« Je m’appelle comme je m’appelle et j’ai l’âge que j’ai. Éclairant, n’est-ce pas ? Je ne cherche pas à ce que tu me connaisses par mon prénom mais par mon histoire. Je ne médirai pas sur ce que j’ai vécu ou sur celle que j’ai été. Sans cela, je ne serais telle que je suis aujourd’hui. Et à regarder de le chemin parcouru, je te le dis, rien n’est figé dans la vie […] »
Je souhaite porter avec l’asso Tenir Tête un projet de bédéthèque itinérante, qui circulerait dans le Tarn et à Toulouse, et je suis en recherche de références. J’aimerais particulièrement mettre l’accent sur le témoignage à la première personne, mais pas seulement. Auriez-vous des idées, des recommandations? Si des titres vous ont particulièrement déplu, je veux bien le savoir aussi. 🙂 Merci!
hélo
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En France, les personnes qui reçoivent certains diagnostics sont stigmatisées socialement et peuvent être contraintes par la justice à être hospitalisées, possiblement attachées sur un lit, mises en isolement, et à recevoir des injections forcées de médicaments. Elles peuvent aussi perdre le droit de gérer leurs affaires elles-mêmes, ainsi que d’autres droits de l’homme. C’est horrible et tant que cela sera pratiqué, je demanderai que cela soit aboli et j’invite chacun à faire de même.
« Yo, j’ai fait une bande dessinée qui parle de psychose pour les 23 heures de la BD. Ça parle du rapport aux voix et délires et de comment les comprendre. » @PatateVolant
Nous la reproduisons ci-dessous avec son autorisation et avec un immense plaisir!
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Je crois que je me nourris d’un peu de tout, je capte une bonne idée par ci, un trait qui fait mouche par là… Je suis particulièrement admirative devant le travail de Craig Thompson, un auteur de BD immensément talentueux. Quant à mes aspirations… si je pouvais vivre sereinement de mon travail créatif, ce serait merveilleux.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
J’exerce plusieurs métiers – dont auteure de BD et développeuse web -, mais toujours des métiers créatifs ! Faire de la bande dessinée, par exemple, c’est pouvoir exprimer en images des sensations abstraites. En dessinant la cyclothymie sous la forme d’un petit renard dans « Goupil ou face », elle devient beaucoup plus concrète… et beaucoup plus compréhensible pour un lecteur extérieur au trouble. Un atout par rapport aux publications plus médicales et académiques, qui demandent beaucoup de motivation pour être lues !
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Le monde de la santé mentale devrait faire partie intégrante du monde-tout-court…! Personne n’a l’impression de basculer dans « le monde de la santé nasale » quand il a un rhume, il ne devrait pas en être autrement pour le cerveau. Il y a des gens qui ne « croient pas » aux maladies mentales, qui refusent d’admettre qu’ils peuvent être touchés, eux ou leur entourage, qui voient les psys comme des manipulateurs, des affabulateurs… Tout ça traduit une grande peur de l’inconnu qui est un sacré frein au bien-être des personnes atteintes d’une maladie ou d’un trouble psychiatrique.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Comme je le raconte dans « Goupil ou face », la cyclothymie – une forme de trouble bipolaire -, entraîne un besoin permanent de neuf, de neuf, toujours de neuf ! Ma solution à moi pour la nourrir, ça a été de piocher dans tous les domaines créatifs : six livres publiés, un site communautaire qui réunit 2.000 dessinateurs (www.forum-dessine.fr), un jeu vidéo créé collaborativement par 82 amateurs, des illustrations réalisées pour des occasions très variées… Je suis aussi extrêmement curieuse de nouvelles rencontres et j’ai l’impression d’avoir noué des relations particulièrement intenses et nourrissantes. Être cyclothymique rend tout plus bref, plus intense, plus puissant – en positif comme en négatif. Autant essayer d’en profiter !
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
La politique, les costumes cravate et les petits jeux de pouvoir, pas pour moi ! Plus que les lois, je pense que ce sont les idées qu’il est urgent de faire changer : je me sens plus utile en écrivant des bandes dessinées qu’en votant des textes de loi. Si le Ministre de la Santé Mentale pouvait déjà soutenir la myriade d’initiatives artistiques, bénévoles et associatives qui existent, ce serait une aide précieuse pour beaucoup. (Par contre, si je pouvais toucher un mot au Ministre de la Culture au sujet de la rémunération des auteurs…)
À l’âge de 30 ans, Ellen Forney est diagnostiquée bipolaire chronique.
Elle enchaîne des périodes d’euphorie créatrice avec de longs moments de dépression. Elle s’en sort. Une case en moins est le récit de cette guérison, entre les séances de psychothérapie et l’exercice de la bande dessinée comme forme originale de thérapie.