La Maison Perchée ouvre ses portes à Paris!

La Maison Perchée ouvre (bientôt) ses portes à Paris !

La Maison Perchée 🐦 c’est une communauté d’entraide créée par et pour les personnes vivant avec un trouble psychique.

C’est un café associatif ouvert sur la ville pour s’informer, feuilleter les livres de la psychothèque et boire du bon café.

C’est un lieu non-médicalisé pour faire des rencontres et sortir de l’isolement.

Ce sont des groupes de parole (Les Perchoirs) et un espace d’écoute en individuel avec une personne ayant une problématique similaire (Le Nid).

C’est un espace de formation à la pair-aidance (Les Pair’chés) pour accompagner les membres dans leur parcours de rétablissement.

C’est un espace membre en ligne (La Canopée) avec de nombreuses activités comme le Café sans Thé du mercredi, un Wiki Perché pour se documenter, un serveur Discord pour échanger.

C’est un espace d’expression artistique Les Piailleries.

Ce sont des événements grand public, un festival ciné, des conférences.

C’est enfin un programme de soutien pour les proches (La Boussole).

Conditions pour devenir membre :

Avoir entre 18 et 40 ans.

Diagnostics concernés (pour le moment) : borderline, bipolarité, schizophrénie.

Ouverture officielle en janvier 2023.

📍 59 avenue de la République 75011 Paris (métro Saint-Maur).

Toutes les infos sur maisonperchee.org

Survivre à la psychiatrie… et devenir pair-aidant #9

« Je suis Fabrice, j’ai 54 ans, je suis atteint d’un trouble bipolaire et je suis un survivant.

Mon retour à la vie date du 26 décembre 2021 à 11h14 lorsque j’ai appris que j’avais retrouvé un job après 5 ans sans emploi. C’était comme une renaissance.

Après des années de montagnes russes, j’ai le sentiment de revenir sur le plancher des vaches, à égalité avec les autres. Quand on est malade, on vous prend tout, votre identité, votre autonomie, votre libre arbitre, on vous infantilise. Vous quittez le monde des gens normaux et vous entrez dans l’univers des fous. Vous avez tout à coup la sensation de ne plus faire partie du monde des vivants. La maladie change tous les aspects de votre vie, vous tient à l’écart de vous-même et des autres.

J’ai connu l’hospitalisation sous contrainte, j’ai connu l’isolement, la contention, les traitements abrutissants aux effets secondaires violents, la « bienviolence », c’est à dire tout le mal qu’on vous fait pour votre bien ». J’en suis revenu.

Après un programme de rétablissement couronné par 4 ans et demi sans hospitalisation, dans quelques mois, je vais devenir pair-aidant. Je vais accompagner d’autres malades sur le chemin du rétablissement. Leur ouvrir le champ des possibles, leur dire que le diagnostic n’est qu’une étape, pas une condamnation, qu’ils peuvent compter sur leurs forces et leurs talents. Qu’on a tous une chance de s’en sortir, de se rétablir. Et, en somme, je vais faire de ma maladie mon métier. Si on me l’avait dit il-y-a 15 ans quand la maladie s’est invité dans ma vie, je ne l’aurais jamais cru. On met souvent en avant la vulnérabilité des personnes qui sont malades mais moi, aujourd’hui, après ce chemin de lutte et de rétablissement, je me sens fort.

Je me souviens, il y a longtemps, alors que j’étais conduit à l’hôpital sans mon consentement, cette chanson du groupe Téléphone résonnait à mes oreilles « les lumières dansent dans l’ambulance et elle tue sa dernière chance ». Aujourd’hui, je sais que les lumières ont fini de danser et elles ne m’ont pas tué. Voilà, c’est un fragment de vie : j’ai un parcours dont je suis fier. On a tous une chance, un talent et la vie fait qu’on parvient à le révéler ou pas. Moi, j’ai choisi d’aider les gens à trouver le leur. »

Fabrice


Envoyez-nous vous aussi vos contributions écrites et graphiques sur le sujet Survivre à la psychiatrie à l’adresse contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com

Portrait de MA Read

Comme MA Read, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Carrie Fisher est mon inspiration. Sa disparition le 27 décembre 2016, à l’âge de 60 ans, m’avait fait de la peine. En effet, elle s’était à plusieurs reprises exprimée sur les maladies mentales ― un sujet quasiment inconnu d’Hollywood à l’époque où elle a commencé à en parler publiquement.

Elle avait témoigné avec une grande honnêteté de ses difficultés et de ses succès dans la bataille contre l’addiction et les troubles bipolaires, affichant une attitude extrêmement offensive lorsqu’il s’agissait de débattre des problèmes de santé mentale.

J’essaie au quotidien d’informer les gens sur l’importance d’une bonne santé mentale, et du rétablissement. J’informe sur les troubles bipolaires et je parle des maladies mentales sans tabous à travers ma page Facebook Bipolaire On Air.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’ai travaillé pendant 25 ans pour une organisation internationale œuvrant dans le domaine des droits de l’homme. Ça aussi, c’est inspirant pour moi. C’était un honneur.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Le monde de la santé mentale est un monde en train de changer.

Les personnes vivant avec un trouble psychique stabilisé comme moi ont pris conscience de leur savoir par expérience et de leur force et capacité de pair-aidant.

Nous pouvons aider les personnes en souffrance en leur montrant la voie du rétablissement.

À l’avenir, les équipes soignantes, comme au Canada, nous intégreront, reconnaissant la plus-value de la pair-aidance.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

La folie a toujours été présente dans ma vie.

Ma mère schizophrène a passé plus de temps à l’hôpital psychiatrique qu’à la maison. C’est ma grand-mère maniaco-dépressive qui m’a élevée.

Mon trouble bipolaire a rythmé ma vie avec des pics genre Everest et des lows aussi profonds que les abysses de l’Océan.

La folie est synonyme de grande souffrance.

Difficile d’en tirer du positif. Ce n’est que récemment, depuis mon implication sur les réseaux sociaux que je me dis que finalement mon vécu, mon rétablissement, ma force peuvent servir de moteur et d’inspiration à de nombreuses personnes en souffrance.

J’aimerais servir de phare et empêcher les naufrages sur les écueils de la Côte dans la tempête.

En septembre 2021, j’ai été élue présidente de la Maison de la Santé Mentale de l’Eurométropole de Strasbourg. Lorsque nous aurons levé les fonds nécessaires, nous accueillerons les gens dans un lieu convivial au centre-ville où ils pourront s’exprimer pleinement sans tabous au sujet de leur santé mentale ou de celle de leur proche. Nous les écouterons, nous échangerons et si nécessaire nous les orienterons dans leurs démarches et recherches de soins.

La santé mentale sera au cœur de la ville de Strasbourg !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Non, devenir ministre ne m’intéresse pas.

Les ministres sont nommés par le chef de gouvernement et jusqu’à présent, aucun n’a doté le ministère de la santé des moyens nécessaires pour améliorer les services.

Je souhaiterais des investissements financiers massifs dans les hôpitaux psychiatriques pour augmenter le nombre de soignants, l’allègement de leurs tâches administratives afin qu’ils consacrent leur temps à la thérapie, au dialogue, aux activités diverses avec les patients.

Même chose pour l’ambulatoire, les CMP et autres devraient pouvoir aider les patients lorsqu’ils sortent de l’hôpital.

Enfin, les médecins généralistes devraient recevoir une formation supplémentaire afin d’orienter les patients montrant des signes précurseurs de troubles psychiques, vers des structures adaptées.

Une page que tu aimerais faire connaître?

La page Facebook Bipolaire On Air.

Dossier documentaire sur la pair-aidance

Ce dossier documentaire est consacré à la pair-aidance. Il s’inscrit dans un programme de travail mené par l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, dans le cadre de la démocratie en santé.

Il se structure en 6 chapitres : un historique de la pair-aidance ; des définitions sourcées ; la pair-aidance dans les politiques de santé ; la place de l’usager dans la prise en charge médico-sociale ; quelques projets en France ou à l’étranger et enfin la question de la formation et de la professionnalisation.

Il n’a pas la prétention de viser l’exhaustivité du savoir dans ce domaine : il rassemble des références bibliographiques dont les documents sont récents, francophones, et accessibles en ligne ou disponibles dans le centre de documentation de l’IREPS Bourgogne Franche-Comté.

http://www.psycom.org/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Dossier-documentaire-La-pair-aidance

Portrait de Julien Hennebo

Comme Julien, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

C’est une bien large question, il y a tant de choses auxquelles j’aspire. Je pourrais résumer en disant la sérénité, le bonheur…

Je souhaite le bonheur dans mon couple, au travail, avec les ami(e)s et le bien être de mes deux enfants, une relation facilitée avec mon ex-femme.

J’aimerais faire évoluer le monde de la psychiatrie, je suis en contact avec les professionnels du secteur.

Je suis président d’une association d’usagers créée en 2017, je souhaite faire évoluer la perception des gens.

Il y a beaucoup d’espoir contrairement à la vision générale du public.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai été 10 ans moniteur de char à voile. Je suis un grand adepte des sports nautiques, kite surf et windsurf. J’adore la proximité avec la nature, les sensations fortes… Je suis encore moniteur les weekends et les vacances mais j’essaie de ralentir pour m’octroyer plus de temps pour moi et ma famille.

En mars 2017 j’ai obtenu mon diplôme d’AMP, aide médico psychologique grâce à un congé individuel de formation.

Je travaille depuis novembre 2017 dans un collège-lycée avec internat auprès d’adolescents ayant un handicap moteur.

Mon rôle est de les accompagner dans leur vie quotidienne et de veiller à leur bien être psychologique.

J’aime beaucoup ce travail, c’est riche en relation humaine. J’apprends énormément particulièrement quand il y a des tensions à gérer. Ici les jeunes sont bien traités et on peut leur apporter beaucoup. Et on travaille en équipe pluridisciplinaire.

J’ai maintenant un temps plein (38H30) semaine et je suis en congé pendant chaque vacance scolaire.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

A nouveau c’est large comme question.

D’abord c’est quoi le monde de la santé mentale?

C’est la psychiatrie? Les usagers? Les proches d’usagers? Les ex usagers?

Sans doute tout cela à la fois et plus peut être…

Les psychiatres sont bien trop fermés dans leur monde rationnel, ils refusent d’ accepter qu’il existe des choses qui dépassent l’entendement.

Les usagers sont englués dans leur troubles, manque de confiance en eux, n’arrivent pas à se détacher de leurs proches parents.

Les ex usagers eux ont vraiment du mal à se faire entendre. C’est à se demander s’il ne vaut mieux pas être toujours usager pour être écouté et crédible. Sinon on peut même être vu comme dangereux voire nocifs pour les « autres malades ».

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie fait partie de la vie. Je suis adepte des philosophies asiatiques. Pas d’obscurité sans lumière, pas d’amour sans haine, pas de douleurs sans plaisirs… Et donc pas de folie sans sagesse…

La folie peut être, je crois, un des chemins de la sagesse. Un chemin difficile, très difficile et complexe. On ne sera jamais plus comme avant et d’ailleurs ce n’est plus du tout Ce que l’on cherche une fois rétabli.

Il faut apprendre à gérer de nouvelles émotions très fortes, on est une éponge, il ne faut pas se laisser déborder. C’est un jeu d’équilibriste.

On se connait mieux, on connait mieux son corps, on connait mieux les autres. On apprend beaucoup, on a aussi pleins d’interrogations.

Traverser le monde de la folie pour se rétablir, c’est un chemin initiatique, accepter les choses, se faire tout petit, être très humble et patient et accéder au final à une grande richesse intérieure.

Après ce n’est pas une aventure idyllique, j’aurais pu perdre la vie plusieurs fois, provoquer la mort d’autres personnes, rendre malheureux beaucoup de monde.

Ce qu’on peut tirer de positif de la folie, c’est donc ce à quoi je m’évertue chaque jour et c’est devenu en quelque sorte l’un des principal but de ma vie.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non je ne pense pas. Je serais je crois bien trop éloigné du terrain.

J’aimerais beaucoup dans un premier temps travailler comme « pair aidant professionnel ».

J’aimerais que l’association OPALEGEM fonctionne réellement et que je puisse vraiment aider des personnes à évoluer, à se rétablir d’avantage de leurs troubles. J’aimerais encore qu’il existe dans mon secteur un conseil local en santé mentale.

Ce que je demanderais au ministre, je ne sais pas vraiment, ça dépend du contexte dans lequel je le rencontrerais.

En tous les cas, j’essayerais de lui transmettre mes ressentis, mes émotions, lui faire part de ce que moi j’ai vécu, de ce que je ressens, ce que l’on a dit à mes parents lors de ma première crise:

« Votre fils va prendre un traitement toute sa vie, il fera 20 kg de plus, il n’aura pas la vie que vous aviez espéré ».

Et pourtant… je suis là… et bien différent de leurs prédictions…

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://revfrance.org/

Tu fais quoi dans la vie ? [Lee ANTOINE]

Témoignage d’une prise de poste comme médiateur de santé pair.

Le temps de la honte

J’ai longtemps ressenti de la honte face à la question « tu fais quoi dans la vie ? ».

Parce que j’essayais de vivre,

Parce qu’essayer de trouver des choses qui me plaisent, qui me fassent du bien, c’était comme rien faire même si c’était faire beaucoup.

Parce que tout ce que je pouvais faire me semblais moins bien que ce qu’accomplissaient les autres.

Même en sortant de l’hôpital, en école d’art, en service civique, en école d’éducateur spécialisé.

Une sorte de trou qui se formait sous moi face cette question fréquente « tu fais quoi dans la vie ? ».

J’avais l’impression :

  • d’être trop vieux pour être encore étudiant
  • d’être naze à côté des personnes brillantes qui m’entourent
  • de ne pas être légitime à sortir de chez moi
  • de ne servir à rien
  • d’être trop fou pour être dans ces études, boulots
  • … (plein de pensées positives hein)

Ça donne envie d’éviter tout contact social où l’on risquait de me poser la question.

Mais non.

La transition

L’évolution s’est faite progressivement, lentement, trop lentement (à mon goût).

J’ai doucement appris à avoir confiance en moi, à comprendre que j’avais le droit d’exister, à me rendre compte que je n’étais pas totalement naze.

J’ai appris à grimper à l’échelle, une échelle instable,

Et l’échelle s’est effondrée.

Mon premier emploi suite à ma formation d’éducateur spécialisé m’a fait retomber tout en bas de l’échelle.

Pour la monter bien haut, j’avais appris à demander de l’aide, trouver du soutien,

Alors cet entourage bienveillant m’a aidé à remettre l’échelle droite, et à me lancer dans un projet qui ne me faisait pas honte. ( étrangement )

Le temps de l’espoir

Le projet où j’étais fier d’être impliqué, c’est celui de devenir pair-aidant en santé mentale.

Environ un an à me renseigner sur le sujet sur internet, à des rencontres et à des conférences.

Et hop je tombe sur une offre d’emploi qui fait rêver.

J’envoie alors mon CV et d’une lettre de motivation à l’un des services de psychiatrie impliqué dans le programme du CCOMS.

Puis tout se passe vite : entretien d’embauche. Un nombre impressionnant de personnes en face de moi. Grande bienveillance. Équipe méga préparée et motivée pour accueillir un.e médiat.rice.eur de santé pair.e. (MSP)

Et pouf, pris. Waouh. On veut bien de moi. Je veux aussi.

Bémol, le programme implique à la fois que, nous – trente-quatre MSP sur tout le territoire français -soyons salariés. Ok.

Et … formation en cours d’emploi : Une Licence 3 sciences sanitaires et sociales mention médiateur de santé pair à Paris XIII, campus de Bobigny. Oups. C’est ça le bémol pour moi. Grosse appréhension sur la procrastination et les angoisses importantes potentielles en lien avec la fac. Elles se vérifient pour moi. Au bout de deux semaines de fac et environ un mois de travail… c’est une mission commando pour moi la fac. Je continue à y aller pour continuer le travail. Les deux étant interdépendants. Je ne m’étendrais pas davantage. Je ne sais pas ce qu’il en est pour mes collègues de formation.

Bon, et le travail alors ?

Nous sommes tou.te.s (les 34 MSP) dans des services de psychiatrie variés en tant que salarié.e.s donc.

Je suis en poste dans un Hôpital de jour. Je m’y sens particulièrement bien. C’est pas pour faire de la lèche à mes collègues. Le lieu est déjà clairement bienveillant et orienté rétablissement, en questionnement permanent. On pourrait presque se demander à quoi ça sert que j’y sois.

J’ai paniqué avant ma prise de poste, l’équipe avait l’air tellement enthousiaste à l’idée d’intégrer un.e MSP parmi eux… Je me suis dit que je ne serais jamais à la hauteur.

J’ai failli ne pas commencer le travail. Mes futur.e.s collègues, des pairs, des coordos, des ami.e.s ont participé à me rassurer.

C’est ensuite à mon tour, une fois en poste, d’être (un peu trop) enthousiaste et impliquée.

Les collègues… Ils ont visiblement beaucoup travaillé pour que je me sente bien. Iels font attention à moi.

La fatigue se fait vite sentir. Ils le voient.

Je freine rapidement sur mes activités en dehors du boulot. Au bout d’une semaine je rentre chez moi et je dors directement.

Bah oui. Je suis en lien toute la journée au travail avec mes collègues et les patient.e.s/usager.e.s/personnes accueillies/personnes accompagnées, comme vous voudrez. Je ne suis pas encore habitué au rythme. J’ai pourtant un jour de libre dans la semaine. Je vais alors l’utiliser pour me reposer.

Mais j’ai pas l’impression de travailler. C’est un plaisir de me lever le matin. J’ai hâte de retrouver les personnes de l’hôpital de jour… Alors je suis prêt à faire un long trajet en transports en commun.

On se demande si ce n’est pas la période « lune de miel ». Peu importe.

Aux différentes activités… Je prends du plaisir. Je suis moi. Je réfléchis constamment à mon positionnement. A quand dire quoi, prendre de la place mais pas trop. Etre en lien mais pas copains. Avoir des infos mais pas trop. Essayer d’être dans la modération. C’est pas ma spécialité la modération à la base.

Mais oups:

  • j’ai peur de mal faire les choses.
  • J’ai des difficultés à capter les émotions et les intentions de mes collègues pour le moment.
  • J’ai souvent l’impression de prendre trop de place.
  • … (le perfectionnisme c’est pas pratique)

Les collègues tentent de me rassurer, les patient.e.s semblent apprécier ma présence, on me renvoie que mes interventions sont intéressantes, j’ai le droit d’être fatigué, de le dire.

Oulala.

Non, on n’est pas chez les bisounours. Il peut aussi y avoir des moments compliqués. Mais en comparaison avec tout ce que j’ai connu comme lieux d’hospitalisation ou suivis et avec tous les autres emplois que j’ai occupé… on y est presque au pays des bisounours.

Je suis supposée être un modèle de rétablissement… Ok. J’essaie. En ce moment c’est surtout les expériences et conseils des patient.e.s à mon intention, et ceux que je leur donne qui contribuent à mon rétablissement. Comment proposer à des personnes d’appliquer des conseils si moi-même je ne m’y atèle pas.

En réalité je ne fais pas grand-chose, je participe aux activités, je donne mon avis, je papote, je réfléchi un peu, j’observe, j’écoute… mais

Pour tenir dans la durée, j’apprends au fur et à mesure à m’ajuster, à davantage m’écouter, à me reposer, à prendre soin de moi. Ce n’est pas parce qu’on est en bonne voie de rétablissement qu’il n’y a pas des moments de moins bien…

Ce travail – que je ne ressens pas comme un travail – m’aide à continuer à être dans la vie.

Et alors, la honte ?

Alors…

J’ai la sensation de faire partie d’un beau projet qui devrait exister depuis longtemps.

Je sens le besoin de faire connaître ce métier…

Pour qu’un titre adapté soit inscrit sur ma fiche de paye. Pour que nos payes correspondent à nos niveaux de diplôme.

Pour qu’on voit que la présence d’un.e pair aidant.e salarié.e dans une équipe représente une plus-value… Patient.e.s expertspatient.e.s ressources ou médiateurices de santé pairs… non on ne va pas piquer les boulots des autres professionnel.le.s, non ce n’est pas dangereux d’avoir un.e ancien.ne patient.e en psychiatrie salarié.e dans son service…

Il paraît que j’apporte de la fraîcheur, un regard plus authentique, que je fais de la traduction dans les deux sens entre l’équipe et les patient.e.s, que je repère des choses d’une autre façon, que l’équipe a moins l’impression de faire violence aux patient.e.s, que mon savoir expérientiel en santé mentale est profitable au fonctionnement du service, pour la réflexion et pour les patient.e.s.

Bon, j’ai du mal avec les compliments hein, je ne fais pas ma pub, c’est des bouts de phrases que l’on m’a dites, qui me semblent pouvoir illustrer ce que je fais de mes journées.

« Tu as du mérite », « bravo », « ça doit être dur », « je ne pourrais pas faire ce que tu fais. ».

Comme en tant qu’éducateur spécialisé j’entends les phrases là quand je parle de mon travail.

Je me sentais agacé à l’époque de ma formation puis de mon travail d’éduc. C’était un travail difficile mais qui me plaisais plutôt, sans avoir l’impression qu’il soit plus pénible qu’un autre.

Là à l’intérieur de moi, je bouillonne quand j’entends ça. Je me sens très en colère, j’ai envie de me révolter. Mais non… Quand essaye de faire passer un message en le disant agressivement, ça ne passe pas. Pour moi c’est un travail agréable, je ne vois pas pourquoi il me faudrait du mérite, du courage, pourquoi les gens imaginent que c’est dur…

Alors… Je réponds calmement… Je tente d’expliquer ma vision de la réalité des troubles psychiques. Non ce n’est pas la violence ni la dangerosité qui transparaissent. Clairement pas. C’est un truc super humain.

Je me sens bien et utile. J’ai pas honte. Je parle de ce travail. Je vois la méfiance, l’enthousiasme, l’incompréhension, la curiosité sur les visages et les mots de mes interlocuteurs…

Alors la honte face à la question « Tu fais quoi dans la vie ? » ne me concerne plus. Mais elle peut concerner d’autres personnes… alors :

J’essaie de demander aux gens ce qu’iels aiment dans la vie, et non ce qu’iels font… une action n’est pas objectivable, un sentiment est toujours réel et incontestable.

Lee ANTOINE

Médiateur de santé pair, artiste plasticien, éducateur spécialisé.

Le 10 février 2018

Déconstruire la posture professionnelle en santé mentale

Dix professionnels du médico-social et vingt usagers de la psychiatrie se retrouvent sur les mêmes bancs d’étudiants pour se former au rétablissement. Inauguré en 2015, ce diplôme d’études supérieures inter universitaires aux pratiques orientées autour du rétablissement (DESIU) vise à développer cette approche en France.

La suite de l’article ci-dessous (cliquer pour agrandir l’image):

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Voir la vidéo des étudiants du DESIU: Continuer la lecture de « Déconstruire la posture professionnelle en santé mentale »