Tout feu tout flamme [MonstresTV]

Tout feu tout flamme
Je me lance dans des projets
Aux airs de montagne
Et vite, trop vite
Je me consume
Je fonce tête baissée
Et je me trompe, j’échoue
Revenu sur la rive,
Je me demande : pourquoi ?
Pourquoi tout ça ?

Il paraît
Que c’est mon trouble qui veut ça
Ma personnalité malade
“une pensée en tout ou rien”
Oui, c’est ça
Je donne tout,
Ou je donne rien.
Alors moi j’ai envie de tout donner
Tant pis pour les ratés
Tant pis pour les loupés
Je me casse la gueule
Sur des envies plus grandes que moi
Et le corps écorché,
Je reviens
La tête levée,
Sur la pointe des pieds
Est-ce que le monde veut encore m’accepter ?

Tout feu tout flamme,
Je me consume
Et brûle mes rêves
Et perds mon âme.

C’est dur
De prendre son envol
En sachant qu’on va encore
S’écraser.

De toute façon je ne sais plus voler,
Les médicaments m’ont coupé les ailes
Je ne tombe plus que du haut de mon corps
Et je fais 1m70.

C’est sûr, ça fait moins mal
Mais les hauteurs me manquent

“L’idée, c’est de vous stabiliser”
Disent-ils
Mais rien ne marche sur moi,
Ni les antidépresseurs
Ni les régulateurs de l’humeur.
Je reste une phalène
Qui se cogne sans arrêt à la lampe de ses rêves.
J’en reviens cramé
De la tête aux pieds.
Le monde voudra-t-il encore m’accepter ?

MonstresTV

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Au nom du père [Audrey CHENU]

Je me souviens de mon enfance bénie, petite maison dans la prairie,
entourée de champs, plus de vaches que d’habitants…
Mon père plante des fraises, récolte ma gourmandise
À 7 ans, surprise !
Pour faire passer la pilule, mon oncle amène une tarte aux fraises
et mon père à l’hôpital, le meilleur des mondes bascule…
Réminiscences d’un royaume perdu, je salue mon innocence,
Première visite à l’asile, mon roi déchu trône parmi les zombies, les débiles,
des gens crient, psalmodient, répètent des gestes à l’infini
Je ne le reconnais plus, son âme a déserté, ses yeux sont vides et sans reflet…
une femme me raconte sa vie et son envie de mort, étrange litanie
un homme me montre son corps, son zizi, je m’enfuis…
Têtue, je décide que je n’irai plus !
Mais mon père récidive, obscur diagnostic :
psychose maniaco-dépressive, camisole chimique pour maladie mentale, traitement de cheval,
les médecins tout puissants comme les labos pharmaceutiques en font leur cobaye, un légume,
l’écume au coin des lèvres, le regard dans la brume…
J’attends qu’on le délivre depuis que je suis môme, dix ans près d’un fantôme, condamné à survivre
Sa mère fait l’éloge de son génie, malgré tous ses diplômes,
je ne vois qu’un homme à genoux, hagard ; au nom de sa folie, relégué, mis au placard 
Corps gonflé, visage bouffi, cachez ce monstre à tout prix !
Parler ferait des ravages, nous serions la honte du village.
Les mots, l’émotion sont bannis…
Au collège, je ne peux rester sage, sur ma chaise, je dis ce que je pense
Mon adolescence s’achève entre 4 murs, son absence me pèse
A la télé, les scènes entre père et fille m’attendrissent,
on s’écrit mais sa morale m’écrase, je veux qu’il me chérisse

Depuis le divorce il va mieux, profite de la vie comme jamais,
amoureux, il recommence à voyager, on se voit un peu, étranges étrangers…
Au resto, ses mains tremblent comme des feuilles, le regard des autres me dérange,
il perd la moitié de ce qu’il mange,  un an plus tard je le promène en fauteuil.
Ma mère est morte en 2013, juste avant que je publie mon autobiographie,
mon père faillit mourir l’hiver suivant, rien ne m’apaise,
mes larmes orphelines volent au vent…
J’erre dans le dédale de l’hôpital, l’esprit assiégé, je perds les pédales, piégée
Ce poète muet, fan de Dylan, me raconte sa vie volée, avec un sacré débit,
comme si mon récit avait ouvert les vannes, fait sauter les verrous des non-dits
Ma sœur m’accuse de le rendre malade avec mon livre,
omettant que les mots délivrent, que le silence embrigade
Au salon du livre, dans une salle pleine de gens venus m’écouter,
il pleure comme un bébé, l’émotion enivre… 

Mon père a su lire avant de parler, il sème des livres dans ma vie de petit poucet
Enfant d’ouvrier, profitant d’une retraite aisée grâce à son mérite, ancien champion de cyclisme,
il s’offre le vélo de ses rêves à 60 ans, j’en hérite quand il se retrouve paralysé, la vie ne manque pas de cynisme ! après 20 ans de neuroleptiques, son système nerveux dégénère, en maison de retraite médicalisée… de psychotique à bipolaire, de l’EHPAD à l’HP, je hais ces mots, ces murs aseptisés, ça sent le confort, l’odeur de la mort, dans ce décor, des corps se meurent, des âmes s’égarent,  la raison s’exile… comme cette petite vieille qui s’incruste dans la chambre de mon père, sénile, je la raccompagne gentiment, elle revient après quelques instants…

Je nourris mon père à la cuillère, il perd la parole, langage crypté sans parabole, ses mots s’envolent, il porte des couches et voit une orthophoniste, Nietzsche à son chevet. Sur son vélo de course, légère, je m’en vais. À ma dernière visite, il me dit « j’attends la fin »… je me tais, interdite car les mots sont vains.

Depuis il est parti, enfin, se laissant mourir de faim. La psychiatrie lui a volé sa vie ! Ce sera le mot de la fin.

Audrey CHENU

Ophélie [Arthur Rimbaud]

Dans « Ophélie », Arthur Rimbaud reprend le thème shakespearien de la belle noyée qui a sombré dans la folie et le désespoir pour évoquer sa propre expérience de jeune poète. Il fait du personnage mythique d’Ophélie son double, à travers des effets de miroir et d’écho entre les trois parties du poème.

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur RimbaudCahier de Douai (1870)

Survivre à la psychiatrie #7

Derrière les murs des hôpitaux aseptisés,
C’est là que se cache la vraie folie.
Les râles étouffants des patient enchaînés,
Y est d’ailleurs la seule mélodie.

Le traitement comme seul issu,
Coup de grâce du meurtre de notre âme,
Jamais le grand monstre n’est assez repu.
Il faudra pourtant bien déjouer leurs charmes.

Se rebeller, dire non
seront des signes d’une docilité défaillante,
Il va bien pourtant falloir retrouver la joie,
Au risque de ne pas passer 30.

J’invoque ce lieu où les contraires se côtoient.
Mes prières au cosmos seront mes seuls plaintes,
Que j’y trouve la grâce et non la contrainte.

@jooulzz

Survivre à la psychiatrie #2

A-t-on le droit de rêver,
Ou va-t-on crever ?

Tout se brise face à la réalité
De notre impuissance face à leur toute-puissance

On va habiter là,
On voudrait déserter

Il faudrait coopérer avec les soignants,
Mais ne risque-t-on pas de craquer ?
Criser et finir par crier ?

On voudrait fuir, se cacher,
A défaut ce sont les cachets,
qu’en cachette on recrache.

On en est réduit à se cogner la tête contre les murs,
A défaut de danser, ce sont les verres qu’on envoie valser.

Alors nous voilà enfermés,
Mais on continue d’espérer et de respirer,
Même si on doit déféquer dans un sceau.

Porter un pyjama trop grand, bouffant
On se retrouve tels des clowns,
Trompés, dupés

Sans émotions, ni sentiments
Cloués au lit, sans force, sans énergie

Bouches ouvertes, bavants
Le regard vide, absents

Ne plus pouvoir écrire, tremblants
Ne plus pouvoir parler, bégayants

Transpirer, suer, pisser la nuit dans son lit
Voir les autres patients attachés, bouclés,
Enfermés à clef pour les calmer

Sans défense
et dans l’indifférence

C’est là que la bienveillance,
se mue en violence

Injections, injonctions,
Forcés, blessés

Panser sa mélancolie au fond du lit
Et sa schizophrénie dans le déni,
Lire, pour faire passer les délires,
Ne pas faire de bruit
Même dans le brouhaha des hallucinations,
Ne pas se croire humaine et dormir au sol,
Couchée telle une chienne.
Décharnée et squelettique parce qu’anorexique

Désarmés, nous reste-t-il des larmes ?

Survivre à la psychiatrie, 
C’est la traverser sans être renversés
C’est y passer sans trépasser.

Recueil de poèmes : Le défilé des âmes

Un joli projet d’Irène Philippin et Jacqueline Dupuis à soutenir jusqu’au 30 mars 2017!

Le défilé des âmesLe recueil que nous avons créé avec Jacqueline Dupuis se veut original !
Il parle d’un thème peu commun : « les âmes » !
Âme de la Nature, âme de la Tendresse mais aussi de la Tristesse ou de la Violence
« Le défilé des âmes » se compose de 37 poèmes accompagnés par 37 illustrations.

Nous vous proposons un beau et grand voyage!
Si vous désirez y participer, vous n’avez qu’à me joindre sur mon adresse mail :
irene.philippin@hotmail.com
sans oublier de me transmettre votre adresse postale.

Nous allons imprimer selon les demandes donc plus on est, moins le recueil sera cher.
Aujourd’hui le prix du recueil tourne autour de 16.50€ frais de port compris (4.38€…).

J’espère que notre idée vous séduira !
A très bientôt peut-être !

Irène Philippin

« La poésie sera le remède insensé

A cette quête intense où s’éveille le jour

Là tout est bien rangé mais qui connaît l’amour ? »

L’une écrit de la poésie, l’autre dessine… Elles ont en commun l’expérience de la souffrance psychique et le désir d’en faire quelque chose de beau. Continuer la lecture de « Recueil de poèmes : Le défilé des âmes »

« Après la pluie, le beau temps » par Nina

Après la pluie, le beau temps…

Ce titre d’un livre de la Comtesse de Ségur que, dans mon enfance, j’ai lu
S’invitant dans ma mémoire, à la pensée, m’est revenu.

Si des détails de l’histoire, j’ai peu de souvenirs précis,
L’idée générale, elle, me parle aujourd’hui…

Je fais ce parallèle, émergeant de ce puits sans fond où j’avais chuté,
M’évadant de ce long tunnel dans lequel j’étais emprisonnée. Continuer la lecture de « « Après la pluie, le beau temps » par Nina »