« Le Goût de vivre », Edouard Zarifian [Livre]

zarifianLe Goût de vivre est un livre très plaisant dans lequel Edouard Zarifian nous guide de manière intuitive dans le monde complexe du psychisme.

Le psychisme ce n’est pas le cerveau. Si le cerveau permet les opérations mentales, le psychisme, lui, est une construction à la fois intime et sociale qui se joue dans l’interaction avec les autres à travers ce que l’auteur appelle la parole. Continuer la lecture de « « Le Goût de vivre », Edouard Zarifian [Livre] »

La zénitude du fou et le délire du moine

humapsy
pancarte de l’association Humapsy à la Mad Pride

Ce titre loufoque, qui inverse le sens des mots et qui semble ne pas avoir de sens, vise à interroger, justement, le sens qu’on donne à l’expérience du fou qui délire au regard de celle du moine zen. L’intention n’est pas d’opposer les deux figures pour briser les clichés mais de les rapprocher côte à côte pour les faire dialoguer. La quête de sens, c’est un peu la hantise de nos deux protagonistes, l’un voulant comprendre le sens de son délire et l’autre aspirant à un état de conscience supérieur qu’il appelle « éveil spirituel ».

Sans vouloir profaner cette quête spirituelle, ces deux expériences sont-elles si différentes l’une de l’autre ? Continuer la lecture de « La zénitude du fou et le délire du moine »

« Les choses qui ne se disent pas »

Un jour, j’ai dit à une prof : « Je pense des choses qui ne se disent pas. »
Aujourd’hui, j’en souris mais je m’interroge sur l’auto-censure et cette faculté que j’ai à taire mes pensées. Passons l’hypothèse de la timidité qui me pousse à me protéger du jugement de mon interlocuteur ou à ne pas le froisser.

Quelle est cette puissante force qui bloque les mots avant qu’ils ne sortent de ma bouche ? Nul doute que ma tête est envahie par un flot de pensées mais existe-t-il des pensées non-verbalisables ou n’est-ce qu’un flux de pensées parasites pré-verbales ?

Ecrire c’est aussi mettre des mots à ces pensées tout en en découvrant de nouvelles. Ces mots que je barre au fur et à mesure que j’écris, c’est une censure mais aussi une manière de clarifier ma pensée. Je lui trace un sillon pour qu’elle devienne intelligible.

Dans le fond, on ne peut pas dire tout ce qui nous passe par la tête mais le danger quand on se tait trop longtemps c’est que les pensées laissent place au vide au point d’en devenir malade ou fou. Le silence est parfois le signe d’un mal-être que les mots peuvent apaiser.

Apprendre à gérer ses émotions, c’est apprendre à les verbaliser pour qu’elles ne deviennent pas toxiques. Parler et écrire, c’est ne pas tout dire mais c’est aussi ne pas s’empêcher de penser.

Comme des fous à l’affiche!

Une drôle de campagne de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) inspirée d’une phrase de Martin Luther King:
« We must learn to live together as brothers or perish together as fools. »

affiche licra
Campagne de la LICRA, Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

On en sourit mais stigmatiser les fous pour rabibocher la fratrie humaine c’est un peu limite, non?

Lutter contre toute forme d’exclusion c’est aussi accepter la folie comme étant le propre de l’homme et non pas comme une menace pour la société.

Le sens « guérisseur », Véronique Béguet

Entre psychopathologie et religion/spiritualité

Merci à Julien pour ce lien!

« Le sens donné à l’expérience est considéré comme un élément important du processus de rétablissement, terme que le champ de la santé mentale préfère à celui de « guérison ».
La notion de rétablissement est issue de récits de « survivants », d’études longitudinales et d’intervenants psychosociaux qui, tous, ont remis en cause la chronicité et le destin inéluctable de la « maladie mentale ». »  Véronique Béguet

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Kendrick Lamar, street poet of mental health

In an article online in the journal Lancet Psychiatry, the HIP HOP PSYCH co-founders explain how Kendrick Lamar’s lyrics could help both those affected by mental health issues and practitioners working in the field. Read full article

« Fous à délier », Mathilde Goanec

En Italie, le soin psychiatrique autrement

basaglia italie
« La liberté est thérapeutique »

« A Trieste, on dit que la bora rend fou. Ce glacial vent du nord traverse chaque année la ville, s’engouffrant entre les immeubles sévères de la place de l’Unité italienne pour s’accrocher aux branches des arbres de San Giovanni. Dans ce parc, de petits pavillons verts sont les dernières traces de l’hôpital psychiatrique fermé au début des années 1970 par le médecin Franco Basaglia.

Pour célébrer la fin de l’asile, malades, soignants et artistes avaient alors construit un immense cheval bleu en carton-pâte. Poussé hors du parc où vécurent reclus des années durant près de mille deux cents « fous », le cheval symbolisait le retour à la vie civique, la réappropriation d’une citoyenneté et un appel à une autre psychiatrie. »

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Nice

Les voisins du tueur de Nice l’attestent, il était fou. Terroriste sans réelle démarche politique ou religieuse revendicative, lui, c’est d’abord un déséquilibré, un alcoolique, violent avec sa femme qui aurait trouvé par cet acte suicidaire un exutoire à sa démence.

Un cas psychiatrique diront-ils. Alors qu’il avait 19 ans, il a consulté un psychiatre pour une dépression, celui-ci raconte aux médias:

« C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école (…)
Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement, et de troubles du comportement. Un début de psychose, donc. (…) De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie. Mais je refuse catégoriquement l’idée qu’il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n’est pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale.»

Si les mots ne suffisent pas à soulager la douleur, le choix des mots peut aussi faire mal.

Cet homme est mort comme un fou, comme celui dont on ne reconnaît plus l’humanité, emportant avec lui tant d’êtres innocents dans sa folie meurtrière. Alors oui, peut-être qu’il était atteint d’une pathologie psychiatrique et qu’il avait des problèmes dans sa tête. Peut-être s’est-il laissé entraîner par des forces radicalisantes. Mais c’est bien l’acte barbare d’un homme et non pas d’un malade aux circuits neuronaux défaillants.

Celui dont on parle comme s’il n’avait rien d’un homme mais tout d’un fou ne saurait donc justifier des mesures supplémentaires dans la guerre contre le terrorisme. De là à vouloir détecter les sujets à risque dans les services psychiatriques, il n’y a qu’un pas.

Mais faire la guerre au fou c’est devenir un ennemi de notre propre humanité alors contentons-nous humblement de vivre en paix avec nous-mêmes.

La folie Méricourt

Théroigne de Méricourt fut une figure populaire de la révolution française.

Comme toutes les figures féminines de la Révolution, elle connut un destin tragique.
Elle échappera à la guillotine mais au printemps 1794, son frère la fait interner et la révolutionnaire passera les 23 dernières années de sa vie à l’asile.

[Tweet theme= »tweet-string-underlined »]Théroigne de Méricourt, figure de la révolution française, passa les 23 dernières années de sa vie à l’asile.[/Tweet]

 

mericourt

De nouveaux lieux pour la folie

Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même.

La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.

Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.

Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale.

Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ?

Où sont les lieux de citoyenneté, les forum-citoyens, les maisons de quartiers, les cercles de réflexion pour discuter ensemble de la société que nous voulons construire ensemble ? Car à l’heure de la désagrégation du lien social, du démantèlement des lieux de soins au profit de logiques gestionnaires, comment voulez-vous porter réellement l’intégration du patient dans la cité ?

On nous dit qu’il n’y a plus de sous pour le soin à visage humain et que de ce fait les soignants n’ont plus le temps d’établir des relations de confiance par le dialogue. Face à ça, les patients sont-ils aussi désœuvrés, passifs et dépendants qu’on voudrait le croire ? On veut qu’ils deviennent des citoyens à part entière mais quelle image nous renvoie-t-on à part celles de personnes inadaptées à la vie économique. Le rôle de la personne prise en charge en psychiatrie doit-il se cantonner aux espaces de soins thérapeutiques ou peut-il s’ouvrir sur la ville et comment s’en donne-t-on les moyens ?

Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie. Il s’agit d’impliquer l’ensemble de la société, sans qu’il y ait d’un côté ceux qu’il faut soigner et de l’autre ceux qu’il faut informer ne serait-ce que parce qu’ils peuvent eux-mêmes perdre la tête un jour. La question n’est pas d’absorber les fous dans la structure sociale mais bien de créer des lieux d’échange et de citoyenneté où chacun puisse s’impliquer par choix et à sa manière dans la chose commune. Il existe des espaces mentaux, des espaces radiophoniques mais il nous faut aussi des espaces physiques de rencontre si on veut que la citoyenneté soit effective.

Puisse ce texte être une pierre à l’édifice.