« L’Anti-coercition n’est pas l’Anti-psychiatrie » par Thomas Szasz

Antoine Fratini nous propose ici une traduction d’un texte de Thomas Szasz paru dans The Freeman, 58: 26-27 Mai 2008.

Si pour beaucoup la coercition est inhérente à la psychiatrie, Szasz montre que l’anti-psychiatrie anglaise n’était pas forcément anti-coercitive et qu’il est difficile pour un professionnel de renoncer à la coercition (et à la contrainte) sans être taxé d’anti-psychiatre.

Szasz, psychiatre et psychanalyste, auteur du Mythe de la maladie mentale, est connu pour son lien avec la Scientologie et la CCDH qu’il adoube car elle dit lutter contre les abus psychiatriques même s’il précise :

« Eh bien, je me suis affilié à cette organisation longtemps après avoir été reconnu en tant que critique de la psychiatrie, appelée Commission des citoyens pour les droits de l’homme, car ils étaient alors la seule organisation et ils sont toujours la seule organisation qui avait de l’argent et qui avait accès à des avocats et qui était actif dans les efforts pour libérer les patients psychiatriques incarcérés dans des hôpitaux psychiatriques qui n’avaient rien, qui n’avaient commis aucun crime, qui voulaient sortir de l’hôpital. Et cela était pour moi une cause très valable; c’est toujours une cause très valable. Je ne crois pas plus à leur religion ou à leurs croyances que je ne crois aux croyances d’aucune autre religion. Je suis athée, je ne crois pas au christianisme, au judaïsme, à l’islam, au bouddhisme et je ne crois pas à la scientologie. Je n’ai rien à voir avec la Scientologie. »

Thomas Szasz, 2009

« Le terme anti-psychiatrie fut créé en 1967 par le psychiatre sud-africain David Cooper (1931-1986) et par le psychiatre écossais Ronald Laing (1927-1989). Au lieu de donner une définition précise du terme “anti-psychiatrie” ceux-ci affirmèrent: “Nous avons nourri tant de rêves à propos d’un idéal de communauté psychiatrique, ou plutôt anti-psychiatrique”. Ce “nous” étaient Cooper, Laing et leurs élèves américains Joseph Berke et Leon Redler.

“La clé pour la compréhension de l’anti-psychiatrie”, explique le psychothérapeute existentiel anglais Digby Tantam, “est que la maladie mentale est considérée un mythe (Szasz, 1972)”. Hélas, ce n’est pas vrai.

Beaucoup d’anti-psychiatres rejettent le modèle médical de la psychiatrie, mais continuent à concevoir les problèmes humains ainsi que les tentatives de les résoudre en faisant largement usage de la terminologie médicale et, ce qui est encore plus important, en ne s’opposant pas à la coercition “thérapeutique”.

Les psychiatres sont engagés en de multiples pratiques troubles dont la plus importante reste la défense de l’insanité mentale. Les anti-psychiatres n’ont pas vraiment affirmé ceci dans leurs textes, mais l’exemple de la fameuse expertise médico-légale que Laing fit à propos du cas John Thomson Stonehouse (1925-1988), un ministre travailliste anglais accusé de fraude fiscale, est plutot significative à ce sujet. Quand les autorités furent sur le point de l’arrêter, Stonehouse organisa son propre suicide. Le 20 novembre 1974 il laissa quelques vêtements dans le lieu où il se trouvait, à Miami Beach, et s’enfuit. Donné pour mort, il partit pour l’Australie dans l’espoir de se refaire une nouvelle vie avec sa maitresse et fut arrêté par hasard à Melbourne, déporté en Grand Bretagne avec de 21 chefs d’accusation sur le dos.

Stonehouse plaida non coupable pour des raisons d’insanité mentale et fut condamné à sept ans de prison. Afin de supporter la thèse de son insanité mentale il engagea les services de cinq psychiatres. Laing, qui fut un de ceux-ci, affirma sous jurement que son client était malade au moment de commettre les délits. Dans son livre Mon procès Stonehouse écrit: “Le Dr. Donald Laing… a mis en évidence ma condition de malade mental. Il a affirmé… l’existence d’une dissociation de la personnalité en plusieurs parties et diagnostiqué une psychose réactive”.

Mais Laing ne connaisssait point son client avant le procès et ne pouvait donc pas connaitre la condition mentale dans laquelle il se trouvait au moment de commettre ses méfaits. Le diagnostique de Laing fut un expédient psychiatrique classique, précisément le genre de charlatanerie qu’il il prétendait combattre. Laing et Stonehouse furent tout simplement des menteurs.

La célébrité de Laing est liée à son rôle d’empereur de Kingsley Hall, “maison-famille” fondée par lui et ses acolytes. Cette institution a été promue comme un lieu de cure où toute personne ayant été diagnostiquée schizophrène peut être sure de ne pas être emprisonnée ni remplie de médicaments contre sa propre volonté. La vie quotidienne à Kingsley Hall était basée sur la fiction selon laquelle tous les “résidents” étaient égaux et que personne n’était patient ni praticien. Le psychiatre américain Morton Schatzman, qui avait choisit de vivre à Kingsley Hall pendant un an, affirme: “Aucune des personnes vivant à Kingsley Hall considère les figures professionnelles comme étant extérieures à la structure et les internes comme des patients”. Il s’agit là d’un mensonge caractéristique de l’anti-psychiatrie, tout comme le mensonge qui fait de la privation de la liberté une cure, caractérise la psychiatrie.

L’écrivain américain Clancy Sigal (né en 1926) se rendit à Londres pour devenir un patient de Laing. La “thérapie” se conclut rapidement, les deux se lièrent d’amitié et partagèrent des expériences psychédéliques en assumant du LSD. Sigal, qui était l’un des co-fondateurs de Kingsley Hall, changea d’avis à propos de la communauté de Laing, spécialement après avoir découvert que Laing et compagnie, malgré leurs prédications en faveur de la non-violence, pratiquaient la violence.

De retour aux USA, Sigal écrivit un livre ravageant envers Laing et son culte. « Zone of the interior » fut publié aux USA en 1976. En utilisant la menace des lois britanniques sur la diffamation, Laing réussit à en empêcher la publication dans le Royaume Uni jusqu’en en 2005. Sigal écrit: “En septembre 1965, pendant les grandes vacances juives, j’ai eu une crise schyzophrènique… ou une espèce d’expérience transformante, selon les points de vue. Cette crise n’était pas advenue en privé, mais devant vingt ou trente personnes un vendredi soir de shabbat à Kingsley Hall… La notion sur laquelle se basait la communauté est que la psychose n’est pas une maladie, mais un état mental de trance à considérer comme facteur curatif”.

Dans un interview successif à la publication du livre en UK, Sigal décrivit en ces termes sa folie à deux avec Laing: “Nous nous échangions les rôles, lui devenait patient et moi thérapeute, et assumions du LSD ensemble… Laing et moi avions fait un pacte diabolique. Nous devenions schizophrènes dans notre attitude envers nous mêmes et envers le monde… (une) nuit, après avoir laissé Kingsley Hall, certains médecins qui s’étaient convaincus que je voulais me suicider arrivèrent à toute allure dans mon appartement et me subministrèrent une dose massive de Largactil (Thorazine), un sédatif à action rapide utilisé dans les hôpitaux psychiatriques. Conduits par Laing, ils m’amenèrent à Kingsley Hall… La dernière phrase dont je me souvienne est “Vous bâtards, vous ne savez pas ce que vous faites”.

Sigal s’enfuit de Kingsley Hall, retourna aux USA et publia enfin son roman en 1975. La publication en UK fut stoppée par una action légale de Laing. La saga de Sigal devait devenir le sceau ultime posé sur le cerceuil de la légende selon laquelle Laing fu un opposant des pratiques coercitives liées à la psychiatrie.

Quand en 1976 le livre de Sigal fut mis en commerce, Laing aurait déjà pu être jugé et puni, Kingsley Hall aurait pu être fermé comme hôpital psychiatrique et la légende de Laing “sauveur des schizophrènes” aurait pu s’effondrer définitivement. Shakespeare avait raison: “Le mal que les personnes font vit après eux”.

La Fin de Kingsley Hall

Le chaos a Kingsley Hall dura moins de cinq ans. Hélas, le terme malheureux “anti-psychiatrie” survécu, bien que Cooper et Laing savaient qu’il fut inéxact et trompeur. Dans un interview vers la fin de sa vie, Laing se rappela d’avoir dit à Cooper: “David, le fait de devoir répudier ce terme est un foutu désastre. Mais il avait un côté trompeur qui a finit par nous confondre”.

Comme conséquence de la terminologie anti-psychiatrique, et contrairement à n’importe quel autre médecin spécialiste, les psychiatres peuvent désormais repousser les critiques adressées aux différents aspects de la pratique psychiatrique en nommant ces derniers “anti-psychiatriques”. L’obstétricienne qui refuse de pratiquer l’avortement n’est pas stigmatisée “anti-obstétricienne”. Le chirurgien qui refuse de pratiquer les opérations de changement de sexe n’est pas classé “anti-chirurgien”.

Mais le psychiatre qui refuse la coercition ainsi que les pseudo-légitimations qui y sont attachées est appelé “anti-psychiatre”. Le résultat est que tout médecin sauf le psychiatre est libre d’accepter ou de ne pas accepter les procédés particuliers qui offensent ses propres principes moraux ou plus simplement les pratiques qu’il préfère ne pas mettre en acte.

Pourquoi le psychiatre est en fait privé de sa liberté? Parce que en psychiatrie le paradigme de la pratique (enfermer les patients considérés dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres) est la cure médico-légale standard. La déviation par rapport à tel standard suscite des controverses légales et expose le psychiatre au risque du retrait de son autorisation à la pratique médicale. »

Traduit de l’anglais par Antoine Fratini

Bibliographie choisie

Le Mythe de la maladie mentale (The Myth of Mental Illness: Foundations of a Theory of Personal Conduct), 1961

L’Éthique de la psychanalyse (The Ethics of Psychoanalysis: The Theory and Method of Autonomous Psychotherapy), 1965

Fabriquer la folie (The Manufacture of Madness: A Comparative Study of the Inquisition and the Mental Health Movement), 1970

Idéologie et Folie : essais sur la négation des valeurs humanistes dans la psychiatrie d’aujourd’hui (Ideology and Insanity: Essays on the Psychiatric Dehumanization of Man), 1970

L’Âge de la folie (The Age of Madness: A History of Involuntary Mental Hospitalization

Karl Kraus et les docteurs de l’âme : Un pionnier et sa critique de la psychiatrie et de la psychanalyse (Karl Kraus and the Soul-Doctors: A Pioneer Critic and His Criticism of Psychiatry and Psychoanalysis), 1976

La Schizophrénie : le symbole sacré de la psychiatrie (Schizophrenia: The Sacred Symbol of Psychiatry), 1976

La Théologie de la médecine : fondements politiques et philosophiques de l’éthique médicale (The Theology of Medicine: The Political-Philosophical Foundations of Medical Ethics), 1977

Le Mythe de la psychothérapie (The Myth of Psychotherapy: Mental Healing as Religion, Rhetoric, and Repression), 1978

The Therapeutic State: Psychiatry in the Mirror of Current Events, 1984

Pharmacratie : médecine et politique, l’État thérapeutique (Pharmacracy: Medicine and Politics in America), 2001

My Madness Saved Me: The Madness and Marriage of Virginia Woolf, 2006

Coercion as Cure: A Critical History of Psychiatry, 2007

Suicide Prohibition: The Shame of Medicine, 2011

Les 139 fonctions de l’informel dans le soin infirmier en psychiatrie

Cette recherche en Soins Infirmiers en Psychiatrie est portée par deux infirmiers : Sophie Tchukriel et Jean-Paul Lanquetin constitués en Groupe de Recherche en Soins Infirmiers (GRSI).

https://www.santementale.fr/exclusivites/theses-et-memoires/l-impact-de-l-informel-dans-le-travail-infirmier-en-psychiatrie.html

Nous reproduisons ici la liste des 139 fonctions de l’informel dans le soin infirmier en psychiatrie classées en 3 parties : en lien avec le patient (46), avec le professionnel (55) et avec l’équipe (38).

Vous pouvez télécharger le document complet en détail ici.

Les fonctions en lien avec le patient

  • Fonction phorique (de portage, d’étayage et de soutien) :
    • Fonction d’Accompagnement
      • Accompagnement en lien avec la séquence
      • Accompagnement en lien la permanence
    • Fonction d’Information
      • Fonction Information en lien avec le prescriptif
    • Fonction de Soutien
    • Fonction Effets du renforcement positif
    • Fonction d’Alimentation narcissique
    • Fonction de Valorisation
    • Fonction de Revalorisation
    • Fonction Stimulation et Mobilisation
  • Fonction supplétive :
    • Fonction d’Explicitation.
    • Fonction de Répétiteur et d’auxiliaire mnésique
    • Fonction de Structuration
    • Fonction d’Adaptation
    • Fonction de Réglage
    • Fonction de Maintien des liens et des acquis
  • Fonction amortissante :
    • Fonction Apaisante
    • Fonction de Dérivation
    • Fonction Hypostimulation
    • Fonction de Pare Excitation
    • Fonction liée à un Dialogue contenant
    • Fonction de Régulation
    • Fonction d’Accompagnement au cadre
  • Fonction disponibilité :
    • Fonction d’Accueil
    • Fonction d’Ouverture à la relation
      • Fonction de Personnalisation de la rencontre
      • Fonction d’Entretien Informel
    • Fonction Transitionnalisante
  • Fonction protectrice :
    • Fonction d’Évaluation partagée
    • Fonction de Protection
    • Fonction sécurisante
  • Fonction attention flottante :
    • Fonction Observation à distance
  • Fonction effets de la permanence :
    • Fonction de Permanence réelle
    • Fonction de Permanence symbolique
  • Fonction décalage :
    • Fonction lié au Jeu
  • Fonction lien avec la famille :
    • Fonction d’Information en direction des familles

Les fonctions en lien avec le professionnel

  • Fonction créativité :
    • Fonction de Prise de risque et transgressions novatrices
    • Fonction de Paroles en Actes
    • Fonction de Singularisation
    • Fonction d’Evaluation
    • Fonction d’Initiative
    • Fonction Rire et Humour
    • Fonction de Psychodramatisation
    • Fonction d’Individualisation
  • Fonction métaphore maternelle :
    • Fonction liée à la Permanence
    • Fonction d’« Etre là »
    • Fonction de Repère
    • Fonction Scansion
    • Fonction d’Imprévu
    • Fonction d’Immersion
    • Fonction de Rêverie
  • Fonction du registre maternel :
    • Fonction préoccupation soignante primaire
    • Fonction Maternante
    • Fonction de Réactivité
    • Fonction de Réassurance
  • Fonction renforcement positif
  • Fonction orientation
  • Fonction contenante :
    • Fonction Canalisante
  • Fonction conteneur :
    • Fonction de Désamorçage
  • Fonction éducation :
    • Fonction d’éducation aux techniques de soin à visée somatique
  • Fonction liens :
    • Fonction de Construction du lien (versus synchronique)
    • Fonction d’Alliance thérapeutique
    • Fonction de Mise en lien
      • Au niveau de l’unité.
        • En direction du groupe des personnes soignées
        • En direction de l’équipe pluri professionnelle soignante
      • Au niveau de l’établissement.
      • En externe.
    • Fonction d’Historisation
      • Le premier élément concerne le récit de vie du patient.
      • Le deuxième élément concerne l’appui sur les moments et les expériences antérieures
      • Le troisième élément concerne la confrontation des expériences subjectives
  • Fonction différenciatrice :
    • Fonction Tiercisante.
    • Fonction de Protection
    • Fonction de Protection des données
  • Fonction clinique :
    • Fonction Exploratrice
    • Fonction d’Evaluation Décisionnelle
  • Fonction observation :
    • Fonction d’Observation clinique.
    • Fonction d’Observation périphérique.
  • Fonction prévisionnel d’activité
  • Fonction écoute
  • Fonction anticipation
  • Fonction engagement et portage psychique

Les fonctions en lien avec l’équipe

  • Fonction de liaisons :
    • Fonction d’Historisation
      • Fonction d’Historisation en lien avec le patient
      • Fonction d’Historisation lien avec l’institution
    • Fonction d’Alimentation de l’empathie
    • Fonction de Jugement de Beauté
    • Fonction de Mise en Lien Groupal
    • Fonction d’Actualisation Clinique
    • Fonction d’Information
      • En lien avec des infos cibles
      • En lien avec des infos générales
    • Fonction de Transmission
  • Fonction coopération :
    • Fonction de Coopération Déductive
    • Fonction de Coopération en lien avec la réactivité
    • Fonction de Coopération Pluri professionnelle (médecin/infirmier/aide-soignant)
    • Fonction de Coopération des tâches
    • Fonction de Coopération en lien avec le prévisionnel d’activité
    • Fonction de Coopération évaluative
    • Fonction de Coopération Déontique
    • Fonction de Coopération « ruse de métier »
  • Fonction élaboration :
    • Fonction d’Évaluation des ressentis
    • Fonction Réflexivité
      • En lien direct avec le patient.
      • En lien indirect avec le patient.
    • Fonction d’Élaboration Décisionnelle
    • Fonction de Réglage de la distance
  • Fonction coordination :
    • Fonction de Coordination Ascendante
  • Fonction thermométrique :
    • Fonction Thermométrique en lien avec le groupe patient
    • Fonction Thermométrique en lien avec le groupe soignant
  • Fonction respiration psychique
  • Fonction interstitielle :
    • L’Interstice mono catégoriel
    • L’Interstice pluri professionnel
  • Fonction organisation

Texte constitutif du réseau européen « Alternative à la psychiatrie », MARGE #6, 1975

Nous vous invitons à écouter cette émission de Crio Cuervos pour en savoir plus sur le journal et le mouvement MARGE créé en 1974.

Nous reproduisons ci-dessous l’article paru dans le n°6 de Marge (pdf en fin d’article) : Texte constitutif du réseau européen « Alternative à la psychiatrie »

Le réseau regroupe:

Les personnes et groupes présents les 24, 25 et 26 janvier 1975 à la rencontre « Alternative au secteur » : équipes de santé mentale, psychiatres, infirmiers, psychiatrisés, avocats, communautés, etc. ont décidé de former un réseau européen qui assurera une coordination entre eux, ainsi qu’avec toutes les équipes qui se joindront à ce réseau en accord avec son texte constitutif.

  • tout d’abord les psychiatrisés mais égaIement tout groupe décidé à lutter contre l’oppression qu’il subit,
  • tous ceux qui sont les promoteurs et les animateurs de fait d’expériences collectives psychiatriques ou non qui constituent des alternatives au secteur ou des tentatives de destruction de l’asile,
  • enfin tous ceux, travailleurs de la santé mentale ou non, qui refusent de s’inscrire comme les agents d’un ordre psychiatrique répressif et exigent que soient traités les vrais problèmes sur un mode autre que technocratique.

Deux à trois personnes par pays effectueront la coordination au niveau européen. Cette coordination comporte:

  • échanges d’informations sur les expériences et les luttes des uns et des autres,
  • lutte contre la répression,
  • réalisation d’actions communes.

Le secrétariat européen sera assuré par une personne belge jusqu’à la tenue d’une prochaine rencontre. A partir de cette rencontre qui aura lieu dans six mois environ, le secrétariat européen devra être assuré par une personne appartenant au pays où se tiendra cette nouvelle rencontre.

Préambule

Nous estimons que les luttes sur la santé mentale doivent s’insérer dans l’ensemble des luttes des travailleurs pour la défense de leur santé et en, coordination avec toutes les luttes des forces sociales et politiques pour la transformation de la société. Il ne s’agit pas, pour nous, d’obtenir la tolérance pour la folie mais de faire comprendre que la folie est l’expression de contradictions sociales contre lesquelles nous devons lutter comme telles. Sans transformation de la société il n’y a pas de psychiatrie meilleure mals toujours une psychiatrie oppressive.

Nous refusons d’enfermer dans la terminologie psychiatrique les problèmes d’aliénation et de marginalisation alimentés par le système sociopolltlque.

Nous exigeons de cesser d’être les agents passifs d’un système de répression de fait des marginaux sous couvert de soins et de réadaptation.

Le réseau se fixe pour objectifs:

  • la plus large information sur les expériences psychiatriques ou non de destruction de l’asile, d’alternative au secteur, de travail dans la communauté, le soutien de ces expériences et leur défense par tous les moyens (de presse, financiers, juridiques, etc.),
  • l’analyse politique collective des situations locales et des institutions en place en démontant les mécanismes économiques et politiques qui légitiment et perpétuent les dites institutions répressives tout en entretenant des processus de marginalisation,
  • le soutien aux luttes en cours dans le champ des institutions psychiatriques inséparables des autres luttes menées par les marginalités et les couches sociales opprimées,
  • une recherche active de tous les moyens visant à faire disparaître le monopole du pouvoir psychiatrique au bénéfice d’une lutte menée par les intéressés eux-mêmes dans le cadre des luttes sociales qui commencent à l’école, dans le quartier, dans le milieu de travail et dans la ville,
  • l’exigence d’une relation concrète entre les pratiques et les discours théoriques tenus à leur propos.

L’hôpital psychiatrique

L’hôpital psychiatrique est encore de droit l’épine dorsale du dispositif du secteur. Toute tentative de sectorisation ou de psychiatrie dans la communauté n’aboutira qu’à une miniaturisation de l’hôpital si on ne casse pas la logique de l’hôpital.

Cette rupture – qui constitue un des axes fondamentaux du réseau international que nous avons constitué – vise à définir, en premier lieu, avec l’optique médicale du traitement de la « maladie mentale » et avec les impératifs de rentabilité qui lui sont systématiquement conjoints (par exemple les notions d’acte médical, de prix de journée, de lit, etc.). L’existence de métiers de soin de la folie (psychiatres, infirmiers, éducateurs, etc.) participe des systèmes généraux de contrôle, de normalisation et de répression. La folie pose des questions dont les réponses sont à chercher à un tout autre niveau que celles qui sont apportées par des corps de métiers spécialisés. Ce n’est pas parce qu’il y a quelque part une souffrance qu’on doit s’en remettre systématiquement à la machine médicale.

Quoiqu’il, en soit, dans l’immédiat, il ne saurait y avoir de doute, il est nécessaire:

  • d’arrêter toute nouvelle construction d’hôpitaux psychiatriques et de services spécialisés. Dans les pays qui sont saturés par ce genre d’équipements répressifs et où les effectifs des hôpitaux ne cessent de décroître, à quoi bon vouloir les remplir de force? Dans les pays où ces équipements sont en « retard », il est primordial de lutter contre leur construction et le type d’impasse qu’elle implique,
  • d’engager dès maintenant un processus de reconversion des hôpitaux psychiatriques existants. Il ne saurait s’agir d’une liquidation bureaucratique du type de celle qui a été faite en Californie. Il n’est pas question de léser une couche de travailleurs et de jeter les gens à la rue. Ce processus de reconversion devra être pris en charge par l’ensemble de ceux qui vivent la folie, de ceux qui vivent par la folie, de ceux qui vivent avec la folie, avec les différents groupes sociaux qui sont intéressés à cette reconversion et qui ne sont pas nécessairement branchés sur la folie.

L’enfance

C’est de plus en plus tôt que les enfants sont marginalisés et exclus de l’école, et dirigés vers les institutions psychiatriques. C’est pourquoi l’enfance est un front de lutte essentiel pour notre réseau. Le secteur et les institutions parallèles sont la caution et l’instrument privilégié de cette exclusion car ils offrent aux enfants, aux adultes et aux enseignants des possibilités de prise en charge démultipliées proposées comme solutions techniques individuelles à des problèmes politiques. L’idéologie psychanalysante est une des formes les plus subtiles mises en place actuellement pour entretenir ce système.

La fonction actuelle de la psychiatrie infantile est de traiter médicalement des enfants qui lui sont envoyés pour retard scolaire ou inadaptation à la structure scolaire. Dans notre lutte, l’école a une importance stratégique essentielle.

Nous proposons de constituer plusieurs groupes internationaux de travail au sein du réseau:

  • pour analyser précisément la situation de la psychiatrie infantile et de l’école dans les différents contextes nationaux, locaux, etc.
  • pour réunir les expériences qui, lorsqu’elles sont isolées, sont immédiatement récupérées,
  • pour penser à des possibilités de liaisons concrètes au niveau du quartier avec les travailleurs, les groupes politiques, les groupes d’action, les enseignants compte tenu des incompréhensions qui peuvent éventuellement surgir auprès des organisations syndicales,
  • pour élaborer des formes de lutte et la possibilité de faire surgir une pratique alternative,
  • enfin pour laisser la plus grande place à la parole des enfants qui sont les premiers Intéressés.

Justice et psychiatrie

La justice et la psychiatrie sont deux modalités complémentaires d’intervention contre la déviance. Délinquance et maladie mentale deviennent équivalentes. Contre l’alliance entre justice pénale et psychiatrie, nous voulons développer l’alliance des travailleurs de la santé mentale avec les avocats et magistrats de gauche. Il s’agit d’utiliser leurs pouvoirs respectifs non pas pour l’oppression des déviants mais pour faire éclater les contradictions sociales à la base de la déviance.

  1. Nous devons participer à la défense des internés comme des psychiatrisés, obtenir pour eux le respect des droits que les constitutions garantissent à tout citoyen, des droits élémentaires de l’individu.
  2. Nous devons notamment lutter pour le droit à l’information des internés et des psychiatrisés sur ce qui se passe dans les institutions où ils vivent. Le réseau doit contraindre la presse à aborder ces questions. Il doit permettre l’information réciproque sur les luttes menées dans chaque pays à ce sujet.
  3. Nous pouvons dès maintenant publier largement les expertises psychiatriques. Nous pouvons aussi constituer des groupes de psychiatres qui se mettent à la dispositions des inculpés.
  4. Nous demandons l’abolition des lois sur les hôpitaux de force, sur la toxicomanie, contre les alcooliques dangereux, sur le placement d’office.
  5. Nous dénonçons l’intervention croissante des psychiatres dans les prisons et la délivrance de neuroleptiques aux détenus pour maintenir l’institution.
  6. Nous remettons en cause les mesures de surveillance pénale auxquelles participent les psychiatres à qui les juges délèguent de plus en plus leur pouvoir. Nous refusons le rôle policier du secteur (fichage, traitements forcés).
  7. Le réseau que nous constituons est ouvert à tous les groupes, de magistrats, de détenus, de défense juridique, qui luttent dans la même direction. Son organe de coordination travaillera en relation avec la coordination internationale des mouvements de justice démocratique.

Les psychiatrisés

Ls psychiatrisés et internés ne sont pas seulement des marginaux puisqu’ils sont des travailleurs ou chômeurs ayant subi l’exploitation ou la répression de la société capitaliste.

Seule une transformation de la société, un affrontement de classe, et à condition qu’ils y participent pourra supprimer l’institution psychiatrique avec ses nombreux bras (asile, hôpital psychiatrique, secteur, prison, etc.). Nous devons lutter contre l’idéologie psychanalytique qui récupère leurs discours et leurs luttes dans une nouvelle forme subtile de répression et de quadrillage policier: le passage de l’hôpital psychiatrique au secteur.

Nous devons également supprimer les rapports soignants-soignés reproduisant la domination de classe. Nous réclamons pour les mouvements de psychiatrisés et d’internés le droit d’information, d’organisation et de liberté d’expression, le droit de consultation et de retrait des dossiers, le droit à l’information médicale et au refus des médicaments, l’abolition des lois d’internement et de collocation.

26 propositions pour sortir la psychiatrie de l’impasse

A l’occasion des Semaines de la Folie Ordinaire, nous avons voulu nous réapproprier l’acte de faire des propositions en écho aux 25 propositions faites par l’Institut Montaigne, un think tank (groupe de réflexion) national, face à une approche neuropsychiatrique, trop réductrice et gestionnaire, sourde à la parole des personnes concernées et aveugle à la question du lien social et du temps irréductible nécessaire pour accueillir, soigner et faire lien.

Une proposition de plus, donc, pour montrer que nous pouvons aussi proposer et qu’il existe une pluralité de voix, rarement prises en compte, mais salutaires pour le débat démocratique.

Voici les 26 propositions qui ont émergé ce dimanche à la Parole Errante, n’hésitez pas à les compléter :

  1. Créer des maisons de la parole pour tous pour en finir avec la médicalisation et la stigmatisation
  2. Création d’espaces citoyens pour la participation des usagers, des proches, des soignants au débat public sur la psychiatrie
  3. Rédiger le manifeste de ce qui nous rend fou
  4. Créer des outils pédagogiques sur les termes de la psychiatrie
  5. Un accès facilité à un(e) psychologue dans les écoles
  6. Pas de traitement médicamenteux avant trois rencontres avec le psychologue
  7. Enseignement à l’école de la relation de soin
  8. Formation des soignants à la relation et à la parole
  9. Abolition de la contention (et arrêt de la formation à la contention)
  10. Ouverture des services fermés
  11. Une banque du temps pour se donner le temps de l’échange et du soin
  12. Enrichir les formations des « dits » professionnels, entendre ceux qui décrivent ce qui leur a fait du bien
  13. Rendre les ateliers à médiation artistique obligatoires (à l’hôpital)
  14. Création de lieux d’accueil de crise sans médicaments
  15. Des lieux de soins à la campagne (avec des soignants)
  16. Arrêt de la Valorisation de l’Activité en Psychiatrie (VAP) pour une dotation des services alignés sur les besoins de la population
  17. Boycott, sabotage, grève des outils informatiques de gestion dans les services de psychiatrie et partout ailleurs
  18. Purger la folie de la maladie mentale, mais pas nécessairement des diagnostics
  19. Accueillir les proches (familles, fratries, amis…)
  20. Faciliter la participation des usagers
  21. Rendre accessibles les droits
  22. Création d’un syndicat des patients en psychiatrie
  23. Ressusciter la Mad Pride!
  24. Lutter contre la psychophobie
  25. Redonner aux patients leur espérance de vie (+15 à +20 ans)
  26. En finir avec la normalité

Pour rappel, vous trouverez les 25 propositions de l’Institut Montaigne et de la Fondation FondaMental ici :

Groupe d’Entraide Mutuelle, l’équation impossible?

Le texte qui va suivre a été élaboré en 2016 par des animateurs, stagiaires, intervenants travaillant dans quatre Groupes d’Entraide Mutuelle 
de Seine Saint Denis et du Val d’Oise (Montreuil, Aulnay-Sous-Bois, Saint-Denis et Arnouville). En janvier 2019, les animatrices et animateurs des GEM de Saint-Denis, Epinay-sur-Seine, Montreuil, Bobigny, Bondy, Persan et Arnouville se réunissant lors de rencontres mensuelles réactualisent ce texte à l’occasion de l’appel de la journée du 22 janvier 2019 et pour faire écho aux tentatives de constructions communes qui émanent partout en France au sein du mouvements des Gilets Jaunes.

Ce texte espère souligner les difficultés que partagent les travailleurs et travailleuses de ces différents GEM d’abord et peut-être, si d’autres personnes s’y reconnaissent, pour dégager des problèmes plus structuraux.

Les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) sont issus de la loi du 11 février 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées« . Il en existe aujourd’hui à peu près 500 en France (100 GEM de plus depuis 2016) et sont financés par les ARS (Agence Régionale de Santé) à hauteur maximale de 77000€ par an (2000€ d’augmentation depuis 2016). Les GEM ont la particularité de relever d’une approche globale de la santé portée par le service public. Statut hybride devant s’organiser en association Loi 1901, s’inspirant des clubs thérapeutiques mais détaché de la logique hospitalière, ils naissent parallèlement à la destruction progressive des secteurs de la psychiatrie (coupe budgétaire massive, diminution des nombres de lits, logique de l’urgence contre une logique de l’accueil, augmentation des pratiques de contentions…). La loi santé, dite loi Touraine, instaurant les Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) s’inscrit parfaitement dans ce processus.

De par la possibilité que les GEM offrent aux personnes qui les fréquentent d’être partie prenante d’une collectivité active et d’y être accueillies en trouvant une place et une fonction sociales qui leur conviennent, les Groupes d’Entraide Mutuelle sont des outils très précieux. Il nous faut cependant dans le même temps être conscient.e.s des logiques actuelles qui gouvernent les modalités de prise en charge (pour ne pas dire de « gestion ») des personnes qui ont à faire avec la psychiatrie. Les GEM ne peuvent remplacer l’importance du travail effectué dans de nombreuses unités intra-hospitalières, CMP, hôpitaux de jour, CATTP, … Les GEM ne peuvent pas remplacer non plus le travail des services médico-sociaux (SAVS, SAMSAH, ESAT…) et des services sociaux (CCAS, 115, ASE, …).

Lorsque ces lieux (qu’ils relèvent du sanitaire, du médico-social ou du social) ne sont pas ou plus en capacité d’accueillir, alors les situations difficiles auxquelles les adhérent.e.s des GEM font face ont un impact immédiat sur la vie et l’ambiance des GEM – et donc sur le travail de leurs animateurs et animatrices. Accueil, disponibilité, vigilance, amicalité doivent pouvoir réunir leurs conditions d’existence au sein de l’ensemble des dispositifs existants.

Deux divisé par deux égal un. A un on ne fait pas équipe.

Deux, c’est le nombre de salarié.e.s qui habituellement travaillent dans un GEM. Divisé par deux car en général, vu l’insuffisance de la subvention, l’un et l’autre travaillent à temps partiel. Mais peut-être faut-il entrer dans le détail pour comprendre l’équation impossible à laquelle les GEM sont confrontés.

Si l’on considère que le nombre de personnes accueillies par les GEM a considérablement augmenté ces dernières années (certains GEM comme Saint-Denis, Montreuil, Aulnay-sous-Bois peuvent accueillir entre vingt et trente personnes par jour.)

Si l’on considère que les besoins exprimés par les personnes accueillies dans les GEM ne cessent d’augmenter : besoins de soins, de relations, d’activités, de revenus, de logements.

Si l’on considère que ni les personnes qui fréquentent les GEM, ni les besoins qu’ils expriment n’ont de raison de diminuer compte tenu des réformes successives.

Si l’on considère le territoire d’implantation de certains GEM (territoires du 93 précaires et avec une population grandissante).

Si l’on considère que les nécessaires activités à développer pour que les GEM soient autre chose que des salles d’attente.

Si l’on considère la disponibilité, l’attention, la présence requises.

Si l’on considère la gestion du GEM, la comptabilité, les rapports d’activité, les recherches de subvention, à faire avec la participation des adhérent.e.s.

Si l’on considère le travail de secteur à savoir la mise en relation du GEM avec d’autres institutions : secteurs de psychiatrie, services médico-sociaux, services municipaux, vie associative environnante, maisons de quartier, cinéma, librairie, médiathèque,…

Si l’on considère la nécessité pour les adhérent.e.s qui le souhaitent et les animateurs/animatrices de se former à la dynamique de la vie associative et à l’accueil de personnes parfois très fragiles.

Si l’on considère l’obligation d’ouvrir les GEM un nombre d’heures minimum par semaine, ce qui oblige les salarié.e.s à se répartir les jours de la semaine et à ouvrir l’un sans l’autre – ce qui, selon les lieux, les moments et compte-tenu des situations parfois difficiles auxquelles ils sont susceptibles de faire face, est tout simplement irresponsable de la part de l’autorité de tutelle.

Si l’on considère que beaucoup d’animateurs/animatrices doivent trouver un second emploi compte tenu du caractère précaire de celui qu’ils ont déjà.

Si l’on considère que dans ces conditions, un travail d’équipe est impossible.

Si l’on considère que cette situation impossible ne peut que fabriquer chez les salarié.e.s une grande fatigue psychique – fatigue psychique incompatible avec le fait de « bien faire son travail ».

Si l’on considère que pour cette somme de travail, deux SMIC à mi-temps pour les animateurs/animatrices, et au mieux quelques AAH, RSA, revenus d’arrêts longue maladie ou de statut d’invalidité pour les adhérent.e.s, stagiaires et bénévoles qui font vivre le GEM – au nom d’une « pair-aidance » à bas prix – ne peuvent pas suffire.

Si l’on considère que le coût des loyers en continuelle augmentation qui engloutit une part importante de la subvention d’une majorité de GEM et limite généralement le nombre de salarié.e.s à deux à temps partiel.

Si l’on considère que les animateurs et animatrices, s’ils veulent développer le travail de secteur, le travail d’équipe, les activités d’atelier, la vie associative, l’autonomie des usagers, devront faire de nombreuses heures supplémentaires (forcément non-payées, au vu d’une subvention insuffisante).

Alors nous concluons qu’il s’agit là d’une situation impossible :

  • Situation impossible pour toutes les personnes qui circulent dans ces lieux et les font vivre.
  • Situation impossible pour que les travailleurs et travailleuses des GEM ne veulent plus accepter.
  • Situation impossible qui est faite à l’ensemble de la société.

Pour cela nous demandons :

Le doublement de la subvention de tous les GEM

La mise à disposition de locaux gratuits par l’Etat ou les collectivités territoriales pour les GEM

Le retrait de la loi Touraine.

Tout cela afin notamment d’augmenter le nombre de salariés, de revaloriser leur salaire, de rémunérer intervenants et stagiaires et d’acquérir un budget de fonctionnement décent à la hauteur du besoin réel de ces associations.

Afin de tisser un réseau d’entraide toujours plus dense et vivable dans nos quartiers, dans nos campagnes.

Afin de garantir un accueil digne, dans les GEM comme ailleurs (Hôpitaux, CMP, services sociaux, médico-sociaux, …)

Vous pouvez nous contacter à cette adresse mail dédiée:
gemprecaire@gmail.com

« Un bref historique de la notion d’enfermement en psychiatrie », Nathalie Eckert

Découvrez l’historique de la notion d’enfermement en psychiatrie par Nathalie Eckert.

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Manifeste fondateur du T.R.U.C

Terrain de Rassemblement pour l’Utilité des Clubs

Terrain de Rassemblement pour l’Utilité des Clubs

Au cours de ces trois dernières années, les échanges interclubs se sont élargis et ont pris de l’ampleur au niveau national et international. Forts de ces expériences nouvelles, les clubs de Reims et Saumery ont organisé successivement, en 2015 et 2016, les premiers forums des clubs thérapeutiques pour que tous puissent s’y rencontrer.

Lors de ces échanges, ont été évoquées nos valeurs partagées, nos singularités et la volonté de se retrouver annuellement autour d’un forum itinérant. De ces rencontres, ont émergé l’idée d’une fédération et de réunions régulières pour échanger autour de ce projet. Continuer la lecture de « Manifeste fondateur du T.R.U.C »

Le Lieu de répit, alternative à la psychiatrie

Marseille : Un «Lieu de répit» pour les personnes sans chez soi vivant une crise psychique/ état extrême

lieu de répit

Un lieu, un espace et des vies chargés de sens et de significations, dans une ville aux contrastes toujours en effervescence humaine et culturelle surprenante, inventés en dépit du pessimisme ambiant pour servir et se servir du beau et du magnifique. Lieu de répit de Marseille. Une expérience en cours qui s’inspire de l’optimisme de l’action et du savoir-faire et de l’expérience. N’est-il pas étrange de nous voir faire mieux avec des moyens de bord ? Venez nous voir pour comprendre et agir ! Des bénévoles vous offrent l’apéro, entrée privilégiée pour découvrir et vivre le sens de faire humain autrement.

Un lieu de répit – Place of respite – Lugar de descanso- Ort der Erholung – مكان الراحة والإستجمام

Contexte

Sans-abrisme

Le nombre de personnes sans-abri augmente en même temps que le creusement et l’accroissement des inégalités, dans les grandes villes des pays riches, et de façon notable en France (1). Elles ont un plus grand nombre de pathologies et une espérance de vie 35 à 40 ans inférieure à la population générale (2) . Celles qui restent durablement à la rue ont des difficultés aggravées dans l’accès aux soins et aux droits et sont plus souvent atteintes de « troubles psychiatriques sévères » comme la schizophrénie (3). Le processus est loin de s’inverser en dépit des mesures et des déclarations des acteurs institutionnels ici à Marseille et ailleurs.

Santé mentale

don't panic i'm psychotic
« Don’t panic, i’m psychotic »

Les personnes vivant une crise psychique dans des états extrêmes, et qui sont définies par le monde psychiatrique « d’atteintes de schizophrénie ou de troubles bipolaires » ont entre 20 et 25 ans d’espérance de vie en moins que la population générale. Pourtant ces personnes peuvent se rétablir dans la plupart des cas de ces troubles dits à tort « incurables ». En effet des recherches-actions telles que l’ « Open Dialogue » en Finlande ont démontré que 90% des personnes se rétablissaient définitivement de la dite « schizophrénie » et s’insèrent activement dans la vie sociale et économique. Les travaux scientifiques de Jim van Os , psychiatre Néerlandais, ont sapé les fondements de la schizophrénie. Elle n’existe pas selon cet expert psychiatrique (4).

En dépit de ces constats, les « soins sous contraintes » restent une pratique très fréquente en France (29% des hospitalisations en psychiatrie publique en France (5). La schizophrénie est aussi une catégorie qui fait peur, et qui surdétermine, plus qu’une autre catégorie, le risque d’enfermement (6). Une étude menée en Belgique montre que les facteurs qui augmentent le risque d’être hospitalisé sans consentement sont de trois ordres : 1) faire partie d’une minorité ethnique, 2) être sans abri, 3) et l’absence d’alternative à l’hospitalisation (7). Un rapport accablant de juillet 2016 souligne la maltraitance lors des soins sous contraintes en France symptomatiques des dérives des hôpitaux (8). Ces pratiques expliquent que les personnes se détournent alors du système de soins dans son ensemble (9), alors qu’elles sont nombreuses à développer des PTSD après leur passage aux urgences psychiatriques (10).

Marseille

Il y a plus de 15000 personnes sans abri à Marseille dont plus de 4000 en situation de « troubles psychiatriques » (11). Selon une étude rétrospective sur six ans conduite par les urgences psychiatriques de Marseille (Hôpital de la Conception, Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille). 6.7% des patients admis étaient sans abri, parmi lesquels 43.7% avaient un diagnostic de « schizophrénie ». Ces patients étaient statistiquement plus souvent admis aux urgences: 4,9 fois pour les patients dans domicile fixe contre 1,7 fois pour les autres patients (12). Le tout premier, c’est la situation spécifique de Marseille. La ville, qui comprend des arrondissements entiers très populaires au cœur même de la ville, est marquée par des taux de pauvreté supérieurs à 40 % (13).

Justification de l’action

L’équipe (14) MARSS via à l’expérience d’un squat en 2007 va expérimenter le fait que les personnes de la rue pouvant choisir entre l’hôpital et ses contraintes et un lieu de vie vont souvent se saisir cette opportunité et éviter ainsi un contrôle social formel (15). Un autre outil que développe MARSS en 2014 le Wellness and Recovery Action Plan (WRAP) un outil accompagnement de la personne à élaborer son propre plan de crise, en partant d’une réflexion sur son bien-être. Malgré ces nouveaux outils l’équipe MARSS rencontre de très nombreuses personnes en fuite d’un système de soins contesté et refusé ouvertement parce qu’il ne correspond pas à leurs propres besoins. Elles cumulent souvent « maladie psychique sévère » évoluant vers (schizophrénie ou trouble bipolaire) et difficultés d’avoir des activités régulières.

Objectifs

Objectif principal : la diminution du nombre et de la durée des hospitalisations en urgence et/ou sans consentement des personnes sans chez soi vivant une crise psychotique.

Objectifs secondaires : Amélioration de la qualité de vie perçue, du rétablissement et de la citoyenneté par la reconquête active de leurs droits.

Modèle théorique d’intervention

Le modèle « Soteria », dont s’inspire le projet de Lieu de répit, a été créé en Californie dans les années 1970. De nombreux programmes similaires ont été par la suite développés au Québec, à New York, et dans le Nord de l’Europe. Il repose sur les principes suivants : Offrir aux personnes vivant une « crise psychotique » un milieu de vie calme, communautaire ; proposer une approche phénoménologique de la personne visant à donner un sens à l’expérience subjective de la crise psychotique ; accompagner la personne dans ses activités quotidiennes selon le principe « d’être avec » et « faire avec » ; absence de recours systématique aux traitements neuroleptiques, ou administration de faibles doses en favorisant plutôt les anxiolytiques qui altèrent moins les fonctions cognitives supérieurs et toujours avec l’accord de la personne ; présence permanente de professionnels et de bénévoles qui adhèrent à une vision existentiel et contextuelle de la crise sans la médicaliser/psychiatriser d’emblée. Plusieurs études ont montré que l’approche alternative à l’hospitalisation fondée sur le Soteria paradigm avait des résultats meilleurs ou équivalents à ceux de l’hospitalisation conventionnelle en termes de réduction de la symptomatologie (16), d’augmentation des temps de rémission et de reprise d’une activité professionnelle (17), et avec des coûts réduits (18).

Lieu de répit, lieu de proximité

lieu de répit marseille
Le lieu de répit

Le Lieu de répit est situé à proximité du lieu de vie habituel des usagers. Les équipes d’adressage seront l’équipe psychiatrie précarité MARSS, les urgences psychiatriques (CAP 48 et Conception), et l’EMPP de l’hôpital Edouard Toulouse. Le critère principal d’orientation vers le Lieu de répit sera le refus de la personne d’être hospitalisée associé à la présence d’éléments pouvant justifier des soins sans consentement.

Le fonctionnement du Lieu de répit sera inspiré par l’approche des «pratiques orientées vers le rétablissement » et celle de l’« Open Dialogue » (19). La place de l’auto-support et de la pair-aidance y est centrale. Le séjour au Lieu de répit sera un levier pour l’accès aux thérapies, au logement et à l’emploi grâce à l’intervention spécifique des acteurs expérimentés du lieu mais surtout grâce au travail de partenariat avec les équipes d’accompagnement d’aval : Un chez soi d’abord, Le collectif des diplômés de la vie, HAS (Haute Autorité de Santé), Projet d’évitement aux incarcérations (Médecins du Monde), Jane Pannier, Working First, secteurs de psychiatrie et toues les associations utiles pour les projets individualisés des personnes.

La place donnée aux bénéficiaires de l’action et aux experts d’expérience dans le pilotage du projet et la gestion du fonctionnement du lieu est toute aussi innovante : Le projet Lieu de répit est issu des réflexions et des revendications de personnes directement concernées par la vie à la rue et les « troubles psychiques ». Leur forte demande de lieu d’accueil alternatif à l’hospitalisation en psychiatrie est à l’origine du projet. La participation au projet par les personnes directement concernées se poursuivra dès septembre 2017 avec la création du comité de pilotage au sein duquel les personnes ayant une expérience personnelle des situations de « crises psychiques et sociales », ainsi que des pratiques hospitalières inadaptées et maltraitantes, auront une place centrale. L’implication au groupe participatif, organe principal de gestion collective du projet, sera proposée à toutes les personnes ayant connu directement les hospitalisations sous contrainte et l’exclusion sociale, en s’appuyant sur le réseau associatif marseillais compétent, ainsi que celui de l’équipe MARSS et des équipes partenaires. Les critères d’évaluation du projet seront affinés au fur et à mesure grâce à la collaboration entre les chercheurs, les acteurs de terrain et les experts d’expérience, détenteur du savoir-faire. Par ailleurs, les usagers du lieu participeront aux réunions de fonctionnement du Lieu de répit dès son ouverture, aux côtés des professionnels et des volontaires, sur le modèle de la représentation des usagers dans le médico-social (choix des représentants par les bénéficiaires directs).

Seront également impliqués dans le comité de pilotage les représentants des institutions et équipes partenaires du projet mais aussi des élus locaux, des associations d’habitants du quartier, des journalistes, afin que le débat sur l’accueil et la prise en charge de la « crise psychiatrique » soient ouverts à tous les citoyens et non pas seulement à des experts de la « santé mentale ».

Des évaluations intégrées dans toutes les étapes

La première phase du projet (les deux premières années) permettra de tester la faisabilité, le processus d’implantation ainsi que le modèle d’intervention du projet global. C’est cette phase de l’expérimentation qui est soumise à l’appel d’offre. Elle se réalisera dans dans des méthodes quantitatives et qualitatives avec une composante de niveau participatif (Sherry Arnestein). Nous examinerons, outre l’efficacité du programme, l’écart entre le modèle théorique et le modèle pratique (Dr Aurélie Tinland, médecin de santé publique) et à l’analyse du processus d’implantation et des parcours de soins des usagers (Julien Grard, Anthropologue). La phase deux du projet sera assurée grâce à l’engagement de l’AP-HM sur le redéploiement de la prise en charge intra- hospitalière classique sur le modèle expérimental du Lieu de répit (fermeture de lits « classiques » pour des places de prise en charge à temps complet alternatifs à l’hospitalisation). Nous proposerons dans cette phase deux, une évaluation d’avancement du projet avec groupe témoin à l’aide d’un financement PREPS/PHRC. Une pérennisation ou régulation sera décidé en fonction des résultats obtenu lors de cette phase 2.

Présentation du promoteur et de l’équipe d’accompagnement

Promoteur : L’association JUST a été créée en 2015 pour développer des projets innovant, participatif dans une articulation aux réalités pour plus de justice sociale.

Composition de l’équipe d’accompagnement : Dans un premier temps, une équipe bénévole de personnes directement concernées est en cours de constitution grâce au réseau des acteurs et partenaires du projet. L’équipe du Lieu de répit sera composée en partie de professionnels « classiques » du sanitaire et du social (psychiatre, psychologue, éducateur, infirmier), de volontaires du service civique, mais surtout de personnes ayant directement eut l’expérience de la crise et/ou de l’exclusion sociale, et bien avancés dans leur parcours de rétablissement. Environ la moitié de l’équipe d’intervention sera constituée de personnes directement concernées, dit « travailleur pairs ».

Pouvoir et prise de décision : le projet sera participatif et collaboratif sans hiérarchie. Nous réfléchissons actuellement collectivement au modèle de prise de décision. La sociocratie est un modèle qui nous intéresse.

Contact :

https://just.earth/ldr.just13@gmail.com

que fait la folice?

Quelques données bibliographiques identifiées et rapprochées

1) Pierrette Briant, Nathalie Donzeau, division Logement, Insee. Être sans domicile, avoir des conditions de logement difficiles. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281024

2) Nordentoft et al. 2003. Specialised care for early psychosis: symptoms, social functioning and patient satisfaction social functioning and patient satisfaction. Randomised controlled trial. http://www.rima.org/web/medline_pdf/BrJPsychiatry2006_37-45.pdf3

3) GIRARD Vincent, ESTECAHANDY Pascale, CHAUVIN Pierre FRANCE. Ministère de la santé et des sports. La santé des personnes sans chez soi – Plaidoyer et propositions pour un accompagnement des personnes à un rétablissement social et citoyen. La documentation Française. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000014/

4) Jim Van Os. Schizophrenia Does not Exist. http://thescienceexplorer.com/brain-and-body/schizophrenia-does-not-exist-according-psychiatric-expert
Jim Van Os. https://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://thescienceexplorer.com/brain-and-body/schizophrenia-does-not-exist-according-psychiatric-expert&prev=search

5) Coldefy et collègues précise (page 58) : « Contrairement aux discours de certains acteurs de terrain, il y a bien une variabilité du recours aux soins sans consentement liée à la différence de prévalence des pathologies sur le territoire, les troubles schizophréniques étant plus souvent associés à une hospitalisation sans consentement. »(Coldefy et al. 2014) .
http://www.irdes.fr/recherche/questions-d-economie-de-la-sante/206-la-variabilite-de-la-prise-en-charge-de-la-schizophrenie-dans-les-etablissements-de-sante-en-2011.pdf

6) Le risque d’enfermement. Pour Coldefy et collègues l’augmentation des hospitalisations sous contrainte à d’abord à voir avec l’importance de la fragmentation sociale, qui qualifie la faiblesse des lies sociaux, et dans une moindre mesure, à la quantité de lieux d’enfermement disponibles d’un territoire donné (Coldefy et al. 2014). http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er860.pdf

7) Kasakou & Prieb.2006. Http: Outcomes of involuntary hospital admission. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1600-0447.2006.00823.x/abstract
https://books.google.fr/books?id=5u0gDAAAQBAJ&pg=PA256&lpg=PA256&dq=katsakou+et+Priebe+2006&source=bl&ots=KJ7VGJ7XAz&sig=iggdIUfZuleAOOQ_2OUIrZv9J4M&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiBkduRuvfSAhXIPBQKHQCSDgkQ6AEIRTAF#v=onepage&q=katsakou%20et%20Priebe%202006&f=false

8) Le cas de Belgique. http://www.lbfsm.be/IMG/pdf/mentalidees_n17__DEF_PDFWEB.pdf

9)Adeline Hazan: http://www.voixdelain.fr/blog/2016/03/18/scandale-du-cpa-le-rapport-complet-du-controleur-general-des-lieux-de-privation-de-liberte/

10) 15 000 sdf à Marseille dont 4000 en situation de toubles psychiatriques http://www.psychomedia.qc.ca/sante-mentale/2013-08-13/sdf-sans-abris-marseille

11) Mosher et al, 1995. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2632384/

12) MARSS (Mouvement et Action pour le Rétablissement Sanitaire et Social)

Soteria (« maison Soteria », Soteria house en anglais) est un modèle de communauté proposant un espace pour des personnes traversant des crises émotionnelles extrêmes. Basé sur le modèle du rétablissement, les maisons soterias ont en commun une majorité de non professionnels du soin parmi les employés, le respect des décisions et de l’indépendance des usagers, le lien social et les responsabilités communes, la recherche de sens aux expériences psychotiques grâce à la position du « être avec » de la part des professionnels et l’usage nul ou minime de neuroleptiques (et l’interdiction de toute obligation, de toute coercition même psychologique pour obtenir « l’adhésion »). https://fr.wikipedia.org/wiki/Soteria

Psychiatrie : des violences évitables

En France, 400.000 personnes sont chaque année hospitalisées dans des services de psychiatrie. Un secteur hospitalier où la souffrance psychique mène parfois à des actes de violence verbale ou physique. On estime ainsi à 500.000 par an le nombre d’incidents, soit en moyenne trois incidents par semaine dans chaque unité d’hospitalisation en psychiatrie.

Si environ 30% des patients hospitalisés peuvent avoir des manifestations d’agressivité, seulement 2% des patients ont de manière répétée des moments de violence.

Apprendre le soin en psychiatrie, apprendre sa violence

On vous présente le résumé de la thèse de doctorat de Charles-Edouard Notredame (2016) intitulée Apprendre le soin en psychiatrie, apprendre sa violence : Continuer la lecture de « Psychiatrie : des violences évitables »