Chienne de psychiatrie mais chien de rétablissement [Virginie Oberholzer]

«Mère Adrénaline
Avec ta robe de comètes
Tes chaussures d’ailes vives et
Ton ombre de poisson volant
Merci de te pencher sur ma vie
De la comprendre et de l’aimer
Sans toi, je suis mort.»

Brautigan, p. 59

Frôler les ailes de la mort, à l’âge de 37 ans, n’a pas fait de moi un être qui a trouvé un sens transcendantal à son épreuve. Non. Ce qui ne m’a pas tuée ne m’a pas rendue plus forte, mais a arraché durablement quelque chose de nécessaire à mon existence: un souffle, une consistance, un avenir, une illusion de permanence…

Devant la mort et ses accessoires (la peur de mourir, la peur de la mort, les tentations du néant, les cadavres dans les placards, les enfants jamais nés, les histoires de fantômes, etc.), et bien, notre société du «progrès» est bien pauvre en consolations efficaces sur ces réalités si humaines. Bien muette aussi, en dehors des injonctions: «Faut profiter, faut aller de l’avant, la vie continue, t’es en vie, mesure ta chance, faut voir le positif… » On doit promettre au psychiatre de ne pas se suicider, c’est mortel, un peu comme si le cardiologue vous disait: «Je ne veux pas vous soigner tant que vous bouchez vos artères.» Mais le malheur qui nous arrive n’est pas un état d’esprit qu’on peut trafiquer avec la pensée positive, ni un trouble de la personnalité qu’on peut corriger par la magie d’un protocole. C’est une blessure assassine qu’il faut panser.

Alors, sous la tyrannie du bonheur, on se tait. On tue la mort. Y penser devient une honte. Un bloc de fonte en travers de la gueule et de l’âme. Ne pas y penser devient angoisse. Et l’angoisse est pire que la mort. Je la déteste. Elle rend la vie hideuse. Absurde.

J’étais une personne, jusqu’à ce matin où j’ai fait deux malaises en sortant de la boulangerie avec mes foutus croissants, et j’allais devenir une autre personne, en quittant l’hôpital une quinzaine de jours après. Les moments les plus critiques de mon sauvetage héliporté et de la prise charge de «mon» embolie pulmonaire massive ne sont qu’une explosion d’onomatopées audiovisuelles, de sensations primitives et l’idée d’une douleur sans rebord qui m’engloutissait. Un état de choc est-il seulement soluble dans le langage? Je n’ai jamais eu aucun problème à me confronter à ces souvenirs, ni à les penser à la 1re personne, ni à en mesurer la gravité, car je les ai créés de toutes pièces après coup en m’appuyant sur les récits des médecins.

En revanche, des 3 jours d’agonie qui ont précédé, il ne me restera qu’un fatras de particules intrusives. Effacés en partie par les bêtabloquants et benzodiazépines prescrits en masse par le médecin du quartier que j’ai consulté en urgence. Médecin peu enclin à prendre au sérieux les symptômes alarmants de «la petite dame»: «Mais, c’est rien de grave… Juste un peu de stress au travail, faut vous reposer ce week-end.» Trois jours, recroquevillée sur mon état qui empirait, avant d’oser appeler l’ambulance, avant de pouvoir le faire. J’avais si peur de déranger pour rien. J’avais si peur qu’on m’embarque tout droit à l’asile psychiatrique pour une maladie imaginaire. Dès lors, l’oubli restera vivace et ne cessera de torturer ma santé. Mon corps se mettra à hurler à tort et à travers et à trembler la nuit. Il ne tenait plus en place, comme un gosse épouvanté par le silence.

Les souvenirs du pire surgiront 18 ans après, à la faveur d’une somatopsychothérapie qui me permettra d’éplucher un à un les traumas qui recouvraient mon identité et d’intégrer la mort dans ma vie.

En écrivant ces mots, je pense à cette nuit d’été, gisante sur le carrelage glacé, incapable de bouger sans m’évanouir ou vomir, au plafond qui gondole, au téléphone si inaccessible… Je pense à la marée noire qui me submerge, à cette houle qui brûle mes poumons, aux pulsations urgentes de mon coeur, à mon cerveau qui psalmodie «çA VA – çA IRA – çA VA – çA IRA – çA VA – çA IRA…» pour ne pas dériver vers ce lieu informulé qui m’ouvrait ses bras.

En revenant de loin, je troquais le cocon des soins pour l’enfer du travail avec tous ses nuanciers de fatuité, de servitude et de méchanceté. J’ai retrouvé ce qu’on nomme par commodité le «mobbing» (sans doute préférable aux périphrases: rituel moderne de mise à mort lente d’une victime sacrificielle ou chasse aux sorcières) dont j’étais la cible, exactement là où je l’avais laissé.

«Je hais
Parce qu’ils sont mauvais
Comme la faim habituelle
Dans un estomac d’enfant
Les gens qui essaient
De changer l’homme
Le chercheur de vérité
En taureau castré
Paissant
Dans la paix
De la mort mentale.»

En temps normal, je me serais enfuie sans autre forme de procès, car j’avais toujours été la reine de l’évasion. Mais là, ma volonté était pétrifiée. Elle était dans une autre dimension. Celle de la matière. Celle de ma corporalité qui hébergeait quelque chose d’horrifiant et empêchait mon âme d’imaginer le Mieux.

Cette coïncidence d’épisodes mortifères, combinée à mon propre terrain déjà miné, a marqué le début d’une bascule dans une existence secondaire. Dans un grand sommeil agité. J’étais la pluie qui cherchait son nuage. Je déchiffrais le monde à travers l’eau, déformé, sourd, vacillant. Tout nageur était déjà un noyé. La décennie qui a suivi est une expédition dans un paysage en désolation, jusqu’à l’épuisement de mes capacités de résilience. Jusqu’à mon obtention de l’assurance-invalidité, étrennée par 6 semaines
suspendues au-dessus de l’abîme, à attendre le résultat d’une biopsie: tu meurs ou tu meurs pas.

Marlowe est un Golden Retriever blondinet, qui a 3 ans aujourd’hui. La décision d’adopter un chiot s’est imposée à moi comme une fulgurance. Ma vie rétrécissait. Elle ne voyait pas ce que j’irais faire plus loin. Partout où je me dirigeais, la gueule de la réalité gardait les cieux grands fermés. J’étais lasse de m’accoucher à chaque réveil. J’ignorais tout du monde canin, mais quelque part, dans la banlieue de ma conscience, j’avais gardé en mémoire le lien vital et puissant qui m’unissait aux animaux, particulièrement aux chevaux, durant mon enfance.

Un chien est un chien. Tout ce qu’on dira de lui ne sera que projections. Forte de cette tautologie, je savais que je ne pouvais lui reprocher ni mes tensions, ni mes exaspérations. Les premières semaines avec Baby Marlowe ont été éprouvantes. Je n’arrivais pas à aimer cet intrus qui refusait de se comporter comme le chat. En m’infligeant ses nécessités et son énergie vitale, il faisait voler en éclats toutes les sécurités qui quadrillaient mon emploi du temps. J’étais terrifiée. Sa jubilation d’Être m’agressait, tant elle mettait en relief les pensées couvertes de miasmes qui m’assaillaient: «Vais-je survivre? Ce chiot ne m’aime pas, je suis indigne de cette créature, pauvre bête qui grandit dans mes angoisses, je suis une vraie nullarde de mère, je suis totalement infoutue de m’occuper de cette créature, qu’est-ce que je fais faux? Je vois bien qu’il s’emmerde avec moi, si je n’y arrive pas… je me flingue…» Lorsqu’il dormait, étalé dans toute sa plénitude, je le regardais bouleversée, moi qui ne savais pas me reposer sans un Whisky-Temesta. Chaque jour, je devais puiser dans mes tréfonds le courage d’assumer la responsabilité que j’avais endossée: faire de cette bête un chien équilibré et heureux.

Les premiers temps, je m’occupais de mon chiot avec une sorte de distance clinique, comme si j’étais un employé zélé qui s’acquittait de tâches de soin ou d’éducation et respectait scrupuleusement des horaires.

Comme si je m’apprêtais à passer un examen vital en éducation canine. Je trimais comme une dingue de 7 heures à 21 heures, 7 jours sur 7. Tel Sysiphe, je remettais chaque jour l’ouvrage sur le métier: pipi, popot, promenade, dodo, miam-miam, baballe, pipi, au pied…

Or, contre toutes attentes, ces corvées se muèrent peu à peu en une sorte de mystique de l’ordinaire qui m’emplissait des petites joies du «faire».

Ma vie échappait à toute rationalité. Je déambulais cradingue dans les rues, en parlant-bébé à mon chiot, les poches remplies de friandises et de jouets qui font «pouic-pouic», on allait à la gare observer les trains, au marché contempler le mouvement du monde, on surmontait le vide des grilles et des passerelles, on creusait des tranchées à la plage, on jouait au bâton qui revient encore et encore, on coursait les mouettes en aboyant…

«Parfois je sors mon passeport
Regarde la photo de moi
(pas très bonne, etc.)
Juste pour voir si j’existe.»

Brautigan, p. 343

Si m’habiller, me laver, enfiler non pas une, mais deux baskets (après deux chaussettes) restaient encore des actes herculéens, dès que je franchissais le seuil de ma porte avec mon chiot frétillant, mon petit Moi haïssable se confiait à l’oubli. Une énergie se décantait à l’intérieur de moi. Du vent soufflait dans mes semelles. Chaque jour, je m’aventurais toujours ailleurs, toujours plus loin. Je découvrais les friches et les sous-bois de la ville, ses parcs et ses fontaines. Puis ses environs sauvages le long des cours d’eau délurés. Je me laissais guider par mon chien hors des sentiers battus.

L’espace d’une balade, je parcourais ce que mon espèce a vécu en des milliers d’années, le redressement
de ma colonne vertébrale. Mon horizon bâtissait ses racines. Les forêts sont devenues mes cathédrales végétales grouillantes de créatures mystérieuses et de forces telluriques.

«Ô vie
Ô beauté
Ô merveilleuse splendeur de toutes choses
(Eh mec, prends une aspirine avant que tu ne fondes un plomb)»

Brautigan, p. 47

Sous prétexte d’imprégner mon chiot de toutes sortes de situations, je prenais mon toutou partout, comme un doudou. Sa présence à portée de main me tient à l’écart de la claustrophobie, surtout en présence de mes congénères.

Un chien n’a pas de montre. Il n’est jamais en retard, ni calculateur. J’apprenais à meubler mes impatiences, en improvisant. J’apprenais à ne plus «m’attarder dans les ornières du résultat» (René Char). Pendant les dodos de Marlowe, je me suis mise à cuisiner, non plus pour «boucher un trou» avec les 5 fruits-légumes, mais pour le plaisir de me nourrir. Les petits matins d’insomnie, je pratiquais les pages d’écriture automatique.

Mon temps qui, jusque-là, se ramassait sur lui-même en des mouvements crantés de spirales imbriquées et de girations froissées, se mettait à déplier une fluidité. Lorsque je marchais avec Baby Marlowe, un œil sur ses déplacements erratiques (un chiot, ça trottine en zigzaguant, ça stoppe net pour muser, ça toupille, ça décampe au triple galop, ça se roule dans la boue…), mon attention était attirée par la pluie sur mes joues, le parfum de l’aube qui flânait dans mes narines, les textures du sol qui me supportait, les coassements des grenouilles au loin, les rumeurs de la nuit, les miroitements des flaques… Marlowe m’entraînait sur les traces de mon enfance et de sa densité. Là où réside une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, là où le langage n’a pas encore bridé les sensations, là où les humains n’ont pas encore piétiné l’insouciance.

Grâce à ces expériences, ma mémoire se constituait un album de bonnes sensations, qui m’aiderait bientôt à affronter ou à titrer la charge émotionnelle des catastrophes qui tapissaient mes amnésies traumatiques. Sur ce chemin de la revivance, un violent orage a déferlé. La confrontation brutale avec la finitude et la vulnérabilité de mon chiot à 6 mois, lors d’une visite chez le vétérinaire à la suite de boiteries entêtantes. Le diagnostic était sans pitié: dysplasie sévère des coudes avec nécessité de tenter une double arthroscopie, sans quoi Marlowe ne pourrait pas vivre sans d’épouvantables souffrances. Ce qui aurait dû m’abattre m’a au contraire propulsé au coeur de mon «invincible été».

«Je pourrais te porter à travers l’enfer
Et
Si tu avais oublié ton chapeau
Je traverserais
L’enfer à pied
Pour aller te le chercher.»

Brautigan, p. 299

Comme un médecin de l’urgence qui sauve la vie, sans compter, j’ai pris la décision la plus rapide depuis des plombes: ce chien vivra.

Ce chien sera opéré quoi qu’il m’en coûte (une putain de blinde pour une AIste!). J’étais le rugissement du lion de la Goldwin-Meyer. Les oiseaux de mauvais augure «ce n’est qu’un chien… tu vas pas t’endetter pour une opération qui ne garantit rien… faut l’euthanasier… comment tu vas faire pour garder ton chien au calme strict pendant quatre semaines…» ne figuraient pas dans mon scénario.

Ensuite, j’ai accompagné chaque pas de la convalescence de Marlowe, comme une infirmière des soins intensifs du CHUV, avec une sollicitude et une bienveillance sans limite.

«ÇA VA – ÇA IRA – ÇA VA – ÇA IRA – ÇA VA – ÇA IRA…
Inspire
Tu es fragile
Mais tu peux à nouveau te cogner à la vie…»

Virginie Oberholzer

Poetico-graphie:
R. Brautigan. Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus. Edition bilingue. Paris: Points/Le castor astral; 2016.
R. Brautigan. Il pleut en amour. Journal japonais. Edition bilingue. Paris: Points/Le castor astral; 2003.

Texte initialement paru dans Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2022;173:w10013. doi: 10.4414/sanp.2022.w10013

Hortense a vu « Le soleil de trop près »

Hortense nous partage son ressenti sur un nouveau film qui parle de folie : Le soleil de trop près, de Brieuc Carnaille.

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C’est une histoire somme toute banale. Elle aurait pu être n’importe où sauf dans une ville reconnaissable, il fallait qu’elle se situe à Roubaix, – où est-ce même Roubaix ? – avec le cliché sévère des usines à charbon crachant leur feu sous un ciel gris morne.

Le personnage principal à une tête d’enfant, un rire ravageur, une attitude déplacée. On ne peut pas faire plus caricatural comme description du fou, l’archétype parfait. Sa candeur, son humour, son je-m’en-foutisme, parfois, nous fait l’aimer à la folie.

“Basile”! Hurle sa très belle, mais très froide sœur, “reviens à la maison, tu as vu l’heure, on te cherche partout” (elle est entourée d’un conjoint qui lui, travaille bien et dur).

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Je ne sais pas comment on peut faire pour avoir une vie plus badass. Basile c’est nous, qui avons envie d’avoir encore six ans et de satisfaire pour faire jours d’un ensemble en survêtement. Je déteste penser que la vie c’est dans la binarité et monsieur Canaille le bien nommé nous en fait voir de toutes les couleurs, des sapes à la musique, de la danse effrénée du protagoniste à l’envie d’améliorer son quotidien. Il raconte à tout le monde ses crises. Il veut s’en débarrasser. Mais les autres eux, n’oublieront pas.

Dans son délire, Basile s’attache à une jeune première, pimpante et disponible, fade en personnalité, là pour le sauver, la fille pour contrer le fol en Basile. On s’attendrit, on rit, on pleure et jamais on n’a vu fou si heureux. Ah si, en fait, tous les jours pardon mais on ne voit jamais cela sur grand écran. Le passage dure environ une vingtaine de minutes, sur une durée d’une heure trente.

Sans transition, c’est la dégringolade.

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Apologie des médicaments ?

En tous cas, c’est avec ces signaux à la final cut tout bêtes qu’on comprend à quel point le bébête a besoin de ses pilules puisque sans, il devient tout simplement désagréable. Et même, sans, il devient une tare pour sa sœur, son équipe médicale, puis puits ultime de détresse, il perd son aimée (et son fils). En perdant sa dernière part de lucidité et d’autonomie, qui sera représentée dans “le soleil de trop près” par une institution carcérale qui représente pour le grand public son incapacité à vouloir guérir.

Il sortait de prison. Il a vécu et a vu l’enfer du monde, mais c’est l’hôpital qui l’a eu. On a tous de la peine et Basile, c’est nous. Qui n’a pas eu de problème avec la justice, un papier mal réglé par oubli, jusqu’au commissariat s’il n’était pas justifié ?

Mais l’hôpital, vraiment ?

Hortense Le Guillou

https://www.instagram.com/hortensiaawareofthat/

L’Autre « lieu » des possibles : bilan d’une alternative à la psychiatrie

Brochure éditée par l’association belge L’Autre « lieu » – Recherche-Action sur la Psychiatrie et les Alternatives – anciennement Réseau Alternative à la Psychiatrie, constitué en 1975 comme fer de lance de l’antipsychiatrie.

L’Autre « lieu » est un lieu démédicalisé, qui accueille et accompagne celles et ceux d’entre nous qui sont confrontés à l’expérience de la folie :

– écoute / entraide

– soutien en milieux de vie

– suivi lors de l’hospitalisation

L’Autre « lieu » développe des formules d’habitats :

– maisons communautaires

– unités individuelles

L’Autre « lieu » favorise le lien social :

– sorties collectives

– groupe d’entraide

– réseau relationnel Amikaro

L’Autre « lieu » informe et sensibilise :

– L’Autre « lieu » élabore des campagnes de sensibilisation et constitue un lieu de ressources sur la folie et ses enjeux de société.

L’Autre « lieu » construit avec ses membres des espaces de recherche et d’action citoyenne : ateliers / activités / laboratoires.

Adresse : 5 rue de la Clé à Bruxelles.

Survivre à la psychiatrie #11 [Paye ta Psychophobie]

Mon esprit est ma prison,
Me voilà perdant la raison,
Une douce camisole chimique,
Pour pas qu’on me pique.

Je suis un malade mental,
Rien qu’un malade mental,
Si aujourd’hui j’n’ai pas le moral,
Ce n’est pas grave c’est banal.

Ouais je me frappe au sol,
Ouais je perds la boussole,
Mais je reste un humain,
J’ai le droit de vivre serein.

Arrête de me fixer, de me juger,
Même si j’ai la peau tailladée, 
Arrête de me rejeter, d’ m’oublier, 
Même si je suis l’esprit embrumé.

Je suis un malade mental,
Rien qu’un malade mental,
Si aujourd’hui j’ n’ai pas le moral,
Ce n’est pas grave c’est banal.

Laisse moi paraître normal
Jusqu’à mon dernier râle
Je veux juste être heureux
Sans toujours être sérieux.

[wpfa icon= »instagram » color= »black »] Paye ta Psychophobie

Survivre à la psychiatrie #10 [Vaillandet Lylaeve]

Je me suis désancré de moi-même, dernièrement.

Mon esprit s’est égaré
dans le doute
– pire –
dans l’inconscience ;
loin de ce qui fait de moi un être total.

Je ne pense plus en humain ;
des ressentis logiquifiés débordant de mes subjectivités multipliées,
je raisonne
et réfléchis mes émotions.

Je suis devenu la personne que j’aurais dû être pour survivre.

Mais
suis-je l’un si je suis tout
ce que l’autre peut être à travers moi ?

Suis-je moi-même encore,
voilà ma question.

Je ne peux plus bouger les jambes.

Je suis allongé
à moitié sous une table,
sur un carrelage qui me brûle de froid,
et je ne peux plus bouger les jambes.

J’ai pleuré, pourtant
– la flaque de larmes dans laquelle ma joue patauge en soit la preuve –
mais
la seule réponse que le monde ait donnée à mes pleurs sonnait comme de la colère
et du mépris.

« Relève-toi ;
tu es ridicule. »

Ridicule est le mot.

Je suis indigne de moi-même,
de l’humain que je suis censé être
et de tout ce que je suis censé représenter :
je suis une déception.

Voilà ce que le monde m’offre
à cet instant : un peu de honte
et de la peur aussi
– mes larmes n’en étaient-elles pas un indice ?

Je ne peux plus bouger les jambes et,
par la faute de ce monde,
je ne cherche plus à les bouger :
par la honte,
j’ai dédié mon effort à me dédouaner
de cette indignité dont on m’accuse
et dont je suis responsable.

À l’heure où d’autres sont hors d’eux,
ma conscience est à l’intérieur de moi,
si profondément
que ma paralysie s’accentue
à chaque pensée.

– Comment a-t-elle commencé, déjà ? –

Ils passent à côté de moi
sans m’accorder un regard,
en évitant de m’accorder un regard.

« Je peux avoir une couverture ? »

Et je dois sécher mes larmes,
et je dois montrer que j’ai renoncé
malgré mes efforts.

Dans un élan de compassion,
une entorse à la règle,
on me dit plus tard :
« Si on te donne une couverture,
tu ne bougeras pas,
tu vas te conforter là. »

Et ils avaient sans doute raison,
mais j’avais froid
et j’avais honte
et j’étais résignée
et je m’étais abandonnée.

Le psychiatre dit :
« Quelle est cette position ? »
Je dis :
« Je ne peux plus bouger les jambes. »
Il s’en va.

Je reste là trois heures.
Je me relève.
C’est tout.

Il m’aura fallu du temps pour comprendre
que la personne qui contrôle mes jambes
était ailleurs,
partie,
là où il m’a fallu rester,
et il m’aura fallu du temps pour pouvoir mettre les mots
sur la fragmentation de mon moi.

Ils avaient les mots
et ils les ont tus.
« Trouble dissociatif »

Vaillandet Lylaeve

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Ophélie [Arthur Rimbaud]

Dans « Ophélie », Arthur Rimbaud reprend le thème shakespearien de la belle noyée qui a sombré dans la folie et le désespoir pour évoquer sa propre expérience de jeune poète. Il fait du personnage mythique d’Ophélie son double, à travers des effets de miroir et d’écho entre les trois parties du poème.

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur RimbaudCahier de Douai (1870)

La folle du village [Victoria Leroy]

Dans le petit village de la famille Leroy, le fou, c’est moi.

Longtemps, les Leroy ont gardé le secret de cette enfant pas comme les autres;
même dans la maison, on n’en parlait pas, imaginez si quelqu’un avait écouté aux portes ?

En marge, je gardais pour moi la maladie, loin de mes sœurs et frère; la cachait au village, aux contrées alentours, au monde.
Rares étaient ceux qui partageaient cette confidence, ma f-amies. 💌

Moi qui n’avait aucune idée de comment apprendre à vivre avec la maladie, je découvrais que mon oncle et ma tante étaient morts de la même. Ça non plus, on ne me l’avait pas dit. Cela voulait-il dire que c’était de ne pas vivre qui m’attendait ? Peut-être voulait-on me protéger… pourtant j’aurais aimé savoir, apprendre, anticiper.

Pourquoi le une chance sur 5 de la roulette génétique est tombé sur moi ? Où est le géniteur maintenant que les gènes sont en moi ; et la gêne autour de moi ?

Je me souviens de ce soir d’été de mes 20 ans, je sortais d’hospitalisation et essayais de goûter à la vie en retrouvant l’innocence que le compte rendu «  bipolaire de type 1 » m’avait fait oublier. On joue près de la piscine avec mon frère et mes sœurs, c’est doux, naturel, léger, riant; ils veulent me jeter à l’eau.

« Arrêtez ! Vous allez déclencher ses folies ! Elle est malade ! » crie ma grand-mère.

Le temps s’arrête. On ne m’a pas encore mise à l’eau que me voilà glaçon. Isolée depuis mon bloc de glace, je me liquéfie sous les lumières du regard des autres. Moi qui me sentais de nouveau appartenir, me revoici un être à tenir : à l’écart, en boite, attachée, enfermée, dans le secret.

Ce soir là, âgée de 20 ans et quelques heures, je passe par la fenêtre de la chambre – qu’on a fermé à clef passé minuit – et je tente d’aller me jeter dans la mer. Mon frère me court après et me plaque au sol. Je le mords comme un animal sauvage. Je ne suis plus sa sœur. Je ne suis plus humaine. Ils ont fait de moi la folle de la plage.

Ce frère que je mords jusqu’au sang, c’est le même qui 7 ans plus tard m’attendra en réanimation. Ce bras que j’ai mordu, c’est celui dont l’étreinte me redonnera envie de vivre.

Maintenant que j’ai libéré ma parole, que j’essaye de la libérer bien au delà du village, jusque dans les impasses de la société, je n’en oublie pas moins d’en parler un peu dans la maison des Leroy. Je ne veux pas que mes nièces et neveux pensent que ce n’est pas un problème tant que ce n’est pas chez eux. Ils m’ont vu peser 32 kilos mais les pousser sur la balançoire. Ils me voient prendre mes médicaments au petit déjeuner.

« C’est pour ta maladie ? », « oui c’est pour aider mon cerveau qui bug un peu, comme réparer des interrupteurs d’un circuit électrique où certaines ampoules sautent », « ah oui il est bizarre ton cerveau. Toi non. Enfin si parfois, mais t’es bizarre bien » – Ah, je crois que que j’ai gagné une partie du combat.

Victoria Leroy (texte et illustration)

Retrouvez Victoria sur Instagram : https://www.instagram.com/vic.toria.leroy/

https://www.instagram.com/p/CD5a6R-qfzi/

Comment gérer et prévenir la violence et la maltraitance en psychiatrie ? [QualityRights]

Extrait du module “Mettre fin à la contrainte, la violence et la maltraitance” de la formation en ligne WHO QualityRights. Cette formation accessible et gratuite est proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

Comment gérer et prévenir la coercition, la violence et les abus ?

Les situations tendues résultent généralement de problèmes de communication et de malentendus. Elles surviennent souvent lorsque les personnes usagères des services ont l’impression de ne pas être écoutées et qu’elles s’énervent, s’angoissent ou s’agitent. Si elles ne sont pas gérées de manière appropriée, les situations tendues peuvent déboucher sur une crise, ce qui peut conduire au recours à la contention et à la violence.

I. Réponses appropriées et inappropriées aux situations tendues

En cas de situation tendue, il est important de :

  • Penser à la sécurité de toutes les personnes présentes (par exemple, demandez aux personnes dont la présence n’est pas nécessaire de quitter la pièce).
  • Intervenir rapidement pour éviter que la situation ne dégénère en crise.

Voici des exemples de réponses appropriées et inappropriées.

Réponses appropriées et efficacesRéponses inappropriées et inefficaces
– Traiter la personne concernée avec respect et empathie
– Écouter ses préoccupations et ses souhaits
– Essayer de comprendre ce qu’elle ressent et reconnaître ses sentiments
– Lui demander comment elle souhaite être soutenue/traitée
– Être patient, soutenir et rassurer
– Donner à la personne de l’espace et du temps
– Garder son calme
– Trouver une solution non violente à un problème
– Isolement et contention
– Cris
– Menaces et intimidation
– Manipulation forcée

*** IMPORTANT ***
Les réactions ci-dessus peuvent renforcer le sentiment d’impuissance et de détresse des personnes, accentuant leur ressentiment ou agitation. Elles sont donc préjudiciables et peuvent rapidement conduire une situation vers la violence.

II. Déclencheurs et signes d’alerte

Pour éviter qu’une situation tendue ne dégénère en crise, il est important d’identifier les éléments déclencheurs et les signes d’alerte des personnes usagères des services, ainsi que ceux du personnel, des familles et d’autres personnes. Voici des exemples de déclencheurs et de signes d’alerte.

Déclencheurs (c’est-à-dire stimuli)Signes d’alerte (c’est-à-dire signes physiques ou extérieurs)
– J’ai l’impression de ne pas être écouté
– Les gens me manquent de respect
– D’autres personnes utilisent mes affaires sans permission
– Bruits forts
– Être touché
– Ne pas avoir le choix, ne pas pouvoir contrôler ou participer
– Nervosité, agitation, stimulation
– Essoufflement ou respiration rapide
– Transpiration
– Dents serrées, mains qui se tordent
– Repli sur soi, peur, irritation
– Contact visuel prolongé
– Augmentation du volume de la parole
– Agressivité ou menaces de préjudice

Une fois que les déclencheurs et les signes d’alerte ont été identifiés, il est possible de mettre en place des stratégies clés pour éviter et désamorcer les crises potentielles. Cela inclut :

  • Espaces d’apaisement et approches sensorielles
  • Création d’une culture du « oui » et du « c’est possible »
  • Plans individualisés permettant d’identifier et de gérer les déclencheurs et les signes d’alerte
  • Techniques de communication
  • Équipes d’intervention

III. Espaces d’apaisement et approches sensorielles

Les espaces d’apaisement offrent un environnement dans lequel les personnes usagères des services peuvent avoir un peu d’espace, se sentir en sécurité et se calmer. Elles sont souvent utilisées en complément des approches sensorielles, qui consistent à stimuler les différents sens (toucher, ouïe, odorat, vue et goût) pour aider une personne à se sentir plus calme. Parmi les exemples, citons la musique, les massages, les couvertures douces, les couleurs apaisantes et l’aromathérapie, mais cela peut varier selon les préférences des personnes.

Les espaces d’apaisement et les approches sensorielles ne doivent être utilisés qu’avec le consentement éclairé de la personne. Les espaces d’apaisement ne doivent pas être utilisés comme un lieu d’isolement involontaire. Les personnes usagères des services ne doivent jamais être enfermées ou empêchées de quitter l’espace.

IV. Création d’une culture du « oui » et du « c’est possible »

Lors de leur admission, les personnes usagères des services s’en remettent aux membres du personnel. Cette perte de contrôle et cette dépendance à l’égard du personnel peuvent provoquer détresse, anxiété et frustration. Cela est particulièrement vrai lorsque les membres du personnel ne répondent pas aux besoins des personnes usagères des services, en raison d’une lourde charge de travail, d’une pénurie de personnel, d’une formation insuffisante, de la réglementation des services ou d’autres raisons.

Une stratégie clé consiste à créer une culture du « oui » et du « c’est possible » au sein du service. Avant d’asséner un « non » automatique aux demandes des usagers, les membres du personnel doivent d’abord REFLECT (RÉFLÉCHIR) à la demande.

R – Reframe (Recadrage) :Qu’est-ce qu’il faudrait pour que je dise oui ?
E – Easy (Facile) :Le « non » est-il la solution de facilité ?
F – Feeling (Sentiment) :Que ressentirait la personne si je disais « non » ?
L – Listen (Écoute) :Ai-je vraiment écouté la personne et ce qu’elle demande ?
E – Explain (Expliquer) :Puis-je expliquer à la personne pourquoi je ne suis pas en mesure de répondre à sa demande ?
C – Creative (Créatif) :Existe-t-il des moyens créatifs que je pourrais utiliser pour essayer de trouver une réponse à la demande de la personne ?
T – Time (Temps) :Est-ce que j’octroie suffisamment de temps pour examiner la demande ?
Source : Adapté de Manaan Kar Ray & Sarah Rae. ‘No Audit: Reflect to Reframe’ in Power to empower Lies beyond Binaries. PROMISE: PROactive Management of Integrated Services & Environments. Cambridge University Health Partners http://www.promise.global/2015_04_09_Binary.pdf

Voici une autre question importante à laquelle les membres du personnel doivent réfléchir : puis-je octroyer des ressources aux personnes usagères des services pour leur éviter d’avoir à formuler cette demande et leur permettre d’être plus autonomes ?

V. Plans individualisés

Les plans individualisés peuvent permettre de mieux comprendre ce qui rend une personne angoissée ou agitée et ce qui l’aide à se sentir calme.

Pour élaborer un tel plan, une personne doit :

  • Identifier les déclencheurs et les signes d’alerte qui pourraient potentiellement mener à une situation tendue.
  • Décrire les méthodes d’apaisement convenues qui peuvent être utilisées pour gérer et empêcher l’escalade d’une situation tendue.

Les exemples de méthodes d’apaisement varient largement d’une personne à l’autre mais peuvent inclure :

  • Faire une promenade/prendre l’air
  • Se confronter à une personne qui reconnaît les sentiments
  • Prendre des respirations lentes et profondes
  • Serrer une balle ou une couverture
  • Être capable de crier ou de pleurer
  • Passer du temps dans un espace d’apaisement
  • Parler à un ami ou à un membre de la famille

Un plan individualisé peut être un document autonome ou faire partie d’un plan de rétablissement global ou de directives anticipées en psychiatrie. Les plans individualisés doivent être accessibles lors de situations tendues (par exemple, sur le registre du service, sur le registre en ligne…). Si une personne a élaboré un plan individualisé, elle doit informer toutes les personnes concernées de son existence afin qu’elles puissent l’aider à mettre en oeuvre les stratégies d’apaisement identifiées.

Les professionnels de la santé mentale et autres praticiens, les familles et les aidants doivent également élaborer leurs propres plans individualisés. Ils sont également susceptibles d’avoir des déclencheurs qui peuvent affecter leur comportement dans des situations difficiles. Il est donc important pour les usagers d’identifier les méthodes d’apaisement qui fonctionnent pour eux.

VI. Techniques de communication

De bonnes capacités de communication sont essentielles pour gérer les situations tendues et difficiles. La communication doit être :

RespectueuseTraiter toutes les personnes impliquées dans la situation avec respect et dignité.
AttentiveConsacrer toute son attention à la personne (c’est-à-dire écoute active).
AffirméeSoutenir et encourager la capacité de la personne à trouver des moyens de se calmer et de résoudre la situation.
PositiveEncourager la personne à se concentrer sur les aspects positifs de la situation.
EmpathiqueFaire des efforts pour comprendre les pensées et les sentiments de toutes les personnes concernées.
PatientePrendre tout le temps nécessaire pour entendre les préoccupations de la personne et parvenir à une solution juste et pacifique.

Voici des exemples de phrases ayant été identifiées comme utiles par certains usagers de services en Nouvelle-Zélande – elles ne seront pas utiles pour tout le monde :

  • Vous pouvez compter sur moi.
  • Vous n’avez rien à prouver à personne.
  • Je sais que vous allez vous en sortir.
  • Concentrez-vous toujours sur le souvenir de vos réalisations… et pas seulement de vos problèmes.
  • Comment puis-je vous aider ?
  • Dites-moi ce que vous voulez/ce dont vous avez besoin.
  • Je suis là pour écouter.
  • Je respecte votre point de vue.
  • Nous pouvons travailler à cela ensemble.
  • Il est normal de ressentir cela.
  • N’abandonnez pas.

Source : Adapté de Mary Ellen Copeland, Mental Health Recovery Newsletter, février 2002, cité dans Roadmap to Seclusion and Restraint Free Mental Health Services. DHHS Pub. No. (SMA) 05-4055. Rockville, MD: Center for Mental Health Services, Substance Abuse and Mental Health Services Administration, 2005, Module 5 pp. 43-44.

L’écoute active constitue un aspect essentiel d’une bonne communication. En accordant toute votre attention à votre interlocuteur, vous êtes en mesure de mieux comprendre ses pensées et ses sentiments. Il ne s’agit pas d’être d’accord ou non avec l’interlocuteur, mais de répéter avec vos propres mots ce que vous pensez qu’il a dit afin de vous assurer que vous l’avez compris (et ainsi éviter les malentendus).

Lorsque les personnes usagères des services ont le sentiment d’être écoutées, elles sont plus enclines à s’ouvrir, ce qui permet de résoudre pacifiquement la situation. Voici un exemple vidéo.

Vidéo : Comprendre l’agitation : Désescalade

Source : Depression and Bipolar Support Alliance

VII. Équipes d’intervention

Une équipe d’intervention (EI) est un groupe de personnes chargées, au sein d’un service, de répondre à une crise dans un court laps de temps. Elle est formée pour gérer les crises en utilisant des techniques de communication et de désescalade.

L’intervention d’une EI se concentre sur le développement d’une relation non intrusive, non contrôlante, non conflictuelle et hautement empathique avec la personne en crise. Elle n’utilise PAS l’isolement, la contention, la médication forcée, les sédatifs ou les tranquillisants. Lorsqu’ils sont disponibles, les membres de l’EI accèdent aux plans individualisés, aux plans d’anticipation et/ou de rétablissement pour répondre à la volonté et aux préférences de la personne.

Les membres de l’EI peuvent être des praticiens de la santé mentale et autres, des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels ou cognitifs, des pairs, des défenseurs de la communauté, des membres de la famille, etc. En outre, il peut y avoir des « membres de garde » pouvant être contactés en fonction des besoins.

Une fois la crise résolue, des séances de débriefing doivent être organisées :

  • Avec la personne concernée (lorsqu’elle se sent prête) : pour mieux comprendre ce qu’elle a vécu, la façon dont l’EI a géré la situation, et pour élaborer ou revoir son plan individualisé.
  • Avec d’autres personnes (membres de la famille, soignants et autres aidants) : pour identifier ce qui a conduit à la montée des tensions et comment mieux gérer la situation à l’avenir.
  • Avec les membres de l’EI : pour parler de ce qui a fonctionné, de ce qui n’a pas fonctionné et des moyens de s’améliorer.

Il est toutefois important de noter qu’une intervention de l’EI n’est nécessaire que dans certaines situations ; lorsque les autres stratégies ne sont pas appropriées ou n’ont pas fonctionné. Dans de nombreux cas, les personnes usagères des services ont simplement besoin de temps et d’espace pour surmonter leur détresse, par elles-mêmes ou avec le soutien d’autres personnes.

Vous pouvez suivre la formation en ligne ici.

Comment défendre les droits humains dans le domaine de la santé mentale ? [QualityRights]

Extrait du module « Droits humains, santé mentale et handicap » de la formation en ligne WHO QualityRights. Cette formation accessible et gratuite est proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

Dans de nombreux services psychiatriques à travers le monde, des personnes reçoivent des soins qu’elles ne trouvent ni acceptables, ni utiles pour leur rétablissement. Parfois inhumains et dégradants, ces soins peuvent bafouer les droits des personnes. Même lorsque ce n’est pas le cas, on constate souvent que les personnes reçoivent des messages dévalorisants qui leur enlèvent espoir et dignité.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées (également connue sous le nom de CDPH) est un tournant important et reflète l’engagement des pays à changer cette situation. C’est pour cela que nous utilisons cette Convention, ainsi que d’autres instruments internationaux des droits humains, comme base de cette formation.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées est un outil juridiquement contraignant. Cela signifie qu’en ratifiant la Convention relative aux droits des personnes handicapées, les pays ont l’obligation de mettre en place une panoplie de mesures afin d’assurer que les personnes en situation de handicap :

  • aient les mêmes droits que le reste de la population
  • soient traitées de manière juste et équitable
  • ne fassent pas l’objet de discrimination

I. Respecter, protéger et garantir les droits humains

Le respect des droits humains implique trois tâches principales :

  • Respecter les droits humains
  • Protéger les droits humains
  • Garantir les droits humains
TÂCHEDÉFINITIONEXEMPLES
Respecter les droits humainsNe pas bafouer les droits fondamentaux d’une autre personne1. Respecter la préférence d’une personne au sujet des traitements qu’elle souhaite recevoir ou non
2. Respecter le droit à l’intimité d’une personne en ne pénétrant pas dans son espace privé
Protéger les droits humainsEmpêcher les autres de bafouer les droits fondamentaux d’une personne1. S’assurer que les soignants ne donnent pas un traitement qu’une personne ne souhaite pas
2. Protéger le droit à l’intimité d’une personne en empêchant quelqu’un de pénétrer dans son espace privé
Garantir les droits humainsPrendre des mesures pour garantir qu’une personne bénéficie de la même protection des droits fondamentaux que toute autre personne1. Inscrire dans le plan de traitement d’une personne les médicaments qu’elle ne veut pas afin de s’assurer qu’aucun pair praticien en santé mentale ou autre ne lui en donne pas dans le cadre de son traitement
2. Permettre à une personne d’avoir un verrou sur sa porte (ou un panneau « ne pas déranger ») afin qu’elle puisse choisir lorsqu’elle veut recevoir des visiteurs

Les gouvernements ne sont pas les seuls à avoir un rôle à jouer. Il est important que nous tous respections, protégions et garantissions les droits fondamentaux des personnes en situation de handicaps, que nous soyons :

  • Une personne souffrant de handicap psychosocial
  • Une personne souffrant de handicap intellectuel
  • Une personne souffrant de handicap cognitif
  • Un pair praticien en santé mentale ou autre
  • Un membre de la famille, un soignant ou un supporter
  • Un pair, un défenseur, un avocat, un fonctionnaire, etc.

Les parties suivantes se concentrent sur chacun des groupes susmentionnés. Nous vous recommandons de lire, pas seulement la partie relative à votre groupe, mais l’ensemble des parties.

II. Les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs

Pourquoi est-il important de défendre vos droits ?

  • Vous êtes des êtres humains et vous devriez avoir les mêmes chances que toute autre personne.
  • Votre expertise, vos compétences et vos talents peuvent profiter à tous.
  • Vous savez ce qui est le mieux pour vous, ce qui utile et ce qui ne l’est pas.
  • Vous avez le droit de participer à toutes les actions et questions vous concernant.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez expliquer vos droits aux autres, y compris votre famille.
  • Vous pouvez aider les autres à comprendre leurs droits.
  • Vous pouvez parler de votre expérience pour sensibiliser les autres au handicap et aux droits humains.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous pouvez vous sentir plus fort et plus apte à prendre le contrôle de votre vie et votre rétablissement.
  • Vous pouvez être plus indépendants pour mener la vie que vous souhaitez.
  • Vous pouvez développer de nouvelles compétences, contribuer à la société et être plus intégré.

III. Les pair praticiens en santé mentale ou autre praticiens

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • C’est ce qu’il faut faire.
  • Cela fait partie de votre travail et votre responsabilité.
  • Vous donnez le respect qu’elles méritent aux personnes que vous soignez et soutenez.
  • Ces personnes sont plus susceptibles d’accepter les services que vous fournissez, de bien réagir à vos soins et votre soutien ainsi que de se rétablir.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez vous assurer que vos pratiques médicales respectent les droits de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • Vous pouvez parler à la direction des soins des actions qui peuvent être mises en place dans votre service afin d’améliorer le respect des droits de ces personnes.
  • Vous pouvez parler de leurs droits aux personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs sur votre lieu de travail.
  • Vous pouvez former et informer d’autres praticiens sur les droits humains.
  • Vous pouvez parler aux responsables locaux de la nécessité d’un changement.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous fournirez aux personnes une meilleure qualité de soins.
  • Les personnes que vous soignez et soutenez seront plus autonomes, mèneront une vie plus satisfaisante et plus digne.
  • La rechute et la dépendance seront réduites.
  • Vous vous sentirez plus heureux et plus fier de votre travail.

IV. Les membres de la famille, les soignants et les aidants

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • Vous avez un rôle essentiel à jouer pour permettre à votre proche de mener une vie épanouie, en respectant ses droits, en étant plus tolérant et en changeant certaines de vos actions.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez aider votre proche à comprendre ses droits.
  • Vous pouvez lui faire sentir que vous le respecter.
  • Vous pouvez essayer de ne pas le surprotéger.
  • Vous pouvez le soutenir et l’encourager à prendre des décisions et devenir plus indépendant.
  • Vous pouvez vous assurer d’écouter et de respecter ses opinions et décisions.
  • Vous pouvez vous assurer que ses droits soient respectés, par exemple, par d’autres membres de la famille, par des praticiens et par autrui.
  • Vous pouvez discuter avec les responsables locaux de la nécessité d’un changement et de la création de services qui répondent aux besoins de votre proche et apportent un soutien à votre famille.
  • Vous pouvez aider votre proche à s’engager dans des réseaux de personnes et d’activités (tels que des clubs de sport, des activités de loisirs ainsi que culturelles).
  • Vous pouvez sensibiliser votre communauté afin de lutter contre la stigmatisation, les stéréotypes ainsi que les préjugés.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Votre proche recevra des soins et un soutien de meilleure qualité, ses droits seront respectés et sa qualité de vie sera meilleure.
  • En retour, vous serez plus heureux, plus confiant et moins stressé.
  • Votre proche deviendra plus indépendant et s’engagera pleinement dans la vie de famille.
  • Vous serez fier des accomplissements de votre proche et vous vous concentrerez sur ses forces ainsi que ses capacités.

V. Les autres groupes

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • En tant que pair, votre rôle est de soutenir les autres dans la réalisation de leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous jouez un rôle important pour sensibiliser la société et faire valoir vos droits.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez soutenir les personnes pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous avez l’obligation de respecter la loi internationale sur les droits humains, dont la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • En tant que pair, vous pouvez donner aux personnes les informations dont elles ont besoin pour défendre leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous pouvez lancer une campagne de sensibilisation sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez porter des affaires devant les tribunaux pour que le gouvernement modifie la loi conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant que fonctionnaire, vous pouvez veiller à ce que la loi soit réformée conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • En tant que pair, vous serez en mesure de soutenir les autres plus efficacement.
  • En tant que défenseur, vous serez satisfait de constater que les droits humains sont mieux respectés et mieux connus.
  • En tant qu’avocat, vous serez en mesure de défendre plus efficacement les droits humains devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous aurez la satisfaction de voir des services ainsi qu’un soutien plus efficaces pour les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs.

Lorsqu’il s’agit de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs, chacun d’entre nous a un rôle à jouer.

Vous pouvez suivre la formation en ligne ici.