Spleen, le podcast

Nous vous invitons à découvrir Spleen, le tout nouveau podcast de Lorine Le Louvier sur la santé mentale : https://lasouffleuse.com/index.php/spleen/

Spleen est un podcast sur la santé mentale. On y parle de dépression, de TOC, de dépression du post-partum, de schizophrénie… Des personnes extraordinaires vous racontent leurs vies bouleversées par le trouble psychique. C’est un podcast qui est là pour se sentir moins seul.e dans ces angoisses, ces peurs irrationnelles, les pensées sombre, la tristesse infinie, la culpabilité de ne pas être « normal »… C’est aussi pour les proches des personnes concernées pour vous aider à mieux comprendre, à être plus emphatique et juste dans vos réactions… 

Attention, ce podcast aborde des sujets sensibles. Il y est question de santé mentale et de pulsions suicidaires.

C’est un podcast de Lorine Le Louvier avec une musique de Olivier Delhomme et Guillaume Piolat. C’est une production La Souffleuse.

https://lasouffleuse.com/index.php/spleen/

Voyage en folie

Ces vacances-là, il est difficile de ne pas s’en souvenir toute sa vie.

J’avais prévu de faire les vacances traditionnelles entre copains, un road-trip en Espagne, les vacances rêvées et tant attendues. Je les attendais d’autant plus que je sortais d’une lourde dépression, qui m’avait clouée au lit pendant tout l’hiver. J’avais perdu goût à tout, et voyais le monde à travers un filtre noir que je peinais à enlever. A cette période, je ne comprenais que trop bien le vers de Baudelaire « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».

Pour m’en sortir, mon médecin m’avait prescrit des médicaments que je prenais docilement chaque soir. Peu à peu, je sentais qu’ils faisaient effet, et je retrouvai progressivement mon état normal. Je me sentais bien, très bien, et même un peu trop bien.

A l’arrivée du printemps, je commençais à retrouver ma forme physique et mentale, et au rythme des bourgeons qui commençaient à éclore, de nouvelles idées et projets émergeaient de toutes parts. Toute l’énergie que j’avais laissé hiberner pendant l’hiver revenait de manière décuplée. Le printemps correspondait aussi à mon anniversaire, je fêtais ma naissance et sentais en même temps que je renaissais. Je m’amusais à retrouver ces petits plaisirs que l’on connait tous, mais que j’avais oublié durant mon hibernation: chanter sous la douche « toute la musique que j’aime », danser le Mia devant mon miroir, mettre des vêtements pleins de couleurs… Je n’avais jamais touché un bonheur aussi pur, sans limite, c’était de la drogue naturelle, c’était dingue, c’était fou…

Et oui, c’était le mot, c’était « fou ». Je faisais ce qu’on appelle un épisode « maniaque ». Pour ceux qui ne connaissent pas, un épisode maniaque est ce qui s’oppose à la dépression: alors qu’une dépression est un trop bas d’énergie, un épisode maniaque est une explosion d’énergie où l’on se sent pousser des ailes, où l’on est comme sous extasie sans prise de substance, où l’on se prend pour un sur-homme, ou dans mon cas, pour une sur-femme.

Lorsque mon entourage a réalisé ça, au lieu de m’envoyer en road-trip en Espagne, ils m’ont envoyé en confinement à Sainte-Anne. Deux styles, deux ambiances.

Je comprends que par rapport à tous les voyages que vous allez raconter, celui à Sainte-Anne est celui qui fait le moins rêver. Mais dans le genre « destination unique au monde » je pense que je marque un point.

J’ai décidé de vivre ce voyage en Folie comme une touriste curieuse qui se prête au jeu. J’espérais ne pas vivre cette expérience tous les 4 matins, fallait donc que j’en profite.

Au début, c’était un choc, je ne vais pas vous mentir. Compte tenu du fait que je me considérais comme la reine du monde, j’avais du mal à comprendre pourquoi ils me mettaient en pyjama bleu, m’enlevaient mes bijoux et tout moyen de communication avec l’extérieur, et trouvais que c’était un traitement peu adapté pour une reine.

Comme vous pouvez l’imaginer, pour descendre de mon trône et revenir dans le monde réel, je n’ai pas pu éviter la case médicaments ainsi que l’état léthargique que l’on connaît chez les patients en psychiatrie. Mais j’aimerai aussi aborder des aspects plus plaisants, que l’on n’évoque trop peu dans ce type de récit de voyage.

On ne voit d’un hôpital psychiatrique que ses murs blancs, ses chambres sombres, ses médicaments à forte dose… Mais si l’on regarde bien, il y a aussi un jardin dans lequel on peut se balader, méditer, prendre l’air frais. L’hospitalisation est aussi un moment où l’on est confinés, coupés du monde extérieur, soit le moment idéal pour prendre du temps pour soi, lire, écrire, dormir…

On fait de belles rencontres, parfois atypiques certes, mais qu’est-ce qu’on cherche d’autres en voyage que d’être dépaysé? Toutes les expressions « on s’amuse comme des fous », « plus on est de fous plus on rit » ne viennent pas de nul part, et prennent sens plus que jamais dans un hôpital psychiatrique.

Et surtout, ne croyez pas! Moi aussi j’ai eu droit à mon amour de vacances, à ma romance sans lendemain!

Tous les jours, j’attendais la visite de mon jeune et bel interne… Julien … le Docteur Mamour de Grey’s Anatomy version psychiatrie.

Quand on est hospitalisé, les occupations sont rares, la solitude est grande, et l’ennui peut l’être aussi. De la même façon qu’il est nécessaire de sortir faire les courses en plein confinement pour ne pas devenir fou, il est tout aussi important d’avoir un Docteur Mamour durant une hospitalisation en psychiatrie, pour ne pas devenir encore plus fou. Sans le savoir, il jouait un réel rôle essentiel dans ma santé mentale.

On parlait littérature, il me conseillait des livres. Je le faisais rire car je faisais la « fofolle », j’avais le droit, j’étais là pour ça.

Ça aurait peut-être été une belle romance si je l’avais rencontré durant mon road-trip en Espagne, sous un coucher de soleil avec une jolie robe à fleurs. Mais non, je l’ai rencontré à Sainte-Anne, sous l’éclairage des néons, en pyjama bleu. Deux styles, deux ambiances.

Après deux semaines, j’étais triste de le quitter, tout en espérant ne pas être amenée à le revoir.

Je garde de ces vacances un souvenir ni positif, ni négatif, juste unique en son genre. Une parenthèse de mon existence, un endroit en dehors du monde que j’ai pris plaisir à visiter mais dans lequel je n’aimerai pas retourner.

Voilà pour mon voyage, et si vous y allez un jour, n’hésitez pas à m’appeler, j’ai quelques bonnes adresses à vous donner. 😉

Nana

Portrait de Hey Hey

Comme Hey Hey, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Deleuze, les Chiens de Navarre, Anne Teresa De Keersmaeker. Pina Bausch.

Le ciel. Les étoiles. Les Rêves fous.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Chorégraphe. Par l’écriture littéraire rythmique des mots et ou du corps. Pouvoir de l’imaginaire, de la transmission, de la puissance de l’être, de sa folie et son intelligence.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Un monde étriqué mais qui commence à prendre en compte les autres possibles… Notamment l’évolution des thérapies non verbales… et la reconsidération de la pensées Freudienne toute puissante.

Le tabou sur des troubles mentaux est présent… ils sont flous et confondants.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La créativité, l’illimité, la non censuré, l’absurdité, la réalité inversée.

Une vision alternative et réelle, vraie.

Si elle est n’est pas dangereuse pour soi et les autres, elle est source d’un Possible inépuisable.

A condition que cette folie ne soit pas subie mais un minimum mise a distance pour créer avec elle en toute liberté.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Haha! Par qui serais-je élu?!

En tout cas je travaillerais étroitement avec la ministre des arts et de la culture et la ministre de l’éducation. Dans une nouvelle République bien entendue.

La Confinothèque : Ensemble face à la pandémie

[Entraide] Nous souhaitons partager les ressources en ligne pour traverser la pandémie moins seul.es et sans mettre en suspens sa santé psychique. N’hésitez pas à partager vos besoins, vos attentes et poser vos questions.

« Je me pose des questions sur la façon d’accompagner mes patients dans la crise actuelle, et aimerais pour cela connaître les besoins et attentes des personnes concernées notamment face à la désorganisation prévisible des soins en psychiatrie (fermeture de beaucoup d’hôpitaux de jours) mais aussi connaitre les possibilités de soutien entre Pairs via les réseaux sociaux notamment.

La pandémie de coronavirus entraîne à l’heure actuelle des mesures de restriction des interactions sociales, ainsi qu’une mobilisation de l’intégralité du système de soin. La plupart des services de soin en santé mentale ont dû modifier leurs pratiques afin de protéger usagers et soignants.

Les personnes concernées par un trouble psychique et leurs proches doivent faire face, en plus du stress partagé par l’ensemble de la population, à un réaménagement de leur mode de soin.

Que ce soit la fermeture temporaire d’un hôpital de jour, d’un CATTP, la suspension de groupes thérapeutiques, le passage à la téléconsultation, mais aussi vos besoins d’information ou les manques repérés dans ce domaine, vos avis et témoignages pourraient aider les professionnels s’adapter à vos besoins. »

Dr. Isabelle Salmona

Nous proposons de lister vos réponses ci-dessous :


Permanence d’écoute psychologique du Collectif Psy Noires :

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSdjMod7Q6vkImk0vYiL69SqfK5nXcIHjZgAmKi8xQhKTQ8rWQ/viewform

Le collectif de psy noirEs propose une permanence solidaire gratuite d’écoute pour les personnes les plus isolées et précarisées.

☎️ L’association ESPER PRO propose des permanences téléphoniques à l’attention des personnes vivant avec une problématique de santé mentale. Ces lignes sont également dédiées à leurs proches et aux aidants.

ESPER PRO travaille pour la reconnaissance du savoir expérientiel par les pouvoirs publics et défend son utilité auprès des institutions et des dispositifs de santé.

👉 https://esperpro-mediateur.fr/covid-19/


Visioconférences du Réseau français sur l’entente de voix tous les soirs à 18H sur Zoom :

https://zoom.us/j/3578270794 + Conseils du groupe REV pendant le confinement


Sur Facebook :

Groupe « Restons chez nous, moins seuls » : https://www.facebook.com/groups/1131760777159025/
« Ce groupe est créé en collaboration avec un psychiatre (Igor Thiriez) afin de pouvoir se soutenir, lutter contre la dépression, la solitude et l’isolement. En cas de coup de mou ne surtout pas hésiter à poster sur le groupe. Ce groupe est un groupe d’entraide, de soutien, de communication. Ne baissons pas les bras. Gardons le sourire. »

Groupe « Coronavirus, pour positiver » : https://www.facebook.com/groups/202173630882273/


Radios sur internet :

La Colifata France : *CATTP d’Asnières à distance : garantie d’accès au soin.
*Centre d’activité thérapeutique à temps partiel

Depuis chez vous, vous pouvez écouter la radio sur le streaming de Colifata France 24/24, connectez-vous lors des rendez-vous programmés: https://www.alsolnet.com/stream/lacolifataenlace/

Lundi de 10h à 12h : Accueil
Mercredi : de 14h à 16h: Groupe Journal Et tout et tout.
Jeudi: de 14h à 16h : Groupe Radio : La Radio sans Nom
Vendredi de 14h à 16h : Groupe Ecriture

On pourra se parler, se donner des nouvelles, être ensemble à distance.

Radio Interval pour le CMP / HDJ de Villiers sur Marne et le CATTP de Champigny: https://soundcloud.com/user-1060002


L’émission Bruits de couloir en période de confinement : https://www.mixcloud.com/BruitSdecouloir/


L’émission Roue Libre du Groupe d’entraide mutuelle de la Vague à l’âme : https://www.mixcloud.com/RoueLibreRL/


Radio HS (Hypersensibles) avec Will :

« C’est une nouvelle émission que je propose. Unique elle donne l’expression à nous bipolaires ou proches. Diffusons notre différence, notre sensibilité, notre génie, notre folie sur les ondes !!!

Alors pour écouter, suffit de cliquer ici: https://www.radioking.com/play/la-radio-hs-l-ile-de-will

Et pour venir discuter avec mes acolytes et moi-mêmes, il faut venir par là: https://discord.gg/msJ4wSg Vous pouvez venir dés à présent pour vous familiariser avec l’endroit et vous exprimez sur le tchat.

On utilise le logiciel « discord » pour parler, il vous faudra un micro ou un kit main libre si vous utilisez le téléphone (dans ce cas il vous faudra télécharger l’appli discord). »

via https://laviedunbipolaire.wordpress.com/2020/03/20/mon-rdv-avec-vous-une-fois-par-mois-en-ligne-cest-dimanche/

Journal intime collectif au temps du corona : https://soundcloud.com/journal-intime-collectif

« Dérivé par temps de quarantaine de l’émission Foule Continentale sur France inter et La Première – RTBF. Nous mettrons ici chaque jour, de nouveaux sons. »


Comment s’en sortir sans sortir ? – Objets sonores composés en période de confinement par Emmanuel Moreira : https://soundcloud.com/laviemanifeste/sets/comment-sen-sortir-sans-sortir


Emotions confinées par Louie Media : https://soundcloud.com/louiemedia/sets/emotions


Emission à réécouter – « Seul, en famille ou entre amis, gérer sa vie de confiné » avec Catherine Tourette-Turgis sur France Inter : https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-19-mars-2020-0


La playlist de Pablo pour se détendre :


Ressources :

En première ligne : https://enpremiereligne.fr/

Face à l’épidémie de Covid-19, certains d’entre nous sont en première ligne de la lutte pour sauver des vies et assurer les fonctions vitales de notre pays. Soyons présents pour eux et leurs familles.


Covid-entraide France : https://covid-entraide.fr/ – plateforme nationale avec des groupes d’entraide locaux sur les réseaux sociaux.


#Jeveuxaider – la plateforme d’entraide mise en ligne par le gouvernement : https://covid19.reserve-civique.gouv.fr/

1. Aide alimentaire et d’urgence.
Je distribue des produits de première nécessité (aliments, hygiène…) et des repas aux plus démunis.
2. Garde exceptionnelle d’enfants.
J’aide à garder des enfants de soignants ou d’une structure de l’Aide Sociale à l’Enfance.
3. Lien avec les personnes fragiles isolées.
Je participe à maintenir le lien (téléphone, visio, mail…) avec des personnes fragiles isolées : personnes âgées, malades ou en situation de handicap.
4. Solidarité de proximité.
Je fais les courses de produits essentiels pour mes voisins les plus fragiles.


Fraternité – la plateforme du Mouvement des Colibris : https://fraternite-covid19.fr/

Partagez vos idées et vos initiatives.

Yoga gratuit – L’application Down Dog est gratuite jusqu’en avril pour vous permettre de suivre des cours de yoga à la maison : https://www.downdogapp.com/  


Owlie le chatbot : m.me/owlielechatbot

Chatbot chouette de soutien psychologique sur Messenger 24h/24 7j/7. Créée par @ClaraFalala, @IgorThiriez et @Leethique.


Prendre soin des personnes à la rue pendant cette période de COVID-19 : https://blog.entourage.social/2020/03/13/covid-19-et-personnes-sdf-quelques-conseils/


Vidéo – soutien en confinement sur Menta’Lee


Instagram (sur téléphone) :

Live Instagram avec Elise Francisse chaque matin à 9h : @elisefrancisse + café virtuel sur Discord : https://discordapp.com/invite/JunByg

Goûter Psy – les jours de semaine à 16h30 avec Sophie Collot, paire aidante : @sophie.collot

Méditation collective avec Lili Barbery en direct tous les soirs à 18h : @lilibarbery

Méditation en direct sur Instagram tous les soirs à 18h

MOOC :

MOOC : Se rétablir, un vrai délire ? https://moocs.hes-so.ch/#courseid=107

Ce MOOC s’adresse en effet à tout un chacun-e et pas seulement aux professionnels, aux proches ou aux usagers.

Les principales questions qui seront abordées dans ce cours sont :
Quel est mon rapport à la santé mentale ?
Est-ce possible de se rétablir d’un trouble psychique ?
Comment soutenir les personnes malades ?
Comment prendre soin de ma propre santé mentale ?


Livres numériques :

« Tracts Gallimard » se réinvente durant notre temps commun de confinement et de lutte contre la pandémie : https://tracts.gallimard.fr/fr/pages/tracts-de-crise

Chaque jour, durant cette période de crise, « Tracts » publiera, sous forme numérique, des textes brefs et inédits d’auteurs déjà publiés dans la collection ou se sentant proches de celle-ci. Ces textes seront proposés gratuitement en téléchargement aux lecteurs. Parution à heures fixes : 10 heures, 14 heures ou 20 heures.

Livre sur Calameo – « Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique en ligne » de Mona Chollet : https://fr.calameo.com/read/00021502295cd447c3828

A travers ce récit alliant références et ressentis personnels, Mona Chollet dépeint les bienfaits du foyer, décrit comme une « base arrière » et en évoque également les enjeux : difficulté de se loger dans de bonnes conditions et aliénation féminine, par exemple.

Livre sur Calameo – « Abondance et liberté » du philosophe Pierre Charbonnier : https://fr.calameo.com/read/000215022c490f7740ee8

L’auteur y propose une histoire environnementale des idées politiques, sous la forme d’une magistrale enquête philosophique et historique. Il s’agit de penser les modalités de l’émancipation politique de demain, face aux limites du capitalisme industriel et au bouleversement des équilibres écologiques.

Livre sur Calameo – « Fabuler la fin du monde » de Jean-Paul Engélibert : https://fr.calameo.com/read/0002150225d05c8bc9bfb

L’auteur y mène une analyse comparée de diverses fictions d’apocalypse, littéraires, cinématographiques et télévisuelles, et cherche à en comprendre les motivations et les effets sur nos imaginaires.

Livre sur Calameo – « Résister au désastre » d’Isabelle Stengers : https://fr.calameo.com/read/00208342524ebfcddea4a

Livre en PDF – « La Peste » d’Albert Camus


En Espagnol :

https://actua.frenalacurva.net/ – site participatif

https://primeravocal.org/ – recommandé par @gacela1980_reloaded

VIDEO – Zauria(k) Eromena Gorputza Feminismoak (1h33)

https://vimeo.com/394124572

VIDEO Estado de malestar (1h02 / 2019) de Maria Ruido, ESP sous-titré en anglais : https://vimeo.com/303775147

Livre en PDF – « Saldremos de esta : Guía de salud mental para el entorno de la persona en crisis » de Javier Erro

Livre en PDF – « Más allá de las creencias » de Tamasin Knight

via https://madinamerica-hispanohablante.org/mas-alla-de-las-creencias-tamasin-knight/

Livre en PDF – « El amor en los tiempos del cólera » de Gabriel García Márquez

Illustration : Luisa Rivera

Sur Instagram :

https://www.instagram.com/p/B9wAN-pKlLU/?igshid=7w9s4eykseie – Conseils psychologiques pour de longues périodes à la maison.

Coronavirus. Guía psicológica para su afrontamiento.

Portrait de Kixana

Comme Kixana, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je suis très inspirée par certains artistes (Bach, Mozart, Cervantès, Shakespeare, Rembrandt, Tarkovski, Dostoïevski…).

Ils ont eu une grande importance dans ma vie.

C’est surtout la musique qui a joué un grand rôle dans ma vie : Bach a été pour moi un guérisseur.

Le lieu que j’apprécie le plus peut-être, ce sont les jardins de Versailles. Mais j’aime aussi beaucoup les forêts et les bords de rivière.

J’aime également beaucoup écrire.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis actuellement étudiante en lettres. Cela me plaît beaucoup parce que cela me permet d’apprendre plein de choses, de faire de belles rencontres, de développer ma sensibilité, d’avoir une plus grande ouverture d’esprit et de développer mes capacités de réflexion – choses que je croyais avoir perdu depuis le début de ma maladie.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Pour ma part, j’ai eu la chance de tomber sur des soignants très à l’écoute et très investis dans leur métier.

Je pense que le monde de la santé mentale fait beaucoup de progrès, mais qu’il reste encore des choses à améliorer : les conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques, l’omniprésence de la psychanalyse en France, l’omniprésence aussi des traitements médicamenteux…

J’aimerais bien qu’on s’inspire davantage des pays du Nord qui ont instauré par exemple l’Open dialogue pour certains patients psychotiques.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Si le monde était entièrement rationnel, il serait aussi parfaitement ennuyeux.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je lui demanderais plus de moyens pour les personnes qui souffrent de troubles psychiques, de manière à ce qu’elles puissent être soignées dans certains cas d’une manière plus humaine qu’avec des médicaments – grâce à l’Open dialogue notamment. Je lui demanderais aussi de demander un rapport détaillé sur l’efficacité de la psychanalyse (ou thérapie analytique), et de la bannir des milieux hospitaliers si son efficacité venait à n’être pas prouvée. Je lui demanderais à ce que les médecins soient aussi formés aux sciences humaines et lisent davantage de romans.

Une page que tu aimerais faire connaître?

https://skizophelia.blogspot.com/

« Quand la dépression est là ! » de Bruno Maquet [livre]

Un livre recommandé par Lou Kema : « Quand la dépression est là ! La place de l’aidant naturel. » Paru le 7 février 2020 aux Editions du Panthéon.

Un témoignage fort et courageux à lire:

Avec « Quand la dépression est là ! » Bruno Maquet donne sa voix à celles et ceux qui sont présents pour celui qui tombe et ne se relève pas. Il témoigne avec force et courage que l’aidant c’est celui que, d’ordinaire, on ne voit pas. Un ouvrage aussi nécessaire que remarquable.

« Comment tenir en estime et promouvoir la personne aidée sans la classer, la catégoriser et la marginaliser ?

Comment lui redonner son autonomie sans la réduire à ses dépendances et à ses manques ?

Comment l’accompagner en respectant et en promouvant sa liberté, son devenir, sa capacité relationnelle ?

La personne aidée ne se définit ni par sa fonction, ni par son handicap, ni par sa maladie, ni par son âge, ni même par son sexe.

La personne ayant à vivre une souffrance mentale doit être reconnue et accueillie avec sa différence, et non pas définie par sa disparité sous peine de non-reconnaissance de son être. »

Un jour, tout bascule, le fil fragile de l’existence se rompt et le couple heureux fait face à l’irruption de la dépression. Lui devient le soutien, l’étai de son épouse malade.

Pris entre les difficultés du quotidien et la taraudante question – la maladie a-t-elle une fin, même temporaire ? – il leur faut tous deux lutter et se relever.

Le travail de résilience, pour dépasser la souffrance psychique et l’épuisement, peut alors faire son œuvre.

La lecture de ce récit éclaire à elle seule la situation de l’aidant.e, mais aussi de l’aidé.e. Douloureux et en mots justes, il opère cette nécessaire transmission.

https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/quand-la-depression-est-la/

« Lost in Translation » : l’art pour combattre la surmédication en psychiatrie

Angeline Ribrioux, étudiante en L2 Arts Plastiques, nous dévoile son travail sur la surmédicamentation en milieu psychiatrique, accompagné du témoignage de son amie Agathe (@moonmaelstrom).

Pour cela elle utilise le concept de traduction, de transposition. A partir d’une réflexion autour de la transposition de la substance psychique et de sa traduction médicale matérielle, elle prend le parti d’une difficulté de traduction de cette dernière qui mène à une perte pour le patient et une incompréhension entre ces deux entités patients-soignants.

Pour ce faire, elle représente les médicaments par des résistances qui ont chacune un code couleur en fonction du médicament représenté, alimentées par un circuit électrique représentant le système nerveux humain.

Cette réflexion qui a animé ce travail plastique est animée par une conviction profonde d’Angeline Ribrioux de lutter contre les surmédicamentations abusives et l’abandon des médecins psychiatres face à des moyens d’action trop limités et une demande croissante d’une population fragilisée à laquelle ils ne peuvent pas répondre, par la création artistique.

Témoignage d’Agathe :

« J’ai 24 ans, je suis malade depuis l’âge de 10 ans. J’ai été hospitalisée 22 fois en psychiatrie depuis l’âge de 9 ans, pour diverses raisons. A ce jour mon diagnostic est « trouble de la personnalité borderline avec dépression réfractaire et trouble anxieux généralisé, troubles du comportement alimentaire ».

J’ai été suivie d’abord en pédiatrie par des pédopsychiatres et psychologues puis à ma majorité j’ai eu du mal à trouver un suivi stable, mon état s’est nettement dégradé jusqu’à ce que je sois hospitalisée 3 à 4 fois par an pour une durée d’un mois à chaque fois environ, que je sois obligée d’arrêter mes études, de me faire reconnaître handicapée car qui embaucherait quelqu’un qui se fait hospitaliser tous les 3 mois et dont l’état est grave ?

Mes symptômes ont beaucoup évolué avec le temps. Dans l’enfance et la préadolescence, j’étais dépressive, suicidaire, j’avais des crises d’angoisses avec évanouissements, crises d’angoisses avec spasmes et machoires qui claquent, eczéma géant sur tout le corps, boulimie et hyperphagie.

A l’adolescence, j’étais suicidaire, dépressive, j’avais des crises d’angoisses avec crises de larmes, tremblements, étouffements. Je suis devenue anorexique boulimique, et mon humeur a commencé à changer subitement et souvent, je suis devenue plus impulsive, j’avais des comportements auto destructeurs (sexuels, mutilations, drogue).

A l’âge adulte, j’ai perdu le contrôle de mes émotions et de mes pensées. J’ai des pensées envahissantes et incontrôlables. Par exemple des visions de souffrance qui durent des heures. Je suis en dépression réfractaire c’est à dire que les médicaments n’ont plus aucun effet dessus. Je fais des crises d’angoisses à la moindre contrariété où j’ai mal au ventre et à la gorge et où j’ai l’impression que je vais mourir. Je fais des crises de déréalisation où je suis déconnectée de la réalité pendant des heures parfois des jours, totalement enfermée dans un mutisme très perturbant pour mes proches. J’alterne entre boulimie et anorexie, mon poids est très instable. »

Voici mon expérience des soins en psychiatrie (adulte) :

« Cela fait 5 ans que je suis suivie par un CMP (centre médico psychologique). C’est un centre où il est possible de retrouver des infirmiers, des psychiatres, psychologues et assistantes sociales. Alors oui sur l’étiquette ça a l’air très complet, mais la réalité des choses est tout autre.

Ma psychiatre me consacrait 15 minutes par mois pour évaluer mon état et faire les prescriptions. Sachant que rien que pour établir un diagnostic il faut plusieurs heures c’était compliqué, elle m’a donc traitée pour mes symptômes et pas pour l’ensemble de mes troubles « vous avez des insomnies ? Je vais rajouter ça. Vous avez des angoisses ? On va augmenter ça et rajouter ça. » Voilà en quoi consistaient les consultations, avec parfois une demande d’hospitalisation quand j’étais vraiment à bout.

Ainsi j’ai commencé à prendre beaucoup de médicaments. Parce que ces médicaments ne sont pas inoffensifs, surtout la famille des benzodiazépines, j’ai commencé à devenir de plus en plus accoutumée, à avoir besoin de plus grosses doses, de médicaments plus forts. D’ailleurs aujourd’hui j’ai développé certaines phases à la limite de la psychose tellement l’angoisse est forte et je prends des neuroleptiques car les benzodiazépines n’ont plus aucun effet sur moi.

Mon parcours hospitalier a contribué à cette montée en force des traitements. Je ressortais toujours avec une ordonnance plus longue, plus complexe, je prenais des correcteurs (antiparkinsoniens) pour contrer les effets secondaires de certains médicaments que je prenais en très grosse quantité, et il n’y avait absolument aucun travail autre que quelques séances de psychothérapie par ci par là (3 ou 4 par séjour) ce qui n’a aucun sens car une psychothérapie est un travail de fond qui doit être fait sur la durée.

Aujourd’hui, grâce à une sophrologue et une psychologue dans le privé, ainsi que le soutien d’une autre psychiatre en complément d’un nouveau CMP avec moins de patients et une psychiatre plus attentive aux médicaments et aux effets secondaires qu’ils engendrent, j’ai réussi à arrêter la majeure partie de mon traitement (je suis passée de 17 cachets par jour à 8 ), et j’ai entrepris un vrai travail sur moi qui m’aide de jour en jour à me stabiliser et à aller mieux. »

Bref état de la psychiatrie en France :

source : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rfas200401-art11.pdf

  • « on assiste depuis une dizaine d’années à des évolutions importantes, tant dans le recours aux soins qui s’accroît que dans les modalités de prises en charge pour lesquelles les suivis ambulatoires et, dans une moindre mesure, les suivis à temps partiel se développent ; – on note une grande hétérogénéité de l’offre de soins, à la fois dans sa répartition géographique et entre types d’établissements (pathologies traitées) ou entre secteurs (modalités de soins, organisation). »
  • « plus de 83 % des lits et places en psychiatrie le sont dans les hôpitaux publics et privés participant au service public hospitalier (PSPH). Seuls quatre départements ont une offre privée supérieure à 50 % du total. Le phénomène est encore plus net pour l’offre de soins à temps partiel (89 % dans les hôpitaux publics ou PSPH). Quant aux prises en charge ambulatoires, elles sont quasi exclusivement publiques. En effet, les établissements privés sous objectif quantifié national, du fait des contraintes réglementaires, gardent un type de fonctionnement caractéristique, avec des prises en charge en hospitalisation complète majoritaires par rapport aux hospitalisations à temps partiel (alors que le rapport est d’un à dix dans le public) 1 . »
  • « Même s’il est difficile d’objectiver les besoins de soins en psychiatrie, on constate que le recours auprès de l’ensemble du système de soins s’accroît partout où il a pu être mesuré (secteurs, ville). On a ainsi pu évaluer à 56 % l’augmentation du nombre de personnes suivies par les secteurs de psychiatrie en dix ans (de 1989 à 1999) et à 19,4 % celle des consultations par les psychiatres de ville entre 1992 et 2001 (DREES, 2003). »
  • « Au-delà des problèmes de santé mentale, la population des personnes suivies en psychiatrie, telle qu’elle a été repérée dans l’enquête « Handicap, Incapacités, Dépendance » de l’INSEE 1 , apparaît globalement en plus mauvaise santé physique que le reste de la population : ainsi l’on constate, chez les personnes hospitalisées, une surmortalité par rapport à la population du même âge, ainsi qu’une mobilité limitée. L’ensemble des personnes suivies régulièrement pour troubles mentaux déclare en outre, en plus des déficiences psychiques, davantage de déficiences physiques, motrices, métaboliques que la population générale »
  • « D’une manière générale, les personnes suivies en psychiatrie apparaissent, par rapport à la population générale, confrontées à des difficultés tant sur le plan de la vie affective ou sociale que sur le plan de l’activité professionnelle. Ainsi, le célibat ou le divorce sont deux fois plus fréquents qu’en population générale. L’insertion professionnelle apparaît plus difficile, surtout pour les hommes. L’emploi protégé occupe une place très marginale (Anguis, 2003 ; Chapireau, 2002).
  • « Les aides monétaires sous forme d’allocations sont fréquentes, concernant un malade sur trois, et davantage des hommes. Deux personnes sur trois ont une reconnaissance administrative de leur handicap et le coût social du handicap mental est considérable puisqu’une personne sur quatre qui consulte perçoit une allocation ou pension du fait de son état de santé (Anguis, 2003). »
  • « Des difficultés d’observation En matière de santé mentale et même de psychiatrie, l’objet lui-même est, bien sûr, de contours incertains et d’observation difficile : – qu’il s’agisse de la mesure des prévalences des maladies ou symptômes pour lesquels la nosographie est parfois imprécise (diagnostics de dépression ou dépressivité par exemple) et évolutive et les biais nombreux, particulièrement dans les enquêtes en population générale ; – qu’il s’agisse des prises en charge qui s’avèrent être extrêmement diverses et qu’il est difficile de décrire de façon homogène (l’activité d’un CATTP peut dans certains secteurs s’apparenter à celle d’un hôpital de jour, les pratiques des professionnels sont éminemment variables…), pour lesquelles il est, de plus, encore impossible de repérer des trajectoires de soins des patients. »

Portrait de Droopy

Comme Droopy, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Humm question compliquée.

J’aspire à être au plus près d’une forme de bien-être avec moi-même et les autres ainsi qu’à partager l’amour, l’amitié et à réaliser des projets qui ont du sens ainsi qu’à vivre de la joie autant que possible.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis enseignant en yoga/ bien-être et, ma foi, je l’apprécie plus que je ne l’aime en ce moment car il me permet d’explorer des zones inconnues ou connues de moi-même ainsi que de me dépasser.

A la fois il m’assure une place que je n’ai pas eu l’ocassion d’avoir lorsque j’étais jeune adulte, celle d’avoir un métier pas comme les autres 😉

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je suis à la fois triste et heureux de voir qu’il y a des possibles mais beaucoup d’antagonisme au sein des institutions.

Et qu’il est difficile dans notre société moderne qu’ tienne compte des sensibilités dites invisibles.

Il y a encore beaucoup a faire 😉 !

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

C’est un monde qu’il faut considérer comme de la création.

Etre fou c’est un bienfait pour l’humanité, l’être humain.

Trop de gens ont peur des différences mais la folie ouvre au monde de l’authenticité et de la sensibilité.

Elle peut être dramatique à vivre aussi car difficile à dépasser.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Humm… Je ne me vois pas ministre car si c’était le cas je serais angoissé de devoir catégoriser les choses et les gens, si ce n’est les idées sous formes administratives entre autre.

Mais j’essayerais de conserver une qualité d’accueil dans les nombreux centres de soins, de continuer à déstigmatiser les fous par des actions diverses dans l’espace public.

Introduire que la notion importante de désir concerne aussi les personnes handicapées, de déléguer plus de responsabilités au public fragilisé en terme de projets, d’emploi ou d’action diverses…

D’attribuer plus de budget à la santé mentale au titre des nombreux dangers qui émergent dans nos sociétés dites modernes.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

www.echosystaime.blogspot.com – @voletzen.fr – yoga et méditation.

« Le manteau », Christophe Malinowski

La nuit tombait lentement sur la vieille ville.

Et déjà, dans les chaumières, on tirait les rideaux, on fermait les verrous, on faisait taire les enfants. Des regards inquiets, cachés derrière les voilures, scrutaient les ruelles sombres, seulement éclairées par quelques lampadaires fatigués. Chacun était à l’affût, d’un bruit, d’une anomalie, d’une silhouette inquiétante.

Car depuis plusieurs jours, le malheur semblait s’abattre sur la cité. Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur. Immense, habillé tout en noir. Malgré notre veille de chaque instant, nous ne parvenions pas à surprendre l’homme en noir, mais nous savions d’où il venait.

Car en haut, sur la colline, derrière les grands chênes, se dressait, majestueux et terrifiant, l’asile.

Ses hauts murs empêchaient de voir ce qu’ils cachaient, mais lorsque le vent soufflait en direction de la vallée, certains disaient entendre un grondement. Comme celui d’une bête essoufflée. Ou un gémissement. Comme celui d’une bête affamée.

Les rares qui avaient osé s’approcher du sinistre bâtiment étaient revenus terrifiés par le courant glacial qui les avait traversés. Il se disait que c’était le souffle froid des dangereux insensés retenus derrière le mur d’enceinte. Aussi, on ne s’en approchait pas, on restait loin, on empêchait même les enfants d’en parler.

Mais après la nuit, c’était la neige qui tombait dru maintenant. C’était à peine si l’on pouvait distinguer, derrière son épais rideau blanc, la chaussée, les pavés, les passants perdus, effrayés, offerts à la malédiction s’ils ne couraient pas chez eux assez vite. Chacun sentait l’imminence d’un sombre événement.

Car nous le savions tous, les fous étaient entrés dans la ville. Et les ténèbres avec eux.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et soudain il était apparu.

Le garçonnet n’avait pas menti. Immense et vêtu de noir, le dos courbé, l’homme avançait, lentement, grognant, terrifiant. Mais vers quelle funeste besogne? Quelle femme, quel enfant, quel animal allait-il emporter?

Alors, comme portés par l’instinct de survie, la colère et l’espoir de mettre un terme au fléau, et encouragés par un signal inconscient et commun, nous avions tous jailli, sans même prendre le temps de nous vêtir chaudement, et fondu sur lui, armés de bâtons, de pelles ou de nos seules mains, prêts à tout.

Jusqu’à ce que, le reconnaissant, nous nous figions.

Il était l’un des nôtres. Nos parents connaissaient ses parents, nous avions foulé avec lui les mêmes bancs de l’école, joué aux mêmes jeux dans la cour de récréation. Certes, il était différent, lointain et inaccessible, parlait souvent seul, ou aux arbres, riait sans raison, mais il était l’un des nôtres. Souffrant depuis des années d’une vie tourmentée, il avait plusieurs fois séjourné quelques temps à l’hôpital qui l’accompagnait dans les périodes difficiles.

Incapable de la moindre violence, il vivait en marge, mais à nos côtés, et était apprécié comme tous les enfants du village que nous étions tous.

Armés de bâtons, de pelles et de nos mains, nous l’encerclions, paralysés, saisis par notre méprise. Le temps semblait suspendu. La neige tombait toujours dans un silence d’hiver. Nous pouvions presque entendre les battements de nos cœurs.

Lentement, il avait relevé sa capuche et nous avait regardé, les uns après les autres, un grand sourire aux lèvres.

Mais qu’est-ce que vous faites là sans manteau? Il fait froid! Vous êtes fous?

Puis, le dos courbé, sous son manteau noir, blanchi de neige, il avait continué son chemin.

Nos manteaux, plus sombres encore que le sien, étaient ceux de la peur et de l’ignorance qui nous avaient insidieusement enveloppés.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et les fous c’était nous.

Christophe Malinowski, infirmier et auteur du blog Il était une fois en psychiatrie.

La fleur de Patricia : Carnet du rétablissement en santé mentale

Carnet du rétablissement en santé mentale à destination de l’usager, de son proche et du professionnel.

Le copyright de cette publication venue de Belgique est la propriété de l’association En Route (www.enrouteweb.org).