«Ne devient pas fou qui veut»

«Loin donc que la folie soit le fait contingent des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d’une faille ouverte dans son essence.

Loin qu’elle soit pour la liberté «une insulte», elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. Et pour rompre ce propos sévère par l’humour de notre jeunesse, il est bien vrai que, comme nous l’avions écrit en une formule lapidaire au mur de notre salle de garde : “Ne devient pas fou qui veut.” »

Jacques Lacan, «Propos sur la causalité psychique» (1946).

source: https://www.freud-lacan.com/index.php/fr/colloques/journees-internationales/journees-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/481-dossier-de-preparation-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/5465-ne-devient-pas-fou-qui-veut

« Les Nouveaux cahiers pour la folie n°7 », septembre 2016

« Drôle de situation, nous voilà assis en cercle à même le sol avec des professionnels de la santé mentale pour parler de psychiatrie sur la place publique. Dans cette agora, on est d’abord frappé par la ritualisation de la parole, il faut être bref et efficace, et acter des décisions. Pendant l’AG, nous sommes tous des citoyens en lutte contre la loi santé, contre la psychiatrie gestionnaire. Une fois le rituel militant de l’AG terminé, la parole se libère, la rencontre s’humanise comme si la lutte n’était qu’un prétexte pour mieux se rencontrer. » Joan p.82

Nouveaux cahiers pour la folie

Auto support en santé mentale en France

Les Groupes d’EntrAide Mutuelle : Historique, Politique, et Réalité Locale

gem

Cet article a pour objectif de situer le contexte historique et politique d’émergence d’un nouveau type d’organisation associative dans le champ de la santé mentale en France : les groupes d’entraide mutuelle (GEM). Il s’agit d’avoir une approche descriptive du phénomène en s’interrogeant particulièrement sur l’entraide. Deux analyses seront proposées, l’une portant sur la dimension relationnelle de l’entraide, l’autre portant sur les effets bénéfiques de l’entraide. Lire l’article.

source: Vincent Girard, « Dossier n° 13 – Auto support en santé mentale en France », Bulletin Amades [En ligne], 75 | 2008, mis en ligne le 01 septembre 2009, consulté le 23 septembre 2016. URL : http://amades.revues.org/515

« Métamorphoses chimiques du sujet », Carlos Parada

Une autre histoire de la psychopharmacologie

Revue Psychiatrie, Psychanalyse et Sociétés

Résumé: L’immense majorité des études sur l’histoire de la psychiatrie se consacre à une période qui débute à « l’âge classique » et finit à la fin du XIXe siècle. Notre analyse historique, aborde la production de la médecine mentale au cœur du XXe siècle.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les propriétés de multiples substances supposées agir sur l’esprit furent intensément explorées, analysées, codifiées et instrumentalisées. Nous verrons comment initialement ces substances visaient surtout l’exploration d’une vérité supposée du sujet par l’induction de la parole.

Nous aborderons ensuite la généalogie et les particularités des expériences avec la chlorpromazine, dite neuroleptique. En quelques années, ces expériences ont forgé de nouvelles pratiques et de nouveaux discours sur le pouvoir des drogues, sur la maladie mentale et sur le sujet, qui perdurent jusqu’à nos jours au moins sous deux formes : une disciplinaire, la psychopharmacologie et l’autre transgressive, la toxicomanie moderne.

Aujourd’hui, les substances psychoactives et leurs effets traversent une crise. Leurs promesses d’efficacité et leurs postulats s’essoufflent. Une neuroscience d’un néo-localisationnisme marqué par l’imagerie de sièges et de circuits cérébraux semble alors prendre le relais.

Cet article tente d’expliciter comment et en quoi consistent ces transformations qui, bien au-delà de la psychiatrie moderne, ont profondément marqué les hypothèses, les pratiques et les représentations, tant de la maladie mentale que de la construction du sujet contemporain.

Lire l’article sur Revue PPS

« Le rétablissement dans la schizophrénie », Marie Koenig [Livre]

Présentation de l’éditeur La rencontre avec les personnes atteintes d’un trouble psychique nous apprend autant qu’elle nous confond. Elle vient parfois bousculer l’ensemble de nos savoirs communs et professionnels, au point de les dévoiler sous les traits de préjugés. Dans le champ de la santé mentale, le nouveau paradigme du rétablissement (recovery) met en évidence […]

via “Le rétablissement dans la schizophrénie”, Marie Koenig, PUF — blogschizo

Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique

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Dans le spot vidéo en question, les chroniqueurs de l’émission préférée des français animée par Cyril Hanouna caricaturent des fous enfermés dans un asile psychiatrique qui doivent être relâchés pour le lancement de la nouvelle saison. Le cliché est exagéré par l’attitude, le maquillage et les accessoires comme la camisole de force.

S’ils sont consentis par les protagonistes, il n’empêche qu’ils donnent une vision gratuite et dégradante voire terrifiante participant à la diabolisation et à la stigmatisation des personnes concernées par la psychiatrie.

La stigmatisation, dans ce cas, c’est considérer la violence de ces images comme normale, elle enfonce les personnes concernées au lieu de les aider à aller mieux et à s’en sortir. Continuer la lecture de « Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique »

La métamorphose du fou

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Marguerite Yourcenar

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Prendre soin de soi et de son corps, c’est prendre soin de son apparence, de son pouvoir de séduction mais c’est aussi le plaisir d’être bien dans sa peau.

Faire peau neuve, c’est la définition usuelle de l’exfoliation. On désigne par ce terme, les soins du visage et du corps qui permettent d’éliminer les cellules mortes à la surface de la peau aussitôt plus nette et plus belle. S’exfolier, c’est donc faciliter le renouvellement de l’épiderme.

Pourquoi faut-il « s’exfolier » dans le champ de la santé mentale et penser la métamorphose à l’échelle de la société? Continuer la lecture de « La métamorphose du fou »

Le rôle social des usagers en santé mentale

L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

usagers santé mentale

En France, nous sommes 2 millions d’usagers en santé mentale. Ceux qui s’en sortent préfèrent se désigner comme ex-usagers ou survivants de la psychiatrie. Car il est vrai que l’expérience de l’hospitalisation en psychiatrie est souvent vécue comme une épreuve traumatisante. Non pas que les personnels soignants soient particulièrement inhumains ou incompétents ; l’hôpital psychiatrique est par essence un lieu d’accueil de la détresse extrême, coupé du monde, étape d’un mécanisme d’exclusion sociale.

L’intégration sociale c’est réussir à s’en sortir, à ré-inventer une forme de vie satisfaisante au sein de la société, où l’espace et le temps des soins ne soient pas prépondérants. C’est créer une forme d’autonomie, pouvoir s’émanciper en corps et en esprit, avec le soutien bienveillant des autres.

La question sous-jacente est celle de la maladie psychique. Pour qu’il y ait des soignants, des aidants voire des pair-aidants ou des proches-aidants, il faut des personnes « malades ». Or le statut de « malade » peut être pertinent dans les espaces de soins et la pharmacie mais pas dans l’espace social.

Reconnaître à quelqu’un une maladie est un acte médical. Le transformer en statut social, c’est un acte malveillant qui ne peut conduire qu’à l’exclusion sociale.

Se sortir du statut de malade, voilà ce qui nous intéresse, avoir une vie comme tout le monde et se libérer des étiquettes médicales. Le terme d’usager reconnaît au moins à la personne sa capacité à être autre chose qu’un malade.

Le rôle de l’usager en santé mentale peut devenir un enjeu politique. Se sortant des schémas de la maladie, il peut revendiquer son droit à la parole sur les sujets qui le concernent plutôt que de laisser la parole aux seules familles ou aux experts de la psychiatrie. L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

Au-delà des revendications par rapport aux traitements déshumanisants qui existent en psychiatrie, le rôle de l’usager peut devenir un rôle social : il « incarne » un message d’espoir qui parle à tous, faisant sortir la « folie » du champ médical et des représentations négatives.

Nous avons le pouvoir de changer les représentations sociales sur les troubles psy en en faisant un sujet de débat au sein même de la société et non plus un sujet médical du ressort de l’intime et une honte sociale source de mal-être et d’auto-exclusion.

 

« La puissance du délire », Frédéric Bisson

Délirer, c’est « sortir du sillon ». Cette étymologie marque l’infécondité du délire. Mais quelle peut être, au contraire, la puissance positive de ce processus oblique ? À la naissance de la psychiatrie, la catégorisation clinique du délire inhibe ce processus en fabriquant un fou d’hôpital. La psychiatrie isole le fou du jeu social.

« La folie comme limite de la liberté », Marc Zerbib

marc zerbibIl s’agit de faire entendre quelle valeur humaine gît dans la folie. Autrement dit, il ne s’agit pas de comprendre le fou – le fou est justement celui que l’on ne comprend pas -, mais de comprendre ce que, par cette non-compréhension, le fou nous enseigne sur l’être de l’homme.

«L’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté.»

Jacques Lacan