Le corps en santé mentale

« Je suis ce visage, ces mains qui tremblent, ce cœur qui s’emballe, cet âge qu’on me donne, bref, je suis mon corps.

Ce corps qui crie, qu’il faut tranquilliser, cette chimie défaillante, cette interface hypersensible avec le monde, cette silhouette qui me complexe, qui m’encombre quand je ne sais pas où me mettre.

Alors oui, la souffrance psychique est une souffrance physique.

Oui, le temps s’est arrêté dans ma tête et ce n’est pas une image. Si je suis revenu au monde, si j’ai retrouvé mes émotions, mon élan vital, c’est en reprenant contact avec mon corps et grâce à ces visages, ces sourires, ces présences qui ont été physiquement à mes côtés. »

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Light and Shadow par Kumi Yamashita

Pour ceux qui souhaitent aller un peu plus loin sur cette question du corps, voici un lien très intéressant : Avoir un corps? Continuer la lecture de « Le corps en santé mentale »

La folie d’une société

« Moi, je ne me considère pas comme un malade mental mais comme une victime de la société ».

20121018J’aimerais réagir à cette phrase entendue sur les ondes de radio « sans nom » qui pour l’occasion s’est muée en radio Liberté. Cette conviction sincère que c’est la société malade qui est à l’origine de son mal-être nous rappelle la difficulté de surmonter les troubles psy et à leur trouver un sens. Je pense que se poser en victime de la société c’est cristalliser en soi ce sentiment d’injustice d’avoir vu sa vie brisée par une force inexpliquée. Mais un être sensible qui se dit victime de la société ne serait-il pas un être profondément social qui aspire à vivre parmi les autres?

« La société et ses lois ne sont rien en dehors des individus; la société n’est pas simplement un « objet » « face » aux individus isolés; elle est ce que chaque individu désigne lorsqu’il dit « nous ».

C’est seulement à partir du moment où l’individu cesse de penser ainsi pour lui tout seul, où il cesse de considérer le monde comme quelqu’un qui « de l’intérieur » d’une maison regarderait la rue, « à l’extérieur », à partir du moment où, au lieu de cela – par une révolution copernicienne de sa pensée et de sa sensibilité -, il arrive aussi à se situer lui-même et sa propre maison dans le réseau des rues, et dans la structure mouvante du tissu humain, que s’estompe lentement en lui le sentiment d’être « intérieurement » quelque chose pour soi tandis que les autres ne seraient qu’un « paysage », un « environnement », une « société » qui lui feraient face, et qu’un gouffre séparerait de lui. »

L’ineffable [FR-ESP]

[FR]

Qu’on ne peut exprimer par des mots en raison de son intensité ou de sa nature.

L’amour, la folie, la dépression sont des expériences intimes ineffables.
L’expérience vécue dépasse les mots, il est propre à chacun mais doit-on pour autant renoncer à chercher les mots pour l’exprimer ? Peut-on s’appuyer sur les mots pour construire une expérience commune à deux, à plusieurs ?
Non pas pour plonger les autres dans notre abîme mais pour créer la possibilité d’accueillir ces expériences, singulièrement humaines, de manière collective et dépasser le stade du rejet social.
Vivre les choses c’est toujours mieux que de les penser, mais penser et raconter aux autres permet aussi de ne pas rester prisonnier de soi-même et de tisser des liens avec le monde.

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Extrait de « La Prisonnière » de Proust

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« C’est drogué et ça fait des enfants, voilà le résultat »

Je repensais tout à l’heure à une « anecdote » datant d’il y a à peu près 18 ans, et qui reste présente dans mon esprit comme une baffe magistrale qui m’a fait réaliser à quel point les troubles psychiques et les handicaps dits « mentaux » étaient stigmatisés dans la société.
Et je me suis dit que j’allais la partager ici, histoire que si des gens doutaient encore de la réalité de cette stigmatisation, ils se prennent la même baffe que moi, histoire d’enfin ouvrir les yeux sur le sujet…

Du haut de mes un peu plus de 18 piges, je bossais en parallèle de mes études.
Je bossais pour un service envoyant des personnes-relais dans des familles avec un enfant en situation de handicap (handicap mental et/ou physique, autisme, troubles psychiques ou du comportement), pour décharger pendant quelques heures les parents. Un peu comme des baby-sitter, en sommes, mais avec un minimum…

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Paris, la mort au coin de la rue.

oeil parisLendemain de carnage dans les rues de Paris et Saint-Denis.
Tristesse et peur, profonde tristesse pour ceux qui ont péri et leurs proches, et peur pour les miens.
« Rentrez chez vous » nous a-t-on dit sur le moment, la mort court les rues et fauche qui s’y trouve sans distinction. Restons chez nous, en sécurité. Dehors, la mort.
Derrière le seuil de la porte, l’horreur. Mais l’horreur n’a que faire des frontières, elle rentre chez moi par la télévision, et la guerre par-delà des frontières frappe en plein Paris.
Se replier pour faire le deuil, fermer les frontières.
Ne pas oublier, la mort ne s’oublie pas, mais aussi reprendre notre chemin, ressortir dans les rues car la vraie vie est dehors, c’est avec les autres qu’elle prend tout sens.

« En aidant si peu ces réfugiés, à évacuer leurs traumatismes, est-ce qu’on n’est pas en train de fabriquer des psychotiques, de préparer des nouvelles générations de terroristes ? »

C’est la question que posait ce midi Daphné Bürki à son invité, le Dr. Alain Serrie, à propos des enfants dans les camps de réfugiés au Moyen-Orient.
Pour resituer cette question dans son contexte, le docteur venait d’affirmer qu’il faut accompagner ces enfants le plus tôt possible pour faire en sorte qu’ils ne développent pas des psychoses qui nécessitent après une vraie prise en charge psychiatrique.

Quand Daphné Bürki parle à son tour de « psychotiques », faut-il entendre par là la mue de l’état traumatique en une maladie d’ordre psychique? Elle veut sûrement dire que, faute d’un soutien psychologique, l’enfant traumatisé peut devenir lui-même un bourreau.
Mais peut-on vraiment faire l’amalgame entre psychotique et terroriste? 

Le terrorisme n’est pas une maladie mentale

   blogschizo

Juste une précision parce que la lecture de certains commentaires sur le net ont fini de me faire désespérer du genre humain après cette journée de merde: merci de laisser les schizophrènes et toutes les personnes souffrant de troubles mentaux en-dehors de la merde qui a eu lieu aujourd’hui (l’attentat à Charlie Hebdo) Etre terroriste ne veut pas dire être schizophrène. Les schizophrènes n’ont absolument rien avoir avec cette histoire, alors merci de ne pas traiter les terroristes de schizo à tout va. Il ne faut pas être malade pour tuer, il faut encore moins être schizophrène, il suffit d’être humain, c’est comme ça depuis la nuit des temps.

« Je ne suis pas schizophrène… »

J’aimerais porter une réflexion sur cette expression: « Je ne suis pas schizophrène ».

Pourquoi ? Parce qu’elle est rentrée dans le langage courant pour désigner la schizophrénie comme un état pathologique de dédoublement de la personnalité.

Par cette négation « je ne suis pas… », on affirme son intégrité, je ne suis pas de ceux qui soufflent le chaud et le froid, qui défendent une chose et son contraire selon le contexte.

En clair, le schizophrène serait celui qui perd le contrôle de soi, submergé par une double-personnalité.

C’est quelque chose qui ne choque plus, le ministre de la diplomatie française a beau maîtriser les ficelles du langage pour ne froisser personne, il déclare son honnêteté à la télé par un cinglant « Je ne suis pas schizophrène… ».

Cette affirmation par la négativité ne va pas dans le sens d’une déstigmatisation des troubles psychiques, si chacun se rassure en disant en public : « encore heureux que je ne suis pas schizophrène » !

La stigmatisation commence pas les mots utilisés et je vous invite à être juste dans leur emploi, que vous soyez diplomate ou simple citoyen.

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