Mon combat pour la vie [Emilie]

J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…

Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents.  Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.

Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !

SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…

La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante.  Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.

Le manque. L’abandon. La disparition.

CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…

Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.

Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.

ANGOISSES – DEPRESSION – MORT

J’ai peur.

Je suis captive.

La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.

Il n’y a plus de vie en moi.

Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.

Le bonheur existe-t-il ?

DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION

Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…

Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.

A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.

Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.

Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.

ANOREXIE – BOULIMIE

Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »

La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !

A LA LIMITE…

Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.

Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…

Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.

Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.

JE SUIS BORDERLINE

Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.

Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.

Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…

LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?

La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :

L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.

Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.

La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.

L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.

L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.

Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.

La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)

Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

COMMENT J’AI SURVÉCU ?

Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…

Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.

Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.

UNE PSYCHOTHÉRAPIE

Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.

Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.

C’était pour ma survie.

Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…

Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.

Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.

Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.

Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.

Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.

ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…

Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.

Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.

Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.

UN EXUTOIRE

J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.

QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…

« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »

Une vie à soi – Laurence Tardieu

J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.

Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.

Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.

Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.

Je ne les remercierais jamais assez.

Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.

Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.

Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.

Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.

Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.

Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.

Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.

Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…

Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…

POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE

Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.

Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.

Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.

Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !

Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.

Je veux vivre !

Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !

Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien.  Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes. 

Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.

Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!

Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.

Je respire la VIE.

Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

LA FOLIE, C’EST QUOI ?

Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».

La Folie, ça peut faire peur.

Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… »  (Source : Sciences Humaines)

Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.

Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.

La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.

Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.

Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !

J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.

VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?

Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.

N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en ! 

Emilie

source : http://www.lentracte-gourmand.fr/index.php/2018/08/31/mon-combat-pour-la-vie/

Témoignage de Shana Dubé : « Ne jamais abandonner »

« Au début, j’étais gênée de dire que j’avais des problèmes et que j’avais été hospitalisée en psychiatrie. J’étais gênée aussi de dire que je prenais de la médication, mais il ne faut pas avoir honte. »

« Ma schizophrénie, génétique et stérilité »

[starbox id=maladementale]

Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.

Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.

Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.

Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.

Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises. 

Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.

Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.

L’être qui souffre aussi.

L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme

Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.

Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.

Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,

Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.

Puis l’assassinat, par les gaz.

Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.

Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.

Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.

Stérilisées, par des médecins normaux.

Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?

Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ? 

L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.

Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps. 

Ces substances, bloquent, pour beaucoup, le processus de fécondation et entraînent donc une stérilité, ou un risque d’être stérile.

Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.

Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ?  Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?

Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ? 

Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?

Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »

J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?

Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?

Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !

Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.

L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.

Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?

La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation. 

Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.

Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.

Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.

La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…

Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.

Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.

Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.

Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.

D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.

La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…

La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?

La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?

La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !

Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.

KERIDWEN

Un match de folie

Par un dimanche de septembre, je me suis rendu au stade et j’ai fini le lendemain interné en psychiatrie. Voici mon récit pour tenter de mettre en mots ce souvenir vivace.

Nouvellement abonné au Paris Saint-Germain, je devais me rendre au Parc des Princes pour le match entre le PSG et Lyon. Mais en attendant, je me suis arrêté en chemin à Place de la République pour voir s’il y avait encore des débats sur la place publique. Alors que j’étais dans les couloirs du métro, j’entends une annonce prévenant que les sorties du métro sont fermées pour cause de manifestation. Je me dirige tout de même vers la sortie et, à ma surprise, les portes sont ouvertes.

Je replonge dans le métro après avoir vu une voiture de police et une forte suspicion m’envahit, j’ai l’impression que les caméras du métro m’observent. Direction le Parc des Princes, dans un métro bondé. Je prends mon temps pour sortir car je commence à croire qu’il y a des policiers en civil, ou plutôt des renseignements généraux (RG) qui m’attendent à la sortie.

Comme il pleuvait, j’attendais dans le couloir qui donnait sur la sortie avec d’autres supporters. Alors qu’arrivent les voyageurs d’un second métro, je décide de sortir. Je vois des cars de CRS, l’un des chefs me regarde sans m’interpeler, je me dis alors qu’il a dû me prendre pour un policier en civil vu que j’étais tout de noir vêtu.

Je passe un à un les contrôles avec ma carte d’abonné et je vois une policière avec un fusil mitrailleur postée sur le chemin. Je commence à croire à une menace terroriste et que la menace c’est moi.

Je décide de me fondre dans la foule et j’entame la discussion avec d’autres supporters. J’étais arrivé trop tôt et les portes du stade étaient encore fermées. Sauf qu’à un moment on entend le son d’un mégaphone qui demande s’il y a des abonnés dans la foule. Puis ils commencent à se moquer d’un jeune avec qui je parlais.

Après avoir ignoré les supporters au mégaphone, j’accède enfin à la tribune encore vide de monde. Assis impassiblement, j’écoute les chants des supporters et j’ai l’impression d’entendre mon prénom et des chants contre Daesh. Au bout d’un moment, on nous distribue des ballons de baudruche rouges et bleus, chose que je n’avais jamais vu au stade. Et puis, le speaker annonce le jeu concours qui récompense un abonné capté au hasard dans la tribune par les caméras du stade. Quand arrive la mi-temps, le supporter descend sur la pelouse pour recevoir son cadeau, sauf que ce soir là, personne n’est descendu. J’espère me tromper, j’avais sûrement la tête ailleurs car je voyais défiler dans l’escalier des personnes dont la tenue neutre me faisait penser à des policiers en civils.

Comme ils s’arrêtaient près de moi, j’ai bien tenté de les démasquer et je me souviens avoir crié « tout le monde déteste la police ». Mais la palme du déguisement revient à cet homme au t-shirt jaune qui déboula façon touriste avec des bières plein les mains alors que le match touchait à sa fin.

A la fin du match, la foule qui sortait était compacte et avançait au ralenti. J’ai eu l’impression qu’ils allaient en profiter pour m’attraper alors j’ai crié « ici c’est paris » et puis certains ont commencé à m’interpeler. N’arrivant pas à distinguer les policiers en civils ni non plus les soignants en civil, j’ai suivi le pas d’un couple qui me conseillait de ne pas haranguer la foule.

Un fois dehors, j’entends un monsieur âgé qui vociférait dans son téléphone et qui repasse devant moi quelques instants plus tard comme pour me barrer la route. Je commence à croire qu’ils sont nombreux à mes trousses et qu’ils m’encerclent à distance, soit devant, soit derrière, pendant que je me dirige vers le tramway. J’interpelle deux jeunes couples qui semblent s’être déguisés en supporters pour se fondre dans la masse, puis me sentant pris au piège, je me mets à courir pour les dépasser. Je m’arrête alors devant le passage piéton à quelques mètres du tramway quand je vois un homme barbu enlever ses écouteurs, s’approcher en courant et me mettre un coup de poing qui fait voler mes lunettes en éclat. Je me mets au milieu de la chaussée devant les voitures qui arrivent à toute vitesse quand un homme m’aide à ramasser les lunettes puis disparaît à son tour.

Avec une douleur et un bruit sourd dans l’oreille, je me dirige vers le tramway. Comme il est plein à craquer, je le laisse partir et j’attends le départ du prochain. Je m’assois à côté d’un homme âgé qui a plus l’air d’un sans abri que d’un policier et je me mets à lui raconter l’histoire pendant la dizaine de minutes à attendre puis le long du trajet en tramway où j’ai l’impression que les policiers en civil sont présents. Je descends du tramway et j’arrive chez moi après avoir croisé trois personnes qui ne semblent pas être là par hasard.

Puis je décide d’aller dans la nuit aux urgences car j’ai mal. Au bout d’un moment, je retourne en salle d’attente et là je vois le monsieur du tramway blotti dans un coin qui fait mine de ne pas me reconnaître.

Je suis alors les soignants qui décident de m’attacher avec des sangles. Après quelques heures, ils me font passer un scanner et m’envoient en ambulance direction l’hôpital psychiatrique où je confonds certains patients et soignants avec des infiltrés de la police. Vu mon agitation, je suis placé en chambre d’isolement où ils m’injectent une dose d’Haldol avec les renforts. Mauvaise dose car je suis emmené une semaine plus tard en réanimation et que je ne garde aucun souvenir de cette semaine en isolement.

Joan

L’enfermement en hôpital psy

Merci à Alexia Laroche Joubert, productrice de Fort Boyard, et à France 2 d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Pour avoir vécu l’enfermement, l’isolement et même la contention,
Je pense être en mesure de dire
Que ce n’est pas un sujet qu’il faut porter en dérision.

Je ne regarde pas souvent l’émission,
Mais, habitant Luçon (Vendée), pas très loin de Fort Boyard,
J’ai déjà fait une croisière au départ de la Rochelle.
Je n’ai pas vu Olivier MINNE,
Et encore moins le Père Fouras,
Mais je suis sûre d’une chose, aujourd’hui :

Il faudrait tout simplement éteindre votre écran
Au moment de l’épreuve de la cellule capitonnée !

Visionner cette monstruosité,
C’est cautionner l’idée
Que l’on peut se permettre de jouer
Avec un sujet si grave !

L’isolement c’est loin d’être hilarant
Alors, si vous riez de ces épreuves
Mises en scène par un jeu télévisé
Sachez que vous êtes outrageants !

Qu’un véritable enfermement
Vous inciterait peut être à réfléchir
À la bêtise de vos occupations !

Si France 2 est une chaîne télévisée
Qui prétend respecter l’humain dans sa globalité,

Elle se doit de retirer de ses programmes
Ce jeu qui vire au drame ! »

Si je devais m’exprimer sur le sujet, je dirais ceci :

Je n’ai commis aucun crime, je ne suis pas agoraphobe et pourtant…
J’ai vécu l’enfermement, et même l’isolement !

Cinq jours durant, j’ai vécu l’isolement.
La psychiatrie, l’enfermement !
C’était en mai 2007,
C’était vraiment pas la fête !

Une crise aigüe, un délire inattendu.
Je souffrais déjà de ma schizophrénie,
Mais je ne me soignais plus !

Un jour, alors que ma fille allait souffler sa première bougie,
J’ai dû être hospitalisée de force, en HDT.
Il n’y avait pas d’autre issue, mon mari avait signé !

La violence de l’épisode aux urgences restera en moi, gravée !
C’est à un brancard qu’on a dû m’attacher !
Ils devaient être sept ou huit infirmiers,
Je me suis débattue, j’ai même frappé !

Mes forces étaient décuplées, le bras de mon époux a même été marqué
Il tenait notre fille dans ses bras, et je ne voulais pas les lâcher !
Lorsque j’ai dû céder et me résigner, j’ai été transférée dans l’ambulance des urgences,
En route pour la Roche-sur-Yon, les sirènes du véhicule rythmant la cadence…

Et puis, je crois que l’on ne m’a rien expliqué,
Je me souviens juste que j’ai été détachée,
J’ai marché jusqu’à la porte d’entrée,
De cet hôpital tant redouté !

Je me revois, errante, n’ayant personne pour me rassurer.
J’attendais mon mari, il devait suivre l’ambulance…

Perdue dans ce lieu trop effrayant
J’ai encore dû avoir peur des « blouses blanches »
Et, à nouveau, j’ai frappé, je voulais mon enfant,
Je voulais mon mari, je voulais quitter ce lieu en urgence !

Ils furent encore nombreux pour me maîtriser et m’attacher
M’attacher au lit et m’injecter leur produit !

Cependant, j’ai enfin pu dormir,
J’ai dormi sans répit 3 jours durant…
Jusqu’à mon réveil, je ne savais pas que j’étais en isolement
J’ai dû faire encore 2 jours, mais là sans dormir !

Le jour du premier anniversaire de mon unique enfant,
J’étais entre ces 4 murs, à imaginer sa journée
J’aurais tant aimé être à ses côtés !

Et puis, il y a eu un face à face avec moi-même,
J’avais un peu repris mes esprits,
Mais je n’ai toujours pas compris,
Certains principes de l’isolement, quand même !

C’est lorsque j’ai eu besoin de me rendre aux WC,
Que j’ai vraiment été indignée !
Pas de sanitaires et personne pour m’ouvrir cette maudite porte blindée,
C’est dans une poubelle que j’ai dû me soulager !

Désolée pour cette scène peu poétique mais même en prose, c’aurait pas été glamour !
L’enfermement, l’isolement, c’est déjà pas fantastique,
Mais faire vivre ça à une jeune femme, c’est vraiment pathétique !

Alors oui, j’veux bien croire que, médicalement, l’enfermement s’explique
Ils ont probablement raison de choisir cette option lorsque c’est nécessaire,
Cependant, il faudrait mettre des mots, expliquer au patient,
Pourquoi et comment va se dérouler ce moment…

Car on n’oublie jamais vraiment,
Ça reste gravé, bien longtemps !

Françoise ETIENNE, le 21 avril 2017

Présidente de l’Association Schiz’osent écrire

« Le témoignage » par Léa Kasse

témoignage léa kasse

Le docteur Baudrillard était assis en face de Rémi dans la petite salle de réunion au cinquième étage du pavillon C de l’hôpital. L’éclairage au néon donnait aux deux hommes un teint blafard. Rémi saisit son gobelet en plastique et avala une gorgée de café.
« C’est du jus de chaussette », dit-il en faisant la grimace. Baudrillard ne releva pas et poursuivit son monologue, ce jus de chaussette était depuis longtemps son pain quotidien. Rémi était fasciné par cet homme qu’il considérait comme le précurseur de la psychiatrie de demain. Une psychiatrie qui reconnaîtrait aux patients la capacité à apprivoiser leur maladie pour se réinsérer dans la société.

« Il nous faut des témoignages, déclara Baudrillard. – Des patients doivent venir raconter leur parcours pendant le forum ! La journée doit être ponctuée par des d’histoires poignantes qui prouvent à la communauté médicale que nous ne sommes pas des rêveurs ». Continuer la lecture de « « Le témoignage » par Léa Kasse »

Forum du Rétablissement 2017 [Témoignage de Joan]

« Se rétablir c’est accepter que je ne suis pas plus différent ou plus fou qu’un autre »

« Le rétablissement ce n’est pas un exploit personnel, c’est un travail collectif »

Joan, auteur pour Comme des fous, était au Forum du Rétablissement et Travail du 15 mars 2017 à la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, revivez son témoignage!

Je ne travaille pas, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais rien.

J’aurai 27 ans cette année. Quand j’en avais 20, je m’étais promis de ne jamais travailler. Un tabou. Une honte. Comment ça, ne pas travailler ? Et vivre aux crochets de la société ? Quand les autres travaillent durs pour que tu puisses te dorer le cuir, les doigts de pieds en éventail ?
Je suis l’autre chômeur. Celui dont parlent les médias, celui qui ne travaille pas, qui ne travaillera jamais, et qui vous coûte de l’argent (disent-ils).
Je suis celui qui a tellement peur du travail qu’il préfère la honte et l’isolement. Quel profiteur.

J’ai 19 ans. J’ai très peur du monde qui m’entoure et je me réfugie dans les livres et les bières brunes. Après des études secondaires chaotiques, j’entre à l’université pour étudier la philosophie. C’est papa-maman qui payent. A bien des égards, je suis l’un des meilleurs élèves.

J’étudie la philosophie par moi-même depuis mes 16 ans, je comprends vite, j’ai des orgasmes intellectuels rien qu’à lire Foucault, Descartes, Platon. Bref, ça roule. Mon premier examen de janvier arrive. 7/20. Je me revois trembler devant le professeur, tout confondre, les murs s’écrouler, la bile me remonter dans la bouche, et puis ce vieux type ricaner devant mes phrases qui ne font plus aucun sens. L’examen suivant, un examen écrit, je ne parviens plus à passer le pas de la porte. Je fume clope sur clope (des roulées, intello de gauche oblige) devant la façade en piétinant, avant de faire demi-tour. Sur le chemin, je croise le professeur qui me regarde d’un air déçu. Tant pis.

Les années suivantes passent à réessayer d’autres premières, dans d’autres domaines, sans y croire, sans même réellement essayer. Papa-maman veulent que je continue, que je ne reste pas sans rien faire, il faut que je fasse des études, alors ils payent, ils payent. En tout, j’en aurai fait quatre. Pendant ce temps là, je deviens insomniaque, je bois. Je me retrouve à l’hôpital psychiatrique, sans grand effet.

J’abandonne, j’abandonne pour de bon. J’ai 23 ans, je m’inscris au chômage (en Belgique, on peut avoir les indemnités sans avoir travaillé si on a moins de 25 ans). Je lis, je bois, je vois des films, je voyage, je fais semblant d’en profiter. Je pense vaguement à me suicider le jour où mes indemnités prennent fin. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas travailler. Je deviens un chômeur professionnel – car, oui, échapper aux contrôles administratifs, connaître la législation sur le bout des doigts, c’est pratiquement un job. Un rôle social aussi. J’incarne le parasite. Je vis chez mes parents et je bois 400 euros d’indemnités par mois. Je lis Tolstoï et je me rêve aristocrate.

Un jour pourtant, un sursaut. 25 ans. Mon intérêt croissant pour l’agriculture biologique me pousse à faire une formation en Angleterre, dans le Yorkshire. Les Moors conviennent à mes fantasmes d’aristocrate. J’aime le métier, je hais le travail – et les gens. L’enfer restera toujours les autres. Je tiens quatre mois, je reviens avec une déchirure musculaire et une honte supplémentaire. La fin des indemnités approchent et je n’ai toujours rien.

De temps en temps, je cherche un emploi. Lire les annonces me tétanise. Ce monde me fait peur, très peur. Tous les postes me semblent déshumanisants. Quand on travaille, on vend son temps et son corps. On ne se possède plus en propre. Pour vivre décemment, il faut faire cela pendant 40 heures par semaines, 11 mois sur 12, pendant 45 ans. A chaque fois que je m’approche du travail, je me sens en danger de mort imminente.

Puis, un jour, un sursaut. J’ai 25 ans et au contact de personnes face à qui je me fais honte, je décide de réessayer. Je sais que je fonctionne mieux à l’étranger, alors je dépose mon CV sur un site de recrutement européen. Je suis bilingue français-anglais, et j’ai des connaissances de base en informatique (en tous cas je le prétends) – c’est à peu près tout. Je suis contacté sur la même semaine par Microsoft et Apple. Je prends Apple, ils payaient mieux. Après un processus de recrutement aussi anxiogène qu’intrusif (coucou « Safe Harbor »), je me retrouve à Cork, en Irlande, avec vol et hébergement offert par l’employeur. Mon travail : répondre au téléphone et aider les clients avec leurs problèmes techniques sur leurs appareils mobiles. L’angoisse n’est pas venue tout de suite.

J’aimais bien travailler au début, parce qu’il n’y avait pas encore de pression managériale, j’aimais bien aider les gens, chercher la solution à un problème, et puis la vie était confortable. Les problèmes ont commencé à apparaître quand on a commencé à parler de statistiques, d’objectifs et de compétition par équipes. J’ai cramé en trois semaines. Un jour, après la pause de midi, je me suis rassis devant mon écran, et je ne pouvais plus bouger. Plus rien, fini. Je suis resté bloqué une demi-heure comme ça (une éternité dans un call-center), jusqu’à ce que la collègue à côté de moi me secoue. Quelques semaines d’arrêt maladie payés une misère, et je suis parti. Une amie au téléphone m’a aidé à ne pas me tuer avant de m’inviter chez elle.

Après trois mois de convalescence, je suis revenu en Belgique. Je n’avais plus droit aux indemnités de chômage, alors j’ai directement cherché un travail. Je suis tombé dans un call-center, évidemment. Un truc un peu pareil, pour une entreprise de télécommunications locale : service technique. Passer la porte de l’entreprise était « trigger ». Je rentrais en crise d’angoisse dès 8 heures du matin. Je me calmais relativement, au valium.

Cette entreprise recrute des Shadoks. Il n’y a pas d’autres mots. C’est un ancien service publique privatisé il y a quelques années. L’essentiel de son activité consiste à être en compétition avec un autre ancien service publique privatisé, et cette compétition forme l’essentiel des ennuis rencontrés par l’entreprise. On est passé d’un service efficace et populaire à une usine à gaz sans âme ni sens, qui n’embauche que des intérimaires à la semaine et des CDD, pour essayer de vendre des « bouquets » de chaînes aux clients de l’ancien service public concurrent.

Je revois encore très bien un manager expliquer à son équipe qu’ils n’ont pas refourgué assez de camelote aux clients ce mois ci. Qu’il leur fait comprendre qu’ils sont payés et que si le travail n’était pas fait ils allaient être virés. Ils sont en intérim depuis une éternité, ils viennent là parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux et qu’ils n’ont pas le choix et on leur explique ça dès le matin. Bonne journée les larbins.

C’est un des trucs qui m’a toujours semblé le plus intolérable, un truc qui m’empêche encore de dormir la nuit, qui me révolte : que le revenu dépende de son travail. La plupart des gens me disent que je suis un utopiste, un fainéant qui se cherche des excuses, mais cette pensée m’horrifie. Comment est ce qu’on peut travailler correctement quand on sait que chaque erreur peut mener à la perte de son revenu ? Cela me dépasse. J’ai eu le luxe de pouvoir m’en protéger, mais acculé à ce truc, je ne parviens toujours pas à m’y faire. Je préfère vivre dans la difficulté que de vivre dans la peur.

Autre chose, aussi. Ces gens qui vous donnent des sourires mais ne vous considèrent que comme des machines. Cette froideur de l’injonction, l’implacable inhumanité de la domination économique. Comment peut on faire pour vivre avec ? Seulement quand on n’a pas le choix, j’imagine.

Un jour, je me suis levé un peu en retard, à cause de mes insomnies. Pas très en retard, juste assez pour rater mon bus. J’attendais ma correspondance sur une petite place du centre-ville. Je crois que c’est d’imaginer devoir m’excuser d’être en retard à ces raclures qui m’a bloqué. J’ai regardé mon bus passer devant moi, je n’arrivais pas à me lever. Comme dans l’autre travail, je me suis retrouvé paralysé. Quand j’ai pu me relever, j’ai pris le bus en face pour aller boire un café et j’ai écrit un e-mail de démission en chemin. L’agence d’intérim m’a appelé en catastrophe. Ces larbins attendaient des excuses et me grondaient comme un enfant, comme s’ils m’avaient pris la main dans le sac en train de faire quelque chose de mal, alors que mon angoisse venait de me sauver de la démence. Rupture de contrat ? Ce pilier de la civilisation ? Honte sur toi !

J’ai pris une voix minaudante et je leur ai dit que je comprenais bien la complexité de la situation et que c’était pour eux que ça m’embêtait le plus.

Comme j’étais de retour chez mes parents, j’y suis resté. C’était en février, nous sommes en juillet et je n’ai pas retravaillé depuis. Je vis à leurs crochets, je mange, je bois et je fume leur argent, en bon enfant indigne, en ultime parasite qui, selon la logique ultralibérale, n’a pas le droit de manger, boire et fumer, puisqu’il ne travaille pas. Je vais probablement faire les démarches pour demander les aides sociales (type RSA) pour ne pas être un poids pour mes parents. J’ai évoqué une reprise d’études, parce que ça me permettrait de ne pas travailler jusqu’à mes 30 ans. J’aime les études auxquelles je songe, mais je n’y crois plus. Je ne crois plus en être capable. Je ne crois plus à grand chose, d’ailleurs. Régulièrement, j’ai envie de me tuer. Je cherche ce qui me retient et je m’y accroche.

Je ne travaille pas, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais rien. Je m’informe, j’apprends des langues étrangères, j’essaye de voir mes amis souvent et d’avoir des relations sincères et honnêtes avec tout le monde, j’essaye de mieux comprendre le monde, de donner à qui je rencontre les clés qui m’ont servi à moi, j’enseigne le français sur Skype, je m’occupe du jardin de mes parents, je milite ponctuellement, et j’ai toujours un prochain livre ou un prochain film en ligne de mire. Mais tout cela, ça ne compte pour rien. Tout ce que je fais, tout ce que je suis, au regard du dogme qui régit nos rapports sociaux (le capital, donc), c’est absolument insignifiant.

Ce monde est d’une violence inouïe. Cette violence, je ne comprends pas comment on peut la tolérer dans sa vie, comment on peut tolérer la violence d’une institution, d’un chef, d’une loi, d’un règlement. J’en suis incapable et cela me désespère. J’aimerais bien y arriver, mais dès que je m’y soumets, tout en moi me dit de fuir, comme si j’étais un animal devant un prédateur. La plupart des psychologues et psychiatres rient (parfois littéralement) quand je dit ça. Je ne suis pris au sérieux par pratiquement personne.

Mais j’ai la trouille, tout le temps. Une trouille qui me transperce et qui me tétanise. Et j’aimerais bien qu’un jour, malgré ce monde de dingue, ça compte pour quelque chose quand on me traite de parasite.

J’ai la chance, le privilège, d’encore pouvoir me cacher de la violence du capital. J’ai l’impression que pour beaucoup de monde, cela rend mon désespoir moins valide. Cette pensée m’attriste beaucoup.

Je ne rapporte d’argent à personne, mais j’ai l’outrecuidance de penser que je fais du bien aux gens que je rencontre. Ça devrait, ça doit être assez pour avoir un toit sous sa tête et de manger à sa faim. Promis, j’abuserai pas sur le caviar.

source: http://www.onvautmieux.fr/2016/12/06/je-ne-travaille-pas-mais-ce-nest-pas-pour-ca-que-je-ne-fais-rien

Comment je suis devenu fou

Maintenant que je vois le bout du tunnel de la psychiatrie, je vais vous raconter comment j’y suis entré, comment je suis devenu fou.

“Si c’est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c’est à une femme de nous montrer le chemin. L’hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre.” Henry Miller

comment je suis devenu fou

Partons de cette image qui m’accompagne depuis 6 ans: une femme qui ponctue le schéma de l’évolution.

En novembre 2010, j’ai pressenti qu’il était venu le temps de la révolution des femmes. Rien d’insensé jusque là, la révolution était dans l’air, on était à quelques mois du printemps arabe.

Sauf que le 24 novembre à l’aube, j’atterrissai à l’hôpital psychiatrique. A 2h du matin, je m’étais levé direction Place d’Italie pour assister à la révolution. C’était le grand soir! Rien d’insensé là encore, j’étais persuadé que la femme italienne du président Sarkozy était aux commandes et il y avait eu une grande manifestation sur la place quelques jours auparavant.

Voyant que la place était déserte et craignant pour la vie de ma mère qui m’avait suivi (il devait y avoir des snipers sur les toits), je me résignais à mon tour à la suivre aux urgences dans le plus grand mutisme, non sans avoir hurlé Che Guevara! au cas où…

Après être revenu d’un échange universitaire en Argentine, la patrie du Che, je m’étais inscrit en parallèle de mon cursus d’architecte à un cours sur la formation des Etats-nations en Amérique Latine. Normal, quand on veut faire la révolution. A l’école d’architecture, j’avais commencé à m’investir dans un cours un peu philo sur l’art de l’espoir allant jusqu’à écrire un Manifeste du Nouveau Monde qui a ensuite été publié sur internet.

Il y a eu cette conférence sur les tours d’un architecte italien, le samedi 20 novembre, où j’ai pris le micro pour exposer ma théorie sur la ville phallique où les tours seraient l’expression de l’égo démesuré de ces architectes-hommes, poussant l’animateur de la conférence à inviter la femme et collaboratrice du dit architecte sur scène. C’est là qu’en sortant de l’ancienne cinémathèque de Paris et en voyant la tour Eiffel éclairée, j’ai ressenti une décharge de bonheur, comme si je venais de m’éveiller à la vie et d’arrêter le cours du temps.

Le soir même, je commençais à voir des signes partout, Barcelone gagnait 8-0, je m’inscrivais sur Facebook pour annoncer la « bonne nouvelle » et découvrais que c’était l’anniversaire de la fille que j’aimais à la folie au Lycée, encore un signe! Et puis vint le dimanche soir, le Napoli gagne 4-1, le journal télévisé parle d’une affaire Berlusconi et je me mets à rêver de la révolution des femmes italiennes.

Je commence à craindre pour ma vie, ces machos ne vont pas se laisser faire, je choisis de ne pas aller en cours le lundi, la police et l’église doivent être à mes trousses. Je croyais que le bruit des camions poubelles était celui des chars qui se mettaient en place autour de chez moi. Je vois défiler les news et là je vois un énième rebondissement du conflit en Corée sauf que j’étais alors amoureux d’une fille coréenne et je me dis qu’ils sont en train d’attaquer la Corée pour se venger. C’est là, que j’entends une voie rauque au répondeur du téléphone, pas dans ma tête, c’est la police!

Le lundi soir, je me décide à sortir pour aller voir une autre conférence à l’ancienne cinémathèque, j’entends les cloches sonner, c’est un message de l’église, même pas peur, je suis le nouveau prince de Paris (j’avais lu le Prince de Machiavel comme tout bon révolutionnaire). Portable coupé, je suis sur écoute.

Le mardi, je me décide à aller en cours sauf qu’arrivé à Nation, je change de direction, j’ai sauvé l’humanité, allez, je peux bien faire ce qui me plaît, direction la Tour Eiffel. Je m’arrête à Châtelet et regarde un journal italien, pas de révolution en cours, silenzio stampa… Je repars vers l’école, je suis persuadé d’y retrouver la fille du lycée mais elle n’y est pas. Mes amis italiens m’accueillent, ils sont de mèche avec Berlusconi, les caméras me regardent, je me tais et les suis en cours. Le professeur annonce qu’il vient de se faire décorer! Normal, avec ma théorie sur les tours qui a circulé comme une rumeur dans tout Paris, il ne pouvait en être autrement! Et puis, je retourne à la maison, il y a cette bougie allumée en forme de cœur, ma famille aurait-elle tout compris? Et ce film Valse avec Bachir à la télé qui me parle à la première personne!

Plus que quelques heures avant l’hospitalisation, je vais me coucher, la suite vous la connaissez. Arrivé aux urgences, je ne parle plus, sauf au troisième médecin, qui est italien, je lui fais confiance. Il m’injecte des tranquillisants et je me réveille dans un dortoir le jour d’après. Une fois seul, je pique une brosse à dents. Là, les souvenirs sont flous, je me retrouve seul dans une chambre d’isolement, croyant que j’étais pris en otage et qu’on allait me tuer, normal. Et là, on me laisse m’époumoner à hurler mon nom, et puis c’est la dose de cheval, je ne peux plus marcher, parler, écouter la radio, le temps ne passe plus, je suis mort psychiquement.

Pas besoin de chercher dans mes gènes pour expliquer ma folie. Ce qui m’a rendu fou?  L’amour, la peur de devenir adulte, la peur de mourir, le déracinement, les violences familiales, la solitude, la difficulté à communiquer avec les autres, le stress du diplôme.

La psychiatrie doit rester une réponse exceptionnelle à des souffrances extrêmes, mais j’aimerais par ce récit vous inviter à voir la folie autrement et la psychose comme quelque chose d’évitable.

Joan