Tout feu tout flamme [MonstresTV]

Tout feu tout flamme
Je me lance dans des projets
Aux airs de montagne
Et vite, trop vite
Je me consume
Je fonce tête baissée
Et je me trompe, j’échoue
Revenu sur la rive,
Je me demande : pourquoi ?
Pourquoi tout ça ?

Il paraît
Que c’est mon trouble qui veut ça
Ma personnalité malade
“une pensée en tout ou rien”
Oui, c’est ça
Je donne tout,
Ou je donne rien.
Alors moi j’ai envie de tout donner
Tant pis pour les ratés
Tant pis pour les loupés
Je me casse la gueule
Sur des envies plus grandes que moi
Et le corps écorché,
Je reviens
La tête levée,
Sur la pointe des pieds
Est-ce que le monde veut encore m’accepter ?

Tout feu tout flamme,
Je me consume
Et brûle mes rêves
Et perds mon âme.

C’est dur
De prendre son envol
En sachant qu’on va encore
S’écraser.

De toute façon je ne sais plus voler,
Les médicaments m’ont coupé les ailes
Je ne tombe plus que du haut de mon corps
Et je fais 1m70.

C’est sûr, ça fait moins mal
Mais les hauteurs me manquent

“L’idée, c’est de vous stabiliser”
Disent-ils
Mais rien ne marche sur moi,
Ni les antidépresseurs
Ni les régulateurs de l’humeur.
Je reste une phalène
Qui se cogne sans arrêt à la lampe de ses rêves.
J’en reviens cramé
De la tête aux pieds.
Le monde voudra-t-il encore m’accepter ?

MonstresTV

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Ophélie [Arthur Rimbaud]

Dans « Ophélie », Arthur Rimbaud reprend le thème shakespearien de la belle noyée qui a sombré dans la folie et le désespoir pour évoquer sa propre expérience de jeune poète. Il fait du personnage mythique d’Ophélie son double, à travers des effets de miroir et d’écho entre les trois parties du poème.

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur RimbaudCahier de Douai (1870)

Survivre à la psychiatrie #7

Derrière les murs des hôpitaux aseptisés,
C’est là que se cache la vraie folie.
Les râles étouffants des patient enchaînés,
Y est d’ailleurs la seule mélodie.

Le traitement comme seul issu,
Coup de grâce du meurtre de notre âme,
Jamais le grand monstre n’est assez repu.
Il faudra pourtant bien déjouer leurs charmes.

Se rebeller, dire non
seront des signes d’une docilité défaillante,
Il va bien pourtant falloir retrouver la joie,
Au risque de ne pas passer 30.

J’invoque ce lieu où les contraires se côtoient.
Mes prières au cosmos seront mes seuls plaintes,
Que j’y trouve la grâce et non la contrainte.

@jooulzz