Survivre à la psychiatrie #10 [Vaillandet Lylaeve]

Je me suis désancré de moi-même, dernièrement.

Mon esprit s’est égaré
dans le doute
– pire –
dans l’inconscience ;
loin de ce qui fait de moi un être total.

Je ne pense plus en humain ;
des ressentis logiquifiés débordant de mes subjectivités multipliées,
je raisonne
et réfléchis mes émotions.

Je suis devenu la personne que j’aurais dû être pour survivre.

Mais
suis-je l’un si je suis tout
ce que l’autre peut être à travers moi ?

Suis-je moi-même encore,
voilà ma question.

Je ne peux plus bouger les jambes.

Je suis allongé
à moitié sous une table,
sur un carrelage qui me brûle de froid,
et je ne peux plus bouger les jambes.

J’ai pleuré, pourtant
– la flaque de larmes dans laquelle ma joue patauge en soit la preuve –
mais
la seule réponse que le monde ait donnée à mes pleurs sonnait comme de la colère
et du mépris.

« Relève-toi ;
tu es ridicule. »

Ridicule est le mot.

Je suis indigne de moi-même,
de l’humain que je suis censé être
et de tout ce que je suis censé représenter :
je suis une déception.

Voilà ce que le monde m’offre
à cet instant : un peu de honte
et de la peur aussi
– mes larmes n’en étaient-elles pas un indice ?

Je ne peux plus bouger les jambes et,
par la faute de ce monde,
je ne cherche plus à les bouger :
par la honte,
j’ai dédié mon effort à me dédouaner
de cette indignité dont on m’accuse
et dont je suis responsable.

À l’heure où d’autres sont hors d’eux,
ma conscience est à l’intérieur de moi,
si profondément
que ma paralysie s’accentue
à chaque pensée.

– Comment a-t-elle commencé, déjà ? –

Ils passent à côté de moi
sans m’accorder un regard,
en évitant de m’accorder un regard.

« Je peux avoir une couverture ? »

Et je dois sécher mes larmes,
et je dois montrer que j’ai renoncé
malgré mes efforts.

Dans un élan de compassion,
une entorse à la règle,
on me dit plus tard :
« Si on te donne une couverture,
tu ne bougeras pas,
tu vas te conforter là. »

Et ils avaient sans doute raison,
mais j’avais froid
et j’avais honte
et j’étais résignée
et je m’étais abandonnée.

Le psychiatre dit :
« Quelle est cette position ? »
Je dis :
« Je ne peux plus bouger les jambes. »
Il s’en va.

Je reste là trois heures.
Je me relève.
C’est tout.

Il m’aura fallu du temps pour comprendre
que la personne qui contrôle mes jambes
était ailleurs,
partie,
là où il m’a fallu rester,
et il m’aura fallu du temps pour pouvoir mettre les mots
sur la fragmentation de mon moi.

Ils avaient les mots
et ils les ont tus.
« Trouble dissociatif »

Vaillandet Lylaeve

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Lettre à un jeune psychiatre sur l’anti-psychiatrie [Lucien Bonnafé]

Texte de Lucien Bonnafé, psychiatre désaliéniste français (1912-2003) qui a élaboré et mis en place la politique de secteur psychiatrique, paru en 1972 dans La Nouvelle Critique.

La valse des psychiatres [Anne-Claire]

« De l’art et la manière de soigner »

J’ai réussi à cumuler sept psychiatres en un an. Cela fait une belle moyenne d’un tous les deux mois. On pourrait croire que je les use jusqu’à la corde, même pas. Je les collectionne comme je collectionne les pilules. « Tiens, on va commencer par un somnifère. Ah mais ce n’est pas suffisant, rajoutons un hypnotique… Non, toujours pas, il est temps de tenter les antidépresseurs. Mais ce n’est pas encore assez, allez un anxiolytique par-dessus ». 

Le premier, je l’ai rencontré aux Urgences d’une petite ville de province. Je n’avais pas encore fait de tentative de suicide. J’avais parlé d’en faire, je ne dormais plus depuis trois jours, mon mari paniqué m’avait amené à l’hôpital. Le psychiatre m’avait écouté d’un air ennuyé avant de me renvoyer chez moi avec cette sentence : « Vous êtes d’un tempérament anxieux, l’arrivée d’un enfant s’accompagne toujours de beaucoup d’angoisses, rentrez chez vous et surmontez-les ». Non, on ne peut pas dire que celui-là m’avait poussé à la consommation de pilules. Par contre, il m’avait laissé encore plus désemparée que je n’étais arrivée. Non, ce n’était pas juste des angoisses passagères que de ne pas dormir DU TOUT pendant trois jours, même en ayant pris des somnifères. Non la crise que je ressentais, je ne pouvais l’affronter toute seule. Alors ma tante psychologue m’avait orienté en urgence vers un deuxième psychiatre. 

Le deuxième était un gentil taiseux. Il m’avait écouté quand j’étais en crise, quand j’avais parlé de me foutre en l’air. Une fois, j’avais réussi à le faire rire : « Oh mais vous savez, vous ne devriez pas faire crédit à vos patients suicidaires, je ne vous avais pas payé la dernière fois et si j’avais réussi ma tentative de suicide, vous auriez perdu 80 euros. »

Par contre, quand ça allait bien, ou du moins relativement mieux, je sentais que je l’emmerdais profondément, qu’il était chez lui avec son diner du soir pendant que je tentais de lui faire comprendre les angoisses tapies au fond de moi. D’une fois sur l’autre, il oubliait quels médicaments il m’avait prescrits. Pourtant, je continuais à me rendre bien sagement aux séances, à m’asseoir sur le fauteuil en face de lui, à jeter mon sac à mes pieds et à parler pour meubler le silence. Il y avait bien un divan mais je voulais éviter le cliché. Je n’étais pas encore prête pour cela. Ce n’était que mon deuxième psychiatre, juste un premier orteil trempé dans le monde merveilleux de l’inconscient.

La troisième m’a cueillie à mon réveil à l’hôpital… après ma première tentative de suicide. Une femme. D’une gentillesse inouïe, douce. Une vraie écoute. Elle m’a conseillé l’hospitalisation… alors j’ai accepté. Dans quoi n’avais-je pas plongé.

Aussitôt transférée dans le secteur psychiatrique de Sainte-Anne, voilà que je rencontre le quatrième psychiatre. L’entrée en matière est un peu rude. Je viens juste de me rendre compte que je suis enfermée, privée de liberté et que ça n’a rien à voir avec ce que naïvement je concevais des soins : de l’art-thérapie, des séances de yoga, du jardinage… Mon dieu, que je suis encore niaise. Alors j’accueille le quatrième psychiatre en lui disant entre deux sanglots que la prochaine fois, je ne me raterais pas. Que c’est bien beau les tentatives mais que la prochaine fois ce sera un suicide tout court. Il est brutal, petit, grossier et moche. M’assène des phrases comme « C’est affreux » quand je lui confie que j’ai un bébé qui m’attend à la maison. Comme si je ne le savais pas que j’ai cette part de monstruosité, que la situation est horrible. Et puis il veut me garder enfermée. Alors 72 heures plus tard, au moment où on m’autorise enfin à quitter les murs de Sainte-Anne, il m’assène que je suis peut-être bipolaire, que les antidépresseurs vont peut-être révéler ce trouble vu mes antécédents psychiatriques. Que si je recommence à vouloir me tuer ; dans son service lui s’en fout royalement, il pourra dormir sur ses deux oreilles, mais qu’il en a connu des patientes comme moi, souriantes, avenantes dont on ne voit pas la maladie et qui en ont fini pour de bon avec la vie. Et que si je recommence en dehors de l’hôpital psychiatrique ce sera la dévastation pour mes proches. Je me mets à pleurer, lui demande quel espoir j’ai. Il me répond qu’il s’en fout d’être l’odieux connard, qu’il m’aura prévenu. En fait, il en a trop vu. Et moi, en trois jours, je l’ai déjà trop vu. Ses paroles en revanche je les ai imprimées ; je ne suis bonne qu’à ça, déprimer et recommencer. 

Déménagement. Je retrouve le premier psychiatre que j’ai rencontré, celui des Urgences de la petite ville de province. Pas vraiment par choix. Au centre médico-psychologique c’est le seul qui soit disponible dans un délai raisonnable. On se demande bien pourquoi. J’ai un vague espoir de m’être trompée et que ce ne soit pas lui mais mon espoir est vite douché. En plus, pas moyen d’y couper, j’ai besoin de mon ordonnance. Alors j’y vais. Toujours la bonne élève, la bonne patiente. Mais ça ne manque pas, je recommence comme m’avait prévenu le psychiatre de Sainte-Anne. J’avale du xanax et des somnifères, trop bien sûr. Réveil aux Urgences à l’hôpital. Passage obligé par la case psychiatre avant d’obtenir mon bon de sortie. Il s’appelle Moïse celui-ci. Va-t-il me tirer des eaux troubles dans lesquelles je nage ? Au moins, il semble gentil. Quand il parle, je ne comprends pas tout, ce sont des métaphores un peu brumeuses. Mais j’obtiens mon ticket de sortie sans passer par la case hôpital psychiatrique, c’est toujours ça de gagné. En dehors, je retrouve l’autre psychiatre. Je lui avoue tout. Et là, la phrase que je garderais gravée dans ma mémoire : « Vous savez, si vous continuez, vous allez fatiguer tout le monde, à commencer par vos proches ». Accompagnée de cette sentence : « Il faut que vous changiez votre manière de penser ». Ah mais oui, bien sûr, tout s’éclaire, il suffit de changer sa manière de penser. Pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt ? Aussi simple à dire qu’à mettre en action…. Là, c’en est trop, je me rebelle et ruse pour ne plus jamais avoir affaire à lui. Je me débrouille pour retrouver Moïse. S’il ne m’a pas sorti de mon marasme, il a au moins le mérite de ne pas m’enfoncer davantage.

Les séances avec lui sont… spéciales. Je ne pige pas grand-chose. Il parle de pansements, de plaies à vif, de cicatrices. C’est bien beau mais je ne suis pas là pour une blessure de guerre. La mienne ne se voit pas. Et puis il accède à mes désirs, sans doute trop facilement. Je suis dans une phase où ça va bien. Alors je lui demande d’arrêter les antidépresseurs. Il acquiesce. En un mois, je devrais être sevrée de ma pilule quotidienne. Mais ça ne manque pas, retour aux Urgences. Des médicaments, trop de médicaments. Et du Doliprane pour me faire du mal. Cette fois, Moïse est ferme. Le bon de sortie, je peux oublier. Il veut me faire hospitaliser. Je fugue. Ils m’ont laissé mes vêtements. J’arrache la perfusion, me rhabille et file en chaussettes jusqu’à chez moi à dix heures du soir. Mon mari est catastrophé, il ne sait pas comment me faire entendre raison. Il arrivera à me faire entendre raison. Direction l’hôpital psychiatrique.

Là, c’est une sixième psychiatre qui m’accueille. Celle-ci ne me laisse que peu de souvenirs. Il faut dire que je ne l’ai vu à peine que deux fois 30 minutes. Avec elle, je découvre deux nouvelles molécules. Un anxiolytique et hop, un autre antidépresseur. 

Déménagement, une deuxième fois. Il faut trouver un nouveau psychiatre (on en arrive au septième !). Je n’ai pas l’ombre d’un commencement d’idée pour savoir qui choisir. Je me rends sur Doctolib et choisis une femme au hasard. Son cabinet est compliqué d’accès mais je finis par y arriver. Celle-ci est soignée : un maquillage apprêté, de nombreux bracelets aux poignets, des bagues qui étincèlent. Elle m’écoute dérouler mon histoire. A force de la répéter, je commence à la connaître par coeur cette histoire. Sauf que cette fois-ci la psychiatre m’interrompt : « Mais si vous faisiez une simple dépression post-partum, là au bout d’un an et demi, on serait en train de se dire au revoir. Vous êtes sûrement bipolaire ». Paf, le coup de poignard. La bipolarité ? Il n’en est pas question. Tant que cela reste une dépression, il y a un espoir de guérison. Mais la bipolarité c’est un grand, voire un gros, mot, c’est à vie. Et puis, elle ne me connaît pas cette femme. Elle ne sait quasiment rien de moi. C’est quoi ce diagnostic à l’emporte-pièce ?! 

Pourtant, je lui reste fidèle. Pas le courage de chercher un nouveau psychiatre, de tout reprendre depuis le début. Les séances se poursuivent par Zoom, la faute au confinement. C’est compliqué par Zoom de se livrer. Je ne suis de toute façon pas en confiance quand arrive ce qui devait arriver. J’avale des médicaments, toujours trop de médicaments. De nouveau, un psychiatre (le huitième, mais là je commence à perdre le compte) aux Urgences qui me laisse sortir vite. Maintenant j’ai appris la leçon, je sais quoi dire pour ne pas terminer enfermée dans une unité psychiatrique. Il gobe tout. De toute façon, l’hôpital est saturé, autant me laisser repartir. 

Il s’agit de retrouver ma psychiatre habituelle. A cette séance, celle-ci ne me laisse pas le choix. Elle ajoute une nouvelle molécule en plus des antidépresseurs : un régulateur d’humeur. Et me reparle de bipolarité. Mais cette fois-ci l’idée a eu le temps de cheminer, j’accepte de la considérer. Après tout, je suis tellement mal. Et si c’était vrai ? Tant pis pour la guérison, va pour les comprimés. Il est temps d’acheter un pilulier.

A la rentrée, changement de décor. Je retrouve ma psychiatre mais le cabinet a laissé place à une clinique privée. La psychiatre a recouvert ses jolies tenues d’une stricte blouse blanche. Seule fantaisie : les bijoux sont restés. Et puis à chaque fois, je ne peux m’empêcher de jeter un regard à ses pieds. Les mois passent : les ongles vernis viennent remplacer les baskets…. Je ne sais plus exactement quand cela arrive mais la psychiatre réussit à me faire baisser la garde. La psychiatre m’écoute. Vraiment. La question « Comment allez-vous ? » attend une réponse. Elle n’est pas là pour délivrer au plus vite son ordonnance, elle prend le temps. Bien sûr moi, j’ai encore la boule au ventre avant de la retrouver. Je redoutais tellement chacune des séances avec ses prédécesseurs, tout ne peut pas changer du jour au lendemain. A chaque fois, j’ai une demi-heure pour me préparer, le temps du trajet. 

Peu à peu, je me raconte. Je confie mes angoisses, mes pensées suicidaires. La psychiatre me regarde dans les yeux, d’un air grave. Elle opine. Oui, il n’y a rien de pire que la douleur psychique, oui, il n’y a rien de tel qu’une crise d’angoisse. Pas de jugement. Juste l’accueil. 

Certaines fois sont plus éprouvantes que d’autres. Quand je suis au fond du gouffre, je décris : la boule au ventre, l’envie de vomir, l’incapacité à dormir, l’envie d’en finir. La psychiatre me laisse aller au bout de mes pensées. Réfléchit. Elle ajuste le traitement mais n’empile pas les molécules les unes sur les autres. D’autres sont plus légères. Quand je vais bien, je pose des questions. On échange : sur nos métiers, l’actualité, quelques banalités.

Avec le recul, je me dis que j’ai une chance inouïe. D’un seul clic de souris, j’ai réussi à trouver de l’humanité. La valse des psychiatres est terminée. Un an s’écoule, deux. Je reste fidèle. Je prends mes rendez-vous bien à l’avance car je ne suis pas la seule à apprécier les qualités de cette psychiatre. 

La maladie, elle, ne connaît pas de répit. Une nouvelle fois, j’avale des médicaments. Une psychiatre aux Urgences. Je m’excuse de la déranger, de lui faire perdre son temps. Promis je ne voulais pas mourir, je voulais juste dormir. Peu après, je recommence. Atterrissage en réanimation. Je dors plusieurs jours avant de rencontrer une dixième psychiatre. Je ne sais même plus ce que je lui dis. Je suis encore trop shootée, tout se mélange. Mais j’échappe à l’hôpital psychiatrique. Je retrouve ma psychiatre à la clinique. Celle-ci m’attend, est déjà au courant, n’émet aucun jugement. Elle ne me lâche pas la main. Bien sûr, elle augmente les médicaments mais pas seulement. 

Et puis à mon grand étonnement, je demande à me faire hospitaliser en clinique privée. Je serai suivie par ma psychiatre. Sauf qu’une fois arrivée, c’est un homme qui entre dans ma chambre. Ma psychiatre a eu un empêchement, il la remplace au pied levé. En une demi-heure, il a le temps de me dérouler son CV. Ses faits d’armes, sa retraite, ses nouvelles activités bénévoles. Pour une fois c’est moi qui écoute, un brin médusée. Il cherche à m’impressionner ? Je me demande bien pourquoi, je ne suis qu’une petite jeune femme aux trop nombreux médicaments. Il est question de lithium Ma psychiatre me manque.

Pas longtemps. Je la retrouve dès le lendemain, la supplie de m’en aller. Décidément, les hospitalisations ce n’est pas ma tasse de thé. Vite, je reprends le rythme régulier : une demi-heure tous les mois, une ordonnance à chaque fois. Quand c’est ma psychiatre qui me confie qu’elle a besoin d’être opérée, d’être en convalescence. Les situations sont inversées. Pendant plusieurs mois, je vais devoir m’en passer. Je ne l’aurais jamais cru mais ces rendez-vous vont me manquer. Les ordonnances sont bien là mais ça ne suffit pas. La boule au ventre avait disparu, je la voyais à chaque fois avec plaisir.

Mais surprise ! Arrive le douzième psychiatre. Attention, lui est un expert. C’est du grand ponte. Il a été appelé à la rescousse par ma psychiatre habituelle qui me voyait douter de son diagnostic de bipolarité. Il pourrait être mon père : cheveux gris, chemise et pull bleu ciel. Il est doux, il m’écoute dérouler toute ma vie à commencer par mes nombreux déménagements (Le pauvre, en me demandant d’où je venais il ne savait pas dans quoi il mettait les pieds). A la fin, ses conclusions sont sans appel : je ne souffre ni de dépression post-partum ni de bipolarité, je suis atteint de troubles anxieux. Ça me fait une belle jambe ça. « Troubles anxieux », vraiment ça ne claque pas comme nom de maladie. Et puis mes proches, que vont-ils dire mes proches ? Ce n’est pas une pathologie, tout le monde est anxieux, de là à en faire un diagnostic… Et puis surtout il me dit que j’entretiens moi-même le cercle vicieux de l’angoisse par des stratégies d’évitement. Euh… ben oui j’ai envie de dire : si on a peur de l’avion, on ne prend pas l’avion point barre. Et moi si j’ai peur de quitter mon mari, je ne quitte pas mon mari point à la ligne. En plus, il ne m’a vue qu’une heure et demie, un peu vite pour tout chambouler et tout remettre en cause. D’autant qu’il veut changer le traitement : avoir un recours massif aux antidépresseurs. Moi, quand j’entends les mots « recours massif » ça suffit à me rebuter. J’aime bien les médicaments mais merci, non merci.

Maintenant, il s’agit de ne plus ajouter de psychiatres à cette triste addition. Plus de passage aux Urgences, plus d’hospitalisations, plus de soi-disant experts. Juste ma psychiatre habituelle. Qui elle va devoir me supporter encore quelques années. Quel que soit le diagnostic, il s’agit bien d’un traitement à vie, d’un suivi régulier. 

Survivre à la psychiatrie #4

Je suis aujourd'hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l'identité), et touche enfin l'AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j'ai eu avec un psychiatre :Adrien : J'ai une autre personnalité, elle s'appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d'articles de revues psy dans lesquels j'ai l'impression de nous reconnaître.Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n'existe pas, il faut que vous arrêtiez d'écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d'accord, lisez donc ces documents !Dr Psychiatre : Si vous n'êtes pas d'accord c'est l'isolement.

Je suis aujourd’hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l’identité), et touche enfin l’AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j’ai eu avec un psychiatre :

Adrien : J’ai une autre personnalité, elle s’appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d’articles de revues psy dans lesquels j’ai l’impression de nous reconnaître.

Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n’existe pas, il faut que vous arrêtiez d’écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.

Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d’accord, lisez donc ces documents !

Dr Psychiatre : Si vous n’êtes pas d’accord c’est l’isolement.


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Le mythe de l’antipsychiatrie [Giovanni Jervis]

Giovanni Jervis (1933-2009) est un psychiatre italien contemporain de Franco Basaglia (qui a fait fermer les hôpitaux psychiatriques en Italie).

Dans Le mythe de l’antipsychiatrie, Jervis propose une étude clairvoyante sur la folie qui ne se résume pas à l’opposition entre une psychiatrie biologique et une antipsychiatrie sociale.

Le texte s’accompagne d’une réponse de David Cooper, psychiatre sud-africain qui a inventé le terme d’antipsychiatrie qui ressemble plus à une non-psychiatrie.

laVita : un dispositif de soutien psychologique pour les jeunes âgés de 13 à 25 ans

laVita est un dispositif qui prend en charge gratuitement des adolescents et jeunes âgés de 13 à 25 ans en souffrance psychique.

L’originalité de ce dispositif innovant est de permettre à tout jeune en souffrance psychique :

  • d’être orienté en moins de 72h,
  • vers un psychothérapeute de proximité,
  • un suivi gratuit pour chaque jeune est engagé sur 4 mois,
  • les honoraires des consultations de chaque praticien, sont réglés par l’association laVita au tarif de la profession.

Je suis à l’initiative du dispositif laVita avec un collectif de psychologues et de psychiatres qui a permis de suivre en psychothérapie, depuis 2017, plus de 500 jeunes en désarroi.

Le dispositif laVita propose des solutions immédiates et efficaces, grâce à la psychothérapie, qui peut sauver des vies.

 
Guy Benamozig

Infléchir le passage à l’acte suicidaire des jeunes en France.

Majoritairement, l’orientation des jeunes est assurée par des professionnels de terrain et de la santé mentale en contact avec des jeunes.

Tout professionnel en lien avec un(e) jeune qui exprime une demande d’aide peut l’orienter vers la plateforme laVita. Un suivi de 16 séances vers un(e) psychologue de proximité sera proposé.

Lire ici le détail de la prise en charge.

Le financement :

L’association laVita d’intérêt général, a été soutenue par des financements privés, mais uniquement ponctuels (des one shots), notamment provenant de Fondations et de Mutuelles.

Un partenariat pérenne a été contracté avec la Fondation des Apprentis d’Auteuil avec laquelle plus de 100 jeunes déjà ont été pris en charge.

Comme vous ne pouvez l’ignorer, la santé mentale des jeunes en France est plutôt préoccupante en ces temps et nous aimerions poursuivre nos missions en bénéficiant de dotations privées provenant de tout donateur et de Fondations d’entreprises.

De nouvelles dotations financières apporteraient à laVita la possibilité de poursuivre de façon pérenne son soutien auprès de centaines et centaines de jeunes.

Guy Benamozig

Le site internet : https://www.lavita.paris/

« Un mètre pour la schizophrénie », Nicolas Rainteau

Un mètre c’est la distance pour une poignée de main. Un mètre pour réduire la distance sociale, et se mettre à portée d’un travail, d’un appart’, d’un pote, d’une copine!

Accepteriez-vous de travailler avec une personne atteinte de schizophrénie? D’être son colocataire, son voisin, son copain, sa copine? Le recommanderiez-vous pour un travail ou bien louer un appartement?

Quelle serait votre réponse à ces questions? Si vous ne savez pas, avez un doute, alors prenez le temps de lire ces lignes. Voici l’échange que j’ai eu il y a quelques jours avec Margaux, une usagère de l’hôpital de jour qui venait de passer un entretien d’embauche.

« Cela s’est très bien passé, j’ai pu parler de tout de manière très franche et très ouverte. C’était un peu compliqué au début et j’étais assez stressée, mais je suis plutôt confiante, je suis hypercontente.

– Génial, du coup, vous avez pu évoquer votre diagnostic de schizophrénie avec eux?

– Oh là là! Non, faut pas déconner! Ça, je le garde pour moi, cette maladie fait encore trop peur, je risquerais de ne pas être embauchée. »

Malheureusement, Margaux a raison. Aujourd’hui, ce ne sont pas les symptômes de la schizophrénie qui pourraient l’empêcher de retravailler. En effet, depuis plusieurs mois, elle va bien. Les voix qui s’en prenaient à elle ont disparu et les idées de persécution se sont petit à petit atténuées.

Et puis Margaux n’a pas ménagé sa peine, parce que le traitement ne fait pas tout. Entraînement aux habiletés sociales pour retrouver la facilité d’interagir avec les autres et être capable d’affronter un entretien d’embauche. Travail sur la mémoire, la concentration, l’organisation de la pensée. Toutes ces capacités insidieusement touchées par la schizophrénie et qui demandent aux patients une volonté de tous les instants pour reprendre le dessus. Mais, à force d’acharnement, Margaux était prête le jour J. Et ce boulot qu’elle a décroché est la juste récompense d’un courage trop souvent sous-estimé pour vivre avec une maladie comme la schizophrénie.

Vous l’aurez compris, ce qui aurait pu l’empêcher d’obtenir ce travail, c’est ce mot : « schizophrénie ». Non pas le florilège de symptômes de cette maladie, mais bien l’étiquette qui lui est associée. Dangerosité, violence, double personnalité, imprévisibilité, incompétence. Autant de stéréotypes négatifs associés de manière erronée à la schizophrénie, et ayant pour conséquence une volonté de mise à distance sociale.

C’est au jour le jour que cette étiquette se dresse, tel un mur infranchissable, face aux projets, aux envies et aux rêves d’hommes et de femmes qui n’aspirent qu’à avancer malgré la maladie.

Un seul mot peut-il avoir un tel pouvoir? Les résultat d’une étude menée par notre équipe semblent abonder dans ce sens. Nous avons utilisé un protocole expérimental fondé sur les coordinations motrices. Chaque participant a été invité à effectuer une tâche de synchronisation consistant à aligner un point à l’aide d’un joystick à un autre point se déplaçant sur un écran. Avant le début de la tâches, il était précisé au participant, sur l’écran, si celui-ci allait interagir avec un sujet souffrant de schizophrénie, un sujet souffrant d’un trouble de l’intégration neuro-émotionnelle (terme proposé pour remplacer celui de schizophrénie) ou un sujet sain. Les trajectoires du point à suivre étant préenregistrées et similaires dans les trois conditions, les participants n’ont donc pas interagi avec des personnes réelles (mains ont cru le faire).

Ainsi, de manière significative, lorsque les sujets pensent interagir avec un patient atteint de schizophrénie, cela dégrade la qualité de la synchronisation motrice. A l’inverse, l’utilisation d’un autre terme ne dégrade pas la qualité de la synchronisation motrice. Nous avons donc montré que le simple fait de lire le mot schizophrénie sur un écran d’ordinateur avait le pouvoir de modifier le comportement de manière inconsciente et incontrôlable. Cela aurait pour conséquence une dégradation des interactions interpersonnelles. Face à ces résultats, on ne que donner raison à Margaux de ne pas avoir révélé son diagnostic lors de son entretien.

Mais il n’y a pas que le monde professionnel qui semble fermer ses portes aux personnes atteintes de schizophrénie. Trouver un logement à louer par exemple s’apparente parfois à un parcours du combattant. Pis encore, au sein même du monde médical, la mise à distance semble aussi de mise. Plaintes physiques moins prises au sérieux, rendez-vous plus difficiles à avoir, discours du patient trop souvent imputé au seul diagnostic psychiatrique. Moins de soins, moins de travail, moins de liens sociaux, moins de respect des droits. Nous parlons pourtant bien de personnes fragiles et vulnérables, pour lesquelles au contraire l’attention devrait être exacerbées.

La schizophrénie, de par ses symptômes, éloigne les patients de notre société. Il s’agirait donc de ne pas lui faciliter la tâche. Les patients atteints de schizophrénie tiennent tous les jours la distance face à la maladie, il s’agirait pour nous tous de trouver enfin la bonne face à eux.

Un mètre, c’est à peu près la distance pour une poignée de main. Voisin? Coloc? Ami? Collègue? Locataire? Commençons par ce mètre, le reste suivra.

Nicolas Rainteau, psychiatre à Montpellier, responsable d’un hôpital de jour axé sur le rétablissement des patients atteints de schizophrénie.

Portrait de La Folie Ordinaire

Comme La Folie Ordinaire fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître lafolieordinaire.fr

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je suis inspirée par des personnes qui me donnent l’impression qu’il est possible d’atteindre une certaine paix intérieure. Des figures comme le Dalaï Lama ou plus proche dans notre culture occidentale Mathieu Ricard et Christophe André m’amènent à penser que le travail que l’on peut faire sur soi peut permettre de toucher à plus de sérénité.

J’aime la nature qui me permet de relativiser la place que l’Homme prend. Me sentir toute petite face à un paysage grandiose me donne à chaque fois une claque agréable qui m’apprend à rester à ma place. Quand je le peux, j’aime fuir le vrombissement trop actif de la Cité. Alors les loisirs ayant rapport à la nature sont ceux qui m’apportent le plus, avec la lecture et l’écriture.

Cela sonnera peut-être mièvre, mais j’aspire à plus d’harmonie entre les être vivants. Je n’arrive toujours pas à comprendre que les hommes ne puissent pas arrêter de se taper dessus à la moindre occasion. La fermeture d’esprit et le manque de curiosité de beaucoup de gens m’intrigue. J’estime que la découverte de l’autre est d’une grande richesse.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier de psychiatre psychothérapeute consiste à aider des personnes en difficulté psychologique ou psychiatrique, à aller au delà pour trouver ou retrouver un équilibre qui puisse leur rendre le plaisir de la vie.

Je l’aime car se sentir utile est agréable. Rendre service, apaiser la souffrance, voir des personnes s’améliorer à une échelle temporelle relativement restreinte met du baume au cœur. C’est parfois dur les premiers temps, quand la situation est compliquée, quand on ne voit pas trop comment soulager.

Mais la majorité du temps, je me sent passeuse de connaissances, starter de mieux-être, car ce sont les patients que je vois qui bossent. La guérison, l’amélioration, l’équilibre, ce sont eux qui l’obtiennent.

Je n’ai fait que les aider à s’alléger de quelques poids et acquérir de meilleures stratégies pour pouvoir s’en sortir seuls face à l’adversité.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un vaste monde qui regroupe énormément d’intervenants. Soignés, soignants, administratifs, politiques. Je ne suis pas sûre que je serais capable de pouvoir trouver tous les corps de métier qui peuvent s’y rapporter. Par le petit bout de ma lorgnette de psychiatre, je pense que ce monde est en train d’évoluer et que l’on a tendance à changer de modèle.

Nous étions au temps des asiles avec une vision d’exclusion de la cité des fous et déments que l’on ne voulait pas côtoyer. La stigmatisation était officielle, assumée.

Avec l’avènement du secteur en psychiatrie en France, les soins ont été dispensés au cœur de la Cité, avec les centres médico-psychologiques, les établissements de santé spécialisés qui se sont rapprochés et se rapprochent encore.

Les patients sont devenus des acteurs de la prise en charge de plus en plus avec l’apparition des GEM (Groupes d’Entraide Mutuelle) et des associations de plus en plus impliquées. Les patients experts commencent à se former et avoir un rôle dans l’information des « nouveaux patients » ce qui améliore la trajectoire de santé.

Je pense que les choses ont donc tendance à s’améliorer d’un certain côté, mais qu’il ne faut pas que des baisses de budget ne coupent les ailes des projets innovants qui améliorent le quotidien de personnes fragilisées par une santé mentale vacillante.

L’incertitude du devenir de la pratique libérale me fait craindre par moments ce que je ferai plus tard, mais je reste optimiste.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Cela paraîtra banal, mais les moments de folie que l’on peut avoir apportent une créativité qui ne peut sortir de la monotonie.

Un grand nombre d’artistes ont été et sont encore de grands tourmentés. Le mal-être a tendance à rendre plus perméable à une certaine sensibilité qui peut toucher, quelle que soit la voie qui sera choisie: peinture, sculpture, musique, littérature, cinéma…

On peut imaginer que ceux qui frayent avec le bonheur plus souvent ont un truc qui manque sur ce plan là.
J’ai beaucoup de patients qui ont des talents artistiques qu’ils exploitent en lien avec leur souffrance. Elle est leur muse, leur échappatoire, parfois leur seul moment de respiration.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne pense pas pouvoir devenir un jour avec autant de responsabilités que ministre.

Déjà si je réussi à ce que mes enfants m’écoutent ce sera pas mal. Mais si un jour un ministre spécifique de la santé mentale vient à être nommé, je lui demanderai de faire des campagnes d’information pour que la population générale puisse changer l’image des problèmes de santé mentale.

On l’a bien vu avec l’histoire de l’épreuve de l’Asile de Fort Boyard qui stigmatise une frange de la population en surfant sur la vague de la psychophobie. De même avec l’histoire de la vaccination.

Or qu’est-ce qui est responsable de la peur? La méconnaissance.

Informer, c’est lutter contre la peur. Et si des choses restent difficilement acceptables dans les pratiques psychiatriques, il sera nécessaire de faire en sorte qu’elles puissent être améliorées, avec les budgets nécessaires.

N’oublions pas que la santé mentale est le premier poste des dépenses de santé avec les conséquences que l’on connait sur l’efficience au travail.

Car oui, il est nécessaire d’argumenter maintenant terme économique pour justifier de l’intérêt de la prise en charge de la santé mentale : c’est ce que voit le politique!

Quand nos émotions nous rendent fous

(ré)écoutez cette très belle émission du 2 avril 2017 sur France Inter avec le psychiatre Philippe Jeammet auteur de Quand nos émotions nous rendent fous, qui nous conduit au coeur de l’humain et nous offre un bel hymne à la vie.