Portrait d’Océane

Comme Océane, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je m’inspire des personnes qui n’ont pas peur de dire haut et fort ce qu’elles pensent, tout en respectant la sensibilité de chacun.e.

J’aime le sport, son mouvement, son souffle de vie.

J’aime les mots, leur force et leur résistance.

J’aspire à un monde où la santé mentale serait connue et reconnue aux yeux de tou.te.s.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis assistante d’éducation, celle qui tente de résoudre les conflits, de sécher les larmes, de transmettre tant qu’elle peut ce qu’est l’acceptation de chacun.e.

J’aime ce métier pour ses éclats de rire partagés, je ne l’aime pas pour l’ordre à faire respecter.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un monde sous une cloche de verre, où celles et ceux qui ne se sentent pas concerné.e.s ne s’y intéressent pas.

Et si nous soulevions la cloche ensemble, au lieu de regarder en travers ?

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Avoir un autre regard sur ce qui nous entoure.

Créer, intensément.

Se révolter, infiniment.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ministre,

Et si tu demandais à ce que soit enseignée la santé mentale ?

Et si tu faisais en sorte qu’elle ne soit plus un tabou ?

Et si tu donnais les moyens humains et financiers pour que cela soit possible ?

Cela sauverait des vies, merci.

Une association que tu aimerais faire connaître?

https://www.unafam.org/

« They Call Them Camisoles » de Wilma Wilson, une analyse de Nausica Zaballos

« On les appelle Camisoles » : la carrière, outre-tombe, de Wilma Carnes Wilson, starlette alcoolique internée, auteure féministe divorcée et rousse incandescente assassinée.  

Le Camarillo Hospital, hôpital psychiatrique californien, ouvrit ses portes en 1933. Jusqu’à sa fermeture, en 1996, il suscita un vif intérêt tant de la part de l’opinion publique que des législateurs ou de la communauté médicale. Reconnu comme un lieu pilote pour l’innovation thérapeutique grâce à notamment ses partenariats avec l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), il fut également l’objet de controverses suite à des dénonciations de maltraitances. En 1976, un Grand Jury fut saisi afin d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles des patients avaient trouvé la mort. Le Camarillo Mental Hospital fit également les choux gras de la presse à scandale en accueillant comme patients des meurtriers tels Elizabeth Mae Duncan[1] ou la baby-sitter étrangleuse, Delora Campbell. L’hôpital se situait près des studios hollywoodiens et de nombreuses célébrités au nombre desquelles les musiciens de jazz Charlie Parker et Phineas Newborn vinrent y faire soigner leurs dépressions nerveuses et addictions. Si les stars hollywoodiennes veillaient à ne pas ébruiter leur internement, d’autres patients, se servirent de leur séjour au Camarillo Mental Hospital comme d’un tremplin vers la gloire. Ce fut le cas de Wilma Carnes, dite Wilma Wilson, starlette qui travaillait comme doublure dans les ballets aquatiques tournés à Los Angeles. Elle publia en 1940 aux éditions Lymanhouse un ouvrage intitulé They Call Them Camisoles dénonçant la violence des traitements imposés aux femmes alcooliques internées.

They Call Them Camisoles possède une dimension historique indéniable. De nombreuses informations factuelles agrémentées d’analyses subjectives aident l’historien à mieux appréhender la relation patient-soignant au sein du Camarillo Mental Hospital à la fin des années 1930. Mais, ce livre est aussi un objet narratif protéiforme qui montre comment le récit d’une patiente psychiatrique échappe aux visées traditionnelles de témoignages d’interné(e)s. L’auteur y endosse de multiples rôles cinématographiques : celui de la fausse ingénue qui utilise son pouvoir de séduction pour adoucir son quotidien au Camarillo Mental Hospital puis celui de la penseuse féministe se dissimulant sous le masque de la femme fatale.

Stratégies de survie d’une fausse ingénue.

Quelles sont les stratégies mises en œuvre par Wilma Wilson pour survivre aux conditions, parfois difficiles, d’hospitalisation sans froisser l’institution psychiatrique ? L’auteur va d’abord se renseigner sur l’univers asilaire. Wilma Wilson précise qu’elle a rapidement envisagé son internement comme la possibilité de réaliser un reportage journalistique, entreprise rappelant d’autres écrits, ceux de Nellie Bly (reporter au New York World) qui simula la folie pour réaliser une enquête sur les conditions d’internement au Women’s Lunatic Asylum Blackwell’s Island. Wilma écrit : « Je développai rapidement un intérêt croissant pour l’hôpital (…) J’interrogeai de manière extensive toute personne qui passait à ma portée. Je posais des questions sur la gestion financière de l’hôpital, les différents protocoles et la variété de traitements. » (Wilson, p.151) Le lecteur apprend ainsi que la superficie de l’hôpital était de 30 yards, que nourrir un patient coûtait 4 cents et demi par jour et que les aides-soignants bénéficiaient d’une paie conséquente pour l’époque –100 dollars- par mois. (p.152)

La réclusion géographique et sociale imposée par l’internement empêchait Wilma d’échapper à sa condition de patiente psychiatrique. Les notes qui ont servi de mémento pour la production littéraire à venir devaient être rédigées sous l’œil de ses compagnes de captivité et de ses gardiens. Pour éviter que son calepin ne soit confisqué par des médecins soucieux de contrôler des informations susceptibles d’être divulguées à la presse, Wilma explique qu’elle le cachait au milieu du linge sale, dans le service de nettoyage auquel elle avait été affectée. Consciente des risques encourus, Wilma mit en place des stratégies pour passer inaperçue au milieu des vrais fous. Afin de poursuivre ses activités d’écrivain sans être importunée, Wilma décida de cacher sa « normalité » à tous. Comme de nombreuses patientes se livraient à l’écriture de manière compulsive et effrénée, il ne lui restait plus qu’à adopter le comportement pathologique de ses congénères : « On pouvait voir à tout moment dans la buanderie plusieurs femmes démentes : elles écrivaient avec furie. L’une d’entre elles écrivait au président, l’autre envoyait sa lettre d’amour quotidienne à Clark Gable alors que Verna, couchait sur papier, ses poèmes pour la gloire. » (p.151)  

Même si Wilma Wilson masque une grande partie de ses griefs sous des descriptions humoristiques, ses écrits n’en revêtent pas moins une dimension polémique alimentée par un sentiment d’injustice. Selon elle, la mixité entre publics était une grave erreur. Elle dépeint les efforts déployés par les patients alcooliques pour demeurer à l’écart des « véritables fous » : « Nous nous cachions dans une pièce vide pour éviter autant que possible d’être à proximité des patients psychotiques. » (p.42) Le drame de la patiente Wilma est de devoir occulter aux médecins son regard critique afin d’espérer pouvoir quitter l’hôpital. Le récit de l’apprentie actrice relate ainsi un jeu de dupes plus subtil qu’il n’y paraît au premier regard. Au fil des pages, le lecteur s’interroge légitimement sur la propension des médecins à cerner le « cas » Wilma Wilson.

Wilma : une femme insaisissable, une femme malade ?

Le jugement clinique sur la patiente Wilma, omniprésent dans They Call Them Camisoles, n’est pas une clef d’analyse suffisante pour cerner la personnalité de l’auteur. A contrario, il renforce la critique des médecins dressée par l’ex-patiente. Afin d’adapter son comportement aux attentes des médecins, Wilma Wilson a demandé à une patiente employée comme secrétaire de jeter un œil sur son dossier médical. Wilma réfute la pertinence des critères retenus par les médecins pour justifier son internement. Les expressions utilisées pour qualifier Wilma ne renvoient pas aux troubles psychiatriques dont elle pourrait éventuellement être atteinte mais constituent des jugements moraux. Wilma est ainsi décrite comme une malade désinvolte et séductrice. (p.182-183) A travers le récit de différents entretiens médicaux, Wilma s’évertue à critiquer les critères utilisés pour évaluer l’état mental des patients. Ses sarcasmes, à l’encontre d’un test de QI, révèlent qu’une simple erreur de date ou de calcul pouvait être fatale aux patients : « Je me souvenais des quatre derniers présidents mais les filles durent me rappeler les quatre premiers. Washington, Adams, Jefferson, Madison. J’enregistrais mentalement les quatre premières lettres de leurs noms, juste avant de franchir la porte de la salle d’examen (…) Lorsque les fées se penchèrent sur mon berceau, elles oublièrent de m’offrir la prudence et les mathématiques. Je comptais mécaniquement en me servant de mes doigts cachés sous le bureau. » (p.61-63)

Les entretiens avec les médecins psychiatres, hommes ou femmes, sont présentés comme de parfaits exemples de non-communication : « J’étais assise dans la rangée de patients qui s’apprêtaient à rencontrer comme chaque mardi l’équipe médicale. Je tremblais de tous mes membres. (…) J’étais crispée, comme une accusée au regard défiant. J’eus l’impression que leur froideur m’était entièrement dirigée. J’appris par la suite qu’il est contraire aux règles de réserver un accueil chaleureux aux patients alcooliques. » (p.130) La rencontre tourne à la confrontation car le malade est dépossédé de sa liberté de rétorquer ou d’exiger des explications : « Le docteur ne fit aucun commentaire, ce qui n’était pas surprenant. A ma connaissance, jusqu’à présent, ils n’ont jamais donné de réponse claire et directe à un patient durant un entretien médical hebdomadaire. » (p.131)

La survie n’est garantie que par l’adaptation du patient à son environnement. Constamment en alerte, Wilma Wilson apprend vite quels sont les stratagèmes pour obtenir davantage de nourriture à la cantine, pour être envoyée dans une aile d’hôpital plus accueillante, pour bénéficier d’autorisations de sortie. La nouvelle venue dans l’univers psychiatrique décide également de se choisir des instructrices qui accepteront de partager avec elle leurs stratégies de coping. On retrouve ainsi, bien des années avant sa légitimation institutionnelle, la figure du survivor (survivant aux « mauvais » traitements psychiatriques). Au fil des pages du témoignage se dessine une solidarité féminine qui se dresse face à un monde autoritaire dominé par l’absurde. Wilma et ses compagnes de chambre se jurent de venir en aide aux nouvelles arrivées comme Elise : « Nous avions établi un programme très sérieux pour être en mesure de la surveiller et de la soutenir si nécessaire. » (p.54) Le savoir expérientiel des patientes s’oppose au savoir scientifique des soignants.

Bien souvent internées sur décision familiale pour un comportement jugé contraire aux bonnes mœurs, les patientes alcooliques sont confrontées à une institution qui prône l’acquisition de capacités ménagères comme unique réhabilitation. Un article rédigé par John Abbott et publié le 22 mars 1938 dans le Berkeley Daily Gazette expliquait que les thérapies occupationnelles étaient au cœur du protocole de soin de l’hôpital : « la couture et la peinture pour les femmes, l’apprentissage du bricolage pour les hommes a permis à de nombreux patients de se débarrasser de leurs obsessions tout en découvrant de nouvelles activités. »  Alors que Wilma Wilson doit se plier à un rôle de maîtresse de maison en porte à faux avec ses aspirations d’actrice, elle prend aussi conscience qu’elle doit continuer d’user de ses charmes pour adoucir son quotidien. Une compagne d’infortune lui conseille de prendre soin de son apparence : « Suis mon conseil, continue à te maquiller (…) Les hommes qui travaillent à la cafétéria te serviront des portions de nourriture plus importantes. On doit beaucoup flirter pour espérer manger normalement. » (Wilson, p.55) Pour la starlette habituée à se mettre en valeur sur les plateaux de tournage, l’hôpital se meut alors en décor idéal pour faire montre de toute l’étendue de ses talents de séductrice.

L’hôpital : décor de cinéma pour un personnage de séductrice ?

Selon Wilma, l’hospitalisation permet de cacher à l’opinion publique des figures féminines que la doxa ne saurait supporter. Usant et abusant de sarcasmes, Wilma pointe du doigt une institution hospitalière obsolète, car d’un autre âge. Les thérapeutiques occupationnelles en vigueur à l’époque ne soignent pas l’addiction des patients alcooliques. Mais, en se portant volontaire pour aider les aides-soignants au sein du service d’hydrothérapie, Wilma se fait paradoxalement complice d’un système qu’elle pointe du doigt. (p.74) Faire carrière à l’hôpital, c’est avant tout gravir les échelons d’une hiérarchie implicite qui divise les malades en deux groupes : les patients jugés trop instables pour se voir confier une occupation et les autres. La diversité des postes occupés par les patients employés comme main d’œuvre non rémunérée témoigne d’une division des travailleurs en deux groupes : les cols blancs et les cols bleus. D’abord chargée de nettoyer le sol ou de faire enfiler des camisoles à des patientes syphilitiques (p.94-95), Wilma est ensuite responsable du service de la buanderie (p.143) puis autorisée à créer un atelier de chants. Son parcours témoigne d’une véritable ascension professionnelle au sein du Camarillo Mental Hospital : Wilma a réussi sa carrière de patiente. L’ouvrage, parsemé de dessins humoristiques, recèle une illustration qui montre Wilma coiffée de la toque des étudiants américains diplômés. (p.271) Pourtant, malgré la métaphore de l’étudiante appliquée, présente tout au long du récit, l’ouvrage de Wilma Wilson représente un désaveu pour l’institution psychiatrique.

L’auteur ne cache pas qu’elle doute de sa capacité à demeurer sobre dans le futur : « La prochaine fois que je mourrais d’envie de prendre un verre, je m’assommerais en ingurgitant du sirop pour dormir, ou bien je me rendrais malade en avalant de l’ipecac comme vomitif. » (p.268) Cependant, Wilma se défend d’avoir publié un document à charge. Elle met en garde les personnes qui seraient tentées de considérer They Call Them Camisoles uniquement comme une critique de l’institution psychiatrique : « Je ne sais pas contre qui je dirige mes remarques assassines. Je ne vise certainement pas les patients psychiatriques. Ils sont confrontés à des problèmes qui fendent le cœur. Je n’accuse pas non plus les alcooliques (…) Les aides-soignants ? La plupart d’entre eux font preuve de patience, de compréhension et de gentillesse dans des situations très tendues. Les docteurs ? Ce sont des hommes et des femmes stressés, ployant sous le travail, acculés de tous côtés par de malheureuses histoires. L’état ? La Californie croule sous son fardeau de pauvres. » (p.269)

En fait, They Call Them Camisoles se présente comme un tremplin vers la postérité. L’auteur tire d’une expérience douloureuse un récit édifiant qui, en sus de dénoncer les conditions de détention psychiatrique de patientes alcooliques, offre un rôle à contre-emploi à une starlette en quête de gloire. Le récit de Wilma constitue une célébration d’elle-même. Les atermoiements de l’aspirante actrice, reine de l’attitude désinvolte, ne portent pas toujours sur l’enfermement psychiatrique mais bien plus, sur son incapacité à faire bonne figure dans un univers de crasse qui est l’antithèse de la sophistication. Elle est outrée par la taille des serviettes : « Elle avait la taille et la forme d’un mouchoir pour homme et elle avait bien besoin d’être lavée. » (p.49)

Sous le masque de la femme brisée par l’expérience asilaire se cache la fausse ingénue qui tente d’amadouer médecins et juges. Les larmes, pense-t-elle, susciteront la pitié d’un docteur : « Je contemplais l’épaule du médecin. Il avait une belle carrure. Exactement l’épaule qu’il me fallait pour créer l’illusion que j’incarnais Niobé. » (p.64) Wilma pense échapper à l’internement grâce à sa beauté naturelle : « Le juge m’étudia des pieds à la tête. Même si je n’étais pas à mon avantage après une nuit passée en prison (…) j’étais loin de ressembler aux autres prisonniers. » (p.54)

Elle tourne en dérision le psychiatre chargé de déterminer si elle souffre de paranoïa afin de glisser au lecteur que les hommes, fascinés par sa beauté, la suivent régulièrement en voiture dans la rue : « Deux hommes qui conduisaient une Dusenberg me suivirent un jour sur une bonne longueur de rue. Je voulais le dire au médecin mais je pense qu’il ne m’aurait pas prise au sérieux, il aurait pris mes propos pour de la vantardise. » (p.64) Malgré sa tendance à vanter sa plastique, Wilma est bien consciente des dangers à revêtir une attitude de séductrice dans un univers condamnant l’autonomie des désirs sexuels féminins. Wilma Wilson s’apitoie sur le sort d’une jeune femme atteinte de syphilis : « Je rencontrai (…) une fille qui avait passé plus d’un an dans l’aile 6 parce qu’elle était atteinte de syphilis. Je me demande comment elle a fait pour demeurer saine d’esprit. De toute façon, elle était si pleine d’amertume à sa sortie qu’elle a certainement dû avoir un comportement anormal par la suite. » (p.89)

La mention constante de son pouvoir de séduction et les indices semés quant à son irréprochable plastique ne seraient-ils pas destinés aux réalisateurs se trouvant éventuellement parmi ses futurs lecteurs ? En concentrant la narration autour d’événements qui lui permettent de se présenter comme une héroïne de film, Wilma Wilson échappe à la stigmatisation de l’internée. Elle transforme son témoignage en une carte de visite originale à l’intention des studios et elle évite, par ailleurs, de voir son discours censuré. L’auteure mentionne par ailleurs que certains faits devaient être passés sous silence : « On me remit un formulaire sur lequel figurait la question ‘Avez-vous déjà été témoin d’un acte de maltraitance commis par un aide-soignant sur la personne d’un patient ?’ (…) Une petite voix me dit que si jamais je répondais ‘oui’, je pourrais rencontrer des obstacles sur mon chemin vers la sortie. » (p.72) La dimension humoristique du témoignage de Wilma réside dans un comique de situation fondé sur le décalage entre les préoccupations d’une jeune vamp et les exigences d’un système psychiatrique qui, par certains aspects rappelle l’univers carcéral. Mais, la distance humoristique ne doit pas faire oublier au lecteur que la description du quotidien des patientes est placée sous le sceau d’une dénonciation des rôles imposés aux femmes internées. They Call Them Camisoles, discours féministe, dépeint des jeunes femmes contraintes d’embrasser des carrières de femmes au foyer si elles veulent espérer quitter un jour l’hôpital.

En ce sens, il s’inscrit dans la lignée des récits autobiographiques, écrits dès la fin du XIXe siècle, par des femmes dénonçant le recours à l’internement comme moyen de contrôle social par des maris jaloux et possessifs.

Pour mémoire, on se réfèrera ainsi à The Prisoners’ Hidden Life Or Insane Asylums Unveiled publié en 1868 par Elizabeth Packard, internée pendant trois sur demande de son mari, le révérend Theophilius Packard, pour des raisons de divergences religieuses. Le militantisme d’Elizabeth Packard contribua à l’adoption d’une loi accordant aux femmes mariées de l’Etat de l’Illinois la possibilité de bénéficier d’une audience avant d’être internées.

Dénonciation de l’hôpital comme lieu de réhabilitation sociale normative.

Pour les patientes alcooliques, dépressives ou hystériques, l’hôpital devient une école des bonnes manières, étape indispensable vers la réhabilitation sociale. Les dialogues entre médecins, infirmières et patientes retranscrits par Wilma dépeignent des rapports de forces où l’on s’adresse à la malade, infantilisée, comme à une enfant capricieuse. Internées sur décision familiale, ces patientes abandonnent tout espoir d’échapper au joug marital ou maternel. Wilma rapporte ainsi les propos d’une amie : « Si ta famille veut te faire interner de nouveau, ils le peuvent (…) Connaissant bien mon mari, je suis persuadée qu’il voudra que je lui obéisse les yeux fermés au moindre claquement de doigt. Même si je ne me remets pas à boire (…), il recommencera à me faire souffrir en menaçant de me retirer la garde de mon enfant. » (Wilson, p.197)

Selon les médecins, le mariage semble, pour des femmes suicidaires, alcooliques ou dépressives, la seule porte de salut en dehors des murs de l’hôpital. Mais, le seul moyen de trouver un mari pour des femmes ayant été internées est de se transformer en parfaites maîtresses de maison. Une employée conseille à Wilma de garder en mémoire tous les gestes appris au sein de l’hôpital : « ‘Si tu as prévu de te marier, Wilma, tout ce que tu apprendras ici te sera d’utilité pour ton couple.’ » L’auteure ironise : « J’étais dubitative quant à l’utilité de ce conseil. Forcer Ricky [son futur mari] à enfiler une camisole ne me servira à rien. » (p.78-79)

Selon Wilma, l’hôpital psychiatrique, par la promotion de thérapies occupationnelles ménagères, favorisait la reproduction, à travers la relation infirmière-patiente, d’interactions familiales dysfonctionnelles. Le couple mère castratrice / fille acting-out se reconstituait dans la relation infirmière-patiente : « Des mères autoritaires (…) n’acceptaient pas que leurs filles soient devenues des adultes indépendantes. Certaines mères étaient prêtes à tout pour contrôler à nouveau leurs enfants. » (p.198)

D’après Joel Braslow, à l’intérieur des hôpitaux psychiatriques californiens des années 1930, les aides-soignantes étaient les exécutrices d’une conception de la médecine psychiatrique inspirée par des thérapies morales et hygiénistes. Les faits et gestes des patientes étaient épiés par des auxiliaires de soin en surnombre. Lors de l’internement de Wilma Wilson, le nombre de patientes s’élevait à 90 pour plus de 100 aides-soignantes. (Wilson, p.55-56) La réhabilitation sociale passait aussi par l’acceptation d’un règlement qui exigeait de toutes les patientes de fournir des efforts lors de la réalisation de tâches ménagères. Wilma Wilson nettoyait plusieurs kilomètres de couloirs par jour. La laverie prenait en charge les vêtements de plus de 300 patients. L’hôpital était loin d’être le lieu de villégiature espérée par certaines patientes comme Jo, mère au foyer alcoolique, internée sur recommandation médicale afin de se reposer : « Je suis venue ici avec le ferme espoir de reprendre des forces (…) Je me retrouve à la buanderie pour plus de quatre mois ! » (p.138) Wilma Wilson écrivait aussi que « la centrale électrique, la buanderie, la boulangerie, le pressing et la ferme fonctionnent grâce au travail des patients. » (p.106) Pourtant, les médecins se gardaient bien de justifier l’existence de thérapies occupationnelles par une gestion quasi autarcique, en autosuffisance, de l’hôpital. Le docteur Stoddard insiste ainsi sur les bienfaits du travail manuel : les patients luttent contre l’ennui et acquièrent des compétences pour subvenir à leurs besoins ultérieurs. (p.43)

L’importance accordée aux thérapies occupationnelles mises en place au sein des hôpitaux psychiatriques californiens renseigne également sur le degré de liberté des femmes californiennes à se définir professionnellement dans les années 1930. Le parcours professionnel de Wilma Wilson ne pouvait que lui être reproché. Elle quitte son emploi de secrétaire médicale pour exercer ses talents de danseuse. (p.64) Doublure d’actrice, elle s’illustre également dans des ballets aquatiques. Financièrement autonome, ses choix professionnels témoignent aussi d’un corps en mouvement. Or, au sein du Camarillo Mental Hospital, Wilma Wilson découvre que le modèle d’épouse au foyer est prôné dans la mesure où il facilite un contrôle des corps féminins.

Un questionnement sur la peur du féminin ?

L’hôpital, pourtant dépeint comme un lieu de villégiature par certains médecins, ne se prête pas au soin des corps. Le désir de soigner son apparence en se coiffant et se maquillant révèlent des tendances érotomanes ou nymphomanes qu’il faut traiter. L’absence d’espaces réservés à la toilette intime limite la propension des femmes à affirmer leur féminité. Wilma regrette ainsi le nombre réduit de miroirs. (p.87) Les chambres de l’hôpital ne possèdent pas de penderies ou de commodes. (p.83) 

Un souci de sécurité ne justifie pas de telles mesures. Les miroirs et les rasoirs ne sont pas confisqués aux patients hommes. Selon Wilma, le fonctionnement administratif de l’univers hospitalier asilaire, monde fait pour et par les hommes, traduit, une peur de la féminité. Les femmes ne peuvent avoir accès au reflet de leur propre corps ; celui-ci, objet de délit, doit également être caché aux yeux extérieurs : « Jouxtant notre service, on trouvait une aile réservée aux hommes, une aile dite ‘ouverte’, ce qui signifie que les patients étaient autorisés à se rendre dans le jardin pour fumer ou se promener, un autre exemple du favoritisme. Aucune aile où l’on trouvait des femmes n’était ouverte. Pour les psychiatres, la place de la femme est à la maison, enfermée. » (p.209)

Alors que l’expression de la féminité est condamnée, l’hypersexualisation masculine crée de l’émulation parmi les employés mâles ; ces derniers s’identifient volontiers aux patients alcooliques qui bénéficient régulièrement de passe-droits. (p.89)

Le corps féminin était considéré par beaucoup de médecins comme un terreau favorable au développement de maladies mentales diagnostiquées à travers l’analyse de manifestations physiologiques typiquement féminines telles que les règles. L’attention médicale accordée à l’expression de la coquetterie relevait d’une forme de prévention thérapeutique. Le corps féminin recelait en lui les traces d’une propension à la folie. Dans les années 1930 et 1940, la trace de « catamenial records » dans les archives de différents hôpitaux californiens établissent la corrélation faite par les médecins et le personnel soignant entre les menstrues et l’état mental des patientes. (Braslow, p.157) D’après le récit de Wilma Wilson, l’alcoolisme des femmes était, dans l’esprit des thérapeutes, intimement lié à l’exercice d’une sexualité anormale et dangereuse à laquelle il fallait opposer un modèle de femme au foyer. La vitalité sexuelle observée chez des patients mâles alcooliques n’était, elle, en aucun cas symptomatique d’une maladie mentale.

Les patientes étaient soumises à des injonctions contradictoires. L’internement avait été décrit comme l’occasion rêvée de rencontrer un homme bien né : « ‘Choisis-toi un millionnaire !’ devint un proverbe familier à cause du Docteur Stoddard qui nous avait assuré que l’hôpital regorgeait de gosses de riches venus s’y faire soigner. » (p.218) Mais, l’univers asilaire favorisait une animalisation des comportements : « Elles urinaient et déféquaient sur elles (…) Certaines grimpaient aux arbres (…) avalaient la poussière ou les détritus trouvés sur le sol. » (p.93) Wilma regrettait d’être confrontée à l’image inquiétante de femmes aux corps abîmés par l’expérience de l’internement : « Le bain constituait un moment très déplaisant car les douches grouillaient de corps déformés. » (p.139)

Wilma Wilson fut internée sur décision du juge (et recommandation de sa propre mère !) à la fin des années 1930, après avoir été arrêtée pour conduite en état d’ivresse. Après quatre mois de traitement, elle obtint le droit de quitter le Camarillo Hospital. Son témoignage fut publié en 1940. L’amendement Volstead interdisant la vente d’alcool avait été abrogé en 1933. Comme le prouve son récit autobiographique, Wilma Wilson était davantage l’héritière des suffragettes américaines que des représentantes puritaines des mouvements de tempérance.

They Call Them Camisoles est un récit qui se nourrit de multiples ambiguïtés. Célébration de la femme fatale, il n’en demeure pas moins malgré lui un manifeste sur la condition féminine. Récit d’une survivante de l’expérience de l’internement psychiatrique, il illustre aussi la difficulté de l’auteur à assumer son statut de patiente mentale. Carte de visite d’une starlette plus tout à fait jeune à l’égard des studios, il n’en écorne pas moins la réputation –déjà sulfureuse- de son auteur. La fin tragique de Wilma Wilson, rousse incandescente divorcée en 1941, évoque davantage une pulp fiction qu’une screwball comedy. Son nom apparaît pour la dernière fois dans les colonnes du Los Angeles Times durant le mois de juin 1943 dans la rubrique crimes. Le 5 juin, deux jours après son assassinat, la police découvre son corps nu mutilé sur son lit dans son appartement d’Hermosa Beach, une copie de They Call Them Camisoles à terre. L’enquête conclue qu’après une soirée très arrosée et un bain à bulles, l’ex-actrice de 31 ans a tenté de résister aux avances de Michael Strigano, un militaire âgé de 22 ans. Celui-ci lui aurait administré 25 coups à la tête puis, il aurait tabassé son corps. Ce meurtre sordide est à l’image du clivage symbolisant le comportement de Wilma qui avait choisi l’humour et la comédie pour masquer la réalité blafarde de son existence. Néanmoins, le tour de main de l’auteure est d’avoir écrit un récit traversant les âges et l’imposant comme une sulfureuse femme fatale. Il n’est pas alors étonnant de constater que 70 ans après sa mort, elle est encore citée par Larry Harnisch, spécialiste de l’affaire judiciaire du Dahlia Noir –autre aspirante actrice assassinée- dans les colonnes du Los Angeles Times.

Nausica Zaballos.


[1] Voir le chapitre consacré à Elizabeth Mae Duncan dans Au-delà du Dahlia Noir, E-Dite, collection Noire, 2011.

Ouvrages cités et lectures conseillées.

Grand Jury Report, County of Ventura, 12 janvier 1977.

Wilson, Wilma. They Call Them Camisoles. Lymanhouse: 1940.

Zaballos, Nausica. Au-delà du Dahlia Noir, E-Dite, collection Noire, octobre 2011.

Zaballos, Nausica. Vie et Mort du Camarillo Hospital. L’Harmattan, 2014.

Abbott, John. “Complete Insanity Hospital.” Berkerley Daily Gazette, 22 mars 1938

Bly, Nellie (1887). Ten Days in a Mad-House. http://digital.library.upenn.edu/women/bly/madhouse/madhouse.html

Russell, Ross. Bird lives! Da Capo Press, 1996, pages 225-226. Première édition : 1973.

Jazz Magazine, “Conversation avec Al Levitt”, mai 1981.

Packard, Elizabeth. The prisoners’ hidden life, or, Insane asylums unveiled: as demonstrated by the report of the Investigating committee of the legislature of Illinois, together with Mrs. Packard’s coadjutors’ testimony. Chicago: 1868.

Braslow, Joel. Mental Ills and Bodily Cures. Psychiatric Treatment in the First Half of the Twentieth Century. University of California Press: 1997, page 26.

Los Angeles Times. “Woman who overindulged tells inside story of ‘cure’.” 16 février 1941.

 “Soldier to Face Court-martial in Woman’s Death.” 11 juin 1943.

Déconfinement, doit-on s’affoler ?

Récemment, on a pu lire des psychiatres affolés qui craignent de voir arriver une vague de décompensations psychologiques dans l’après corona virus immédiat. Des gens, déjà suivis en psychiatrie et d’autres, qui tiennent tant bien que mal et qui tirent sur leurs ressources psychiques pendant le confinement, seraient amenés à craquer pendant le déconfinement.

Non, ce n’est pas un virus qui va nous rendre fou. Même si apparemment, parmi les nouveaux patients psy, ceux qui ont décompensé pendant le confinement, c’est souvent lié au contexte du corona virus, à la saturation d’information, à l’isolement forcé.

Pourquoi cette perspective du jour d’après, où on se retrouvera tous, est-elle anxiogène ?

Vous avez tous envie de revoir des amis, des proches éloignés, ou même votre psy, d’avoir une contenance affective ou un soutien psychologique.
Il n’y a pas de quoi avoir honte d’être resté enfermé chez soi pendant deux mois, tout le monde a partagé ce vécu et ce sentiment de solitude et d’isolement.

Alors pourquoi les gens angoissent et même les psychiatres ?

Est-ce le retour à la normale qui fait peur ? Est-ce dû au fait que le quotidien ait été bousculé voire immobilisé ? Le manque de soutien pour vivre cette torpeur du quotidien sera-t-il la cause de craquages psychologiques ?

Côté psychiatrie, on a aussi lu que l’interruption du suivi par les psys, pendant le confinement, pourrait conduire les patients au long cours à arrêter leur traitement médicamenteux.

Est-ce là la seule chose qui préoccupe les psychiatres qui passent dans les médias ? Est-ce que leur métier se résume à contrôler les humeurs et les angoisses par leurs prescriptions médicamenteuses?

La peur est aussi grande du côté des patients de devoir sortir pour se rendre à une consultation et d’attraper le virus en salle d’attente ou pendant le trajet.

Certains redoutent de devoir reprendre les transports en commun pour aller au travail, d’autres redoutent également de les prendre pour aller voir le psy.

Mais alors, que se passerait-il si on arrêtait d’aller travailler ou d’aller voir le psy ?

Pour les uns, on perdrait toute ressource économique, pour les autres on décompenserait ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs aux patients psy, car beaucoup de travailleurs sont au bord du craquage, ou déjà fous, et que « patient psy », ce n’est pas une catégorie sociale.

Ce n’est pas parce que le travail ou le suivi psychologique s’est transformé ou interrompu à cause du confinement que la vie de chacun s’est arrêtée.
Mais, avons-nous changé ? On nous dit que le monde ne sera plus comme avant, plus de bisous, qu’on marchera dans la rue avec une vigilance accrue, qu’on portera des masques. C’est comme si le futur se résumait à la fin de la crise sanitaire, à des mesures de protection et d’hygiène renforcées.

Le monde d’après ce n’est pas que la crainte de voir des gens atterrir en psychiatrie. Si on a survécu sans les psys, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne sont pas essentiels à la société.

Ceux qui ne décompenseront pas, malgré le corona, ce sont ceux qui ont eu un contexte favorable de confinement, qui ont eu cette contenance affective, qui ont pu souffler et apaiser leurs angoisses.

Non, ce n’est pas le virus qui rend fou. C’est le manque de soutien social, le manque de solidarité entre nous, le désespoir, c’est-à-dire la façon dont on vit le confinement quand on n’a pas non plus de résidence secondaire où aller se préserver.

Si nos dirigeants nous répètent que c’est juste une crise sanitaire et que ce n’est pas la fin du monde, rien ne nous empêche de constater que nous ne sommes plus comme avant et la planète non plus.

Le point de vue pessimiste serait de dire qu’il va falloir se serrer la ceinture pour relancer l’économie.

Mais d’un autre côté, on peut se réjouir du résultat de deux mois de confinement sur la santé de la planète, quand les voitures, les avions, les usines s’arrêtent, la planète se refait une santé.

C’est vrai que le confinement c’est déprimant au bout d’un moment, mais ça nous a quand même permis d’inventer de nouvelles manières de rester en lien, je pense à la radio à distance de la Colifata France, et de constater que lorsque la machine économique tourne au ralenti, l’écosystème se porte mieux.

Il est aussi vrai que beaucoup n’ont pas la chance de vivre le même confinement que nous, que les soignants se démènent comme des fous pour lutter contre le virus et n’ont pas eu le temps de souffler.

L’hôpital public les a pressés comme des citrons et ça ne sera pas sans conséquence sur leur santé. A nous de les soutenir au-delà des primes ou des chaleureux applaudissements mais aussi de nous rappeler que l’hôpital n’a pas été à la hauteur de nos besoins.

Qu’il soit psychiatrique ou général, l’hôpital et ses urgences ne sont plus à la hauteur depuis bien avant la crise du corona. Ce ne sont pas que les tests et les masques qui manquent, ce sont aussi des soignants en quantité et en qualité pour réhumaniser la machine hospitalière et aussi des dirigeants qui ne soient pas là que pour gérer les flux ou les sous mais pour soigner l’humain.

La menace de finir à l’hôpital, d’être relégué à la condition de patient psy, c’est-à-dire de patient potentiellement non-réanimable en cas d’infection par le virus, c’est peut-être ça qui nous tient bien confinés.

Pour déconfiner le futur, c’est cette structure sociale et cette déconsidération de la santé mentale et de la psychiatrie qu’il faudra remettre en cause car, pour moi comme pour d’autres, il est hors de question de remettre un pied à l’hôpital tant qu’il fonctionnera comme ça, cet hôpital où la vie d’un patient psy n’a pas de valeur, où on l’exclut des soins autres que psychiatriques.

Portrait de Sophie Chrizen

Comme Sophie Chrizen, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les personnes les plus inspirantes par ordre d’apparition sont mes parents et ma fille. C’est en écoutant mon enfant que j’apprends le plus de choses sur la vie, elle est comme un miroir déformant embellissant ce que je lui ai enseigné entre autre !

Enfin, moins égoïstement, la figure de Bouddha et les enseignements du dharma sont curateurs et apaisant.

J’aspire au bonheur individuel et collectif, à une société bienveillante à l’entraide et la collaboration des êtres vivants.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis mère au foyer ce qui n’entre pas dans la classification des métiers au sens stricte… mais paradoxalement comme le dit l’adage c’est le plus beau métier du monde !

Ensuite, je parlerai d’occupations si vous me le permettez plus que de métier, je travaille sur moi-même… d’abord à ma guérison de ce que l’on nomme schizophrénie et simplement dans le but de devenir le meilleur de moi-même.

Ce sont des occupations extrêmement passionnantes et enrichissantes même si elle ne sont pas lucratives, mais qu’importe !

Je milite aussi contre la stigmatisation, pratique un peu de pair-aidance en direct ou via les réseaux sociaux, j’écris et je réfléchis au sens de la vie.

Mon métier c’est vivre ce que j’ai à vivre.

Mon roman « l’étrange univers du schizophrène » est disponible gratuitement en PDF sur internet.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est comme le reste du monde , il y a des choses positives et négatives… mais c’est parfois derrières des aspects négatifs que se cachent les plus beaux trésors (sans être complètement masochiste non plus).

Le monde de la santé mentale est en mutation après presque 100 ans de stagnation, chacun d’entre nous peut apporter sa pierre à l’édifice.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Une grande sagesse il me semble !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Cher Monsieur le ministre la psychiatrie et la société dans son ensemble ont cruellement besoin de leurs fous ! Sans eux que seraient-elles ?

Alors, je vous en pri,e ne nous éteignez pas trop car il n’y a pas de génie sans folie, les plus grands penseurs, scientifiques et artistes de notre histoire étaient atteint de pathologie psychiques… alors n’oubliez surtout pas que l’avenir de l’humanité est très certainement enfermé dans un asile quelque part !

Cessez de nous éteindre Monsieur le ministre et s’il vous plait sur un plan plus matérialiste embauchez quelques pairs aidants en CDI dans vos structures, eux au moins savent de quoi ils parlent !

Portrait de Luc

Comme Luc, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations dans la vie sont les gens qui parviennent à vivre avec leur authenticité propre. Qui n’ont pas peur des grosses cassures ou des gens cassés, qui ne vont pas se forcer à être drôle. Poelvoorde par exemple ou Edouard Baer.

Les chemins de montagne en crête exposés aux vents me dynamisent comme ils reposent ma tête.

L’activité est la tendresse. La pratique de la sensualité.

J’aspire à la paix, à la stabilité, au pardon et à l’amour.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je ne travaille pas vraiment. Depuis 2005, fin des mes études supérieures, j’ai du avoir une trentaine de contrat mais travailler moins de 7 ans en tout.

J’aimerais un métier de communication, d’apprentissage mutuel.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Pauvre. Dans les deux sens.

En tant que borderline, il y a par exemple une structure thérapeutique à Montpellier mais qui n’est ouverte qu’aux femmes…

J’ai vu je ne sais combien de thérapeutes et c’est difficile. La seule chose est d’avoir une routine ; surtout dans les relations, je commence à le comprendre que maintenant.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La fantaisie, la sensibilité, l’audace, l’intensité.

Moi je me vois souvent comme un ouvre-boîte des émotions des autres, pour le meilleur et pour le pire.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je lui demanderais une éducation aux relations interpersonnelles dès le collège, ainsi qu’un apprentissage de l’amour. Aussi montrer de l’empathie pour ces troubles invisibles.

Pour contrer notre refus et notre indigence de travailler les relations humaines. Le jetage permanent. La notion de pardon et de repentance aussi qui sont cruellement absentes de la société actuelle.

Portrait de Laetima

Comme Laetima, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à un monde meilleur où tout le monde soit accepté avec ses différences. Les voyages et les rencontres de personnes que j’accompagne au quotidien dans mon métier d’éducatrice m’inspirent.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis éducatrice spécialisée et j’ai créé mon association Inclusion 49 pour l’insertion sociale des personnes en situation de handicap psychique.

J’adore mon métier pour les rencontres que j’y fais au quotidien et aussi car j’ai l’impression d’être utile. Cela me permet toujours de relativiser et de me remettre en question à chaque instant.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il y a encore des progrès à faire mais c’est en bonne voie. Je suis régulièrement en contact avec l’hôpital et d’autres associations et avec des pairs-aidants. La parole se libère et il est temps. Il faut aller vers le grand public et parler de santé mentale avec tout le monde pour une meilleure inclusion de chacun et vers le rétablissement.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Ma folie est souvent synonyme d’originalité, de divergences, de vision différente du monde. Cela amène à se poser des questions et, pour moi, ça permet d’évoluer.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ministre, non car je trouve cela difficile de mettre en place des choses pour tout le monde alors que chaque situation est différente.

Je lui demanderais de parler de santé mentale et de mettre plus en lumière les personnes touchées par une situation de handicap psychique.

Une page que tu aimerais faire connaître?

www.facebook.com/Inclusion49/

Portrait d’Octarine

Comme Octarine, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Illustration: C’est une image de madame pourquoi, parce que je me pose plein de questions, parce que j’appartiens à la génération Y (why), et parce que je ne sais pas qui je suis.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Le théâtre, la littérature, les personnes empathiques, intelligentes, calmes et bienveillantes, la mer démontée en Bretagne.

J’aspire à un monde plus raisonnable. Qui se préoccupe davantage de la santé et de la culture de ses habitants que du profit. Qui oriente massivement son énergie collective vers des solutions sur des problèmes à long terme.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je n’ai pas un « vrai métier » dans le sens où je travaille très peu et où c’est au black. Je donne des cours de piano.

J’aime la présence des élèves et voir leurs progrès, essayer de trouver des solutions à chaque problème. J’aime donner des cours particuliers car je peux m’adapter à chaque élève.

J’ai suivi des formations (par exemple musique et dyslexie, apprentissage du braille musical), j’essaie d’élargir mon répertoire…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il me faudrait un roman. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis perturbée depuis la petite enfance, que j’ai été déscolarisée en troisième (1996) et qu’après le lycée j’ai sombré. Ma première TS remonte à décembre 2000 et j’ai été depuis dans le circuit psy avec différents essais.

On m’a refusé un diagnostic que je réclamais sous prétexte que c’était « stigmatisant »… après un immense coup de chance, j’ai enfin trouvé le bon docteur en 2008.

Il m’a diagnostiquée, borderline, et m’a donné des solutions concrètes. Il me suit toujours aujourd’hui.

Donc pour résumer, je pense que c’est globalement un monde de merde mais qu’il existe quand même des gens compétents. Seulement tout le monde n’y a pas accès et c’est profondément injuste.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

J’écris ça en plein confinement et contrairement à la majorité de mes concitoyens, celui-ci ne me dérange absolument pas.

Je donne mes quelques cours par Skype, j’ai des amis au téléphone, mais enfin je n’ai plus la pression des rendez-vous et de mes annulations régulières. Je n’ai plus à faire des calculs d’apothicaire pour savoir quels engagements je peux prendre, pour pouvoir les honorer tous.

En temps normal, mon trouble est sans doute aussi à la source de grandes joies car je suis hyper sensible et peux donc vibrer très intensément sur une musique, à en avoir des frissons et une explosion dans le cerveau, comme un orgasme, pareil au théâtre quand toute une salle partage la même émotion.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Clairement pas. Déjà parce que je suis tellement fatigable, susceptible, je ne peux pas travailler en équipe, etc. Et surtout parce que c’est un domaine si complexe dont je ne connais finalement pas grand-chose en dehors de ma propre expérience.

Je lui demanderais d’avoir la possibilité d’avoir une aide à domicile pour les courses, le ménage, la cuisine, etc car je ne peux rien faire de cela toute seule. Et mon mari le fait franchement comme un adolescent ou jeune étudiant et je me sens honteuse et dégradée de vivre dans cet environnement. Être à l’hôpital c’est pas drôle mais au moins c’est propre et on mange équilibré.

Une association que tu aimerais faire connaître?

AAPEL : Association d’Aide aux Personnes avec un État Limite, borderline ou personnalité limite.

« Réalités », une BD d’Axell plop

« Yo, j’ai fait une bande dessinée qui parle de psychose pour les 23 heures de la BD. Ça parle du rapport aux voix et délires et de comment les comprendre. » @PatateVolant

Nous la reproduisons ci-dessous avec son autorisation et avec un immense plaisir!

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