Psychophobie : « Les fous sont dans la rue » de Marianne

Article de Lionel Belarbi paru sur PsychaMentale : https://psychamentale.fr/psychophobie-les-fous-sont-dans-la-rue/

« Encore de la stigmatisation à outrance, de la psychophobie, de la discrimination envers les personnes atteintes de maladie mentale. Soignez vos équipes de rédactrices et de rédacteurs Mme Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne. Les fous, c’est vous ! Fou d’amour, fous du volant, fous de l’écriture, vous allez me rendre fou, mais pas criminel, certainement pas. Vous confondez criminel et personne en difficulté, c’est un coup bas, car vous avez de façon minable épuisée votre chargeur de balle pour atteindre les Arabes comme moi qui n’ont pas été expulsés dans leur pays d’origine et qui peuvent tuer, comme les Français de souche.

Je me présente, Lionel Belarbi, algérien, et souffrant de graves troubles mentaux, je ne suis pas dans la rue, je ne suis pas un criminel et surtout, je vous emmerde Marianne. Les criminels sont dans la rue, mais pas les personnes malades qui ont un suivi psychiatrique. Bien sûr, il y a des criminels dans la rue, mais aussi des criminels tout autour de vous, qui vont tranquillement acheter leur pain, ou qui font le plein d’essence et cassent la gueulent aux autres clients pour un simple dépassement ou regard de travers.

Les fous sont partout, même chez vous. Mais ne mélangez pas les patients avec les criminels furieux qui ne sont pas forcément SDF ou migrants comme dénonce la Une de votre magazine, mais qui ont aussi une vie rangée, et puis qui un jour passent à l’acte.

Non Marianne, ne stigmatisez pas les personnes malades qui sont prises en charge, avec les assassins qui ne sont pas en psychiatrie, mais partout dans le monde.

Vous osez nous insulter de fous, mais allez jusqu’au bout de vos idées et traitez-nous carrément d’assassins, de moins que rien, de déchets de la société. Ah, pardon, c’est ce que vous faites avec la une de votre magazine et vos articles que j’ai eu la chance de lire partiellement, ne pouvant prendre un abonnement à votre torchon de gerbe et de diarrhée.  

Vous parlez de 40 ans d’abandons de la psychiatrie, mais j’écrirais plutôt des décennies de justice trop laxiste en France. Chargez et évacuez votre haine envers le coupable, le vrai, et non aux pauvres patients qui subissent votre rage et votre psychophobie tous les jours. Les haineux de la société, les vrais fous, sont chez vous. Je vous suggère une consultation. C’est vrai, à mon tour je stigmatise votre haine, car je n’ai pas pour habitude de tendre les deux joues. J’autorise une gifle à gauche, mais jamais à droite. »

La pétition du magazine SoinSoin

La revue « Marianne », a encore frappé par sa vulgarité et son racolage avec sa une du 27 octobre « les fous sont dans la rue  » pour parler du manque d’offre de soins pour les personnes en souffrances psychiques.

Encore un triste exemple de la politique éditoriale de beaucoup de médias, préférant faire du buzz grâce à un titre tapageur plutôt qu’à une information se basant sur des faits réels.

C’est un triste reflet de la consommation d’information qui met aujourd’hui à mal les personnes ayant des souffrances psychiques (plus d’une personne sur 5 en France ! ), détruit tout le travail de déstigmatisation mis en œuvre et compromet l’inclusion et la réhabilitation de ces personnes.

La commission des Défenseur des droits, Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le ministère de la santé, le ministère de la justice et le syndicat des avocats de Fance doivent réagir face à ces propos qui ne respectent en rien les valeurs morales et fondamentales de l’Homme.

Mathieu LEONARD pour Soinsoin

Pour signer la pétition

Publication de Paye ta Psychophobie :

Faut-il se révolter contre la psychiatrie ? [Soin Soin #1]

À l’occasion de la parution de Soin Soin, journal de réflexion sur le soin psychiatrique, nous vous proposons le texte d’Agathe qui clôt ce premier numéro (la version complète du journal est disponible en fin d’article).

Si la philosophie s’est posé la question de la localisation du psychisme humain, si elle s’est demandé où se situait le sujet, aujourd’hui, la psychiatrie le traite en paria. Pas de sujet qui pense en psychiatrie, pas d’individu libre et autonome, juste une mécanique chimique à réajuster. Mais la réajuster vers quoi ? Vers plus de normalité, c’est certain. Vers moins de bruit et de dommages pour une société qui ne supporte plus qu’on dévie un tant soit peu de sa trajectoire.

Aujourd’hui, être en bonne santé mentale c’est aller bien au sens d’aller dans le sens indiqué par la société. Ce n’est pas se sentir bien, ni même être heureux, non c’est suivre la ligne droite de la santé mentale. Cette ligne d’un devoir d’aller bien et de ne pas causer de tort à son environnement. Après le culte du corps en bonne santé, ne serait-on pas passé au culte de l’esprit sain. À la recherche des pervers narcissiques, des déviants en tous genres, la société recherche aujourd’hui et discrimine celui ou celle qui ne file pas droit. Avec une batterie d’injonctions à la pensée positive, au développement personnel, à la responsabilité individuelle face à des maux sociaux ou sociétaux qui nous accablent, la santé mentale se mue en bras armé d’un néolibéralisme qui décrète comment chacun de nous doit penser. Pour une acceptation meilleure d’un environnement social destructeur, des thérapies existent !

Alors quand le droit à se sentir bien dans sa tête se mue en injonction, en devoir d’aller bien et d’être suffisamment fabriqué par le système social pour y correspondre, qu’attendre de la psychiatrie? Peut-être qu’elle cesse d’être un contrôle social des plus récalcitrants à l’ordre établi, que cette récalcitrance soit volontaire ou non? Peut-être qu’elle cesse de contraindre à un comportement normé jusque dans les moindres détails microphysiques pour mener à l’incorporation des troubles sous l’effet de la contrainte extérieure. Tout cela, ce serait sûrement une limitation des dégâts occasionnés par cette forme de contrôle des comportements et des âmes déviantes. Ce serait peut-être un moyen aussi de se remettre à penser la folie autrement.

Si la folie, c’est la résistance biologique à un environnement pathogène restreint ou même plus large, alors comment envisager de ne s’attaquer qu’au seul «malade» et jamais à ce qui l’entoure. Alors oui, il y a des thérapies familiales, mais la famille est-elle réellement un foyer pathogène pour la personne qui souffre? N’y a-t-il pas plus largement dans les écoles, les entreprises, et à tous les niveaux de la société des foyers de souffrance et donc des foyers pathogènes que personne n’attaque jamais ? Peut-on penser que la folie émane au moins parfois d’un trop-plein de prise sur soi, et que tant que la situation perdure il n’y aura pas de moyen de se remettre plus ou moins bien de cette souffrance environnementale? C’est parce que les verrous sautent d’être trop serrés, que leur remettre un coup de vis à l’explosion est un non-sens contre-productif.

Gérer la folie par le sujet fou, c’est lui faire porter le poids exclusif de la responsabilité de ses troubles. C’est penser qu’il peut ou qu’il doit être le seul agent d’un aller mieux qu’il ne peut décréter. C’est renforcer sa folie par l’oppression sur lui seul et ce n’est pas traiter un environnement invivable pour lui. Bref, ce que nous promet la psychiatrie c’est contrôler socialement ses patients en leur forgeant un cadre social et médicamenteux aussi fermement verrouillé que ne l’étaient les cages de l’âge classique.

Alors faut-il se révolter pour se rétablir ?
Se révolter contre le système psychiatrique?
Se révolter contre son environnement ?
Se révolter contre une société qui relègue au rang de paria ses malades ?
Probablement…

Agathe

Réponse à « En finir avec la camisole chimique? »

Lucie répond à l’article En finir avec la camisole chimique ? et à la question des traitements médicamenteux.


Je vais m’exprimer en fonction de mon vécu, ma petite expérience, et de mon trouble (bipolaire).

Je ne connais pas les conditions dans les hôpitaux psychiatriques. Pour avoir entendu et lu des témoignages, je suis persuadée que l’attachement et les chambres d’isolement pourraient être évités, et surtout, remplacés par d’autres moyens humains. Je pense que c’est une expérience traumatisante, et qui déshumanise et que l’on doit dénoncer, et agir pour proposer des solutions alternatives, pas rester uniquement dans la dénonciation. Je n’ai pas connu non plus l’hospitalisation sous contrainte.

Par contre, je connais le fait de recevoir un diagnostic que l’on dit incurable, diagnostic peu flatteur de folle, je connais la médication qu’on me propose à vie, je connais ce qu’il se passe quand on arrête une médication. Je connais ma vie d’avant sans médication (bonjour alternances de dépression et d’euphorie chaotiques). Je connais la reconnaissance travailleur adulte handicapé, l’allocation adulte handicapé, et ma case « handicapée mentale ». Alors qu’en fait, je ne me juge ni folle, et encore moins quand je regarde le monde autour de moi. Je ne souffre plus de mon étiquette, ni de mon traitement.

En dehors de l’hôpital psychiatrique, personne ne m’impose de prendre un traitement, ni de consulter un psychiatre. Je le fais depuis 7 ans, de mon plein gré, avec grande attention, et surtout je me renseigne.

Qu’est-ce que je prends ? Qu’est-ce que cette molécule ? Sur quoi agit-elle ? Est-ce un thymorégulateur ? Un anti-psychotique ? Un antidépresseur ? Combien de durée de vie dans le corps ? Pourquoi on me donne ça ? C’est quoi les effets secondaires ? Qu’est-ce que le trouble bipolaire ? Qu’en pense-t-on en France ? A l’étranger ? Quelle part de chimie dans ce trouble ? Quelle part de personnalité, environnement, de psychologie (ou autre que j’oublie) dans ce trouble ?

Et le meilleur, de mon point de vue, c’est ce que vous faites ici, je lis et j’échange avec ceux qui en parleront toujours le mieux et le plus juste : les fous.

Gardez cet esprit critique que vous avez Comme des fous, et bravo pour ça. Observez, analysez, réfléchissez pour vous et pour le bien-être collectif des fous, continuez d’agir comme vous le faites avec du CONCRET, des actes.

Oui, dans un premier temps, on rejette tout, bien-sûr. Diagnostic, et traitement. La molécule miracle n’existe pas.

En France, on insiste énormément sur la médication, c’est dramatique. Pourquoi ? Parce qu’on ne nous donne pas d’explication sur ce traitement, sur ce trouble, et encore moins des conseils pour vivre au quotidien, des associations, etc.

On évalue nos symptômes, on ajuste en traitement, et ce que j’ai trouvé le plus dur à entendre : « en fait, il n’y a pas vraiment de traitement, on tâtonne, on fait du mieux qu’on peut, la science avance, on attend ». Qui a envie d’entendre ça ? J’avais juste envie d’entendre : « okey bébé, je te donne un bonbon, et puis ça passe ».

Non, je ne voulais pas entendre à 24 ans : « Salut t’as un trouble, on sait pas trop ce que c’est, on va te donner des médicaments, on ne sait pas trop si ça marche, mais t’inquiètes ça va passer ».

J’avais envie d’entendre : « Viens, il y a plein de centres en France où on va tout t’expliquer. On réfléchit tous ensemble à ces troubles mentaux, chacun donne son expérience, son vécu, on a aussi avec nous des soignants qu’on forme, des spécialistes qui étudient le trouble et son ensemble sous toutes les coutures, tous les jours, main dans la main. Les psychiatres t’expliquent la part chimique évaluée dans ton trouble, tout en t’indiquant que ce n’est qu’une infime partie de ton « traitement » et qu’il n’est qu’une béquille. On est là, on va tout t’expliquer, et ce qu’on explique pas, on va le trouver ensemble ».

Prendre ses médicaments et ne rien faire d’autre, comme c’est bien dit dans l’article, n’a quasiment aucune utilité. Malheureusement, de l’autre côté, ne pas le prendre mais établir tout le reste (si précieux) : psychothérapies, activités bien-être, information à l’entourage, groupe d’entraide etc. apparemment ne suffit pas non plus.

Si un jour vous trouvez ne serait-ce qu’une seule personne qui puisse dire qu’elle gère ses crises maniaques, ses profondes dépressions, sans traitement, mais avec un protocole tout autre, alors cette personne là sera une clé d’un changement très important que l’on devra surmédiatiser, et je serai la première derrière. Je l’attends toujours.

Je pourrais être bipolaire oui, sans médication, seule, ? Oui dans un désert. Pas dans la société dans laquelle je vis.

Dans la vie, j’aime le compromis. Pas de surdiabolisation des fous, mais pas de surdiabolisation de la psychiatrie actuelle. C’est pas les fous VS les psychiatres. L’idéal ce serait les fous AVEC la psychiatrie.

Où trouves-tu la force de penser je cite ?  « Je ne crois plus à la maladie et à son incurabilité, je crois même qu’avec un bon accompagnement on peut dépasser ses traumas, accepter ses limitations et se passer du traitement chimique. »

Sur quoi ce base cette croyance intime ? C’est un de mes buts dans la vie, prouver que c’est possible. J’espère. Mais je ne « crois » pas.

Tant que je n’ai pas un exemple vivant devant moi de personne avec trouble bipolaire bien dans sa peau, je suis mon premier contre-exemple. J’ai tout le protocole hors-médication mis en place (après de longues années). J’ai testé sans la médication, je n’ai fait qu’aggraver mon cas. J’ai l’espoir, et je te comprends.

J’ai l’espoir tout comme vous, qu’on se rassemble, qu’on échange, qu’on fasse changer la vision des troubles mentaux. Comme le dit Agathe dans la vidéo, c’est montrer qu’on a une parole cohérente, intelligente, et fiable. Folie ne veut pas dire que nous sommes dangereux ou bien que nous manquons « d’intellect ».

Fallait bien choisir un mot, on en trouvera peut être un autre.

En attendant, continuez d’être ce contre-média. En attendant, je prends ma médication volontaire, faute de mieux, en me disant que le diabète c’est aussi incurable, comme tout un tas de maladies, et que la molécule que je prends (un anti-épileptique) ne fait pas beaucoup de dégâts comparée à d’autres.

Ça m’emmerde oui, c’est injuste, peut-être, je me serai bien passée de la bipolarité et d’une institution psychiatrique française défaillante.

Ça ne fait pas de moi un mouton de la société qui prend docilement son bonbon et qui se range dans sa case bien sagement.

J’attends bien de vous Comme des fous, j’attends bien de vous les fous qui passez sur ce blog, et de moi, que la psychiatrie actuelle se démode, et change. Je n’attends pas en fait, il faut « faire ».

Un auteur que j’aime beaucoup dit cette phrase : “Ne t’attaque pas au système, démode-le !” (extrait du Livre du voyage de Werber).

Je vous mets l’extrait, la révolution, oui. Voici une autre manière de la penser.

« Il est cubique, titanesque, froid.
Il est doté de chenilles qui écrasent tout.
C’est le système social dans lequel tu es inséré.
Sur ses tours tu reconnais plusieurs têtes. Il y a celles
de tes professeurs,
de tes chefs hiérarchiques,
des policiers,
des militaires,
des prêtres,
des politiciens,
des fonctionnaires,
des médecins,
qui sont censés toujours te dire si tu as agi bien ou mal.
Et le comportement que tu dois adopter pour rester dans le troupeau.

C’est le Système.

Contre lui ton épée ne peut rien.
Quand tu le frappes, le Système te bombarde de feuilles :
carnets de notes,
P.V.,
formulaires de Sécurité sociale à compléter si tu veux être remboursé,
feuilles d’impôts majorés pour cause de retard de paiement,
formulaires de licenciement,
déclarations de fin de droit au chômage,
quittances de loyer, charges locatives, électricité, téléphone, eau, impôts locaux, impôts fonciers, redevance, avis de saisie d’huissier, menace de fichage à la Banque de France, convocations pour éclaircir ta situation familiale, réclamations de fiche d’état civil datée de moins de deux mois…

Le Système est trop grand, trop lourd, trop ancien, trop complexe.

Derrière lui, tous les assujettis au Système avancent, enchaînés.
Ils remplissent hâtivement au stylo des formulaires.
Certains sont affolés car la date limite est dépassée.
D’autres paniquent car il leur manque un papier officiel.
Certains essaient, quand c’est trop inconfortable, de se dégager un peu le cou.

Le Système approche.

Il tend vers toi un collier de fer qui va te relier à la chaîne de tous ceux qui sont déjà ses prisonniers.
Il avance en sachant que tout va se passer automatiquement et que tu n’as aucun choix ni aucun moyen de l’éviter.

Tu me demandes que faire.
Je te réponds que, contre le Système, il faut faire la révolution.

La quoi ?
LA RÉVOLUTION.

Tu noues alors un turban rouge sur ton front, tu saisis le premier drapeau qui traîne et tu le brandis en criant :
« Mort au Système. »
Je crains que tu ne te trompes.
En agissant ainsi, non seulement tu n’as aucune chance de gagner, mais tu renforces le Système.
Regarde, il vient de resserrer les colliers d’un cran en prétextant que c’est pour se défendre contre « ta » révolution.
Les enchaînés ne te remercient pas.

Avant, ils avaient encore un petit espoir d’élargir le métal en le tordant.
À cause de toi, c’est encore plus difficile.
Désormais, tu as non seulement le Système contre toi, mais tous les enchaînés.
Et ce drapeau que tu brandis, est-il vraiment le « tien » ?

Désolé, j’aurais dû t’avertir.
Le Système se nourrit de l’énergie de ses adversaires.
Parfois il fabrique leurs drapeaux, puis les leur tend.

Tu t’es fait piéger !
Ne t’inquiète pas : tu n’es pas le premier.

Alors, que faire, se soumettre?
Non.

Tu es ici pour apprendre à vaincre et non pour te résigner.
Contre le Système il va donc te falloir inventer une autre forme de révolution.
Je te propose de mettre entre parenthèses une lettre.
Au lieu de faire la révolution des autres, fais ta (r)évolution personnelle.
Plutôt que de vouloir que les autres soient parfaits, évolue toi-même.
Cherche, explore, invente.
Les inventeurs, voilà les vrais rebelles !

Ton cerveau est le seul territoire à conquérir.
Pose ton épée.
Renonce à tout esprit de violence, de vengeance ou d’envie.
Au lieu de détruire ce colosse ambulant sur lequel tout le monde s’est déjà cassé les dents, ramasse un peu de terre et bâtis ton propre édifice dans ton coin.
Invente. Crée. Propose autre chose.
Même si ça ne ressemble au début qu’à un château de sable, c’est la meilleure manière de t’attaquer à cet adversaire.
Sois ambitieux.
Essaie de faire que ton propre système soit meilleur que le Système en place.
Automatiquement le système ancien sera dépassé.

C’est parce que personne ne propose autre chose d’intéressant que le Système écrase les gens.
De nos jours, il y a d’un côté les forces de l’immobilisme qui veulent la continuité, et de l’autre, les forces de la réaction qui, par nostalgie du passé, te proposent de lutter contre l’immobilisme en revenant à des systèmes archaïques.
Méfie-toi de ces deux impasses.

Il existe forcément une troisième voie qui consiste à aller de l’avant.
Invente-la.
Ne t’attaque pas au Système, démode-le !

Allez, construis vite.
Appelle ton symbole et introduis-le dans ton château de sable.
Mets-y tout ce que tu es : tes couleurs, tes musiques, les images de tes rêves.

Regarde.
Non seulement le Système commence à se lézarder.
Mais c’est lui qui vient examiner ton travail.
Le Système t’encourage à continuer.
C’est ça qui est incroyable.
Le Système n’est pas « méchant », il est dépassé.
Le Système est conscient de sa propre vétusté.
Et il attendait depuis longtemps que quelqu’un comme toi ait le courage de proposer autre chose.
Les enchaînés commencent à discuter entre eux.
Ils se disent qu’ils peuvent faire de même.

Soutiens-les.
Plus il y aura de créations originales, plus le Système ancien devra renoncer à ses prérogatives. »

Le Livre du voyage, par Bernard Werber

Lucie, le 29 mars 2021.

Mes pensées vont à Monsieur D. [Une Si Belle Folie]

Sarah, autrice du blog Une Si Belle Folie, nous offre une magnifique réponse aux traitements stigmatisants de tous ces faits divers qui font de nous des monstres.

Au début du mois de janvier, j’ai commencé à préparer un texte. Il s’appelait « Comptes de la psychophobie ordinaire ». Je voulais compiler les attaques qui nous sont faites, explorer leurs formes multiples, frontales ou déguisées… Je n’ai pas réussi, j’avais peur de me noyer, toute seule dans cet océan de haine crue, de peur lâche, d’ignorance crasseuse.

Pourtant, il y en avait des choses à dire !

Les faits divers se suivent et se ressemblent, la traque médiatique et politique ne connaît pas de repos.

Nos oreilles et nos cœurs saignent des mots que tous emploient, tous les jours. Journaux, réseaux, métro, apéros. Partout.

La psychophobie et la maltraitance sont partout, au cœur de toutes les institutions. hôpitaux, commicos, tribunaux, centres sociaux… Partout. Dans toutes les taules, et tous les lieux de vie institutionnalisés. À l’assemblée nationale, au sénat. Partout, rongeant les institutions qui ont pour mission de nous protéger, nous, citoyens et citoyennes que la folie expatrie.

La litanie ne s’arrête jamais.

Ce que nous autres psychiatrisés, fous et folles avec ou sans étiquette, fragiles cognitif et psychiques nous mangeons dans la tronche au quotidien, gratuitement, est d’une violence inouïe.

Aujourd’hui, en 2022, nous en sommes en droit de nous poser la question : nous, folles et fous, sommes nous des citoyens ?

Depuis 50 ans, la France n’a jamais traité ses fous aussi mal.

Plutôt que des « Comptes de la psychophobie ordinaire », je vous propose ce billet autour d’un des nombreux faits divers de ce mois de janvier.

Mes pensées vont à Monsieur D.

Janvier 2022… Passons sur Booba, roi des trolls, dont l’histoire personnelle devrait résonner avec ce que Stromae tente de capturer : le mal à vivre, jusqu’à vouloir en finir. Non, il y a des degrés dans la souffrance, il y a des souffrances qui « méritent ». Or, ironie du sort, ces dernières sont irréversibles, n’est-il pas alors important de raconter les moments suspendus ? Les posts se succèdent, les anonymes s’en mêlent et relaient la difficulté de l’humain à penser la douleur de l’autre.

Passons sur le médecin qui m’a reçu quand j’ai fait ma troisième dose de vaccin. Et qui a accueilli l’annonce de mes traitements médicamenteux d’un « Ah. Bipolaire », quand ils auraient pu être associés à tout un tas d’autres pathologies. Pour ma part, l’étiquette diagnostique est depuis bien longtemps digérée, j’ai pris l’utile et j’ai jeté le reste. De tels diagnostics sauvages, non sollicités, peuvent avoir des effets délétères pour quelqu’un en errance et en recherche de sens.

Passons sur ce fait divers « pyrénéen » magnifié par la lentille médiatique. Sans que jamais ne sois questionnée l’institution militaire sur sa responsabilité sur l’état de santé de cette ancien soldat.
Passons sur les discours politiques sécuritaires. Sale goût de 2008.

Passons…

Et pourtant, ça ne passe pas. Je refuse de laisser passer. Comme dans une chanson de Brel, j’entends « au suivant ».

La Provence, 28/01/22 : « À Marseille, le retour d’un malade violent en psychiatrie entraîne une grève des soignants ».

L’article (en mérite-t-il le nom?), décrit comment un homme de plus de deux mètres, Monsieur D., extrêmement violent, fait trembler les soignants de Marseille à Lyon. Un préavis de grève est lancé.

Les titres sensationnalistes s’enchaînent :

France Bleu, 30/01/22 : « Le retour d’un patient psychiatrique dangereux inquiète les soignants de La Conception à Marseille. »

YahooNews, 31/01/22 « Marseille : le retour d’un géant ultra violent terrorise l’hôpital psychiatrique. »

BFM, 02/02/22 « « Il faut 16 soignants pour le maîtriser. » : un patient violent terrifie les services d’un hôpital psychiatrique. »

Au fil des torchons, on apprend comment Monsieur D. est trimballé de service en service, comment un dispositif spécifique a été mis en place par la préfecture, mais, non, rien n’y fait, Monsieur D. explose, éructe, fugue, détruit tout sur son passage. Et quand ça pète, il faut 12, non 16, non, 19 soignants pour le maîtriser.

Sa taille, son poids, sont répétés sans cesse. Et les attaques incessante envers tous ceux qu’il rencontre.

C’est important, ça, de faire de lui une bête, un démon.

De montrer qu’il est d’une autre nature. Quand nous sommes tous fait du même bois. La folie est affaire d’intensité, elle est affaire d’environnement, de relation à l’autre et au monde, elle est profondément humaine.

Mieux vaut, aussi, faire porter tous les maux à Monsieur D., plutôt que de souligner les manques de l’inhospitalière psychiatrie.

Le but ? Faire trembler les français jusque dans leur lit.

Le reste est offert à la spéculation. Le reste, sauf l’implicite évidence qui transpire de tous ces articles : les actes de Monsieur D. sont, à chaque fois, des actes froids, déterminés, intentionnels.

Permettez-moi de combler ce trou béant offert à la spéculation, en m’appuyant sur l’expérience, sur mes recherches, sur les confidences qui me sont offertes par mes pairs.

La vie de Monsieur D., depuis ses 16 ans, c’est une vie faite d’aller-retours entre les unités pour malades difficiles et les services fermés. Une vie de souffrances aiguës, de souffrances continues.

Une vie de chambre d’isolement, une vie de contention, une vie de piqûres, une vie de chimie lourde, probablement une vie d’électrochocs. On sait assommer des chevaux, assommer des éléphants. Soyez sûrs qu’on assomme Monsieur D.

C’est une vie désorientée, une vie de noyade et de panique. Une vie de 20 coups rendus pour un coup donné. Une vie d’humiliations et d’insultes, qui appartiennent aujourd’hui au domaine public. Une vie sans vie privée. Une vie sans amour, ou peut-être quelqu’un est-il encore là ? Si c’est le cas, mes pensées vont aussi vers vous.

Soyez sûrs, aussi, que si Monsieur D. avait tué, s’il avait torturé, s’il avait violé femmes et enfants, nous le saurions. Les médias s’en seraient régalés.

Monsieur D. n’est pas un grand criminel.

Il est inadapté à un monde qui ne s’est jamais adapté à lui.

Il est odieux qu’il serve d’épouvantail pour que, dans les médias, dans les discours politiques, dans l’opinion publique, la violence institutionnalisée faite au fous, à tous les fous, soit, encore une fois, justifiée.

La psychiatrie s’acharne sur chacun d’entre nous.

En 2012, lors de ma première hospitalisation contrainte, quand je n’ai pas voulu accepter les règles du jeu de votre taule, vous vous y êtes mis à huit sur mes 1m75 et mes 75kg. Vous m’avez confié en avoir bavé.

C’était la vie en moi qui résistait. C’était de ma liberté dont il était question. C’était mon angoisse, ma terreur, mon esprit bouleversé qui s’exprimaient, et non de la violence intentionnelle.

C’est la force et la chimie qui ont gagné, comme toujours. C’est un jeu où nous ne pouvons gagner.

De toute ma vie, je n’ai été violente qu’entre vos mains. Ou celles des flics.

En 2013, en réponse à une nuit blanche de divagation pieds nus, ce sont 5 flics qui sont venus me cueillir et me maîtriser. Je me suis réveillée le lendemain attachée sur le lit d’une chambre d’isolement, dans le noir, presque nue. J’ai eu de la chance. J’ai le privilège d’être blanche, je divaguais en plein centre ville, en plein jour.

J’ai le privilège d’être en vie.

La nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Maurepas, à Rennes, cinq balles sont tirées dans le dos de mon ami Babacar Gueye, en réponse à sa détresse. Les agents de police empêchent les pompiers de monter pendant plus d’une heure. Babacar suffoque et s’éteint, pendant que la machine judiciaire, prompte à protéger ses chiens fait déjà marcher sa mécanique.

Le 10 mars 2018 à Rennes, Maëlig, le frère d’une très bonne amie, met fin à ses jours, 24h après que les soignants aient mis un terme prématuré à son séjour à l’hôpital. Il y était hospitalisé suite à une tentative de suicide. Les psychiatres ont mis un place un nouveau traitement, et programmé une sortie avec la famille, qui s’est organisée en conséquence. Maëlig sort 8 jours avant la date prévue, sans que sa famille soit prévenue.

De tels récits, j’en ai entendu des dizaines. Mais ils ne sont pas miens à raconter.

Pour nombre d’entre nous, rien d’autre que ce cercle vicieux, « comme l’a dit Sarko », rien d’autre que la rue, l’HP, et la prison. Chaque fois, l’institution policière-psychiatrique se protège. C’est d’autant plus facile, quand, socialement, l’image d’un fou malmené ne provoque à son endroit que la moquerie, le dégoût, la haine…

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

La psychiatrie a bon dos, me direz-vous. C’est parce que je vous sais assez fins pour comprendre que ce que j’englobe sous ce terme, c’est tout à la fois la discipline médicale, ses liens macabres avec la police et la justice, les politiques de santé publique, le miroir social et médiatique des représentations de la folie…

Il y en a assez que le sensationnalisme n’aille que dans un sens. Quand les soignants maltraitants seront-ils jugés ? Combien d’entre nous serons passés entre leurs mains ?

Oh, du fait divers, il y en aurait, ne vous inquiétez pas, car ces forçats ont tout un arsenal à leur disposition. Camisole, contentions, isolement, privations, punitions… Et la chimie qui nous assomme tous et toutes la nuit.

Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici, le fait divers, le cas isolé. La violence qui nous est faite est orchestrée. Elle est massive. Elle fait système.

Vous me dites que ce que j’avance n’est pas très précis ? Que je vais trop loin ? Vous voulez des chiffres ?

Les vies perdues ne se chiffrent pas, elles se pleurent, elles creusent les entrailles, d’autant plus quand le départ est aussi violent. Elles laissent des trous béants dans nos âmes.

Babacar était lumineux, drôle, il avait le soucis des autres, donnait sa force partout où il le pouvait. Il aimait danser, courir, regarder des vieux films d’action. Il était canon, avec un sourire à tomber. Il allait de l’avant, il était déterminé.

Maëlig était passionné de musique et de cinéma, il animait des chroniques cinéma, il faisait des lectures pour les enfants dans les bibliothèques, il partageait ses passions sans relâche pour nous amener dans son univers riche et généreux. Il était charismatique, gentil, il avait choisi l’humour plutôt que la rancune, il était dans la vie.

Babacar et Maëlig étaient des fils, des pères, des frères, des amis, des amoureux.

Ils avaient 27 et 36 ans, la vie devant eux, et les rêves qui vont avec.

Les vies mutilées ne se chiffrent pas, elles se traversent dans la douleur, dans une souffrance qui n’a d’égale que l’indifférence qui lui est opposée. Noyés sous la chimie, torturés, humiliés, jusqu’à ce que le dernier fil qui nous retiens à la vie ne lâche.

J’en suis écœurée jusqu’à l’indigestion, des chiffres.

Je rêve d’un monde où les charniers ne se résument pas à des chiffres. Allez les chercher, vous, les élus qui fermez les yeux, les intellectuels muets, les soignants violents, ou à minima dans un déni que je ne peux qualifier d’entièrement inconscient, les travailleurs sociaux aux jugement moral lapidaire, Monsieur et Madame tout le monde étouffés par leurs œillères, ou pire, la haine des fous.

Soyez sûrs, tous, que si on ouvrait vos cerveaux comme on ouvre les nôtres, si on vous écoutait vous parler à vous-même, si on découvrait ce que vous pensez des autres, tout ce qui vous fait flipper, vous aussi vous seriez enfermés, attachés, cachetonnés. La frontière est mince, et le chemin pour recouvrir son statut d’homme et de femme, de citoyen, est laborieux.

Les chiffres débordent des sites web du Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, de la Haute Autorité de Santé, d’Amnesty International…

La psychiatrie avait commencé à prendre un visage humain à partir de l’après-guerre, après que 45 000 malades soient morts de faim sous le régime de Vichy, avec l’expérience de La Borde, avec le mouvement du désaliénisme, avec les courants de la psychothérapie institutionnelle, et de l’antipsychiatrie.

Il fut un temps où, pour les soignants, pour les policiers, pour les pompiers, travailler auprès de « l’humain en crise », c’était désamorcer des situations en apparence inextricables, c’était prendre le temps d’apaiser, c’était prendre le risque de se prendre une baffe, parce qu’on avait le souci de détricoter le fruit de la panique et du délire, de celui de la violence intentionnelle.

Cette période de renouveau intellectuel et éthique, cette période où sont nées de nouvelles pratiques et de nouveaux espoirs pour les fous est révolue.

La psychiatrie régresse. La psychiatrie est ultra-violente, et la société est à son image à l’égard des fous et des folles. Ou alors c’est l’inverse ?

Je n’écrirais pas ici de liste à la Prévert. Soyez sûr que je sais combien les oppressions se superposent.

Nombreux sont celles et ceux qui ont des raisons de craindre une nouvelle accélération autoritaire, pour leur esprit, pour leur corps, pour les êtres qui leurs sont chers. Qui seront les premiers à être massacrés ?

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

Je suis injuste ? Rien n’est juste dans la façon dont nous sommes traités. Je ne veux pas vous entendre geindre. Je veux provoquer un choc. Depuis 50 ans, jamais on ne nous a autant malmenés.

Certains semblent découvrir aujourd’hui que certaines catégories de citoyens peuvent être déclassées. Les fous ne le savent que trop bien.

Avec la particularité que la famille des fous transcende les clivages sociaux.

Oh ! On se remet mieux avec de la thune, avec des bagages universitaires, avec le bon réseau. On est moins bien armés face à la machine à broyer quand on se bat déjà pour survivre. Là comme partout la misère inflige une double peine.

Nous sommes des sous-citoyens. Toute forme de représentation autonome et émancipée nous est interdite. Partout, des instances consultatives aux comités d’éthique des hôpitaux, dans les conseils municipaux, un simulacre de représentation est savamment orchestré. Surtout, que les fous n’y fassent pas de vagues.

On parle pour nous. La « bienveillance », le scientisme et la charité sont des leurres. On nous aime maintenus sous l’eau. Cluzet. Leboyer. Psychodon. Maintenus sous l’eau, pauvres, shootés, infantilisés.

Parlons de ce préavis de grève, lancé par FO. Jamais je n’ai vu passer un tract où les revendications ne soient pas d’abord salariales. Les soignants doivent accéder à plus de moyens humains et matériels, obtenir une rémunération décente, être formés, et je suis la première à défendre ces revendications.

Mais j’ai la rage, quand je vois qu’elles ne sont quasiment jamais accompagnées de mots d’ordres visant à l’arrêt des pratiques maltraitantes. Si elles sont évoquées, c’est au détour d’une phrase, pas dans le cœur des revendications. Comme si tout n’était pas à reconstruire dans la relation des soignants aux patients.

Le manque d’analyse des pratiques est partout. Le manque de moyen est une excuse confortable. Il est des services où, avec les mêmes maigres moyens, on recourt 2 fois moins, 10 fois moins aux mesures coercitives que sont l’isolement, les contentions et la médication forcée.

À Rennes, avec un camarade nous avons tenté d’établir un lien avec les syndicalistes locaux. Nous n’avons rencontré que du cynisme et de l’hypocrisie. Nous avons envoyé des mails, nous nous sommes rendus sur des piquets de grève.

Nous n’avons rencontré que de fausses promesses, puis le silence, quand les discussions avec les grévistes ne faisaient qu’entériner notre intuition que l’hôpital public est de plus en plus violent d’années en années, de crises sécuritaires en crise sanitaire. Il traite l’urgent, « la file active », et nous boute dehors en se lavant les mains des suicides de ceux qu’ils ont lâchement lâchés trop tôt.

On nous a claqué la porte au nez. L’HP continue de se verrouiller en enchaînant les fous.

Pourtant, mon camarade et moi, nous travaillons à longueur d’année avec des professionnels de santé, des acteurs associatifs et institutionnels, des représentants de familles d’usagers…

Très chers pairs. Je me permets d’écrire en rêvant.

Très chers pairs. Rassemblons nous, partout où nous le pouvons. Nous sommes les seuls sur qui nous puissions compter pour briser nos chaînes. Rassemblons nous, en collectifs indépendants de toutes instances institutionnelles.

Nous, usagers militants, arrêtons de semer notre énergie aux quatre vents aux sein d’assemblées ankylosées où ne règnent que le consensus mou et, trop souvent, la langue de bois. Cette énergie, qui nous manque si souvent dans nos quotidiens accidentés, nous en avons besoin, pour nous tous, et d’abord pour celles et ceux d’entre nous qui souffrent le plus.

Je ne suis pas partisane d’une non-mixité « à tout prix ». Mais cette non-mixité, nous en avons un cruel besoin. Quand, en France, un collectif national d’usagers de la psychiatrie, de fous et de folles, réunissant des dizaines (et, à fortiori des centaines) d’entre nous pour travailler sur le long terme a-t-il existé ?

Il est temps.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout. Nous avons besoin de nous mettre d’accord sur une stratégie politique, et sur des objectifs prioritaires. Pour le reste, la diversité de nos visions et de nos pratiques est ce qui fera notre force.

Que tous et toutes se sentent bienvenus dans ces collectifs, les vieux loups et les plus jeunes, les militants associatifs, les représentants d’usagers, les pairs-aidants, les militants politiques…

Si certains d’entre vous souhaitent discuter, je ne suis pas difficile à contacter.

Je vous laisse sur ce doux rêve de libération.

Mes pensées vont à Babacar et Maëlig, et à toutes celles et ceux qui continuent de les aimer.

Mes pensées vont à Monsieur D., j’espère que vous me pardonnerez, à mon tour, d’avoir parlé de vous sans vous.

Mes pensées vont à toutes celles et tous ceux qui, à l’heure où j’écris, à l’heure où vous me lisez, subissent l’acharnement d’une médecine qui trop souvent n’en mérite pas le nom.

À la folie,

Nous avons le droit d’être furieux.

Sarah Jolly.

Article initialement publié sur mon blog, unesibellefolie.com, le 14/02/22, accompagné de cette note :

Note à destination des soignants: La rubrique « Coup de Gueule » existe sur Une Si Belle Folie afin de me permettre d’exprimer ma colère, la rage qui me saisit parfois face à toutes les violences dont nous sommes la cible. Ce sont des émotions et des énergies qui doivent être accueillies. Travailler ensemble à un accueil humain de la folie demande d’avoir dépassé cette rage, et de construire des alliances susceptible de porter des lendemains lumineux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de cette certitude : nous gagnerons ensemble, mais seulement si vous nous considérez comme vos égaux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de mon respect pour les soignants qui m’ont aidé à me reconstruire, ceux avec qui je travaille aujourd’hui, ceux dont j’écoute les interviews et lis les articles avec un grand intérêt.

Je tire mon chapeau à tous ceux et celles d’entre vous qui se battent à contre-courant, vous n’étiez pas la cible de cette colère. J’invite tous les autres à ouvrir les yeux et à ne plus jamais les refermer.

Un mental d’acier pour vaincre la folie.

Comment développer un mental ou un moral d’acier face à l’épreuve de la folie ?

La folie est sûrement la chose la plus déstabilisante qui puisse nous arriver.

Quand elle nous emporte ou qu’elle commence à s’ancrer chez un proche, on aimerait savoir réagir, ne pas se laisser noyer et reprendre pied. On aimerait reprendre le contrôle sur ce qui semble incontrôlable.

Ecrire, c’est déjà une manière de se détacher de l’expérience vécue en essayant de mettre des mots à ce qui arrive (et vos précieux commentaires seront les bienvenus). Réussir à en parler, c’est encore plus fort mais souvent impossible.

Aussi rationnels que nous puissions être, nous savons que certaines choses échappent aux mots et que verbaliser n’est pas toujours suffisant, la folie est souvent plus forte que nos tentatives de mise en mots.

Et pourtant, si j’écris ici cette incantation, c’est pour mobiliser d’autres ressources que nous avons tou.te.s même quand le moral et la raison flanchent. Comme on dit aussi, parfois il suffit d’une rencontre pour changer le cours d’une vie.

Je ne parle pas forcément de magie ou de spiritualité, bien que ça pourrait nous aider, ou d’une méthode scientifique pour se reconnecter au réel et au temps présent comme pourraient le proposer les méditants et autres psychologues positivistes.

J’aimerais plutôt vous proposer un peu d’espoir, un peu de tendresse, un peu de vie, un peu d’humanité dans un monde qui s’assombrit dans nos tristes solitudes et dans un déchainement d’actes destructeurs sur notre écosystème et sur l’humanité, d’un système capitaliste qui ne prend pas la peine de protéger le vivant et les liens qui se nouent entre nous.

Et ce n’est pas juste la faute au système si des gens ne se soucient pas des autres ou tirent profit de situations d’oppression pour trouver leur bien-être mais il suffit d’atterrir en psychiatrie pour voir que la violence est aussi systémique au-delà des bonnes volontés des professionnels.

Car oui, la folie est en nous mais elle est surtout autour de nous. S’isoler peut s’avérer utile pour se ressourcer et survivre à la souffrance. Mais l’isolement est souvent une conséquence et pas un choix.

Choisir de s’en sortir, de sortir dehors, même si c’est dur, même si ça fait peur.

Et pourtant, avec le temps, le mental s’aguerrit, certains même guérissent de leur folie.

Comment garder un mental d’acier face à la folie, face à l’injustice, face au désespoir et ne pas se laisser emporter par le va et vient des coups que nous infligent le monde et que nous nous infligeons à nous-mêmes ?

Il faut du caractère, du cœur et de la détermination pour vaincre le désespoir. Vaincre non pas pour écrire l’ « histoire des vainqueurs », mais redevenir maîtres de nos choix, sur nos vies, sur nos corps, et se rencontrer pour créer une alternative à ceux qui sont laissés au bord de la route dans un élan insensé de progrès et de croissance économique.

On n’y arrive pas du jour au lendemain, et si constance et patience ne sont pas l’ami du fou, avec le temps on finit par apprendre le soin de soi et des autres. Aimer la vie c’est aussi un choix et un jour on se rend compte que la vie reprend son cours et qu’elle nous aime en retour. Alors partageons nos folies et ne les laissons pas nous anéantir.

« Éclatement de la famille et désagrégation de la personnalité », Musky Munshine

Quand les visages évidents ayant peuplé mon enfance se détournent et s’en vont faire leur vie, la fissure devient béante. L’unification de la personne est impossible, plus aucun « autre » stabilisant à portée de regard.

Le passé est inaccessible car les yeux aimés se sont clos, je suis aveugle, la main du prochain n’est plus là pour m’offrir l’aide, de mes expériences et de mes acquis.

L’enfer c’est l’incapacité de la relation, à quoi bon apprendre si c’est pour s’entraîner éternellement à jouer à la balle contre le mur qui me sépare du dehors.

La relation numérique ne remplace pas l’échange réel, sans l’autre  » vrai  » la conscience s’effrite. Si vous avez un vrai  » autre  » conservez-le il est précieux car c’est par lui que vous accédez au réel.

Les deux  » autres  » sont nécessaires : le premier c’est l’autre du passé dont le souvenir structure le psychisme, le second c’est l’autre du présent qui permet la relation et entretient l’élan vital.

Les membres de la famille offrent en sacrifice le  » fou  » sur l’autel de leur tranquillité, les fantômes filiaux et les secrets cachés dans la cave des non-dits rongent l’esprit du malheureux dément. Le sorcier suggère de conjurer le mal par l’absorption de pilules, elles feront taire le pestiféré, qui, allongé sur l’autel, conteste son sort. Une fois calmé et bavant on offre au pauvre diable un pinceau afin qu’il peigne sa douleur sur les murs de sa caverne.

Il est loin le temps de la jeunesse quand prôner la folie en tant que distinction était un honneur, la marque de la différence.

Fierté de l’oiseau libre volant au dessus du troupeau, mais hélas le temps use et la masse est trop forte, ils sont trop nombreux à bêler et à médire.

Discours décousu et incohérent, délire d’un cerveau malade, la folie est amoureuse, ses bras enlacent l’élu de son cœur et le sépare du réel en lui soufflant à l’oreille :  » Tu as une mission « .

Étrange missionnaire que ce prophète muet qui fait rire la foule, il reçoit ses révélations au fond de son lit et lorsqu’il peut en sortir s’en va annoncer aux braves gens que la vérité ne se trouve pas dans les supermarchés.

Etre un mouton, mon rêve, je voudrais bêler et consommer pour être comme les autres, avoir l’illusion du bonheur et dire adieu à madame la folie.

Musky Munshine

Déconfinement, doit-on s’affoler ?

Récemment, on a pu lire des psychiatres affolés qui craignent de voir arriver une vague de décompensations psychologiques dans l’après corona virus immédiat. Des gens, déjà suivis en psychiatrie et d’autres, qui tiennent tant bien que mal et qui tirent sur leurs ressources psychiques pendant le confinement, seraient amenés à craquer pendant le déconfinement.

Non, ce n’est pas un virus qui va nous rendre fou. Même si apparemment, parmi les nouveaux patients psy, ceux qui ont décompensé pendant le confinement, c’est souvent lié au contexte du corona virus, à la saturation d’information, à l’isolement forcé.

Pourquoi cette perspective du jour d’après, où on se retrouvera tous, est-elle anxiogène ?

Vous avez tous envie de revoir des amis, des proches éloignés, ou même votre psy, d’avoir une contenance affective ou un soutien psychologique.
Il n’y a pas de quoi avoir honte d’être resté enfermé chez soi pendant deux mois, tout le monde a partagé ce vécu et ce sentiment de solitude et d’isolement.

Alors pourquoi les gens angoissent et même les psychiatres ?

Est-ce le retour à la normale qui fait peur ? Est-ce dû au fait que le quotidien ait été bousculé voire immobilisé ? Le manque de soutien pour vivre cette torpeur du quotidien sera-t-il la cause de craquages psychologiques ?

Côté psychiatrie, on a aussi lu que l’interruption du suivi par les psys, pendant le confinement, pourrait conduire les patients au long cours à arrêter leur traitement médicamenteux.

Est-ce là la seule chose qui préoccupe les psychiatres qui passent dans les médias ? Est-ce que leur métier se résume à contrôler les humeurs et les angoisses par leurs prescriptions médicamenteuses?

La peur est aussi grande du côté des patients de devoir sortir pour se rendre à une consultation et d’attraper le virus en salle d’attente ou pendant le trajet.

Certains redoutent de devoir reprendre les transports en commun pour aller au travail, d’autres redoutent également de les prendre pour aller voir le psy.

Mais alors, que se passerait-il si on arrêtait d’aller travailler ou d’aller voir le psy ?

Pour les uns, on perdrait toute ressource économique, pour les autres on décompenserait ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs aux patients psy, car beaucoup de travailleurs sont au bord du craquage, ou déjà fous, et que « patient psy », ce n’est pas une catégorie sociale.

Ce n’est pas parce que le travail ou le suivi psychologique s’est transformé ou interrompu à cause du confinement que la vie de chacun s’est arrêtée.
Mais, avons-nous changé ? On nous dit que le monde ne sera plus comme avant, plus de bisous, qu’on marchera dans la rue avec une vigilance accrue, qu’on portera des masques. C’est comme si le futur se résumait à la fin de la crise sanitaire, à des mesures de protection et d’hygiène renforcées.

Le monde d’après ce n’est pas que la crainte de voir des gens atterrir en psychiatrie. Si on a survécu sans les psys, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne sont pas essentiels à la société.

Ceux qui ne décompenseront pas, malgré le corona, ce sont ceux qui ont eu un contexte favorable de confinement, qui ont eu cette contenance affective, qui ont pu souffler et apaiser leurs angoisses.

Non, ce n’est pas le virus qui rend fou. C’est le manque de soutien social, le manque de solidarité entre nous, le désespoir, c’est-à-dire la façon dont on vit le confinement quand on n’a pas non plus de résidence secondaire où aller se préserver.

Si nos dirigeants nous répètent que c’est juste une crise sanitaire et que ce n’est pas la fin du monde, rien ne nous empêche de constater que nous ne sommes plus comme avant et la planète non plus.

Le point de vue pessimiste serait de dire qu’il va falloir se serrer la ceinture pour relancer l’économie.

Mais d’un autre côté, on peut se réjouir du résultat de deux mois de confinement sur la santé de la planète, quand les voitures, les avions, les usines s’arrêtent, la planète se refait une santé.

C’est vrai que le confinement c’est déprimant au bout d’un moment, mais ça nous a quand même permis d’inventer de nouvelles manières de rester en lien, je pense à la radio à distance de la Colifata France, et de constater que lorsque la machine économique tourne au ralenti, l’écosystème se porte mieux.

Il est aussi vrai que beaucoup n’ont pas la chance de vivre le même confinement que nous, que les soignants se démènent comme des fous pour lutter contre le virus et n’ont pas eu le temps de souffler.

L’hôpital public les a pressés comme des citrons et ça ne sera pas sans conséquence sur leur santé. A nous de les soutenir au-delà des primes ou des chaleureux applaudissements mais aussi de nous rappeler que l’hôpital n’a pas été à la hauteur de nos besoins.

Qu’il soit psychiatrique ou général, l’hôpital et ses urgences ne sont plus à la hauteur depuis bien avant la crise du corona. Ce ne sont pas que les tests et les masques qui manquent, ce sont aussi des soignants en quantité et en qualité pour réhumaniser la machine hospitalière et aussi des dirigeants qui ne soient pas là que pour gérer les flux ou les sous mais pour soigner l’humain.

La menace de finir à l’hôpital, d’être relégué à la condition de patient psy, c’est-à-dire de patient potentiellement non-réanimable en cas d’infection par le virus, c’est peut-être ça qui nous tient bien confinés.

Pour déconfiner le futur, c’est cette structure sociale et cette déconsidération de la santé mentale et de la psychiatrie qu’il faudra remettre en cause car, pour moi comme pour d’autres, il est hors de question de remettre un pied à l’hôpital tant qu’il fonctionnera comme ça, cet hôpital où la vie d’un patient psy n’a pas de valeur, où on l’exclut des soins autres que psychiatriques.

Sur la réponse psychiatrique et l’anti-psychanalyse

J’aimerais mettre en débat la question de la réponse psychiatrique aux états de conscience altérée et celle de la psychanalyse.

Je suis tombé sur une pétition de Sophie Robert, signée notamment par la député Martine Wonner, qui réclame une justice sans psychanalyse et qui démarre son propos ainsi :

« Nous affirmons que la psychiatrie est une discipline médicale, fondée, comme la psychologie, sur des connaissances scientifiques, devant s’exercer dans le respect du patient et la recherche de son mieux-être, conformément au code de santé publique et au code de déontologie des professionnels de la santé mentale. L’exercice de la psychanalyse à titre privé, pour des requêtes d’ordre existentiel ou philosophique, n’est pas critiquable, sous réserve que cela n’ait pas de conséquences pour la santé physique ou psychique de la personne. Face aux troubles mentaux, cependant, d’autres exigences s’imposent. Notre premier devoir est de proposer un accompagnement adapté, fondé sur les preuves et les données acquises de la science. »

Partons du début : la réponse psychiatrique aux troubles mentaux. Quand quelqu’un décompense ou fait une crise relevant de la psychiatrie, on le fait hospitaliser rarement de son plein gré, surtout la première fois. Toute personne troublée, ne se sachant pas troublée, est dans ce que le monde qui l’entoure appelle le déni. Plongée dans sa réalité, la personne commence à paniquer et entraîne la panique chez les autres. Pour éviter qu’elle se mette en danger ou en cas de tentative de suicide, on l’envoie en psychiatrie, pour la protéger.

Premier problème, la personne paniquée a peur et la réponse à ceci serait de la rassurer, prendre le temps de l’apaiser avant même d’envisager l’injection ou la prise d’un calmant. Mais la réponse psychiatrique, c’est la mise en protection, on coupe la personne de son environnement anxiogène. Bonne idée, si c’est pour l’apaiser ou la faire dormir un peu. Ce qui se passe, en réalité, c’est que le principe de sécurité prévaut sur le bien-être du patient. S’il arrive agité aux urgences, on l’attache avec des sangles. S’il arrive agité à l’hôpital psychiatrique, on le met en chambre d’isolement, pour le couper des autres patients et éviter tout débordement. Qu’est-ce qui autorise à priver quelqu’un de sa liberté d’aller et venir et à l’enfermer sans chercher à le raisonner ? La psychiatrie et l’expertise du psychiatre.

Oui, la personne est malade. Oui, il faut la soigner. Mais pourquoi l’enfermer alors qu’elle flippe à mort ? Ayant vécu cette expérience et le traumatisme de l’enfermement, je dirais que ce qui manque c’est le dialogue et la tentative de nouer un lien dès l’accueil. C’est comme si on attendait que les médicaments injectés de force fassent leur effet avant d’entamer le soin ou, en tout cas, le dialogue.

Le dialogue, ce n’est pas très scientifique, mais c’est ce qui soigne dans les troubles mentaux. Effectivement, les médicaments peuvent apaiser l’anxiété, c’est scientifique, ils peuvent aussi arrêter la machine quand on cogite trop, mais ce sont des réponses à l’état de crise. La psychiatrie semble n’être là que pour gérer la crise, comme elle peut. D’où l’impression d’être traités comme des bêtes sauvages, clairement comme des fous, à l’hôpital. L’ambition thérapeutique de l’hospitalisation a été mise de côté.

Comment ça serait, alors, de traiter les patients comme des êtres humains et de les faire parler dans un but thérapeutique ? En fait, ce n’est peut-être pas scientifique, mais ce qui soigne en psychiatrie c’est de pouvoir mettre des mots à ce qui nous arrive, sortir de ses pensées parfois autodestructrices, pour recréer un lien avec le monde et avec les autres. Se sentir accueilli et en sécurité avec un thérapeute et puis évacuer la souffrance psychique.

Le deuxième problème, c’est quand le rôle du psychiatre se limite à faire des certificats médicaux et les meilleures prescriptions médicamenteuses adaptées à chaque patient. Il y a un moment, après la crise, où il faut recoller les morceaux et remettre du sens à ce qu’on vit. Prendre des médicaments à vie sans accompagnement thérapeutique, ça n’a pas de sens.

La réponse psychiatrique tournée uniquement vers la situation de crise ou la prévention des crises, c’est oublier que le reste du temps on a toute notre tête et que la crise n’arrive jamais par hasard. Ce reste du temps, ce temps hors-crise, est parfois long et on a souvent l’impression d’être abandonnés à notre sort. Débrouillez-vous entre les rendez-vous mensuels avec le médecin, faîtes votre vie.

Faire sa vie, c’est compliqué quand on a perdu tout lien avec le monde extérieur, qu’on est isolé, et sédaté par les médicaments censés prévenir la rechute.

D’où ma question, la réponse psychiatrique actuelle aux troubles mentaux est-elle suffisante ? Le travail sur soi pour dompter ses symptômes ou chercher l’origine de la crise n’est-il pas essentiel ?

A la sortie de l’hôpital, le seul conseil qu’on nous donne c’est de ne pas arrêter le traitement médicamenteux.

La psychiatrie hospitalière ayant abandonné son rôle thérapeutique, il faudra donc trouver un accompagnement un peu plus poussé pour permettre à chacun de reprendre pied. Pour trouver un logement ou un travail, vous pourrez aller voir l’assistante sociale ou le case manager. Et pour le reste, on vous recommandera la réhabilitation psychosociale ou la remédiation cognitive pour reprendre confiance en vos capacités. Pour ce qui est de la thérapie, il faudra de préférence qu’elle soit cognitivo-comportementale, car ce sont des méthodes approuvées par la science, à chaque comportement problématique sa réponse.

Et l’anti-psychanalyse dans tout ça ?

Ce qui semble déranger les anti-psychanalyse, c’est son caractère non-scientifique. Si tu veux parler et travailler sur toi, va voir un psychologue plutôt qu’un psychanalyste, diront-ils.

De manière grossière, ce qu’on reproche à la psychanalyse, c’est de sexualiser les relations interpersonnelles, de rejeter la faute sur les mères et de tenter d’expliquer l’autisme autrement que par une approche neurobiologique.

Cette approche neurobiologique est promue également pour les autres troubles, avec la recherche en neurosciences comme bras armé. On voudrait expliquer les troubles mentaux à travers la défaillance de certains gènes ou du système immunologique.

Moi, ça me dérange, parce que je suis convaincu que les explications de mon trouble sont plutôt d’ordre psychosocial et relationnel. Certains diront que ça ne sert à rien de chercher les causes psychosociales pour les troubles psychotiques car la psychanalyse de papa Freud ne soigne que les névrosés.

Cependant, quand la psychiatrie neuroscientifique n’apporte aucune réponse à tes questions et te prédit une médicamentation à vie car c’est une maladie chronique comme le diabète, il y a de quoi être insatisfait.

Je n’ai jamais fait de cure psychanalytique avec le divan ou en face à face. Je ne sais pas si ça marcherait. Je ne sais pas si l’approche psychanalytique vaut pour l’autisme.

Mais je sais que dans mon cas, certains concepts sont très éclairants comme celui de la Forclusion du Nom du Père. Au-delà de la théorie, j’ai la chance de faire du psychodrame analytique. C’est cette pratique psychanalytique, que je fais chaque semaine avec 6 thérapeutes, qui me fait penser que la psychanalyse est opérante, qu’elle m’aide à aller mieux et pas que sur un plan philosophique.

Aux partisans d’une psychiatrie neurocomportementale, je voudrais leur demander de ne pas sacrifier le relationnel à la seule technicité basée sur une connaissance scientifique des médicaments.

On pourra dire que pour faire du relationnel, nul besoin de psychanalyse, il suffit de faire preuve d’humanité et d’empathie. Mais dans les faits, quand l’agitation d’un patient est assimilée à de la violence alors que c’est lui qui flippe le plus, on peut s’interroger sur l’appauvrissement de l’enseignement en psychiatrie et la perte de sens de ces métiers ainsi que sur la disparition des espaces de réflexion sur les pratiques et aussi de la notion de collectif soignant.

La maltraitance en psychiatrie n’est pas le fait uniquement de tortionnaires, c’est la résultante d’un appauvrissement de la culture de soin, c’est le renoncement thérapeutique au profit d’une gestion au quotidien des flux de patients et des situations de crise.

On peut sacrifier la psychothérapie institutionnelle héritée des penseurs du soin psychiatrique qu’étaient les Tosquelles, Bonnafé et Oury, on peut sacrifier la psychanalyse bourgeoise de papa Freud mais alors proposez-nous du sens, du relationnel et de la vie. Si c’est juste une question de priorités, de manque de temps et de moyens alors prenez le temps de réfléchir collectivement et axez l’enseignement sur le relationnel, et pas juste sur des techniques réadaptatives et les médicaments. Nos cerveaux ne sont pas des circuits informatiques à réparer. Nous sommes comme vous, des êtres complexes que la seule science ne peut arriver à comprendre.

L’approche psychodynamique ou psychopathologique a le mérite de chercher à expliquer les cheminements de la pensée pouvant mener à la maladie dite mentale. Si la psychanalyse offre des clés de compréhension à des phénomènes en apparence irrationnels, ne peut-elle pas s’allier à la science au service d’une meilleure thérapeutique ?

Joan

Vers un rétablissement basé sur la justice sociale? [Stéphanie]

Merci à Stéphanie Wooley, administratrice-adjointe de l’ENUSP (European Network of (Ex-)Users and Survivors of Psychiatry), membre du Comité d’Accréditation et d’Adhésion de MHE-SME (Mental Health Europe-Santé Mentale Europe), administratrice chargée des relations internationales pour l’association Advocacy-France, pour cette précieuse contribution.

De quel rétablissement parle-t-on ?

Depuis le début des années 90 aux États-Unis, le rétablissement prôné par les services de réhabilitation médicosociale et conçu pour aider les personnes à dépasser leurs limitations fonctionnelles se heurte aux concepts de rétablissement développés par les usagers et survivants de la psychiatrie qui ne cherchent pas à assumer ou enrayer une déficience personnelle mais plutôt à faire valoir leur droit à l’autodétermination. Même s’il existe des similarités entre ces concepts, l’appropriation des différentes versions du rétablissement varie de façon importante ainsi que les principes sous-jacents.

Mettant au défi la philosophie de base des soins psychiatriques – l’idée que la maladie mentale n’est pas acceptable, doit être éradiquée et n’a pas la même valeur que d’autres expériences humaines provoquant de la pitié, la peur ou des reproches et justifiant un traitement, la ségrégation et la coercition – la philosophie du rétablissement proposée par les usagers et survivants de la psychiatrie donne un véritable sens à ces expériences et peut aider à retrouver le chemin d’une meilleure vie, telle qu’on l’entend et telle que l’on est.      

Marina Morrow et Julia Weisser soulignent l’importance de la recherche et de la pratique qui abordent le problème de la domination des professionnels dans le domaine du rétablissement et qui encouragent un dialogue sur le rétablissement en tant qu’expérience personnelle et sociale (1). Les recherches menées par leur groupe d’étude « Mental Health “Recovery” Study Working Group » à Toronto ont abordé ces questions avec une équipe comprenant des (ex-)usagers des services de santé mentale, des responsables de la politique de santé, des professionnels de la santé et des universitaires, tous intéressés par les inégalités sociales et leur impact sur le rétablissement (2).

Trois « camps » se dégagent de la littérature étudiée par ce groupe d’étude : le rétablissement en tant que chemin personnel, le rétablissement en tant que processus social (accès à un revenu, un logement, un travail, une formation, la sécurité), et le rejet total de ce concept estimé contribuer au « sainisme (3) » systémique et au processus de psychiatrisation-normalisation, avec parfois des tentatives de lutte des usagers pour se réapproprier ce concept « détourné » par les professionnels.

La première notion d’un chemin personnel domine dans les conceptualisations et pratiques du rétablissement utilisées par des professionnels s’insérant toujours dans une approche biomédicale des troubles psychiques. La personne est censée être responsable de son propre rétablissement grâce à des outils et des objectifs conçus pour mesurer son progrès. Mais comment encourager le rétablissement des personnes soumises à un système de contrainte aux soins en ambulatoire, de diagnostics, de tutelle ou curatelle, vivant comme ils disent si souvent « sous l’épée de Damoclès » avec la peur d’être (de nouveau) frappés par une mesure de contrainte répressive ?  Et alors que dire du fait que certains professionnels peuvent voir ces mesures comme constituant une première étape vers le rétablissement ?

Le troisième camp ne peut envisager l’utilité, voire même la possibilité du rétablissement dans un système de santé mentale devenu de plus en plus « biomédical » et « néolibéral ». Contrairement à des efforts et des aspirations individuelles vers un chemin personnel du rétablissement, l’autonomie et l’autodétermination ne sont possibles que grâce à une lutte collective d’êtres sociaux. 

Au Royaume-Uni, où les programmes « officiels » du rétablissement sont répandus, les usagers se sentent sous pression pour se rétablir vite et retourner sur le marché du travail (où leurs opportunités sont de toute façon limitées). Les expertises qu’ils subissent pour voir s’ils se sont « rétablis » selon ce modèle personnel du rétablissement peuvent être humiliantes, dégradantes, et mettent en péril leur droit à une pension d’invalidité leur donnant l’impression de devoir prouver le contraire. Les résultats de la recherche menée par le groupe d’étude de Toronto cité ci-dessus démontrent que les participants estimaient souvent que les systèmes de santé mentale et d’aide sociale étaient conçus pour « s’auto-perpétuer » en raison de la dépendance des personnes, que le système récompensait en réalité la pathologie et était orienté vers l’urgence, la crise et les médicaments, plutôt que vers la prévention et les solutions post-crise. À leur avis, s’il y avait plus de moyens et de choix dans les soins et l’assistance apportés, les usagers se sentiraient plus libres de se rétablir et ne craindraient pas de perdre leurs droits aux prestations.

Un groupe d’(ex-)usagers et survivants au Royaume-Uni baptisé « Recovery in the Bin » (Rétablissement à la poubelle) (4) est allé plus loin en luttant contre la « colonisation » et la « dilution » du concept du rétablissement et ses effets pervers, préconisant une méthode basée sur les droits de l’homme (notamment l’autonomie et l’autodétermination) et la justice sociale en acceptant la notion de « non-rétablissement » ou « en-rétablissement ». Cette différence politique et sociale ne veut pas pour autant dire qu’il s’agit de rester « malade », mais invite plutôt à prendre en compte beaucoup plus largement les conditions socio-économiques et la volonté et préférences des personnes concernées sans se fier aux fameux résultats escomptés des techniques « one-size-fits-all » du rétablissement ainsi récupérés par le système médicosocial.

Une belle illustration est l’imposition et la pression de l’idéologie derrière des outils comme « l’Étoile du Rétablissement » ou des programmes de « Wellness Recovery » (WRAP) censés mesurer son progrès vers le rétablissement, mais qui sont vus comme comportant une vision subjective et étroite du bien-être et représentant un moyen de dissimulation d’une plus grande coercition où s’épanouir devient une capacité fonctionnelle.

recovery in the bin
Étoile du Rétablissement classique, Triangle Consulting Social Enterprise, 2007
triangle consulting social enterprise
Unrecovery starÉtoile du non rétablissement, Recovery in the Bin, 2015

Recovery in the Bin a développé « l’Étoile du non-rétablissement » en tant qu’alternative et pour faire valoir leur objectif de reconnaissance des problèmes résultant des difficultés et inégalités sociales, de l’impact de l’injustice sociale, de la discrimination, des difficultés d’accès au logement, aux droits et notamment au droit à la différence. Selon ses créateurs, le bien-être n’est pas une marchandise à livrer grâce à une procédure simple à des personnes devenues aussi de la marchandise à traiter et dont les progrès sont à mesurer par la psychiatrie. Les relations sociales de confiance et d’empathie sont primordiales, ainsi que la reconnaissance de la part de responsabilité qui échappe à notre contrôle, faisant appel à la solidarité, l’empowerment, l’advocacy, l’égalité et l’exercice des droits. Cela est difficile dans une société où l’individualisme prime et la santé égale l’autonomie. Un manque de moyens fait que les problèmes de justice sociale et de droits humains deviennent des problèmes de santé. « Les problèmes sociaux sont réfractés par un prisme de santé publique (5) » qui impose que le chemin personnel vers le rétablissement dépende de vous et de votre propre réseau sans souvent prendre en compte le contexte social de la souffrance psychique.

Le rétablissement et les pairs

Tout comme le rétablissement, la participation en tant que « pair-aidant », « pair-médiateur », « pair-émulateur » ou à un autre titre des personnes ayant connu la psychiatrie dans les établissements de santé mentale est l’un des piliers du rétablissement. Et tout comme le concept du rétablissement lui-même, les pairs sont aussi souvent vus comme des personnes ayant été cooptées par le système et encouragées à se comporter de façon « normale », professionnelle, bien insérées – perdant les qualités mêmes qui font qu’ils sont ou ont été des pairs. Les formations ou « formatage » de pairs ou d’« experts par expérience » parfois pendant des années sont symptomatiques de ce qui reste un jeu de pouvoir et un manque de prise en compte des connaissances expérientielles.

Être de nouveau contraint de servir de modèle ou de déballer son témoignage (phénomène appelé aujourd’hui « patient porn ») est vu comme allant à l’encontre de l’empowerment sous couvert des efforts des professionnels de susciter l’empowerment. Dans deux arrondissements londoniens, les usagers sont consternés du fait que les pairs ont été formés pour pratiquer  la contention à cinq points comme tous les professionnels travaillant dans ces services. Depuis le lancement en 2012 de formations universitaires des pairs en France, seulement une trentaine de pairs sont à l’œuvre au sein des établissements ou des SAMSAH (6) sur le territoire. 

Une connaissance plus large des différentes expériences des (ex-)usagers et survivants de la psychiatrie est utile pour comprendre les difficultés et les barrières auxquelles ils font face par rapport au rétablissement et par rapport aux systèmes psychiatriques de prise en charge. Dans mon cas personnel, et dans le cas de beaucoup d’autres qui en parlent, il s’agissait avant tout de se « remettre » de l’hospitalisation et du traitement psychiatrique subi bien plus que de toute souffrance ou différence existentielle. Ce fait doit être reconnu lorsqu’il s’agit de parler du rétablissement.

Des efforts pour comprendre à travers le monde

Au Canada, les travaux du Collectif « Recovering our Stories » de Toronto (7) et la recherche menée à Vancouver par le Centre pour l’étude du genre, des inégalités sociales et de la santé mentale (CGSM) sur les inégalités sociales et le rétablissement en santé mentale avec ses « dialogues du rétablissement (8) » pour sensibiliser les acteurs et faire progresser la justice sociale en santé mentale en sont des exemples. En France, les récits partagés par les usagers dans le cadre de la recherche-action récente menée par l’association Advocacy-France sur les conditions d’émergence, de reconnaissance et de prise en compte de la parole des personnes dites handicapées psychiques par les décideurs publics, peut contribuer à mettre en avant la promotion de la santé mentale et les besoins divers de la population, s’éloignant ainsi d’un regard purement pathologique et psychiatrique. En Angleterre, le Professeur Mike Slade de la « Section for Recovery » à l’Institut de psychiatrie de King’s College à Londres, avec « Rethink Mental Illness » et en partenariat avec ImROC (Implementing Recovery through Organisational Change) ont conclu une étude de cinq ans sur le rétablissement et continuent leurs efforts pour mieux comprendre et influencer la politique et la pratique grâce à leur réseau établi en 2009, le « Recovery Research Network » composé de 618 membres de 20 pays en 2017 (9). Enfin, la Nouvelle-Zélande est souvent mise en avant par les usagers pour avoir su s’éloigner le plus d’un concept individualisé du rétablissement, envisageant le rétablissement comme la (ré)intégration culturelle. Les usagers ont pu faire accepter des principes de l’acceptation de la folie, du respect des droits de l’homme, de la réduction des soins sans consentement et la lutte contre la discrimination pour changer le système (10).

À l’avenir, sera-t-il possible de mettre le rétablissement dans un cadre de justice sociale en France, et de transformer le système de la psychiatrie et de la santé mentale aussi grâce à ces questionnements ? Ou est-ce que ce concept est trop limitatif et trop sujet au contrôle, au paternalisme et à la cooptation des professionnels dominés par des préoccupations sécuritaires, ayant une compréhension biomédicale de la souffrance psychique, et avec en plus nos propres (in)tolérances (11) ? En reconnaissant comment les barrières structurelles et systémiques impactent la vie et la souffrance des personnes et des groupes de personnes, et en étudiant le contexte social, politique, culturel et économique dans lesquels les personnes vont mal et se rétablissent, un changement social pourrait mener à une redistribution du pouvoir où les usagers et survivants de la psychiatrie reprennent la main sur le concept de rétablissement pour continuer à développer de nouvelles structures qui voient le jour et pour retrouver leur humanité.

Stéphanie Wooley

Notes de bas de page

(1) Morrow, M. et Weisser, J. (2012). Towards a Social Justice Framework of Mental Health Recovery. Studies in Social Justice. Social Justice Research Institute (SJRI), Brock University, St. Catharines, ON, L2S 3A1, (Vol. 6, n° 1). https://brock.scholarsportal.info/journals/SSJ/article/view/1067

(2) Mental Health “Recovery” Study Working Group. (2009). Mental Health “Recovery”: Users and Refusers. Toronto: Wellesley Institute. www.wellesleyinstitute.com/wp-content/uploads/2011/11/Mental_Health-_Recovery.pdf

(3) « Sainisme » en tant que forme d’oppression, valorisant une pensée rationnelle et des comportements socialement acceptables et dictant l’ostracisme et/ou la punition de personnes qui choisissent de ne pas se conformer ou ne peuvent pas. Voir aussi, Chamberlin, J. (1978). On Our Own: Patient Controlled Alternatives to the Mental Health System. New York: Haworth Press.

(4) https://recoveryinthebin.org/ : Gadsby, J. (2015). The Recovery Star meets the Unrecovery Star, Critical Mental Health Nurses’ Network, et sur ce même site, L’École du Rétablissement de Stepford (d’après le film « Et l’homme créa la femme »), etle Guide pratique pour être un bon psychotique.

(5) Morrow, M.  (2013). Recovery: Progressive Paradigm or Neoliberal Smokescreen? Dans B. LeFrançois, R. Menzies, G. Reaume, Mad Matters: A Critical Reader in Canadian Mad Studies. Canadian Scholars’ Press. .

(6) Service d’accompagnement médico-social pour adulte handicapé (SAMSAH).

(7) Costa, L., Voronka, J., Landry, D., Reid, J., Mcfarlane, B., Reville, D. et Church, K. (2012). “Recovering our Stories”: A Small Act of Resistance. Studies in Social Justice. Toronto (Vol. 6, n° 1), 85-101. https://brock.scholarsportal.info/journals/SSJ/article/view/1070

(8) Morrow, M., Jamer, B., & Weisser, J. (2011). The Recovery Dialogues: A Critical Exploration of Social Inequities in Mental Health Recovery. Vancouver, Centre for the Study of Gender, Social Inequities and Mental Health (CGSM). www.socialinequities.ca

(9) www.researchintorecovery.com

(10) Voir les nombreux travaux de Mary O’Hagan, ex-usagère de la psychiatrie, Commissaire de la santé mentale en Nouvelle Zélande, et consultante, www.maryohagan.com et le programme « Destination Recovery » de la Mental Health Advocacy Coalition de la Nouvelle-Zélande https://www.mentalhealth.org.nz/assets/Our.Work/Destination-Recovery-FINAL-low-res.pdf

(11) Écouter le podcast de l’émission « Internés de force », France Culture, du 19/09/17 avec les témoignages d’un militant écologiste et d’une femme victime de violences conjugales. https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/internes-de-force

SOS Psychophobie réagit à la mise en scène psychophobe de Danse avec les stars sur TF1.

Nous reproduisons ici le texte de SOS Psychophobie et les remercions pour cette réflexion précieuse sur une mise en scène visuellement belle mais tout autant offensante. Retrouvez la séquence « complètement dingue » en question ici.

« Dis papa, c’est quoi une maladie mentale ? »

L’émission à succès Danse avec les stars de TF1, samedi soir, nous a imposé.es une réponse d’un autre temps à travers une chorégraphie psychophobe.

A l’occasion d’Halloween, cette danse met en scène un fou accompagné de son infirmière au sein d’une chambre d’isolement. Sont véhiculés des stéréotypes à la fois datés et insoutenables sur les malades psychiques.

Les enfants qui regardaient l’émission ont appris à quoi ressemble un fou :
Sami El Gueddari est en proie à des mouvements de tête saccadés ; pendant qu’il prépare sa danse on le conseille : « je veux te voir les yeux injectés de folie, je veux te voir faire peur ».

Triste apprentissage des préjugés, TF1 assimile sans complexe des personnes handicapées aux monstres d’Halloween.

Le folklore est là : la chambre d’isolement, lieu de fantasme ; réalité traumatisante pour nous. Des patientes hagardes aux visages cachés et aux mouvements étranges et pour parfaire le décor, du sang sur l’uniforme de l’infirmière.

Plus qu’un ramassis de clichés, c’est une image discriminante qui est véhiculée de nous. Au quotidien, la psychophobie nous rend plus ardu l’accès à l’emploi, au logement. Qui voudrait nous embaucher, nous louer un appartement, avec ces images dégradantes en tête ?

Les contentions, l’enfermement en chambre d’isolement, sont des maltraitances qui mettent nos vies en danger en nous éloignant de la recherche de soin. Pendant que Sami El Gueddari et Fauve Hautot jouaient le spectacle de la folie sous les applaudissements, des patient.es criaient en vain pour sortir de là.

Summum du cynisme, on entendra Shy’m déclarer, émue : « il faut te voir en camisole de force pour te voir libéré de ton carcan ».

Elle fait référence au handicap de Sami, qui porte une prothèse. Le handicap psychique, pourtant, mérite tout autant considération, compassion et justice.

Elle conclut : « l’hôpital psychiatrique te va très bien »…

Il y a deux ans, l’émission Fort Boyard diffusait une épreuve dans laquelle des candidats devaient sortir d’une chambre d’isolement. Avec entre autres une pétition de presque 2700 signatures et tout autant de plaintes au CSA, la mobilisation a payé et France 2 a finit par ne pas renouveler la production de telles séquences.

Faisons nous entendre de nouveau : ne laissons rien passer. Premièrement concerné.es, proches, soignant.es, sympathisant.es, allié.es : tous ensemble exprimons notre refus de voir notre dignité bafouée, signalons au CSA.

Vous pouvez signaler l’émission de TF1 du 2 novembre 2019 à 21H ici.

Texte mis en voix par Comme des fous.