Portrait de Céleste (Paye ta Psychophobie)

Comme Céleste, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Avec mes troubles psy c’est compliqué de me projeter… Mais je dirais que j’aspire à rendre ce monde meilleur à mon échelle.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je suis encore aux études pour devenir psychologue. Selon moi la psychologie est une science tentant de comprendre les mécanismes du psychisme humain.

Je me vois comme un agent double voulant entrer dans le système pour essayer de le changer de l’intérieur.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Si je devais faire un résumé de ma pensée sur le monde de la santé mentale, je dirais qu’il s’agit d’une pyramide. Le socle de cette pyramide représente les patient•es, le centre comprend le personnel soignant et tout en haut se trouvent les dirigeant•es politiques.

Le socle peut lui-même être divisé entre les patient•es riches et les patient•es précaires. Les un•es ayant généralement les services de meilleurs qualités par rapport aux autres.

Le centre peut aussi être divisé : au sommet de cette partie on trouverait les métiers du soins les mieux valorisés (comme médecin) et en dessous les métiers moins valorisés (comme aide soignant•e et infirmier•e)

Et du coup – vous l’aurez peut-être compris – les personnes du dessus oppriment celles de dessous de manière consciente ou non. Les politiques prennent des mesures pour garder le capitalisme en marche au détriment de la qualité des soins, les médecins se permettent trop souvent de mépriser les aides soignant•es, les infirmières•es et les patient•es, les aides soignant•es et infirmier•es maltraitent les patient•es par manque de temps, de bienveillance ou de formations, les patient•es riches prennent les places des services les mieux notés et les patient•es précaires prennent les miettes restantes.

En somme, le capitalisme et le validisme tuent le système de soin de santé mentale. Et en même temps il est difficile de se soigner autrement qu’en entrant dans ce système.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

C’est une question très personnelle à mon sens donc je vais me baser sur mon expérience : la folie m’a façonné. Sans elle j’aurai été un tout autre être humain pour le bon comme le mauvais. Grâce à elle j’ai appris à me connaître en profondeur, à trouver ma voie militante et professionnelle. J’ai fait des rencontres extraordinaires. J’ai repoussé des limites. J’ai découvert mon identité queer. Je me suis ouvert au monde. Bref la folie me rend malade dans tous les sens du terme !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Si cette occasion m’était donnée, je crois que j’essaierai de faire changer les choses. Même si je crois que ce serait une mission suicide, je préfère mourir avec des remords que des regrets.

Je commencerai par réformer le système de soins de santé pour tendre vers un rapport horizontal entre patient•es et soignant•es. Je mettrai en place des lieux d’information sur les droits des patient•es. Je rendrais obligatoire des formations pour accueillir les victimes de violences médicales et pour accompagner les personnes en crises aux urgences. Je mènerai des campagnes de sensibilisation aux maladies mentales, neuroA et autres avec des personnes concernées et avec un budget plus raisonnable. (Si je me souviens bien, la dernière campagne contre le validisme en France avait coûté 2 millions pour quelques affiches). Je supprimerai le Téléthon et son pendant pour la santé mentale aux profits d’émissions sans misérabilisme et inspiration porn. Et si aucune de mes propositions n’est retenue, je gueulerai pour toutes les personnes handicapées que les valides n’écoutent jamais.

Une page que tu aimerais faire connaître ?

Difficile d’en choisir qu’une ! @licegateaux @freaksdessin @voyageuse_au_naturel et tant d’autres dans les stories à la une « insta psy et NA »

https://www.instagram.com/payetapsychophobie/

L’approche SYSTÉMIQUE ? École de PALO ALTO et Thérapie Familiale

Qu’est-ce que l’approche systémique en psychologie ? Sur quelles bases ce courant théorique est-il né, à quoi peut-il nous servir, et comment l’expliquer à quelqu’un qui serait novice en la matière ? Nous allons répondre à toutes ces questions dans cette vidéo. Nous allons commencer par la petite histoire des origines des psychothérapies contemporaines, avec notamment l’histoire de la psychanalyse depuis Freud, puis nous verrons de quelle manière le courant systémique s’en écarte avec notamment l’école de Palo Alto. Nous finirons par quelques métaphores simples pour rendre compte de cette discipline complexe.

Chaîne YouTube de Julien Besse.

Un monde sans psy ?

Une réflexion personnelle en écho au documentaire Un monde sans fous ? de Philippe Borrel.

Quand on ne va pas bien, on nous dit toujours d’aller voir un psy. Et souvent, par peur et par fierté, on n’y va pas.

Parce que demander de l’aide à un psy, c’est reconnaître qu’on a un problème. Et, dans notre société, mieux vaut ne pas montrer de fragilité surtout mentale car on pourrait nous prendre pour un fou.

Celui qui va chez le psy, c’est le maillon faible, celui qui ne supporte plus son environnement, non pas seulement parce qu’il a un problème dans sa tête mais peut-être aussi parce que collectivement, dans sa famille ou sa communauté, quelque chose ne tourne pas rond. C’est l’idée que chaque personne en souffrance incarne un malaise social. C’est une souffrance dans le sens où on est en rupture avec notre entourage et qu’on ne trouve pas notre place parmi les autres.

On imagine aussi qu’aller voir un psy c’est réservé à une élite, à ceux qui en ont les moyens et ça peut même être branché de dire qu’on va chez son psy.

Je ne te ferai pas ici l’éloge du psy, je voudrais plutôt interroger la peur et le rejet que peut inspirer tout ce qui est « psy » et imaginer un monde sans psy.

Un monde sans psychose, par exemple, mais avec des états de conscience altérée qui témoignent d’une histoire de vie où le psychotique ne serait pas l’incurable mais une personne en quête de changement, pour qui ses expériences, ses émotions et ses pensées ne sont pas que des symptômes d’une pathologie.

Un monde sans psychiatre mais avec des soignants de l’âme qui savent dialoguer, désamorcer une situation et user modérément de médicaments psychotropes avec le consentement éclairé de la personne.

Un monde sans hôpital psychiatrique puisque personne ne veut finir chez les fous et, du coup, plus de services fermés, ni de chambre d’isolement, ni de contention.

Un monde sans psychothérapie institutionnelle, serait-ce un monde où on s’arrêterait de penser les lieux de soins et où on se contenterait d’une explication biologique de la souffrance?

Est-ce que la maladie mentale est une maladie du cerveau inventée par les neuropsychiatres pour se faire de l’argent ?

Un monde sans psychisme, ne serait-ce pas aussi un monde sans rêves ni inconscient? Quelle place pour la psychanalyse, pour l’interprétation et la mise en sens du passé comme du présent, est-elle encore opérante et peut-elle nous aider à nous émanciper?

Et que faire de la psychoéducation ou de la réhabilitation psychosociale, sont-elles réellement des inventions pour redonner au psychiatrisé un pouvoir sur la maladie et une place dans la société?

Si on t’a dit d’aller voir un psy, c’est sûrement un psychologue, c’est peut-être une bonne chose que de pouvoir déposer ton vécu avec une personne formée à l’écoute, mettre des mots et dénouer une souffrance qui pourrait s’aggraver. Et quand c’est grave, on appelle le psychiatre, qui contrairement au psychologue, peut te prescrire des médicaments pour apaiser l’angoisse.

Dans un monde sans psy, le médecin généraliste serait en première ligne. Si tu fais une dépression sévère, il te prescrira des antidépresseurs et te conseillera d’aller voir un thérapeute. Du coup, tu tomberas sur des gens formés à l’écoute et aux relations interpersonnelles ou alors à des techniques plus comportementales pour t’aider à résoudre des situations bloquantes.

Quand on traite uniquement les comportements ou les symptômes « sans psy », on cherche à objectiver un problème et à le régler par un exercice, un protocole ou un médicament. La psy, elle, est un défi pour la science et la neuroscience car la psy s’intéresse à la personne et pas qu’au cerveau. La psy parle à l’humain pendant que le scientifique ne cherche souvent qu’à identifier, quantifier, diagnostiquer et éradiquer un problème.

Politiquement, c’est assez contradictoire, car on cherche à développer le pouvoir d’agir des usagers en santé mentale tout en dévalorisant ce qui n’est pas quantifiable comme le soin non-médicamenteux ou la parole. Les usagers doivent participer et s’exprimer dans des lieux où leur parole est niée. 

Et si on est capable de compter le nombre de chambres d’isolement ou de contentions mécaniques effectués, pourquoi ne pas simplement abolir ces pratiques et fixer un objectif de tolérance zéro en maltraitance?

Outre la peur du citoyen envers la psy, il y a la peur du personnel soignant envers l’imprévisibilité et la violence des patients. Car dans un monde sans psy, sans psychodynamique ni psychopathologie, il ne reste plus que la psychodynamite qui explose quand le temps, l’envie, la confiance, le sentiment d’être en sécurité et le collectif sont défaillants au sein d’une équipe soignante.

Un monde sans psy, ça coûte sûrement moins cher au Ministère de la santé, on s’appuiera alors sur les accompagnateurs, les aidants et pair-aidants, les facilitateurs, les conseillers d’insertion et animateurs comme pour oublier l’existence même de cette dimension psy qui reviendra sur le devant de la scène uniquement au prochain fait divers ou à la prochaine crise. Et là on dira d’un tel qu’il était fou ou qu’elle était folle et que c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre ni à espérer de ces gens-là

« Psychothérapie démocratique », Tobie Nathan

Les Mardis de l’Espace des sciences à Rennes avec Tobie Nathan, ethnopsychiatre, professeur de psychologie clinique et pathologique à l’université Paris VIII.

La psychothérapie est attaquée de toutes parts : théories floues, absence d’évaluations, déroulement des séances sans témoins, formations opaques… Et pourtant, il n’y a jamais eu autant de personnes touchées par la psychothérapie en France. En Afrique, en Inde ou en Chine, les dispositifs de prise en charge de la souffrance psychologique sont très différents de ceux qu’on rencontre dans notre société occidentale… Grâce à une discussion critique des différentes méthodes, cette pensée moderne se révèle être adaptée à un monde démocratique.