In an article online in the journal Lancet Psychiatry, the HIP HOP PSYCH co-founders explain how Kendrick Lamar’s lyrics could help both those affected by mental health issues and practitioners working in the field. Read full article
« A Trieste, on dit que la bora rend fou. Ce glacial vent du nord traverse chaque année la ville, s’engouffrant entre les immeubles sévères de la place de l’Unité italienne pour s’accrocher aux branches des arbres de San Giovanni. Dans ce parc, de petits pavillons verts sont les dernières traces de l’hôpital psychiatrique fermé au début des années 1970 par le médecin Franco Basaglia.
Pour célébrer la fin de l’asile, malades, soignants et artistes avaient alors construit un immense cheval bleu en carton-pâte. Poussé hors du parc où vécurent reclus des années durant près de mille deux cents « fous », le cheval symbolisait le retour à la vie civique, la réappropriation d’une citoyenneté et un appel à une autre psychiatrie. »
Les voisins du tueur de Nice l’attestent, il était fou. Terroriste sans réelle démarche politique ou religieuse revendicative, lui, c’est d’abord un déséquilibré, un alcoolique, violent avec sa femme qui aurait trouvé par cet acte suicidaire un exutoire à sa démence.
Un cas psychiatrique diront-ils. Alors qu’il avait 19 ans, il a consulté un psychiatre pour une dépression, celui-ci raconte aux médias:
« C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école (…)
Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement, et de troubles du comportement. Un début de psychose, donc. (…) De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie. Mais je refuse catégoriquement l’idée qu’il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n’est pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale.»
Si les mots ne suffisent pas à soulager la douleur, le choix des mots peut aussi faire mal.
Cet homme est mort comme un fou, comme celui dont on ne reconnaît plus l’humanité, emportant avec lui tant d’êtres innocents dans sa folie meurtrière. Alors oui, peut-être qu’il était atteint d’une pathologie psychiatrique et qu’il avait des problèmes dans sa tête. Peut-être s’est-il laissé entraîner par des forces radicalisantes. Mais c’est bien l’acte barbare d’un homme et non pas d’un malade aux circuits neuronaux défaillants.
Théroigne de Méricourt fut une figure populaire de la révolution française.
Comme toutes les figures féminines de la Révolution, elle connut un destin tragique.
Elle échappera à la guillotine mais au printemps 1794, son frère la fait interner et la révolutionnaire passera les 23 dernières années de sa vie à l’asile.
[Tweet theme= »tweet-string-underlined »]Théroigne de Méricourt, figure de la révolution française, passa les 23 dernières années de sa vie à l’asile.[/Tweet]
Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même.
La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.
Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.
Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale.
Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ?
Où sont les lieux de citoyenneté, les forum-citoyens, les maisons de quartiers, les cercles de réflexion pour discuter ensemble de la société que nous voulons construire ensemble ? Car à l’heure de la désagrégation du lien social, du démantèlement des lieux de soins au profit de logiques gestionnaires, comment voulez-vous porter réellement l’intégration du patient dans la cité ?
On nous dit qu’il n’y a plus de sous pour le soin à visage humain et que de ce fait les soignants n’ont plus le temps d’établir des relations de confiance par le dialogue. Face à ça, les patients sont-ils aussi désœuvrés, passifs et dépendants qu’on voudrait le croire ? On veut qu’ils deviennent des citoyens à part entière mais quelle image nous renvoie-t-on à part celles de personnes inadaptées à la vie économique. Le rôle de la personne prise en charge en psychiatrie doit-il se cantonner aux espaces de soins thérapeutiques ou peut-il s’ouvrir sur la ville et comment s’en donne-t-on les moyens ?
Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie. Il s’agit d’impliquer l’ensemble de la société, sans qu’il y ait d’un côté ceux qu’il faut soigner et de l’autre ceux qu’il faut informer ne serait-ce que parce qu’ils peuvent eux-mêmes perdre la tête un jour. La question n’est pas d’absorber les fous dans la structure sociale mais bien de créer des lieux d’échange et de citoyenneté où chacun puisse s’impliquer par choix et à sa manière dans la chose commune. Il existe des espaces mentaux, des espaces radiophoniques mais il nous faut aussi des espaces physiques de rencontre si on veut que la citoyenneté soit effective.
Les Nouveaux Cahiers pour la folie ont fonction de passerelle.
Ils font circuler des textes et des images provenant de diverses personnes impliquées dans les différents bords de la folie.
[Tweet theme= »tweet-string-underlined »] Les Nouveaux Cahiers pour la folie recueillent dans leur polyphonie des « voix » qui sont résolues à ne pas se taire.[/Tweet]
Ils ne sont l’émanation d’aucune institution.
Ils visent simplement à recueillir dans leur polyphonie des « voix » qui se rapportent à la folie et qui sont résolues à ne pas se taire.
En vue du prochain numéro, merci d’envoyer vos remarques, contributions, textes, dessins, photos, et même un simple mail à l’adresse: cahiers.folie@yahoo.fr
Commission : Psy, Soins et Accueil
Samedi 25 juin 2016, Place de la République, à Paris
Prochain rendez-vous le jeudi 30 juin 2016 #122mars : 19h30 Assemblée Générale
Discussion autour du mode de fonctionnement de l’Assemblée Générale : doit-on faire nécessairement un ordre du jour ? Quelle place pour la parole libre lorsqu’il y a un ordre du jour ? La parole libre serait-elle un leurre c’est à dire un moyen d’imposer celui qui parle le plus fort à tous les autres ?
Le point sur les luttes contre les GHT (Groupements Hospitaliers de Territoires) :
Il y a eu différentes positions de la psychiatrie face à ces regroupements en maxi hôpitaux :
– Certains étaient en opposition totale à toutes formes de GHT,
– d’autres sont contre les GHT mais plus pragmatiques : prêt à s’engager avec un autre hôpital psychiatrique plutôt que de se retrouver fondu dans un énorme hôpital général,
– et enfin, certains sont engagés dans une demande de dérogation à être un GHTa eux tous seuls. Continuer la lecture de « #117mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout »
Billet traduit de la page LoComún, merci à elles! Gracias!
« Ce lundi c’était la Journée Mondiale des Réfugiés. Pour l’occasion, quelques médias et des collectifs de professionnels, se sont fait l’écho des « problèmes de santé mentale » dont souffre ce groupe de personnes, obligées d’abandonner leurs foyers, leur famille et amis et confrontées au déracinement et à l’insécurité.
Et dans une tentative de définition du « problème », ou de cerner ces individus « autres », ils nous ont fourni des données épidémiologiques, des probabilités, des statistiques et des diagnostics, et nous avons pu lire des phrases du type: « les réfugiés ont plus de problèmes d’anxiété et de dépression », « les réfugiés ont trois fois plus de risque de souffrir de schizophrénie et de troubles psychotiques », « le trouble de stress post-traumatique est plus fréquent parmi les réfugié », « des thérapies psychologiques à l’attention des traumas multiples chez les réfugiés », « les enfants réfugiés ont des problèmes de comportement et d’adaptation ». Comme si le « problème » était parmi les autres et que ce n’était pas le problème de tous.
Nous ne doutons pas des bonnes intentions qu’il peut y avoir derrière ces affirmations, mais nous défendons que la santé mentale n’est pas, quand bien même on veuille nous le vendre, quelque chose d’individuel, mais bien quelque chose d’ordre relationnel, dans le collectif, dans le commun. C’est pour cela que nous croyons qu’en diagnostiquant les réfugiés, on n’accepte les préceptes de la « maladie mentale » et qu’on ne tombe -à nouveau- dans le piège de penser la santé mentale comme quelque chose d’individuel.
[Tweet theme= »tweet-string-underlined »]Nous défendons que la santé mentale n’est pas quelque chose d’individuel mais bien quelque chose d’ordre collectif[/Tweet]
Qui sont-ils pour parler à notre place ? Mais qui sommes-nous pour demander la parole ?
Qui sont ces « ils », qui sont ces « nous » ? Les « ils » parlent des gens à la troisième personne, ce sont des experts, des personnes ayant des responsabilités. Le « nous » désigne, par opposition, les 99%, dans l’imaginaire collectif, c’est le peuple .
Il y a une nuance entre « eux les gens » ou « nous les gens », c’est qu’en parlant d’un groupe à la troisième personne, on s’extrait du groupe en question, on se met à distance souvent en surplomb pour que prime la raison. « Ils ont besoin de ci ou de ça », telle est la position de l’expert.
Parler de « nous » plutôt que de soi ou de sa singularité c’est se reconnaître comme appartenant à un groupe. Je pense donc je suis mais je fais aussi partie. A l’heure de la participation citoyenne, de la concertation, de la co-construction, on voudrait que chacun puisse participer à la vie de la cité.
Dès lors, si on admet que chacun aspire à être avec d’autres et à vivre en société, à rendre celle-ci meilleure, on peut se demander si pour que le vivre ensemble soit effectif, on ne devrait pas s’interroger sur ce « nous ».
Qui sommes-nous ? Nous sommes « nos » groupes d’appartenance (cercle familial, amical, professionnel) mais nous sommes aussi le corps de la société, non pas des rouages du système mais bien des êtres capables d’échanger, de s’organiser et de nouer des liens.
Vivre sans les autres, vivre ou se sacrifier pour les autres, vivre avec les autres, rien que vivre, ça peut rendre fou.
Mais il est nécessaire de comprendre que la folie est liée à la vie en société, qu’elle n’est ni une destinée personnelle ni le refuge des gens inadaptés à la société. Il ne s’agit pas de rendre la folie désirable ou de dire que la société est malade, mais de sortir du « eux et moi » ou du « eux et nous ».
Nous, nous ne sommes pas les fous, les vaincus, les gouvernés, les aidants-aidés, les sains d’esprit, les handicapés psychiques, les malades ou les usagers-citoyens. Nous, c’est tout le monde.
On peut toujours critiquer l’individualisme de nos sociétés mais nous devons comprendre que le changement ne se décrète pas, il se pratique. Il nous faut créer des espaces et des temps de rencontre où chacun peut exprimer ou découvrir l’envie de partager la vie en commun, de prendre la parole, de mettre en avant ses capacités plutôt que des supposées limitations. On apprendra en faisant…
« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »
Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.
Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux. Continuer la lecture de « « Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous » »