Auteur/autrice : Joan
Animateur du blog Comme des fous depuis 2015.
Abécédaire de la Démocratie Sanitaire
Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) a fait réaliser un film pédagogique (par le réalisateur Juan Gélas) pour sensibiliser le public sur ce que recouvre la “démocratie sanitaire”, afin d’en expliquer les principaux droits qui la fondent, et inciter l’ensemble des usagers à en prendre pleinement conscience pour mieux les exercer.
« Chez toute personne dite saine persiste une part de folie gardée », Guy Baillon
L’assimilation de la folie au crime doit être désamorcée avec détermination. Certains médias jouent là un rôle exécrable, faisant le choix déterminé de nourrir ces peurs pour attirer les lecteurs et les pétrifier. Pour tenter de modifier cette peur de la folie nous avons deux arguments :
- Des chiffres : les enquêtes successives montrent que les personnes présentant des troubles psychiques graves ne sont pas plus souvent auteurs de crimes que la moyenne de la population. Pour les récidivistes, c’est encore plus net, elles sont très inférieures. Il a été montré récemment que leurs violences ne sont pas supérieures à la moyenne. A l’inverse, ces personnes sont 17 fois plus souvent victimes de délits et d’agression que le reste de la population.
- Le point fort reste la découverte en 1800 de Pussin (gardien à Bicêtre), de sa femme Marguerite et de Pinel (médecin), qui ont constaté que les troubles psychiques les plus graves sont variables et évolutifs. Ils ont alors affirmé que « la folie totale n’existe pas », que « chez les personnes troublées existe toujours une part de raison gardée ».
« Les fous réels ont cessé d’intéresser qui que ce soit », Marcel Gauchet
Les fous réels qui ne ressemblent pas aux fous sympathiques de la contre-culture ont cessé d’intéresser qui que ce soit. En pratique, s’ils ont la chance d’avoir des parents riches, on s’occupe vaguement d’eux, sinon ils sont dans la rue et composent une bonne partie des SDF de notre société. Et puis, dès qu’ils deviennent agressifs, on les met en prison – plus de 30 % de la population carcérale est faite de gens dont la place eût été quelques décennies avant dans des asiles. Ce sont probablement les plus grands abandonnés de notre société. Le thème a même presque déserté la scène de la réflexion intellectuelle. et pour ce que j’en perçois, les psychiatres eux-mêmes ont baissé les bras – d’autant qu’ils manquent cruellement de moyens.
Extrait de l’entretien intitulé « La folie est une énigme », avec Marcel Gauchet dans le numéro de la revue L’Histoire sur la folie.
En Italie, des exemples de coopératives sociales et initiatives de réinsertion par le travail
Ouverte à Paris par Caterina Avanza et Ludovica Guerreri, la boutique Ethicando est une vitrine pour des coopératives sociales italiennes qui se battent contre les méfaits des économies criminelles et pour un retour à la « légalité ».
Parmi ces coopératives sociales italiennes, certaines travaillent avec des personnes psychiquement fragiles et participent à leur intégration dans le monde du travail et dans la société:
Pictor et son projet agricole CoseBuonedaMatti, « Città e Salute » à Milan et son atelier d’orfèvrerie Uroburo.
A Milan toujours, le club Itaca créé sur le modèle des clubhouses, il y a 10 ans, propose un programme de réinsertion professionnelle par le télé-travail avec le support d’un tuteur nommé Jobstations.
Voir la vidéo sous-titrée en anglais de Beatrice Bergamasco, présidente de l’association Progetto Itaca.
« Après la pluie, le beau temps » par Nina
Après la pluie, le beau temps…
Ce titre d’un livre de la Comtesse de Ségur que, dans mon enfance, j’ai lu
S’invitant dans ma mémoire, à la pensée, m’est revenu.
Si des détails de l’histoire, j’ai peu de souvenirs précis,
L’idée générale, elle, me parle aujourd’hui…
Je fais ce parallèle, émergeant de ce puits sans fond où j’avais chuté,
M’évadant de ce long tunnel dans lequel j’étais emprisonnée. Continuer la lecture de « « Après la pluie, le beau temps » par Nina »
« La santé mentale ne soigne pas les psychotiques », Patrick Coupechoux
Dans « Un homme comme vous – Essai sur l’humanité de la folie », le journaliste Patrick Coupechoux démontre comment le concept de “santé mentale” exclut les grands malades psychiatriques.
Les Conseils locaux de santé mentale : état des lieux – juin 2015
Lire le document en entier: http://www.irev.fr/sites/www.irev.fr/files/etat_des_lieux_des_clsm.pdf
Les 13 grands principes de la Réhabilitation Psychosociale
Pour Ram A. Cnaan, la Réhabilitation Psychosociale repose d’abord sur deux postulats :
1- Il existe en chaque individu une motivation à développer maîtrise et compétence dans des domaines de la vie qui vont lui permettre de se sentir indépendant et confiant en lui-même.
2- De nouveaux comportements peuvent être appris et les individus sont capables d’y avoir recours et de les adapter pour répondre à leurs besoins de base.
Source: http://www.club-association.ch/rehab/article_16.htm
Les grands principes sont au nombre de 13 :
1er principe : L’utilisation maximale des capacités humaines (Full Human Capacity)
Chaque personne est capable d’améliorer son niveau de fonctionnement. La vie est un processus de croissance et de changement et chaque individu, même sévèrement handicapé, est capable de croissance et de changement. C’est de la responsabilité des professionnels de développer le niveau d’attentes que les patients ont pour eux-mêmes, de les aider à se percevoir comme capable de progrès et de les soutenir dans ce processus de croissance.
Il convient pour cela d’exploiter les forces de la personne, de travailler avec les parties saines de son Moi.
2ème principe : Doter les personnes d’habiletés (Equipping People with Skills)
C’est la présence ou l’absence d’habiletés (sociales et instrumentales), et non la disparition des symptômes cliniques, qui est le facteur déterminant dans le succès de la réhabilitation. Apprendre ou réapprendre les habiletés élémentaires pour agir dans un environnement social, vivre de façon indépendante, garder un emploi, etc, vont être les objectifs du traitement. Les difficultés sont dès lors appréhendées sous l’angle comportemental, en terme de déficits ou d’excès comportementaux.
3ème principe : L’auto-détermination (Self-Determination)
Les personnes ont le droit et la capacité de participer à la prise de décisions concernant leur vie. Il ne s’agit donc pas de faire les choses dans le meilleur intérêt de la personne, mais de lui permettre de prendre ses décisions et d’apprendre au travers des conséquences de ses choix.
L’auto-détermination des personnes devraient concerner également la gestion des programmes de réhabilitation auxquels elles participent. L’auto-détermination implique également que la personne soit pleinement informée sur sa maladie, ses conséquences et sur les possibilités de traitement.
4ème principe : La normalisation (Normalization)
Il s’agit de permettre aux personnes souffrant de maladie mentale de vivre et de fonctionner dans les mêmes lieux que les autres (logements, loisirs, éducation, travail) ou en tout cas dans les lieux les moins restrictifs possibles. Ce principe s’oppose à la ségrégation. L’objectif idéal de la réhabilitation psychosociale est une vie indépendante dans la communauté avec le minimum de soutien professionnel.
5ème principe : L’individualisation des besoins et des services (Differential Needs and Care)
Chaque personne a des besoins propres. En conséquence, le processus de réhabilitation doit être individualisé pour ce qui est des services, de leur durée, de leur fréquence, etc. C’est du sur-mesure et non pas une action globalisante pour l’ensemble des patients au long court.
6ème principe : L’engagement des intervenants (Commitment of Staff)
Engagement personnel des intervenants qui sont soucieux du bien-être de la personne et qui ont foi dans ses capacités de progresser. Les intervenants prennent l’initiative de garder le contact avec les personnes (coup de téléphone, visite à domicile) pour limiter les abandons et montrer qu’ils se soucient d’elles.
7ème principe : La déprofessionnalisation de la relation d’aide (Deprofessionnalization of Service)
Les intervenants ne doivent pas se cacher derrière une couverture professionnelle. Les barrières artificielles doivent être enlevées. L’élément humain de la personne de l’intervenant est crucial dans le processus de réhabilitation. De même les intervenants doivent appréhender la personne comme un être humain avec toutes ses dimensions plutôt que sous l’angle d’un seul type de service. Une attitude de « neutralité » ne convient pas. L’intervenant répond, de façon positive ou négative, à ce que la personne dit ou fait, même au sujet de problèmes non-thérapeutiques.
8ème principe : Intervenir précocement (Early Intervention)
Il est essentiel d’intervenir le plus précocement possible dès les premiers signes avant-coureurs de rechute ou de dysfonctionnement. Le but est d’éviter les rechutes et les réhospitalisations et de préserver les acquis en compétences et en liens sociaux (travail, logement, contacts sociaux,…).
9ème principe : Structurer l’environnement immédiat (Environnemental Approach)
Les interventions doivent viser à structurer l’environnement immédiat de la personne (la famille, réseau social, milieu de vie, de travail,…) pour qu’elle puisse en obtenir un maximum de soutien.
10ème principe : Changer l’environnement plus large (Changing the Environment)
Une partie des interventions doit viser à changer l’environnement plus large de la personne, c’est-à-dire les attitudes et les modes de fonctionnement d’une société qui peuvent nuire à l’adaptation de personnes souffrant de maladie mentale sévère (informer le public, modifier les services médicaux, les structures d’accueil,…).
11ème principe : Pas de limite à la participation (No limits on participation)
La réhabilitation psychosociale est un processus continue qui nécessite continuité des soins et du soutien et qui doit être constamment revu en fonction de l’évolution. Il importe de ne pas suspendre les services de réhabilitation en cas d’hospitalisation. S’il n’y a pas de limite de temps, il convient aussi de mettre le moins possible de critères de sélection pour l’entrée dans un programme.
12ème principe : La valeur du travail (Work-Centered Process)
La Réhabilitation Psychiatrique soutient la conviction que le travail, et spécialement l’opportunité d’aspirer et de se réaliser dans un emploi rémunéré, est un besoin et une force d’intégration pour tout être humain. Il faut garder une foi dans le potentiel de productivité des personnes même lourdement handicapée par la maladie mentale. Il s’agit d’envisager un travail intégré dans la réalité sociale, pas forcément un emploi temps plein, mais des emplois souples, diversifiés tout en restant compatibles avec les besoins des employeurs.
13ème principe : Priorité au social par rapport au médical (Social Rather Than Medical Supremacy)
Il s’agit de dépasser le modèle médical traditionnel: maladie, diagnostic, réduction des symptômes par les médicaments, le savoir médical qui sait ce qui est juste pour le patient, etc, pour favoriser une approche globale de la personne centrée sur son autodétermination, sur ses capacités, sur l’apprentissage d’habiletés, sur la mobilisation de son environnement social propre. Dans cette dynamique, le médical doit pouvoir s’effacer tout en restant disponible, pour laisser la place à d’autres acteurs sociaux.
Ces grands principes de la Réhabilitation Psychosociale sont pour nous qui travaillons en psychiatrie une invitation à sortir d’un modèle médical étroit et à nous ouvrir à un réel partenariat avec le patient, son entourage direct et l’ensemble des ressources professionnelles et non-professionnelles de son environnement.
Source: http://www.club-association.ch/rehab/article_16.htm
Se rétablir de troubles psychiatriques : un changement de regard sur le devenir des personnes
Se rétablir de troubles psychiatriques : un changement de regard sur le devenir des personnes par Bernard Pachoud.
Résumé: À la différence des notions médicales de guérison ou de rémission qui désignent des modalités évolutives de la maladie, la notion de rétablissement caractérise le devenir de la personne. Se rétablir d’une maladie mentale signifie pouvoir se dégager d’une identité de malade psychiatrique et recouvrer une vie active et sociale. Continuer la lecture de « Se rétablir de troubles psychiatriques : un changement de regard sur le devenir des personnes »

