Je suis différent comme tout le monde

« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »
Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

Un jour, il faut se décider à être différent mais comme tout le monde, car la folie c’est de continuer à se croire plus différent qu’un autre.

J’étais un garçon incompris qui voulait faire la révolution et qui s’est vu rattraper un soir par la réalité, et l’humanité que j’entendais sauver m’a répondu par la plus grande indifférence, me laissant seul face à moi-même dans une chambre d’isolement d’un hôpital psychiatrique. Moi qui me croyais depuis lors perdu pour la vie, je peux aujourd’hui me réjouir d’avoir retrouvé mon chemin dans le maquis de la vie. Le plus agréable c’est d’avoir trouvé cet élan de confiance et de vivre désormais mes journées avec légèreté et simplicité.

Ce blog qui fut un temps mon terrain d’exploration personnelle et ma guérilla contre les préjugés, devient peu à peu un terrain d’action plurielle, une petite communauté de gens motivés, comme l’évoque in fine le titre « comme des fous ». Mon propos n’est pas de transformer ensemble la psychiatrie à défaut d’avoir pu changer le cours du monde. L’institution est là pour prendre soin et non pas pour se substituer à la vie. Ici, on parle de la vie d’après, celle qui se cherche pour mieux entrer en contact avec le monde réel, celle qu’on se construit dans les sourires et les échanges complices pour briser collectivement les murs de la solitude et de l’indifférence. Car plus on est de fous, plus on peut en rire.

Joan

Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique

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Dans le spot vidéo en question, les chroniqueurs de l’émission préférée des français animée par Cyril Hanouna caricaturent des fous enfermés dans un asile psychiatrique qui doivent être relâchés pour le lancement de la nouvelle saison. Le cliché est exagéré par l’attitude, le maquillage et les accessoires comme la camisole de force.

S’ils sont consentis par les protagonistes, il n’empêche qu’ils donnent une vision gratuite et dégradante voire terrifiante participant à la diabolisation et à la stigmatisation des personnes concernées par la psychiatrie.

La stigmatisation, dans ce cas, c’est considérer la violence de ces images comme normale, elle enfonce les personnes concernées au lieu de les aider à aller mieux et à s’en sortir. Continuer la lecture de « Demandons le retrait de la vidéo de « Touche Pas à Mon Poste » parodiant un asile psychiatrique »

La métamorphose du fou

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Marguerite Yourcenar

papillon

Prendre soin de soi et de son corps, c’est prendre soin de son apparence, de son pouvoir de séduction mais c’est aussi le plaisir d’être bien dans sa peau.

Faire peau neuve, c’est la définition usuelle de l’exfoliation. On désigne par ce terme, les soins du visage et du corps qui permettent d’éliminer les cellules mortes à la surface de la peau aussitôt plus nette et plus belle. S’exfolier, c’est donc faciliter le renouvellement de l’épiderme.

Pourquoi faut-il « s’exfolier » dans le champ de la santé mentale et penser la métamorphose à l’échelle de la société? Continuer la lecture de « La métamorphose du fou »

Le rôle social des usagers en santé mentale

L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

usagers santé mentale

En France, nous sommes 2 millions d’usagers en santé mentale. Ceux qui s’en sortent préfèrent se désigner comme ex-usagers ou survivants de la psychiatrie. Car il est vrai que l’expérience de l’hospitalisation en psychiatrie est souvent vécue comme une épreuve traumatisante. Non pas que les personnels soignants soient particulièrement inhumains ou incompétents ; l’hôpital psychiatrique est par essence un lieu d’accueil de la détresse extrême, coupé du monde, étape d’un mécanisme d’exclusion sociale.

L’intégration sociale c’est réussir à s’en sortir, à ré-inventer une forme de vie satisfaisante au sein de la société, où l’espace et le temps des soins ne soient pas prépondérants. C’est créer une forme d’autonomie, pouvoir s’émanciper en corps et en esprit, avec le soutien bienveillant des autres.

La question sous-jacente est celle de la maladie psychique. Pour qu’il y ait des soignants, des aidants voire des pair-aidants ou des proches-aidants, il faut des personnes « malades ». Or le statut de « malade » peut être pertinent dans les espaces de soins et la pharmacie mais pas dans l’espace social.

Reconnaître à quelqu’un une maladie est un acte médical. Le transformer en statut social, c’est un acte malveillant qui ne peut conduire qu’à l’exclusion sociale.

Se sortir du statut de malade, voilà ce qui nous intéresse, avoir une vie comme tout le monde et se libérer des étiquettes médicales. Le terme d’usager reconnaît au moins à la personne sa capacité à être autre chose qu’un malade.

Le rôle de l’usager en santé mentale peut devenir un enjeu politique. Se sortant des schémas de la maladie, il peut revendiquer son droit à la parole sur les sujets qui le concernent plutôt que de laisser la parole aux seules familles ou aux experts de la psychiatrie. L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

Au-delà des revendications par rapport aux traitements déshumanisants qui existent en psychiatrie, le rôle de l’usager peut devenir un rôle social : il « incarne » un message d’espoir qui parle à tous, faisant sortir la « folie » du champ médical et des représentations négatives.

Nous avons le pouvoir de changer les représentations sociales sur les troubles psy en en faisant un sujet de débat au sein même de la société et non plus un sujet médical du ressort de l’intime et une honte sociale source de mal-être et d’auto-exclusion.

 

La zénitude du fou et le délire du moine

humapsy
pancarte de l’association Humapsy à la Mad Pride

Ce titre loufoque, qui inverse le sens des mots et qui semble ne pas avoir de sens, vise à interroger, justement, le sens qu’on donne à l’expérience du fou qui délire au regard de celle du moine zen. L’intention n’est pas d’opposer les deux figures pour briser les clichés mais de les rapprocher côte à côte pour les faire dialoguer. La quête de sens, c’est un peu la hantise de nos deux protagonistes, l’un voulant comprendre le sens de son délire et l’autre aspirant à un état de conscience supérieur qu’il appelle « éveil spirituel ».

Sans vouloir profaner cette quête spirituelle, ces deux expériences sont-elles si différentes l’une de l’autre ? Continuer la lecture de « La zénitude du fou et le délire du moine »

« Les choses qui ne se disent pas »

Un jour, j’ai dit à une prof : « Je pense des choses qui ne se disent pas. »
Aujourd’hui, j’en souris mais je m’interroge sur l’auto-censure et cette faculté que j’ai à taire mes pensées. Passons l’hypothèse de la timidité qui me pousse à me protéger du jugement de mon interlocuteur ou à ne pas le froisser.

Quelle est cette puissante force qui bloque les mots avant qu’ils ne sortent de ma bouche ? Nul doute que ma tête est envahie par un flot de pensées mais existe-t-il des pensées non-verbalisables ou n’est-ce qu’un flux de pensées parasites pré-verbales ?

Ecrire c’est aussi mettre des mots à ces pensées tout en en découvrant de nouvelles. Ces mots que je barre au fur et à mesure que j’écris, c’est une censure mais aussi une manière de clarifier ma pensée. Je lui trace un sillon pour qu’elle devienne intelligible.

Dans le fond, on ne peut pas dire tout ce qui nous passe par la tête mais le danger quand on se tait trop longtemps c’est que les pensées laissent place au vide au point d’en devenir malade ou fou. Le silence est parfois le signe d’un mal-être que les mots peuvent apaiser.

Apprendre à gérer ses émotions, c’est apprendre à les verbaliser pour qu’elles ne deviennent pas toxiques. Parler et écrire, c’est ne pas tout dire mais c’est aussi ne pas s’empêcher de penser.

Comme des fous à l’affiche!

Une drôle de campagne de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) inspirée d’une phrase de Martin Luther King:
« We must learn to live together as brothers or perish together as fools. »

affiche licra
Campagne de la LICRA, Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

On en sourit mais stigmatiser les fous pour rabibocher la fratrie humaine c’est un peu limite, non?

Lutter contre toute forme d’exclusion c’est aussi accepter la folie comme étant le propre de l’homme et non pas comme une menace pour la société.

Nice

Les voisins du tueur de Nice l’attestent, il était fou. Terroriste sans réelle démarche politique ou religieuse revendicative, lui, c’est d’abord un déséquilibré, un alcoolique, violent avec sa femme qui aurait trouvé par cet acte suicidaire un exutoire à sa démence.

Un cas psychiatrique diront-ils. Alors qu’il avait 19 ans, il a consulté un psychiatre pour une dépression, celui-ci raconte aux médias:

« C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école (…)
Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement, et de troubles du comportement. Un début de psychose, donc. (…) De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie. Mais je refuse catégoriquement l’idée qu’il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n’est pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale.»

Si les mots ne suffisent pas à soulager la douleur, le choix des mots peut aussi faire mal.

Cet homme est mort comme un fou, comme celui dont on ne reconnaît plus l’humanité, emportant avec lui tant d’êtres innocents dans sa folie meurtrière. Alors oui, peut-être qu’il était atteint d’une pathologie psychiatrique et qu’il avait des problèmes dans sa tête. Peut-être s’est-il laissé entraîner par des forces radicalisantes. Mais c’est bien l’acte barbare d’un homme et non pas d’un malade aux circuits neuronaux défaillants.

Celui dont on parle comme s’il n’avait rien d’un homme mais tout d’un fou ne saurait donc justifier des mesures supplémentaires dans la guerre contre le terrorisme. De là à vouloir détecter les sujets à risque dans les services psychiatriques, il n’y a qu’un pas.

Mais faire la guerre au fou c’est devenir un ennemi de notre propre humanité alors contentons-nous humblement de vivre en paix avec nous-mêmes.

De nouveaux lieux pour la folie

Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même.

La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.

Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.

Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale.

Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ?

Où sont les lieux de citoyenneté, les forum-citoyens, les maisons de quartiers, les cercles de réflexion pour discuter ensemble de la société que nous voulons construire ensemble ? Car à l’heure de la désagrégation du lien social, du démantèlement des lieux de soins au profit de logiques gestionnaires, comment voulez-vous porter réellement l’intégration du patient dans la cité ?

On nous dit qu’il n’y a plus de sous pour le soin à visage humain et que de ce fait les soignants n’ont plus le temps d’établir des relations de confiance par le dialogue. Face à ça, les patients sont-ils aussi désœuvrés, passifs et dépendants qu’on voudrait le croire ? On veut qu’ils deviennent des citoyens à part entière mais quelle image nous renvoie-t-on à part celles de personnes inadaptées à la vie économique. Le rôle de la personne prise en charge en psychiatrie doit-il se cantonner aux espaces de soins thérapeutiques ou peut-il s’ouvrir sur la ville et comment s’en donne-t-on les moyens ?

Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie. Il s’agit d’impliquer l’ensemble de la société, sans qu’il y ait d’un côté ceux qu’il faut soigner et de l’autre ceux qu’il faut informer ne serait-ce que parce qu’ils peuvent eux-mêmes perdre la tête un jour. La question n’est pas d’absorber les fous dans la structure sociale mais bien de créer des lieux d’échange et de citoyenneté où chacun puisse s’impliquer par choix et à sa manière dans la chose commune. Il existe des espaces mentaux, des espaces radiophoniques mais il nous faut aussi des espaces physiques de rencontre si on veut que la citoyenneté soit effective.

Puisse ce texte être une pierre à l’édifice.

« Journée Mondiale des Réfugiés »

Billet traduit de la page LoComún, merci à elles! Gracias!

« Ce lundi c’était la Journée Mondiale des Réfugiés. Pour l’occasion, quelques médias et des collectifs de professionnels, se sont fait l’écho des « problèmes de santé mentale » dont souffre ce groupe de personnes, obligées d’abandonner leurs foyers, leur famille et amis et confrontées au déracinement et à l’insécurité.

Et dans une tentative de définition du « problème », ou de cerner ces individus « autres », ils nous ont fourni des données épidémiologiques, des probabilités, des statistiques et des diagnostics, et nous avons pu lire des phrases du type: « les réfugiés ont plus de problèmes d’anxiété et de dépression », « les réfugiés ont trois fois plus de risque de souffrir de schizophrénie et de troubles psychotiques », « le trouble de stress post-traumatique est plus fréquent parmi les réfugié », « des thérapies psychologiques à l’attention des traumas multiples chez les réfugiés », « les enfants réfugiés ont des problèmes de comportement et d’adaptation ». Comme si le « problème » était parmi les autres et que ce n’était pas le problème de tous.

Nous ne doutons pas des bonnes intentions qu’il peut y avoir derrière ces affirmations, mais nous défendons que la santé mentale n’est pas, quand bien même on veuille nous le vendre, quelque chose d’individuel, mais bien quelque chose d’ordre relationnel, dans le collectif, dans le commun. C’est pour cela que nous croyons qu’en diagnostiquant les réfugiés, on n’accepte les préceptes de la « maladie mentale » et qu’on ne tombe -à nouveau- dans le piège de penser la santé mentale comme quelque chose d’individuel.

[Tweet theme= »tweet-string-underlined »]Nous défendons que la santé mentale n’est pas quelque chose d’individuel mais bien quelque chose d’ordre collectif[/Tweet]

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