Chambre d’isolement [Vaillandet Lylaeve]

TW : Violences psychiatriques.

Je ne suis jamais vraiment sortie de chambre d’isolement.

            Physiquement peut-être, les soignants m’ont détaché les chevilles, les poignets et le front et m’ont déverrouillé la porte ;

            mais, psychologiquement, je suis encore dans cette pièce sans issue,

            psychologiquement, me retrouver seule, même dans ma propre maison, c’est me revoir adolescente, contrainte par la force à l’immobilité et à l’isolement, c’est sentir le blanc des murs et des sangles engloutir mes possibilités de communiquer avec le monde ;

            psychologiquement, c’est l’angoisse de ne jamais sortir de mes entraves qui revient chaque jour depuis que mon jeune cerveau l’a malgré lui intériorisée.

            Je me souviens de la violence de la solitude et de la violence employée pour l’imposer ;

je me souviens de ces mains qui m’ont maintenue au sol, qui m’ont frappée pour m’apaiser, qui m’ont traînée par terre dans les couloirs de la pédopsychiatrie, qui m’ont déshabillée sans mon consentement pour mieux m’attacher à leur lit en plastique ;

            je me souviens de l’humiliation, d’adultes responsables m’observer de la fenêtre de la chambre pour juger de ma disposition à sortir de leurs soins spéciaux ;

            je me souviens devoir me pisser dessus et supplier qu’on me laisse me nettoyer, parfois sans succès.

            Je me souviens de toutes sortes d’abus de la psychiatrie, qu’importe l’hôpital, qu’importe l’année, qu’importe les lois mises en place, et je pourrais continuer pour des pages encore si le simple souvenir de ces chambres de torture ne me replongeait pas dans cette angoisse de l’isolement qui ne m’a jamais quittée, des années plus tard.

            J’ai passé mes dernières années à chercher une raison, une justification à ce que j’ai vécu ; je peux dire aujourd’hui et après des recherches minutieuses qu’il n’y a rien qui puisse humainement justifier que l’on contraigne, détruise et traumatise l’enfant que j’étais et l’adulte que je suis.   

            Alors, je parle aujourd’hui de l’inhumanité de la mise en chambre d’isolement, et j’en parlerai qu’importe le mal que ça me fait encore d’en parler, parce que je ne saurais m’endormir en paix en ignorant que ces sangles et ces murs existent toujours, je ne pourrais m’endormir en ignorant les cris de la personne enfermée dans la chambre voisine.

Vaillandet Lylaeve

Abolir la psychiatrie

« L’abolition de la psychiatrie n’implique pas d’interdire aux gens de s’approprier les diagnostics psychiatriques qu’iels estiment leur être utiles, ni de leur interdire de continuer à prendre les médicaments psychiatriques qu’iels estiment efficaces. »

Stella Akua Mensah & Stefanie Lyn Kaufman-Mthimkhulu

https://www.zinzinzine.net/l-abolition-carcerale-doit-inclure-la-psychiatrie.html

Préambule

Je tiens à préciser en introduction que je ne suis pas sous l’emprise de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH ou CCHR à l’international), une organisation qui exploite les victimes de la psychiatrie au service d’un culte sectaire.

J’écris cet article car depuis la création de Comme des fous, j’ai mis beaucoup d’énergie pour comprendre la psychiatrie, pour réfléchir à comment la transformer collectivement car au final on est dans le même bateau.

J’écris en « je » car j’aimerais arrêter de me cacher derrière un « nous », sous-entendu « nous à qui on ne donne pas la parole », pour assumer mon point de vue personnel que je ne retrouve pas dans les mots des autres. Je sais que la psychiatrie ne me lâchera pas malgré la haine que je lui porte et je ne doute pas que l’EMDR ou la sismothérapie pourraient m’aider à dépasser les traumas générés par les hospitalisations à répétition.

Je trouve néanmoins qu’il faut politiser le problème. Car sinon on en revient toujours aux mêmes peurs et aux mêmes arguments.

Si la psychiatrie disparaît, la folie elle ne disparaîtra pas, qu’est-ce qu’on va faire de ces personnes folles pour lesquelles notre soutien indéfectible ne suffit pas, si même quand on se relaie jour et nuit pour l’accompagner, elle part dans un délire qui nous fait envisager le pire, qu’elle pourrait avoir une pulsion de mort ?

Si la psychiatrie disparaît, oui il va falloir s’organiser et proposer une alternative. Penser le soin dans la communauté, monter en compétence au niveau de la résolution de crises et de conflits, pour pouvoir se passer de l’hôpital psychiatrique.

Si la psychiatrie disparaît, les murs de l’asile tombent, même pour les plus démunis qui n’ont nulle part où aller ou qui n’ont pas les sous pour se réfugier en clinique. On nous répond qu’être enfermé en psychiatrie puis suivi à vie, c’est toujours mieux que de finir enfermé en prison (alors qu’on n’a même pas commis de crime…).

L’enfermement psychiatrique et la déshumanisation des soins qui va avec ne sont pas une solution.

Certaines propositions qui reviennent souvent sont l’arrêt des hospitalisations et des traitements forcés ainsi que l’abolition de la contention. En finir avec les traitements dégradants, ce qui sous-entend qu’on ne garderait que le bon côté de la psychiatrie, des gens dévoués et formés à accueillir nos proches quand ils vont trop mal…

Beaucoup considèrent n’avoir été que malmenés par la psychiatrie, qu’ils vont bien malgré tout et que la psychiatrie les a sauvés, qu’il faut réussir à passer outre les conditions d’hospitalisation difficiles, que même si la chambre d’isolement est une torture psychique, mieux vaut le taire et ne pas raviver les traumas.

A chacun sa souffrance, à chacun ses traumas, un jour tu trouveras le bon psychiatre et psychologue pour te reconstruire et avancer, et la psychiatrie ne sera qu’une béquille, elle ne prendra qu’une place insignifiante dans ta vie rétablie car la psychiatrie ce n’est pas la vie. La vie hors des moments de crise vaut le coup d’être vécue et quand on va bien, on ne pense pas à changer la psychiatrie.

Je pense que ceux qui vont bien ont le devoir d’aider ceux qui n’ont pas (du moins temporairement) les ressources mentales pour résister à la folie et à la réponse psychiatrique (« tais-toi et avale ton traitement médicamenteux »).

Ceux qui sont rétablis mais aussi les proches peuvent aussi ne pas être complices de la maltraitance psychiatrique, ne pas fermer les yeux et permettre l’émergence de propositions alternatives de soins inscrits dans la communauté, échappant au tout médicament et à l’explication biomédicale des handicaps psychosociaux et des troubles dont la science ignore les causes.

Abolir la psychiatrie, ce n’est pas guérir miraculeusement en se sevrant des médicaments en cachette de son psychiatre, ni même forcément arrêter son traitement médicamenteux, ni même refuser les diagnostics ou les soins. Abolir la psychiatrie, c’est être fin d’esprit à défaut d’être sain d’esprit, c’est accepter la neurodiversité et la folie comme quelque chose d’inscrit dans l’humanité, une souffrance ou un handicap à accueillir collectivement, le « vrai » soin sans rapport de domination. Ces alternatives existent déjà dans les groupes d’auto-support et les groupes d’entendeurs de voix.

Les gens qui avons besoin de médicaments-béquille pour réguler le sommeil, apaiser les idées, ne pas sombrer dans l’abîme ou réduire l’anxiété, on a aussi besoin de parler. Parler de moi, je n’aime pas ça, je préfère engager une discussion sur la psychiatrie.

Comme dit un ami, parler de psychiatrie peut sauver des vies. Mais je pense que la psychiatrie sauve parfois des vies par défaut car on n’a pas inventé d’autre recours. Et que ce qui soulage vraiment la souffrance, c’est la parole, ce à quoi les psychiatres ne sont pas formés en 10 ans d’études contrairement aux psychologues.

Je suis heureux de pouvoir dévoiler par écrit ce que je pense sur la psychiatrie et mon refus de la voir se réformer, je pense qu’écrire c’est aussi réfléchir, sortir d’un silence et d’une souffrance étouffée par les calmants. Et j’espère qu’on pourra réfléchir ensemble à des récits alternatifs, dépsychiatriser nos troubles et s’émanciper collectivement car, antipsy ou pas, au final on est dans le même bateau.

Joan

Comment gérer et prévenir la violence et la maltraitance en psychiatrie ? [QualityRights]

Extrait du module “Mettre fin à la contrainte, la violence et la maltraitance” de la formation en ligne WHO QualityRights. Cette formation accessible et gratuite est proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

Comment gérer et prévenir la coercition, la violence et les abus ?

Les situations tendues résultent généralement de problèmes de communication et de malentendus. Elles surviennent souvent lorsque les personnes usagères des services ont l’impression de ne pas être écoutées et qu’elles s’énervent, s’angoissent ou s’agitent. Si elles ne sont pas gérées de manière appropriée, les situations tendues peuvent déboucher sur une crise, ce qui peut conduire au recours à la contention et à la violence.

I. Réponses appropriées et inappropriées aux situations tendues

En cas de situation tendue, il est important de :

  • Penser à la sécurité de toutes les personnes présentes (par exemple, demandez aux personnes dont la présence n’est pas nécessaire de quitter la pièce).
  • Intervenir rapidement pour éviter que la situation ne dégénère en crise.

Voici des exemples de réponses appropriées et inappropriées.

Réponses appropriées et efficacesRéponses inappropriées et inefficaces
– Traiter la personne concernée avec respect et empathie
– Écouter ses préoccupations et ses souhaits
– Essayer de comprendre ce qu’elle ressent et reconnaître ses sentiments
– Lui demander comment elle souhaite être soutenue/traitée
– Être patient, soutenir et rassurer
– Donner à la personne de l’espace et du temps
– Garder son calme
– Trouver une solution non violente à un problème
– Isolement et contention
– Cris
– Menaces et intimidation
– Manipulation forcée

*** IMPORTANT ***
Les réactions ci-dessus peuvent renforcer le sentiment d’impuissance et de détresse des personnes, accentuant leur ressentiment ou agitation. Elles sont donc préjudiciables et peuvent rapidement conduire une situation vers la violence.

II. Déclencheurs et signes d’alerte

Pour éviter qu’une situation tendue ne dégénère en crise, il est important d’identifier les éléments déclencheurs et les signes d’alerte des personnes usagères des services, ainsi que ceux du personnel, des familles et d’autres personnes. Voici des exemples de déclencheurs et de signes d’alerte.

Déclencheurs (c’est-à-dire stimuli)Signes d’alerte (c’est-à-dire signes physiques ou extérieurs)
– J’ai l’impression de ne pas être écouté
– Les gens me manquent de respect
– D’autres personnes utilisent mes affaires sans permission
– Bruits forts
– Être touché
– Ne pas avoir le choix, ne pas pouvoir contrôler ou participer
– Nervosité, agitation, stimulation
– Essoufflement ou respiration rapide
– Transpiration
– Dents serrées, mains qui se tordent
– Repli sur soi, peur, irritation
– Contact visuel prolongé
– Augmentation du volume de la parole
– Agressivité ou menaces de préjudice

Une fois que les déclencheurs et les signes d’alerte ont été identifiés, il est possible de mettre en place des stratégies clés pour éviter et désamorcer les crises potentielles. Cela inclut :

  • Espaces d’apaisement et approches sensorielles
  • Création d’une culture du « oui » et du « c’est possible »
  • Plans individualisés permettant d’identifier et de gérer les déclencheurs et les signes d’alerte
  • Techniques de communication
  • Équipes d’intervention

III. Espaces d’apaisement et approches sensorielles

Les espaces d’apaisement offrent un environnement dans lequel les personnes usagères des services peuvent avoir un peu d’espace, se sentir en sécurité et se calmer. Elles sont souvent utilisées en complément des approches sensorielles, qui consistent à stimuler les différents sens (toucher, ouïe, odorat, vue et goût) pour aider une personne à se sentir plus calme. Parmi les exemples, citons la musique, les massages, les couvertures douces, les couleurs apaisantes et l’aromathérapie, mais cela peut varier selon les préférences des personnes.

Les espaces d’apaisement et les approches sensorielles ne doivent être utilisés qu’avec le consentement éclairé de la personne. Les espaces d’apaisement ne doivent pas être utilisés comme un lieu d’isolement involontaire. Les personnes usagères des services ne doivent jamais être enfermées ou empêchées de quitter l’espace.

IV. Création d’une culture du « oui » et du « c’est possible »

Lors de leur admission, les personnes usagères des services s’en remettent aux membres du personnel. Cette perte de contrôle et cette dépendance à l’égard du personnel peuvent provoquer détresse, anxiété et frustration. Cela est particulièrement vrai lorsque les membres du personnel ne répondent pas aux besoins des personnes usagères des services, en raison d’une lourde charge de travail, d’une pénurie de personnel, d’une formation insuffisante, de la réglementation des services ou d’autres raisons.

Une stratégie clé consiste à créer une culture du « oui » et du « c’est possible » au sein du service. Avant d’asséner un « non » automatique aux demandes des usagers, les membres du personnel doivent d’abord REFLECT (RÉFLÉCHIR) à la demande.

R – Reframe (Recadrage) :Qu’est-ce qu’il faudrait pour que je dise oui ?
E – Easy (Facile) :Le « non » est-il la solution de facilité ?
F – Feeling (Sentiment) :Que ressentirait la personne si je disais « non » ?
L – Listen (Écoute) :Ai-je vraiment écouté la personne et ce qu’elle demande ?
E – Explain (Expliquer) :Puis-je expliquer à la personne pourquoi je ne suis pas en mesure de répondre à sa demande ?
C – Creative (Créatif) :Existe-t-il des moyens créatifs que je pourrais utiliser pour essayer de trouver une réponse à la demande de la personne ?
T – Time (Temps) :Est-ce que j’octroie suffisamment de temps pour examiner la demande ?
Source : Adapté de Manaan Kar Ray & Sarah Rae. ‘No Audit: Reflect to Reframe’ in Power to empower Lies beyond Binaries. PROMISE: PROactive Management of Integrated Services & Environments. Cambridge University Health Partners http://www.promise.global/2015_04_09_Binary.pdf

Voici une autre question importante à laquelle les membres du personnel doivent réfléchir : puis-je octroyer des ressources aux personnes usagères des services pour leur éviter d’avoir à formuler cette demande et leur permettre d’être plus autonomes ?

V. Plans individualisés

Les plans individualisés peuvent permettre de mieux comprendre ce qui rend une personne angoissée ou agitée et ce qui l’aide à se sentir calme.

Pour élaborer un tel plan, une personne doit :

  • Identifier les déclencheurs et les signes d’alerte qui pourraient potentiellement mener à une situation tendue.
  • Décrire les méthodes d’apaisement convenues qui peuvent être utilisées pour gérer et empêcher l’escalade d’une situation tendue.

Les exemples de méthodes d’apaisement varient largement d’une personne à l’autre mais peuvent inclure :

  • Faire une promenade/prendre l’air
  • Se confronter à une personne qui reconnaît les sentiments
  • Prendre des respirations lentes et profondes
  • Serrer une balle ou une couverture
  • Être capable de crier ou de pleurer
  • Passer du temps dans un espace d’apaisement
  • Parler à un ami ou à un membre de la famille

Un plan individualisé peut être un document autonome ou faire partie d’un plan de rétablissement global ou de directives anticipées en psychiatrie. Les plans individualisés doivent être accessibles lors de situations tendues (par exemple, sur le registre du service, sur le registre en ligne…). Si une personne a élaboré un plan individualisé, elle doit informer toutes les personnes concernées de son existence afin qu’elles puissent l’aider à mettre en oeuvre les stratégies d’apaisement identifiées.

Les professionnels de la santé mentale et autres praticiens, les familles et les aidants doivent également élaborer leurs propres plans individualisés. Ils sont également susceptibles d’avoir des déclencheurs qui peuvent affecter leur comportement dans des situations difficiles. Il est donc important pour les usagers d’identifier les méthodes d’apaisement qui fonctionnent pour eux.

VI. Techniques de communication

De bonnes capacités de communication sont essentielles pour gérer les situations tendues et difficiles. La communication doit être :

RespectueuseTraiter toutes les personnes impliquées dans la situation avec respect et dignité.
AttentiveConsacrer toute son attention à la personne (c’est-à-dire écoute active).
AffirméeSoutenir et encourager la capacité de la personne à trouver des moyens de se calmer et de résoudre la situation.
PositiveEncourager la personne à se concentrer sur les aspects positifs de la situation.
EmpathiqueFaire des efforts pour comprendre les pensées et les sentiments de toutes les personnes concernées.
PatientePrendre tout le temps nécessaire pour entendre les préoccupations de la personne et parvenir à une solution juste et pacifique.

Voici des exemples de phrases ayant été identifiées comme utiles par certains usagers de services en Nouvelle-Zélande – elles ne seront pas utiles pour tout le monde :

  • Vous pouvez compter sur moi.
  • Vous n’avez rien à prouver à personne.
  • Je sais que vous allez vous en sortir.
  • Concentrez-vous toujours sur le souvenir de vos réalisations… et pas seulement de vos problèmes.
  • Comment puis-je vous aider ?
  • Dites-moi ce que vous voulez/ce dont vous avez besoin.
  • Je suis là pour écouter.
  • Je respecte votre point de vue.
  • Nous pouvons travailler à cela ensemble.
  • Il est normal de ressentir cela.
  • N’abandonnez pas.

Source : Adapté de Mary Ellen Copeland, Mental Health Recovery Newsletter, février 2002, cité dans Roadmap to Seclusion and Restraint Free Mental Health Services. DHHS Pub. No. (SMA) 05-4055. Rockville, MD: Center for Mental Health Services, Substance Abuse and Mental Health Services Administration, 2005, Module 5 pp. 43-44.

L’écoute active constitue un aspect essentiel d’une bonne communication. En accordant toute votre attention à votre interlocuteur, vous êtes en mesure de mieux comprendre ses pensées et ses sentiments. Il ne s’agit pas d’être d’accord ou non avec l’interlocuteur, mais de répéter avec vos propres mots ce que vous pensez qu’il a dit afin de vous assurer que vous l’avez compris (et ainsi éviter les malentendus).

Lorsque les personnes usagères des services ont le sentiment d’être écoutées, elles sont plus enclines à s’ouvrir, ce qui permet de résoudre pacifiquement la situation. Voici un exemple vidéo.

Vidéo : Comprendre l’agitation : Désescalade

Source : Depression and Bipolar Support Alliance

VII. Équipes d’intervention

Une équipe d’intervention (EI) est un groupe de personnes chargées, au sein d’un service, de répondre à une crise dans un court laps de temps. Elle est formée pour gérer les crises en utilisant des techniques de communication et de désescalade.

L’intervention d’une EI se concentre sur le développement d’une relation non intrusive, non contrôlante, non conflictuelle et hautement empathique avec la personne en crise. Elle n’utilise PAS l’isolement, la contention, la médication forcée, les sédatifs ou les tranquillisants. Lorsqu’ils sont disponibles, les membres de l’EI accèdent aux plans individualisés, aux plans d’anticipation et/ou de rétablissement pour répondre à la volonté et aux préférences de la personne.

Les membres de l’EI peuvent être des praticiens de la santé mentale et autres, des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels ou cognitifs, des pairs, des défenseurs de la communauté, des membres de la famille, etc. En outre, il peut y avoir des « membres de garde » pouvant être contactés en fonction des besoins.

Une fois la crise résolue, des séances de débriefing doivent être organisées :

  • Avec la personne concernée (lorsqu’elle se sent prête) : pour mieux comprendre ce qu’elle a vécu, la façon dont l’EI a géré la situation, et pour élaborer ou revoir son plan individualisé.
  • Avec d’autres personnes (membres de la famille, soignants et autres aidants) : pour identifier ce qui a conduit à la montée des tensions et comment mieux gérer la situation à l’avenir.
  • Avec les membres de l’EI : pour parler de ce qui a fonctionné, de ce qui n’a pas fonctionné et des moyens de s’améliorer.

Il est toutefois important de noter qu’une intervention de l’EI n’est nécessaire que dans certaines situations ; lorsque les autres stratégies ne sont pas appropriées ou n’ont pas fonctionné. Dans de nombreux cas, les personnes usagères des services ont simplement besoin de temps et d’espace pour surmonter leur détresse, par elles-mêmes ou avec le soutien d’autres personnes.

Vous pouvez suivre la formation en ligne ici.

Mes pensées vont à Monsieur D. [Une Si Belle Folie]

Sarah, autrice du blog Une Si Belle Folie, nous offre une magnifique réponse aux traitements stigmatisants de tous ces faits divers qui font de nous des monstres.

Au début du mois de janvier, j’ai commencé à préparer un texte. Il s’appelait « Comptes de la psychophobie ordinaire ». Je voulais compiler les attaques qui nous sont faites, explorer leurs formes multiples, frontales ou déguisées… Je n’ai pas réussi, j’avais peur de me noyer, toute seule dans cet océan de haine crue, de peur lâche, d’ignorance crasseuse.

Pourtant, il y en avait des choses à dire !

Les faits divers se suivent et se ressemblent, la traque médiatique et politique ne connaît pas de repos.

Nos oreilles et nos cœurs saignent des mots que tous emploient, tous les jours. Journaux, réseaux, métro, apéros. Partout.

La psychophobie et la maltraitance sont partout, au cœur de toutes les institutions. hôpitaux, commicos, tribunaux, centres sociaux… Partout. Dans toutes les taules, et tous les lieux de vie institutionnalisés. À l’assemblée nationale, au sénat. Partout, rongeant les institutions qui ont pour mission de nous protéger, nous, citoyens et citoyennes que la folie expatrie.

La litanie ne s’arrête jamais.

Ce que nous autres psychiatrisés, fous et folles avec ou sans étiquette, fragiles cognitif et psychiques nous mangeons dans la tronche au quotidien, gratuitement, est d’une violence inouïe.

Aujourd’hui, en 2022, nous en sommes en droit de nous poser la question : nous, folles et fous, sommes nous des citoyens ?

Depuis 50 ans, la France n’a jamais traité ses fous aussi mal.

Plutôt que des « Comptes de la psychophobie ordinaire », je vous propose ce billet autour d’un des nombreux faits divers de ce mois de janvier.

Mes pensées vont à Monsieur D.

Janvier 2022… Passons sur Booba, roi des trolls, dont l’histoire personnelle devrait résonner avec ce que Stromae tente de capturer : le mal à vivre, jusqu’à vouloir en finir. Non, il y a des degrés dans la souffrance, il y a des souffrances qui « méritent ». Or, ironie du sort, ces dernières sont irréversibles, n’est-il pas alors important de raconter les moments suspendus ? Les posts se succèdent, les anonymes s’en mêlent et relaient la difficulté de l’humain à penser la douleur de l’autre.

Passons sur le médecin qui m’a reçu quand j’ai fait ma troisième dose de vaccin. Et qui a accueilli l’annonce de mes traitements médicamenteux d’un « Ah. Bipolaire », quand ils auraient pu être associés à tout un tas d’autres pathologies. Pour ma part, l’étiquette diagnostique est depuis bien longtemps digérée, j’ai pris l’utile et j’ai jeté le reste. De tels diagnostics sauvages, non sollicités, peuvent avoir des effets délétères pour quelqu’un en errance et en recherche de sens.

Passons sur ce fait divers « pyrénéen » magnifié par la lentille médiatique. Sans que jamais ne sois questionnée l’institution militaire sur sa responsabilité sur l’état de santé de cette ancien soldat.
Passons sur les discours politiques sécuritaires. Sale goût de 2008.

Passons…

Et pourtant, ça ne passe pas. Je refuse de laisser passer. Comme dans une chanson de Brel, j’entends « au suivant ».

La Provence, 28/01/22 : « À Marseille, le retour d’un malade violent en psychiatrie entraîne une grève des soignants ».

L’article (en mérite-t-il le nom?), décrit comment un homme de plus de deux mètres, Monsieur D., extrêmement violent, fait trembler les soignants de Marseille à Lyon. Un préavis de grève est lancé.

Les titres sensationnalistes s’enchaînent :

France Bleu, 30/01/22 : « Le retour d’un patient psychiatrique dangereux inquiète les soignants de La Conception à Marseille. »

YahooNews, 31/01/22 « Marseille : le retour d’un géant ultra violent terrorise l’hôpital psychiatrique. »

BFM, 02/02/22 « « Il faut 16 soignants pour le maîtriser. » : un patient violent terrifie les services d’un hôpital psychiatrique. »

Au fil des torchons, on apprend comment Monsieur D. est trimballé de service en service, comment un dispositif spécifique a été mis en place par la préfecture, mais, non, rien n’y fait, Monsieur D. explose, éructe, fugue, détruit tout sur son passage. Et quand ça pète, il faut 12, non 16, non, 19 soignants pour le maîtriser.

Sa taille, son poids, sont répétés sans cesse. Et les attaques incessante envers tous ceux qu’il rencontre.

C’est important, ça, de faire de lui une bête, un démon.

De montrer qu’il est d’une autre nature. Quand nous sommes tous fait du même bois. La folie est affaire d’intensité, elle est affaire d’environnement, de relation à l’autre et au monde, elle est profondément humaine.

Mieux vaut, aussi, faire porter tous les maux à Monsieur D., plutôt que de souligner les manques de l’inhospitalière psychiatrie.

Le but ? Faire trembler les français jusque dans leur lit.

Le reste est offert à la spéculation. Le reste, sauf l’implicite évidence qui transpire de tous ces articles : les actes de Monsieur D. sont, à chaque fois, des actes froids, déterminés, intentionnels.

Permettez-moi de combler ce trou béant offert à la spéculation, en m’appuyant sur l’expérience, sur mes recherches, sur les confidences qui me sont offertes par mes pairs.

La vie de Monsieur D., depuis ses 16 ans, c’est une vie faite d’aller-retours entre les unités pour malades difficiles et les services fermés. Une vie de souffrances aiguës, de souffrances continues.

Une vie de chambre d’isolement, une vie de contention, une vie de piqûres, une vie de chimie lourde, probablement une vie d’électrochocs. On sait assommer des chevaux, assommer des éléphants. Soyez sûrs qu’on assomme Monsieur D.

C’est une vie désorientée, une vie de noyade et de panique. Une vie de 20 coups rendus pour un coup donné. Une vie d’humiliations et d’insultes, qui appartiennent aujourd’hui au domaine public. Une vie sans vie privée. Une vie sans amour, ou peut-être quelqu’un est-il encore là ? Si c’est le cas, mes pensées vont aussi vers vous.

Soyez sûrs, aussi, que si Monsieur D. avait tué, s’il avait torturé, s’il avait violé femmes et enfants, nous le saurions. Les médias s’en seraient régalés.

Monsieur D. n’est pas un grand criminel.

Il est inadapté à un monde qui ne s’est jamais adapté à lui.

Il est odieux qu’il serve d’épouvantail pour que, dans les médias, dans les discours politiques, dans l’opinion publique, la violence institutionnalisée faite au fous, à tous les fous, soit, encore une fois, justifiée.

La psychiatrie s’acharne sur chacun d’entre nous.

En 2012, lors de ma première hospitalisation contrainte, quand je n’ai pas voulu accepter les règles du jeu de votre taule, vous vous y êtes mis à huit sur mes 1m75 et mes 75kg. Vous m’avez confié en avoir bavé.

C’était la vie en moi qui résistait. C’était de ma liberté dont il était question. C’était mon angoisse, ma terreur, mon esprit bouleversé qui s’exprimaient, et non de la violence intentionnelle.

C’est la force et la chimie qui ont gagné, comme toujours. C’est un jeu où nous ne pouvons gagner.

De toute ma vie, je n’ai été violente qu’entre vos mains. Ou celles des flics.

En 2013, en réponse à une nuit blanche de divagation pieds nus, ce sont 5 flics qui sont venus me cueillir et me maîtriser. Je me suis réveillée le lendemain attachée sur le lit d’une chambre d’isolement, dans le noir, presque nue. J’ai eu de la chance. J’ai le privilège d’être blanche, je divaguais en plein centre ville, en plein jour.

J’ai le privilège d’être en vie.

La nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Maurepas, à Rennes, cinq balles sont tirées dans le dos de mon ami Babacar Gueye, en réponse à sa détresse. Les agents de police empêchent les pompiers de monter pendant plus d’une heure. Babacar suffoque et s’éteint, pendant que la machine judiciaire, prompte à protéger ses chiens fait déjà marcher sa mécanique.

Le 10 mars 2018 à Rennes, Maëlig, le frère d’une très bonne amie, met fin à ses jours, 24h après que les soignants aient mis un terme prématuré à son séjour à l’hôpital. Il y était hospitalisé suite à une tentative de suicide. Les psychiatres ont mis un place un nouveau traitement, et programmé une sortie avec la famille, qui s’est organisée en conséquence. Maëlig sort 8 jours avant la date prévue, sans que sa famille soit prévenue.

De tels récits, j’en ai entendu des dizaines. Mais ils ne sont pas miens à raconter.

Pour nombre d’entre nous, rien d’autre que ce cercle vicieux, « comme l’a dit Sarko », rien d’autre que la rue, l’HP, et la prison. Chaque fois, l’institution policière-psychiatrique se protège. C’est d’autant plus facile, quand, socialement, l’image d’un fou malmené ne provoque à son endroit que la moquerie, le dégoût, la haine…

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

La psychiatrie a bon dos, me direz-vous. C’est parce que je vous sais assez fins pour comprendre que ce que j’englobe sous ce terme, c’est tout à la fois la discipline médicale, ses liens macabres avec la police et la justice, les politiques de santé publique, le miroir social et médiatique des représentations de la folie…

Il y en a assez que le sensationnalisme n’aille que dans un sens. Quand les soignants maltraitants seront-ils jugés ? Combien d’entre nous serons passés entre leurs mains ?

Oh, du fait divers, il y en aurait, ne vous inquiétez pas, car ces forçats ont tout un arsenal à leur disposition. Camisole, contentions, isolement, privations, punitions… Et la chimie qui nous assomme tous et toutes la nuit.

Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici, le fait divers, le cas isolé. La violence qui nous est faite est orchestrée. Elle est massive. Elle fait système.

Vous me dites que ce que j’avance n’est pas très précis ? Que je vais trop loin ? Vous voulez des chiffres ?

Les vies perdues ne se chiffrent pas, elles se pleurent, elles creusent les entrailles, d’autant plus quand le départ est aussi violent. Elles laissent des trous béants dans nos âmes.

Babacar était lumineux, drôle, il avait le soucis des autres, donnait sa force partout où il le pouvait. Il aimait danser, courir, regarder des vieux films d’action. Il était canon, avec un sourire à tomber. Il allait de l’avant, il était déterminé.

Maëlig était passionné de musique et de cinéma, il animait des chroniques cinéma, il faisait des lectures pour les enfants dans les bibliothèques, il partageait ses passions sans relâche pour nous amener dans son univers riche et généreux. Il était charismatique, gentil, il avait choisi l’humour plutôt que la rancune, il était dans la vie.

Babacar et Maëlig étaient des fils, des pères, des frères, des amis, des amoureux.

Ils avaient 27 et 36 ans, la vie devant eux, et les rêves qui vont avec.

Les vies mutilées ne se chiffrent pas, elles se traversent dans la douleur, dans une souffrance qui n’a d’égale que l’indifférence qui lui est opposée. Noyés sous la chimie, torturés, humiliés, jusqu’à ce que le dernier fil qui nous retiens à la vie ne lâche.

J’en suis écœurée jusqu’à l’indigestion, des chiffres.

Je rêve d’un monde où les charniers ne se résument pas à des chiffres. Allez les chercher, vous, les élus qui fermez les yeux, les intellectuels muets, les soignants violents, ou à minima dans un déni que je ne peux qualifier d’entièrement inconscient, les travailleurs sociaux aux jugement moral lapidaire, Monsieur et Madame tout le monde étouffés par leurs œillères, ou pire, la haine des fous.

Soyez sûrs, tous, que si on ouvrait vos cerveaux comme on ouvre les nôtres, si on vous écoutait vous parler à vous-même, si on découvrait ce que vous pensez des autres, tout ce qui vous fait flipper, vous aussi vous seriez enfermés, attachés, cachetonnés. La frontière est mince, et le chemin pour recouvrir son statut d’homme et de femme, de citoyen, est laborieux.

Les chiffres débordent des sites web du Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, de la Haute Autorité de Santé, d’Amnesty International…

La psychiatrie avait commencé à prendre un visage humain à partir de l’après-guerre, après que 45 000 malades soient morts de faim sous le régime de Vichy, avec l’expérience de La Borde, avec le mouvement du désaliénisme, avec les courants de la psychothérapie institutionnelle, et de l’antipsychiatrie.

Il fut un temps où, pour les soignants, pour les policiers, pour les pompiers, travailler auprès de « l’humain en crise », c’était désamorcer des situations en apparence inextricables, c’était prendre le temps d’apaiser, c’était prendre le risque de se prendre une baffe, parce qu’on avait le souci de détricoter le fruit de la panique et du délire, de celui de la violence intentionnelle.

Cette période de renouveau intellectuel et éthique, cette période où sont nées de nouvelles pratiques et de nouveaux espoirs pour les fous est révolue.

La psychiatrie régresse. La psychiatrie est ultra-violente, et la société est à son image à l’égard des fous et des folles. Ou alors c’est l’inverse ?

Je n’écrirais pas ici de liste à la Prévert. Soyez sûr que je sais combien les oppressions se superposent.

Nombreux sont celles et ceux qui ont des raisons de craindre une nouvelle accélération autoritaire, pour leur esprit, pour leur corps, pour les êtres qui leurs sont chers. Qui seront les premiers à être massacrés ?

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

Je suis injuste ? Rien n’est juste dans la façon dont nous sommes traités. Je ne veux pas vous entendre geindre. Je veux provoquer un choc. Depuis 50 ans, jamais on ne nous a autant malmenés.

Certains semblent découvrir aujourd’hui que certaines catégories de citoyens peuvent être déclassées. Les fous ne le savent que trop bien.

Avec la particularité que la famille des fous transcende les clivages sociaux.

Oh ! On se remet mieux avec de la thune, avec des bagages universitaires, avec le bon réseau. On est moins bien armés face à la machine à broyer quand on se bat déjà pour survivre. Là comme partout la misère inflige une double peine.

Nous sommes des sous-citoyens. Toute forme de représentation autonome et émancipée nous est interdite. Partout, des instances consultatives aux comités d’éthique des hôpitaux, dans les conseils municipaux, un simulacre de représentation est savamment orchestré. Surtout, que les fous n’y fassent pas de vagues.

On parle pour nous. La « bienveillance », le scientisme et la charité sont des leurres. On nous aime maintenus sous l’eau. Cluzet. Leboyer. Psychodon. Maintenus sous l’eau, pauvres, shootés, infantilisés.

Parlons de ce préavis de grève, lancé par FO. Jamais je n’ai vu passer un tract où les revendications ne soient pas d’abord salariales. Les soignants doivent accéder à plus de moyens humains et matériels, obtenir une rémunération décente, être formés, et je suis la première à défendre ces revendications.

Mais j’ai la rage, quand je vois qu’elles ne sont quasiment jamais accompagnées de mots d’ordres visant à l’arrêt des pratiques maltraitantes. Si elles sont évoquées, c’est au détour d’une phrase, pas dans le cœur des revendications. Comme si tout n’était pas à reconstruire dans la relation des soignants aux patients.

Le manque d’analyse des pratiques est partout. Le manque de moyen est une excuse confortable. Il est des services où, avec les mêmes maigres moyens, on recourt 2 fois moins, 10 fois moins aux mesures coercitives que sont l’isolement, les contentions et la médication forcée.

À Rennes, avec un camarade nous avons tenté d’établir un lien avec les syndicalistes locaux. Nous n’avons rencontré que du cynisme et de l’hypocrisie. Nous avons envoyé des mails, nous nous sommes rendus sur des piquets de grève.

Nous n’avons rencontré que de fausses promesses, puis le silence, quand les discussions avec les grévistes ne faisaient qu’entériner notre intuition que l’hôpital public est de plus en plus violent d’années en années, de crises sécuritaires en crise sanitaire. Il traite l’urgent, « la file active », et nous boute dehors en se lavant les mains des suicides de ceux qu’ils ont lâchement lâchés trop tôt.

On nous a claqué la porte au nez. L’HP continue de se verrouiller en enchaînant les fous.

Pourtant, mon camarade et moi, nous travaillons à longueur d’année avec des professionnels de santé, des acteurs associatifs et institutionnels, des représentants de familles d’usagers…

Très chers pairs. Je me permets d’écrire en rêvant.

Très chers pairs. Rassemblons nous, partout où nous le pouvons. Nous sommes les seuls sur qui nous puissions compter pour briser nos chaînes. Rassemblons nous, en collectifs indépendants de toutes instances institutionnelles.

Nous, usagers militants, arrêtons de semer notre énergie aux quatre vents aux sein d’assemblées ankylosées où ne règnent que le consensus mou et, trop souvent, la langue de bois. Cette énergie, qui nous manque si souvent dans nos quotidiens accidentés, nous en avons besoin, pour nous tous, et d’abord pour celles et ceux d’entre nous qui souffrent le plus.

Je ne suis pas partisane d’une non-mixité « à tout prix ». Mais cette non-mixité, nous en avons un cruel besoin. Quand, en France, un collectif national d’usagers de la psychiatrie, de fous et de folles, réunissant des dizaines (et, à fortiori des centaines) d’entre nous pour travailler sur le long terme a-t-il existé ?

Il est temps.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout. Nous avons besoin de nous mettre d’accord sur une stratégie politique, et sur des objectifs prioritaires. Pour le reste, la diversité de nos visions et de nos pratiques est ce qui fera notre force.

Que tous et toutes se sentent bienvenus dans ces collectifs, les vieux loups et les plus jeunes, les militants associatifs, les représentants d’usagers, les pairs-aidants, les militants politiques…

Si certains d’entre vous souhaitent discuter, je ne suis pas difficile à contacter.

Je vous laisse sur ce doux rêve de libération.

Mes pensées vont à Babacar et Maëlig, et à toutes celles et ceux qui continuent de les aimer.

Mes pensées vont à Monsieur D., j’espère que vous me pardonnerez, à mon tour, d’avoir parlé de vous sans vous.

Mes pensées vont à toutes celles et tous ceux qui, à l’heure où j’écris, à l’heure où vous me lisez, subissent l’acharnement d’une médecine qui trop souvent n’en mérite pas le nom.

À la folie,

Nous avons le droit d’être furieux.

Sarah Jolly.

Article initialement publié sur mon blog, unesibellefolie.com, le 14/02/22, accompagné de cette note :

Note à destination des soignants: La rubrique « Coup de Gueule » existe sur Une Si Belle Folie afin de me permettre d’exprimer ma colère, la rage qui me saisit parfois face à toutes les violences dont nous sommes la cible. Ce sont des émotions et des énergies qui doivent être accueillies. Travailler ensemble à un accueil humain de la folie demande d’avoir dépassé cette rage, et de construire des alliances susceptible de porter des lendemains lumineux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de cette certitude : nous gagnerons ensemble, mais seulement si vous nous considérez comme vos égaux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de mon respect pour les soignants qui m’ont aidé à me reconstruire, ceux avec qui je travaille aujourd’hui, ceux dont j’écoute les interviews et lis les articles avec un grand intérêt.

Je tire mon chapeau à tous ceux et celles d’entre vous qui se battent à contre-courant, vous n’étiez pas la cible de cette colère. J’invite tous les autres à ouvrir les yeux et à ne plus jamais les refermer.