Cet album rend hommage aux centaines de personnes que j’ai pu croiser dans mon voyage en psychiatrie, qui a duré vingt et un ans, et sur lequel je me retourne enfin pour tenter une résilience définitive.
Anne-Lyse Delvaux, novembre 2019
Catégorie : A lire
La valse des psychiatres [Anne-Claire]
« De l’art et la manière de soigner »
J’ai réussi à cumuler sept psychiatres en un an. Cela fait une belle moyenne d’un tous les deux mois. On pourrait croire que je les use jusqu’à la corde, même pas. Je les collectionne comme je collectionne les pilules. « Tiens, on va commencer par un somnifère. Ah mais ce n’est pas suffisant, rajoutons un hypnotique… Non, toujours pas, il est temps de tenter les antidépresseurs. Mais ce n’est pas encore assez, allez un anxiolytique par-dessus ».
Le premier, je l’ai rencontré aux Urgences d’une petite ville de province. Je n’avais pas encore fait de tentative de suicide. J’avais parlé d’en faire, je ne dormais plus depuis trois jours, mon mari paniqué m’avait amené à l’hôpital. Le psychiatre m’avait écouté d’un air ennuyé avant de me renvoyer chez moi avec cette sentence : « Vous êtes d’un tempérament anxieux, l’arrivée d’un enfant s’accompagne toujours de beaucoup d’angoisses, rentrez chez vous et surmontez-les ». Non, on ne peut pas dire que celui-là m’avait poussé à la consommation de pilules. Par contre, il m’avait laissé encore plus désemparée que je n’étais arrivée. Non, ce n’était pas juste des angoisses passagères que de ne pas dormir DU TOUT pendant trois jours, même en ayant pris des somnifères. Non la crise que je ressentais, je ne pouvais l’affronter toute seule. Alors ma tante psychologue m’avait orienté en urgence vers un deuxième psychiatre.
Le deuxième était un gentil taiseux. Il m’avait écouté quand j’étais en crise, quand j’avais parlé de me foutre en l’air. Une fois, j’avais réussi à le faire rire : « Oh mais vous savez, vous ne devriez pas faire crédit à vos patients suicidaires, je ne vous avais pas payé la dernière fois et si j’avais réussi ma tentative de suicide, vous auriez perdu 80 euros. »
Par contre, quand ça allait bien, ou du moins relativement mieux, je sentais que je l’emmerdais profondément, qu’il était chez lui avec son diner du soir pendant que je tentais de lui faire comprendre les angoisses tapies au fond de moi. D’une fois sur l’autre, il oubliait quels médicaments il m’avait prescrits. Pourtant, je continuais à me rendre bien sagement aux séances, à m’asseoir sur le fauteuil en face de lui, à jeter mon sac à mes pieds et à parler pour meubler le silence. Il y avait bien un divan mais je voulais éviter le cliché. Je n’étais pas encore prête pour cela. Ce n’était que mon deuxième psychiatre, juste un premier orteil trempé dans le monde merveilleux de l’inconscient.
La troisième m’a cueillie à mon réveil à l’hôpital… après ma première tentative de suicide. Une femme. D’une gentillesse inouïe, douce. Une vraie écoute. Elle m’a conseillé l’hospitalisation… alors j’ai accepté. Dans quoi n’avais-je pas plongé.
Aussitôt transférée dans le secteur psychiatrique de Sainte-Anne, voilà que je rencontre le quatrième psychiatre. L’entrée en matière est un peu rude. Je viens juste de me rendre compte que je suis enfermée, privée de liberté et que ça n’a rien à voir avec ce que naïvement je concevais des soins : de l’art-thérapie, des séances de yoga, du jardinage… Mon dieu, que je suis encore niaise. Alors j’accueille le quatrième psychiatre en lui disant entre deux sanglots que la prochaine fois, je ne me raterais pas. Que c’est bien beau les tentatives mais que la prochaine fois ce sera un suicide tout court. Il est brutal, petit, grossier et moche. M’assène des phrases comme « C’est affreux » quand je lui confie que j’ai un bébé qui m’attend à la maison. Comme si je ne le savais pas que j’ai cette part de monstruosité, que la situation est horrible. Et puis il veut me garder enfermée. Alors 72 heures plus tard, au moment où on m’autorise enfin à quitter les murs de Sainte-Anne, il m’assène que je suis peut-être bipolaire, que les antidépresseurs vont peut-être révéler ce trouble vu mes antécédents psychiatriques. Que si je recommence à vouloir me tuer ; dans son service lui s’en fout royalement, il pourra dormir sur ses deux oreilles, mais qu’il en a connu des patientes comme moi, souriantes, avenantes dont on ne voit pas la maladie et qui en ont fini pour de bon avec la vie. Et que si je recommence en dehors de l’hôpital psychiatrique ce sera la dévastation pour mes proches. Je me mets à pleurer, lui demande quel espoir j’ai. Il me répond qu’il s’en fout d’être l’odieux connard, qu’il m’aura prévenu. En fait, il en a trop vu. Et moi, en trois jours, je l’ai déjà trop vu. Ses paroles en revanche je les ai imprimées ; je ne suis bonne qu’à ça, déprimer et recommencer.
Déménagement. Je retrouve le premier psychiatre que j’ai rencontré, celui des Urgences de la petite ville de province. Pas vraiment par choix. Au centre médico-psychologique c’est le seul qui soit disponible dans un délai raisonnable. On se demande bien pourquoi. J’ai un vague espoir de m’être trompée et que ce ne soit pas lui mais mon espoir est vite douché. En plus, pas moyen d’y couper, j’ai besoin de mon ordonnance. Alors j’y vais. Toujours la bonne élève, la bonne patiente. Mais ça ne manque pas, je recommence comme m’avait prévenu le psychiatre de Sainte-Anne. J’avale du xanax et des somnifères, trop bien sûr. Réveil aux Urgences à l’hôpital. Passage obligé par la case psychiatre avant d’obtenir mon bon de sortie. Il s’appelle Moïse celui-ci. Va-t-il me tirer des eaux troubles dans lesquelles je nage ? Au moins, il semble gentil. Quand il parle, je ne comprends pas tout, ce sont des métaphores un peu brumeuses. Mais j’obtiens mon ticket de sortie sans passer par la case hôpital psychiatrique, c’est toujours ça de gagné. En dehors, je retrouve l’autre psychiatre. Je lui avoue tout. Et là, la phrase que je garderais gravée dans ma mémoire : « Vous savez, si vous continuez, vous allez fatiguer tout le monde, à commencer par vos proches ». Accompagnée de cette sentence : « Il faut que vous changiez votre manière de penser ». Ah mais oui, bien sûr, tout s’éclaire, il suffit de changer sa manière de penser. Pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt ? Aussi simple à dire qu’à mettre en action…. Là, c’en est trop, je me rebelle et ruse pour ne plus jamais avoir affaire à lui. Je me débrouille pour retrouver Moïse. S’il ne m’a pas sorti de mon marasme, il a au moins le mérite de ne pas m’enfoncer davantage.
Les séances avec lui sont… spéciales. Je ne pige pas grand-chose. Il parle de pansements, de plaies à vif, de cicatrices. C’est bien beau mais je ne suis pas là pour une blessure de guerre. La mienne ne se voit pas. Et puis il accède à mes désirs, sans doute trop facilement. Je suis dans une phase où ça va bien. Alors je lui demande d’arrêter les antidépresseurs. Il acquiesce. En un mois, je devrais être sevrée de ma pilule quotidienne. Mais ça ne manque pas, retour aux Urgences. Des médicaments, trop de médicaments. Et du Doliprane pour me faire du mal. Cette fois, Moïse est ferme. Le bon de sortie, je peux oublier. Il veut me faire hospitaliser. Je fugue. Ils m’ont laissé mes vêtements. J’arrache la perfusion, me rhabille et file en chaussettes jusqu’à chez moi à dix heures du soir. Mon mari est catastrophé, il ne sait pas comment me faire entendre raison. Il arrivera à me faire entendre raison. Direction l’hôpital psychiatrique.
Là, c’est une sixième psychiatre qui m’accueille. Celle-ci ne me laisse que peu de souvenirs. Il faut dire que je ne l’ai vu à peine que deux fois 30 minutes. Avec elle, je découvre deux nouvelles molécules. Un anxiolytique et hop, un autre antidépresseur.
Déménagement, une deuxième fois. Il faut trouver un nouveau psychiatre (on en arrive au septième !). Je n’ai pas l’ombre d’un commencement d’idée pour savoir qui choisir. Je me rends sur Doctolib et choisis une femme au hasard. Son cabinet est compliqué d’accès mais je finis par y arriver. Celle-ci est soignée : un maquillage apprêté, de nombreux bracelets aux poignets, des bagues qui étincèlent. Elle m’écoute dérouler mon histoire. A force de la répéter, je commence à la connaître par coeur cette histoire. Sauf que cette fois-ci la psychiatre m’interrompt : « Mais si vous faisiez une simple dépression post-partum, là au bout d’un an et demi, on serait en train de se dire au revoir. Vous êtes sûrement bipolaire ». Paf, le coup de poignard. La bipolarité ? Il n’en est pas question. Tant que cela reste une dépression, il y a un espoir de guérison. Mais la bipolarité c’est un grand, voire un gros, mot, c’est à vie. Et puis, elle ne me connaît pas cette femme. Elle ne sait quasiment rien de moi. C’est quoi ce diagnostic à l’emporte-pièce ?!
Pourtant, je lui reste fidèle. Pas le courage de chercher un nouveau psychiatre, de tout reprendre depuis le début. Les séances se poursuivent par Zoom, la faute au confinement. C’est compliqué par Zoom de se livrer. Je ne suis de toute façon pas en confiance quand arrive ce qui devait arriver. J’avale des médicaments, toujours trop de médicaments. De nouveau, un psychiatre (le huitième, mais là je commence à perdre le compte) aux Urgences qui me laisse sortir vite. Maintenant j’ai appris la leçon, je sais quoi dire pour ne pas terminer enfermée dans une unité psychiatrique. Il gobe tout. De toute façon, l’hôpital est saturé, autant me laisser repartir.
Il s’agit de retrouver ma psychiatre habituelle. A cette séance, celle-ci ne me laisse pas le choix. Elle ajoute une nouvelle molécule en plus des antidépresseurs : un régulateur d’humeur. Et me reparle de bipolarité. Mais cette fois-ci l’idée a eu le temps de cheminer, j’accepte de la considérer. Après tout, je suis tellement mal. Et si c’était vrai ? Tant pis pour la guérison, va pour les comprimés. Il est temps d’acheter un pilulier.
A la rentrée, changement de décor. Je retrouve ma psychiatre mais le cabinet a laissé place à une clinique privée. La psychiatre a recouvert ses jolies tenues d’une stricte blouse blanche. Seule fantaisie : les bijoux sont restés. Et puis à chaque fois, je ne peux m’empêcher de jeter un regard à ses pieds. Les mois passent : les ongles vernis viennent remplacer les baskets…. Je ne sais plus exactement quand cela arrive mais la psychiatre réussit à me faire baisser la garde. La psychiatre m’écoute. Vraiment. La question « Comment allez-vous ? » attend une réponse. Elle n’est pas là pour délivrer au plus vite son ordonnance, elle prend le temps. Bien sûr moi, j’ai encore la boule au ventre avant de la retrouver. Je redoutais tellement chacune des séances avec ses prédécesseurs, tout ne peut pas changer du jour au lendemain. A chaque fois, j’ai une demi-heure pour me préparer, le temps du trajet.
Peu à peu, je me raconte. Je confie mes angoisses, mes pensées suicidaires. La psychiatre me regarde dans les yeux, d’un air grave. Elle opine. Oui, il n’y a rien de pire que la douleur psychique, oui, il n’y a rien de tel qu’une crise d’angoisse. Pas de jugement. Juste l’accueil.
Certaines fois sont plus éprouvantes que d’autres. Quand je suis au fond du gouffre, je décris : la boule au ventre, l’envie de vomir, l’incapacité à dormir, l’envie d’en finir. La psychiatre me laisse aller au bout de mes pensées. Réfléchit. Elle ajuste le traitement mais n’empile pas les molécules les unes sur les autres. D’autres sont plus légères. Quand je vais bien, je pose des questions. On échange : sur nos métiers, l’actualité, quelques banalités.
Avec le recul, je me dis que j’ai une chance inouïe. D’un seul clic de souris, j’ai réussi à trouver de l’humanité. La valse des psychiatres est terminée. Un an s’écoule, deux. Je reste fidèle. Je prends mes rendez-vous bien à l’avance car je ne suis pas la seule à apprécier les qualités de cette psychiatre.
La maladie, elle, ne connaît pas de répit. Une nouvelle fois, j’avale des médicaments. Une psychiatre aux Urgences. Je m’excuse de la déranger, de lui faire perdre son temps. Promis je ne voulais pas mourir, je voulais juste dormir. Peu après, je recommence. Atterrissage en réanimation. Je dors plusieurs jours avant de rencontrer une dixième psychiatre. Je ne sais même plus ce que je lui dis. Je suis encore trop shootée, tout se mélange. Mais j’échappe à l’hôpital psychiatrique. Je retrouve ma psychiatre à la clinique. Celle-ci m’attend, est déjà au courant, n’émet aucun jugement. Elle ne me lâche pas la main. Bien sûr, elle augmente les médicaments mais pas seulement.
Et puis à mon grand étonnement, je demande à me faire hospitaliser en clinique privée. Je serai suivie par ma psychiatre. Sauf qu’une fois arrivée, c’est un homme qui entre dans ma chambre. Ma psychiatre a eu un empêchement, il la remplace au pied levé. En une demi-heure, il a le temps de me dérouler son CV. Ses faits d’armes, sa retraite, ses nouvelles activités bénévoles. Pour une fois c’est moi qui écoute, un brin médusée. Il cherche à m’impressionner ? Je me demande bien pourquoi, je ne suis qu’une petite jeune femme aux trop nombreux médicaments. Il est question de lithium Ma psychiatre me manque.
Pas longtemps. Je la retrouve dès le lendemain, la supplie de m’en aller. Décidément, les hospitalisations ce n’est pas ma tasse de thé. Vite, je reprends le rythme régulier : une demi-heure tous les mois, une ordonnance à chaque fois. Quand c’est ma psychiatre qui me confie qu’elle a besoin d’être opérée, d’être en convalescence. Les situations sont inversées. Pendant plusieurs mois, je vais devoir m’en passer. Je ne l’aurais jamais cru mais ces rendez-vous vont me manquer. Les ordonnances sont bien là mais ça ne suffit pas. La boule au ventre avait disparu, je la voyais à chaque fois avec plaisir.
Mais surprise ! Arrive le douzième psychiatre. Attention, lui est un expert. C’est du grand ponte. Il a été appelé à la rescousse par ma psychiatre habituelle qui me voyait douter de son diagnostic de bipolarité. Il pourrait être mon père : cheveux gris, chemise et pull bleu ciel. Il est doux, il m’écoute dérouler toute ma vie à commencer par mes nombreux déménagements (Le pauvre, en me demandant d’où je venais il ne savait pas dans quoi il mettait les pieds). A la fin, ses conclusions sont sans appel : je ne souffre ni de dépression post-partum ni de bipolarité, je suis atteint de troubles anxieux. Ça me fait une belle jambe ça. « Troubles anxieux », vraiment ça ne claque pas comme nom de maladie. Et puis mes proches, que vont-ils dire mes proches ? Ce n’est pas une pathologie, tout le monde est anxieux, de là à en faire un diagnostic… Et puis surtout il me dit que j’entretiens moi-même le cercle vicieux de l’angoisse par des stratégies d’évitement. Euh… ben oui j’ai envie de dire : si on a peur de l’avion, on ne prend pas l’avion point barre. Et moi si j’ai peur de quitter mon mari, je ne quitte pas mon mari point à la ligne. En plus, il ne m’a vue qu’une heure et demie, un peu vite pour tout chambouler et tout remettre en cause. D’autant qu’il veut changer le traitement : avoir un recours massif aux antidépresseurs. Moi, quand j’entends les mots « recours massif » ça suffit à me rebuter. J’aime bien les médicaments mais merci, non merci.
Maintenant, il s’agit de ne plus ajouter de psychiatres à cette triste addition. Plus de passage aux Urgences, plus d’hospitalisations, plus de soi-disant experts. Juste ma psychiatre habituelle. Qui elle va devoir me supporter encore quelques années. Quel que soit le diagnostic, il s’agit bien d’un traitement à vie, d’un suivi régulier.
SNG et la scientologie
Une bande-dessinée de SNG au sujet de la trouble Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH).
Retrouvez SNG sur https://essen-g.blogspot.com/
Pour rappel, nos articles dénonçant l’action de la CCDH.
Je vous écris de ceux qui voient des monstres dans le pot de confiture [Virginie Oberholzer]
«Quand le moment du monde à l’envers est venu et que c’est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu’on passe pour fou à peu de frais.»
Céline L-F. Voyage au bout de la nuit.
Je vous écris de chez les corps humains de seconde zone, ceux qu’on a saccagé, violé, abusé, harcelé, négligé et abandonné, avant de leur foutre la honte et le discrédit.
Je vous écris de chez ceux à qui on a répondu un jour: «ma foi, c’est comme ça … c’est le moindre mal … faut prendre sur Soi» (ce qui est très difficile quand le Soi n’existe plus) … «Qu’est-ce que tu as encore fait pour provoquer? … t’es complètement folle ou quoi! … faut aller de l’avant …?».
Je vous écris de chez ces corps meurtris aux contours flous, ceux qui disent merci à tout, qui s’excusent de déranger, s’excusent de s’excuser, … ces gentils à qui il manque ce que les méchants ont pigé, ceux qui ont englouti une ville en état de siège derrière un sourire et une voix détachée, ceux qui se scarifient, ceux qui voient des monstres dans le pot de confiture, ceux qui n’ont pas eu la chance d’être orphelin, ceux qui ne savent pas habiter le présent sans s’y noyer, ceux qui ont commis l’erreur de naître « fille » ou au mauvais endroit, les Gribouille qui se protègent de la pluie en se couchant dans une flaque, ceux qui ont suicidé leur désespoir, ceux qui font rater toutes les thérapies, ceux qui bavent et tremblent leur hébétude dans les couloirs des HP, ceux qui grésillent de l’humeur, les dissidents du réel, les confinés et bâillonnés avant l’heure, les incontinents d’adrénaline et de cortisol, les niqués de l’avenir, les anorexiques de l’ocytocine, les déglingués de la sérotonine, les loosers des jeux de pouvoir, ceux pour qui l’injustice file de l’asthme, les insomniaques cauchemardeux, les serial burn outés, ceux qui ont fini par aimer Dieu (alors que c’est pas réciproque) ….
Bref, je vous écris de chez tous ces résilients sans paillettes, ces survivants de violences (sexuelles, de génération, de genre, de classe) qui viennent frapper à votre porte, avec ce besoin vital d’extirper de leur nuit des poussières d’étoiles pour éclairer leur route.
… I can’t forget, but I can’t remember … lalala … (Leonard Cohen) …
Je vous écris de chez ceux qui se mettent peu à peu à puer la santé.
Depuis deux ans, je suis, en effet, sur la Via Ferrata de la guérison d’un traumatisme développemental ou complexe (C-PTSD). On dit que poser le bon diagnostique et l’expliciter, c’est déjà un bon bout de la guérison. C’est tellement vrai. Après des décennies de tourisme médical et psychiatrique, je peux dire que je suis enfin rentrée chez moi, au chaud dans mon corps. Grâce à un travail psychothérapeutique éclairé, nourri de techniques corporelles, grâce à une formation théorique et pratique en cours et le soutien d’une communauté virtuelle, j’apprends jour après jour à faire de mon système nerveux mon meilleur allié, j’apprends à décoder et à ressentir sa grammaire de survie, j’apprends à traverser ses aberrations, ses embardées, ses blessures, sans frayeur, j’apprends toute une palette d’exercices neurosensoriels pour l’aider à penduler vers le calme. Jour après jour, j’apprends à interroger la condition animale de ma condition et à m’y fier.
Je vous écris de chez ces rescapés, qui peuvent déjà témoigner d’une amélioration radicale et durable du confort de leur existence.
CherEs médecins, psychiatres, thérapeutes …
- Je voudrais être traité comme un acteur à part entière de ma guérison. Pas comme une enfilade de symptômes incurables, juste bonne à colorier des mandalas. Je préférerais que vous me disiez: «Je ne sais pas de quoi vous souffrez ou je n’ai pas les compétences pour vous accompagner».
- J’aimerais arracher chaque page de vos DSM, les badigeonner de mille couleurs, avant de vous demander d’inscrire sur chacune d’elles un poème, une pensée philosophique ou une citation, puis de les jeter dans un feu de camp …
Quand j’ai passé devant une boutique de coques de Smartphones, allez savoir pourquoi, ça m’a fait penser à votre DSM.
- Je voudrais que vous évitiez de m’attribuer la responsabilité de mes galères ou de mes sabotages, car un cerveau traumatisé fait des choix traumatisés. Un cerveau traumatisé a perdu sa liberté de disposer de sa volonté en continu.
Autrement dit, on s’habitue tellement à la violence qu’on finit par penser qu’elle est notre destin. J’imagine que c’est pareil pour les privilèges, on finit par penser qu’on les a mérités.
- Je voudrais que vous écoutiez les pensées de mon corps, lorsque ma parole est si trouée, ou si surchargée qu’elle ne sait plus où se percher. Car mes traumatismes sont encapsulés dans mon système nerveux, pas dans des événements.
- Je voudrais que vous renonciez à me demander ce qui m’angoisse, car mon angoisse est sans objet, ni crise de panique. Je suis en permanence en proie avec une énergie frénétique et débordante qui me pousse à faire, agir, intellectualiser plus vite que la peur et m’empêche de me relaxer.
- Je voudrais que vous m’appreniez à apporter de l’espace respiratoire et de la compassion à mes émotions « négatives », sans me demander de les « gérer » ou de les rendre « positives». Une émotion n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est un fait brut. Les moraliser est certes un business très lucratif, mais une imposture faite au vivant. Même les plantes se laissent crever dans un environnement toxique.
- Je voudrais m’asseoir devant votre bibliothèque comportant tous les livres des grands psychologues, les plus connus comme les inconnus, les plus récents comme les plus anciens, même les plus foutraques, de A comme (Woody) Allen à Y comme (Irvin D.) Yalom en passant par toute la psychanalyse et les neurosciences.
- Je voudrais qu’on se penche au chevet de l’écosystème psychiatrique et qu’on examine ses troubles: de morcellement des savoirs et des pratiques, d’addiction aux psychotropes, de l’évidence naturelle, de déni de la réalité sociale, de dissociation, de boulimie d’honoraires, son langage déshumanisé très autoritaire et enfermant.
- J’aimerais voir et revoir tous les films, pour comprendre comment se déroule une vie de 0 à 99 ans.
- Je voudrais écraser ma cigarette dans vos sofas, chaque fois que vous appliquez un diagnostique de trouble de la personnalité borderline, trouble somatoforme, trouble cyclothymique … à une (jeune) femme, sans avoir pris le temps de mener une anamnèse sous l’angle de l’histoire des violences subies (mobbing, prostitution, précarité, viol, rue …).
- Je voudrais qu’on puisse échanger nos fauteuils de temps en temps: je pourrais découvrir ce que c’est de vivre sans avoir à me débattre sans cesse pour aller de l’avant dans un flux imprévisible, instable, constellé de menaces innommées. Et vous pourrez expérimenter la consistance d’une de mes dystopies, juste après l’assaut d’un gros flash back émotionnel, lorsque je m’emploie à faire revenir le monde, en assemblant un à un mes repères et des bouts d’identité … tel le montage d’une commode Ikea en kit, sans notice d’emballage. Une autre fois, vous me permettrez de comprendre ce que c’est que de me tenir simplement là, le regard en altitude, avec ce sentiment continu d’être en sécurité dans mon corps, sans me sentir en danger si je n’exécute pas parfaitement ma fonction ou ma tâche .… Et vous viendrez au sous-sol de mon vortex traumatique, goûter ma douleur, lorsque je suis aux prises avec une solitude flippante. Pas de celle qui vous relègue dans le coin le plus confortable de votre canapé avec un verre de Whisky. Non, une solitude avec des dents, un air sidéral et sans lumière sous la porte.
Ensuite de quoi, on «débriefera et capitalisera nos ressentis».
- Je voudrais qu’une Greta mobilise les terriens pour créer une journée mondiale des survivants de violences des Hommes.
- Je rêverais d’avoir accès à une traumathèque, un centre de réparation des âmes, qui regroupe toutes les ressources écrites et audiovisuelles sur le sujet et ses voies de guérison, des conférences de spécialistes, des programmes éducatifs sur la physiologie de notre maladie, des ouvrages de toutes les traditions spirituelles, des groupes d’entraide, des séances de méditation, des cours de respiration, des massages adaptés à notre problématique, des séances de Taï chi, yoga, danse, chant … des ateliers créatifs d’expression artistiques …, animés par des pédagogues qui m’aident à sublimer cette matière noire, dégueulasse et poisseuse en moi que je ne parviens pas à porter au langage. Qu’on en finisse avec ces occupations infantilisantes, animées par un intervenant social sans autre compétence particulière que ses préjugés et l’autorité de sa fonction.
- Je voudrais botter les fesses de la médecine (ou des politiques sanitaires), jusqu’à ce qu’elle nous réserve le même soin, le même prestige, et les mêmes budgets qu’un service d’oncologie avec ses équipes interdisciplinaires de spécialistes, ses physio, ses thérapies complémentaires, ses chercheurs, ses programmes de dépistage précoce et de prévention de la contagiosité… après tout, nous souffrons aussi d’une forme pandémique de cancer, celui des émotions.
- Je voudrais que l’ «intégration» ne soit plus un hochet conceptuel, ni une niche professionnelle, mais un projet de société qui fonde sa politique sur des valeurs horizontales de progrès social, de coopération, de soin, d’entraide, de respect du (et des) corps ….
- Je voudrais que vous ne reproduisiez pas les techniques universelles des agresseurs, comme me chosifier, me figer dans une catégorie, me réduire au silence, manipuler mes sensations, me pathologiser … qui ne font que rajouter une couche de trauma.
- Je voudrais tellement qu’on maltraite la conspiration des oreilles bouchées et qu’on assassine le dualisme corps-esprit.
- Bref, je rêverais qu’on (re)mette le monde à l’endroit … je rêve beaucoup, je sais … preuve, que je recouvre la santé ….
Références
Van der Kolk B. Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Paris: Albin Michel; 2018.
Haig, M. Rester en vie. Mille raisons de se relever et d’exister pleinement. Paris: Le livre de poche; 2015.
Heller J. Catch 22. Paris: Grasset: Les cahiers rouges; 1985.
Heller L, LaPierre A. Guérir les traumatismes de développement. Paris: InterEditions; 2015.
Illouz E. Les marchandises émotionnelles. L’authenticité au temps du capitalisme. Editions Premier Parallèle; 2019.
Levine PA. Réveillez le tigre. Guérir le traumatisme. Paris: InterEditions; 2013.
Levine PA. Guérir par-delà les mots. Comment le corps dissipe le traumatisme et restaure le bien-être. Paris: InterEditions; 2014.
Rayner S. Making Friends with Anxiety. A warm, supportive little book to help ease worry and panic. Brighton: Creativ Pumpin Published; 2014.
Solomon A. Le diable intérieur. Anatomie de la dépression. Paris: Albin Michel; 2002.
Walker P. The Tao of Fully Feeling. Harvesting. Forgiveness, Out of Blame. USA: An Azure Coyote Book; 1995.
Walker P. Complex PTSD. From Surviving to Shriving. USA: An Azure Coyote Book; 2013.
Kain Kathy L. The tao of trauma, Nurturing Resilience. New York: Random House, 2018.
Survivre à la psychiatrie #4

Je suis aujourd’hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l’identité), et touche enfin l’AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j’ai eu avec un psychiatre :
Adrien : J’ai une autre personnalité, elle s’appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d’articles de revues psy dans lesquels j’ai l’impression de nous reconnaître.
Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n’existe pas, il faut que vous arrêtiez d’écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.
Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d’accord, lisez donc ces documents !
Dr Psychiatre : Si vous n’êtes pas d’accord c’est l’isolement.
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Survivre à la psychiatrie #3

– Je ne veux plus être malade.
– Prenez donc ce traitement.
– Je veux guérir sans médicaments.
– Vous ne pouvez pas. Vous êtes psychotique.
– Je veux juste mourir alors.
– Vous risquez l’hôpital psychiatrique alors.
Revenez dans un mois.
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Survivre à la psychiatrie #2
A-t-on le droit de rêver,
Ou va-t-on crever ?
Tout se brise face à la réalité
De notre impuissance face à leur toute-puissance
On va habiter là,
On voudrait déserter
Il faudrait coopérer avec les soignants,
Mais ne risque-t-on pas de craquer ?
Criser et finir par crier ?
On voudrait fuir, se cacher,
A défaut ce sont les cachets,
qu’en cachette on recrache.
On en est réduit à se cogner la tête contre les murs,
A défaut de danser, ce sont les verres qu’on envoie valser.
Alors nous voilà enfermés,
Mais on continue d’espérer et de respirer,
Même si on doit déféquer dans un sceau.
Porter un pyjama trop grand, bouffant
On se retrouve tels des clowns,
Trompés, dupés
Sans émotions, ni sentiments
Cloués au lit, sans force, sans énergie
Bouches ouvertes, bavants
Le regard vide, absents
Ne plus pouvoir écrire, tremblants
Ne plus pouvoir parler, bégayants
Transpirer, suer, pisser la nuit dans son lit
Voir les autres patients attachés, bouclés,
Enfermés à clef pour les calmer
Sans défense
et dans l’indifférence
C’est là que la bienveillance,
se mue en violence
Injections, injonctions,
Forcés, blessés
Panser sa mélancolie au fond du lit
Et sa schizophrénie dans le déni,
Lire, pour faire passer les délires,
Ne pas faire de bruit
Même dans le brouhaha des hallucinations,
Ne pas se croire humaine et dormir au sol,
Couchée telle une chienne.
Décharnée et squelettique parce qu’anorexique
Désarmés, nous reste-t-il des larmes ?
Survivre à la psychiatrie,
C’est la traverser sans être renversés
C’est y passer sans trépasser.
Survivre à la psychiatrie #1
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Survivre à la psychiatrie c’est aussi survivre à celleux qui n’ont pas survécu à la psychiatrie.
C’est quelque chose d’infiniment douloureux, d’injuste et de tu.
C’est quelque chose auquel rien ne prépare.
J’ai perdu des camarades d’HP et une amie, iels ont toustes pour point commun d’être passé-es par la psychiatrie et d’en être ressorti-e encore plus brisé-es et désespéré-es puis de s’être suicidé-es peu de temps après.
Iels avaient 20 ans.
Que la psychiatrie ait été une goutte parmi les autres où celle de trop lorsque le vase a débordé, elle a tenu un rôle particulier en nous faisant croire qu’elle était LA solution à nos problèmes alors que bien souvent elle n’a fait que les aggraver ou en créer de nouveaux.
J’ai survécu, elleux non.
Pourquoi ?
Cette question je me la pose encore plusieurs années après leur mort.
Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?
Je me sens coupable de ne pas avoir pu les aider.
Je suis en colère que leur vie se soit arrêtée ainsi.
Je suis en colère contre la psychiatrie qui s’est empressée d’effacer toute trace de leur existence, de leur mort.
Vite, il faut se dépêcher de tout remettre en ordre, de faire taire les noms, d’oublier.
Si j’ai dû me taire, je n’ai en revanche pas oublié.
Je n’ai pas oublié leur absence.
Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?
Les cordels, des outils pour le soin
Cordel ?
Cordel : petit fascicule brésilien 🇧🇷 de poèmes ou écrits subversifs accrochés à une corde à linge et vendus dans les marchés.
Les cordels, des outils pour le soin
Un groupe de soignants et de citoyens, jeunes et anciens, ont eu l’envie de mettre en commun leurs outils pour le soin, pour les transmettre et les mettre en débat. Rassemblés par la pensée que le social, le psychique s’inscrivent dans le corps. Parce que le soin est politique puisqu’il fait évidemment partie de la vie dans la cité. Il s’agit d’offrir des outils pour mieux appréhender le rapport au corps et au soin, contribuer à réécrire la médecine.
Les cordels : une idée, un thème sur lesquels on a réfléchi, où l’on a une pratique, ou des idées pas abordées à la faculté, par la médecine telle qu’on l’enseigne. Un point de vue complémentaire ou décalé, qui prête à discussion. Une expérience qui a fait comprendre des choses que l’on a envie de partager. Avec des collègues ou des étudiants, avec les usagers et les citoyens avec qui l’on vit.
Le thème peut être clinique, et intéresser ceux qui pratiquent ou qui l’ont vécu, ou politique, tant la pratique de la médecine est polémique, et l’organisation du système de soins complexe et critiquable. La psychanalyse apporte ses éclairages, présentée de façon simple, compréhensible par tous. Les pratiques du corps, indispensables au soin et au bien-être, apportent des connaissances que la médecine aborde peu. Les savoirs profanes y sont bienvenus car nous avons à apprendre de ceux qui prennent en charge leur santé. Philosophie et poésie y trouveront leur place, avec citations de textes et d’auteurs qui illustrent la question et que nous aimons.
Le cordel associe la légèreté – on peut le prendre, le jeter, le mettre dans la poche pour le lire plus tard, l’épingler sur une corde ou le glisser dans une main – et la concision : en peu de mots, traiter un thème, l’illustrer, interpeller. Il est subversif, créé pour faire réagir et réfléchir. Polémiquer aussi, et susciter la discussion. Il est ludique, car il est question de se décaler, de permettre un pas de côté, si possible pour en rire.
Le ton et l’esprit sont à la bienveillance : le soin y est envisagé dans le lien, l’écoute et le partage au sein de la relation individuelle et du collectif. Ainsi, conflits et rapports de force dans la société et entre les différents acteurs sont abordés clairement et paisiblement.
Chaque auteur(e ) est singulier(e ) et signe de son nom. Il/elle assume son discours mais reste prêt(e) à la discussion. Il/elle peut changer d’avis et modifier son cordel.
Le cordel est le reflet d’un moment. Il pourra être repris, modifié, commenté.
Pour participer à un cordel, proposez un thème, des idées, des illustrations et des citations de textes ou poèmes. Si cela correspond à la ligne éditoriale du collectif, vous deviendrez auteur(e) invité(e).
En pratique, les cordels réalisés pourront être téléchargés, reproduits et distribués. Ils seront remaniés au fur et à mesure des discussions ou de l’évolution des questions abordées. Le site comportera un forum et donnera les dates et lieux des échanges organisés autour des cordels. Une œuvre d’art subversivo-médicale commence !
Détour par le Brésil, pays d’invention 🇧🇷
Les cordels, fascicules de poèmes populaires et d’écrits subversifs, épinglés sur des rangées de ficelles ou de cordes et vendus sur les marchés.
La capoeira est une danse ludique et acrobatique afro-brésilienne que les esclaves avaient inventée pour cacher un art martial
La médecine communautaire, des soins inventés autour d’un psychiatre dans une favela au sein d’un groupe qui accueille et soutient. À partir de l’écoute des histoires de vie, le groupe identifie les problèmes de santé, et tente de mettre en place collectivement des solutions.
Les agents de santé communautaire au Brésil 🇧🇷
Depuis 1994, face aux problèmes de pauvreté et d’épidémies (dengue, zika…) au Brésil, un système d’agent.es de santé publique et d’agent.es d’environnement a été mis en place dans les quartiers.
Les agent.es de santé sont issu.es de la communauté et font le lien avec les soignant.es. Un groupe de 10 agent.es est affecté à environ 150 ménages qu’ils ou elles visitent chaque mois. Parfois pour prendre un rendez-vous avec un médecin, d’autres fois pour vérifier si les traitements sont bien supportés, ailleurs pour s’occuper de faire écouler les eaux stagnantes pour éviter les infections.
Ils et elles identifient les signes avant coureurs potentiels de nouveaux problèmes : violence, négligence, absentéisme ou consommation de drogues…
Issu.es de la communauté dans laquelle il/elles travaillent, utilisant leur connaissance des problèmes locaux et des relations existantes, ils et elles fournissent un soutien médical et des conseils aux résident.es et sont en lien régulièrement avec les clinicien.nes.
Les habitant.es leur sont reconnaissant.es car ils et elles voient des résultats sur leur santé, comme des réductions de mortalité infantile ou une meilleure détection des maladies tropicales négligées.
Si l’on dit qu’il faut un village pour élever un enfant, alors « les équipes de soins de santé au Brésil ont montré qu’il faut un villageois pour comprendre son contexte et ses besoins.
Emma Sisk
Rhizome
L’idée de rhizome
« à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde. le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. »
extrait de Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux

Poucet & artisanat
Balise pour le soin
« Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. » Charles Perrault
« La règle de l’enjeu ( du bricoleur) est de s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » (Claude Lévy- Strauss)
Travail de la matière
« Qui a eu l’occasion de manier le bois dans son métier, dans la création artistique ou pour son loisir personnel, sait qu’il s’agit d’un matériau extraordinaire (-) il a deux grands secrets : il est poreux, et donc léger, et ses propriétés sont très différentes selon qu’on est dans le sens de la fibre ou en sens contraire… »
Extrait du livre de Primo Levi : « Le métier des autres », Folio
Comment participer ?
- -Proposer un thème,
- -Proposer des textes
- -Proposer des poèmes ou citations littéraires en relation avec le thème
- -proposer des illustrations
- -relire les cordels et les critiquer
- -diffuser les cordels
- -Organiser des café-cordels ou des groupes de discussion
- -participer avec le collectif à des ateliers cordels
- -commenter les cordels sur le site (les commentaires sont modérés)
- -nous communiquer des dates de manifestations, colloques, réunions d’étudiants où diffuser les cordels ou inspirer de nouveaux thèmes
Pour info, la forme concrète comporte :
- -un grand texte de 3000 caractères maximum
- -trois petits textes de 600 caractères (dont, si possible, des citations littéraires ou des chansons)
- -une illustration
Les cordels sont placés sur le site sous forme PDF, directement disponibles à l’impression et à l’importation.
Cordel n°73 : Je me fais du souci pour quelqu’un
Cordel n°56 : La crise comme une chance ? A quelles conditions ?
Le Manuel de Sevrage des Psychotropes
Il est facile de prescrire ou de prendre un antidépresseur, un anxiolytique, un somnifère ou un neuroleptique, mais il est beaucoup plus compliqué d’en réguler la consommation ou d’en gérer l’arrêt.
Vous souhaitez reprendre en main votre consommation de médicaments psychotropes, celle d’un de vos patients ou celle d’un de vos proches ?
Le Manuel de Sevrage des Psychotropes vous permettra d’y parvenir en vous fournissant une information claire, compréhensible et accessible concernant le fonctionnement des médicaments psychiatriques, leurs propriétés spécifiques et leurs effets indésirables.
Les méthodes et les protocoles proposés dans le manuel sont soutenus par des études scientifiques et des expériences de sevrages réussis. De plus, les techniques de diminution y sont expliquées en des termes clairs, simples et précis, ce qui permet de facilement et rapidement mettre en place un plan de sevrage pour celui qui désire réduire ou arrêter sa consommation de médicaments psychotropes.
https://www.lulu.com/content/livre-%C3%A0-couverture-souple/le-manuel-de-sevrage-des-psychotropes/23178435?page=1&pageSize=4