MON ENFANT EST BIPOLAIRE

2014. Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, on va m’appeler.

 » Votre enfant – hôpital psychiatrique – urgences – vous inquiétez pas – non vous ne pouvez pas venir – on s’en occupe. »

Ça ressemblait à du Morse, et j’ai répondu moi aussi.

 » OK. J’a-r-r-i-v-e – vous inquiétez pas – je m’en occupe – et surtout ferme-là à tout jamais. »

J’arrive, je rue dans les brancards, je crie pour savoir où est mon enfant et finalement on me confond avec un possible patient et j’évite de justesse la piqûre et l’isolement. C’était pas si mal comme réaction pour m’infiltrer. D’habitude, je suis très respectueuse des soignants et je suis les procédures. Là, j’ai au moins autant hurlé que quand j’ai pondu mon enfant. Putain, 8 heures pour le sortir le machin dodu. Cette prestation m’a valu d’être dans la file d’attente du couloir. Je pouvais entendre mon enfant parler au psychiatre car j’ai entrebâillé la porte. Il semblait super bien, il disait qu’il est énergique, qu’il a plein de copains. Il faisait des blagues, il était détendu, croyant à une farce avec toutes ces blouses blanches qui virevoltaient.

Bref, je me suis dit, il est comme d’habitude. On allait enfermer mon gosse parce qu’il est super. Je l’entendis accepter de prendre un médicament et d’être conduit dans une chambre. Je me suis cachée sous le banc dès que je le vis sortir. Allez, je prends sur moi, mon enfant est loin d’être con, puisqu’il tient de moi. Je reprends mes esprits, je rentre mes crocs et mes griffes de louve, je remets mon habit d’agneau et je vais discuter avec le psychiatre.

Il refait du morse le con. « – vous inquiétez pas – quelque temps – bipolaire – on s’en occupe – bonne journée – on vous tient au courant. »

Je m’enfuis alors des urgences psychiatriques à la place de mon enfant. Rassurée, vraiment. Rassurée autant qu’on puissequand on imagineson gosse brûlant sur le bûcher d’une place publique du Moyen-Âge.

Réflexe Google. Quand j’ai tapé « bipolaire » sur le moteur de recherche, je me sentais encore mieux vis-à-vis des questions du peuple du Moyen-Âge :

  • Un bipolaire est-il dangereux ?
  • Un bipolaire meurt combien de temps avant les autres ?
  • Un bipolaire est-il manipulateur ?
  • J’ai une mère bipolaire c’est un enfer
  • Un bipolaire peut-il tuer quelqu’un
  • Les médicaments sont horribles
  • Un bipolaire guérit-il ?
  • Peut-on être en couple avec un bipolaire ?

Et tant d’autres questions qui me semblaient surréalistes. Non, alors, mon gosse n’est pas bipolaire.

J’ai eu le deuxième meilleur réflexe : Doctissimo. J’ai cherché des témoignages sur les forums de personnes avec un trouble bipolaire. Ça parlait d’effets secondaires, de dépressions, de crise maniaque ( c’est quoi ça p’tain ) de non-guérison, de durée de vie raccourcie, et en finalité ça ressemblait à une gigantesque mare de désespoir.

J’ai eu le troisième super réflexe, j’appelle un psychiatre au pif.

 La secrétaire me répond « Non,-madame, pas d’entrevue avec vous, on n’a déjà pas assez de place pour les personnes malades ». Flex Ronflex.

J’allais avoir du temps pour me cultiver, car l’hôpital comptait garder mon gosse pour un temps indéter minable. Grosse razzia de livres Amazon, Fnac, jusqu’aux petites librairies indépendantes avec tout ce qui pouvait contenir le mot bipolaire de loin ou de près, et les vidéos traitant du thème n’avaient plus aucun secret pour moi. Je me suis remise à l’anglais pour les recherches à l’international.

En 2014, je suis allée dans des associations qui faisaient peine à voir par le manque de moyens, et le manque de bonne humeur des légumes ici présents. Non, je vous l’affirme, mon gosse n’est pas une carotte. Parce que c’est moi qui l’ai fait pousser.

On m’appela à l’heure où ne blanchissait plus la campagne, mais visiblement celle où blanchissaient mes cheveux.

C’était reparti pour le morse. « OK. J’attends pour le voir. Il prend quoi comme médicaments ? OK. Je répète, il prend quoi comme médicaments ? OK. Youston c’est la dernière fois que je pose la question des médicaments sinon je me tire une balle dans la tête. »

La menace a du bon parfois, ça a fait son petit effet et pas secondaire celui-là.

C’était parti pour Doctissémoi. Un ami docteur me faisait de fausses ordonnances pour que j’obtienne les médicaments que mon enfant gobait. Si je voulais comprendre mon enfant, fallait que je me les administre et que je lise à sa place. J’en ai bouffé des drogues dans ma vie, frérot, celles-là elles dépotaient. J’ai testé toutes les catégories de médicaments, les dosages, les gouttes, les comprimés, mélangé un peu le tout. Je vivais en parallèle ce qu’on lui faisait là-bas.

Un jour je suis allée au marché de l’hôpital psychiatrique pour récupérer mon légume.

« Excusez-moi madame, je sais à quoi ressemble mon enfant, on n’est pas à la maternité ici où on peut échanger les bébés parce qu’ils se ressemblent tous. Le mien a 24 ans, il sait parler, marcher, rire, etc. j’en ai assez chié dans son éducation pour qu’il en arrive à là, d’habitude j’ai de l’humour, mais là j’en ai un peu moins. Puis aussi il a l’air un peu sénile, il va aussi se caguer à la culotte ? ».

Je posais mon légume sur la table, je l’examinais sous toutes les coutures. Visiblement c’était bien mon gosse. Quelque temps plus tard, il se remit à parler et rire. Nan, j’déconne, il resta au fond de son lit, défiant l’hibernation des ours polaires.

-Vous inquiétez pas – bipolaire pas grave – stabilité – médicaments à vie

Après le morse, j’ai fait un tel déni de sa bipolarité que j’ai dû apprendre le braille. Je devais sourire et rassurer mon légu… enfant . Lui dire que tout va bien, qu’il ne va pas mourir (enfin pas encore, juste le temps que les médicaments le détruisent à petit feu ), que ce n’est pas la pire des maladies, qu’il n’y a pas vraiment de guérison, que oui biensûr il n’aura pas « exactement la même vie qu’avant, mais bon… ». Je lui disais de sortir de son lit cette feignasse, la comédie avait assez duré. Mon enfant est bipolaire, OK, mais pas bipolaire comme les autres. Mon enfant est FORT.

Il va reprendre son super boulot, ses études sans failles, son cercle d’amis. Puis, on lui arrêtera son traitement, un ‘ment donné ! Il ne se confiait plus à moi et s’énervait, la bouche sèche et ses 18 kilos en plus. Il ne me parlait plus que de « sa » maladie et je voyais un autre enfant à sa place, une sorte de jumeau maléfique. Je ne minimisais pas sa souffrance, ne me jugez pas. J’essayais de lui remonter le moral, comme on fait avancer un âne avec une carotte au bout. Il était abruti par les cachets, mais pas assez abruti pour capter que je ne lui racontais peut-être pas, exactement, la vérité. Moi j’attendais de toute façon, la voyante avait tiré les cartes pour lui : dans 10 ans il serait guéri de la bipolarité.

2024. Mon enfant était officiellement handicapé. Il survit avec son allocation, ses éducateurs spécialisés ( le métier qu’il voulait exercer d’ailleurs, dans un monde parallèle où la bipolarité n’existerait pas ).

Ils l’aident dans son quotidien, parce qu’il ne se considère plus « autonome ». Il est même vachement fier de me dire qu’il a une RQTH et qu’il peut finalement travailler à élever des carottes. Il a renoncé à tout ce qu’il voulait : une maison, des enfants, un métier égal à ses compétences,des voyages…

Ses nouveaux amis bipolaires et lui forment un vaste champ de légumes divers et variés. Et visiblement, ses anciens amis sont devenus végans, mais à l’inverse.

J’ai eu tellement d’émotions ces 10 dernières années que même les couleurs de l’arc-en-ciel ne sont pas assez nombreuses pour les décrire. Mon enfant n’a pas la pire des maladies, c’est vrai. Quand il vient s’en plaindre en me disant de ne pas faire un déni, mais à la fois qu’il en fait un aussi, je réagis aussi en deux temps. Je dis « non t’inquiètes mon enfant ta vie est super bravo ». Il est content et retourne jouer dans son parc. Derrière lui, sans lui dire, en 10 ans j’en ai fait des recherches, volé ses médicaments en douce et testé sur moi, rencontré des éminents psychiatres et soignants, écumés des conférences, lu des bouquins qui n’ont jamais de happy end . Donc je lui souris, puis comme d’habitude, je ferme sa porte, et je vais pleurer dans mon coin priant pour qu’il ne m’entende pas.

Je me remémore toutes les fois où j’ai merdé avec lui : les brimades, les menaces, la comparaison avec les autres… Et pire, si c’était moi qui lui avais filé des gènes pourris ? Je lui dis enfin que je l’aime, il me demande justice et je lui offre les réparations.

Son avenir est tracé et il s’en contente. En tout cas, il me le fait gentiment croire pour que je n’aie pas peur. Et comme je faisais quand il avait 6 ans, je fais aussi semblant de le croire pour qu’il n’ait pas peur.

Je suis tellement fière de mon enfant. Même s’il a perdu de bonnes cartes, il joue encore. Récemment, il y a un truc qui se passe et qui me titille. Il me parle d’amis comme lui, parqués dans un potager. Il m’en parle beaucoup trop d’ailleurs, et j’en ai marre.

Le mot bipolarité est sorti de mon dictionnaire mental depuis longtemps. J’ai même appelé l’Académie française pour qu’ils l’enlèvent officiellement. Parce que je le connais, mon enfant, il va s’enthousiasmer, faire une crise, puis une dépression, et il reviendra se replanter dans mon jardin.

Pourtant j’observe une différence dans son jeu cette fois-ci. Ses amis ne sont plus 3 ou 4. Ils sont des centaines et ça continue de grossir. De loin, ils ressemblent à un champ de fleurs. Puis il a décidé de dessiner ses propres cartes. Il fait comme maman, quand ça ne l’arrange pas, il ne respecte pas les règles et invente les siennes. J’y crois pas trop, mais ça me fait quand même un peu sourire. La voyante n’avait peut-être pas tort au fond. Elle a tiré ses cartes de guérison, mais c’est lui qui les dessine. Le diagnostic de mes entrailles m’a brisé, peut-être même plus qu’à lui.

Bizarrement, je recommence à lui faire confiance et à le voir aussi lumineux qu’il l’a toujours été, même diagnostiqué . Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il est toujours vivant et je crois qu’il a grandi. Et moi avec.

[ ÉPILOGUE ]

Je ne suis mère que dans mon imaginaire, et mon enfant est virtuel.

Ce que tu viens de lire est une fable dépeignant un entourage impuissant, qui ne peut pas comprendre la bipolarité malgré sa bonne volonté. Un entourage tantôt bienveillant et culpabilisant, maladroit, blessant sans vouloir l’être. Un entourage qui y croit tout autant qu’il n’y croit plus. Un entourage qui tombe à chaque fois qu’il tombe. Un entourage qui dénie parce qu’il souffre trop de voir son enfant faire son propre déni et après se résigner. Un entourage qui aime comme il peut, au fond. Je suis bipolaire diagnostiquée depuis 9 ans, et pour la première fois de ma vie, je me suis imaginée à leur place. Je suis un peu cet enfant et cette mère à la fois.

J’espère que ma maman imaginaire va m’aider à dessiner les nouvelles cartes avec mes amis ! Qui sait, peut-être trouvera-t-on des trésors ?

Lucie

ABOLITION [Alhy.st]

Ce soir, il le faut, je parle d’elle. Ou plutôt je l’écris car les mots ne sortent pas. Et même l’encre réticente semble s’accrocher au sens : Toi tu n’es pas folle.

J’écris des phrases intactes aux mots bien ordonnés, et dans ma tête, elle rit en tirant sur le nœud, en resserrant l’étau. Je dis des phrases bien faites, et d’un ton assuré. Le public se laisse prendre et dans ma tête elle jouit. Pourtant je hurle aussi et secoue les barreaux, mais elle rit de plus belle et me comble de diplômes. Elle me remplit la bouche d’humour et puis d’idées et elle me coud les lèvres de dialogues politiques. Et dans ma geôle de mots comment appeler à l’aide ? Et dans quelle langue parler sans l’invoquer en maître et resserrer l’étreinte ?

Supplique désespérée, je hurle un corps muet, je crie une vie famine. Mais les gens ferment les yeux, écoutent la camisole, cette geôlière sirène. Et ses sarcasmes mythiques et ses concepts abstraits. Ils se laissent bercer, ne voient pas le corps blessé ou feignent de ne pas voir la détresse silenciée qui expire liberté.

Non, moi je ne suis pas folle. Oui moi ça va aller. Et dans ma tête, elle rit en tirant sur les fils de mon corps de pantin. Qui s’épuise à compter, à marcher, à produire, et surtout à parler pour elle la succube qui aspirant les mots dessinant l’illusion, renforce son empire, resserre son étau. Les larmes de marionnettes séchées par une boutade, griffe striée sur le corps renvoyé dans sa geôle. Elle parle, elle parle, elle parle, grossissant de sa verve, phagocytant un corps réduit à peau de chagrin, qui d’ailleurs inaudible ne chagrine plus personne.

Non, moi je ne suis pas folle prisonnière diplômée. Je suis à sa merci et à la vôtre aveugle. Je trinque donc aux fous dans leurs geôles bien visibles, redoublement narquois de celle que vous niez. Celles qui sont dans nos têtes et qui nous tiennent en cage, qui parlent par nos lèvres, exorcisme DSM. Et suis-je donc moins folle car ma geôlière lettrée ? Et suis-je plus acceptable car ma prison censée ? Elle rit de ses prouesses, de votre indifférence. Elle rit mes tentatives et mon corps supplicié, elle rit et moi j’écris sur les barreaux du monde. J’écris abolition. J’inclus toutes les prisons. La mienne n’est que psychique, dois-je donc culpabiliser ? Du fond de ma prison, je me pose la question et son rire tyrannise et souffle entre mes os. J’écris abolition, j’inclus toutes les prisons. Je ne souhaite ça à personne : extérieure, intérieure, brisous tous les barreaux et hurlez liberté. École asile prison, aliénation partout, coupons tous les cordons et hurlez liberté.

Pour le moment, elle rit encore bien trop fort mais quand je le pourrai avec vous, je crierai et pour l’abolition et pour la liberté.

Alhy.st

La Maison Perchée ouvre ses portes à Paris!

La Maison Perchée ouvre (bientôt) ses portes à Paris !

La Maison Perchée 🐦 c’est une communauté d’entraide créée par et pour les personnes vivant avec un trouble psychique.

C’est un café associatif ouvert sur la ville pour s’informer, feuilleter les livres de la psychothèque et boire du bon café.

C’est un lieu non-médicalisé pour faire des rencontres et sortir de l’isolement.

Ce sont des groupes de parole (Les Perchoirs) et un espace d’écoute en individuel avec une personne ayant une problématique similaire (Le Nid).

C’est un espace de formation à la pair-aidance (Les Pair’chés) pour accompagner les membres dans leur parcours de rétablissement.

C’est un espace membre en ligne (La Canopée) avec de nombreuses activités comme le Café sans Thé du mercredi, un Wiki Perché pour se documenter, un serveur Discord pour échanger.

C’est un espace d’expression artistique Les Piailleries.

Ce sont des événements grand public, un festival ciné, des conférences.

C’est enfin un programme de soutien pour les proches (La Boussole).

Conditions pour devenir membre :

Avoir entre 18 et 40 ans.

Diagnostics concernés (pour le moment) : borderline, bipolarité, schizophrénie.

Ouverture officielle en janvier 2023.

📍 59 avenue de la République 75011 Paris (métro Saint-Maur).

Toutes les infos sur maisonperchee.org

La folie est une construction sociale

La folie est une construction sociale et un outil d’oppression psychophobe.

Retranscription du post « La folie est une construction sociale » du compte Instagram DeepTalkfr tenu par Kaina Djaé.

Définition de la psychophobie développée par Kaina Djaé :

Discrimination et oppressions à l’encontre des personnes qui ont, ou qui sont étiquetées ou perçues comme ayant une maladie mentale.

La psychophobie est une forme de validisme où un jugement de valeur est posé sur les capacités mentales, le respect des normes sociales dominantes, l’intelligence, les comportements, l’âge, la communication, l’apparence et la culture d’un.e individu.e.

Qu’est-ce que la folie ?

La folie est un terme polysémique mais globalement elle représente la marginalité, l’anormalité, l’irrespect des règles sociales établies.

Dans son sens philosophique la folie est définie comme l’incapacité pour une personne de penser, d’agir et de se comporter comme les autres.

Ce stéréotype tend à regrouper toutes les pathologies psychiques en une forme unique, une espèce commune, connotée négativement.

Alors qu’elle est stigmatisée, au sein des groupes minorisés.

Elle est parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée, une sagesse supérieure ou du génie mais uniquement lorsqu’il s’agit d’homme blanc cisgenre, hétéro riche ou reconnu socialement.

Troubles mentaux  ≠  Folie

Il faut différencier les troubles et les maladies mentales de la folie.

Les maladies et les troubles mentaux sont des “réalités” scientifiques et médicales qui servent au diagnostic.

Alors que la folie est une construction sociale, qui se mesure selon l’irrespect plus ou moins marqué des codes sociaux dominants.

On peut être considéré.e comme fou.olle et n’avoir aucuns problèmes psychologiques.

Et inversement, on peut avoir des problèmes psychologiques et ne pas être considéré.e comme fou.olle.

Par exemple, les homosexuels / transgenres / lesbiennes / féministes / colonisé.es / handicapé.es / gros.ses / racisé.es… sont selon l’époque, le lieu, le climat social et politique considéré.es comme inadapté.es, anorma.ux.les, fou.olles.

Qui sont les fou.olles ?

La folie est une idée qui évolue au fil du temps, qui se façonne au contact de l’environnement social et politique, tout comme la race et le genre.

Ainsi certains groupes de personnes sont fou.olles selon les époques ou le pays où iels se trouvent :

Pendant longtemps les sourd.es étaient interné.es dans des instituts psychiatriques car considérés.es comme déficient.es intellectuellement et incapables de s’intégrer socialement.

Pour de nombreu.x.ses autistes et personnes neuroatypiques la même chose est toujours d’actualité.

L’hystérie, aussi appelée “maladie de l’utérus”, a longtemps été diagnostiquée comme une névrose chez des fxmmes dont les comportements ne correspondaient pas à ce que la société patriarcale attendait d’elleux, et concernant donc souvent les féministes, les lesbiennes ou les hommes transgenres. Elle ne sera retirée de la classification internationale des maladies qu’en 1952.

Les fou.olles sont toujours les margina.ux.les, celleux qui vivent, s’expriment, se comportent différemment de ce que le système attend d’elleux.

Durant l’époque coloniale, les colonisé.es accusé.es de perturber « l’ordre public colonial » se retrouvaient si ce n’est en prison, interné.es au sein d’asiles coloniaux qui virent le jour dès le début du XIX e siècle, avec l’essor institutionnel de la psychiatrie coloniale.

Alors que l’OMS n’a dépsychiatrisé l’homosexualité qu’en 1990, il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que la transidentité ne soit plus considérée comme une pathologie mentale dans la classification internationale des maladies.

Catégoriser pour mieux stigmatiser

L’utilisation de termes de la même famille que le mot folie est un moyen de catégoriser et donc de stigmatiser davantage les populations déjà oppressées.

Les mots hystériques, sauvages, assisté.es, mongolien.nes, zoulou.es, incivilisé.es, sourdingues, malades , bêtes, teubé.es, idiot.es, attardé.es… sont autant de synonymes du mot fou.olles qui cachent à peine le sexisme, le colonialisme, le classisme, le racisme, le validisme, l’âgisme et le spécisme qui en sont à l’origine.

Ces mots sont des étiquettes posées sur des individu.es à partir desquels se construisent progressivement des catégories de plus en plus différenciables et donc stigmatisables.

Et ces termes psychophobes nourrissent les oppressions systémiques.

Toutefois la réappropriation par certain.es de ces termes qui visaient à les oppresser peut être un moyen d’émancipation.

La psychophobie : moyen d’oppression extrême

Dans le paradigme psychophobe : une personne classifiée comme folle ne peut pas prendre de décisions censées, une certaine forme d’autorité se doit donc de décider pour elle.

La folie prétendue de certains groupes permet de justifier la colonisation, l’esclavage, le sexisme, la transphobie, le racisme…

Ainsi, les colonisé.es n’étaient pas assez civilisé.es pour s’occuper elleux-même de la politique et de l’économie de leurs pays.

Les femmes pas assez équilibré.es pour voter, acquérir l’autonomie corporelle, avoir des postes à responsabilités ou être crues au sujet des violences sexuelles qu’elles auraient subies.

Les personnes transgenres pas assez stables ou rationnel.les pour transitionner sans l’avis d’un.e psychiatre (et sans l’accord parental pour les mineur.es), fonder une famille ou changer de nom ou d’état civil sans passer par de multiples procédures…

Les enfants intersexes pas assez matures pour que l’on respecte leur droit à l’autodétermination et leur intégrité physique.

Sous prétexte de vouloir conserver un certain ordre social et à force de pathologisation, on retire à toute une partie de la population l’accès à l’autonomie corporelle et l’autodétermination, (justice reproductrice, traitement hormonal, soins, accès à l’information, intégrité physique, mariage pour toustes, éducation…) alors même que ce sont les fondements de tout droits humains.

Et bien plus grave, on retire aux fou.olles leurs libertés individuelles avec des mesures de privations de libertés :

Emprisonnement, astreinte à résidence, interdiction de se déplacer, hospitalisation sans consentement, stérilisations, interdiction du droit de vote etc…

Sources :

1) « La surdité, quelle histoire ! » Christophe Dodier Surdité et santé mentale (2013), pages 45 à 50

2) « Histoire de l’hystérie, cette excuse pour contrôler les femmes » Elise Lambin, rédactrice Feminists in the City (Mai 2021)

3) René Collignon, « La psychiatrie coloniale française en Algérie et au Sénégal : esquisse d’une historisation comparative », Revue Tiers Monde, 2006 (n° 187), p. 527-546.

4 ) “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans.”  solidarites-sante.gouv.fr (Janvier 2022)

Kaina Djaé

Pour le compte Instagram : https://www.instagram.com/deeptalkfr

Un sevrage progressif responsable et sûr à l’aide de Tapering strips

PDF – L’amie Maeva vient de publier un article scientifique avec Jim van Os et Peter Groot, deux des invités internationaux de la conférence du 15 décembre 2022 sur le sevrage et les médicaments en psychiatrie.

Informations et commandes de bandes de sevrage sur prescription : taperingstrip.fr

L’article de Maeva Musso, Jim van Os et Peter C. Groot paru dans L’Information psychiatrique (2022)

Résumé : Des millions de personnes à travers le monde utilisent des psychotropes. Les directives recommandent de sevrer les patients progressivement dès qu’ils n’en ont plus besoin. Cependant, des symptômes de sevrage apparaissent lorsque l’arrêt n’est pas assez progressif. Ces symptômes, souvent interprétés à tort en termes de rechute, entraînent la poursuite ou la réaugmentation des psychotropes et donc une consommation à long terme, sans que les patients n’en aient véritablement besoin. De plus, les effets indésirables des psychotropes peuvent s’aggraver lorsque leur utilisation est prolongée. Pour éviter cela, il est fondamental que les praticiens disposent d’outils appropriés pour accompagner au mieux les patients dans leur processus de sevrage. Aux Pays-Bas, le Centre de recherche utilisateur (URC) du Centre médical universitaire d’Utrecht a mis au point des bandes de sevrage progressif appelées « Tapering strips » qui semblent très bien fonctionner et qui sont disponibles sur prescription médicale pour les patients ne résidant pas aux Pays-Bas mais non remboursées à ce jour.

Bédéthèque

Je souhaite porter avec l’asso Tenir Tête un projet de bédéthèque itinérante, qui circulerait dans le Tarn et à Toulouse, et je suis en recherche de références. J’aimerais particulièrement mettre l’accent sur le témoignage à la première personne, mais pas seulement.
Auriez-vous des idées, des recommandations?
Si des titres vous ont particulièrement déplu, je veux bien le savoir aussi. 🙂
Merci!

hélo

N’hésitez pas à rajouter une étoile aux bandes dessinées que vous avez aimées.

Photo contest ist over
Photo contest ist over
« Se Rétablir, une enquête sur le rétablissement en santé mentale, tome 1 » de Lisa Mandel
« Goupil ou face » de Lou Lubie
« La différence invisible » de Mademoiselle caroline, Julie Dachez
« Inadapté•e•s – Une folle histoire de l’antipsychiatrie ». de Freaks
« C’est comme ça que je disparais » de Mirion Malle
« Les zavantures de Zozo le Skyzo »
« Nellie Bly » de Virginie Ollagnier-Jouvray et Carole Maurel.
« Blast » de Manu Larcenet
« Autopsie des échos dans ma tête » de Freaks
« L’ascension du Haut Mal » de David B.
« L’Homme le plus flippé du monde » de Théo Grosjean.
« Psychotique » de Jacques Mathis et Sylvain Dorange
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 2» d’Art-Mella
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 3 » d’Art-Mella
« HP, tome 1 : L’asile d’aliénés » de Lisa Mandel
« HP, tome 2 : Crazy seventies » de Lisa Mandel
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 1 » d’Art-Mella
« Réalités » d’Axell plop
« Chute libre – Carnets du gouffre » de Mademoiselle caroline
« Le syndrome de l’imposteur: Parcours d’une interne en psychiatrie » de Claire Le Men
« Ta gueule Boris »
« Thérapie de groupe, Tome 3 - La tristesse durera toujours » de Manu Larcenet
« Thérapie de groupe, Tome 2 - Ce qui se conçoit bien » de Manu Larcenet
« Thérapie de groupe, Tome 1 - L'Étoile qui danse » de Manu Larcenet
« Une case en moins : La dépression, Michel-Ange et moi » d’Ellen Forney
« Le Grand Vide » de Léa Murawiec
« Comment survivre en hôpital psychiatrique (en fumant des tonnes de cigarettes) » de Laetitia Bocquet
« La grâce » d’Emmi Valve
« Fables psychiatriques » de Darryl Cunningham
« Presque » de Manu Larcene
« Nouvelles du dernier étage » de Claire Le Men
« La troisième population » d’Aurélien Ducoudray et Jeff Pourquié.
« Une case en plus: conseils éclairants d’une bipolaire assumée » d’Ellen Forne
« Ted, drôle de coco » d'Emilie Gleason
« Le Nao de Brown » de Glyn Dillon
« L’éclipse d’un ange »
« Swallow me whole » de Nate Powell
« Misery loves comedy » d’Ivan Brunetti
« Déraillée » de Jo Mouke et Julien Rodriguez
« Insomnie » de Maëlle Reat
« Dans la Tête de Tim » d’Alexandra Brijatoff et Bernard Villiot
« Je vais mieux, merci » de Brent Williams
« Qu’est-ce qui monte et et qui descend ?? Chroniques d’une borderline » de KNL
« Morveuse » de Rebecca Rosen
« Chère Scarlet » de Teresa Wong
« Journal d’une bipolaire » d’Emilie Guillon
Fanzine BEDZINE
« L’espace d’un instant » de Niki Smith.
« Borderline : journal de ma vie d’avant » de Fé.
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Vol au-dessus d’un nid de coucou. Quand j’étais hospitalisée en psychiatrie. [Imelda]

J’ai eu envie d’écrire cet article. Parce que je garde un souvenir assez traumatisant de toutes ces hospitalisations. Parce que se retrouver privé de liberté lorsque l’on n’a commis aucun crime, cela reste impressionnant, cela peut sembler inhumain, injuste. Parce que le quotidien derrière les murs d’un HP n’est pas toujours mis en lumière. Parce qu’être en HP, ce n’est pas la joie, c’est en fait une véritable misère qui en dit long sur l’état révoltant des services de santé en France, notamment de la psychiatrie. Parce qu’en HP, on est seul face à soi-même, seul avec ses problèmes. Mais dans tous ces mois parmi les plus vulnérables des vulnérables, il y a heureusement eu des petits rayons de soleil. Heureusement, mais pas suffisamment.

« Souhaitez-vous être hospitalisée ? ». Toutes mes hospitalisations ont débuté ainsi. Je sais maintenant que répondre « non » au médecin qui vous pose cette question, c’est la garantie d’une hospitalisation sous contrainte, c’est-à-dire, sans votre consentement. Combien de fois me l’a-t-on posée cette question ? 3, 4, 5 fois ? A chaque fois, j’étais dans un état second, de crise, sous l’emprise de médicaments, en surdose…suite à une tentative de suicide. Avec la contrainte, il y a la nécessité de prendre des mesures pour mettre le patient hors de danger (envers lui-même, ou autrui).

Le médecin vous pose la question. Vous prenez la pilule bleue ou la rouge ? Répondez non, et le médecin signe un petit papier qui vous prive de liberté afin de vous garantir de rester en sécurité. Un proche peut également demander à ce que vous soyez hospitalisé sous contrainte, mon père l’a par exemple fait pour moi lors de ma première hospitalisation. Une longue hospitalisation sous contrainte nécessitera de passer en audience devant le juge des libertés. Oui, on vous prive de liberté, aux yeux de la loi, vous avez été dangereux, vous avez dérogé à l’ordre des choses, vous passez donc devant un juge au bout de quelques semaines.

Répondez oui, vous êtes libre. Sauf si le médecin décide quand même de vous emprisonner…pardon, hospitaliser sous contrainte, vu votre état alarmant de détresse.

J’ai été hospitalisée dans deux structures. L’une en province, l’autre à Paris. Quel que soit l’endroit, je pense qu’il est impossible de bien vivre une privation de liberté.

A chaque fois, des murs. Pour éviter les escapades, les mises en danger, on vous enferme entre de hauts murs. L’agent d’accueil a l’œil rivé vers la sortie, tu n’as pas intérêt à filer à l’anglaise, ou tes vêtements te seront confisqués et tu porteras l’odieux pyjama bleu de l’hôpital, comme une collerette de la honte. Une fois affublé.e de cet uniforme, impossible de passer incognito hors-les-murs. Et dans la cour de l’HP aussi. Porter le pyjama permettra à tes camarades hospitalisés de dire « ah, ça y est, il.elle a déconné, la punition est tombée ! » La pratique du pyjama bleu, une humiliation thérapeutique.

Les camarades hospitalisés, parlons-en. Je suis arrivée brisée dans ces structures, à chaque fois. Se retrouver confrontés à la faune d’un HP, et se dire « j’en suis », c’est bouleversant. J’ai pu croiser de tous les profils, certains me faisaient peur, je me reconnaissais plus volontiers dans d’autres. On a toujours peur de la différence…et de son miroir. Nous étions dans le même vase clos. Parce que nous avions tous des problèmes qui justifiaient d’être rassemblés au même endroit. Et aussi, parce qu’en France, il n’y a pas les moyens pour offrir mieux à toutes ces populations de malades, aux pathologies et besoins divers. Forcés à la cohabitation, un freak-show laissé à l’abandon par l’Etat.

Personne ne disait ouvertement sa pathologie, à moins d’avoir tissé un lien de confiance avec un autre patient. On se doutait bien, en voyant certains cas, que les maux de certains étaient plus graves, les douleurs peut-être plus aigües et profondes que pour d’autres. Certaines affinités peuvent se tisser au fil des conversations (malades, oui, mais l’hôpital psychiatrique n’enlève rien du besoin d’aller vers l’autre, du besoin de contact.) J’ai bien évidemment modifié tous les prénoms de mes ex-camarades, combiné des profils, créé des chimères, pour brouiller les pistes.

Il y avait Béatrice, la trentaine, petite, un t-shirt qui disait très justement « cute, but psycho ». Elle avait un œil crevé « je me suis crevé l’œil pendant une crise avec une punaise parce que j’étais très triste» . Manifestement en souffrance, souvent à taper dans les murs ou à l’isolement. Il y avait David, hospitalisé depuis vingt ans, cheveux gris et gras, toujours en pyjama bleu et crasseux, il cherchait des mégots mouillés dans la cour pour avoir une petite taffe, et se faisait un plaisir de lâcher des pets odorants dans l’ascenseur blindé par les patients désireux d’aller en pause clope (ça le faisait marrer). Il y avait Agnès, je me demandais ce qu’elle fichait là, une belle brune, brillante, cultivée, qui demandait tout le temps à sortir, mais se faisait souvent sermonner par les infirmières « Vous savez bien que ce n’est pas possible et que ce ne serait pas raisonnable ! ». Il y avait Jane, les cheveux bleus, borderline comme moi, 19 ans, les poignets lacérés de cicatrices de scarification ou pire, un peu artiste, très talentueuse, très sensible, une histoire familiale douloureuse. C’était une jeune femme très sombre, souvent seule dans sa chambre à faire des achats compulsifs avec son téléphone. Il y avait Thibault, il s’amusait à escalader les murs le soir venu pour aller chercher de l’alcool. Il avait séquestré son petit frère pendant une crise. Il y avait Fabien, la soixantaine, un sicilien sanguin, plein de feu et de problèmes, en rupture avec ses filles. Il avait été commerçant prospère dans le Sentier il y a longtemps, et avait tout perdu. Il restait seul avec ses crises, il faisait tout péter lorsqu’il s’énervait contre l’équipe soignante. Il y avait Edouard, 20 ans, maigrichon, blondinet, une gueule d’ange, de petit étudiant sans histoire, gentil, poli, une petite voix. Là pour une grosse dépendance à l’alcool et une dépression grave. Il y avait Clothilde, toxicomane et borderline, en quête permanente de shit, elle en faisait entrer on ne sait comment. Une fois, je l’ai vue souffler un nuage de beuh sur la tête d’un médecin, on aurait dit un dragon en furie.

Il y avait Geneviève, une petite vieille au dos courbé, squelettique, cheveux gris, longs, le teint basané par de nombreux jours dehors. Elle passait son temps à hurler « C’EST BON » en fumant ses gauloises puantes. Il y avait Christian, un petit papy moustachu en fauteuil roulant, veuf, ancien tennisman, volontaire du club de bridge, qui avait voulu en finir, car trop seul et triste dans son logement. Il y avait Clémentine, deux têtes de plus que moi, forte, cheveux au carré, une grosse voix tantôt chaleureuse, tantôt terrifiante. Elle était amoureuse de toutes les patientes du service. Une fois, je l’ai retrouvée dans mon lit, j’ai eu peur, elle voulait m’embrasser et me disait « je t’aime ».

Et il y avait moi. 26 ans, mère solo, célibataire, borderline, hospitalisée suite à une TS médicamenteuse, en pyjama bleu après une évasion remarquée, maigre, en souffrance, en pleurs, je ne voulais pas être là. Privée de téléphone à la demande de la psychiatre. Au départ, on m’a placée dans une chambre solo, avec des murs jaunes. Puis on m’a déplacée dans une autre chambre, que je partageais avec une autre femme. Nous avions un petit lavabo derrière une cloison. La salle de bain et la salle de douche étaient communes, nous les partagions avec les autres. Il était possible d’y aller sur des créneaux dédiés. Il m’est arrivé que la douche soit dans la chambre, mais cela est un luxe. Les douches, comme tout le reste, doivent être prises dans les règles, à heures fixes. Tout est réglé comme du papier à musique. Le quotidien est ritualisé, tout est compté, observé, noté…

Le matin, vers 7h, l’équipe infirmière vient taper aux portes « Mme Machin, c’est l’heure ! Bonjour ! ». Puis courte toilette, et file d’attente. Il faut faire la queue. Il y a en fait deux queues. La première pour le traitement. Cachet 1, cachet 2, tercian, un peu d’eau pour faire passer. Puis la seconde, il faut prendre le petit plateau, se servir parmi les plats réchauffés ignobles de l’hôpital. Manger, débarrasser. Chambre. Même manège le midi et le soir.

Et une règle !

Ne pas déranger pendant les transmissions du matin, de l’après-midi, et du soir. Les transmissions ! Ces réunions qui paraissent interminables, durant lesquelles il ne faut pas déranger le personnel soignant. Toute l’équipe est réunie, psychiatres, infirmiers, éducateurs, toute personne intervenant dans le service. On parle des patients, on prend les mesures, on ajuste, on fait le bilan. Nous sommes des animaux que l’on observe…ou des malades. Selon les jours, je me sens l’un ou l’autre, l’un plutôt que l’autre, tantôt bête, tantôt patient. L’équipe doit demeurer imperturbable. Pas le temps de répondre aux sollicitations, le patient qui aura le malheur de taper à la porte se fera réprimander.

Le psychiatre. Selon les profils, rendez-vous une fois par jour ou par semaine, selon les besoins. A chaque fois, j’attendais ces rendez-vous comme Noël. Faire quelque chose, enfin ! Que l’on s’occupe de moi ! Pendant trente minutes, une heure, qu’on m’aide ! Malheureusement, le psychiatre ne gérait qu’un moment, une crise. Le travail ne se ferait une fois sorti de l’hôpital, et il serait long….

A l’hôpital psy, on est très souvent dans sa chambre, seul. A cogiter, se maudire, pleurer, dormir. Dormir, on le fait beaucoup. Soit pour oublier nos tourments durant quelques minutes, quelques heures, chercher un peu de répit dans les bras de Morphée. Soit parce que le traitement est tellement lourd que le corps ne trouve plus que ça à faire pour le supporter. On est seuls, à porter tout cela. Dans la cour, une clope au bec, à attendre que les heures passent. On discute parfois avec les autres. Mais ces amitiés ne seront pas pérennes. Vous vous imaginez, se revoir ailleurs que dans cet aquarium ? Et le fameux « Vous vous êtes rencontrés où ? vous avez l’air super potes !» « à L’Hôpital Psy ! » Parfois aussi, les autres patients nous sont insupportables. Soit parce que leur pathologie les rend trop envahissants, étouffants, soit parce qu’on ne peut plus les supporter, parce qu’à l’intérieur, on souffre trop. Les autres sont parfois de trop dans la souffrance psy, et la solitude reste la solution la plus supportable.

A l’hôpital psy, lorsque l’on commence à aller mieux, on vous propose progressivement des perm’ (permissions). Accompagnées par un membre de l’équipe infirmière, ou par un proche. Avec un but précis : aller au parc, aller au bureau de tabac, faire des achats, rentrer chez soi, faire une visite. Une heure, deux heures, douze heures avec autorisation de dormir chez soi, quarante-huit heures avec un proche lorsque vous êtes proches de la sortie. Ces perm’ sont vécues comme des petits pas vers un mieux-être. Mais parfois, elles peuvent être violentes. Passer du monde (en)fermé de l’HP au vrai monde, bruyant, véritablement fou, plein de gens normaux, de tentations, c’est violent. Retourner chez soi alors que le dernier souvenir que l’on ait de la maison, c’est la visite des pompiers lorsque vous étiez en surdose de médicaments, c’est violent. Mais qui dit perm’ dit : sortie bientôt. C’est dans les clous…

Heureusement, à l’hôpital psy, il y a aussi de la lumière. Je pense notamment aux ateliers. Atelier contes, atelier art thérapie, relaxation, atelier cuisine, animés par des infirmiers, des intervenants, des psychologues. Pas suffisamment de créneaux, mais au moins cela a le mérite d’exister. Pas assez de temps pour le mieux-être, pas assez de budget. Mais au moins, l’espace d’une, deux heures, créer, s’évader, quitter ce noir intérieur qui dévore tout… Il y a aussi une petite salle parfois, avec des livres, de la musique, accessible certaines heures. Mais pas tout le temps, quel dommage ! J’ai aussi déjà vu une petite cafétéria, gérée par les infirmiers, où chacun peut venir boire un petit café, un petit sirop, moyennant quelques centimes. Un peu d’humain, de l’humain, enfin ! De l’humain, de la lumière, il y en a. Je l’ai vu. De mes yeux vu ! En HP, c’est possible ! Un exemple me vient en tête, lorsque j’ai été hospitalisée, j’ai commencé à avoir une obsession pour le chant lyrique. Alors je faisais des concerts improvisés à mes pauvres compagnons d’infortune. Ils trouvaient toujours que ma voix était incroyable, et ont toujours été incroyablement bienveillants envers toutes mes fausses notes. Ca créait du lien. Les clopes aussi créaient du lien. Tous en souffrance, tous en mal de nicotine, tous avec ce besoin d’inhaler la fumée dégueulasse, et tous en rade de clopes ! En HP, trouver des clopes est un sport national. Les plus chanceux auront des amis pour leur faire la livraison, ou accès à leur carte bleue lors des permissions. Sinon… Ce sera la chasse aux mégots. Il m’est déjà arrivé de fumer des choses franchement douteuses à base de mégots reconstitués. On fume tellement à l’HP. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire. Fumer, attendre que ça passe, refumer, et attendre, dormir, manger, prendre son traitement… Une fois, on a pris ma petite enceinte portative, et de 19h30 à 21h, on a fait la fête dans la cour. Tout le monde, dans la cour, en train de « faire les fous » sur les démons de minuit et partenaires particuliers. Tous les tubes y sont passés, le temps d’une soirée pleine de poésie, entre les murs laids de la bétaillère, oublier avec la musique, et ces gens, si proches dans la souffrance. Les soignants ont noté « rassemblement festif » sur la fiche de transmission. C’était vraiment la fête, oui. Oublier, se sentir humain, se sentir heureux, joyeux, comme tout le monde…

Le plus grand des bonheurs pour moi, à chaque fois fut le lien créé avec une infirmière que je voyais de temps en temps. Je l’ai prise dans mes bras en partant. Je l’ai remerciée pour sa gentillesse, sa douceur, sa fermeté parfois, et son écoute. Une infirmière qui aura pris un peu de temps, du temps qui lui manque, ce temps après lequel elle court entre les traitements, les transmissions, les repas, les crises des uns et des autres… Merci madame, grâce à vous, je me suis sentie humaine…

Je pense avoir fait le tour de mon expérience en HP. Ce n’est que mon expérience, cela n’engage que moi, mon vécu, mes traumatismes. Je ne veux plus jamais y retourner. La lumière ne brillait pas suffisamment fort certains jours, pour me faire oublier les cris, l’humiliation d’être enfermée, le pyjama bleu et l’infantilisation… Le fait de se sentir traité en criminel, mis au ban de la société, parmi les invisibles, parmi les laids, les fous. Sentir que l’Etat ne nous veut pas, ne nous considère pas, nous parque. Qu’il ne différencie pas, qu’il nous envoie à la bétaillère… et que les soignants sont en première ligne, victimes eux aussi du manque de moyens.

Mais, comme disait un type dans un film que j’aime bien, la vie trouve toujours son chemin…

Imelda

Découvrir le blog d’Imelda : https://etats-limites.hubside.fr/

Le mythe de l’agitation des malades mentaux [Philippe Paumelle] – PDF

Pinel dit à Pussin :

– Quand ils deviennent trop méchants, que faites-vous ?

– Je les déchaîne.

– Et alors ?

– Ils sont calmes.

Psychophobie : « Les fous sont dans la rue » de Marianne

Article de Lionel Belarbi paru sur PsychaMentale : https://psychamentale.fr/psychophobie-les-fous-sont-dans-la-rue/

« Encore de la stigmatisation à outrance, de la psychophobie, de la discrimination envers les personnes atteintes de maladie mentale. Soignez vos équipes de rédactrices et de rédacteurs Mme Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne. Les fous, c’est vous ! Fou d’amour, fous du volant, fous de l’écriture, vous allez me rendre fou, mais pas criminel, certainement pas. Vous confondez criminel et personne en difficulté, c’est un coup bas, car vous avez de façon minable épuisée votre chargeur de balle pour atteindre les Arabes comme moi qui n’ont pas été expulsés dans leur pays d’origine et qui peuvent tuer, comme les Français de souche.

Je me présente, Lionel Belarbi, algérien, et souffrant de graves troubles mentaux, je ne suis pas dans la rue, je ne suis pas un criminel et surtout, je vous emmerde Marianne. Les criminels sont dans la rue, mais pas les personnes malades qui ont un suivi psychiatrique. Bien sûr, il y a des criminels dans la rue, mais aussi des criminels tout autour de vous, qui vont tranquillement acheter leur pain, ou qui font le plein d’essence et cassent la gueulent aux autres clients pour un simple dépassement ou regard de travers.

Les fous sont partout, même chez vous. Mais ne mélangez pas les patients avec les criminels furieux qui ne sont pas forcément SDF ou migrants comme dénonce la Une de votre magazine, mais qui ont aussi une vie rangée, et puis qui un jour passent à l’acte.

Non Marianne, ne stigmatisez pas les personnes malades qui sont prises en charge, avec les assassins qui ne sont pas en psychiatrie, mais partout dans le monde.

Vous osez nous insulter de fous, mais allez jusqu’au bout de vos idées et traitez-nous carrément d’assassins, de moins que rien, de déchets de la société. Ah, pardon, c’est ce que vous faites avec la une de votre magazine et vos articles que j’ai eu la chance de lire partiellement, ne pouvant prendre un abonnement à votre torchon de gerbe et de diarrhée.  

Vous parlez de 40 ans d’abandons de la psychiatrie, mais j’écrirais plutôt des décennies de justice trop laxiste en France. Chargez et évacuez votre haine envers le coupable, le vrai, et non aux pauvres patients qui subissent votre rage et votre psychophobie tous les jours. Les haineux de la société, les vrais fous, sont chez vous. Je vous suggère une consultation. C’est vrai, à mon tour je stigmatise votre haine, car je n’ai pas pour habitude de tendre les deux joues. J’autorise une gifle à gauche, mais jamais à droite. »

La pétition du magazine SoinSoin

La revue « Marianne », a encore frappé par sa vulgarité et son racolage avec sa une du 27 octobre « les fous sont dans la rue  » pour parler du manque d’offre de soins pour les personnes en souffrances psychiques.

Encore un triste exemple de la politique éditoriale de beaucoup de médias, préférant faire du buzz grâce à un titre tapageur plutôt qu’à une information se basant sur des faits réels.

C’est un triste reflet de la consommation d’information qui met aujourd’hui à mal les personnes ayant des souffrances psychiques (plus d’une personne sur 5 en France ! ), détruit tout le travail de déstigmatisation mis en œuvre et compromet l’inclusion et la réhabilitation de ces personnes.

La commission des Défenseur des droits, Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le ministère de la santé, le ministère de la justice et le syndicat des avocats de Fance doivent réagir face à ces propos qui ne respectent en rien les valeurs morales et fondamentales de l’Homme.

Mathieu LEONARD pour Soinsoin

Pour signer la pétition

Publication de Paye ta Psychophobie :

BIPOLARITÉ : je suis une prophète.

[ J’ai un ami qui commence toujours sa phrase par :  » J’ai une histoire de fou à te raconter  » ]

ET SI C’ÉTAIT VRAI

« Je suis une prophète ! », affirmais-je sans l’ombre d’un doute il y a 8 ans. Je n’en connaissais pas le sens. Je n’en ai jamais reparlé ni cherché la définition. Peut-être que j’avais peur au fond. Et si c’était vrai ? Et si tout ce que j’avais pensé et déclamé se retrouvait dans des écrits ? Non, c’était un ultime tabou. Le premier psychiatre que j’ai consulté m’a dit de ne plus jamais fouiner dans la religion, le mystique, l’ésotérisme. Alors, je calme mes ardeurs par un excès de rationalisme.

LA MISSION DE VIE

J’ai compris des années plus tard, que le langage que j’employais était au premier degré. Sur le moment, je me comportais et je m’exprimais comme une envoyée de Dieu. Bon, Moïse avait sans doute plus de classe. Tous les atomes de mon corps et mon esprit étaient d’accord. J’étais l’élue, de Dieu, soigneusement choisie, indispensable, pour répandre sa bonne parole. Il m’avait confié une mission, à moi, une pauvre humaine sans foi, c’était incroyable ! Moi qui ne trouvais pas réellement de sens à ma vie. J’étais tellement cartésienne et si peu croyante en la bonté humaine.

TOUT L’OR DU MONDE

Dieu m’informa que oui, il avait un plan pour moi depuis l’éternité, et que j’ai enfin répondu à l’appel après mes nombreuses réincarnations. Mon existence auparavant était si éteinte. Cette révélation a engendré un soulagement indescriptible. Tout, tout avait enfin un sens. Tout était signe, tout était coïncidence. Tout avait une logique sur Terre, et c’était comme si mes yeux avaient toujours été fermés. Je les ouvrais enfin sur une réalité invisible qui n’est accessible qu’aux élus.

Tout ce qui m’était arrivé était orchestré pour m’éduquer à devenir prophète. J’ai ri de cette facétie. J’ai signalé à Dieu que ce n’était pas drôle de venir si tard, parce que j’étais franchement malheureuse sans mode d’emploi. Il était si doux, rassurant, drôle, bienveillant.

Il m’expliqua le fonctionnement du monde pendant des jours. La vie, la mort, l’amour, l’éternité et bien d’autres concepts qui dépassent l’entendement humain. Je ressentais le bonheur pur, l’extase, le Graal.

Même les moines les plus spirituels et les drogués les plus accros ne pourront jamais atteindre cet état. Les humains donneraient leur fortune entière pour ne vivre qu’un seul instant de ce que j’ai vécu.

C’est normal, être touché par la grâce de Dieu, ça n’arrive pas tous les jours.

NUL N’EST PROPHÈTE EN SON PAYS

Il y a une phrase qui dit que si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux.

Si Dieu vous répond, vous êtes fous. Je ne suis aucun des deux. Je ne me suis pas adressée à Dieu. Il m’a sollicité. NUANCE. Moi je vivais ma vie tranquillou, bien loin de la religion, et du trouble psychique. En mode « Ouais, on vit, on meurt, et on s’emmerde au milieu ».

Seuls ceux qui ont été prophètes me comprendront. Parce que oui, je n’étais qu’une prophète, parmi tant d’autres.

Estampillée, bipolaire, en fin de compte. Sérieux, j’aurais dû naître dans un autre pays, ou une autre époque. On m’aurait un peu mieux considéré. Soit.

Revenons aux moutons de Panurge. Quand j’ai quitté le monde des Cieux, le psychiatre m’annonça que mon expérience résultait d’un symptôme d’un handicap psychique. C’est beaucoup moins sexy d’être une prophète bipolaire.

De fait, j’ai, bien sûr, « un peu » déprimé. C’est vrai, je n’ai jamais eu d’éducation religieuse ni lu la Bible. J’avais tendance à être sceptique vis-à-vis des religions. Pour moi Dieu c’était un peu l’équivalent du père Noël, sauf qu’il ne nous fait pas toujours de cadeau et qu’on peut tuer en son nom.

Alors j’ai trouvé ça vachement intéressant comme concept. Moi si rationnelle, j’incarnais la religion. Mon professeur de philosophie nous enseignait qu’on pouvait faire une très bonne dissertation sans citer aucun philosophe parce que nous avons chacun les mêmes réponses en nous. Je crois que j’ai fait une dissertation de prophète, je n’avais lu aucune référence, mais j’avais compris le concept.

À l’heure actuelle, je n’ai toujours pas recherché la définition de ce qu’est un prophète. Pourquoi après tout ? Serait-ce parce j’ai peur de revivre une crise ?

Oui, me coller au plafond me lacère, je me sens plus comme Jésus sanctifié sur sa croix que Moïse libérant le peuple dans ces moments-là.

Pourtant, j’écris ce texte et j’ose enfin regarder Dieu en face, sans peur ni croyance. Je le contemple sans opinion. Est-il un barbu qui a créé le monde ? Est-il une idée inventée par les humains pour justifier que la vie ait un sens ? Un instrument politique pour asservir le peuple ? Je n’ai aucun avis, je contemple Dieu, simplement. Regarder un élément sans le juger est la plus haute distinction humaine.

L’ENSEIGNEMENT DE DIEU

Dieu m’enseignait que le monde est image, métaphore. Il s’est présenté à moi comme je l’imaginais, parce que je suis née à un endroit précis sur Terre. Il m’a expliqué qu’en fait, nous sommes nos propres Dieux. Nous sommes les créateurs de notre propre monde.

Plaçons-nous d’un point de vue terre-à-terre. Quand j’analysais ma rencontre avec lui au premier degré, c’était fantastique. Des années après avoir étudié le fonctionnement du cerveau, j’en ai conclu qu’il n’y a rien de magique. J’ai compris que le prophète est à double-sens, et pas celui que tu penses. Il est probable que quand tu m’entends en cet instant, tu te reconnaisses, comme si tu avais écrit toi-même ces mots. Rassure-toi, on est des millions à travers le monde. La mission que t’a donnée « Dieu » n’est pas de sauver le monde. C’est de sauver « ton » monde, de le créer à ton image, d’être heureux en quelque sorte.

QUI SONT LES FOUS ?

Être fou dans ce monde, quoi de plus logique ? Et si c’était les humains supportant la brutalité quotidienne sans broncher qui étaient fous ? Nous, on réagit normalement, non ?

On ne supporte pas d’assister aux injustices, et d’accepter que notre propre espèce commette des atrocités. On ne supporte pas que l’humain détruise la Terre qui l’a porté. Alors des humains sont intervenus, parce qu’ils ont compris que le monde allait de travers. Ainsi on revient à des principes de bon sens : aimez-vous les uns les autres, ne faites pas de mal, ne mentez pas, ne volez pas le bien d’autrui,etc. Et je suis sûre que le reste est écrit dans les textes religieux.

Peut-être est-ce les fous qui ont créé la religion ? Ils se sont réunis autour d’un verre en constatant qu’ils étaient les seuls à pouvoir agir sur la déchéance du Monde. Ils se sont dit, peut-être, qu’il fallait écrire une histoire pour guider la foule, puisqu’elle a toujours besoin d’un leader.

UNE HISTOIRE DE FOU

Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’invita à lire la Bible, la Torah et le Coran, comme des contes. Je préférais lire Harry Potter et écrire les miens. Ça y est, est-ce que tu comprends ? Elle espérait m’instruire sur des principes de bon sens, juste avant de m’endormir. Justement, pour mieux m’endormir.

Mais les prophètes ne suivent pas les règles. Nous sommes des rebelles, des révolutionnaires, des sorciers. On a tous fini par être chassés, torturés et brûlés. Alors, on a créé la catégorie « artiste ». Ces personnes ont le droit d’être folles, loufoques, bizarres, parce qu’elles sont créatives. Ah ah ah, vous êtes fort les gars ! Se présenter aux autres comme étant artiste est la plus grosse arnaque inventée pour que les fous s’intègrent à la société. Il existe l’expression « l’artiste de la famille ». Elle signifie que c’est l’humain qu’on ne comprend pas, mais qu’on accepte avec tendresse. Il incarne la différence, c’est celui qui brise les codes et qui agit à contresens. Ses idées sont incongrues, étonnantes, elles séduisent. Elles font voir le monde différemment. L’artiste n’est pas mis à l’écart, au contraire, on recherche sa compagnie.

J’AURAIS VOULU ÊTRE UN ARTISTE

Les artistes sont ceux qui font ce pour quoi ils sont faits, et ce qu’ils font le mieux.

L’artiste n’est qu’un fou déguisé, et le fou n’est qu’un prophète déguisé. Les mots importent tant, mais en fin de compte, si peu.

Comprends-tu maintenant ce qu’est le second degré ? Les artistes, les créatifs, s’expriment sous toutes les formes, inventent des histoires, peignent, chantent, soufflent du verre, dansent, font rire, tournent des films, cuisinent…

On dirait que c’est un peu magique. D’où vient l’inspiration ? Personne n’a la réponse, mais elle s’impose à nous.

Toi qui étais prophète, as-tu compris ? C’était si simple, ta mission n’est pas une missive. L’humanité fonctionne très bien sans toi, oublie ce fardeau trop lourd. Suppose qu’au second degré elle est traduite comme ta mission de vie pour trouver ta voie, ton équilibre. Ta mission est de diffuser tes principes bienveillants, comme tu le souhaites, qui sont sans doute amour, paix et tolérance. C’est du bon sens. Fais-le du mieux que tu peux, avec le talent que tu as naturellement. Dieu ne t’a pas demandé de sauver la Terre. Rien n’est comme tu l’imagines.

VOULOIR SES POUVOIRS

Prophète, écoute-moi ! Reviens à la raison une fois ta crise passée et quelques médi-calmants plus tard. N’oublie pas, tu as un corps humain, et un petit cerveau en forme de cacahuète. Tu dois dormir et manger. Ce que tu appelles pouvoir n’est pas celui d’un superhéros, alors prophète, ne te mets pas en danger.

Tu es un terrien incarné dans la matière, rien de plus. Tu es né poussière, et tu finiras poussière, ou rongé par les vers, comme tu veux.

Si je devais avoir un pouvoir, ce serait celui de raconter des histoires.

Je ne suis toujours pas croyante et j’ai toujours la frousse que Dieu vienne me rappeler à l’ordre dans un délire. Alors j’écris des textes innocents, à réfléchir, le tout enrobé de chocolat.

Le créatif ferait-il le marketing de Dieu, si j’osais le rapprochement ?

Tu as le pouvoir de te rendre heureux, d’apporter la joie autour de toi, de faire ce que tu sais le mieux faire, en restant les pieds sur terre.

Tu te demandes comment ?

Hum, tu voulais faire quoi, enfant ?

Lucie