Lettre à celleux en phase maniaque / mystique

Je sais.

Tu n’auras pas besoin de m’expliquer ce que tu vis.

Parce que moi aussi je l’ai vécu.

Ce moment d’éternité suspendu dans les Cieux et l’Univers, cette fusion avec les atomes de la Planète, ma mission de sauver le Monde, avoir la sensation réconfortante d’avoir enfin été Élue, que mon existence ait enfin un sens.

J’ai tout vu, et j’ai vu la même chose que toi. Ô, à quelques détails près. Nous avons nommé et créé notre propre histoire avec ce, et celleux qui nous entouraient.

Je sais tout l’Amour que tu as reçu.

Cette lumière douce et réconfortante, enveloppante, une sensation à nulle autre pareille. Si le Paradis existe, j’espère qu’il sera ainsi. Un arbre t’émerveillera comme jamais, la brise du vent te murmurera ce que tu dois faire.

Je sais que personne ne te comprend.

Je sais aussi où l’on va t’emmener, et comment le Monde te nommera : fou, délirant, bipolaire, schizophrène, psychotique…

Je sais qu’ils n’y comprennent pas grand-chose. Comment leur expliquer l’indicible ?

Pourtant, la réalité de ton cœur qui brûle te paraît limpide. Celle-ci est réelle. Tout se connecte enfin, comme la longue toile du web.

Web où tu cherches sans doute qui tu es, où tu es, et peut-être une main tendue. Des gens comme toi.

C’est exactement ce que j’ai fait il y a onze ans. Tu ne seras sans doute pas séduit par les témoignages bien rangés dans les « délires » et policés des gens qui expliquent le trouble bipolaire ou la psychose. Tu cherches peut-être, comme moi. Partout j’ai cherché, Dieu, puis j’ai cherché des miroirs de moi.

Suis-je la seule ? Pourquoi je vis ces instants extraordinaires ? Pourquoi cette mission ?

La mienne était d’expliquer, de manière douce, compréhensible, à l’écrit, « aux autres humains » les

« messages de Dieu ».

Avec un seul mot d’ordre : ne pas faire peur. J’ai reçu la mission d’écrire, des histoires, pour rassurer ce monde qui a tellement peur de tout ce qui est différent.

Accroche-toi à ce sentiment d’Amour Universel qui t’aidera à lutter contre ta propre peur de ton état, parce que, bon Dieu, ils vont te faire peur à t’accueillir comme un malfrat, et enlaidir ton histoire.

J’écris d’abord la folie pour que toi, tu n’en aies pas peur. Ensuite, pour qu’ils n’aient plus peur de nous. Mais eux, pour moi, c’est presque un détail pour le moment. Ce qui me concerne, dans mon chemin de vie, c’est qu’un jour je puisse te prendre la main et je te dise que je te vois, car je te crois.

Je sais ce que tu vis. Le faux et le vrai n’ont aucune importance dans ces moments-là.

Ton discours a sa logique, pour toi. Avectes signes, ton histoire, tout se connecte, parce que tes sensations sont décuplées et ton esprit hyper rapide.

Tu vois l’autre côté du miroir. Si tu ne le penses plus ainsi, sois certain·e que ce passage restera à jamais gravé en toi.

Les cœurs que j’ai rencontrés, me dévoilant leurs propres mystères des phases mystiques, tapis précieusement dans leurs esprits ou couchés sur le papier, je les ai soigneusement intégrés, et j’ai vibré aussi fort à chaque fois, face à tant de pureté d’âme.

Moi, j’ai été reçue différemment la première fois.

J’étais sur une île paradisiaque, au travail, entourée de personnes croyantes, religieuses. C’étaient mes accompagnateurs, les religieux et les mystiques. Ils écoutaient mes discours avec attention, avec mes proches. Personne n’avait peur. Chacun dans cette île avait la tâche de m’accompagner à la redescente la moins brutale possible, et ils l’ont merveilleusement bien fait. Avant que je prenne l’avion pour le retour en France, je devais être un minimum prête. Prête à abandonner un signe qui dépassait mon esprit, un tremblement de terre, à l’annonce de ma croyance que j’étais une prophète.

Tu sais, je m’imagine souvent à l’hôpital psychiatrique t’accueillir, avec une bande de potes ultra-sympas et bonnards. On rirait, on fumerait des clopes – si tu fumes -, et on parlerait des étoiles pendant des heures… Sauf qu’à un moment il faudra dormir, manger, nous sommes humains, et nous devons dormir et nous nourrir.

J’ai déjà accueilli des personnes comme toi.

J’ai compris cet attachement à ce qui nous entoure.

Cet empressement de raconter le merveilleux, de le diffuser avec ton regard pur d’enfant béat.

Comme cette Bible qu’on m’a mise entre les mains pour que je comprenne, m’indiquant un verset qui avait du sens pour cette personne. J’avais déjà compris, pas besoin de m’expliquer. Point trop n’en faut, que de vouloir l’expliquer sur l’instant.

Je comprends où tu es, et ton discours si clair pour moi. Comme si je n’étais jamais partie de là-bas. Pourtant, je suis ici, bien incarnée sur Terre.

J’aime bien dire que je peux te raconter ton histoire, car tu oublieras sans doute la tienne. Tu me la confieras, avec tes rêves, tes projets, tes doutes, tes peines et tes peurs, et surtout la beauté du monde. Et tu me demanderas presque les larmes aux yeux pourquoi les humains se détruisent. Je sais juste que comme toi et moi, on l’a tous pensé.

Peut-être faut-il des humains qui voient la beauté du monde pour l’expliquer aux autres ?

Je voulais t’écrire un article formel, qui donne des chiffres, des faits, des noms aux différents types de délires, des analyses, du rationnel, informer ceux qui n’ont jamais vécu une phase mystique/maniaque… J’aurais voulu te dire que c’était un excès de dopamine, qu’on te régulera par la suite pour que tu n’y retournes pas. Je n’ai pas pu.

Je n’ai pas de mission en réalité.

Mais j’aime écrire, et je comprends ceux qu’on appelle les fous, les délirants, comme si j’étais constamment avec toi. Il n’y a aucun message caché dans mon cœur, aucune phrase ni aucun mot, aucun code secret sur lequel s’attacher particulièrement dans cette lettre.

Je t’écris pareil, même sortie de notre Paradis Perdu. Je dis souvent que la folie m’a laissé des yeux de chat et un cœur de Prophète. C’est uniquement une image, une métaphore. La folie m’a laissé ma poésie, et permis alors de constamment, encore et encore, me connecter à la tienne. Des yeux de chat, qui verront ce que tu me montreras, et un cœur généreux qui a connu l’Amour du monde, et la volonté de le protéger. Jusqu’à devenir bien trop grande et exploser mon esprit.

Je sais que les petits événements et grands événements mondiaux, atroces et absurdes, nous affectent tous, nous les fous, les plus sensibles à la beauté et à la douleur du Monde.

Je sais que les grands projets dans lesquels on s’investit nous font vaciller. Alors c’est normal, qu’en 2025, avec la santé mentale comme grande cause nationale française, nous puissions nous embraser.

Je rêve d’être cette femme qui te tient la main et qui te chuchote tous ces mots, entre deux éclats de rire. Parce ce quand le Monde est beau, il a beaucoup d’humour.

Je t’expliquerai un possible futur, où l’on ne sera plus obligé de t’attacher, de t’isoler, de t’hyper-sédater, et qu’en attendant, nous sommes nombreux à œuvrer en ce sens.

Le Monde est un peu mou, je te l’accorde, surtout quand dans ton esprit, tout va vite. Pourtant, ta conclusion, est bonne, et universelle, c’est juste qu’on l’oublie. La Peur ronge ce Monde, et il n’y a que la réunion et l’Amour qui peuvent créer un espace où l’humanité s’épanouit.

Alors, oui, le Monde est un peu lent à le comprendre, je le reconnais, quand on nous dit un peu trop rapides – quelle blague – !

Peut-être que tu liras cette lettre après ton expérience.

Avec des yeux et un cœur différents, peut-être insensible, mais j’ai appris qu’on n’oublie jamais rien.

Peut-être qu’un jour tu ne comprendras plus ce que tu as vécu, que tu ne pourras plus déchiffrer les textes que tu as lus, ton cœur se sera refermé, craintif.

Peut-être que tu ne croiras plus en l’Univers, en Dieu, ou d’autres êtres suprêmes. Je comprends – le bougre – il t’a lâché pour qu’on te nomme “bipolaire, schizophrène, fou, une maladie, un trouble ” ! En niant ton expérience.

Tu sais, j’ai créé une vidéo : “Je suis une prophète” pour que, quand tu te cherches sur YouTube, tu me trouves, tu nous trouves, tu te trouves.

Peut-être que tu ne sais pas encore l’exprimer, et que tu comprendras que nous sommes des millions à l’avoir vécu. J’ai choisi religieusement le discours, les musiques, et les images. Parce que j’ai souhaité nous représenter au mieux.

Comme une ballade qui nous emporte mais nous remet sur la rive, comme une vague se meurt sur le sable…

Tu n’y trouveras que quelques conclusions floues mais fortes. La nécessité de revenir de ce Paradis, dans ton humanité, ton quotidien. Oui, je sais.

Parfois il est fade, il est triste, il n’est pas aussi grandiose que le cœur qui bat actuellement à travers toi. Et tes rêves grandioses. Qu’ils appelleront par la suite « des idées de grandeur ». Tss.

Le monde irait mieux si on rêvait aussi grand qu’en phase maniaque…

Je suis persuadée qu’on va y arriver, à montrer que ce qu’on appelle folie est beauté et éclairante.

Oui, mais tu me diras, certains sont tourmentés par des délires effrayants… Parce qu’on t’a fait peur — en face, dans les yeux. Par leur regard, par leur propre peur. Rencontre quelqu’un en face de toi, apaisé, qui t’écoute, et qui te sourira, et il désamorcera ces tourments.

Je n’ai plus cette énergie confiante de mon état mystique. Je t’avoue, j’ai toujours peur de publier. Comme cette lettre. Tu sais, j’ai eu un grand rêve né dans cet espace-temps différent : écrire un roman.

Mais mes idées dépassent mon esprit d’humaine, et ma question lancinante est : est-ce que je saurais bien raconter notre histoire ?

C’est peut-être ce qu’il restera de ton paradis perdu : des projets, des rêves réalisables et novateurs, et surtout cette expérience intime et précieuse nichée au creux de toi.

Il est temps pour moi de revenir dans l’espace-temps humain, j’ai une connexion limitée à ce style d’écriture. Et c’est parfait ainsi. Très humain et obligatoire que de ne pas rester connectée à ce Monde invisible.

Et si jamais tu doutes, souviens-toi : quelqu’un, quelque part, t’a reconnu et te reconnaîtra.

Je te laisse cette lettre, à lire quand tu voudras te souvenir que tu n’étais pas seul·e.

Parce que, crois-moi, j’ai tellement mal au cœur quand je pense à ta solitude, parce que ça aussi…

Je le sais.

Lucie

BIPOLARITÉ : QUAND TOUT EST UN SYMPTÔME

N’aurais-je jamais le droit d’être qui je suis ?

ENQUÊTE DE SOI

Une des questions que je me suis posées pendant des années :

«  Si je suis bipolaire, quelle est la part de maladie et quelle est la part de mon caractère ? »

Ma complainte revenait souvent chez mon psychiatre, qui me fixait avec ses yeux vitreux, vides de réaction, rappelant ceux d’un poisson mort. Il existe une panoplie de symptômes révélateurs d’un état maniaque et d’un état dépressif.

Il n’existe pas la liste de symptômes pour la stabilité.

Un autre psychiatre m’a posé la question : « Qui êtes-vous lorsque vous êtes stable » ?

UNE QUESTION SEMPITERNELLE

Ma réponse fut philosophique.

« Ai-je déjà su qui j’étais » ?

Cette question me lancina longtemps.

On m’affublait de tant de qualités et de défauts aux extrêmes opposés, au gré des lieux et des rencontres différentes et différées.

Quand j’étais enfant et ado, j’étais, simplement. Aucune question à avoir, j’existais simplement au Monde. Les étiquettes que me collaient les autres me glissaient allégrement sur la raie.

HYPER VIGILANCE

La bipolarité est un trouble de l’humeur, en très mal résumé.

Je remarque chez mes compères et moi ce que j’appelle de l’hypervigilance : surveiller chaque action et émotion que l’on éprouve pour situer notre état psychique, être un attentif maladif pour reconnaître ce qui relève de notre caractère ou du pathologique.

Si je ris, si je pleure, si j’aime, si je joue, si je parle, si je danse, si j’écoute de la musique, si je sors, si je me couche tard. TOUT est analyse, car tout peut être précurseur d’une crise.

Avec la liste de nombreux symptômes qui indiquent un début de phase maniaque ou phase dépressive, je me suis dit qu’arrêter de vivre était aussi une idée tout à fait valable.

LA LISTE DE MES EN VIE

Un tempérament comme le mien est difficile à dissocier des symptômes d’une montée maniaque, tant les indicateurs se confondent avec les traits de ma personnalité.

Je coche avec brio toutes mes cases de folie.

Je suis l’incarnation même d’une hypomanie.

VIVE LE CACA

J’écris depuis l’enfance. L’inspiration me pénètre tel un dard divin. Une décharge similaire à une diarrhée : les textes s’écrivent dans ma tête et je dois me dépêcher de tout évacuer avant d’en mettre partout.

Je pouvais chier plusieurs textes d’affilée sans que ce soit considéré comme un trouble, que ce soit en journée ou pendant la nuit.

LA DES FÊTES

Un jour, la crise maniaque est arrivée. J’ai écrit et implosé. Une explosion méritée, la rançon d’avoir censuré l’écriture depuis des années.

J’ai soigneusement ajouté dans la liste de mes propres symptômes « j’ai le droit d’écrire, mais pas plus de trois textes par jour, et surtout pas la nuit ».

LA RÈGLE DES RAIES

Le symptôme de la logorrhée ( diarrhée verbale pour les intimes ) se reconnaît allégrement chez les personnes habituellement mesurées et plutôt silencieuses. Deux adjectifs qui ne s’appliquent guère à mon cas.

Un jour, je fis une recherche sur le pourcentage d’écrivain dans le trouble bipolaire, et j’ai trouvé mon malheur.

MOÏSE SOUS NEUROLEPTIQUES

Un mot, qui m’était jusqu’à présent inconnu, m’a salement agacé : la graphorrhée.

Il désigne une impulsion irrésistible d’écrire, une impulsion pathologique. L’article poussait même à l’extrême. Il supposait que Moïse et son écriture des 10 Commandements puissent être un symptôme de graphorrhée, dénotant un trouble bipolaire.

Pour rester dans le champ lexical scatologique, j’ai insulté mon ordinateur innocent, en tapant des deux mains sur la table : « mais vous m’emmerdez à la fin ! ».

N’aurais-je donc jamais le droit d’être qui je suis ? Dois-je encore accroître ma vigilance qui me rend encore plus malade que le trouble bipolaire ?

PUIS UN JOUR, ON S’EN FOUT.

Un jour, j’ai cessé les questions.

J’écris comme je veux, quand je veux, autant que je veux. Un pari un peu fou avec des filets de sécurité bien tressés. J’évite quand même la nuit, l’humanité doit dormir.

J’ai plongé sans peur dans mon océan imaginaire.

4 mois que j’écris tous les jours : citation, article, roman, prose, chanson, pièce de théâtre… Mon ordinateur est bondé d’écrits, et ma créativité est infinie.

Si écrire est un symptôme, alors je suis un symptôme. Si être moi est une hypomanie, alors je suis une hypomanie.

Lucie

Voyage en folie

Ces vacances-là, il est difficile de ne pas s’en souvenir toute sa vie.

J’avais prévu de faire les vacances traditionnelles entre copains, un road-trip en Espagne, les vacances rêvées et tant attendues. Je les attendais d’autant plus que je sortais d’une lourde dépression, qui m’avait clouée au lit pendant tout l’hiver. J’avais perdu goût à tout, et voyais le monde à travers un filtre noir que je peinais à enlever. A cette période, je ne comprenais que trop bien le vers de Baudelaire « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».

Pour m’en sortir, mon médecin m’avait prescrit des médicaments que je prenais docilement chaque soir. Peu à peu, je sentais qu’ils faisaient effet, et je retrouvai progressivement mon état normal. Je me sentais bien, très bien, et même un peu trop bien.

A l’arrivée du printemps, je commençais à retrouver ma forme physique et mentale, et au rythme des bourgeons qui commençaient à éclore, de nouvelles idées et projets émergeaient de toutes parts. Toute l’énergie que j’avais laissé hiberner pendant l’hiver revenait de manière décuplée. Le printemps correspondait aussi à mon anniversaire, je fêtais ma naissance et sentais en même temps que je renaissais. Je m’amusais à retrouver ces petits plaisirs que l’on connait tous, mais que j’avais oublié durant mon hibernation: chanter sous la douche « toute la musique que j’aime », danser le Mia devant mon miroir, mettre des vêtements pleins de couleurs… Je n’avais jamais touché un bonheur aussi pur, sans limite, c’était de la drogue naturelle, c’était dingue, c’était fou…

Et oui, c’était le mot, c’était « fou ». Je faisais ce qu’on appelle un épisode « maniaque ». Pour ceux qui ne connaissent pas, un épisode maniaque est ce qui s’oppose à la dépression: alors qu’une dépression est un trop bas d’énergie, un épisode maniaque est une explosion d’énergie où l’on se sent pousser des ailes, où l’on est comme sous extasie sans prise de substance, où l’on se prend pour un sur-homme, ou dans mon cas, pour une sur-femme.

Lorsque mon entourage a réalisé ça, au lieu de m’envoyer en road-trip en Espagne, ils m’ont envoyé en confinement à Sainte-Anne. Deux styles, deux ambiances.

Je comprends que par rapport à tous les voyages que vous allez raconter, celui à Sainte-Anne est celui qui fait le moins rêver. Mais dans le genre « destination unique au monde » je pense que je marque un point.

J’ai décidé de vivre ce voyage en Folie comme une touriste curieuse qui se prête au jeu. J’espérais ne pas vivre cette expérience tous les 4 matins, fallait donc que j’en profite.

Au début, c’était un choc, je ne vais pas vous mentir. Compte tenu du fait que je me considérais comme la reine du monde, j’avais du mal à comprendre pourquoi ils me mettaient en pyjama bleu, m’enlevaient mes bijoux et tout moyen de communication avec l’extérieur, et trouvais que c’était un traitement peu adapté pour une reine.

Comme vous pouvez l’imaginer, pour descendre de mon trône et revenir dans le monde réel, je n’ai pas pu éviter la case médicaments ainsi que l’état léthargique que l’on connaît chez les patients en psychiatrie. Mais j’aimerai aussi aborder des aspects plus plaisants, que l’on n’évoque trop peu dans ce type de récit de voyage.

On ne voit d’un hôpital psychiatrique que ses murs blancs, ses chambres sombres, ses médicaments à forte dose… Mais si l’on regarde bien, il y a aussi un jardin dans lequel on peut se balader, méditer, prendre l’air frais. L’hospitalisation est aussi un moment où l’on est confinés, coupés du monde extérieur, soit le moment idéal pour prendre du temps pour soi, lire, écrire, dormir…

On fait de belles rencontres, parfois atypiques certes, mais qu’est-ce qu’on cherche d’autres en voyage que d’être dépaysé? Toutes les expressions « on s’amuse comme des fous », « plus on est de fous plus on rit » ne viennent pas de nul part, et prennent sens plus que jamais dans un hôpital psychiatrique.

Et surtout, ne croyez pas! Moi aussi j’ai eu droit à mon amour de vacances, à ma romance sans lendemain!

Tous les jours, j’attendais la visite de mon jeune et bel interne… Julien … le Docteur Mamour de Grey’s Anatomy version psychiatrie.

Quand on est hospitalisé, les occupations sont rares, la solitude est grande, et l’ennui peut l’être aussi. De la même façon qu’il est nécessaire de sortir faire les courses en plein confinement pour ne pas devenir fou, il est tout aussi important d’avoir un Docteur Mamour durant une hospitalisation en psychiatrie, pour ne pas devenir encore plus fou. Sans le savoir, il jouait un réel rôle essentiel dans ma santé mentale.

On parlait littérature, il me conseillait des livres. Je le faisais rire car je faisais la « fofolle », j’avais le droit, j’étais là pour ça.

Ça aurait peut-être été une belle romance si je l’avais rencontré durant mon road-trip en Espagne, sous un coucher de soleil avec une jolie robe à fleurs. Mais non, je l’ai rencontré à Sainte-Anne, sous l’éclairage des néons, en pyjama bleu. Deux styles, deux ambiances.

Après deux semaines, j’étais triste de le quitter, tout en espérant ne pas être amenée à le revoir.

Je garde de ces vacances un souvenir ni positif, ni négatif, juste unique en son genre. Une parenthèse de mon existence, un endroit en dehors du monde que j’ai pris plaisir à visiter mais dans lequel je n’aimerai pas retourner.

Voilà pour mon voyage, et si vous y allez un jour, n’hésitez pas à m’appeler, j’ai quelques bonnes adresses à vous donner. 😉

Nana

Les mots qui fâchent… Petit glossaire de précautions sémantiques en psychiatrie.