Souffrance psychique, souffrance physique.

Que de fois l’on entend dire que les douleurs psychologiques ne sont pas aussi graves que les douleurs du corps, du cancer, des handicaps physiques.

Peut-on déjà vraiment les comparer ?

Une amie chère, un jour, a véritablement hurlé devant mes yeux ébahis, que mon enfer n’était rien en comparaison aux enfants battus, aux personnes cassées dans leur corps. Je fus qualifiée d’égoïste, et incendiée verbalement alors que j’expliquais mon calvaire.

Quelle surdité, de la part de beaucoup, lorsque vous criez à l’aide, que vos voix vous harcèlent. Alors vous expliquez vous être mutilée, vous être tapée la tête contre les murs, autoagressée.

Mais sans doute est-ce en raison de nos appels successifs, que nous sommes qualifiées de personnes se victimisant !?

L’abandon.

Oui, il y a l’hôpital, lieu d’accueil, que je remercie. Mais ainsi plus de dérangements. L’on n’a plus à voir notre visage clos, vague, ou crispé de tourments, déformé par les cris. La bave au coin des lèvres s’invite aussi.

Nous sommes calmes, l’âme « morphinée » grâce aux pilules d’oubli.

Bien sûr, les plaies du malade psychique ne se voient pas, mais comment peut-on délibérément nous dire de cesser nos larmes torrentielles alors que les douleurs des harcèlements intérieurs sont un brasier de tortures ?

Que l’on nous gave d’antipsychotiques est une chose qui peut se comprendre, vue du côté du corps médical, ou être tolérée un temps, mais ces pratiques nourrissent l’exclusion, l’endormissement tant du dit « malade » que du cercle familial, social.

Toujours, tout va vers le plus fort, le plus combatif, et ces critères sont donnés, à juste titre, aux souffrances physiques, aux cicatrices de l’acte chirurgical, aux douleurs de la chimiothérapie.

Je n’aurais pas ce courage, d’ailleurs, je cesserais de me battre. Mais pourquoi ne veut-on pas entendre, non plus, que les molécules destinées à « soulager » nos terreurs, détruisent notre cerveau, nous mènent vers de grosses pathologies… physiques.

N’est-t-il pas sensé de se dire alors, que pour en arriver là, il fallait bien que l’urgence le nécessite. Oui, je conteste ces méthodes lorsqu’elles sont l’unique moyen, et le critère absolu, mais nos cris de souffrance n’en sont pas moins réels.

De plus, nos traitements nous font dormir. Grossir aussi puisqu’ils sont des inhibiteurs de la satiété. En conséquence, nous sommes vus comme des paresseux, des morfales. Les allocations, qui nous permettent de vivre, nous sont renvoyées au visage comme un sacrifice fait par la société, pour nous, dits « inactifs » ou dépendants.

Je remercie, bien sûr, de recevoir cet argent.

Nos parcours sont des chemins de croix, et l’humanité existe par nous, aussi.

Un être se blesse au corps et hurle de douleur. Nous sommes blessés au cœur, à l’âme, nous le manifestons de la même façon. La différence est que l’on ne voit pas notre fracture, car elle est loin en nous, invisible. Le langage que nous utilisons souvent pour montrer que c’est tout autant l’enfer, est de nous scarifier. Là, la psyché pose son empreinte, sa blessure, alors on voit. Ou pas.

KERIDWEN

(illustration Robot Hugs)

« Schizophrénie, incompréhension et responsabilité pénale »

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Bonjour,

toute analyse et réflexion, de ma part, sur la schizophrénie, sont issues de ma plongée en celle-ci, en premier lieu, et le vécu.

Lire, me documenter, collecter des données nécessitant ou faisant appel à la mémoire, la culture, les connaissances, complètent.

keridwen

Il me semble crucial d’aborder le sujet de la responsabilité d’une personne schizophrène, lors de délits, agressions, au vu des mécanismes qui engendrent ces comportements.

Je les exprime aujourd’hui, non sans chagrin, et grande inquiétude, puisque de plus en plus de psychotiques sont jugés responsables de leurs actes.

L’incompréhension vis-à-vis de nous, et nos comportements dits « insensés », peut aussi se concevoir.

Pendant mon délire psychotique, qui dura deux ans avant d’être freiné par les neuroleptiques, j’ai traversé chaque minute de ma vie, en état second, happée par une vie parallèle, qui avait immergé ma conscience dans ce si caractéristique : « hors réel » …

Dans ce monde autre, effectivement, nous entendons des voix, qui harcèlent, tortures, ordonnent. Les visions sont là, devant nos yeux. Ces sons, ces images, nous n’avons alors aucune raison de douter de leur réalité, car ils sont là, devant nous, en nous, ou accédant à notre ouïe.

 Je n’aborderai pas ici les raisons, l’origine, de ces hallucinations.

Mais je confirme, que dans ces états, nous avons un discernement altéré de la norme et du sens, puisque nous évoluons nous, dans nos normes.

Lors de mes délires, nul n’aurait pu me convaincre de leur absurdité, de leur irréalité, car à mes yeux ils étaient réels, concrets, et cohérents à ce « monde autre »…

Lorsque la voix, les voix, vous ordonnent d’agir comme ceci ou comme cela, vous ne pouvez pas aller contre. C’est absolument impensable, impossible. Nous obéissons, nous sommes soumis à l’ordre. C’est souvent aussi une injonction vécue comme divine, qui, si elle nous somme de voler, nous volons, d’agresser, nous agressons. De tuer, nous tuons, oui, cela peut aller jusque là, même si ces cas sont rares. Ils répondent néanmoins à la même approche.

Les juges, la loi, se demandent si, chez une personne en crise, le discernement est aboli.

Oui, il l’est.

Les voix, « les êtres de l’invisible », autour de moi, me donnaient des ordres, j’obtempérais. Des comportements destructeurs, comme m’ordonner de déchirer de l’argent, et le mettre à la poubelle. Il faut obéir.

Des personnes me remarquaient, lorsque j’allais en ville, car j’étais occupée à dialoguer intérieurement, avec ces interlocuteurs parasites, et envahissants.

Concernant les notions de bien et de mal, je me souviens qu’au début de ma psychose, un de mes neveux était un nourrisson, et je voyais, dans mon monde de psychose, des femmes autour de lui, qui voulaient lui nuire, l’enlever. Je pleurais, pleurais, en réel, car j’avais du chagrin que l’on fasse du mal à ce petit.

Ma sœur était là aussi, mais bien évidemment, elle ne pouvait rien voir de ce que moi je visualisais.

J’étais en plein délire, mais c’était du « mal » que l’on voulait faire à mon neveu. Par contre : ce fut un mal imaginé, dénué de sens.

Le discernement est aboli, dans ces crises.

Comment voulez-vous que la personne soit consciente d’avoir fait du mal ou du bien si elle fut guidée, si elle obéit, à une force démesurée et irrésistible ? Qui plus est faut-il voir cela uniquement en ces termes ? Elle a agi, et surtout elle a fait ce que les voix lui demandaient. La nécessité de passer à l’ acte quel qu’il soit, domine.

Lorsque j’ai déchiré ces billets de banque, dont je parle ci-dessus, et les ai jetés à la poubelle, je ne voulais pas, quel comble ! Jeter de l’argent ! Mais cela était un ordre, impératif, je devais l’exécuter, je le devais. Je suis passée à l’acte.

De plus, lorsque, dans les hallucinations de la personne, c’est « Dieu » qui exprime cette autorité, et que tout pouvoir lui est donné dans la relation à celui-ci, on s’y soumet. (La foi, « croire » en Dieu, je n’étais pas dans cette démarche du tout, avant le déclenchement de la psychose, et me révélais inculte en matière de religion.)

Donc soumettre ensuite à la personne qu’elle a fait du mal, est totalement hors de sa compréhension, non parce qu’elle est stupide, mais son acte a répondu à un appel, qui lui, dans sa psyché, était fondé.

D’autre part, des soignants estiment que mettre en prison, ou condamner juridiquement, est thérapeutique, et sert à responsabiliser l’auteur des délits.

C’est aussi de l’ordre de l’incohérence.

Une abolition de conscience, est intrinsèque à un fonctionnement différent des notions de bien et de mal, de responsabilité autre.

Et si la personne a l’ordre d’agresser, parce que les voix lui affirment qu’elle va ainsi sauver le monde, que cela fait partie de sa mission de vie ? Où se situe pour elle la responsabilité ?

Les situations intérieures psychiques, sont de cet ordre-là.

Le délire messianique, je l’ai traversé.

Aussi…

Malgré mon mince éclairage du divin, je me pris pour celle qui sauvera le monde..Rien n’aurait pu modifier cette pensée, les preuves sont de ci delà, glanées et emplissent le panier de la certitude d’une mission d’ordre sacré.

On se sent exalté, transporté, fière, de cette mission, et ce, à proportion égale à la honte suprême que l’on a de soi, au fond, réellement.

Le manque, le vide total, se laissent emplir d’un autre monde qui ne demande qu’à s’engouffrer, s’installe, et parasite. 

La psychose, est un enfer, et j’ai mis longtemps à illustrer ce vécu, cet état, par ce mot.

Si les schizophrènes hurlent, se tordent, s’isolent, prennent leur tête entre leur main, c’est pour que cela s’arrête, car ils subissent une réelle torture mentale, insoutenable. L’agressivité qui en découle, souvent envers soi, cherche à soulager les souffrances par une extériorisation, une expression, qui malheureusement peut mener au pire. Parce que la douleur doit cesser, et cesser vite, parfois violemment, car proportionnellement à la violence de l’horreur.

La prise de médicaments, bloque les crises violentes, peut soulager la douleur, mais en échange de mourir d’une autre façon, lentement, à soi-même. Les effets secondaires des molécules destinées à nous soulager, à éviter une auto agression, sont redoutables et maltraitent le corps, et l’esprit. L’issue peut être tout aussi fatale par les conséquences de la chimie. 

Un point me semble très important à aborder, et peut sembler complexe… ou absurde…

Une personne schizophrène sait, au fond d’elle même, qu’elle n’est pas malade mentale, et sait, aussi, combien est démesurée l’incompréhension que lui témoigne une grande partie du corps médical.

L’approche que l’on a de la schizophrénie, est faussée, parce que les réalités engagées dans le processus ne sont pas les mêmes, tout en étant de l’ordre de l’Humain malgré tout.

Le psychotique est coupé du Réel ? Oui, et le normal est coupé du Réel du psychotique.

Il se présente alors, pour la personne schizophrène, un état de chagrin, de prostration. Beaucoup d’entre nous, clamons, revendiquons, ou pressentons, que nous ne sommes pas malades. Une telle étiquette relève de l’absurde, et ajoute à notre angoisse, notre impuissance, et souvent nous renonçons à être compris,

Alors nous optons pour une soumission, une adhésion à une doctrine psychiatrique. Tout du moins: nous n’avons que ce recours.

La non-observance d’un traitement, vient des effets secondaires qui peuvent nous tuer à petit feu, mais aussi parce qu’au fond de nous, nous savons que ce ne sont pas les remèdes qu’il nous faut, et que l’incompréhension de notre vraie personne est totale.

Pourtant, autour de nous, dans l’invisible, les manifestations de ces « êtres » sont réelles, font mal, s’expriment par des remarques qui blessent au cœur, quand, quoi que nous fassions, comme gestes, hurlements, suppliques intériorisées, ou exprimées ouvertement par des gestes, ne font aucun effet sur ces agressions cruelles que nous sommes seuls à sentir.

La capacité de bloquer ces perceptions douloureuses, c’est cela qui est à forger, à « rééduquer ». Un traitement peut commencer le soin, mais sans abandon du traitement, il est impossible d’aller plus loin et de recouvrer une autonomie, une conscience.

Les personnes psychotiques, ont besoin de soins, d’écoute, et leurs actes délictueux se situent dans un contexte soit ignorant de leur mental et de leur psychologie, soit déshumanisant. Nous mettre en prison, nous juger, nous enfermer, nous condamne à la terreur dans la terreur.

Nous sommes cohérents avec nous-mêmes, lorsque nous sommes dans une crise, dans une soumission aux ordres, dans une phase hallucinatoire. Notre réel, est aussi réel à nos yeux que le réel des normaux l’est au leur. Tenter de nous expliquer ou de nous faire comprendre que nous sommes dans la faute, le mal, est du domaine de l’absurde. Cet inversement des réels, rend les condamnations insensées.

KERIDWEN

« Ma schizophrénie, génétique et stérilité »

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Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.

Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.

Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.

Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.

Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises. 

Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.

Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.

L’être qui souffre aussi.

L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme

Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.

Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.

Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,

Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.

Puis l’assassinat, par les gaz.

Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.

Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.

Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.

Stérilisées, par des médecins normaux.

Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?

Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ? 

L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.

Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps. 

Ces substances, bloquent, pour beaucoup, le processus de fécondation et entraînent donc une stérilité, ou un risque d’être stérile.

Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.

Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ?  Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?

Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ? 

Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?

Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »

J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?

Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?

Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !

Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.

L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.

Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?

La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation. 

Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.

Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.

Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.

La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…

Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.

Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.

Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.

Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.

D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.

La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…

La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?

La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?

La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !

Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.

KERIDWEN

« Ma schizophrénie, mon sevrage »

Bonjour,

En 1981, suite à des manifestations qualifiées de « bizarres » par la science psychiatrique ( j’ai senti que l’on me touchait, alors que la personne à qui j’attribuais ce contact n’était pas présente), j’ai commencé à entendre des sons sourds, venus d’autour de moi, de l’invisible.

Ces hallucinations auditives se sont amplifiées, et sont venues s’ajouter des hallucinations visuelles, une paranoïa, un délire érotomaniaque.

Ce fut atroce de douleurs psychologiques.

Je précise que je ne prenais aucune substance, ou drogue.

En 1983 une personne de ma famille m’emmena au cabinet d’un neuropsychiatre, et à partir de cette visite, je pris des neuroleptiques, et fus suivie, par des spécialistes

Les neuroleptiques, puis antipsychotiques, n’ont jamais totalement supprimé les voix, les hallucinations. J’en ai pris beaucoup

Je ne savais pas que j’étais « malade mentale », ni schizophrène, je ne l’ai appris qu’en 2003, par déduction. Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

Pourquoi me « traita »- t-on, d’emblée, chimiquement ?

A partir du moment où l’on m’a donné ces drogues, c’en fut terminé de mon cerveau, de mon intellectualité. La lumière s’est éteinte.

J’étais très fière de moi, car, disais-je, bien obéissante : « je prends bien mes médicaments »..

Oui, la psychose fut un ravage, et me tua, à 23 ans, avec ce déclenchement des voix. Mais auparavant, j’allais bien. J’étais un peu ermite,mais complexée physiquement car mesurant depuis très jeune 1, 80 m.

Ma personnalité, affirmée, fut mise à mal dès le plus jeune âge.

A mes yeux, ce sont des traumatismes d’enfant et d’adolescente, qui s’acharnèrent à me faire sombrer dans la folie, et non pas une origine cérébrale, qui aurait prédéterminé celle-ci. N’en déplaise au « Tout scientifique » qui ne jure que par les neurones. Je pourrais, en privé, vous disséquer comment et pourquoi je suis devenue psychotique, par des causes psychologiques

Donc, à partir de l’âge de 25 ans, en 1983, suite à la visite chez le neuropsychiatre, je sombrai dans l’oubli. Sous chimie. Finie, la vie. Fini, faire partir du normal. Normal qui mène, observe-t-on, à beaucoup de folie, de folies, pourtant.

Les guerres, les drames, sont commis par des gens « classés » normaux.

Le combat intérieur est en chaque être humain, et tant que la guerre sera de soi à soi, et non résolue intérieurement, aucune paix extérieure ne s’installera. Les guerres contre soi-même, sont l’origine de celles commises entre nations. Les personnes dites normales, qui se cherchent et qui cherchent, expriment et explosent leur guerre intérieure, en guerres.

Pourquoi donc jeter la pierre aux malades mentaux, tout autant dans une lutte, et une quête éperdues, mais ouvertes car leur psychisme est déchiqueté et leur inconscient étalé-là, devant leurs yeux exorbités, qui voient ce qui est caché aux normaux, et refoulé par ceux-ci, ce qui les sauve, eux, de la folie.

Comment comprendre, que les guerres soient qualifiées de norme, alors qu’un malade mental va, lui, être rejeté, et mis sous contrôle, en raison d’idées qualifiées d’excentriques. Quel est donc ce centre que tout le monde s’arrache ?

Je parviens désormais à réfléchir, et je le dois à mon sevrage médicamenteux qui a duré dix longues années. J’en suis à la dixième, et c’est vraiment encore très pénible.

J’ai observé, depuis le tout début de ce sevrage commencé en août 2009, une naissance de moi-même, car, sous camisole chimique, j’étais morte. Mais peu à peu, en diminuant les doses, je me découvrais être pensant, et réintégrais enfin, presque, mon statut d’humaine.

Je constatai, au fil des ans, au fur et à mesure de la suppression des molécules, que ces dernières avaient bloqué tout mon fonctionnement existentiel, tout. Avec le sevrage mon psychisme ouvrait enfin les vannes, et j’entendais sortir de ma tête, mais non en délire, des flots de mots, de paroles, caractéristiques de mes traumatismes, et de ma psyché. Enfin, enfin ! Tout ce que la camisole chimique avait camouflé par son action, était libéré.

Le travail de remises en question, que tout être fait ou a la possibilité de faire, n’avait pu être assumé, car freiné, empêché par ces antipsychotiques, donnés par ailleurs trop systématiquement, sans hésitations, sans recherche d’alternatives.

Un changement arrive, mais encore trop souvent, j’entends, que les personnes dans ma situation, doivent bien prendre leurs médicaments à vie car, est-il dit encore, à tort, nous sommes incurables. Ces affirmations sont discutables, et peuvent être prononcées par des personnes soignantes qui ne veulent pas revoir leur idées, car cela équivaudrait à contester tout ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté, et considérer que leurs professeurs et leur savoir, ne …savaient pas si bien que cela. Ou pas assez.

Les antipsychotiques rendent chronique la psychose, qui disparaîtrait sans eux.

J’ai mis dix ans, à me sevrer, dix ans.

Déjà, pendant mes décennies sous antipsychotiques j’ai subi les conséquences de leurs effets secondaires.

Mais lorsqu’il s’est agi de subir les conséquences du sevrage, ce fut difficile, et cela continue, car des reliquats demeurent.

J’aimerais ajouter une chose, non des moindres,.. ; Vous n’aiderez pas les schizophrènes, ni ne trouverez les raisons de cette crise psychique, si vous ne vous situez pas dans une vision plus abstraite

La psychiatrie est trop cartésienne, et ne laisse aucune place à un intangible qui permettrait pourtant l’accès à un meilleur entendement de ce qui est, à mes yeux et aux yeux d’autres personnes non schizophrènes, non pas une maladie mentale, mais un chemin de vie, sorti d’un cadre posé comme la norme. Selon quels critères ?

Ces normes sont faussées par des jugements de valeur, qui ne tiennent pas compte de l’âme, de l’esprit, en tant que vecteurs d’un réel autre, mais tout aussi valable. Car un réel de schizophrène, coupé est-il dit, de celui des dits « normaux » est l’autre face de la médaille, donc fait partie de la médaille.

Mon psychisme éclata, effectivement. Mais les médicaments chimiques n’ont jamais, jamais recollé les morceaux du puzzle. C’est par mon sevrage de ces substances, que je réussis laborieusement à recoller les morceaux.

J’ai trouvé en la personne d’une médecin homéopathe, la compréhension, et l’aide au sevrage, puisque ce dernier, je le confirme, ne doit pas se faire du jour au lendemain et il faut être accompagné.

KERIDWEN

Portrait de Keridwen

Comme Keridwen, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.


La carte du « mat » ou « fou » du Tarot de Marseille

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Bonjour, témoigner de la maladie mentale, en particulier la schizophrénie, et pointer du doigt les égarements, gigantesques parfois, venant de la psychiatrie surtout, et de « la psy », souvent, à ce sujet.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier de schizophrène ? 🙂

Je suis née pour…! Une vraie vocation!

L’aimer est un bien grand mot, puisque l’exercer est un parcours épineux… mais je l’apprécie pour ce qu’il est : un vécu à des fins de témoignage.

La maladie mentale est un métier, je confirme : je suis utile à la société.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le classement en « normes » est déjà un leurre. Donc l’organisation de la santé mentale est faussée d’emblée.

Pour subir la folie, avoir été « traitée » par une médication agressive, anéantissant le potentiel humain, et rendant soumis, puis m’être sevrée (dix ans de sevrage médicamenteux) avec tous ses effets secondaires aussi, je pense qu’il y a vraiment du travail.

Pourquoi n’a-t-on toujours pas compris la schizophrénie?

Trop de matérialisme et refus de remettre en question des schémas qui ne feront que continuer d’égarer…

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Son négatif…

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’en serais bien évidemment totalement incapable, au vu de mon cerveau dégradé par « les santés mentales »…

Je lui demanderais d’abstraire davantage, et de s’éloigner du « tout cérébral »…

L’intangible, c’est bien aussi… et une des clefs…