Ce dossier documentaire est consacré à la pair-aidance. Il s’inscrit dans un programme de travail mené par l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, dans le cadre de la démocratie en santé.
Il se structure en 6 chapitres : un historique de la pair-aidance ; des définitions sourcées ; la pair-aidance dans les politiques de santé ; la place de l’usager dans la prise en charge médico-sociale ; quelques projets en France ou à l’étranger et enfin la question de la formation et de la professionnalisation.
Il n’a pas la prétention de viser l’exhaustivité du savoir dans ce domaine : il rassemble des références bibliographiques dont les documents sont récents, francophones, et accessibles en ligne ou disponibles dans le centre de documentation de l’IREPS Bourgogne Franche-Comté.
http://www.psycom.org/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Dossier-documentaire-La-pair-aidance
Auteur/autrice : Joan
On a vu Dr Nest au Théâtre Monfort et on a aimé !
La pièce Dr Nest de la compagnie Familie Flöz se joue au Théâtre Le Monfort, 106 rue Brancion 75015 Paris, jusqu’au dimanche 2 février 2020.
Vous bénéficiez d’un tarif préférentiel (5€) avec le code RP Comme des fous en réservant à l’adresse publics@lemonfort.fr / 01 56 08 33 46/84.
Notre avis :
« Joli spectacle poétique qu’est cette Familie Floz. La solitude, les doutes et le sentiment d’insécurité d’un psychiatre qui intègre un sanatorium lointain et qui découvre ses patients un à un.
La ligne fragile qui sépare le normal de l’anormal, le comportement sain du comportement pathologique, s’efface peu à peu tout au long de la pièce.
Et surtout des personnages masqués avec des masques typés et parfois grotesques d’où s’échappent néanmoins des sentiments profonds.
De jolis morceaux de bravoure avec cet échange de blouses entre acteurs (tantôt patients, tantôt médecins?) ou ces morceaux de piano à 4 mains.
Et bien sûr beaucoup de dépaysement puisque les acteurs sont allemands et la scénographie nous transporte aux années 1970. »
Portrait d’Esprit en chantier
Comme Esprit_en_chantier 1, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Ce qui me vient en premier c’est la chanteuse Demi Lovato. Elle est bipolaire, se bat au quotidien et surtout en parle librement. Aussi la chanson « Peur de sombrer » de Tsew The Kid me fait me sentir moins seul dans cette peur de sombrer.
Je suis aussi inspirée par la montagne, sa force et sa puissance mais aussi sa douceur quand la neige la parsème.
J’aspire à devenir celle que je veux être, à dire mes besoins, à ne plus faire pour les autres mais pour moi. J’aspire aussi à apprendre à vivre avec ma maladie au quotidien et à ne pas la laisser m’empêcher de réaliser mes rêves.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Je suis étudiante pour devenir éducatrice de jeunes enfants. Ce métier correspond à mes valeurs. J’accompagne des familles au quotidien dans leurs difficultés mais aussi dans les beaux moments.
Il me permet de me sentir utile d’être en phase avec ce en quoi je crois.
Les enfants sont l’avenir et aussi le présent. L’éducation est le meilleur moyen de sauver les mondes, de faire des petits humains sécurisés et sachant qu’ils ont des droits.
J’étais auparavant dans le graphisme, là, j’allais à l’encontre de mes valeurs et je participais à la société consumériste que je hais tant.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
C’est un monde qui peut être très violent notamment en hospitalisation. Parce que le patient est peu écouté et souvent soumis à des décisions qui pourtant le concernent.
Mais c’est aussi un monde qui peut aussi être doux, un monde où j’ai rencontré des gens magnifiques, des patients, des soignants…
Des gens qui m’ont sauvé la vie, qui m’ont fait voire mon potentiel, qui ont cru en moi.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Les rencontres, beaucoup. Et je dirais la maturité et l’empathie.
J’ai appris que certaines douleurs sont invisibles et qu’on ne sait pas ce que l’autre vit. Alors le jugement s’estompe et on peut rencontrer l’autre vraiment.
La folie m’a aussi permis de me demander ce que je voulais vraiment, ce qui me sauverait du gouffre et qui me donnerait envie de vivre.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
J’aimerais parfois. Mais je n’aurais pas les épaules.
J’aimerais plus de financement en psychiatrie. Que cette branche ne soit plus juste celle à laquelle on donne les restes de l’hôpital lambda.
Je demanderais aussi le remboursement des soins comme les psychologues ou les soins psycho-corporels.
Je demanderais la sensibilisation à la santé mentale pour défaire les clichés et pour que plus de gens osent demander de l’aide.
Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?
@Lice_gateau
La santé mentale dans les médias [Les Cahiers du Journalisme]
Portrait de Chouchou
Comme Chouchou, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Les gens qui ricanent avec moi. Les belles choses, mes chats…
Le rire en toute situation. Pleins de sujets d’intérêt…
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Mon métier m’apporte sur le plan humain. Il est bien payé pour des taches que je maîtrise aujourd’hui, dont certaines répétitives.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Je pense qu’il est rempli aujourd’hui de psychiatres-mercenaires qui prennent 44 € pour 15 min de consultation (en ville, dans mon cas). Qui se contentent de prescrire des médicaments, mais qui ne réalisent plus de psychothérapies.
Du coup pour ce faire, il faut voir un psychologue et le payer de sa poche.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Le fou c’est l’autre, pour paraphraser Sartre, et à ce titre il reflète certains dysfonctionnement sociétaux, éducatifs, culturels…
Et ce qui amusant, c’est qu’en fait, il y a finalement autant de fous que de réalités. C’est l’uniforme pseudo-vérité qui le fait peur, à moi.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Non, je ne pourrais pas œuvrer pour le bien des lobbies, oubliant les malades. Je suis déjà de l’autre côté du miroir…
Et je pense difficile de rester intègre et congruent en politique. C’est proprement antinomique selon moi.
Portrait de Noimar
Comme Noimar, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Inspirations : tout le monde. Mais avant tout les personnes élévatrices.
Aspiration : l’acceptation.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
J’étais chef de projet de mes 22 à mes 26 ans dans un grand groupe publicitaire.
J’ai arrêté lorsque je me suis rendue compte que je passais de mauvaises journées, et que le travail représentait au moins 10h des dites journée.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Il est complexe et non-figé. La connaissance du sujet par le corps médical et l’accompagnement me semblent inadaptés et bourrés de classifications néfastes.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Créativité, imprévus, recul, liberté sociétale (regard des autres).
(joie ?)
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
De ne jamais dévoiler au grand jour l’absurdité absolue et l’absence d’une réalité unique inhérente à la vie (=chaos).
« Délire et désir », création radiophonique avec Gilles Deleuze [2H51min]
Nous vous convions à écouter ici une archive radiophonique de 1972 sur le thème du délire et du désir par Gilles Deleuze. La création dure deux heures. Ici Gilles Deleuze remet en question les théoriques de la psychanalyse et l’institution psychiatrique. Bonne écoute.
« L’Anti-coercition n’est pas l’Anti-psychiatrie » par Thomas Szasz
Antoine Fratini nous propose ici une traduction d’un texte de Thomas Szasz paru dans The Freeman, 58: 26-27 Mai 2008.
Si pour beaucoup la coercition est inhérente à la psychiatrie, Szasz montre que l’anti-psychiatrie anglaise n’était pas forcément anti-coercitive et qu’il est difficile pour un professionnel de renoncer à la coercition (et à la contrainte) sans être taxé d’anti-psychiatre.
Szasz, psychiatre et psychanalyste, auteur du Mythe de la maladie mentale, est connu pour son lien avec la Scientologie et la CCDH qu’il adoube car elle dit lutter contre les abus psychiatriques même s’il précise :
« Eh bien, je me suis affilié à cette organisation longtemps après avoir été reconnu en tant que critique de la psychiatrie, appelée Commission des citoyens pour les droits de l’homme, car ils étaient alors la seule organisation et ils sont toujours la seule organisation qui avait de l’argent et qui avait accès à des avocats et qui était actif dans les efforts pour libérer les patients psychiatriques incarcérés dans des hôpitaux psychiatriques qui n’avaient rien, qui n’avaient commis aucun crime, qui voulaient sortir de l’hôpital. Et cela était pour moi une cause très valable; c’est toujours une cause très valable. Je ne crois pas plus à leur religion ou à leurs croyances que je ne crois aux croyances d’aucune autre religion. Je suis athée, je ne crois pas au christianisme, au judaïsme, à l’islam, au bouddhisme et je ne crois pas à la scientologie. Je n’ai rien à voir avec la Scientologie. »
Thomas Szasz, 2009
« Le terme anti-psychiatrie fut créé en 1967 par le psychiatre sud-africain David Cooper (1931-1986) et par le psychiatre écossais Ronald Laing (1927-1989). Au lieu de donner une définition précise du terme “anti-psychiatrie” ceux-ci affirmèrent: “Nous avons nourri tant de rêves à propos d’un idéal de communauté psychiatrique, ou plutôt anti-psychiatrique”. Ce “nous” étaient Cooper, Laing et leurs élèves américains Joseph Berke et Leon Redler.
“La clé pour la compréhension de l’anti-psychiatrie”, explique le psychothérapeute existentiel anglais Digby Tantam, “est que la maladie mentale est considérée un mythe (Szasz, 1972)”. Hélas, ce n’est pas vrai.
Beaucoup d’anti-psychiatres rejettent le modèle médical de la psychiatrie, mais continuent à concevoir les problèmes humains ainsi que les tentatives de les résoudre en faisant largement usage de la terminologie médicale et, ce qui est encore plus important, en ne s’opposant pas à la coercition “thérapeutique”.
Les psychiatres sont engagés en de multiples pratiques troubles dont la plus importante reste la défense de l’insanité mentale. Les anti-psychiatres n’ont pas vraiment affirmé ceci dans leurs textes, mais l’exemple de la fameuse expertise médico-légale que Laing fit à propos du cas John Thomson Stonehouse (1925-1988), un ministre travailliste anglais accusé de fraude fiscale, est plutot significative à ce sujet. Quand les autorités furent sur le point de l’arrêter, Stonehouse organisa son propre suicide. Le 20 novembre 1974 il laissa quelques vêtements dans le lieu où il se trouvait, à Miami Beach, et s’enfuit. Donné pour mort, il partit pour l’Australie dans l’espoir de se refaire une nouvelle vie avec sa maitresse et fut arrêté par hasard à Melbourne, déporté en Grand Bretagne avec de 21 chefs d’accusation sur le dos.
Stonehouse plaida non coupable pour des raisons d’insanité mentale et fut condamné à sept ans de prison. Afin de supporter la thèse de son insanité mentale il engagea les services de cinq psychiatres. Laing, qui fut un de ceux-ci, affirma sous jurement que son client était malade au moment de commettre les délits. Dans son livre Mon procès Stonehouse écrit: “Le Dr. Donald Laing… a mis en évidence ma condition de malade mental. Il a affirmé… l’existence d’une dissociation de la personnalité en plusieurs parties et diagnostiqué une psychose réactive”.
Mais Laing ne connaisssait point son client avant le procès et ne pouvait donc pas connaitre la condition mentale dans laquelle il se trouvait au moment de commettre ses méfaits. Le diagnostique de Laing fut un expédient psychiatrique classique, précisément le genre de charlatanerie qu’il il prétendait combattre. Laing et Stonehouse furent tout simplement des menteurs.
La célébrité de Laing est liée à son rôle d’empereur de Kingsley Hall, “maison-famille” fondée par lui et ses acolytes. Cette institution a été promue comme un lieu de cure où toute personne ayant été diagnostiquée schizophrène peut être sure de ne pas être emprisonnée ni remplie de médicaments contre sa propre volonté. La vie quotidienne à Kingsley Hall était basée sur la fiction selon laquelle tous les “résidents” étaient égaux et que personne n’était patient ni praticien. Le psychiatre américain Morton Schatzman, qui avait choisit de vivre à Kingsley Hall pendant un an, affirme: “Aucune des personnes vivant à Kingsley Hall considère les figures professionnelles comme étant extérieures à la structure et les internes comme des patients”. Il s’agit là d’un mensonge caractéristique de l’anti-psychiatrie, tout comme le mensonge qui fait de la privation de la liberté une cure, caractérise la psychiatrie.
L’écrivain américain Clancy Sigal (né en 1926) se rendit à Londres pour devenir un patient de Laing. La “thérapie” se conclut rapidement, les deux se lièrent d’amitié et partagèrent des expériences psychédéliques en assumant du LSD. Sigal, qui était l’un des co-fondateurs de Kingsley Hall, changea d’avis à propos de la communauté de Laing, spécialement après avoir découvert que Laing et compagnie, malgré leurs prédications en faveur de la non-violence, pratiquaient la violence.
De retour aux USA, Sigal écrivit un livre ravageant envers Laing et son culte. « Zone of the interior » fut publié aux USA en 1976. En utilisant la menace des lois britanniques sur la diffamation, Laing réussit à en empêcher la publication dans le Royaume Uni jusqu’en en 2005. Sigal écrit: “En septembre 1965, pendant les grandes vacances juives, j’ai eu une crise schyzophrènique… ou une espèce d’expérience transformante, selon les points de vue. Cette crise n’était pas advenue en privé, mais devant vingt ou trente personnes un vendredi soir de shabbat à Kingsley Hall… La notion sur laquelle se basait la communauté est que la psychose n’est pas une maladie, mais un état mental de trance à considérer comme facteur curatif”.
Dans un interview successif à la publication du livre en UK, Sigal décrivit en ces termes sa folie à deux avec Laing: “Nous nous échangions les rôles, lui devenait patient et moi thérapeute, et assumions du LSD ensemble… Laing et moi avions fait un pacte diabolique. Nous devenions schizophrènes dans notre attitude envers nous mêmes et envers le monde… (une) nuit, après avoir laissé Kingsley Hall, certains médecins qui s’étaient convaincus que je voulais me suicider arrivèrent à toute allure dans mon appartement et me subministrèrent une dose massive de Largactil (Thorazine), un sédatif à action rapide utilisé dans les hôpitaux psychiatriques. Conduits par Laing, ils m’amenèrent à Kingsley Hall… La dernière phrase dont je me souvienne est “Vous bâtards, vous ne savez pas ce que vous faites”.
Sigal s’enfuit de Kingsley Hall, retourna aux USA et publia enfin son roman en 1975. La publication en UK fut stoppée par una action légale de Laing. La saga de Sigal devait devenir le sceau ultime posé sur le cerceuil de la légende selon laquelle Laing fu un opposant des pratiques coercitives liées à la psychiatrie.
Quand en 1976 le livre de Sigal fut mis en commerce, Laing aurait déjà pu être jugé et puni, Kingsley Hall aurait pu être fermé comme hôpital psychiatrique et la légende de Laing “sauveur des schizophrènes” aurait pu s’effondrer définitivement. Shakespeare avait raison: “Le mal que les personnes font vit après eux”.
La Fin de Kingsley Hall
Le chaos a Kingsley Hall dura moins de cinq ans. Hélas, le terme malheureux “anti-psychiatrie” survécu, bien que Cooper et Laing savaient qu’il fut inéxact et trompeur. Dans un interview vers la fin de sa vie, Laing se rappela d’avoir dit à Cooper: “David, le fait de devoir répudier ce terme est un foutu désastre. Mais il avait un côté trompeur qui a finit par nous confondre”.
Comme conséquence de la terminologie anti-psychiatrique, et contrairement à n’importe quel autre médecin spécialiste, les psychiatres peuvent désormais repousser les critiques adressées aux différents aspects de la pratique psychiatrique en nommant ces derniers “anti-psychiatriques”. L’obstétricienne qui refuse de pratiquer l’avortement n’est pas stigmatisée “anti-obstétricienne”. Le chirurgien qui refuse de pratiquer les opérations de changement de sexe n’est pas classé “anti-chirurgien”.
Mais le psychiatre qui refuse la coercition ainsi que les pseudo-légitimations qui y sont attachées est appelé “anti-psychiatre”. Le résultat est que tout médecin sauf le psychiatre est libre d’accepter ou de ne pas accepter les procédés particuliers qui offensent ses propres principes moraux ou plus simplement les pratiques qu’il préfère ne pas mettre en acte.
Pourquoi le psychiatre est en fait privé de sa liberté? Parce que en psychiatrie le paradigme de la pratique (enfermer les patients considérés dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres) est la cure médico-légale standard. La déviation par rapport à tel standard suscite des controverses légales et expose le psychiatre au risque du retrait de son autorisation à la pratique médicale. »
Traduit de l’anglais par Antoine Fratini
Bibliographie choisie
Le Mythe de la maladie mentale (The Myth of Mental Illness: Foundations of a Theory of Personal Conduct), 1961
L’Éthique de la psychanalyse (The Ethics of Psychoanalysis: The Theory and Method of Autonomous Psychotherapy), 1965
Fabriquer la folie (The Manufacture of Madness: A Comparative Study of the Inquisition and the Mental Health Movement), 1970
Idéologie et Folie : essais sur la négation des valeurs humanistes dans la psychiatrie d’aujourd’hui (Ideology and Insanity: Essays on the Psychiatric Dehumanization of Man), 1970
L’Âge de la folie (The Age of Madness: A History of Involuntary Mental Hospitalization
Karl Kraus et les docteurs de l’âme : Un pionnier et sa critique de la psychiatrie et de la psychanalyse (Karl Kraus and the Soul-Doctors: A Pioneer Critic and His Criticism of Psychiatry and Psychoanalysis), 1976
La Schizophrénie : le symbole sacré de la psychiatrie (Schizophrenia: The Sacred Symbol of Psychiatry), 1976
La Théologie de la médecine : fondements politiques et philosophiques de l’éthique médicale (The Theology of Medicine: The Political-Philosophical Foundations of Medical Ethics), 1977
Le Mythe de la psychothérapie (The Myth of Psychotherapy: Mental Healing as Religion, Rhetoric, and Repression), 1978
The Therapeutic State: Psychiatry in the Mirror of Current Events, 1984
Pharmacratie : médecine et politique, l’État thérapeutique (Pharmacracy: Medicine and Politics in America), 2001
My Madness Saved Me: The Madness and Marriage of Virginia Woolf, 2006
Coercion as Cure: A Critical History of Psychiatry, 2007
Suicide Prohibition: The Shame of Medicine, 2011
Ma lettre au Père Noël concernant la psychiatrie
J’ai fait ma lettre au Père Noël concernant l’hôpital psychiatrique !
« Cher Père Noël,
En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !
Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !
Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.
Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler, et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !
Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins d’autres choses !
Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…
Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !
Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?
Merci. »
Djamila
Portrait d’Altolune
Comme Altolune, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Les grands espaces sans humains, comme la mer et la haute montagne, la musique classique instrumentale, le feu et le chocolat. Les romans et le cinéma. Les enfants qui se racontent des histoires. Se laisser glisser dans le sommeil ou sur des pentes neigeuses en respirant l’air frais. Les odeurs de thyms, de bois, d’humus, de neige, de mer, de chocolat.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Mon métier n’est pas vraiment un métier. Je passe beaucoup de temps à écouter, à analyser, à rêver, à penser, à faire des vagues, à lire, à écrire.
J’aime tout cela. Ce qui est dur, c’est qu’il n’y a aucune certitude, seulement des paris, des rencontres, et chaque fois, l’incertitude qu’il se passe un peu quelque chose, dans le bon sens de la pente !
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
C’est un monde stigmatisé, qui a été mis de côté, comme toujours dans son histoire, mais de manière plus cruelle qu’à d’autres époques, car sous couvert d’intégration, il nie la différence.
Il fait de cette différence un handicap à rééduquer, au lieu d’accueillir cette différence, et de créer des ponts pour partager sans se blesser ces différences.
Les soignants, pour une part sont des gens engagés, passionnés, mais qui ne peuvent que s’épuiser, si la société ne change pas son regard en mettant en place une politique nouvelle, qui ne cherche pas le gène à éliminer, le symptôme à éradiquer, mais comment faire avec nos gènes, comment nos symptômes peuvent se mobiliser pour être vivables avec les autres et dans la cité.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
La folie est dans son aspect de liberté et de création source d’inspiration.
Son intensité est également inspirante, car elle garde intacte la lucidité de notre finitude et de l’éphémérité des instants.
Sa souffrance ne doit pas être minimisée et méprisée. Il faut pouvoir aller vers ceux qui ont leur grain de folie, et leur montrer qu’en étant plus tempérée, elle sera magnifique, leur donner aussi le goût pour les aspects normatifs qui créent de la sécurité à vivre, et à vivre avec les autres.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Je ne pourrais, pas, car il faut avoir une dose de narcissisme et d’illusions que je n’ai pas. Il faut aussi aimer travailler avec les autres et pouvoir s’appuyer sur leurs expertises et propositions.
Un ministre de la santé devrait être un ancien soignant qui a en outre de l’ambition, assez d’utopie pour vouloir changer le monde de la santé, et assez de normalité pour séduire ceux qui détiennent le pouvoir économique et décisionnel pour mettre des moyens pour la santé et la santé mentale en général.
Plus de lits dans les hôpitaux avec des séjours plus longs, plus de moyens pour les associations au cœur des cités qui créent du lien et des activités qui maintiennent la santé psychique.