rémunération décente, être formés, et je suis la première à défendre ces revendications.

Mais j’ai la rage, quand je vois qu’elles ne sont quasiment jamais accompagnées de mots d’ordres visant à l’arrêt des pratiques maltraitantes. Si elles sont évoquées, c’est au détour d’une phrase, pas dans le cœur des revendications. Comme si tout n’était pas à reconstruire dans la relation des soignants aux patients.

Le manque d’analyse des pratiques est partout. Le manque de moyen est une excuse confortable. Il est des services où, avec les mêmes maigres moyens, on recourt 2 fois moins, 10 fois moins aux mesures coercitives que sont l’isolement, les contentions et la médication forcée.

À Rennes, avec un camarade nous avons tenté d’établir un lien avec les syndicalistes locaux. Nous n’avons rencontré que du cynisme et de l’hypocrisie. Nous avons envoyé des mails, nous nous sommes rendus sur des piquets de grève.

Nous n’avons rencontré que de fausses promesses, puis le silence, quand les discussions avec les grévistes ne faisaient qu’entériner notre intuition que l’hôpital public est de plus en plus violent d’années en années, de crises sécuritaires en crise sanitaire. Il traite l’urgent, « la file active », et nous boute dehors en se lavant les mains des suicides de ceux qu’ils ont lâchement lâchés trop tôt.

On nous a claqué la porte au nez. L’HP continue de se verrouiller en enchaînant les fous.

Pourtant, mon camarade et moi, nous travaillons à longueur d’année avec des professionnels de santé, des acteurs associatifs et institutionnels, des représentants de familles d’usagers…

Très chers pairs. Je me permets d’écrire en rêvant.

Très chers pairs. Rassemblons nous, partout où nous le pouvons. Nous sommes les seuls sur qui nous puissions compter pour briser nos chaînes. Rassemblons nous, en collectifs indépendants de toutes instances institutionnelles.

Nous, usagers militants, arrêtons de semer notre énergie aux quatre vents aux sein d’assemblées ankylosées où ne règnent que le consensus mou et, trop souvent, la langue de bois. Cette énergie, qui nous manque si souvent dans nos quotidiens accidentés, nous en avons besoin, pour nous tous, et d’abord pour celles et ceux d’entre nous qui souffrent le plus.

Je ne suis pas partisane d’une non-mixité « à tout prix ». Mais cette non-mixité, nous en avons un cruel besoin. Quand, en France, un collectif national d’usagers de la psychiatrie, de fous et de folles, réunissant des dizaines (et, à fortiori des centaines) d’entre nous pour travailler sur le long terme a-t-il existé ?

Il est temps.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout. Nous avons besoin de nous mettre d’accord sur une stratégie politique, et sur des objectifs prioritaires. Pour le reste, la diversité de nos visions et de nos pratiques est ce qui fera notre force.

Que tous et toutes se sentent bienvenus dans ces collectifs, les vieux loups et les plus jeunes, les militants associatifs, les représentants d’usagers, les pairs-aidants, les militants politiques…

Si certains d’entre vous souhaitent discuter, je ne suis pas difficile à contacter.

Je vous laisse sur ce doux rêve de libération.

Mes pensées vont à Babacar et Maëlig, et à toutes celles et ceux qui continuent de les aimer.

Mes pensées vont à Monsieur D., j’espère que vous me pardonnerez, à mon tour, d’avoir parlé de vous sans vous.

Mes pensées vont à toutes celles et tous ceux qui, à l’heure où j’écris, à l’heure où vous me lisez, subissent l’acharnement d’une médecine qui trop souvent n’en mérite pas le nom.

À la folie,

Nous avons le droit d’être furieux.

Sarah Jolly.

Article initialement publié sur mon blog, unesibellefolie.com, le 14/02/22, accompagné de cette note :

Note à destination des soignants: La rubrique « Coup de Gueule » existe sur Une Si Belle Folie afin de me permettre d’exprimer ma colère, la rage qui me saisit parfois face à toutes les violences dont nous sommes la cible. Ce sont des émotions et des énergies qui doivent être accueillies. Travailler ensemble à un accueil humain de la folie demande d’avoir dépassé cette rage, et de construire des alliances susceptible de porter des lendemains lumineux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de cette certitude : nous gagnerons ensemble, mais seulement si vous nous considérez comme vos égaux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de mon respect pour les soignants qui m’ont aidé à me reconstruire, ceux avec qui je travaille aujourd’hui, ceux dont j’écoute les interviews et lis les articles avec un grand intérêt.

Je tire mon chapeau à tous ceux et celles d’entre vous qui se battent à contre-courant, vous n’étiez pas la cible de cette colère. J’invite tous les autres à ouvrir les yeux et à ne plus jamais les refermer.

L’impasse au bout de la nuit

« Me voilà en train de filmer ma propre mise à l’oubli.

Mais que s’est-il passé pour en arriver à allumer ma caméra dans un lieu de soin psychiatrique (ce qui est interdit) ?

Pas grand chose et à la fois tellement de choses, on sait bien comme ça part au quart de tour dans ce genre de situation. L’objet du litige, un gobelet de calmant versé au sol le dos appuyé sur les portes du service fermé (celui qui a les chambres d’isolement) en guise de sit-in improvisé.

Derrière cette porte, les oubliés de la psychiatrie, ceux que l’on soigne sans leur consentement le temps qu’ils acceptent la sédation imposée.

Car là était le dilemme, sédation ou prédation.

Je ne voulais pas me faire sédater, ce qui m’aurait sûrement évité de re-débouler menottes en mains les portes cette fois-ci ouvertes quelques minutes plus tard pour une mise à l’isolement et piqûre tenu par les policiers. J’écris à une vingtaine de jours d’intervalle, le temps qu’ils ont jugé utile de me garder en me demandant gentiment d’effacer la vidéo de mon éjection de la polyclinique de la rue Wurtz, celle qui deviendra qui le sait mon lieu de soin privilégié pour éviter de finir à l’hôpital des oubliés celui de Soisy en banlieue parisienne.

Car les oubliés, on ne les garde que 72h au centre-ville et on les envoie après validation du juge des libertés au pavillon fermé, celui où ils m’ont tenu 5 jours entiers sans pause ni considération en chambre d’isolement, celle où on te laisse hurler et taper sur la porte comme bon te semble dans la limite de ta santé physique. Car la torture psychique, elle, n’a toujours pas trouvé d’issue et l’impasse reste entière dans ces pavillons de l’oubli qu’on appelle la psychiatrie. »

Joan

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Collages virtuels

« Même folle, je ne veux pas qu’on m’attache. »
« Je ne serai jamais seul.e même à l’isolement. »
« Non c’est non, même en psychiatrie. » #ConsentMatters
« Les neuroleptiques, c’est automatique ? »
« Soigner c’est cher, abandonner c’est gratuit. »
« Soyons fous, dépsychiatrisons-nous! », Collectif Dépsychiatriser

Série de collages librement inspirés du site collagesvirtuels.fr

Appel à témoignage : contention et isolement

Pour les besoins d’un reportage pour France Télévisions, nous recueillons vos témoignages sur l’expérience vécue de la contention (être attaché.e à un lit avec des sangles), de mise en chambre d’isolement et sur les techniques d’apaisement aux urgences et en psychiatrie en France.

Il s’agit de libérer la parole et d’informer sur la généralisation ou non de ces pratiques de dernier recours.

Que vous soyez patient, proche ou soignant, vous pouvez nous transmettre vos témoignages écrits par message privé ou à l’adresse : contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com