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Comment défendre les droits humains dans le domaine de la santé mentale ? [QualityRights]

Extrait du module « Droits humains, santé mentale et handicap » de la formation en ligne WHO QualityRights. Cette formation accessible et gratuite est proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

Dans de nombreux services psychiatriques à travers le monde, des personnes reçoivent des soins qu’elles ne trouvent ni acceptables, ni utiles pour leur rétablissement. Parfois inhumains et dégradants, ces soins peuvent bafouer les droits des personnes. Même lorsque ce n’est pas le cas, on constate souvent que les personnes reçoivent des messages dévalorisants qui leur enlèvent espoir et dignité.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées (également connue sous le nom de CDPH) est un tournant important et reflète l’engagement des pays à changer cette situation. C’est pour cela que nous utilisons cette Convention, ainsi que d’autres instruments internationaux des droits humains, comme base de cette formation.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées est un outil juridiquement contraignant. Cela signifie qu’en ratifiant la Convention relative aux droits des personnes handicapées, les pays ont l’obligation de mettre en place une panoplie de mesures afin d’assurer que les personnes en situation de handicap :

  • aient les mêmes droits que le reste de la population
  • soient traitées de manière juste et équitable
  • ne fassent pas l’objet de discrimination

I. Respecter, protéger et garantir les droits humains

Le respect des droits humains implique trois tâches principales :

  • Respecter les droits humains
  • Protéger les droits humains
  • Garantir les droits humains
TÂCHEDÉFINITIONEXEMPLES
Respecter les droits humainsNe pas bafouer les droits fondamentaux d’une autre personne1. Respecter la préférence d’une personne au sujet des traitements qu’elle souhaite recevoir ou non
2. Respecter le droit à l’intimité d’une personne en ne pénétrant pas dans son espace privé
Protéger les droits humainsEmpêcher les autres de bafouer les droits fondamentaux d’une personne1. S’assurer que les soignants ne donnent pas un traitement qu’une personne ne souhaite pas
2. Protéger le droit à l’intimité d’une personne en empêchant quelqu’un de pénétrer dans son espace privé
Garantir les droits humainsPrendre des mesures pour garantir qu’une personne bénéficie de la même protection des droits fondamentaux que toute autre personne1. Inscrire dans le plan de traitement d’une personne les médicaments qu’elle ne veut pas afin de s’assurer qu’aucun pair praticien en santé mentale ou autre ne lui en donne pas dans le cadre de son traitement
2. Permettre à une personne d’avoir un verrou sur sa porte (ou un panneau « ne pas déranger ») afin qu’elle puisse choisir lorsqu’elle veut recevoir des visiteurs

Les gouvernements ne sont pas les seuls à avoir un rôle à jouer. Il est important que nous tous respections, protégions et garantissions les droits fondamentaux des personnes en situation de handicaps, que nous soyons :

  • Une personne souffrant de handicap psychosocial
  • Une personne souffrant de handicap intellectuel
  • Une personne souffrant de handicap cognitif
  • Un pair praticien en santé mentale ou autre
  • Un membre de la famille, un soignant ou un supporter
  • Un pair, un défenseur, un avocat, un fonctionnaire, etc.

Les parties suivantes se concentrent sur chacun des groupes susmentionnés. Nous vous recommandons de lire, pas seulement la partie relative à votre groupe, mais l’ensemble des parties.

II. Les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs

Pourquoi est-il important de défendre vos droits ?

  • Vous êtes des êtres humains et vous devriez avoir les mêmes chances que toute autre personne.
  • Votre expertise, vos compétences et vos talents peuvent profiter à tous.
  • Vous savez ce qui est le mieux pour vous, ce qui utile et ce qui ne l’est pas.
  • Vous avez le droit de participer à toutes les actions et questions vous concernant.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez expliquer vos droits aux autres, y compris votre famille.
  • Vous pouvez aider les autres à comprendre leurs droits.
  • Vous pouvez parler de votre expérience pour sensibiliser les autres au handicap et aux droits humains.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous pouvez vous sentir plus fort et plus apte à prendre le contrôle de votre vie et votre rétablissement.
  • Vous pouvez être plus indépendants pour mener la vie que vous souhaitez.
  • Vous pouvez développer de nouvelles compétences, contribuer à la société et être plus intégré.

III. Les pair praticiens en santé mentale ou autre praticiens

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • C’est ce qu’il faut faire.
  • Cela fait partie de votre travail et votre responsabilité.
  • Vous donnez le respect qu’elles méritent aux personnes que vous soignez et soutenez.
  • Ces personnes sont plus susceptibles d’accepter les services que vous fournissez, de bien réagir à vos soins et votre soutien ainsi que de se rétablir.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez vous assurer que vos pratiques médicales respectent les droits de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • Vous pouvez parler à la direction des soins des actions qui peuvent être mises en place dans votre service afin d’améliorer le respect des droits de ces personnes.
  • Vous pouvez parler de leurs droits aux personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs sur votre lieu de travail.
  • Vous pouvez former et informer d’autres praticiens sur les droits humains.
  • Vous pouvez parler aux responsables locaux de la nécessité d’un changement.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Vous fournirez aux personnes une meilleure qualité de soins.
  • Les personnes que vous soignez et soutenez seront plus autonomes, mèneront une vie plus satisfaisante et plus digne.
  • La rechute et la dépendance seront réduites.
  • Vous vous sentirez plus heureux et plus fier de votre travail.

IV. Les membres de la famille, les soignants et les aidants

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • Vous avez un rôle essentiel à jouer pour permettre à votre proche de mener une vie épanouie, en respectant ses droits, en étant plus tolérant et en changeant certaines de vos actions.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • Vous pouvez aider votre proche à comprendre ses droits.
  • Vous pouvez lui faire sentir que vous le respecter.
  • Vous pouvez essayer de ne pas le surprotéger.
  • Vous pouvez le soutenir et l’encourager à prendre des décisions et devenir plus indépendant.
  • Vous pouvez vous assurer d’écouter et de respecter ses opinions et décisions.
  • Vous pouvez vous assurer que ses droits soient respectés, par exemple, par d’autres membres de la famille, par des praticiens et par autrui.
  • Vous pouvez discuter avec les responsables locaux de la nécessité d’un changement et de la création de services qui répondent aux besoins de votre proche et apportent un soutien à votre famille.
  • Vous pouvez aider votre proche à s’engager dans des réseaux de personnes et d’activités (tels que des clubs de sport, des activités de loisirs ainsi que culturelles).
  • Vous pouvez sensibiliser votre communauté afin de lutter contre la stigmatisation, les stéréotypes ainsi que les préjugés.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • Votre proche recevra des soins et un soutien de meilleure qualité, ses droits seront respectés et sa qualité de vie sera meilleure.
  • En retour, vous serez plus heureux, plus confiant et moins stressé.
  • Votre proche deviendra plus indépendant et s’engagera pleinement dans la vie de famille.
  • Vous serez fier des accomplissements de votre proche et vous vous concentrerez sur ses forces ainsi que ses capacités.

V. Les autres groupes

Pourquoi est-il important de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs ?

  • En tant que pair, votre rôle est de soutenir les autres dans la réalisation de leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous jouez un rôle important pour sensibiliser la société et faire valoir vos droits.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez soutenir les personnes pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous avez l’obligation de respecter la loi internationale sur les droits humains, dont la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quelles actions concrètes pouvez-vous prendre ?

  • En tant que pair, vous pouvez donner aux personnes les informations dont elles ont besoin pour défendre leurs droits.
  • En tant que défenseur, vous pouvez lancer une campagne de sensibilisation sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant qu’avocat, vous pouvez porter des affaires devant les tribunaux pour que le gouvernement modifie la loi conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.
  • En tant que fonctionnaire, vous pouvez veiller à ce que la loi soit réformée conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Quel est l’impact positif de ces actions ?

  • En tant que pair, vous serez en mesure de soutenir les autres plus efficacement.
  • En tant que défenseur, vous serez satisfait de constater que les droits humains sont mieux respectés et mieux connus.
  • En tant qu’avocat, vous serez en mesure de défendre plus efficacement les droits humains devant les tribunaux.
  • En tant que fonctionnaire, vous aurez la satisfaction de voir des services ainsi qu’un soutien plus efficaces pour les personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs.

Lorsqu’il s’agit de défendre les droits des personnes en situation de handicaps psychosociaux, intellectuels et cognitifs, chacun d’entre nous a un rôle à jouer.

Vous pouvez suivre la formation en ligne ici.

La santé mentale dont vous êtes le héros [podcast]

Une série en 4 épisodes d’Adélie Pojzman-Pontay.

Confinements, distances, interdictions… à bien des niveaux, l’année 2020 (et 2021, sans doute) aura été éprouvante, et aura eu de forts impacts sur notre santé mentale. Sujet qui concerne une majorité de la population, sans pour autant que celui-ci soit aussi bien expliqué – et accessible – qu’il le faudrait.

Comment fonctionne un parcours de soin ? Pourquoi ce tabou qui persiste autour de la santé mentale? Comment vivre avec un trouble psychique?

Épisode 1 : Pourquoi c’est si compliqué d’admettre qu’on doit aller chez le psy ?


Épisode 2 : Comment s’y retrouver dans le labyrinthe du soin ?


Épisode 3 : Et si c’est pas moi qui m’aperçoit que ça va pas ?

Avec la participation de Joan de Comme des fous.

Épisode 4 : Comment vivre sa vie avec un trouble psy ?

Lettre à un jeune psychiatre sur l’anti-psychiatrie [Lucien Bonnafé]

Texte de Lucien Bonnafé, psychiatre désaliéniste français (1912-2003) qui a élaboré et mis en place la politique de secteur psychiatrique, paru en 1972 dans La Nouvelle Critique.

Portrait de Yotaba

Comme Yotaba, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Je suis fascinée par de grands personnages : Pasteur, Marie Curie, Coluche, l’abbé Pierre, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Gisèle Halimi, Badinter, qui ont apporté de l’humanité à l’humanité par leur souci d’aider ceux dans le besoin.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

40 de recherche en chimie, j’ai eu la chance de pouvoir exercer le métier dont j’avais envie, et je ne me suis jamais ennuyée !

On se pose une question, on cherche à résoudre un problème, apporter quelque chose de mieux pour la société, on imagine des solutions et on doit innover pour y arriver, et ça marche! La science progresse et nous avec.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Beaucoup de discriminations, c’est un sujet vaste qui me concerne directement, je sors d’une dépression, ma sœur est bipolaire, mon frère est schizophrène, j’aimerais plus d’inclusion et une vision à la Gabor Maté des troubles psy basée sur une grande empathie et du dialogue ouvert.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

La créativité, l’originalité, un autre regard sur les rapports humains et le monde.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Je ne pourrais pas le devenir mais je lui demanderais de mettre tous les moyens nécessaires pour que les fous soient inclus dans la société, des lors qu’ils ne sont pas dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres.

Personne ne choisi ses cartes au départ, certains sont plus fragiles, on doit les entourer et apprendre à communiquer avec eux.

Je rendrais la formation de premiers secours en santé mentale accessible à ceux qui veulent.

Une association que tu aimerais faire connaître ?

L’Unafam et les associations de protection de l’enfance.

Intimité et extimité dans un monde hyperconnecté [Serge Tisseron]

« Je propose d’appeler « extimité » le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, autant physique que psychique. »

Serge Tisseron, L’intimité surexposée

Portrait de Moryotis

Comme Moryotis, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Mes inspirations évoluent au fur et à mesure de mon existence.

Quand j’étais adolescent, c’était le Reggae, puis, en rentrant dans la vie active, il y a eu la spiritualité qui m’a beaucoup aidé, notamment l’alchimie, qui est une « science » pour se connaître d’avantage ; je crois donc beaucoup aux principes Jungiens qui un jour mangeront le casseur du siècle c’est-à-dire : Les idées délirantes de Freud.

Bon, je mets en avant mon esprit militant pour cette première question car je suis toujours en saine colère.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je n’ai pas vraiment de métier, je suis peut-être créateur de contenu sur internet de par mon blog, où mes idées fusent et je les arrête ici et là avec l’écriture.

J’aime la réalisation, la comédie, la photographie et écrire. Etc…

Même la pire chose finit par être aimée, je pense donc que passer 40 ans de sa vie à œuvrer pour une société qui ne vous aime pas et bien tu finiras certainement par être aimé. Bref, j’ai un métier passionnant.

En d’autres termes, je ne sais pas du tout, c’est pourquoi je me suis inscrit au Clubhouse, une association, je pense, pour les gens comme moi : perdu dans la réalité de cette société.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

C’est un très large débat, votre site Comme des fous en fait bien le tour.

Personnellement, j’ai mis le doigt dans l’engrenage malencontreusement quand j’avais 19 ans, juste en me confiant que j’avais de petites pensées fluettes (hallucinations auditives) et rien de bien méchant et l’on m’a enfermé et contentionné puis cachetonné. La psychiatrie m’a tuée !

J’ai 43 ans aujourd’hui et accro aux neuroleptiques.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Un tas de chose : c’est l’hypothèse que je défends constamment, c’est-à-dire de construire le beau, le juste et le Véritable.

D’étudier plus ce côté de l’indicible et non pas montrer toujours dans les médias et même les collectifs le côté sombre parce que cela me rend encore plus malade !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Un statut, je lui demanderais un statut de « torturé ». Que l’on soit reconnu, d’ailleurs j’ai fait une vidéo qui illustre ce propos :

Une association que tu aimerais faire connaître ?

Clubhouse Lille.

Faut-il se révolter contre la psychiatrie ? [Soin Soin #1]

À l’occasion de la parution de Soin Soin, journal de réflexion sur le soin psychiatrique, nous vous proposons le texte d’Agathe qui clôt ce premier numéro (la version complète du journal est disponible en fin d’article).

Si la philosophie s’est posé la question de la localisation du psychisme humain, si elle s’est demandé où se situait le sujet, aujourd’hui, la psychiatrie le traite en paria. Pas de sujet qui pense en psychiatrie, pas d’individu libre et autonome, juste une mécanique chimique à réajuster. Mais la réajuster vers quoi ? Vers plus de normalité, c’est certain. Vers moins de bruit et de dommages pour une société qui ne supporte plus qu’on dévie un tant soit peu de sa trajectoire.

Aujourd’hui, être en bonne santé mentale c’est aller bien au sens d’aller dans le sens indiqué par la société. Ce n’est pas se sentir bien, ni même être heureux, non c’est suivre la ligne droite de la santé mentale. Cette ligne d’un devoir d’aller bien et de ne pas causer de tort à son environnement. Après le culte du corps en bonne santé, ne serait-on pas passé au culte de l’esprit sain. À la recherche des pervers narcissiques, des déviants en tous genres, la société recherche aujourd’hui et discrimine celui ou celle qui ne file pas droit. Avec une batterie d’injonctions à la pensée positive, au développement personnel, à la responsabilité individuelle face à des maux sociaux ou sociétaux qui nous accablent, la santé mentale se mue en bras armé d’un néolibéralisme qui décrète comment chacun de nous doit penser. Pour une acceptation meilleure d’un environnement social destructeur, des thérapies existent !

Alors quand le droit à se sentir bien dans sa tête se mue en injonction, en devoir d’aller bien et d’être suffisamment fabriqué par le système social pour y correspondre, qu’attendre de la psychiatrie? Peut-être qu’elle cesse d’être un contrôle social des plus récalcitrants à l’ordre établi, que cette récalcitrance soit volontaire ou non? Peut-être qu’elle cesse de contraindre à un comportement normé jusque dans les moindres détails microphysiques pour mener à l’incorporation des troubles sous l’effet de la contrainte extérieure. Tout cela, ce serait sûrement une limitation des dégâts occasionnés par cette forme de contrôle des comportements et des âmes déviantes. Ce serait peut-être un moyen aussi de se remettre à penser la folie autrement.

Si la folie, c’est la résistance biologique à un environnement pathogène restreint ou même plus large, alors comment envisager de ne s’attaquer qu’au seul «malade» et jamais à ce qui l’entoure. Alors oui, il y a des thérapies familiales, mais la famille est-elle réellement un foyer pathogène pour la personne qui souffre? N’y a-t-il pas plus largement dans les écoles, les entreprises, et à tous les niveaux de la société des foyers de souffrance et donc des foyers pathogènes que personne n’attaque jamais ? Peut-on penser que la folie émane au moins parfois d’un trop-plein de prise sur soi, et que tant que la situation perdure il n’y aura pas de moyen de se remettre plus ou moins bien de cette souffrance environnementale? C’est parce que les verrous sautent d’être trop serrés, que leur remettre un coup de vis à l’explosion est un non-sens contre-productif.

Gérer la folie par le sujet fou, c’est lui faire porter le poids exclusif de la responsabilité de ses troubles. C’est penser qu’il peut ou qu’il doit être le seul agent d’un aller mieux qu’il ne peut décréter. C’est renforcer sa folie par l’oppression sur lui seul et ce n’est pas traiter un environnement invivable pour lui. Bref, ce que nous promet la psychiatrie c’est contrôler socialement ses patients en leur forgeant un cadre social et médicamenteux aussi fermement verrouillé que ne l’étaient les cages de l’âge classique.

Alors faut-il se révolter pour se rétablir ?
Se révolter contre le système psychiatrique?
Se révolter contre son environnement ?
Se révolter contre une société qui relègue au rang de paria ses malades ?
Probablement…

Agathe

[Appel à contributions] Congrès mondial Intervoice à Lille à l’automne 2023

14ème Congrès mondial Intervoice organisé par le Réseau sur l’Entente de Voix (REV France) à Lille, France.

Rompre le charme de la réalité consensuelle… Accueillir toutes les expériences humaines !

La réalité consensuelle tire son existence d’institutions sociales qui tendent à masquer la réalité. Nous découvrons la réalité quand nous parlons entre nous, en partageant notre histoire, en nous encourageant mutuellement à faire face à notre passé et à explorer et nous réapproprier nos expériences. La réalité consensuelle, c’est un diagnostic psychiatrique. La réalité, c’est l’omniprésence des abus et des traumatismes.

La réalité consensuelle est ce qui unit proches et professionnels à faire la sourde oreille aux cris des patients dans les services psychiatriques. La réalité consensuelle soutient le bras et la seringue injectant de force des médicaments dans des fesses récalcitrantes. La réalité est ce à quoi je peux me relier qui me permette de me relier à l’autre.

A quoi nous sert la réalité consensuelle ? Si nous n’étions pas élevés dedans, ressentirions-nous le besoin de la recréer ? La réalité consensuelle est, peut-être, rassurante pour la plupart des gens, confirmant – en cas de doute – qu’on est « normal ». Mais qu’en est-il alors pour tous les autres ?

La peur contre la peur. L’un.e doit-il/elle craindre de perdre la tête du fait qu’il/elle se retrouve confronté.e à la réalité, tandis que les autres craignent de perdre une réalité consensuelle qui ne serait pas conforme aux faits ? L’envoûtement par la réalité consensuelle c’est s’agripper à quelque chose qui paraît solide parce que tous les autres – enfin, pas tous les autres mais la plupart – s’y accrochent aussi. Et c’est reprocher à celles/ceux qui ne s’y agrippent pas de la fragiliser en ne s’y accrochant pas. Mais… et si celles/ceux qui ne s’y accrochent pas ont effectivement fait l’expérience de son intrinsèque et profonde fragilité ? De sa nature évasive et vaporeuse – illusoire. Et si celles et ceux qui ne s’y accrochent pas ont effectivement fait l’expérience directe de la dure et froide réalité cachée derrière ?

Quelles que soient vos expériences, racontez-nous comment et quand vous avez pu vous libérer de la réalité consensuelle et ce qui s’est passé alors ? Parlez-nous de vos découvertes, des leçons apprises et des questions suscitées. Créez des opportunités pour des personnes de se rencontrer autour de la réalité et de faire l’expérience de ce qui se produit alors.

Laissez les questionnements surgir et être mis en commun !

Les thèmes suggérés incluent (mais ne se limitent pas à) : trouver de la réassurance pour dépasser la peur ; nous soutenir mutuellement pour regarder au-delà de la violence ; nous rencontrer plus en profondeur que nos identités sociales ; soulever de multiples voiles de croyances sur les médicaments ; imaginer dans sa vie des espaces partagés éphémères.

Contact : Lille2023(@)revfrance.org

Survivre à la psychiatrie… et devenir pair-aidant #9

« Je suis Fabrice, j’ai 54 ans, je suis atteint d’un trouble bipolaire et je suis un survivant.

Mon retour à la vie date du 26 décembre 2021 à 11h14 lorsque j’ai appris que j’avais retrouvé un job après 5 ans sans emploi. C’était comme une renaissance.

Après des années de montagnes russes, j’ai le sentiment de revenir sur le plancher des vaches, à égalité avec les autres. Quand on est malade, on vous prend tout, votre identité, votre autonomie, votre libre arbitre, on vous infantilise. Vous quittez le monde des gens normaux et vous entrez dans l’univers des fous. Vous avez tout à coup la sensation de ne plus faire partie du monde des vivants. La maladie change tous les aspects de votre vie, vous tient à l’écart de vous-même et des autres.

J’ai connu l’hospitalisation sous contrainte, j’ai connu l’isolement, la contention, les traitements abrutissants aux effets secondaires violents, la « bienviolence », c’est à dire tout le mal qu’on vous fait pour votre bien ». J’en suis revenu.

Après un programme de rétablissement couronné par 4 ans et demi sans hospitalisation, dans quelques mois, je vais devenir pair-aidant. Je vais accompagner d’autres malades sur le chemin du rétablissement. Leur ouvrir le champ des possibles, leur dire que le diagnostic n’est qu’une étape, pas une condamnation, qu’ils peuvent compter sur leurs forces et leurs talents. Qu’on a tous une chance de s’en sortir, de se rétablir. Et, en somme, je vais faire de ma maladie mon métier. Si on me l’avait dit il-y-a 15 ans quand la maladie s’est invité dans ma vie, je ne l’aurais jamais cru. On met souvent en avant la vulnérabilité des personnes qui sont malades mais moi, aujourd’hui, après ce chemin de lutte et de rétablissement, je me sens fort.

Je me souviens, il y a longtemps, alors que j’étais conduit à l’hôpital sans mon consentement, cette chanson du groupe Téléphone résonnait à mes oreilles « les lumières dansent dans l’ambulance et elle tue sa dernière chance ». Aujourd’hui, je sais que les lumières ont fini de danser et elles ne m’ont pas tué. Voilà, c’est un fragment de vie : j’ai un parcours dont je suis fier. On a tous une chance, un talent et la vie fait qu’on parvient à le révéler ou pas. Moi, j’ai choisi d’aider les gens à trouver le leur. »

Fabrice


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Survivre à la psychiatrie #8

« Mon parcours psychiatrique a débuté à l’âge de 17 ans, en 1988. À cette époque, il n’existait aucune structure de soins pour les adolescents. J’ai donc été hospitalisée dans une clinique psychiatrique entourée d’adultes. Ce fût mon premier choc. J’étais en pleine dépression, j’avais fait une tentative de suicide suite au suicide de mon petit ami. Au sein de cette clinique, j’étais perdue et c’est une patiente qui est venue à moi. Mon accompagnement psy a été déplorable et j’ai même été abusée par le musicothérapeute. Je suis sortie 12 jours après à la demande de mes parents. À ma sortie j’ai affirmé à mes parents que « Les fous étaient dehors et non dedans ».

Entre deux hospitalisations, le généraliste me prescrivait du Temesta, je rechutais, de TS en TS, de deuils en deuils, j’ai perdu mes parents et des amis.

À 25 ans, nouvelle hospitalisation : aucun suivi de qualité, on me prescrit beaucoup trop de médicaments et c’est tout. Je suis shootée et désespérée.

Pendant 15 ans je refuserai tout traitement, je serai anti psychiatrie, je consulterai occasionnellement des psychologues jusqu’à ma dépression post partum qui a failli me coûter la vie suite à une TS. 5 jours de coma, longue hospitalisation, nouveau traitement, un suivi psy toujours aussi pauvre, j’en ressors sans avoir soigné ma dépression. On me prescrit du Tranxène et on m’oblige à cesser d’allaiter. Cette molécule va me désinhiber et me provoquer des phases maniaques.

Une véritable errance thérapeutique de plusieurs années renforcera l’alternance de phases maniaques et dépressives.

C’est à 41 ans, suite à une rupture que j’ ai fait une crise de décompensation. Mon entourage ne sachant pas gérer, j’ai demandé à être hospitalisée. Je suis restée 4 jours à pleurer toutes les larmes de mon corps, sans qu’aucun professionnel ne vienne vers moi. Là encore, ce sont les patients qui sont venus m’aider et me conseiller. J’ai enfin pu rencontrer le psychiatre qui a très vite posé le diagnostic de bipolarité-borderline. Mon 1er traitement m’a fait prendre 17 kgs et ne me convenait pas du tout. Je me suis sevrée seule et mes troubles sont réapparus. J’ai alterné entre suivi avec ce psychiatre et des périodes de 6 mois sans y aller, avec les conséquences de mes phases maniaques, des ruptures affectives essentiellement et d’autres hospitalisations.

À 46 ans, je rencontre l’homme qui m’accompagne aujourd’hui, il ne me juge pas et pour la première fois je décide de me soigner en acceptant un nouveau traitement et un suivi mensuel avec mon psychiatre. Je suis stabilisée depuis 6 ans.

J’ai suivi un programme thérapeutique d’un an qui m’a permis d’acquérir des outils de gestion de ma pathologie, psychoéducation mais aussi méditation, sophrologie, musicothérapie, auto-hypnose, ateliers de jeux collectifs et sport. Je ne me sers pas de tous ces outils quotidiennement mais lorsque j’en éprouve le besoin, je sais qu’ils sont à ma disposition. J’ai malgré tout un regard critique envers ces pratiques qui ne conviennent pas à tous les patients et qui peuvent les mettre sur le chemin des pseudos thérapies et de la spiritualité New Age.

Je considère aujourd’hui que j’ai subi de la maltraitance psychiatrique.

La psychothérapie que j’ai suivie pendant 6 ans m’a soutenue mais n’a jamais soigné ma pathologie.
J’ai perdu beaucoup d’années et d’énergie à errer, à souffrir, à ne pas être en capacité d’étudier, de travailler, à élever ma fille malgré tout du mieux que j’ai pu. Je me demande aujourd’hui comment j’ai réussi à traverser tout cela. Il faut une force incroyable et c’est sans aucun doute mon rôle de mère qui m’a fait tenir.

Oui, je peux dire que j’ai survécu à la psychiatrie. J’aurais préféré ne jamais avoir à prononcer cette phrase mais la réalité est qu’entre les années 90 et 2022, l’évolution de la psychiatrie a été bien trop lente et doit encore s’améliorer considérablement en terme de soins, de suivis, d’accessibilité à tous-tes. »

Imanbipolaireborderline.jimdofree.com


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