« Les fous réels ont cessé d’intéresser qui que ce soit », Marcel Gauchet

Les fous réels qui ne ressemblent pas aux fous sympathiques de la contre-culture ont cessé d’intéresser qui que ce soit. En pratique, s’ils ont la chance d’avoir des parents riches, on s’occupe vaguement d’eux, sinon ils sont dans la rue et composent une bonne partie des SDF de notre société. Et puis, dès qu’ils deviennent agressifs, on les met en prison – plus de 30 % de la population carcérale est faite de gens dont la place eût été quelques décennies avant dans des asiles. Ce sont probablement les plus grands abandonnés de notre société. Le thème a même presque déserté la scène de la réflexion intellectuelle. et pour ce que j’en perçois, les psychiatres eux-mêmes ont baissé les bras – d’autant qu’ils manquent cruellement de moyens.

Extrait de l’entretien intitulé « La folie est une énigme », avec Marcel Gauchet dans le numéro de la revue L’Histoire sur la folie.

La folie d’Érasme à Foucault. Depuis quand a-t-on peur des fous ?

Au moment où l’on célèbre le 500e anniversaire de l’Éloge de la folie d’Erasme et les 50 ans de la publication de l’Histoire de la folie de Michel Foucault, notre magazine reprend cette grande question : « Qu’est-ce que la folie ?». Quel regard les sociétés portent-elles sur les fous ? En ont-elles peur, les excluent-elles ? Ont-elles l’ambition de les soigner ? En font-elles les porteurs d’un message, d’une autre vérité ?

Revue l’Histoire, avril 2011