





Série de collages librement inspirés du site collagesvirtuels.fr
Changer les regards sur la folie






Série de collages librement inspirés du site collagesvirtuels.fr
Je peins, vis, meurs et respire en Rouge et de pleins d’Autres Couleurs également.
C’est comme si je défiais le ciel à coup de poignard d’amour écarlate, rubis, ponceau et acajou.
Pourtant, le Rouge du monde est banal.
Des fast food aux voitures, des révoltés conformistes au coca-cola, du père Noël aux roses de la saint Valentin, des supermarchés aux visages rouges de colères.
Mais le mien et le nôtre est un volcan qui éjacule des formes et vomit des comètes embrasées et incontrôlables dans leur ardeurs fulgurantes.
Il détruit à jamais le vide et réussit à retourner dans le ventre de sa mère pour apprendre à renaître.
Il crie, hurle.
Il est fou et tellement lucide.
Il est tendre, beau, laid et martyr puis danse avec le bleu pour former le mystique des mystères et le cantique des cantiques .
Il est pudeur tendre, fragile et sauvage, dévouement divin, transgression chaste et passionnée de l’interdit qui devient liberté.
Il est masturbation féminine et sang des Femmes et des artistes martyr du monde.
Il est la Vulve crucifiée aussi sacrée que le Christ.
Il est l’enracinement libérée dans la terre-mère, la force de tous les jours qui empêchent le combat courageux de se supprimer.
Il est la fureur déchaînée et salvatrice des Artistes Peintres, le yin et le yang déchaînés qui s’affrontent dans un seul corps.
Il est la lave d’un volcan trop calme qui explose de vie et de mort.
Il est l’ennui mortuaire qui se transforme en réflexion tourmentée et extatique.
Il est le coquelicot qui se brise si vite mais se reconstitue aussi tout pour donner une touche sanglante, vivante et passionnée au paysage Vert si beau mais un peu trop calme.
Allié de la Couleur Orange mirobolante, enflammés, totalement libre, immortelle et crépusculaire qui ose tout de même le combattre, ils forment ensemble la flamme de la liberté qui poussent dans un carnet ou quelques rimes de poésie hurlent et dansent en défiant merveilleusement le souffle de l’éternité.
Nébuleuse
Regardez votre corps de l’intérieur.
Priez-le, exterminer le diable de la société teigneuse et les regards allumeurs des néons blafards.
Regardez votre corps de l’intérieur…
Je suis une femme qu’on traite sans vergogne de folle et comme dirait ma chère Brigitte Fontaine » je suis inadaptée » .
Mes tétons ne sont pas cachés sous un tissu inepte nommé soutien-gorge.
Mon corps est une histoire pleine de déboires et de gloires.
Je peux enfin l’affirmer aujourd’hui.
Je suis une sorcière, une voyoue, une dingue, une excentrique sortie des enfers et pourtant croyante dont le cœur est doté d’une innocente rage.
Je suis une sorcière qui aimerait être salope mais pour être salope il faut exploser la gueule du viol qui a souillé votre peau de femme considérée comme petite chienne assaillie.
Dans cette guerre génocidaire contre nous, celle que l’on tait quotidiennement et transforme en banalité anodine voire romantique, nous ne sommes pas des petites capricieuses, bien au contraire.
Nous souffrons du mal que la société nous fait, tout en cherchant à sortir de l’air de l’apitoiement stérile d’un chevalier faussement puissant, courtois et surtout ridicule sur nos êtres et conditions.
Nous exigeons le droit à la dignité de nos peaux, corps, esprits et identités.
Pour exploser la gueule de ce mal-être, il faut exorciser le regard des hommes.
Il faut faire jaillir la poilue des jambes et des bras, la putain, la prude, le garçon, la punk, la marginale ou juste la femme affranchie sans tomber dans le cliché d’une accro à la drogue, détruite par les médicaments et le Sex&Rock&Roll.
Votre injonction totale et sans demi-mesure d’indépendance pour bourgeoise dictant un faux féminisme ne marchera point pour une femme handicapée en fauteuil roulant, subissant des remarques acides et putrides sur son poids et sa condition, ni pour une bipolaire tout de même guerrière subissant des accès maniaques et dépressifs.
La connasse libre, Femme et mirobolante peut dépendre financièrement de sa famille, d’un homme ou d’une femme.
Il faut juste oser cracher dans les idées, si ces imbéciles l’insultent, la rejettent et la démolissent pour quelques poils sous les bras ou une orientation non hétérosexuelle.
Elle peut-être croyante et uriner des bateaux sur le dos des évêques poltrons, puritains et fachistes car Dieu est une pute divine et immaculée qui a vendu une partie de son être pour créer la Terre et la Femme.
Il n’y a pas de règlements féministes.
Le seul règlement principal est cette recherche de liberté totale d’âme qui est un chemin semé d’embûches quasi impossible mais réalisable avec beaucoup de rudesse et de cœur façonné par soi-même.
Il faut tenter de s’aimer enfin soi-même, d’aimer nos folies et nos nudités.
La naissance est dans la chatte et sans nous, qu’on appelle hystériques ou putes, ces même gueux ne seraient pas nés et seraient encore entrain de jouer au domino dans les fesses du néant.
Et d’ailleurs ?
Pourquoi les faire naître, ces hommes?
Si c’est pour qu’un jour petit monsieur me demande de m’habiller décemment devant ses copains aux voix d’autruches mutantes et demeurées alors que je me serais tapé des mois et des mois de souffrance pour enfanter cet ingrat sexiste et influençable ?
Je veux chanter et danser seins nus dans les fontaines un jour sans qu’un père de famille moraliste et lui-même bien plus hystérique que nous, ne vienne se trimbaler avec sa pudeur étriquée.
Je veux me sentir un jour sainte presque pudibonde et un jour salope libérée avec une panoplie de nuances et de dérives cosmiques dont le garçon qui est mon âme.
Mon corps est à moi et pas au dernier clampin qui fait tournoyer sa nouille en espérant cuisiner un wok.
Je l’explore et le fait mouiller.
Je regarde le sang s’écouler hors de ma chatte galactique sans honte et sans-gêne.
Un jour lorsque je serai bien mieux dans ma peau et certaine, j’irais même jusqu’à faire du burlesque avec la culotte ensanglantée, sans cache-téton, juste mon corps libre dans le vent de l’affranchissement.
Je veux m’exciter moi-même, devant mon gras pendant et sexy.
Et si un régime miracle s’offrirait à moi un jour dans une publicité, je mangerais la télévision dans de la sauce tomate et une pizza aux débris de d’abrutis.
Vous voyez comme un con de femme peut la rendre intelligente et comme un concombre d’homme peut le rendre néant et béant ?
J’aime manger et parler la bouche pleine, être une bête primitive désorganisée, une clown féminiazi dont le seul crime est de s’habiller de teintes bariolées et de vouloir rétrécir les phallus qui envahissent, tels des mutants de sciences fictions, les cerveaux des hommes .
Nous sommes beaucoup à être des salopes détraquées, un peu/beaucoup basanées, trop prudes et/ou trop spéciales.
Les hôpitaux psychiatriques débordent de fous et de folles que sont ces psychiatres sur-médicamentant via les lobbys pharmaceutiques en diabolisant de façon arbitraire le cannabis ou même les plantes médicinales légales qui pourraient peut-être pour certaines pallier au Xanax voire même au Valium .
Renseignez-vous bien et vous verrez que la loi abolissant le métier d’herboriste en tant que profession officiellement reconnue fut instaurée sous le régime de Vichy.
Notre France serait-elle si progressiste, humaniste et ouverte d’esprit?
Non, je ne le croirai jamais.
On les shoote, les taillade à la seringue, à la piqûre forcée.
Ceux et celles qu’on nomme folles et les fous ne peuvent plus s’asseoir et si l’on se plaint, la violence institutionnelle devient effervescente.
Les blagues sur la chambre d’isolement et les camisoles chimiques ou contentions fleurissent sur le net et dans les discussion entre amitiés.
Nous sommes des bêtes marquées au bétail pendant que la fausse pseudo bien-pensance des normopathes blaireaux se rit de nous sans risque.
Abolissons alors les insultes discriminantes à notre égard et réapproprions-nous ces langages.
Tentons de transformer ces lois grotesques en espérant obtenir dans ce chaos consumériste, dominant, discriminant et répressif, une petite ou grande lumière colorée d’espoir.
Osons danser dans la rue, nous, Femmes, bonne sœurs lesbiennes, putes, drag-queen obèses, clochards transgenres, bipolaires excentriques, chanteuses d’opéra noire et de cité, néo-hippies, prêtres travestis, clowns dépressives .
Osons-nous affranchir de carcan patriarcal, normatif et oppressif.
Osons être dissidentes, puantes, étranges, estropiées.
Osons le « nous-même ».
Connectons-nous aux esprits des plantes, des couleurs et des vulves.
Je suis Rouge sang.
Je ne suis ni communiste, ni anarchiste, psychopathe ou marchande de fraise.
Je suis Rouge Femme.
J’ai arrêté beaucoup d’étiquettes pour mettre un soleil dans mon âme.
Si il faut forcément boire de la bière et faire des pogos avec des tatouages destroy tout en étant athée pour être punk, j’emmerde les punk et si mes histoires sont trop galactiques et bizarres pour les néo-hippies, j’emmerde les hippies bobos.
J’avoue que j’aime l’étiquette du féminsime car elle pue merveilleusement et que je suis une féministe bizarre, regardée comme une ovni par certaines.
Pas besoin de manifester pour être forcément légitime.
Tout le monde n’est pas valide.
Je le répète.
Ces personnes ne sont pas valides mais intelligentes et leur réflexions comptent avec ce désir toujours aussi ardent de dépasser cette infantilisation de nos corps et de nos êtres.
Les Couleurs Orange et Rouge furent pour moi le fruit d’une profonde et grande libération personnelle qui est le tout petit début à peine entamé du grand chemin d’envol qui me mènera à la lumière du Jaune et du Multicolore.
Ma Racine reste Couleur Sang de Martyr de l’Art, de la Salope Libre, de la Prude et de la Merveilleuse détraquée Orangée-Rouge que je suis.
Carmin, citrouille, vermillon ou framboise-écarlate…
Peu importe.
Je suis une Couleur Chaude et une Femme chaude qui n’existe pas pour t’allumer mais pour embraser la flamme de la liberté infâme et inadaptée.
Nébuleuse,
nebuleusemirobolante@gmail.com
En France, les personnes qui reçoivent certains diagnostics sont stigmatisées socialement et peuvent être contraintes par la justice à être hospitalisées, possiblement attachées sur un lit, mises en isolement, et à recevoir des injections forcées de médicaments. Elles peuvent aussi perdre le droit de gérer leurs affaires elles-mêmes, ainsi que d’autres droits de l’homme. C’est horrible et tant que cela sera pratiqué, je demanderai que cela soit aboli et j’invite chacun à faire de même.
Je dessine et je publie mes dessins habituellement sur le blog du Collectif depsychiatriser là: https://depsychiatriser.blogspot.com/
Le pseudonyme que j’utilise est Jules.





S-1 : Une semaine avant le confinement à l’hôpital Esquirol, Agathe cherche à sortir, Agathe est enfermée dedans, les gens vont un viennent dehors.
J+0 : Début du confinement dehors, Agathe sort de l’hôpital Esquirol. Restent ceux qui vivent une forme d’hospitalisation sociale et qui resteront dedans et peut-être plus jamais dehors… Le capitaine, Marion, le petit chameau, le croyant vertueux… Les autres sont déjà partis avant le début de la trève hivernale… Alexander, et tous ceux dont personne ne connait le nom parce qu’ils ne nous l’ont pas dit… Alain est resté dedans car les écoles doivent restées fermées. Il n’y a plus les centres aérés, ni la classe, ni le sport, juste la cantine. Esquirol est quasiment sans mouvement et bientôt renfermé. Agathe, elle, est sortie.
S+3 : Agathe est maintenant enfermée dehors, plus personne ne va et vient dehors. Ni elle, ni les autres. Tout le monde est enfermé dedans ou dehors.
Vive le confinement sous contrainte, qui a permis à Agathe de ne plus être enfermée dedans mais bien enfermée dehors (mais à la maison) 😉
Dans un précédent post, nous avions examiné un syndrome plus présent de nos jours chez les femmes d’un âge certainement jeune, « le syndrome de la princesse au petit pois ». Communément plus présent dans les capitales, ce syndrome se révèle à l’adolescence et se renforce à l’âge adulte en présence d’argent et de pouvoir masculin. Chez l’individu masculin, un autre syndrome est également cardinal, constitutif de l’être vivant masculin, présent à l’état latent voire toujours présent. Il s’agit du syndrome de la flute de pan. Il s’avère également plus couramment observé dans les zones urbaines capitales des différents pays qu’ont examiné notre étude épiodémiologique.
Définition : Le syndrome de la flute de pan est un syndrome dans lequel l’être masculin se targuant de grande fortune et de faits de gloire devient héros de sa propre fiction et parvient par là à exister aux yeux de ses semblables féminins. L’exploitation faite par les êtres féminins atteintes du syndrome de la princesse au petit pois du syndrome masculin de la flute de pan mène au syndrome du pigeon pendu (Cf. illustration photograhique).
Étiologie : La psychiatrie française considère le syndrome de la flute de pan comme répondant au syndrome de la princesse au petit pois, il est avéré toujours cardinal, c’est à dire toujours plus que présent même à l’état latent.
Symptômes : Les symptômes sont toujours présents à l’état latent et se répercutent de façon héréditaire par l’héritage génétique et financier voire foncier.
Traitements : La feuille de coca, comme euphorisant rendant partiellement attaché aux autres par effet autopersuadant du bien fondé des paroles et des actes de la princesse au petit pois, apparait être le meilleur traitement après les feuillez de pavot de 3ème génération. Le rapport au monde complexe du patient peut être aussi traité par la répercution de son héritage matériel et génétique sur une descendance humaine ou canine voire par dons et legs financiers aux animaux domestiques.
Ces vacances-là, il est difficile de ne pas s’en souvenir toute sa vie.
J’avais prévu de faire les vacances traditionnelles entre copains, un road-trip en Espagne, les vacances rêvées et tant attendues. Je les attendais d’autant plus que je sortais d’une lourde dépression, qui m’avait clouée au lit pendant tout l’hiver. J’avais perdu goût à tout, et voyais le monde à travers un filtre noir que je peinais à enlever. A cette période, je ne comprenais que trop bien le vers de Baudelaire « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».
Pour m’en sortir, mon médecin m’avait prescrit des médicaments que je prenais docilement chaque soir. Peu à peu, je sentais qu’ils faisaient effet, et je retrouvai progressivement mon état normal. Je me sentais bien, très bien, et même un peu trop bien.
A l’arrivée du printemps, je commençais à retrouver ma forme physique et mentale, et au rythme des bourgeons qui commençaient à éclore, de nouvelles idées et projets émergeaient de toutes parts. Toute l’énergie que j’avais laissé hiberner pendant l’hiver revenait de manière décuplée. Le printemps correspondait aussi à mon anniversaire, je fêtais ma naissance et sentais en même temps que je renaissais. Je m’amusais à retrouver ces petits plaisirs que l’on connait tous, mais que j’avais oublié durant mon hibernation: chanter sous la douche « toute la musique que j’aime », danser le Mia devant mon miroir, mettre des vêtements pleins de couleurs… Je n’avais jamais touché un bonheur aussi pur, sans limite, c’était de la drogue naturelle, c’était dingue, c’était fou…
Et oui, c’était le mot, c’était « fou ». Je faisais ce qu’on appelle un épisode « maniaque ». Pour ceux qui ne connaissent pas, un épisode maniaque est ce qui s’oppose à la dépression: alors qu’une dépression est un trop bas d’énergie, un épisode maniaque est une explosion d’énergie où l’on se sent pousser des ailes, où l’on est comme sous extasie sans prise de substance, où l’on se prend pour un sur-homme, ou dans mon cas, pour une sur-femme.
Lorsque mon entourage a réalisé ça, au lieu de m’envoyer en road-trip en Espagne, ils m’ont envoyé en confinement à Sainte-Anne. Deux styles, deux ambiances.
Je comprends que par rapport à tous les voyages que vous allez raconter, celui à Sainte-Anne est celui qui fait le moins rêver. Mais dans le genre « destination unique au monde » je pense que je marque un point.
J’ai décidé de vivre ce voyage en Folie comme une touriste curieuse qui se prête au jeu. J’espérais ne pas vivre cette expérience tous les 4 matins, fallait donc que j’en profite.
Au début, c’était un choc, je ne vais pas vous mentir. Compte tenu du fait que je me considérais comme la reine du monde, j’avais du mal à comprendre pourquoi ils me mettaient en pyjama bleu, m’enlevaient mes bijoux et tout moyen de communication avec l’extérieur, et trouvais que c’était un traitement peu adapté pour une reine.
Comme vous pouvez l’imaginer, pour descendre de mon trône et revenir dans le monde réel, je n’ai pas pu éviter la case médicaments ainsi que l’état léthargique que l’on connaît chez les patients en psychiatrie. Mais j’aimerai aussi aborder des aspects plus plaisants, que l’on n’évoque trop peu dans ce type de récit de voyage.
On ne voit d’un hôpital psychiatrique que ses murs blancs, ses chambres sombres, ses médicaments à forte dose… Mais si l’on regarde bien, il y a aussi un jardin dans lequel on peut se balader, méditer, prendre l’air frais. L’hospitalisation est aussi un moment où l’on est confinés, coupés du monde extérieur, soit le moment idéal pour prendre du temps pour soi, lire, écrire, dormir…
On fait de belles rencontres, parfois atypiques certes, mais qu’est-ce qu’on cherche d’autres en voyage que d’être dépaysé? Toutes les expressions « on s’amuse comme des fous », « plus on est de fous plus on rit » ne viennent pas de nul part, et prennent sens plus que jamais dans un hôpital psychiatrique.
Et surtout, ne croyez pas! Moi aussi j’ai eu droit à mon amour de vacances, à ma romance sans lendemain!
Tous les jours, j’attendais la visite de mon jeune et bel interne… Julien … le Docteur Mamour de Grey’s Anatomy version psychiatrie.
Quand on est hospitalisé, les occupations sont rares, la solitude est grande, et l’ennui peut l’être aussi. De la même façon qu’il est nécessaire de sortir faire les courses en plein confinement pour ne pas devenir fou, il est tout aussi important d’avoir un Docteur Mamour durant une hospitalisation en psychiatrie, pour ne pas devenir encore plus fou. Sans le savoir, il jouait un réel rôle essentiel dans ma santé mentale.
On parlait littérature, il me conseillait des livres. Je le faisais rire car je faisais la « fofolle », j’avais le droit, j’étais là pour ça.
Ça aurait peut-être été une belle romance si je l’avais rencontré durant mon road-trip en Espagne, sous un coucher de soleil avec une jolie robe à fleurs. Mais non, je l’ai rencontré à Sainte-Anne, sous l’éclairage des néons, en pyjama bleu. Deux styles, deux ambiances.
Après deux semaines, j’étais triste de le quitter, tout en espérant ne pas être amenée à le revoir.
Je garde de ces vacances un souvenir ni positif, ni négatif, juste unique en son genre. Une parenthèse de mon existence, un endroit en dehors du monde que j’ai pris plaisir à visiter mais dans lequel je n’aimerai pas retourner.
Voilà pour mon voyage, et si vous y allez un jour, n’hésitez pas à m’appeler, j’ai quelques bonnes adresses à vous donner. 😉
Nana
La nuit tombait lentement sur la vieille ville.
Et déjà, dans les chaumières, on tirait les rideaux, on fermait les verrous, on faisait taire les enfants. Des regards inquiets, cachés derrière les voilures, scrutaient les ruelles sombres, seulement éclairées par quelques lampadaires fatigués. Chacun était à l’affût, d’un bruit, d’une anomalie, d’une silhouette inquiétante.
Car depuis plusieurs jours, le malheur semblait s’abattre sur la cité. Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur. Immense, habillé tout en noir. Malgré notre veille de chaque instant, nous ne parvenions pas à surprendre l’homme en noir, mais nous savions d’où il venait.
Car en haut, sur la colline, derrière les grands chênes, se dressait, majestueux et terrifiant, l’asile.
Ses hauts murs empêchaient de voir ce qu’ils cachaient, mais lorsque le vent soufflait en direction de la vallée, certains disaient entendre un grondement. Comme celui d’une bête essoufflée. Ou un gémissement. Comme celui d’une bête affamée.
Les rares qui avaient osé s’approcher du sinistre bâtiment étaient revenus terrifiés par le courant glacial qui les avait traversés. Il se disait que c’était le souffle froid des dangereux insensés retenus derrière le mur d’enceinte. Aussi, on ne s’en approchait pas, on restait loin, on empêchait même les enfants d’en parler.
Mais après la nuit, c’était la neige qui tombait dru maintenant. C’était à peine si l’on pouvait distinguer, derrière son épais rideau blanc, la chaussée, les pavés, les passants perdus, effrayés, offerts à la malédiction s’ils ne couraient pas chez eux assez vite. Chacun sentait l’imminence d’un sombre événement.
Car nous le savions tous, les fous étaient entrés dans la ville. Et les ténèbres avec eux.
Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.
Et soudain il était apparu.
Le garçonnet n’avait pas menti. Immense et vêtu de noir, le dos courbé, l’homme avançait, lentement, grognant, terrifiant. Mais vers quelle funeste besogne? Quelle femme, quel enfant, quel animal allait-il emporter?
Alors, comme portés par l’instinct de survie, la colère et l’espoir de mettre un terme au fléau, et encouragés par un signal inconscient et commun, nous avions tous jailli, sans même prendre le temps de nous vêtir chaudement, et fondu sur lui, armés de bâtons, de pelles ou de nos seules mains, prêts à tout.
Jusqu’à ce que, le reconnaissant, nous nous figions.
Il était l’un des nôtres. Nos parents connaissaient ses parents, nous avions foulé avec lui les mêmes bancs de l’école, joué aux mêmes jeux dans la cour de récréation. Certes, il était différent, lointain et inaccessible, parlait souvent seul, ou aux arbres, riait sans raison, mais il était l’un des nôtres. Souffrant depuis des années d’une vie tourmentée, il avait plusieurs fois séjourné quelques temps à l’hôpital qui l’accompagnait dans les périodes difficiles.
Incapable de la moindre violence, il vivait en marge, mais à nos côtés, et était apprécié comme tous les enfants du village que nous étions tous.
Armés de bâtons, de pelles et de nos mains, nous l’encerclions, paralysés, saisis par notre méprise. Le temps semblait suspendu. La neige tombait toujours dans un silence d’hiver. Nous pouvions presque entendre les battements de nos cœurs.
Lentement, il avait relevé sa capuche et nous avait regardé, les uns après les autres, un grand sourire aux lèvres.
“Mais qu’est-ce que vous faites là sans manteau? Il fait froid! Vous êtes fous?”
Puis, le dos courbé, sous son manteau noir, blanchi de neige, il avait continué son chemin.
Nos manteaux, plus sombres encore que le sien, étaient ceux de la peur et de l’ignorance qui nous avaient insidieusement enveloppés.
Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.
Et les fous c’était nous.
Christophe Malinowski, infirmier et auteur du blog Il était une fois en psychiatrie.
« Cher Père Noël,
En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !
Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !
Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.
Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler, et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !
Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins d’autres choses !
Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…
Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !
Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?
Merci. »
Djamila