Bonjour,
Je suis actuellement dans l’écriture d’un livre autour de l’abolition de la contention en psychiatrie et de son système. Ce livre aura pour objectif de contribuer au débat centré depuis plusieurs années sur le seul encadrement légal de la contention.
Si encadrer légalement la contention est une nécessité, cela ne saurait légitimer unilatéralement ce genre de pratiques. Ainsi, j’aimerai m’appuyer sur des témoignages de personnes qui ont été attachées au cours de leurs hospitalisations en psychiatrie. Comment cela a-t-il été vécu ? Positivement, négativement ?
Ces témoignages seront anonymes et serviront de point d’appui sous forme de citations dans le chapitre sur le vécu de la contention.
De mon côté, au cours de ma carrière de psychiatre hospitalier, je n’ai jamais initié de prescription de contention. Dans le service où j’exerçais, nous n’utilisions pas ces pratiques. Il est donc possible de faire autrement puisque nous l’avons expérimenté collectivement. Ce livre a pour objectif de mettre en débat cette question.
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : CPpsy@gmx.fr
Merci à vous,
Mathieu Bellahsen
Étiquette : psychiatrie
Abolir la psychiatrie
« L’abolition de la psychiatrie n’implique pas d’interdire aux gens de s’approprier les diagnostics psychiatriques qu’iels estiment leur être utiles, ni de leur interdire de continuer à prendre les médicaments psychiatriques qu’iels estiment efficaces. »
Stella Akua Mensah & Stefanie Lyn Kaufman-Mthimkhulu
https://www.zinzinzine.net/l-abolition-carcerale-doit-inclure-la-psychiatrie.html
Préambule
Je tiens à préciser en introduction que je ne suis pas sous l’emprise de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH ou CCHR à l’international), une organisation qui exploite les victimes de la psychiatrie au service d’un culte sectaire.
J’écris cet article car depuis la création de Comme des fous, j’ai mis beaucoup d’énergie pour comprendre la psychiatrie, pour réfléchir à comment la transformer collectivement car au final on est dans le même bateau.
J’écris en « je » car j’aimerais arrêter de me cacher derrière un « nous », sous-entendu « nous à qui on ne donne pas la parole », pour assumer mon point de vue personnel que je ne retrouve pas dans les mots des autres. Je sais que la psychiatrie ne me lâchera pas malgré la haine que je lui porte et je ne doute pas que l’EMDR ou la sismothérapie pourraient m’aider à dépasser les traumas générés par les hospitalisations à répétition.
Je trouve néanmoins qu’il faut politiser le problème. Car sinon on en revient toujours aux mêmes peurs et aux mêmes arguments.
Si la psychiatrie disparaît, la folie elle ne disparaîtra pas, qu’est-ce qu’on va faire de ces personnes folles pour lesquelles notre soutien indéfectible ne suffit pas, si même quand on se relaie jour et nuit pour l’accompagner, elle part dans un délire qui nous fait envisager le pire, qu’elle pourrait avoir une pulsion de mort ?
Si la psychiatrie disparaît, oui il va falloir s’organiser et proposer une alternative. Penser le soin dans la communauté, monter en compétence au niveau de la résolution de crises et de conflits, pour pouvoir se passer de l’hôpital psychiatrique.
Si la psychiatrie disparaît, les murs de l’asile tombent, même pour les plus démunis qui n’ont nulle part où aller ou qui n’ont pas les sous pour se réfugier en clinique. On nous répond qu’être enfermé en psychiatrie puis suivi à vie, c’est toujours mieux que de finir enfermé en prison (alors qu’on n’a même pas commis de crime…).
L’enfermement psychiatrique et la déshumanisation des soins qui va avec ne sont pas une solution.
Certaines propositions qui reviennent souvent sont l’arrêt des hospitalisations et des traitements forcés ainsi que l’abolition de la contention. En finir avec les traitements dégradants, ce qui sous-entend qu’on ne garderait que le bon côté de la psychiatrie, des gens dévoués et formés à accueillir nos proches quand ils vont trop mal…
Beaucoup considèrent n’avoir été que malmenés par la psychiatrie, qu’ils vont bien malgré tout et que la psychiatrie les a sauvés, qu’il faut réussir à passer outre les conditions d’hospitalisation difficiles, que même si la chambre d’isolement est une torture psychique, mieux vaut le taire et ne pas raviver les traumas.
A chacun sa souffrance, à chacun ses traumas, un jour tu trouveras le bon psychiatre et psychologue pour te reconstruire et avancer, et la psychiatrie ne sera qu’une béquille, elle ne prendra qu’une place insignifiante dans ta vie rétablie car la psychiatrie ce n’est pas la vie. La vie hors des moments de crise vaut le coup d’être vécue et quand on va bien, on ne pense pas à changer la psychiatrie.
Je pense que ceux qui vont bien ont le devoir d’aider ceux qui n’ont pas (du moins temporairement) les ressources mentales pour résister à la folie et à la réponse psychiatrique (« tais-toi et avale ton traitement médicamenteux »).
Ceux qui sont rétablis mais aussi les proches peuvent aussi ne pas être complices de la maltraitance psychiatrique, ne pas fermer les yeux et permettre l’émergence de propositions alternatives de soins inscrits dans la communauté, échappant au tout médicament et à l’explication biomédicale des handicaps psychosociaux et des troubles dont la science ignore les causes.
Abolir la psychiatrie, ce n’est pas guérir miraculeusement en se sevrant des médicaments en cachette de son psychiatre, ni même forcément arrêter son traitement médicamenteux, ni même refuser les diagnostics ou les soins. Abolir la psychiatrie, c’est être fin d’esprit à défaut d’être sain d’esprit, c’est accepter la neurodiversité et la folie comme quelque chose d’inscrit dans l’humanité, une souffrance ou un handicap à accueillir collectivement, le « vrai » soin sans rapport de domination. Ces alternatives existent déjà dans les groupes d’auto-support et les groupes d’entendeurs de voix.
Les gens qui avons besoin de médicaments-béquille pour réguler le sommeil, apaiser les idées, ne pas sombrer dans l’abîme ou réduire l’anxiété, on a aussi besoin de parler. Parler de moi, je n’aime pas ça, je préfère engager une discussion sur la psychiatrie.
Comme dit un ami, parler de psychiatrie peut sauver des vies. Mais je pense que la psychiatrie sauve parfois des vies par défaut car on n’a pas inventé d’autre recours. Et que ce qui soulage vraiment la souffrance, c’est la parole, ce à quoi les psychiatres ne sont pas formés en 10 ans d’études contrairement aux psychologues.
Je suis heureux de pouvoir dévoiler par écrit ce que je pense sur la psychiatrie et mon refus de la voir se réformer, je pense qu’écrire c’est aussi réfléchir, sortir d’un silence et d’une souffrance étouffée par les calmants. Et j’espère qu’on pourra réfléchir ensemble à des récits alternatifs, dépsychiatriser nos troubles et s’émanciper collectivement car, antipsy ou pas, au final on est dans le même bateau.
Joan
Faut-il se révolter contre la psychiatrie ? [Soin Soin #1]
À l’occasion de la parution de Soin Soin, journal de réflexion sur le soin psychiatrique, nous vous proposons le texte d’Agathe qui clôt ce premier numéro (la version complète du journal est disponible en fin d’article).
Si la philosophie s’est posé la question de la localisation du psychisme humain, si elle s’est demandé où se situait le sujet, aujourd’hui, la psychiatrie le traite en paria. Pas de sujet qui pense en psychiatrie, pas d’individu libre et autonome, juste une mécanique chimique à réajuster. Mais la réajuster vers quoi ? Vers plus de normalité, c’est certain. Vers moins de bruit et de dommages pour une société qui ne supporte plus qu’on dévie un tant soit peu de sa trajectoire.
Aujourd’hui, être en bonne santé mentale c’est aller bien au sens d’aller dans le sens indiqué par la société. Ce n’est pas se sentir bien, ni même être heureux, non c’est suivre la ligne droite de la santé mentale. Cette ligne d’un devoir d’aller bien et de ne pas causer de tort à son environnement. Après le culte du corps en bonne santé, ne serait-on pas passé au culte de l’esprit sain. À la recherche des pervers narcissiques, des déviants en tous genres, la société recherche aujourd’hui et discrimine celui ou celle qui ne file pas droit. Avec une batterie d’injonctions à la pensée positive, au développement personnel, à la responsabilité individuelle face à des maux sociaux ou sociétaux qui nous accablent, la santé mentale se mue en bras armé d’un néolibéralisme qui décrète comment chacun de nous doit penser. Pour une acceptation meilleure d’un environnement social destructeur, des thérapies existent !
Alors quand le droit à se sentir bien dans sa tête se mue en injonction, en devoir d’aller bien et d’être suffisamment fabriqué par le système social pour y correspondre, qu’attendre de la psychiatrie? Peut-être qu’elle cesse d’être un contrôle social des plus récalcitrants à l’ordre établi, que cette récalcitrance soit volontaire ou non? Peut-être qu’elle cesse de contraindre à un comportement normé jusque dans les moindres détails microphysiques pour mener à l’incorporation des troubles sous l’effet de la contrainte extérieure. Tout cela, ce serait sûrement une limitation des dégâts occasionnés par cette forme de contrôle des comportements et des âmes déviantes. Ce serait peut-être un moyen aussi de se remettre à penser la folie autrement.
Si la folie, c’est la résistance biologique à un environnement pathogène restreint ou même plus large, alors comment envisager de ne s’attaquer qu’au seul «malade» et jamais à ce qui l’entoure. Alors oui, il y a des thérapies familiales, mais la famille est-elle réellement un foyer pathogène pour la personne qui souffre? N’y a-t-il pas plus largement dans les écoles, les entreprises, et à tous les niveaux de la société des foyers de souffrance et donc des foyers pathogènes que personne n’attaque jamais ? Peut-on penser que la folie émane au moins parfois d’un trop-plein de prise sur soi, et que tant que la situation perdure il n’y aura pas de moyen de se remettre plus ou moins bien de cette souffrance environnementale? C’est parce que les verrous sautent d’être trop serrés, que leur remettre un coup de vis à l’explosion est un non-sens contre-productif.
Gérer la folie par le sujet fou, c’est lui faire porter le poids exclusif de la responsabilité de ses troubles. C’est penser qu’il peut ou qu’il doit être le seul agent d’un aller mieux qu’il ne peut décréter. C’est renforcer sa folie par l’oppression sur lui seul et ce n’est pas traiter un environnement invivable pour lui. Bref, ce que nous promet la psychiatrie c’est contrôler socialement ses patients en leur forgeant un cadre social et médicamenteux aussi fermement verrouillé que ne l’étaient les cages de l’âge classique.
Alors faut-il se révolter pour se rétablir ?
Se révolter contre le système psychiatrique?
Se révolter contre son environnement ?
Se révolter contre une société qui relègue au rang de paria ses malades ?
Probablement…
Agathe
Survivre à la psychiatrie… et devenir pair-aidant #9
« Je suis Fabrice, j’ai 54 ans, je suis atteint d’un trouble bipolaire et je suis un survivant.
Mon retour à la vie date du 26 décembre 2021 à 11h14 lorsque j’ai appris que j’avais retrouvé un job après 5 ans sans emploi. C’était comme une renaissance.
Après des années de montagnes russes, j’ai le sentiment de revenir sur le plancher des vaches, à égalité avec les autres. Quand on est malade, on vous prend tout, votre identité, votre autonomie, votre libre arbitre, on vous infantilise. Vous quittez le monde des gens normaux et vous entrez dans l’univers des fous. Vous avez tout à coup la sensation de ne plus faire partie du monde des vivants. La maladie change tous les aspects de votre vie, vous tient à l’écart de vous-même et des autres.
J’ai connu l’hospitalisation sous contrainte, j’ai connu l’isolement, la contention, les traitements abrutissants aux effets secondaires violents, la « bienviolence », c’est à dire tout le mal qu’on vous fait pour votre bien ». J’en suis revenu.
Après un programme de rétablissement couronné par 4 ans et demi sans hospitalisation, dans quelques mois, je vais devenir pair-aidant. Je vais accompagner d’autres malades sur le chemin du rétablissement. Leur ouvrir le champ des possibles, leur dire que le diagnostic n’est qu’une étape, pas une condamnation, qu’ils peuvent compter sur leurs forces et leurs talents. Qu’on a tous une chance de s’en sortir, de se rétablir. Et, en somme, je vais faire de ma maladie mon métier. Si on me l’avait dit il-y-a 15 ans quand la maladie s’est invité dans ma vie, je ne l’aurais jamais cru. On met souvent en avant la vulnérabilité des personnes qui sont malades mais moi, aujourd’hui, après ce chemin de lutte et de rétablissement, je me sens fort.
Je me souviens, il y a longtemps, alors que j’étais conduit à l’hôpital sans mon consentement, cette chanson du groupe Téléphone résonnait à mes oreilles « les lumières dansent dans l’ambulance et elle tue sa dernière chance ». Aujourd’hui, je sais que les lumières ont fini de danser et elles ne m’ont pas tué. Voilà, c’est un fragment de vie : j’ai un parcours dont je suis fier. On a tous une chance, un talent et la vie fait qu’on parvient à le révéler ou pas. Moi, j’ai choisi d’aider les gens à trouver le leur. »
Fabrice
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Survivre à la psychiatrie #8
« Mon parcours psychiatrique a débuté à l’âge de 17 ans, en 1988. À cette époque, il n’existait aucune structure de soins pour les adolescents. J’ai donc été hospitalisée dans une clinique psychiatrique entourée d’adultes. Ce fût mon premier choc. J’étais en pleine dépression, j’avais fait une tentative de suicide suite au suicide de mon petit ami. Au sein de cette clinique, j’étais perdue et c’est une patiente qui est venue à moi. Mon accompagnement psy a été déplorable et j’ai même été abusée par le musicothérapeute. Je suis sortie 12 jours après à la demande de mes parents. À ma sortie j’ai affirmé à mes parents que « Les fous étaient dehors et non dedans ».
Entre deux hospitalisations, le généraliste me prescrivait du Temesta, je rechutais, de TS en TS, de deuils en deuils, j’ai perdu mes parents et des amis.
À 25 ans, nouvelle hospitalisation : aucun suivi de qualité, on me prescrit beaucoup trop de médicaments et c’est tout. Je suis shootée et désespérée.
Pendant 15 ans je refuserai tout traitement, je serai anti psychiatrie, je consulterai occasionnellement des psychologues jusqu’à ma dépression post partum qui a failli me coûter la vie suite à une TS. 5 jours de coma, longue hospitalisation, nouveau traitement, un suivi psy toujours aussi pauvre, j’en ressors sans avoir soigné ma dépression. On me prescrit du Tranxène et on m’oblige à cesser d’allaiter. Cette molécule va me désinhiber et me provoquer des phases maniaques.
Une véritable errance thérapeutique de plusieurs années renforcera l’alternance de phases maniaques et dépressives.
C’est à 41 ans, suite à une rupture que j’ ai fait une crise de décompensation. Mon entourage ne sachant pas gérer, j’ai demandé à être hospitalisée. Je suis restée 4 jours à pleurer toutes les larmes de mon corps, sans qu’aucun professionnel ne vienne vers moi. Là encore, ce sont les patients qui sont venus m’aider et me conseiller. J’ai enfin pu rencontrer le psychiatre qui a très vite posé le diagnostic de bipolarité-borderline. Mon 1er traitement m’a fait prendre 17 kgs et ne me convenait pas du tout. Je me suis sevrée seule et mes troubles sont réapparus. J’ai alterné entre suivi avec ce psychiatre et des périodes de 6 mois sans y aller, avec les conséquences de mes phases maniaques, des ruptures affectives essentiellement et d’autres hospitalisations.
À 46 ans, je rencontre l’homme qui m’accompagne aujourd’hui, il ne me juge pas et pour la première fois je décide de me soigner en acceptant un nouveau traitement et un suivi mensuel avec mon psychiatre. Je suis stabilisée depuis 6 ans.
J’ai suivi un programme thérapeutique d’un an qui m’a permis d’acquérir des outils de gestion de ma pathologie, psychoéducation mais aussi méditation, sophrologie, musicothérapie, auto-hypnose, ateliers de jeux collectifs et sport. Je ne me sers pas de tous ces outils quotidiennement mais lorsque j’en éprouve le besoin, je sais qu’ils sont à ma disposition. J’ai malgré tout un regard critique envers ces pratiques qui ne conviennent pas à tous les patients et qui peuvent les mettre sur le chemin des pseudos thérapies et de la spiritualité New Age.
Je considère aujourd’hui que j’ai subi de la maltraitance psychiatrique.
La psychothérapie que j’ai suivie pendant 6 ans m’a soutenue mais n’a jamais soigné ma pathologie.
J’ai perdu beaucoup d’années et d’énergie à errer, à souffrir, à ne pas être en capacité d’étudier, de travailler, à élever ma fille malgré tout du mieux que j’ai pu. Je me demande aujourd’hui comment j’ai réussi à traverser tout cela. Il faut une force incroyable et c’est sans aucun doute mon rôle de mère qui m’a fait tenir.
Oui, je peux dire que j’ai survécu à la psychiatrie. J’aurais préféré ne jamais avoir à prononcer cette phrase mais la réalité est qu’entre les années 90 et 2022, l’évolution de la psychiatrie a été bien trop lente et doit encore s’améliorer considérablement en terme de soins, de suivis, d’accessibilité à tous-tes. »
Iman – bipolaireborderline.jimdofree.com
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Survivre à la psychiatrie #7

Derrière les murs des hôpitaux aseptisés,
C’est là que se cache la vraie folie.
Les râles étouffants des patient enchaînés,
Y est d’ailleurs la seule mélodie.
Le traitement comme seul issu,
Coup de grâce du meurtre de notre âme,
Jamais le grand monstre n’est assez repu.
Il faudra pourtant bien déjouer leurs charmes.
Se rebeller, dire non
seront des signes d’une docilité défaillante,
Il va bien pourtant falloir retrouver la joie,
Au risque de ne pas passer 30.
J’invoque ce lieu où les contraires se côtoient.
Mes prières au cosmos seront mes seuls plaintes,
Que j’y trouve la grâce et non la contrainte.
@jooulzz
Voyage en psychiatrie [Anne-Lyse Delvaux]
Cet album rend hommage aux centaines de personnes que j’ai pu croiser dans mon voyage en psychiatrie, qui a duré vingt et un ans, et sur lequel je me retourne enfin pour tenter une résilience définitive.
Anne-Lyse Delvaux, novembre 2019
Survivre à la psychiatrie #4

Je suis aujourd’hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l’identité), et touche enfin l’AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j’ai eu avec un psychiatre :
Adrien : J’ai une autre personnalité, elle s’appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d’articles de revues psy dans lesquels j’ai l’impression de nous reconnaître.
Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n’existe pas, il faut que vous arrêtiez d’écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.
Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d’accord, lisez donc ces documents !
Dr Psychiatre : Si vous n’êtes pas d’accord c’est l’isolement.
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Survivre à la psychiatrie #3

– Je ne veux plus être malade.
– Prenez donc ce traitement.
– Je veux guérir sans médicaments.
– Vous ne pouvez pas. Vous êtes psychotique.
– Je veux juste mourir alors.
– Vous risquez l’hôpital psychiatrique alors.
Revenez dans un mois.
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Survivre à la psychiatrie #2
A-t-on le droit de rêver,
Ou va-t-on crever ?
Tout se brise face à la réalité
De notre impuissance face à leur toute-puissance
On va habiter là,
On voudrait déserter
Il faudrait coopérer avec les soignants,
Mais ne risque-t-on pas de craquer ?
Criser et finir par crier ?
On voudrait fuir, se cacher,
A défaut ce sont les cachets,
qu’en cachette on recrache.
On en est réduit à se cogner la tête contre les murs,
A défaut de danser, ce sont les verres qu’on envoie valser.
Alors nous voilà enfermés,
Mais on continue d’espérer et de respirer,
Même si on doit déféquer dans un sceau.
Porter un pyjama trop grand, bouffant
On se retrouve tels des clowns,
Trompés, dupés
Sans émotions, ni sentiments
Cloués au lit, sans force, sans énergie
Bouches ouvertes, bavants
Le regard vide, absents
Ne plus pouvoir écrire, tremblants
Ne plus pouvoir parler, bégayants
Transpirer, suer, pisser la nuit dans son lit
Voir les autres patients attachés, bouclés,
Enfermés à clef pour les calmer
Sans défense
et dans l’indifférence
C’est là que la bienveillance,
se mue en violence
Injections, injonctions,
Forcés, blessés
Panser sa mélancolie au fond du lit
Et sa schizophrénie dans le déni,
Lire, pour faire passer les délires,
Ne pas faire de bruit
Même dans le brouhaha des hallucinations,
Ne pas se croire humaine et dormir au sol,
Couchée telle une chienne.
Décharnée et squelettique parce qu’anorexique
Désarmés, nous reste-t-il des larmes ?
Survivre à la psychiatrie,
C’est la traverser sans être renversés
C’est y passer sans trépasser.