De la psychothérapie institutionnelle en général et de ses dérives en particulier

Merci à Virginie pour cette contribution.

psychothérapie institutionnelle

« Qui est fou, les patients ou nous (les enfants ou les adultes) ?»
Ferenczi

« Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît…Je prends constamment appui sur le sol de l’enfance, c’est de là que j’avance avec le plus de certitude. Il importe de retrouver les cailloux que l’enfance a laissés, eux seuls permettent de ne pas s’égarer dans les dédales de la vie adulte. »
François Tosquelles

« Je n’ai point d’espoir de sortir par moi de ma solitude. La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose que pierre.
Mais de collaborer, elle s’assemble et devient temple.
Citadelle, je te bâtirai dans le cœur de l’homme. »
Saint Exupéry

Chers professionnels, sans distinction de corps, grade, échelon, statut, fonction, sexe (enfin si peut-être, parce que le club c’est masculin, la psychothérapie institutionnelle mixte et l’institution féminin ?), etc. etc. Continuer la lecture de « De la psychothérapie institutionnelle en général et de ses dérives en particulier »

Portrait de Sylvie Ef

Comme Sylvie Ef, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’EPS Barthélémy Durand à Etampes et sa cité culturelle. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime les gens fragiles, dans les banlieues, les villes, les campagnes.

J’aime écrire des nouvelles, des récits courts qui surprennent par une fin inattendue, j’aime aussi aller au musée, faire de la mosaïque, tricoter, préparer à manger, me lever tôt, me coucher tôt.

J’aimerais me passer des insomnies et des angoisses et des peurs et des doutes et des douleurs et des sarcasmes aussi.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est nécessaire. Indispensable. C’est un métier rude et exigeant mais gratifiant aussi. Il faut une formation solide pour le maîtriser et on apprend sans arrêt, tout au long de sa carrière.

On se lève très tôt, on se couche très tard, on travaille la nuit, les weekend, les jours fériés.

On a des responsabilités importantes. C’est un travail d’équipe. On aide les gens à naître, à vivre, à mourir aussi. J’aime cette part d’humanité au service de tous. Je suis infirmière.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

La santé mentale n’est pas la maladie mentale. Il y a dans la santé mentale quelque chose de positif, quelque chose d’enthousiasmant : un possible. C’est un objectif à atteindre. Presque une chance qui nous pousse à connaître nos limites et à repérer les failles. A savoir frapper aux bonnes portes, au bon moment.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie permet des rencontres. d’abord avec soi puis avec les autres. La folie est une extension de l’âme. Elle est un supplément de vie, elle va de paire avec la création artistique. Elle autorise tous les possibles.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Moi, ministre de la santé mentale, j’ouvrirais les portes des hôpitaux psychiatriques.

Je demanderais un budget énorme au titre d’une priorité nationale. Je lutterais contre les préjugés, je lancerais des invitations à venir voir les fous, à passer tu temps avec eux.

J’informerais le monde du travail de la nécessité à employer des fous.

Je déjeunerais tous les jours avec eux, je chanterais avec eux, j’irais à la piscine avec eux, j’écrirais avec eux, je les inviterais à ma table, à mon ministère.

Il seraient à mes côtés tous les jours, ils m’apprendraient tout et je les écouterais et je les remercierais.

Un Récital Lexical

Un récital lexical, un film de Matthieu Dibelius.

Un dimanche par mois, au 10 rue Voltaire, juste derrière la cathédrale de Reims :
Des patients et des soignants se retrouvent pour réfléchir à voix haute.
Certains sont toujours là, quelques-uns viennent souvent, d’autres ne font que passer.

Les Hauts Parleurs bousculent les mots à la mode, les mots « commodes » que tout le monde emploie, mais que personne n’écoute.

En transgressant le « prêt-à-parler », ils se réapproprient le pouvoir perdu de « nommer ».

Après tout : que craignent les acteurs du capitalisme linguistique qui tentent de corseter la parole et d’en neutraliser l’errance ? Que la langue leur échappe, qu’elle se brise, se « dysorthographie », qu’elle devienne impossible à mettre en équations ?

1 – Toute parole, en tant qu’elle dit quelque chose, dit pourquoi il n’y a jamais de « dernier mot ».

2 – Le langage ne dit que ce qui fait encore défaut dans tout langage.

3 – La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse

Je n’irai pas voter et pourtant… je politise ma folie

Comme dirait le Zinzin Zine, le psychologique c’est politique!

Peut-on politiser la folie?

Pour ceux qui connaissent le discours d’Antony du président Sarkozy, la réponse est évidente.

« Le 2 décembre [2008], le chef de l’Etat a parlé de réformes de la loi d’hospitalisation ; demandé la création de 200 chambres d’isolement ; exigé le contrôle des permissions de sortie ; proposé la systématisation des soins sous contrainte. Plus saisissant, il a suggéré l’utilisation de bracelets électroniques pour les malades, à l’instar des délinquants. »
Eric Favereau dans Libération 

Quand le malade devient un risque pour la société, il faut le soumettre aux soins. Sa place est à l’hôpital pas en prison, dira-t-il.

Citoyens à part entière

Moi qui écris ces lignes, je me revendique comme sujet politique, citoyen à part entière, et non comme objet bénéficiaire de soins. Et pourtant, je n’irai pas voter…

Nombreuses sont les initiatives pour solliciter le pouvoir politique en cette période d’élection présidentielle. J’ai moi-même écrit le discours d’un président aux usagers de la psy.

On cherche à s’unir pour que la santé mentale ait voix au chapitre dans cette campagne: avec des pétitions, celle pour un plan psychique de l’UNAFAM/Santé Mentale France/Aire, celle pour demander un programme pour la santé mentale par le Pr. Lançon, ou encore le consensus de Blois. Pendant ce temps, d’autres organisent un TRUC pour fédérer les clubs thérapeutiques ou des marches citoyennes pour la santé mentale comme La Mad Pride.

D’autres encore, des soignants en majorité, se réunissent publiquement, c’est le cas du Collectif des 39 ou de Psy, soins et accueil né à Nuit Debout.

Il faut reconnaître que dans le paysage de la santé mentale en France, l’union n’est pas de mise. Tout le monde rêve d’une psychiatrie à visage humain, d’un corps soignant capable d’accueillir la souffrance psychique, en prenant en compte l’avis des familles et des patients.

On reproche au pouvoir psychiatrique ce qu’on reproche au pouvoir politique, son incapacité à régler le problème. Certains diront qu’ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions, que le pouvoir n’est pas entre leurs mains, que c’est le manque d’argent qui est en cause. Quand on ferme les lits dans les hôpitaux psychiatriques, c’est pour désaliéner et intégrer le malade dans la cité ou c’est juste un aveu d’impuissance?

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Demain j’étais folle

demain j'étais folle

Arnhild a été schizophrène, aujourd’hui elle ne l’est plus.

Arnhild est l’auteure du livre Demain j’étais folle, un voyage en schizophrénie, un puissant témoignage sur cette maladie psychiatrique réputée incurable.

L’auteure norvégienne nous plonge dans son histoire avec douceur, dans un style épuré et très plaisant.

Son propos n’est pas de nous convaincre de sa guérison. Mais plutôt de démontrer que la question n’est pas de savoir combien on est fou ou quel est notre diagnostic mais comment on réussit à reconnaître la part d’humanité chez celui qu’on considère comme fou.

Arnhild, c’est vous, c’est moi. Continuer la lecture de « Demain j’étais folle »

J’ai peur de ne plus être fou

J’ai peur d’être enfin guéri.
J’ai peur de devoir vivre comme tout le monde.
J’ai peur d’être englouti par le système.
J’ai peur de dire ce que je ressens.
J’ai peur de ne pas être compris.
J’ai peur de dire que le handicap c’est une jolie arnaque.
J’ai peur de trahir les vrais malades.
J’ai peur d’enjoliver la folie.
J’ai peur de m’en sortir. Continuer la lecture de « J’ai peur de ne plus être fou »

Jeune, sympa et schizophrène

Jeune, sympa et schizophrène, une création de Claire Hauter (janvier 2007)

Chaleureuse, cultivée, marrante, Agathe a 27 ans et souffre de délires schizophrènes. Lors de son rendez-vous chez le psy, elle raconte les voix dans sa tête, mais aussi ses lectures et sa vie ‘normale’. Agathe nous ressemble. Une série documentaire sur l’ordinaire de la folie.

Comme des fous, le livre!

comme des fous le livre

Comme des fous. Folie et trauma dans Tristram Shandy, est un livre au titre évocateur de Françoise Davoine paru en janvier 2017.

Sous la forme d’un dialogue de l’auteur avec son mari disparu (psychanalyste lui aussi et venu de la littérature), Comme des fous est le commentaire du livre premier de La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, roman majeur de la littérature occidentale, écrit par Laurence Sterne (1713-1768) dans les dix dernières années de sa vie.

Le dialogue, actif, contrasté, décrit vivement les traumas et la folie qui s’emparent des personnages, et propose une lecture psychanalytique, mais aussi philosophique, historique et politique de ce roman de la déraison.

Françoise Davoine questionne à mi-voix l’usage que l’on peut faire de l’écriture et de la création littéraire dans une culture qui bat la breloque :à quoi bon Swift, ou Cervantes, ou Sterne, si le combat a lieu entre les fools et les knaves, entre les fous et les crapules? Tandis qu’avec une insouciance baroque dans le ton même de Sterne, et en profitant sans doute de son propre statut de disparu, le défunt époux de l’auteur fait ironiquement le psychanalyste, par petites touches, cite au passage Lacan, Freud ou Hannah Arendt, et dérange si bien l’avancée obstinée de l’auteur que l’on oublie que c’est Françoise Davoine qui le fait parler : dans un monde de fous, l’écriture redonne vie aux disparus, et remet le temps en marche.

La chronique de France Culture:

Portrait de W

Comme W, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’Association des Hypersensibles. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les échanges lors de nouvelles rencontres. Les livres. Les films.

J’aspire à la tranquillité de l’esprit, à la paix intérieure, à l’harmonie entre mon monde intérieur et extérieur.

J’aspire à la liberté, me déconditionner de tous les vieux schémas mentaux que j’ai hérité à la naissance.

J’aspire à la révolution de notre société. Que les valeurs humaines de tolérance, de bienveillance, de sobriété, renverse la norme actuelle : compétition, consommation, culte du corps, déshumanisation des relations, recherche du profit, de la croissance économique sans cesse.

J’aspire à un monde meilleur, et d’y contribuer au maximum de mes capacités.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je travaille bénévolement en tant que président de l’association des hypersensibles.

C’est une activité qui fait sens pour moi et qui répond à un besoin : le manque de lien social chez les personnes hypersensibles.

Mon projet de vie est lié avec le développement de cette association. Le projet final est de m’installer dans la campagne est de diriger un centre de ressourcement pour personnes hypersensibles.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que la santé mentale franchira un pas quand on n’utilisera plus les termes : bipolaires, schizophrènes, dépressifs, phobiques, autistes, etc. et qu’on s’intéressera à ces 2 millions de personnes concernées par la santé mentale en France comme des personnes qui sont victimes de l’état actuel du système professionnel et social excluant, et non comme des malades qui doivent se soigner pour se réinsérer.

Car se réinsérer dans un système malade qui nous a rendu malade… absurde!

Le monde de la santé mentale met le focus sur ceux qui souffrent. Il devrait aussi le mettre sur les origines de cette souffrance : encore une fois, les maux de la société actuelle énoncée non exhaustivement au dessus.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie n’est ni positive ni négative en soit. La folie c’est plus de couleurs. La folie c’est l’anormal. La folie c’est ce qui ne se cadre pas, ne se gère pas. La folie c’est une liberté d’esprit et de cœur.

La folie va être plus ou moins bien vécue. Cela dépend si elle est acceptée à l’intérieur comme à l’extérieur.

Le plus difficile souvent étant d’assumer sa folie en tant que personnalité et non en tant que maladie.

La souffrance vient quand on essaye de calmer cette folie, de rentrer dans les clous, quand on se tait, quand on refoule les couleurs explosives en nous.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Prendre en compte ces millions de Français qui sont malheureux dans cette société qui se déshumanise à petit feu.

Prenez nous en compte, ou sans cela, bientôt, ce sera la révolution! 🙂