Portrait d’Anne-Claire

Comme Anne-Claire, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Ma principale inspiration c’est… mon mari.

On s’est rencontrés il y a plus de dix ans et je l’admire toujours autant. Il est calme, rassurant, stable, mon antithèse quoi. Bon, certains de ses défauts sont moins inspirants. Par exemple, sa phobie administrative, quand moi j’aime la paperasse (enfin du moins je sais m’y attaquer !) ou bien il est adepte du « faire à la dernière minute le couteau sous la gorge » quand je n’aime rien tant que d’organiser tout à l’avance. Mais j’espère atteindre un jour son niveau de « zenitude ».

De manière plus globale, les histoires m’inspirent, en particulier celles de mes amis, confiées autour d’un café brûlant ou d’un bon verre de rouge. Une anecdote, une confidence peut me guider, m’aider à trouver une idée ou encore m’aiguiller sur le sens à donner à ma vie.

Celle que j’admire le plus n’est pas une amie, mais on est encore plus intime : c’est ma psychologue. Elle me connait presque mieux que quiconque. Depuis quatre ans, ses conseils sont précieux et je ne me vois pas « lâcher sa main ». J’aimerais avoir sa classe, j’imagine que la vie est tellement plus simple pour elle, je ne connais ni ses failles ni ses traumatismes.

Plus près de moi, les deux lieux qui me ressourcent sont les deux maisons de mes grands-mères.

Si l’on me demande : « D’où viens-tu ? », je suis bien incapable de répondre en une phrase synthétique du tac au tac tellement j’ai déménagé. En revanche la stabilité, ce sont mes montagnes du Trièves et la mer à perte de vue de la presqu’île de Giens.

J’aspire à retrouver le sentiment de bien-être que j’ai quand je contemple la Méditerranée depuis la terrasse de ma grand-mère, un délicieux rayon de soleil me caressant le dos. Une vie sans peurs, sans angoisses, sans dépression. Une vie simple : une vie de femme, d’épouse, de mère, de journaliste. Vie aux mille facettes mais en paix.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je suis caméraman. Je travaille pour une chaîne locale d’actualité et je traite aussi bien des sujets culturels que sociétaux, économiques ou politiques. Ce que j’aime encore une fois c’est découvrir les histoires de ceux qui nous entourent, ce qu’un territoire a à nous offrir.

Mon métier est assez « technique ». Je dois gérer la lumière, le son, les couleurs, la beauté du cadre et j’aime ça. Me concentrer pour créer du « beau ». J’aime le filtre qu’est la caméra entre le monde et moi. Je ne reçois pas l’actualité en pleine tronche, je la vois à travers mon viseur, cela met une distance, une barrière qui me protège.

Je ne m’ennuie jamais, j’apprends plein de choses. Chaque jour est une nouvelle aventure ou presque !

J’ai trouvé ma place.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Je ne connais pas grand chose du monde de la santé mentale.

J’ai fait quelques incursions, très brèves, en hôpital psychiatrique et je n’ai pas été déçue du voyage. L’hôpital est souvent terne, moche, à l’abandon, la nourriture fade, les journées longues à tuer. Dans ces moments-là, on aurait besoin de beau, de confort, de tendresse : l’hôpital est loin de cela.

Heureusement qu’il y a les autres patients, on se serre les coudes, on discute, on se comprend sans jugements. Sans oublier certains infirmiers, à l’écoute et disponibles pour autre chose que distribuer nos médicaments journaliers.

Quand aux psychiatres, j’ai eu l’extrême honneur d’en rencontrer 13 en quatre ans (non, non je n’en change pas tous les mois promis, j’ai la même depuis deux ans maintenant, mais encore une fois j’ai beaucoup déménagé). Certains manquent clairement… de psychologie. Certaines phrases assassines sont restées gravées et ne me lâchent plus.

Heureusement, la bienveillance existe. Certains sont compétents et dignes de confiance.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Je n’aime pas ce terme. Je souffre de troubles bipolaires mais où est la folie dans tout ça ?

Quand je n’arrive pas à me lever de mon lit un matin, même pas pour prendre ma douche ?

Quand la crise d’angoisse me fait vomir et me met au tapis à l’idée de vivre ma journée ?

C’est étonnant, dérangeant mais fou ?!

Peut-être que la « folie » c’est avoir fait l’expérience de la souffrance psychique, celle qui plie en deux et empêche d’avancer. Cette souffrance créée de l’empathie pour ceux qui souffrent et permet de les écouter sans jugements et d’accueillir leurs récits. Aider les autres permet de se décentrer, d’oublier son propre mal-être.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Ah, ah non, jamais… Je suis journaliste, attention au mélange des genres.

Les politiques je les interviewe, je les titille et leur pointe leurs incohérences mais jamais je ne me mettrais dans leurs chaussures.

En revanche, j’aimerais lui demander de mettre des moyens.

La clé pour soigner c’est d’avoir les moyens de le faire. De ne pas empiler les médicaments mais de prendre le temps d’écouter et d’accueillir.

Et puis, c’est du bon sens, mais les séances de psychothérapie devraient être remboursées ! Cela fait partie du « traitement » et cela coûte un rein ! Seuls ceux qui ont les moyens peuvent se les offrir.

Une initiative que tu aimerais faire connaître ?

https://www.maisonperchee.org/lespiailleries

Portrait de Maxime Perez Zitvogel

Comme Maxime, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Dans ma vie de tous les jours, je suis amené à rencontrer des gens de tous horizons et ces rencontres me nourrissent beaucoup, elles me permettent d’avancer.

L’autre inspiration dans ma vie c’est mon passé familial. Je viens d’une famille qui a vécu la guerre. Cela a chamboulé les histoires de chacun mais ça ne les a pas empêché de réussir dans la vie, ce qui est un énorme enseignement pour moi.

J’ai eu la chance de grandir dans une maison où j’ai pu côtoyer des femmes incroyables comme ma tante, une chercheuse qui a décidé dès son plus jeune âge de dévouer sa vie aux autres, Agnès B., créatrice qui contribue à changer le monde.

Vous l’aurez compris, mes inspirations ce sont plutôt des femmes, d’ailleurs, je vous laisse vous renseigner sur mes trois co-fondatrices qui contribuent à mon éveil au quotidien.

Les fondateurs de la Maison Perchée, communauté d’esprits singuliers.

Mon père, mon frère et Gringe, qui a accepté d’être le parrain de notre association dès les premiers instants, contribuent à me tirer vers le haut.

Au delà des rencontres et des personnes, il y a trois éléments qui me permettent de trouver un certain équilibre dans la vie : la plongée, la marche et la musique.

J’ai eu la chance de pouvoir plonger dès mon plus jeune âge et le monde marin en général m’apporte un certain équilibre. Il n’y a que sous l’eau que je ne pense à rien d’autre, c’est le seul endroit où je n’ai pas les idées qui fusent. A l’opposé, la marche me permet d’avoir plein d’idées. Enfin, la musique qui m’accompagne au quotidien, est pour moi une source d’inspiration énorme. Comme par exemple le titre « Toucher l’horizon » de Oxmo Puccino.

J’espère trouver un jour l’équilibre parfait. Pour moi ce serait me réveiller avec le sourire, dormir sereinement et savoir que toutes les personnes qui comptent pour moi vivent la même chose.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Mon métier je ne le décrirais pas trop, mais si je devais vous en parler je vous citerais Van Gogh, fameux bipolaire, qui a dit « Je fais toujours ce que je ne sais pas faire, pour apprendre comment le faire ». C’est pour cela que j’aime mon métier, parce que j’apprends tous les jours de nouvelles choses.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Ce qui est merveilleux, et flippant à la fois, c’est qu’il y a encore tout à faire.

A La Maison Perchée, notre baseline c’est « Tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin » et je suis très heureux de constater que l’ensemble des acteurs du milieu commencent enfin à se mobiliser.

Affaire à suivre !

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Dans mon cas, assumer ma folie m’a permis de grandir et de m’éveiller.

Je pourrais simplement donner l’exemple suivant, quand j’étais au lycée on m’appelait « tomate rouge » quand je faisais une présentation, j’étais incapable de prendre la parole en public.

Aujourd’hui, j’enchaine les interviews, comme quoi quand on fait les choses avec le cœur, en s’assumant pleinement, tout est possible.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

A la base ça ne m’intéressait pas, j’étais apolitique.

En intégrant le système on se rend vite compte que c’est une nécessité pour faire réellement avancer les choses, du coup, l’avenir nous le dira. D’ailleurs, je viens d’être élu conseiller parisien des associations pour deux ans, c’est une première mais peut-être le début d’une autre histoire.

Aujourd’hui, je lui demanderais pourquoi les processus sont si complexes pour obtenir des subventions publiques et si peu adaptés aux personnes vivant avec un handicap.

Une initiative que tu aimerais faire connaître ?

Les Piailleries de La Maison Perchée.

Agoras à Saint-Ouen le 25-26 mars 2022 [Festival Sonic Protest]

Dans le cadre du Festival Sonic Protest 2022, deux journées de rencontres autour des pratiques brutes de la musique se tiendront à Mains d’Œuvres à Saint-Ouen et seront diffusées en live radio. Samedi 26 mars, on pourra même rencontrer le petit-fils de François Tosquelles, rien que ça, mais aussi le collectif Encore Heureux, la Trame, l’Adamant et le Papotin!

Entourées de performances et de témoignages, quatre agoras nous permettront donc d’aborder les inventions possibles pour faire d’un espace proposé un espace habitable et habité ; nous discuterons des manières singulières d’investir l’espace corporel, ses contours et sa matérialité ; nous retraverserons l’histoire qui s’oublie des pratiques d’accompagnement visant l’émancipation subjective pour voir comment nous en enseigner et les prolonger, et enfin nous discuterons du modèle des Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) comme forme fragile mais exemplaire des espaces à construire.

https://www.sonicprotest.com/#rencontres

PROGRAMME DU VENDREDI 25 MARS

9h00-10h00 : accueil public / café (avec projection de clips et séquences vidéos demandées aux ami(e)s des rencontres)

10h00 – 12h00 : Agora #1 : Habiter et s’approprier les espaces

Christophe Laurens
Alexis Forestier
Roberta Trapani & Jean-Luc Johannet

Pour ouvrir cette sixième édition des Rencontres ayant pour fil rouge la question des espaces, nous proposons de rentrer dans le vif du sujet en discutant des manières singulières de s’approprier nos lieux d’expériences et/ou de vie. Ou comment faire d’un lieu, d’un bâtiment, d’une salle, un espace habitable et accueillant les particularités, les goûts et les besoins de ses habitants ?

Dans les pratiques d’accompagnement sanitaire ou médico-social, l’hospitalité laisse malheureusement trop souvent à désirer. À peine s’il n’est pas dit qu’un service trop agréable encouragerait les usagers à la sédentarisation. Nous pensons au contraire qu’on ne s’apaise qu’en affinité avec son milieu. Et chacun a ses modalités pour le faire un peu sien.

Pour lancer la discussion, nous avons convié quelques personnes à nous parler de leurs expériences. Christophe Laurens tout d’abord qui s’est intéressé aux modes d’habiter expérimentés sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, entre cabanes auto-construites, autogestion, et tentative d’inventer des nouvelles formes d’organisation collective et a décidé d’y emmener ses étudiants pour un travail de recherche, publié depuis sous le titre « Notre Dame des Landes, ou le métier de vivre ». Alexis Forestier a fondé le groupe Les Endimanchés en 1985 entre musique industrielle et chanson populaire, puis il crée la compagnie Les Endimanchés avec laquelle il monte de nombreuses créations. Intéressé par les aléas de la raison, il travaille de nombreuses années à la Clinique de La Borde et collabore depuis 2008 avec André Robillard. En 2013, Alexis participe à la création de La Quincaillerie, lieu d’expérimentation au sens propre, aussi bien de mode de vie en commun, de pratique de création que d’accueil. Enfin, Roberta Trapani, membre du collectif de recherche-action Patrimoines Irréguliers de France (PiF) et rédactrice de la revue en ligne Hors-les-Normes, et l’artiste Jean-Luc Johannet nous parleront de l’oeuvre titanesque de ce dernier, qui s’inscrit à sa façon, ou au moins en partie, dans le vaste univers des environnements irréguliers, « composés d’utopies architecturales, d’environnements ornés par des habitants-paysagistes, de cabanes bricolées sur des ZAD et des ronds-points, ou encore d’installations et de jardins urbains clandestins où l’on cultive la sociabilité, la réciprocité et l’expression créative »

12h00 – 12h30 : Performance «Des arts sonnants, des arts sonnés » par Arnaud Le Mindu et les usagers de l’hôpital psychiatrique Pierre Janet (Le Havre)

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé par La Trame et le collectif Encore Heureux

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00 – 15h30 : Le Papotin interview Pascal Comelade****

La grande majorité des rédacteurs du journal atypique Le Papotin, sont accompagnés par différentes institutions médico-sociales d’Ile-De-France. Se retrouvant tous les mercredis, ils interviewent régulièrement des personnalités allant du cinéma à la politique, de la météo à la doublure-voix, de la philosophie à la musique. Depuis trois ans, ils participent aux Rencontres et cette année, c’est le musicien catalan Pascal Comelade, figure majeure depuis 40 ans des musiques de genre et de traviole, qui répondra à leurs questions.

15h30 – 16h00 : Témoignage : Alexis Degrenier « Être malade c’est un travail ; la maladie, c’est un emploi »

Alexis Degrenier, bien connu du public de Sonic Protest, est batteur et percussionniste, circulant depuis des années entre improvisation et écriture, musique savante et musique traditionnelle. Après 3 années passées dans les murs blancs des hôpitaux le tenant éloigné de toute vie musicale, il développe des outils techniques lui permettant de créer ses ramifications manuelles à l’aide de technologies aussi complexes qu’organiques. Il viendra aux Rencontres nous faire quelques rappels sur les non-dits et les impensés du monde de la culture quant au handicap et la maladie.

16h00 – 18h00 : Agora #2 : Le corps, la sape, les prothèses.

Sabrina Calvo
Infecticide
Barbara Massart & Nicolas Clément
Les stylistes de l’ESAT Turbulences (sous réserve)
Alexis Degrenier

« Habiter son corps » est toujours un bricolage personnel sans cesse remanié par les aléas du sensible traversé. Or, une des façons de l’investir, ce corps, c’est de le vêtir. Sabrina Calvo d’abord connue en tant qu’autrice de SF aux éditions La Volte, dessinatrice et game designer, est aussi couturière, et la question du corps sensible est centrale dans son œuvre. Barbara Massart est une artiste membre de La « S » Grand Atelier dans les Ardennes belges où elle crée quotidiennement d’incroyables œuvres textiles et costumes. Elle a collaboré avec Nicolas Clément à la création de deux films « Barbara dans les bois » et « Santa Barbara » qui seront diffusés en continu en salle d’exposition. Elle tiendra par ailleurs sur les 2 jours des Rencontres l’atelier Küstom Kostüm et confectionnera en live et en collaboration avec les participants et le groupe Infecticide les tenues de scène de ces derniers ! Les membres d’Infecticide viendront témoigner de leur passion pour le costume (des costumes d’araignées aux serveurs McDonalds) à la scène comme à l’écran (clips et projets solo du chanteur comédien Thomas Suire). L’ESAT Turbulences ! propose également sous ses chapiteaux, un atelier de stylisme dont une partie de l’équipe viendra nous présenter la pratique.

18h00 – 18h30 : Performance : Adamant Sound System

Quand la poésie rencontre l’impro musicale.

L’Adamant est un bâtiment flottant, sur la Seine. C’est un hôpital de jour qui accueille des personnes vivant dans le centre de Paris. C’est aussi un club thérapeutique, L’Embarcadère, son bar associatif. Un journal apériodique (et oui), Les Beaux Barres, une webradio (laoueve.com), un groupe « musiques » avec des instruments, des grosses enceintes, une énorme table de mixage, et des voix, une médiathèque, des péniches qui passent, des riffs de guitare en boucle, des oiseaux, des sirènes, du cinéma, des machines à coudre, des oreilles qui écoutent et Tant de Poses. Et tant d’autres choses.

PROGRAMME DU SAMEDI 26 MARS

9h00-10h00 : accueil public / café (avec projection de clips et séquences vidéos demandées aux ami(e)s des rencontres)

10h00 – 12h00 : Agora #3 : Regards sur des pans d’histoire.

Jacques Lin
Emmanuel Tosquellas
David Ryboloviecz
Savine Faupin & Christophe Boulanger

Aux Rencontres, nous apprécions présenter des initiatives inédites et mettre en lumières des tentatives qui nous semblent novatrices ou tout du moins audacieuses et motivantes pour les professionnels autant que pour les concernés par les logiques d’accompagnement. Mais nous n’oublions pas qu’à d’autres époques, d’autres tentatives ont eu lieu, et parfois même de grande envergure. De l’après-guerre aux années 80, l’accompagnement des personnes en situation de handicap psychique et/ou mental a vécu une transformation radicale avec des initiatives multiples. Suffisamment pour nous donner envie d’en discuter et de débattre de ce que l’on peut retirer de ces expériences, et réfléchir, en écho, à ce qui peut s’inventer comme stratégies nouvelles. Parmi nos invités, citons d’abord Jacques Lin, qui fut dès le milieu des années 60 un des acteurs principaux du réseau Deligny dans les Cévennes. À peine âgé de 20 ans, Jacques Lin quitte l’usine et se lance dans ce qu’il nommera « la vie de radeau » auprès de jeunes autistes dans une franche sobriété choisie. Emmanuel Tosquellas, lui, est infirmier psychiatrique à l’hôpital de Saint-Alban, lieu où est née la psychothérapie institutionnelle sous l’impulsion de François Tosquelles, son grand-père. Nous accueillerons également David Ryboloviecz, responsable national du secteur Travail Social Santé Mentale des CEMÉA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active), qui, depuis plus de 80 ans, soutiennent sur tous les fronts (éducation, social, santé, culture etc.) les engagements militants aux côtés de la Psychothérapie institutionnelle ou des pédagogies nouvelles. Nous accueillerons enfin Savine Faupin & Christophe Boulanger, en charge de l’Art Brut au LaM de Ville- neuve d’Ascq, fins connaisseurs des nombreuses stratégies d’accompagnement des artistes singu- liers au cours du temps.

12h00 – 12h30 : témoignage. Eugène Lambourdière dit “Maurice” et le galeriste Eric Gautier de la galerie d’art brut Le Moineau Écarlate nous présenterons l’œuvre de Maurice à travers leur rencontre et leur collaboration continue.

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé par la Trame et le collectif Encore Heureux

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00 – 15h30 : carte blanche à Encore Heureux
Le Collectif Encore Heureux… invite Le Chantier Cinématographique

« Ça va encore durer des semaines, des mois voire des années alors autant ne pas annuler, ne pas reporter, ne pas attendre le moment où ça sera de nouveau possible comme avant mais s’organiser dans la crise …»

Le collectif Encore Heureux… invite cette année des participant.e.s d’un atelier d’écriture et de réalisation collective – Chantier Cinématographique – mis en œuvre à partir de 2020 par Élisa Le Briand & Yoana Urruzola depuis L’Abominable – laboratoire cinématographique partagé à La Courneuve – avec des usager.e.s et salarié.e.s de plusieurs structures d’entraide et d’accompagnement social de la Seine-Saint-Denis : les GEM – Groupe d’Entraide Mutuelle – L’Entre-Temps (Saint-Denis), Le Rebond (Épinay), Les Gens du 110 (Montreuil), le SAVS – Service d’Accompagnement à la Vie Sociale – Les 3 rivières (Stains) ainsi que La Trame – dispositif expérimental d’accueil, d’échange et d’orientation – (Saint-Denis).
Il s’agira en leur compagnie d’évoquer la réalité de cette expérience au long cours initiée dans la crise sanitaire ainsi que d’échanger autour de la fabrique commune d’un film et des entours et conditions matérielles qui la rendent possible.

15h30 – 16h00 : Performance musicale d’Etienne & Jonathan (Les Harry’s) et projection de «L’esprit des Lieux / Métingue n°1», un film court de Jérôme Walter Gueguen sur une nouvelle forme de création collective imaginée par Léna Burger, La Belle Brute et Fantazio, un premier métingue en 2021 au Studio Rodolphe Burger à la ferme Klein Leberau (Alsace).

16h00 – 18h00 : Agora #4 : Chacun cherche son G.E.M.
La Maison de la Vague
Advocacy
La Trame
GEM Autismes 17
et d’autres associations ou Clubs

Les Groupes d’Entraide Mutuelles (GEM) sont des lieux portés par des associations d’usagers en santé mentale. Ce sont des espaces pensés et organisés au quotidien par les adhérents eux-mêmes, avec l’aide d’animateurs salariés et bénévoles. Les GEM ne sont pas médicalisés et si certains cherchent une complémentarité avec les différents dispositifs de soin, d’autres s’organisent comme des accueils occupationnels plus classiques se substituant même parfois à des prises en charge médicales. À la différence des lieux de soins, les activités y sont largement portées par les adhérent.e.s eux-mêmes, suivant leurs envies et leurs possibilités. Après quinze années d’existence, des questions nous viennent : de quelles missions les GEM sont-ils porteurs ? Quelles approches pour les nouveaux GEM “autisme” ? Comment s’accommodent-ils de leur cahier des charges et des nombreuses circulaires qui paraissent régulièrement à leur sujet ainsi que de leurs bases économiques fragiles ? Quels liens entretiennent ces lieux avec la création artistique ? Quels liens avec les structures culturelles extérieures ? Qu’en est-il de la question du soin, de la thérapeutique ? C’est donc pour réfléchir à la fois à l’intérêt spécifique de tels espaces ainsi qu’à leur précarité que nous avons proposé au GEM La Maison de la Vague d’animer ce temps de discussion. Pour l’occasion seront invités des GEMs mais également certains acteurs qui ne se sont pas reconnus dans cette proposition de la loi de 2005 et qui ont, soit continué une route engagée depuis fort longtemps (clubs thérapeutiques), soit décidé de tracer une autre trajectoire comme réponse aux limitations inhérentes à ce dispositif.

18h00 – 18h30 : Témoignage : Frédéric Prieur & Bruno Voillot de l’Adamant

Frédéric Prieur ne se déplace jamais sans son magnétophone et quelques K7 dans les poches de sa veste. Il enregistre, capture, coupe, monte, transforme, fictionne le monde pour le rendre un tant soit peu supportable, pour se jouer de lui, le truquer voire le détraquer, le faire sien. Ceci n’est pas un magnétophone, c’est une arme.

EN CONTINU

Atelier cuisine co-animé par les équipes de La Trame et du collectif Encore Heureux… ou comment décortiquer, découper, hacher, malaxer ensemble la parole et les aliments tout en préparant le repas qui sera servi à midi !

Atelier Kostüm Küstom Porté par le duo d’artistes Barbara Massart de la “S” Grand Atelier (Centre d’art brut et contemporain / Belgique) en collaboration avec le groupe Infecticide. Un atelier d’improvisation textile sur les 2 jours. Une mission commune : confectionner ensemble les costumes de scène d’Infecticide pour le concert du samedi soir. Atelier ouvert sur inscription à la demi-journée minimum via ou sur place.

Atelier photo Tant de Poses proposé par l’équipe du Centre de Jour psychiatrique l’Adamant.
Dans le monde actuel, on est confrontés en permanence à l’image, aux images; mais avec quelle sincérité ? Quelles émotions ? Avec quelles angoisses ?

La relation de confiance photographe/photographié garantit un rapport d’égalité qui permet de modifier les regards de l’un sur l’autre. C’est la connaissance et la re-connaissance de l’autre qui soutient alors quelque chose d’une réconciliation…Noir et blanc avec une imprimante « minute ».

Ouvert en permanence de 9H au soir dans l’espace bar.

Forum d’édition
Un ensemble de petits stands d’éditions : livres, disques, etc. sur les sujets qui touchent les Rencontres.
Eau de Javel, Croatan Editions, Le Papotin, Librairie Michèle Firk, Madame Macario, Margins, Les Nouveaux Cahiers Pour La Folie, La Belle Brute, La Volte, BrutPop… toute la journée dans l’espace expo.

T’es pas là ???
L’intégralité des Rencontres diffusée en live radio sur sonicprotest.com

L’enfermement à la folie [Prison Insider]

En novembre 2021, Prison Insider publie, en collaboration avec l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), une analyse de la prise en charge des auteurs d’infractions qui souffrent de troubles psychiques dans huit pays : Allemagne 🇩🇪, Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et Pays-de-Galles 🏴󠁧󠁢󠁷󠁬󠁳󠁿, Belgique 🇧🇪, Espagne 🇪🇸, Italie 🇮🇹, France 🇫🇷, Pays-Bas 🇳🇱, Suisse 🇨🇭.

Plus de 40 % des personnes détenues en Italie 🇮🇹 présentent au moins un trouble psychique. Elles sont environ 30 % en Espagne 🇪🇸, 35 % en Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et 60 % aux Pays-Bas 🇳🇱. Ces proportions sont nettement supérieures à celles constatées en population générale. La prison signe fréquemment la rupture des liens sociaux et familiaux. L’isolement, la promiscuité et le bruit plongent les personnes détenues dans une atmosphère violente. Les consommations de substances sont courantes. Des conditions propices pour que se déclenchent, se développent ou se renforcent des pathologies psychiatriques existantes.

La prison se voit accueillir des personnes en souffrance, elle qui n’est pas un lieu de soin. Partout en Europe, les parcs pénitentiaires se dotent d d’unités de soins psychiatriques ou d’établissements dédiés : « on fait entrer l’hôpital en prison ». Des structures hybrides émergent, entre gestion pénitentiaire et soins psychiatriques. La Belgique 🇧🇪 ouvre des annexes psychiatriques en prison. L’Espagne 🇪🇸 se dote d’hôpitaux psychiatriques pénitentiaires. La France 🇫🇷 dispose de 26 Services médicopsychologiques régionaux (SMPR). Elle développe un plan de construction d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), surnommées hôpitaux-prisons. Aux Pays-Bas 🇳🇱, les établissements pénitentiaires psychiatriques sont situés au sein des prisons. Ils accueillent les personnes sous mesure de soins et les détenus qui nécessitent des soins.

Si la possibilité de transférer les détenus malades en hôpital psychiatrique existe, l’accueil reste timide, et ces derniers y sont largement discriminés. En Allemagne 🇩🇪, la majorité des hôpitaux psychiatriques généraux de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat refusent d’accueillir des patients détenus. Les personnels hospitaliers déclarent craindre pour leur sécurité et s’inquiéter du danger que ces personnes représentent. En Espagne 🇪🇸, le CPT note la réticence des autorités à effectuer des transferts de la prison vers l’hôpital psychiatrique : seules 2 % des personnes détenues le sont alors que 30 % d’entre elles répondent aux critères de transfert. En France 🇫🇷, le recours à l’isolement est quasiment systématique et la durée de séjour très courte.

Les personnels font face à des situations qu’ils ne sont pas en mesure de gérer. Une formation sur la prise en charge des troubles psychiques ne leur est que rarement dispensée. Elle est réduite au strict minimum lorsqu’elle existe : un paradoxe alors que la prison se mue peu à peu en annexe de l’hôpital. Le manque de formation adéquate du personnel entraîne une prise en charge souvent inadaptée des personnes détenues qui souffrent de troubles psychiques.

En bref, les murs sont poussés, place aux malades. Faute de moyens, la qualité des soins psychiatriques, lorsqu’ils sont proposés, ne suit pas. Le recours à l’isolement et à la contention est fréquent. Les traitements médicamenteux sont administrés à de fortes doses. L’évaluation de la dangerosité de la personne est au cœur de toutes les modalités d’enfermement. Les durées des peines et des mesures de soins s’allongent : les libérations sont conditionnées au risque zéro, au terme d’évaluations très exigeantes. Le mirage d’une société sans risque marque l’apogée de la vision sécuritaire de la maladie psychique. Souvent au détriment des soins.

État des lieux, analyses, témoignages : Prison Insider vous invite à découvrir L’enfermement à la folie et à entrer, pays par pays, dans le fonctionnement d’un système.

Prison Insider attache un intérêt tout particulier aux témoignages. Aucun chiffre, aucune donnée, aucun rapport ne peut se substituer au récit. Ces regards sont complémentaires. Il nous importe de faire entendre vos voix.

Contactez-nous (c.bouchart@prison-insider.com et etudes.comparees@prisoninsider.com).

Mes pensées vont à Monsieur D. [Une Si Belle Folie]

Sarah, autrice du blog Une Si Belle Folie, nous offre une magnifique réponse aux traitements stigmatisants de tous ces faits divers qui font de nous des monstres.

Au début du mois de janvier, j’ai commencé à préparer un texte. Il s’appelait « Comptes de la psychophobie ordinaire ». Je voulais compiler les attaques qui nous sont faites, explorer leurs formes multiples, frontales ou déguisées… Je n’ai pas réussi, j’avais peur de me noyer, toute seule dans cet océan de haine crue, de peur lâche, d’ignorance crasseuse.

Pourtant, il y en avait des choses à dire !

Les faits divers se suivent et se ressemblent, la traque médiatique et politique ne connaît pas de repos.

Nos oreilles et nos cœurs saignent des mots que tous emploient, tous les jours. Journaux, réseaux, métro, apéros. Partout.

La psychophobie et la maltraitance sont partout, au cœur de toutes les institutions. hôpitaux, commicos, tribunaux, centres sociaux… Partout. Dans toutes les taules, et tous les lieux de vie institutionnalisés. À l’assemblée nationale, au sénat. Partout, rongeant les institutions qui ont pour mission de nous protéger, nous, citoyens et citoyennes que la folie expatrie.

La litanie ne s’arrête jamais.

Ce que nous autres psychiatrisés, fous et folles avec ou sans étiquette, fragiles cognitif et psychiques nous mangeons dans la tronche au quotidien, gratuitement, est d’une violence inouïe.

Aujourd’hui, en 2022, nous en sommes en droit de nous poser la question : nous, folles et fous, sommes nous des citoyens ?

Depuis 50 ans, la France n’a jamais traité ses fous aussi mal.

Plutôt que des « Comptes de la psychophobie ordinaire », je vous propose ce billet autour d’un des nombreux faits divers de ce mois de janvier.

Mes pensées vont à Monsieur D.

Janvier 2022… Passons sur Booba, roi des trolls, dont l’histoire personnelle devrait résonner avec ce que Stromae tente de capturer : le mal à vivre, jusqu’à vouloir en finir. Non, il y a des degrés dans la souffrance, il y a des souffrances qui « méritent ». Or, ironie du sort, ces dernières sont irréversibles, n’est-il pas alors important de raconter les moments suspendus ? Les posts se succèdent, les anonymes s’en mêlent et relaient la difficulté de l’humain à penser la douleur de l’autre.

Passons sur le médecin qui m’a reçu quand j’ai fait ma troisième dose de vaccin. Et qui a accueilli l’annonce de mes traitements médicamenteux d’un « Ah. Bipolaire », quand ils auraient pu être associés à tout un tas d’autres pathologies. Pour ma part, l’étiquette diagnostique est depuis bien longtemps digérée, j’ai pris l’utile et j’ai jeté le reste. De tels diagnostics sauvages, non sollicités, peuvent avoir des effets délétères pour quelqu’un en errance et en recherche de sens.

Passons sur ce fait divers « pyrénéen » magnifié par la lentille médiatique. Sans que jamais ne sois questionnée l’institution militaire sur sa responsabilité sur l’état de santé de cette ancien soldat.
Passons sur les discours politiques sécuritaires. Sale goût de 2008.

Passons…

Et pourtant, ça ne passe pas. Je refuse de laisser passer. Comme dans une chanson de Brel, j’entends « au suivant ».

La Provence, 28/01/22 : « À Marseille, le retour d’un malade violent en psychiatrie entraîne une grève des soignants ».

L’article (en mérite-t-il le nom?), décrit comment un homme de plus de deux mètres, Monsieur D., extrêmement violent, fait trembler les soignants de Marseille à Lyon. Un préavis de grève est lancé.

Les titres sensationnalistes s’enchaînent :

France Bleu, 30/01/22 : « Le retour d’un patient psychiatrique dangereux inquiète les soignants de La Conception à Marseille. »

YahooNews, 31/01/22 « Marseille : le retour d’un géant ultra violent terrorise l’hôpital psychiatrique. »

BFM, 02/02/22 « « Il faut 16 soignants pour le maîtriser. » : un patient violent terrifie les services d’un hôpital psychiatrique. »

Au fil des torchons, on apprend comment Monsieur D. est trimballé de service en service, comment un dispositif spécifique a été mis en place par la préfecture, mais, non, rien n’y fait, Monsieur D. explose, éructe, fugue, détruit tout sur son passage. Et quand ça pète, il faut 12, non 16, non, 19 soignants pour le maîtriser.

Sa taille, son poids, sont répétés sans cesse. Et les attaques incessante envers tous ceux qu’il rencontre.

C’est important, ça, de faire de lui une bête, un démon.

De montrer qu’il est d’une autre nature. Quand nous sommes tous fait du même bois. La folie est affaire d’intensité, elle est affaire d’environnement, de relation à l’autre et au monde, elle est profondément humaine.

Mieux vaut, aussi, faire porter tous les maux à Monsieur D., plutôt que de souligner les manques de l’inhospitalière psychiatrie.

Le but ? Faire trembler les français jusque dans leur lit.

Le reste est offert à la spéculation. Le reste, sauf l’implicite évidence qui transpire de tous ces articles : les actes de Monsieur D. sont, à chaque fois, des actes froids, déterminés, intentionnels.

Permettez-moi de combler ce trou béant offert à la spéculation, en m’appuyant sur l’expérience, sur mes recherches, sur les confidences qui me sont offertes par mes pairs.

La vie de Monsieur D., depuis ses 16 ans, c’est une vie faite d’aller-retours entre les unités pour malades difficiles et les services fermés. Une vie de souffrances aiguës, de souffrances continues.

Une vie de chambre d’isolement, une vie de contention, une vie de piqûres, une vie de chimie lourde, probablement une vie d’électrochocs. On sait assommer des chevaux, assommer des éléphants. Soyez sûrs qu’on assomme Monsieur D.

C’est une vie désorientée, une vie de noyade et de panique. Une vie de 20 coups rendus pour un coup donné. Une vie d’humiliations et d’insultes, qui appartiennent aujourd’hui au domaine public. Une vie sans vie privée. Une vie sans amour, ou peut-être quelqu’un est-il encore là ? Si c’est le cas, mes pensées vont aussi vers vous.

Soyez sûrs, aussi, que si Monsieur D. avait tué, s’il avait torturé, s’il avait violé femmes et enfants, nous le saurions. Les médias s’en seraient régalés.

Monsieur D. n’est pas un grand criminel.

Il est inadapté à un monde qui ne s’est jamais adapté à lui.

Il est odieux qu’il serve d’épouvantail pour que, dans les médias, dans les discours politiques, dans l’opinion publique, la violence institutionnalisée faite au fous, à tous les fous, soit, encore une fois, justifiée.

La psychiatrie s’acharne sur chacun d’entre nous.

En 2012, lors de ma première hospitalisation contrainte, quand je n’ai pas voulu accepter les règles du jeu de votre taule, vous vous y êtes mis à huit sur mes 1m75 et mes 75kg. Vous m’avez confié en avoir bavé.

C’était la vie en moi qui résistait. C’était de ma liberté dont il était question. C’était mon angoisse, ma terreur, mon esprit bouleversé qui s’exprimaient, et non de la violence intentionnelle.

C’est la force et la chimie qui ont gagné, comme toujours. C’est un jeu où nous ne pouvons gagner.

De toute ma vie, je n’ai été violente qu’entre vos mains. Ou celles des flics.

En 2013, en réponse à une nuit blanche de divagation pieds nus, ce sont 5 flics qui sont venus me cueillir et me maîtriser. Je me suis réveillée le lendemain attachée sur le lit d’une chambre d’isolement, dans le noir, presque nue. J’ai eu de la chance. J’ai le privilège d’être blanche, je divaguais en plein centre ville, en plein jour.

J’ai le privilège d’être en vie.

La nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Maurepas, à Rennes, cinq balles sont tirées dans le dos de mon ami Babacar Gueye, en réponse à sa détresse. Les agents de police empêchent les pompiers de monter pendant plus d’une heure. Babacar suffoque et s’éteint, pendant que la machine judiciaire, prompte à protéger ses chiens fait déjà marcher sa mécanique.

Le 10 mars 2018 à Rennes, Maëlig, le frère d’une très bonne amie, met fin à ses jours, 24h après que les soignants aient mis un terme prématuré à son séjour à l’hôpital. Il y était hospitalisé suite à une tentative de suicide. Les psychiatres ont mis un place un nouveau traitement, et programmé une sortie avec la famille, qui s’est organisée en conséquence. Maëlig sort 8 jours avant la date prévue, sans que sa famille soit prévenue.

De tels récits, j’en ai entendu des dizaines. Mais ils ne sont pas miens à raconter.

Pour nombre d’entre nous, rien d’autre que ce cercle vicieux, « comme l’a dit Sarko », rien d’autre que la rue, l’HP, et la prison. Chaque fois, l’institution policière-psychiatrique se protège. C’est d’autant plus facile, quand, socialement, l’image d’un fou malmené ne provoque à son endroit que la moquerie, le dégoût, la haine…

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

La psychiatrie a bon dos, me direz-vous. C’est parce que je vous sais assez fins pour comprendre que ce que j’englobe sous ce terme, c’est tout à la fois la discipline médicale, ses liens macabres avec la police et la justice, les politiques de santé publique, le miroir social et médiatique des représentations de la folie…

Il y en a assez que le sensationnalisme n’aille que dans un sens. Quand les soignants maltraitants seront-ils jugés ? Combien d’entre nous serons passés entre leurs mains ?

Oh, du fait divers, il y en aurait, ne vous inquiétez pas, car ces forçats ont tout un arsenal à leur disposition. Camisole, contentions, isolement, privations, punitions… Et la chimie qui nous assomme tous et toutes la nuit.

Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici, le fait divers, le cas isolé. La violence qui nous est faite est orchestrée. Elle est massive. Elle fait système.

Vous me dites que ce que j’avance n’est pas très précis ? Que je vais trop loin ? Vous voulez des chiffres ?

Les vies perdues ne se chiffrent pas, elles se pleurent, elles creusent les entrailles, d’autant plus quand le départ est aussi violent. Elles laissent des trous béants dans nos âmes.

Babacar était lumineux, drôle, il avait le soucis des autres, donnait sa force partout où il le pouvait. Il aimait danser, courir, regarder des vieux films d’action. Il était canon, avec un sourire à tomber. Il allait de l’avant, il était déterminé.

Maëlig était passionné de musique et de cinéma, il animait des chroniques cinéma, il faisait des lectures pour les enfants dans les bibliothèques, il partageait ses passions sans relâche pour nous amener dans son univers riche et généreux. Il était charismatique, gentil, il avait choisi l’humour plutôt que la rancune, il était dans la vie.

Babacar et Maëlig étaient des fils, des pères, des frères, des amis, des amoureux.

Ils avaient 27 et 36 ans, la vie devant eux, et les rêves qui vont avec.

Les vies mutilées ne se chiffrent pas, elles se traversent dans la douleur, dans une souffrance qui n’a d’égale que l’indifférence qui lui est opposée. Noyés sous la chimie, torturés, humiliés, jusqu’à ce que le dernier fil qui nous retiens à la vie ne lâche.

J’en suis écœurée jusqu’à l’indigestion, des chiffres.

Je rêve d’un monde où les charniers ne se résument pas à des chiffres. Allez les chercher, vous, les élus qui fermez les yeux, les intellectuels muets, les soignants violents, ou à minima dans un déni que je ne peux qualifier d’entièrement inconscient, les travailleurs sociaux aux jugement moral lapidaire, Monsieur et Madame tout le monde étouffés par leurs œillères, ou pire, la haine des fous.

Soyez sûrs, tous, que si on ouvrait vos cerveaux comme on ouvre les nôtres, si on vous écoutait vous parler à vous-même, si on découvrait ce que vous pensez des autres, tout ce qui vous fait flipper, vous aussi vous seriez enfermés, attachés, cachetonnés. La frontière est mince, et le chemin pour recouvrir son statut d’homme et de femme, de citoyen, est laborieux.

Les chiffres débordent des sites web du Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, de la Haute Autorité de Santé, d’Amnesty International…

La psychiatrie avait commencé à prendre un visage humain à partir de l’après-guerre, après que 45 000 malades soient morts de faim sous le régime de Vichy, avec l’expérience de La Borde, avec le mouvement du désaliénisme, avec les courants de la psychothérapie institutionnelle, et de l’antipsychiatrie.

Il fut un temps où, pour les soignants, pour les policiers, pour les pompiers, travailler auprès de « l’humain en crise », c’était désamorcer des situations en apparence inextricables, c’était prendre le temps d’apaiser, c’était prendre le risque de se prendre une baffe, parce qu’on avait le souci de détricoter le fruit de la panique et du délire, de celui de la violence intentionnelle.

Cette période de renouveau intellectuel et éthique, cette période où sont nées de nouvelles pratiques et de nouveaux espoirs pour les fous est révolue.

La psychiatrie régresse. La psychiatrie est ultra-violente, et la société est à son image à l’égard des fous et des folles. Ou alors c’est l’inverse ?

Je n’écrirais pas ici de liste à la Prévert. Soyez sûr que je sais combien les oppressions se superposent.

Nombreux sont celles et ceux qui ont des raisons de craindre une nouvelle accélération autoritaire, pour leur esprit, pour leur corps, pour les êtres qui leurs sont chers. Qui seront les premiers à être massacrés ?

La psychiatrie tue. La psychiatrie mutile. La psychiatrie assassine.

Je suis injuste ? Rien n’est juste dans la façon dont nous sommes traités. Je ne veux pas vous entendre geindre. Je veux provoquer un choc. Depuis 50 ans, jamais on ne nous a autant malmenés.

Certains semblent découvrir aujourd’hui que certaines catégories de citoyens peuvent être déclassées. Les fous ne le savent que trop bien.

Avec la particularité que la famille des fous transcende les clivages sociaux.

Oh ! On se remet mieux avec de la thune, avec des bagages universitaires, avec le bon réseau. On est moins bien armés face à la machine à broyer quand on se bat déjà pour survivre. Là comme partout la misère inflige une double peine.

Nous sommes des sous-citoyens. Toute forme de représentation autonome et émancipée nous est interdite. Partout, des instances consultatives aux comités d’éthique des hôpitaux, dans les conseils municipaux, un simulacre de représentation est savamment orchestré. Surtout, que les fous n’y fassent pas de vagues.

On parle pour nous. La « bienveillance », le scientisme et la charité sont des leurres. On nous aime maintenus sous l’eau. Cluzet. Leboyer. Psychodon. Maintenus sous l’eau, pauvres, shootés, infantilisés.

Parlons de ce préavis de grève, lancé par FO. Jamais je n’ai vu passer un tract où les revendications ne soient pas d’abord salariales. Les soignants doivent accéder à plus de moyens humains et matériels, obtenir une rémunération décente, être formés, et je suis la première à défendre ces revendications.

Mais j’ai la rage, quand je vois qu’elles ne sont quasiment jamais accompagnées de mots d’ordres visant à l’arrêt des pratiques maltraitantes. Si elles sont évoquées, c’est au détour d’une phrase, pas dans le cœur des revendications. Comme si tout n’était pas à reconstruire dans la relation des soignants aux patients.

Le manque d’analyse des pratiques est partout. Le manque de moyen est une excuse confortable. Il est des services où, avec les mêmes maigres moyens, on recourt 2 fois moins, 10 fois moins aux mesures coercitives que sont l’isolement, les contentions et la médication forcée.

À Rennes, avec un camarade nous avons tenté d’établir un lien avec les syndicalistes locaux. Nous n’avons rencontré que du cynisme et de l’hypocrisie. Nous avons envoyé des mails, nous nous sommes rendus sur des piquets de grève.

Nous n’avons rencontré que de fausses promesses, puis le silence, quand les discussions avec les grévistes ne faisaient qu’entériner notre intuition que l’hôpital public est de plus en plus violent d’années en années, de crises sécuritaires en crise sanitaire. Il traite l’urgent, « la file active », et nous boute dehors en se lavant les mains des suicides de ceux qu’ils ont lâchement lâchés trop tôt.

On nous a claqué la porte au nez. L’HP continue de se verrouiller en enchaînant les fous.

Pourtant, mon camarade et moi, nous travaillons à longueur d’année avec des professionnels de santé, des acteurs associatifs et institutionnels, des représentants de familles d’usagers…

Très chers pairs. Je me permets d’écrire en rêvant.

Très chers pairs. Rassemblons nous, partout où nous le pouvons. Nous sommes les seuls sur qui nous puissions compter pour briser nos chaînes. Rassemblons nous, en collectifs indépendants de toutes instances institutionnelles.

Nous, usagers militants, arrêtons de semer notre énergie aux quatre vents aux sein d’assemblées ankylosées où ne règnent que le consensus mou et, trop souvent, la langue de bois. Cette énergie, qui nous manque si souvent dans nos quotidiens accidentés, nous en avons besoin, pour nous tous, et d’abord pour celles et ceux d’entre nous qui souffrent le plus.

Je ne suis pas partisane d’une non-mixité « à tout prix ». Mais cette non-mixité, nous en avons un cruel besoin. Quand, en France, un collectif national d’usagers de la psychiatrie, de fous et de folles, réunissant des dizaines (et, à fortiori des centaines) d’entre nous pour travailler sur le long terme a-t-il existé ?

Il est temps.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout. Nous avons besoin de nous mettre d’accord sur une stratégie politique, et sur des objectifs prioritaires. Pour le reste, la diversité de nos visions et de nos pratiques est ce qui fera notre force.

Que tous et toutes se sentent bienvenus dans ces collectifs, les vieux loups et les plus jeunes, les militants associatifs, les représentants d’usagers, les pairs-aidants, les militants politiques…

Si certains d’entre vous souhaitent discuter, je ne suis pas difficile à contacter.

Je vous laisse sur ce doux rêve de libération.

Mes pensées vont à Babacar et Maëlig, et à toutes celles et ceux qui continuent de les aimer.

Mes pensées vont à Monsieur D., j’espère que vous me pardonnerez, à mon tour, d’avoir parlé de vous sans vous.

Mes pensées vont à toutes celles et tous ceux qui, à l’heure où j’écris, à l’heure où vous me lisez, subissent l’acharnement d’une médecine qui trop souvent n’en mérite pas le nom.

À la folie,

Nous avons le droit d’être furieux.

Sarah Jolly.

Article initialement publié sur mon blog, unesibellefolie.com, le 14/02/22, accompagné de cette note :

Note à destination des soignants: La rubrique « Coup de Gueule » existe sur Une Si Belle Folie afin de me permettre d’exprimer ma colère, la rage qui me saisit parfois face à toutes les violences dont nous sommes la cible. Ce sont des émotions et des énergies qui doivent être accueillies. Travailler ensemble à un accueil humain de la folie demande d’avoir dépassé cette rage, et de construire des alliances susceptible de porter des lendemains lumineux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de cette certitude : nous gagnerons ensemble, mais seulement si vous nous considérez comme vos égaux.

Toutes les autres rubriques d’USBF témoignent de mon respect pour les soignants qui m’ont aidé à me reconstruire, ceux avec qui je travaille aujourd’hui, ceux dont j’écoute les interviews et lis les articles avec un grand intérêt.

Je tire mon chapeau à tous ceux et celles d’entre vous qui se battent à contre-courant, vous n’étiez pas la cible de cette colère. J’invite tous les autres à ouvrir les yeux et à ne plus jamais les refermer.

Portrait de Géraldine

Comme Géraldine, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

À l’égalité !

On est tous pétris par les accidents de la vie, les joies, les rencontres, nos désirs… la vie quoi !

J’aspire à la parole et la sincérité.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Mon métier c’est infirmière et j’ai mis du temps pour le choisir.

Je travaille en psychiatrie, c’est plus haine que amour vis à vis de l´institution mais je ne lâche pas le navire, je me dis que les choses peuvent changer et lutter pour des soins plus humains m’a permis d’élargir ma vision de la psy et faire de belles rencontres.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

C’est violent pour les patients et les familles et les soignants.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Mieux se connaître (étrange non ?).

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Du fric pour l’hôpital public !!! Je ne vais pas développer mais sinon, si on me donne les manettes, je saurai m’entourer et agir collectivement, pas comme un ministre en somme.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître ?

Comme des fous et Humapsy et tous celles et ceux que je connaîtrai j’espère bientôt.

Conférence Open Dialogue, le 18 mai 2022 à Paris.

L’association U_P a la joie d’accueillir le Professeur Jaakko Seikkula le 18 mai à Paris 🇫🇷 pour un colloque sur les pratiques Open Dialogue.

« Jaakko Seikkula a été Professeur en Finlande 🇫🇮 à l’université de Jyväskylä, il est maintenant Professeur en Norvège 🇳🇴.

Il est l’un des pionniers de l’approche: « Open Dialogue » ou dialogue ouvert.

L’Open Dialogue est une approche collaborative développée initialement en Laponie occidentale (Finlande) pour aider et accompagner les personnes qui traversent une crise psychique.

L’Open Dialogue ne se réduit pas à une technique d’entretien. 

C’est une philosophie du soin doublée d’une nouvelle organisation de la psychiatrie.

Ce double ancrage permet de déployer cette approche et d’accueillir les personnes en souffrance psychique et leurs proches.

7 principes en constituent les piliers: la tolérance à l’incertitude face à ces crises et l’implication du réseau autour de la personne en crise (famille, amis et les autres professionnels) sont certainement ceux qui semblent paradoxalement les plus subversifs pour une pratique de la psychiatrie que l’on connait.

Les professionnels sollicités en cas de crise et pour le suivi au long cours s’il s’avère nécessaire, sont formés à co-construire avec les personnes en fonction des besoins de la personne en crise et de son entourage, et cela dans un délais inférieur à 24h.

C’est une véritable occasion de penser un nouvel écosystème de soin avec les personnes en souffrance psychique et leur entourage.

Cette approche est actuellement développée dans plusieurs pays et en cours de développement dans 35 pays. Un important dispositif de recherche accompagne ces développements comme en Angleterre avec le programme ODESSI où le ministère de la santé britannique a investit à hauteur de plusieurs millions pour accompagner le projet.

L’association U_P est une association ouverte à tous.t.e.s qui a pour but de sensibiliser, d’informer, de former et de produire du contenu sur ces pratiques Open Dialogue.

Nous avons également créé un organisme de formation UP qui, en 2022, accueillera le premier niveau de formation en Open Dialogue à Paris (le Basic), en collaboration avec Western Lapland et OD formation créé par le formateur Carlos León (formateur agréé Open Dialogue).

Des formateurs finlandais viendront à Paris pour dispenser la formation avec traduction simultanée anglais / français.

Cette formation sera ouverte aux professionnels, aux proches et aux personnes concernées.

Les inscriptions sont ouvertes pour une rentrée en septembre 2022 !

Nous aurons aussi la chance de pouvoir proposer un deuxième niveau de formation pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans la poursuite de cette pratique. »

La page du colloque du 18 mai 2022 : https://u-p-asso.fr/

Ainsi que nous le dit le professeur Jaakko Seikkula à propos du colloque du 18 mai 2022:

« Les dialogues ouverts génèrent des ressources inédites pour le rétablissement dans les crises les plus graves.

Dans ce séminaire, l’accent est mis sur la compréhension des éléments de base des dialogues ouverts dans les réunions avec les crises les plus graves, comme les crises psychotiques. L’objectif est de rencontrer immédiatement la famille et de mobiliser dans les dialogues ses ressources pour le rétablissement. Des études ont montré que 90 % des patients souffrant d’une première crise psychotique ont pu retrouver un emploi en deux ans et que les bons résultats ont été obtenus pendant 20 ans. Les principes des dialogues ouverts et les compétences pour générer des dialogues de guérison seront abordés. »

Jaakko Seikkula

Découvrez plus de capsules vidéo sur la chaîne Youtube de U_P.

Guide famille pour son proche en crise maniaque

J’ai enfin compris, pourquoi je n’ai jamais pu expliquer à mes proches,

La montée et la descente intérieure ce qu’on appelle folie.

Il faudrait que je verbalise, que je rationalise, ce qui ne l’est pas

Si tu m’écoutes quand j’escalade,

Je ferai un effort insurmontable pour paraître cohérente.

En passant par le mental, je ne le suis pas.

Et ton angoisse aggravera mon état intérieur.

Car moi aussi, quand je suis là-bas, j’ai peur.

Si j’écris un guide quand je suis stable,

Je n’y arrive pas.

Parce que mis à part moi, mon entourage n’est passé par-là.

Quand la conscience aura repris le dessus, et il m’interdit de transmettre ce que j’ai vécu.

Je suis dans mon inconscient, je ne suis pas perdue.

Mais quand tu me verras, en physique, tu ne me reconnaîtras plus.

Mes actes, mes paroles, tout te paraîtra incongru, inhabituel.

Je suis guidée par une sorte de force « spirituelle ».

Ce n’est pas magique, mais ce n’est pas logique.

Pour mon inconscient, oui. Il sait ce qu’il fait.

Il cherche les ressources dont il a besoin.

Ce que je dis en situation stable, aux autres bipolaires de type 1

«  Aller se promener dans l’inconscient, c’est interdit, en tout cas, aux humains »

Parce que si le corps est créé, tout comme la nature aime l’équilibre,

Ton cerveau conditionne ton corps et ta pensée, pour rétablir ce qu’on appelle l’homéostasie

C’est assez dur, de rester consciente, quand je suis en folie.

Je me vois agir autrement, je me vois ne plus pouvoir trouver les mots pour expliquer

Je sais que je vais pouvoir stopper la montée, si je m’accroche un peu, que j’essaie de freiner

Je suis sage, je n’ai pas besoin de voyager dans mon inconscient.

Par rapport à quelqu’un d’autre, il se manifeste bien-plus souvent.

Ton inconscient se manifeste dans tes rêves, dans ta poésie,

Il ne te permet pas de t’en souvenir, lorsque tu sors de ton lit.

Tu prends ça à la légère, tu crois ça anodin, car l’humain est constitué aussi.

Pour avoir franchi la barrière,

Lis bien ce que je t’écris.

Il faut que l’inconscient reste à sa place.

Utilise-le à bon escient, il est ton ami.

On compare toujours la folie, au génie.

Sans expliquer forcément pourquoi.

Parce que c’est la créativité, le pont entre l’esprit.

Ecoute les artistes, ceux qui disent « je suis en transe, je me laisse aller, quelqu’un d’autre prend la place ».

Mais quand je suis en montée, c’est trop tard, je ne suis qu’une marionnette qui essaie de freiner.

Je n’ai pas envie de monter, je veux vite redescendre.

Sinon tu me retrouveras quelques mois plus tard, le cerveau en cendres.

Un handicap, un trouble, une maladie

Qui débouche sur de la chimie.

Je suis d’accord avec ça, je ne me connais pas assez moi-même

Et je n’ai aucune envie de savoir, sans pilules, où ce voyage m’emmène

J’ai déjà vu ce que j’avais à voir, « de l’autre côté »

A priori c’est similaire, à la prise de LSD

Je produis ma propre drogue, sans vouloir l’avaler

Car la descente est rude, le bad trip mal accompagné.

Ca fait des années que je sais l’expliquer, que j’ai compris un peu le sens

De ces crises maniaques, leurs essences.

Le cerveau humain a besoin de donner un sens à tout

Quand le cerveau s’effondre, les repères éclatent

L’esprit s’éclate mais il dévaste tout

Je deviens hypersensible, la lumière me brûle, le simple bruit m’agace, les lumières sont trop vivaces,

Je recherche à me créer, ma propre cellule d’isolement,

Celle qui me fera rester, dans mon appartement.

J’ai bien compris, aux urgences, ce que font les soignants.

Pas eu vraiment besoin de le vivre, pour l’imaginer,

Et aujourd’hui je doute, que j’aurais pu vous l’écrire, si je l’avais vécu, avec tant de sérénité.

Les urgences, la contention, hurler à la mort son désespoir, un discours incohérent,

Ne pas comprendre ce qui se passe, la peur.

Le vide, aucune chaleur humaine, un numéro que l’on attache au lit

Car on estime que vous allez vous faire du mal, et aussi à autrui.

Mais on entend tout, même si notre compréhension du monde dans lequel tu vis,

Est déformé.

Tout ce que vous dites à ce moment-là, restera profondément gravé.

Personne à la sortie, ne sera là pour vous accueillir, vous écouter, vous accompagner,

Et encore moins, vous l’expliquer. Vous n’étiez qu’un dérèglement chimique,

Qu’il fallait isoler.

Et votre cerveau alors, une fois revenu stable, que va-t-il en penser ?

Tu vas douter de toi, te penser fou. On va s’éloigner de toi, et toi, tu ne comprendras pas.

Tu vas t’isoler, pleurer, être en dépression. Tu vas songer à quitter la vie,

Car tu n’y as trouvé, aucune compassion.

Comment leur dire ce que tu as vécu ? La beauté et le pire, la peur et le rire ?

Toi-même tu n’arrives pas à mettre des mots dessus.

Et même si tu y arrives, personne n’est à l’intérieur de toi.

Et moi, sans autorisation, ce que j’en tire comme conclusion, c’est n’y va pas.

Mais si tu arrives à te calmer avec des bizarreries, que tes proches réussissent à te regarder comme un bébé attendri,

Qu’ils ont confiance en toi, qu’ils savent que ta partie consciente est là, mais que tu ne peux pas l’exprimer

Comme un bébé éponge, qui essaie de parler, pour dire qu’il a mal, qu’il a peur, qu’il est content

Qu’il a besoin d’aide, momentanément, tu as tout gagné.

Un bébé pleure, crie, car il n’a pas les mots. Il tente par tous les moyens de se faire comprendre, en montrant du doigt.

Les parents et l’entourage, le trouvent mignon, adorable, et lui laissent  le temps, de grandir, avec beaucoup de soutien, d’amour.

Ils ne se moquent pas s’il fait des actions bizarres, rigolotes. Ils savent qu’il va grandir, s’ils leur tiennent bien la main.

Le soir, pour faire acquérir le langage aux enfants, on leur lit des histoires, on leur montre des images.

Mais on leur explique, et on considère encore, que pour tout comprendre, ils n’ont pas l’âge.

Un fou c’est comme un adulte bébé, si je devais mettre des mots. Il a 5 ans.

Il est dans son monde imaginaire, il ne perçoit pas la réalité d’un adulte.

Il interprète que si papa se cache derrière un masque, papa est parti, et le bébé pleure.

Puis quand papa réapparaît, ouf, entre rire et les larmes, le bébé est rassuré.

Un enfant qui lit les mots, ne les déchiffre pas de la même manière, sa vue est comme embrouillée.

Il va chercher de l’aide, on rit de ses maladresses.

Non ma fille, un mot a plusieurs sens. On lui explique tout. La laisse, ce n’est pas que « la laisse d’un chien ».

Je peux aussi te dire « je te laisse », donc je m’en vais.

Ou je te délaisse, je t’abandonne.

L’enfant va te regarder en se disant, que le français, ça a l’air vraiment compliqué.

Un enfant n’agit, qu’au premier degré. Si je perds mon second degré, ça commence à être trop tard. Mais encore possible, si je demande de l’aide. J’ai encore assez de conscience, pour rester chez moi.

Un bipolaire en phase maniaque, c’est pareil. L’adulte est parti, mais il est en sommeil.

Sauf si le regarde avec peur, mépris, incompréhension.

Qui pourrait comprendre qu’en face de lui, il a le même adulte

Qui est redevenu un petit garçon ?

Un enfant qui retrouve l’extase, de ses premières émotions.

Il joue avec les mots, il rigole avec pas grand-chose, il s’invente ses histoires.

Comme un enfant, il est impulsif, il a envie de se coucher tard.

Il est égocentré, tous ses besoins doivent être satisfaits, en urgence.

Ca ne serait venu à l’idée de personne, de venir me déranger, enfant, quand je créais des histoires avec mes poupées, ou que je me berçais avec de la musique, dessiner, chanter sous la douche.

Redevenir un bébé, avec une conscience d’adulte, c’est magnifique, c’est normal qu’on ait envie d’y rester.

On ne nous comprend pas.

Pourquoi nous priver, de ce monde magique, qu’on avait oublié ?

On fait des liens qui n’existent pas, ou n’existeront plus, après les cachets.

On ne rira jamais autant, que pendant une crise.

On aimera tout le monde, on parlera à Dieu, aux morts, aux arbres, aux animaux.

Et quand un parent regarde son enfant il se dit « ah, que j’aimerai retrouver cette insouciance d’enfant ». Ou tout le monde s’occupe de lui, sans qu’il s’en rende compte.

Mais le bébé n’existe plus, sauf dans ton inconscient, c’est ta créativité.

Alors sors de là maintenant, reviens dans « leur présent »

Bébé doit grandir, bébé doit aller se coucher, bien manger, apprendre à parler, à marcher, à communiquer ses émotions avec l’entourage.

La discipline, c’est toi l’adulte qui doit te l’imposer, avec l’aide de ton entourage.

Il faudra que l’adulte bébé arrête de crier, pour exprimer sa rage

De taper les murs, car il ne comprend pas

Il devra comprendre de nouveau, que ce sont les interdits, formeront sa bonne structure.

Mais l’entourage doit lui expliquer doucement. Lui raconter une belle histoire, ce n’est pas mentir, c’est pour ne pas lui faire peur.

Le bébé ne doit pas revivre le passé, ni même le futur

Reviens à toi doucement.

Alors la camisole chimique ok, mais pas l’enfermement.

Les médicaments ok, mais temporairement.

C’est pourquoi j’ai la chance, par l’amour de mes proches,

De créer ma propre chambre d’isolement.

Lucie

« Mon expérience au sein de l’institution psychiatrique », T. A

« J’ai eu deux expériences au sein de deux institutions psychiatriques. La première fois j’y suis allé de moi-même. La seconde fois c’est un membre de ma famille qui m’y a mis. Ce texte a pour but de faire un retour de ces expériences singulières, au sein d’un lieu d’enfermement, vécues par un révolutionnaire du XXIème siècle. Il y a bien des jeunes qui emploient ces termes alors pourquoi s’en priver ? 

Révolutionnaire sur le plan moléculaire, mais pas seulement, aussi car je viens de lire « Les nouveaux ESPACES de liberté » de Negri et Guattari. Donc révolutionnaire dans le sens de se battre pour trouver un travail qui puisse nous enrichir. 

« Seul un immense mouvement de réappropriation du travail, en tant qu’activité libre et créatrice, en tant que transformation des rapports entre les sujets, seul un dévoilement des singularités individuelles et/ou collectives, écrasées, bloquées, dialectisées, par les rythmes de la contrainte, engendrera de nouveaux rapports de désir susceptibles de « retourner » la situation présente. » 

Depuis que j’ai vingt ans j’ai toujours refusé de poursuivre mes études à la fac d’économie car l’idéologie néolibérale me déplaisait. J’ai donc préféré m’autoformer par le biais de mes expériences associatives et entrepreneuriales. S’ajoute à cela, des compléments de formation comme un Brevet Professionnel, une Validation d’Acquis de l’Expérience et les fabriques de sociologie qui allaient plus dans le sens de mes valeurs et qui m’ont permis de me situer dans un environnement professionnel et pédagogique. 

En France mes premières expériences furent précaires mais guidées au départ par mes passions. Ce furent des expériences politiques solides car elles ont mis en jeu différents éléments de créativité, d’engouement collectif mais aussi de nombreuses remises en question. Celles-ci étaient faites dans des lieux qui ne m’appartenaient donc pas, et que nous squattions car nous faisions partie de ces dépossédés, non propriétaires et tributaires d’occupations passagères. Que ce soient les MJC (-Maisons des Jeunes et de la Culture-), les salles de concert, les parkings et les gymnases publics mis à disposition gratuitement. Tout y était négocié en luttant pour les avoir le temps d’un week-end, d’une journée, d’une semaine et quelques rares fois pour de long mois carnavalesques pour l’événement le plus réussit. Même la presse nous la squattions. Nous étions un peu des gitans qui essayaient de s’intégrer à l’espace public privatisé par certains. De cette première expérience durant laquelle je n’ai jamais eu un seul contrat de travail, j’ai appris à gérer les dépenses et les recettes ainsi que la communauté de manière collective. Il m’aura fallu beaucoup de temps et de moments de réflexions en collectif et en individuel pour mettre les bons mots sur ces actions : luttes de dépossédés. 

Chaque micro tendu était, à l’époque, une manière d’exprimer nos existences de minoritaire. En tout, plus d’une participation à 30 événements dans trois départements limitrophes et de nombreuses dates à travers la France qui ont favorisé à ce que des gens se côtoient, que des amitiés se soudent, que des talents se découvrent et que plusieurs autres prennent le relais. Lancer un mouvement, il fallait le faire quand même… 

S’en est suivi de plusieurs petits boulots et contrats précaires, jusqu’au jour où j’ai entrepris de traverser la frontière pour aller voir si l’herbe y était plus verte ailleurs. En effet, elle l’a été ! 

Premier CDI signé à 31 ans, dans un autre pays que le siens, à plus de 600 km de son chez soi. Enfin un peu de sédentarité dans le travail, bien que mon expérience nomade me poursuivra dans mon style de vie en Van pour ne pas payer un loyer exorbitant et pour pouvoir profiter un peu d’un lieu stable dans lequel insuffler un moment pédagogique fort. Enfin, son chez soi, c’est presque une blague ! 

J’ai beaucoup plus déménagé que ressenti un chez moi. Enfin ça vaut le détour un métier qui plaît, mais ça laisse tout de même des expériences d’enfermement. 

On a tous nos problèmes, mais mon changement moléculaire s’est accompagné de nombreux conflits avec des proches qui ont abouti à ma première expérience dans un hôpital psychiatrique. 

J’ai fait une espèce de voyage cosmique, une espèce de transe ou je continuais mes expériences pédagogiques mais en totale liberté, sans contrainte institutionnelle. Ce voyage me conduisit par mes propres soins chez un médecin, puis aux urgences. Aux urgences, ne surtout pas hausser trop le ton sinon vous vous retrouverez comme moi attaché et sous cachetons qui me paralysèrent la bouche durant deux jours. Tout ça bien-sûr sans avoir le droit d’appeler un proche à moi qui aurait peut-être pu m’aider à mieux vivre cette situation. Après une nuit aux urgences, les infirmiers me proposèrent d’aller « me reposer » dans un hôpital psychiatrique. Pouvais-je refuser dans l’état dans lequel j’étais ? Bien-sûr que non ! 

J’arrivais donc dans un hôpital où les patients m’accueillirent avec bienveillance. Heureusement qu’ils y en avaient qui faisaient gaffe aux autres. C’est surtout grâce à la force du collectif de psychiatrisés que j’ai su que comme j’étais venu de moi-même, je pouvais sortir à ma demande. Beaucoup de rencontre durant ces deux jours d’enfermement. J’y ai su que l’hôpital pouvait garder des personnes ayant été interdites de territoire. J’ai appris à faire semblant d’avaler des cachetons dont je ne savais pas les effets. Vous comprendrez que ceux qui m’avaient bloqué la bouche ont suffi à me remettre de mon délire. Car il fallait être éveillé pour ne pas souffrir encore plus. J’y ai fait des sessions freestyle avec certains, des partis de ping-pong avec d’autres, fumer de gros pétards en scred, vu des situations de délire aussi. Rencontré des gens très intelligents, de classes sociales différentes, de genres différents. J’ai vu qu’à la différence de ce que peuvent dire certains journalistes critiques de cultures urbaines, des gens de quartiers populaires y font de longs séjours également. De très très longs pour certains qui y finissent comme des légumes du fait des doses de cheval qu’on leur administre. 

Enfin j’ai fini par négocier ma sortie, en disant que j’avais vécu un épisode artistique fort ou je créais des situations dans l’espace public. En ne manquant pas de partager aux psychiatres mes connaissances sur des psychanalystes comme Félix Guattari. Connaissances qui me permettaient d’échanger avec eux sur les méfaits de leur institution, que ça soit sur le plan de l’architecture des lieux, ou du manque de prise en charge artistique par le personnel de l’établissement. 

Ma deuxième expérience fut plus longue car elle dura un peu plus d’un mois. Cette fois-là mon errance artistique fut beaucoup plus intense. Elle dura cinq jours ou j’allais de villes en villes diffuser ma révolte. De Besançon à la Seine St Denis, d’Aix en Provence à Montpellier, de gare en gare, d’auto-stoppeur à l’accueil de certaine personne chez elle, d’aéroport à des squat improvisés dans des hôtels de luxes. Bref l’aventure fut belle et bonne. 

Mon hospitalisation se déroula sous les yeux d’une infirmière au CMP (centre médico-psychologique) qui me « suit » encore aujourd’hui alors qu’elle a bien moins de connaissance dans la psychanalyse institutionnelle et dans l’art-thérapie que moi ! Où est la logique ! Les psychiatrisés sont-ils mieux formés aujourd’hui que ceux qui sont sensés les soigner !? Catastrophe ! L’institution psychiatrique est-elle en train de tomber elle aussi ? 

Je fus conduit à l’hôpital en taxi ! La classe. Arrivé là-bas, et étant dans le service adulte, je tombais à la table de psychiatrisés que je trouvais bien endormis. Ceci m’énerva et lors d’une discussion avec le médecin je lui dis un peu trop fort que je pouvais m’énerver contre certains patients si on me laissait encore manger en face d’eux. Chose que je n’aurais jamais dû dire car cela me valut une semaine à l’isolement enfermé dans une chambre comme un prisonnier. Avec une seule sonnette pour appeler les infirmiers qui ne venaient même pas toujours me voir. C’est la solitude qu’il faut affronter dans ces moments-là. Pour trouver des occupations je cassais la manette des rideaux avec laquelle je construisais un arc non pas parce que j’étais original mais pour ne pas devenir plus fou que je ne l’étais. Je lisais aussi tous les mots gravés sur les murs de nombreux patients qui avaient dû être enfermés avant moi dans cette chambre. Le jour de la fin de mon isolement, je ne manquais pas après m’être fait quelques potes de psychiatrisés, de m’échapper de l’institution. J’escaladais donc le grillage et je me rendais à la sortie de l’hôpital en scred. J’allais en stop d’Uzès à Montpellier. Bref je continuais ma grande balade artistique situationniste en rencontrant de nouvelles subjectivités à qui, au passage, je grattais quelques sous pour manger. Arrivé à Montpellier, j’allais y voir des potes dans notre hangar favori. Je couchais chez l’un d’eux et après discussion avec lui je me disais que j’allais retourner à l’hôpital de moi-même le lendemain. Celui-ci m’amena à l’hôpital de Montpellier où je me fis ramener en taxi une nouvelle fois à Uzès. Une fois revenu, je ne manquais pas de me faire pleins de copains psychiatrisés qui avaient su pour ma fugue. Après on ne m’enferma plus jamais car j’avais dit aux médecins que cette réaction était dû à mon enfermement. J’avais aussi changé de secteur. J’étais dans le secteur jeune. Oui en psychiatrie on est souvent mené d’un service à l’autre sans savoir pourquoi. Les infirmiers te font signer des papiers pour te faire gober des médicaments légalement. Les fois où j’ai lu ces papiers je ne comprenais que dalle à ce qu’on allait m’administrer. Tous les matins rendez-vous à 8h pétante pour ta petite gélule à la queuleuleu avec tes amis psychiatrisés. S’en suivent pas mal d’actions de ma part pour réagir à mon enfermement. Poèmes écrits sur les tableaux qui descendaient l’institution psychiatrique, collage de journaux appelant à la révolte, vol en compagnie d’œuvre d’art, tagage au dentifrice dans ma chambre…  

Mais aussi beaucoup de discussions intéressantes entre psychiatrisés, des écoutes de musique en groupe, matage de télé, jeux de société…Les journées sont longues à l’hôpital et tu n’as droit qu’à quelques sorties quand ton état est considéré comme stabilisé à l’abilifail. Ce mois-là il n’y a qu’une infirmière qui se donna le droit de nous faire un atelier d’écriture. Le bagne ! J’ai eu un jour une prise de bec avec une infirmière qui ne voulais pas que je me lève de ma chaise pour aller chercher de l’eau par moi-même. Le comble de cette institution morte de l’intérieur ! 

La redescende médicamenteuse est dure car elle te fait déprimer à mort et les médecins attendaient cet état de faiblesse de ma part pour me prendre entre quatre yeux à huit contre un et me dire que j’étais diagnostiqué schizophrène ou bipolaire de type deux. Ils n’étaient pas d’accord entre eux. Mais sans ça le diagnostic était fortement abusé avec du recul aujourd’hui. Cette journée là je l’ai prise comme un châtiment. Impossible de dire quelque chose pour rétorquer car les médicaments m’avait mis chaos et dans une tourmente psychologique extrême. C’est le moment où tu commences à fermer ta gueule car tu te dis qu’il y a que ça qui pourra te faire sortir de ce cauchemar. Je n’aurais jamais dû accepter la piqûre obligatoire qui te met vraiment au plus bas de tes capacités mentales et physiques. Toute mon énergie s’en était retournée et même plus l’envie d’aller faire du sport ou quoi que ce soit. Je suis sorti de l’hôpital dans un état de déprime maximale. Quelle est donc le but de cette institution ? Ne doit-elle pas soigner les gens ? J’ai mis un an et demi à lutter pour changer de traitement dans un premier temps. Passer de la piqûre à l’aripiprazole. La piqûre obligatoire est faite pour que les patients prennent leurs traitements soi-disant. Moi elle me plomba psychiquement et physiquement en me laissant dans un état dépressif. J’ai beaucoup dessiné et marché à ce moment-là pour lutter contre cet état. Un an et demi de grande solitude aussi. Au début mon état ne pouvait pas me permettre de faire mes propres choix par rapport au médecin. Un jour, j’ai vu l’infirmière en urgence comme j’étais dans un état de déprime extrême. A la limite du suicide. Elle a prévenu le médecin qui a comme un robot réagit en me donnant encore plus de médicament. Des antidépresseurs, antidépresseurs que je n’ai pris qu’au début. Ce fut ma première révolte. Puis j’ai décidé de ne plus prendre la piqûre. J’ai raté mon rdv exprès et j’ai attendu que le CMP m’appelle pour leur dire que je voulais absolument changer de traitement. Première victoire. Le médecin m’a d’abord prescrit 20mg de l’aripiprazole. Dose que je me suis permis de réduire le deuxième jour au vu des effets. Pendant quelques mois j’ai baissé à 10mg, puis à 5mg et aujourd’hui je ne suis qu’à 2,5mg. A cause de ces traitements j’ai eu des problèmes gastriques et j’ai eu aussi des hémorroïdes. Re-sociabiliser avec les amis a été une longue route, ainsi que de retrouver ma confiance en moi afin de continuer ma lutte pour avoir un travail. 

Ce texte existe aussi pour dire que même si ces expériences ont été difficiles, n’en demeure pas moins qu’elles furent enrichissantes pour la lutte. Elles m’ont fait prendre conscience que j’avais beaucoup plus de légitimité pour parler des vrais besoins des psychiatrisés que les médecins qui ne sont même pas capables pour la majorité de tester les traitements sur eux-mêmes. 

Moi aujourd’hui j’ai ces expériences et j’en connais les effets. Avec mes connaissances en psychothérapie institutionnelle et en art-thérapie par le biais de mes auto-apprentissages, cela me permet d’ouvrir ma ganache. J’ai deux interrogations qui me viennent. Comment faire quand, son entourage ont un rapport assez proche de l’institution psychiatrique, leur faire ressentir que rien n’y est fait pour vraiment soigner les gens ? Et comment faire pour collectiviser nos expériences par rapport à cette institution pour la changer ou la réinventer ? Il n’y a pas que la gestion des entreprises qui doivent être reprises par les ouvriers mais aussi la gestion des hôpitaux par les usagers EUX-MÊMES. Pour une révolte des FOUS !! Et pour tous ces infirmiers, médecins, psychologues et autres professionnels du soin qui voudraient être de notre côté, pensez déjà à lutter pour vos conditions de travail. Afin que vous puissiez travailler dans de meilleures conditions et prodiguer des soins dans le respect des libertés des patients ! Après, seulement, nous pourrons discuter !! »

T. A – pour aller plus loin : intermittent-du-skatepark.com