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ABOLITION [Alhy.st]

Ce soir, il le faut, je parle d’elle. Ou plutôt je l’écris car les mots ne sortent pas. Et même l’encre réticente semble s’accrocher au sens : Toi tu n’es pas folle.

J’écris des phrases intactes aux mots bien ordonnés, et dans ma tête, elle rit en tirant sur le nœud, en resserrant l’étau. Je dis des phrases bien faites, et d’un ton assuré. Le public se laisse prendre et dans ma tête elle jouit. Pourtant je hurle aussi et secoue les barreaux, mais elle rit de plus belle et me comble de diplômes. Elle me remplit la bouche d’humour et puis d’idées et elle me coud les lèvres de dialogues politiques. Et dans ma geôle de mots comment appeler à l’aide ? Et dans quelle langue parler sans l’invoquer en maître et resserrer l’étreinte ?

Supplique désespérée, je hurle un corps muet, je crie une vie famine. Mais les gens ferment les yeux, écoutent la camisole, cette geôlière sirène. Et ses sarcasmes mythiques et ses concepts abstraits. Ils se laissent bercer, ne voient pas le corps blessé ou feignent de ne pas voir la détresse silenciée qui expire liberté.

Non, moi je ne suis pas folle. Oui moi ça va aller. Et dans ma tête, elle rit en tirant sur les fils de mon corps de pantin. Qui s’épuise à compter, à marcher, à produire, et surtout à parler pour elle la succube qui aspirant les mots dessinant l’illusion, renforce son empire, resserre son étau. Les larmes de marionnettes séchées par une boutade, griffe striée sur le corps renvoyé dans sa geôle. Elle parle, elle parle, elle parle, grossissant de sa verve, phagocytant un corps réduit à peau de chagrin, qui d’ailleurs inaudible ne chagrine plus personne.

Non, moi je ne suis pas folle prisonnière diplômée. Je suis à sa merci et à la vôtre aveugle. Je trinque donc aux fous dans leurs geôles bien visibles, redoublement narquois de celle que vous niez. Celles qui sont dans nos têtes et qui nous tiennent en cage, qui parlent par nos lèvres, exorcisme DSM. Et suis-je donc moins folle car ma geôlière lettrée ? Et suis-je plus acceptable car ma prison censée ? Elle rit de ses prouesses, de votre indifférence. Elle rit mes tentatives et mon corps supplicié, elle rit et moi j’écris sur les barreaux du monde. J’écris abolition. J’inclus toutes les prisons. La mienne n’est que psychique, dois-je donc culpabiliser ? Du fond de ma prison, je me pose la question et son rire tyrannise et souffle entre mes os. J’écris abolition, j’inclus toutes les prisons. Je ne souhaite ça à personne : extérieure, intérieure, brisous tous les barreaux et hurlez liberté. École asile prison, aliénation partout, coupons tous les cordons et hurlez liberté.

Pour le moment, elle rit encore bien trop fort mais quand je le pourrai avec vous, je crierai et pour l’abolition et pour la liberté.

Alhy.st

BIPOLARITÉ : L’UTILITÉ DE LA DÉPRESSION

Quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrai te chercher.

Pour toi, je me jette à l’eau, je fais un plongeon. Je mets mon casque de cosmonaute avec un sas de décompression. Je vais explorer les méandres de ta dépression. Est-ce que tu ressens, quand tu t’enlises, la pesanteur de la pression de l’eau, qui ne retient ma raison que par un fil ? Je coule lentement et je vois de la vase, des vestiges de ton passé, comme dans les films ou les dessins animés. Tout est silencieux, tout est calme, tout est empoussiéré. La dépression, c’est ton âme qui est figée.

Les algues se sont répandues sur tes souvenirs. Ta mémoire se verrouille, ton cerveau te prive d’aller chercher ton histoire. Les souvenirs cachés dans les trésors sont parfois des serpents de mer terrifiants. C’est ton esprit qui décidera quand te donner les clés pour les trouver. Ta mémoire te permettra d’accéder à ce dont tu as exactement besoin, au bon moment. Si tu es impatient, tu vas sortir des requins !

En hypomanie et manie, ton esprit te fait vivre la dé-compensation. Et en compensation, il te fait vivre la dépression. Le principe est simple, l’équilibration : quand c’est trop d’un côté, c’est trop de l’autre aussi. Ton crâne s’est ouvert en deux, le cerveau essaie de recoller les morceaux, comme il peut, car tu as voulu aller trop loin et trop vite. Quand un plongeur saute à l’eau ; il descend par des paliers de décompression au niveau de l’oxygène. Petit à petit, il teste les limites. Tu dois comprendre qu’il faut que tu l’imites. Un jour, je t’expliquerai tout, quand on se retrouvera à la surface, quand je redescendrais sur terre avec toi qui reprendra ta première bouffée d’air. Quand l’émotion revient, c’est la guérison de la dépression.

Si tu ne laisses pas l’expression de tes émotions à ton corps, il les transforme en symptômes. « La Mal a dit ». Le mal à dire. Et si tu continues de lutter, d’éviter tes émotions, de continuer de vivre avec du stress, et dans un carcan absurde, il va te dire « Médor, couché ». Ou alors… Couché, mais dort ? Ton esprit t’empêche de bouger, tes membres sont engourdis, tes phrases ne sortent plus, tu ne sais plus si c’est le jour où la nuit, si c’est mardi ou samedi. Le temps pour toi s’est arrêté. Et la terre continue de tourner sans toi. Le reste, ce sera à toi de trouver, mais tu n’es pas seul. Appelle au secours, tape les bons numéros. Pas celui du SAMU, mais celui de SOS amitié.

En dépression, je te le demande, comment pourrais-je t’aider ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Veux-tu lire un message, entendre mon rire ? Un appel audio, un appel vidéo ? Ou te laisser seul parfois ? Qu’est-ce que je dois te dire ? Il n’y a que toi, qui le sait. C’est toi qui vas créer ton scaphandre de protection, et m’aider à tisser notre filet de sécurité.

Je suis là, j’arrive au fond, je te vois. Ton fil est trop loin et ta combinaison est bien trop lourde. As-tu vraiment envie de remonter, maintenant, et de reprendre ta vie exactement comme avant ? La dépression te poussera à modifier ton environnement. L’écouteras-tu ? Pour réussir la recette de ta vie, il faudra changer d’ingrédients. Le chimique, c’est ta béquille, ton garde-fou. Tes amis sont tes pêcheurs, ils t’accrocheront un fil pour te rattacher à la terre quand tu voudras devenir cerveau volant. Un plongeur ne plonge jamais seul, il y a l’autre plongeur sur le bateau à la surface de l’eau. Celui qui plonge lui envoie des signaux s’il est en détresse.

Je te mets le vers le plus séduisant, un beau vers bien gluant, bien juteux, celui qui te fait le moins peur, et hop, je te tirerai en douceur ! Et après je te cuis à la broche. Nan, je déconne. Je te remettrais à l’eau. En espérant ne pas t’avoir écorché la bouche. La dépression t’invite à abandonner, à baisser les armes, à te laisser aller complètement, pour ne plus réfléchir. Prends la dépression comme un message à décoder. Ton corps estime que tu dois te reposer, repose-toi. Plus tu luttes contre vents et marées à vouloir sortir de la dépression, plus tu vas galérer à remonter avec tes deux bras et tes pales. C’est ton mental, et ton cœur, qui te paralyse toi et ton corps, voit la dépression comme une sage surprise.

Tu sais ce qu’il arrive aux scaphandriers qui remontent trop vite à la surface sans respecter les paliers de décompression ? Ils meurent, alors écoute-moi et surtout écoute-toi. Quand on te dit, « souffle, décompresse », dé-stresse. Dé-compression… Un SAS de décompression , respire, enlève la pression. Tu viens de comprendre, l’utilité de la dé-pression Et quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es, que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrais te chercher.

Lucie

Portrait de Psychopompes

Comme Psychopompes, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Cela a beaucoup varié au cours du temps et varie d’un moment à un autre selon qui je suis. Mais je sais qu’enfant on se réfugiait énormément dans les livres à tel point que notre mère nous disait d’arrêter de lire autant car cela allait nous rendre fous. Puis on s’est beaucoup réfugié dans les jeux vidéos. Ces derniers font encore partie de nos coping mechanism (mécanismes d’adaptation). La littérature classique nous a beaucoup aidé à apprendre le monde à une époque, puis les sciences humaines et sociales et les écrits militants, en particulier antivalidistes et antipsy, mais aussi des militantes comme Amandine Gay qui nous ont appris beaucoup.

J’aspire à quitter le mode survie et à sortir de la dépendance économique afin d’assurer l’avenir de notre enfant.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je ne travaille plus mais dans les nombreux métiers que j’ai fait, je crois que j’ai préféré être prof à l’université. Même si cela relevait d’une épreuve de force à chaque fois (l’autisme ne m’a jamais rendu naturellement à l’aise à l’oral). Ce que j’aimais c’était la liberté de créer et transmettre des cours un peu farfelus et pertinents à la fois, de voir que des étudiant.e.s appréciaient mes cours aient avaient confiance en ma compétence malgré mes bizarreries. Un étudiant m’avait même dit gentiment qu’il n’avait jamais eu un prof aussi bizarre de toute sa vie, mais qu’il n’avait aussi jamais appris autant de choses.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

La psychiatrie est à éviter si on le peut. Les psychiatres pratiquent leur discipline approximative au doigt mouillé le + souvent, se foutant du consensus scientifique et du vécu de leurs patients s’il ne rentre pas dans leur vision du patient. Les institutions psychiatriques sont une plaie qui ont déjà détruit certains membres de ma famille. Elles ne sont nécessaires que parce que l’on ne propose aucune alternative, alors que des alternatives gérées uniquement par des fols ont déjà existé et sont possibles. On a la chance d’être doués pour cacher nos troubles et jouer le rôle du gentil patient modèle, mais aussi d’être blanc et de bien savoir parler, etc.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

D’une certaine manière, je ne sais pas ce que c’est de ne pas être fol puis que je suis né autiste et donc décalé dès le début. Avoir un ressenti et un vécu en décalage avec les gens so-disant sains d’esprit permet d’être assez critique des normes dominantes, mais est-ce réellement une bénédiction ?

En revanche, je trouve que j’ai bcp + d’empathie pour les faibles et les marginaux que pour les forts et les puissants, depuis toujours.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Seulement si Poutou a le pouvoir et uniquement le temps de cramer la psychiatrie pour la remplacer par des centres gérés par des fols à qui on aura ainsi rendu la compétence sur leur propre vie. Les psychiatres sont comme les cadres que l’on a inventé dans les usines pour voler une partie du savoir aux ouvriers et ne pas leur permettre d’être indépendants à 100% dans leur travail. Ce sont les cadres de la folie, ils volent aux fols une partie de leur compétence sur leur propre folie. Leur fonction c’est le contrôle social, le flicage de leurs parentalités, la normalisation des fols si possible, leur enfermement si pas possible. Dans quel monde enferme-t-on des gens pour les soigner ?

La Maison Perchée ouvre ses portes à Paris!

La Maison Perchée ouvre (bientôt) ses portes à Paris !

La Maison Perchée 🐦 c’est une communauté d’entraide créée par et pour les personnes vivant avec un trouble psychique.

C’est un café associatif ouvert sur la ville pour s’informer, feuilleter les livres de la psychothèque et boire du bon café.

C’est un lieu non-médicalisé pour faire des rencontres et sortir de l’isolement.

Ce sont des groupes de parole (Les Perchoirs) et un espace d’écoute en individuel avec une personne ayant une problématique similaire (Le Nid).

C’est un espace de formation à la pair-aidance (Les Pair’chés) pour accompagner les membres dans leur parcours de rétablissement.

C’est un espace membre en ligne (La Canopée) avec de nombreuses activités comme le Café sans Thé du mercredi, un Wiki Perché pour se documenter, un serveur Discord pour échanger.

C’est un espace d’expression artistique Les Piailleries.

Ce sont des événements grand public, un festival ciné, des conférences.

C’est enfin un programme de soutien pour les proches (La Boussole).

Conditions pour devenir membre :

Avoir entre 18 et 40 ans.

Diagnostics concernés (pour le moment) : borderline, bipolarité, schizophrénie.

Ouverture officielle en janvier 2023.

📍 59 avenue de la République 75011 Paris (métro Saint-Maur).

Toutes les infos sur maisonperchee.org

La folie est une construction sociale

La folie est une construction sociale et un outil d’oppression psychophobe.

Retranscription du post « La folie est une construction sociale » du compte Instagram DeepTalkfr tenu par Kaina Djaé.

Définition de la psychophobie développée par Kaina Djaé :

Discrimination et oppressions à l’encontre des personnes qui ont, ou qui sont étiquetées ou perçues comme ayant une maladie mentale.

La psychophobie est une forme de validisme où un jugement de valeur est posé sur les capacités mentales, le respect des normes sociales dominantes, l’intelligence, les comportements, l’âge, la communication, l’apparence et la culture d’un.e individu.e.

Qu’est-ce que la folie ?

La folie est un terme polysémique mais globalement elle représente la marginalité, l’anormalité, l’irrespect des règles sociales établies.

Dans son sens philosophique la folie est définie comme l’incapacité pour une personne de penser, d’agir et de se comporter comme les autres.

Ce stéréotype tend à regrouper toutes les pathologies psychiques en une forme unique, une espèce commune, connotée négativement.

Alors qu’elle est stigmatisée, au sein des groupes minorisés.

Elle est parfois valorisée comme si elle dévoilait une profondeur cachée, une sagesse supérieure ou du génie mais uniquement lorsqu’il s’agit d’homme blanc cisgenre, hétéro riche ou reconnu socialement.

Troubles mentaux  ≠  Folie

Il faut différencier les troubles et les maladies mentales de la folie.

Les maladies et les troubles mentaux sont des “réalités” scientifiques et médicales qui servent au diagnostic.

Alors que la folie est une construction sociale, qui se mesure selon l’irrespect plus ou moins marqué des codes sociaux dominants.

On peut être considéré.e comme fou.olle et n’avoir aucuns problèmes psychologiques.

Et inversement, on peut avoir des problèmes psychologiques et ne pas être considéré.e comme fou.olle.

Par exemple, les homosexuels / transgenres / lesbiennes / féministes / colonisé.es / handicapé.es / gros.ses / racisé.es… sont selon l’époque, le lieu, le climat social et politique considéré.es comme inadapté.es, anorma.ux.les, fou.olles.

Qui sont les fou.olles ?

La folie est une idée qui évolue au fil du temps, qui se façonne au contact de l’environnement social et politique, tout comme la race et le genre.

Ainsi certains groupes de personnes sont fou.olles selon les époques ou le pays où iels se trouvent :

Pendant longtemps les sourd.es étaient interné.es dans des instituts psychiatriques car considérés.es comme déficient.es intellectuellement et incapables de s’intégrer socialement.

Pour de nombreu.x.ses autistes et personnes neuroatypiques la même chose est toujours d’actualité.

L’hystérie, aussi appelée “maladie de l’utérus”, a longtemps été diagnostiquée comme une névrose chez des fxmmes dont les comportements ne correspondaient pas à ce que la société patriarcale attendait d’elleux, et concernant donc souvent les féministes, les lesbiennes ou les hommes transgenres. Elle ne sera retirée de la classification internationale des maladies qu’en 1952.

Les fou.olles sont toujours les margina.ux.les, celleux qui vivent, s’expriment, se comportent différemment de ce que le système attend d’elleux.

Durant l’époque coloniale, les colonisé.es accusé.es de perturber « l’ordre public colonial » se retrouvaient si ce n’est en prison, interné.es au sein d’asiles coloniaux qui virent le jour dès le début du XIX e siècle, avec l’essor institutionnel de la psychiatrie coloniale.

Alors que l’OMS n’a dépsychiatrisé l’homosexualité qu’en 1990, il faudra attendre le 1er janvier 2022 pour que la transidentité ne soit plus considérée comme une pathologie mentale dans la classification internationale des maladies.

Catégoriser pour mieux stigmatiser

L’utilisation de termes de la même famille que le mot folie est un moyen de catégoriser et donc de stigmatiser davantage les populations déjà oppressées.

Les mots hystériques, sauvages, assisté.es, mongolien.nes, zoulou.es, incivilisé.es, sourdingues, malades , bêtes, teubé.es, idiot.es, attardé.es… sont autant de synonymes du mot fou.olles qui cachent à peine le sexisme, le colonialisme, le classisme, le racisme, le validisme, l’âgisme et le spécisme qui en sont à l’origine.

Ces mots sont des étiquettes posées sur des individu.es à partir desquels se construisent progressivement des catégories de plus en plus différenciables et donc stigmatisables.

Et ces termes psychophobes nourrissent les oppressions systémiques.

Toutefois la réappropriation par certain.es de ces termes qui visaient à les oppresser peut être un moyen d’émancipation.

La psychophobie : moyen d’oppression extrême

Dans le paradigme psychophobe : une personne classifiée comme folle ne peut pas prendre de décisions censées, une certaine forme d’autorité se doit donc de décider pour elle.

La folie prétendue de certains groupes permet de justifier la colonisation, l’esclavage, le sexisme, la transphobie, le racisme…

Ainsi, les colonisé.es n’étaient pas assez civilisé.es pour s’occuper elleux-même de la politique et de l’économie de leurs pays.

Les femmes pas assez équilibré.es pour voter, acquérir l’autonomie corporelle, avoir des postes à responsabilités ou être crues au sujet des violences sexuelles qu’elles auraient subies.

Les personnes transgenres pas assez stables ou rationnel.les pour transitionner sans l’avis d’un.e psychiatre (et sans l’accord parental pour les mineur.es), fonder une famille ou changer de nom ou d’état civil sans passer par de multiples procédures…

Les enfants intersexes pas assez matures pour que l’on respecte leur droit à l’autodétermination et leur intégrité physique.

Sous prétexte de vouloir conserver un certain ordre social et à force de pathologisation, on retire à toute une partie de la population l’accès à l’autonomie corporelle et l’autodétermination, (justice reproductrice, traitement hormonal, soins, accès à l’information, intégrité physique, mariage pour toustes, éducation…) alors même que ce sont les fondements de tout droits humains.

Et bien plus grave, on retire aux fou.olles leurs libertés individuelles avec des mesures de privations de libertés :

Emprisonnement, astreinte à résidence, interdiction de se déplacer, hospitalisation sans consentement, stérilisations, interdiction du droit de vote etc…

Sources :

1) « La surdité, quelle histoire ! » Christophe Dodier Surdité et santé mentale (2013), pages 45 à 50

2) « Histoire de l’hystérie, cette excuse pour contrôler les femmes » Elise Lambin, rédactrice Feminists in the City (Mai 2021)

3) René Collignon, « La psychiatrie coloniale française en Algérie et au Sénégal : esquisse d’une historisation comparative », Revue Tiers Monde, 2006 (n° 187), p. 527-546.

4 ) “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans.”  solidarites-sante.gouv.fr (Janvier 2022)

Kaina Djaé

Pour le compte Instagram : https://www.instagram.com/deeptalkfr

Un sevrage progressif responsable et sûr à l’aide de Tapering strips

PDF – L’amie Maeva vient de publier un article scientifique avec Jim van Os et Peter Groot, deux des invités internationaux de la conférence du 15 décembre 2022 sur le sevrage et les médicaments en psychiatrie.

Informations et commandes de bandes de sevrage sur prescription : taperingstrip.fr

L’article de Maeva Musso, Jim van Os et Peter C. Groot paru dans L’Information psychiatrique (2022)

Résumé : Des millions de personnes à travers le monde utilisent des psychotropes. Les directives recommandent de sevrer les patients progressivement dès qu’ils n’en ont plus besoin. Cependant, des symptômes de sevrage apparaissent lorsque l’arrêt n’est pas assez progressif. Ces symptômes, souvent interprétés à tort en termes de rechute, entraînent la poursuite ou la réaugmentation des psychotropes et donc une consommation à long terme, sans que les patients n’en aient véritablement besoin. De plus, les effets indésirables des psychotropes peuvent s’aggraver lorsque leur utilisation est prolongée. Pour éviter cela, il est fondamental que les praticiens disposent d’outils appropriés pour accompagner au mieux les patients dans leur processus de sevrage. Aux Pays-Bas, le Centre de recherche utilisateur (URC) du Centre médical universitaire d’Utrecht a mis au point des bandes de sevrage progressif appelées « Tapering strips » qui semblent très bien fonctionner et qui sont disponibles sur prescription médicale pour les patients ne résidant pas aux Pays-Bas mais non remboursées à ce jour.

Portrait de @MonstresTV

Comme @MonstresTV, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

La lecture m’inspire beaucoup. Elle me donne des clefs pour comprendre le monde. Écrire, en parallèle, permet d’expérimenter des choses qu’on ne peut pas faire dans la vie réelle. Ce sont deux pratiques qui m’aident au quotidien.

J’aspire à devenir écrivain, le seul métier que je trouve compatible avec ma santé mentale. Mais si je n’y arrive pas, psychologue me tente bien aussi !

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Ouh là ! Beaucoup de choses, haha.

D’abord, il y a clairement des inégalités. Que ce soit entre malades, ou entre les malades et les soignant.es. On n’a pas le même traitement dans une clinique ou dans un hôpital public, par exemple.
Ensuite, le monde de la santé mentale est un monde compliqué à naviguer. Quand à nos problèmes s’ajoutent par exemple des identités LGBTI+, ou de la précarité, ou de l’isolement social, etc, il devient très difficile de trouver sa place dans le système de soins.

Enfin, je pense que les soignant.es, psychiatres en premiers, c’est un peu comme les flics : l’institution les transforme en connards, mais il en reste quelques uns qui essayent de changer les choses de l’intérieur.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Je dirais, un autre regard sur le monde. Quand on est fol, on est tellement poussé.e à remettre constamment en question ses sensations, ses émotions, en se demandant si elles émanent de la folie, que plus rien n’a valeur d’acquis (je ne sais pas si c’est clair, haha).

Comme tout devient possiblement remis en question, on a généralement moins de préjugés (je crois). Et on distingue mieux les structures de pouvoir, parce qu’elles appuient sur nous d’une manière beaucoup plus évidente (par la psychiatrisation notamment) que d’habitude.

Personnellement la folie m’a permis de rencontrer des personnes que j’aime. De me sentir intégré pour la première fois, parmi d’autres personnes psychiatrisées. C’est inestimable !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

J’espère ne jamais devenir ministre, ce serait bien trop d’angoisse !
Mais je lui demanderais d’accentuer la pair-aidance. De créer des structures qui la facilitent. De former les fols à leur folie. Pour qu’on puisse se gérer nous mêmes.

Je demanderais aussi une formation obligatoire des soignant.es à la prévention de la psychophobie, et une sensibilisation aux questions LGBTI+ notamment à l’hôpital, on l’on peut faire l’objet de moqueries ou de discriminations quand, par exemple, un petit copain si on est gay ou une petite copine si on est lesbienne vient nous rendre visite.

Une page que tu aimerais faire connaître ?

https://www.instagram.com/monstrestv/

Bédéthèque

Je souhaite porter avec l’asso Tenir Tête un projet de bédéthèque itinérante, qui circulerait dans le Tarn et à Toulouse, et je suis en recherche de références. J’aimerais particulièrement mettre l’accent sur le témoignage à la première personne, mais pas seulement.
Auriez-vous des idées, des recommandations?
Si des titres vous ont particulièrement déplu, je veux bien le savoir aussi. 🙂
Merci!

hélo

N’hésitez pas à rajouter une étoile aux bandes dessinées que vous avez aimées.

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Photo contest ist over
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« Se Rétablir, une enquête sur le rétablissement en santé mentale, tome 1 » de Lisa Mandel
« Goupil ou face » de Lou Lubie
« La différence invisible » de Mademoiselle caroline, Julie Dachez
« Inadapté•e•s – Une folle histoire de l’antipsychiatrie ». de Freaks
« C’est comme ça que je disparais » de Mirion Malle
« Les zavantures de Zozo le Skyzo »
« Nellie Bly » de Virginie Ollagnier-Jouvray et Carole Maurel.
« Blast » de Manu Larcenet
« Autopsie des échos dans ma tête » de Freaks
« L’ascension du Haut Mal » de David B.
« L’Homme le plus flippé du monde » de Théo Grosjean.
« Psychotique » de Jacques Mathis et Sylvain Dorange
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 2» d’Art-Mella
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 3 » d’Art-Mella
« HP, tome 1 : L’asile d’aliénés » de Lisa Mandel
« HP, tome 2 : Crazy seventies » de Lisa Mandel
« Emotions enquête et mode d’emploi, Tome 1 » d’Art-Mella
« Réalités » d’Axell plop
« Chute libre – Carnets du gouffre » de Mademoiselle caroline
« Le syndrome de l’imposteur: Parcours d’une interne en psychiatrie » de Claire Le Men
« Ta gueule Boris »
« Thérapie de groupe, Tome 3 - La tristesse durera toujours » de Manu Larcenet
« Thérapie de groupe, Tome 2 - Ce qui se conçoit bien » de Manu Larcenet
« Thérapie de groupe, Tome 1 - L'Étoile qui danse » de Manu Larcenet
« Une case en moins : La dépression, Michel-Ange et moi » d’Ellen Forney
« Le Grand Vide » de Léa Murawiec
« Comment survivre en hôpital psychiatrique (en fumant des tonnes de cigarettes) » de Laetitia Bocquet
« La grâce » d’Emmi Valve
« Fables psychiatriques » de Darryl Cunningham
« Presque » de Manu Larcene
« Nouvelles du dernier étage » de Claire Le Men
« La troisième population » d’Aurélien Ducoudray et Jeff Pourquié.
« Une case en plus: conseils éclairants d’une bipolaire assumée » d’Ellen Forne
« Ted, drôle de coco » d'Emilie Gleason
« Le Nao de Brown » de Glyn Dillon
« L’éclipse d’un ange »
« Swallow me whole » de Nate Powell
« Misery loves comedy » d’Ivan Brunetti
« Déraillée » de Jo Mouke et Julien Rodriguez
« Insomnie » de Maëlle Reat
« Dans la Tête de Tim » d’Alexandra Brijatoff et Bernard Villiot
« Je vais mieux, merci » de Brent Williams
« Qu’est-ce qui monte et et qui descend ?? Chroniques d’une borderline » de KNL
« Morveuse » de Rebecca Rosen
« Chère Scarlet » de Teresa Wong
« Journal d’une bipolaire » d’Emilie Guillon
Fanzine BEDZINE
« L’espace d’un instant » de Niki Smith.
« Borderline : journal de ma vie d’avant » de Fé.
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Portrait de Céleste (Paye ta Psychophobie)

Comme Céleste, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Avec mes troubles psy c’est compliqué de me projeter… Mais je dirais que j’aspire à rendre ce monde meilleur à mon échelle.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je suis encore aux études pour devenir psychologue. Selon moi la psychologie est une science tentant de comprendre les mécanismes du psychisme humain.

Je me vois comme un agent double voulant entrer dans le système pour essayer de le changer de l’intérieur.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Si je devais faire un résumé de ma pensée sur le monde de la santé mentale, je dirais qu’il s’agit d’une pyramide. Le socle de cette pyramide représente les patient•es, le centre comprend le personnel soignant et tout en haut se trouvent les dirigeant•es politiques.

Le socle peut lui-même être divisé entre les patient•es riches et les patient•es précaires. Les un•es ayant généralement les services de meilleurs qualités par rapport aux autres.

Le centre peut aussi être divisé : au sommet de cette partie on trouverait les métiers du soins les mieux valorisés (comme médecin) et en dessous les métiers moins valorisés (comme aide soignant•e et infirmier•e)

Et du coup – vous l’aurez peut-être compris – les personnes du dessus oppriment celles de dessous de manière consciente ou non. Les politiques prennent des mesures pour garder le capitalisme en marche au détriment de la qualité des soins, les médecins se permettent trop souvent de mépriser les aides soignant•es, les infirmières•es et les patient•es, les aides soignant•es et infirmier•es maltraitent les patient•es par manque de temps, de bienveillance ou de formations, les patient•es riches prennent les places des services les mieux notés et les patient•es précaires prennent les miettes restantes.

En somme, le capitalisme et le validisme tuent le système de soin de santé mentale. Et en même temps il est difficile de se soigner autrement qu’en entrant dans ce système.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

C’est une question très personnelle à mon sens donc je vais me baser sur mon expérience : la folie m’a façonné. Sans elle j’aurai été un tout autre être humain pour le bon comme le mauvais. Grâce à elle j’ai appris à me connaître en profondeur, à trouver ma voie militante et professionnelle. J’ai fait des rencontres extraordinaires. J’ai repoussé des limites. J’ai découvert mon identité queer. Je me suis ouvert au monde. Bref la folie me rend malade dans tous les sens du terme !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Si cette occasion m’était donnée, je crois que j’essaierai de faire changer les choses. Même si je crois que ce serait une mission suicide, je préfère mourir avec des remords que des regrets.

Je commencerai par réformer le système de soins de santé pour tendre vers un rapport horizontal entre patient•es et soignant•es. Je mettrai en place des lieux d’information sur les droits des patient•es. Je rendrais obligatoire des formations pour accueillir les victimes de violences médicales et pour accompagner les personnes en crises aux urgences. Je mènerai des campagnes de sensibilisation aux maladies mentales, neuroA et autres avec des personnes concernées et avec un budget plus raisonnable. (Si je me souviens bien, la dernière campagne contre le validisme en France avait coûté 2 millions pour quelques affiches). Je supprimerai le Téléthon et son pendant pour la santé mentale aux profits d’émissions sans misérabilisme et inspiration porn. Et si aucune de mes propositions n’est retenue, je gueulerai pour toutes les personnes handicapées que les valides n’écoutent jamais.

Une page que tu aimerais faire connaître ?

Difficile d’en choisir qu’une ! @licegateaux @freaksdessin @voyageuse_au_naturel et tant d’autres dans les stories à la une « insta psy et NA »

https://www.instagram.com/payetapsychophobie/

Vol au-dessus d’un nid de coucou. Quand j’étais hospitalisée en psychiatrie. [Imelda]

J’ai eu envie d’écrire cet article. Parce que je garde un souvenir assez traumatisant de toutes ces hospitalisations. Parce que se retrouver privé de liberté lorsque l’on n’a commis aucun crime, cela reste impressionnant, cela peut sembler inhumain, injuste. Parce que le quotidien derrière les murs d’un HP n’est pas toujours mis en lumière. Parce qu’être en HP, ce n’est pas la joie, c’est en fait une véritable misère qui en dit long sur l’état révoltant des services de santé en France, notamment de la psychiatrie. Parce qu’en HP, on est seul face à soi-même, seul avec ses problèmes. Mais dans tous ces mois parmi les plus vulnérables des vulnérables, il y a heureusement eu des petits rayons de soleil. Heureusement, mais pas suffisamment.

« Souhaitez-vous être hospitalisée ? ». Toutes mes hospitalisations ont débuté ainsi. Je sais maintenant que répondre « non » au médecin qui vous pose cette question, c’est la garantie d’une hospitalisation sous contrainte, c’est-à-dire, sans votre consentement. Combien de fois me l’a-t-on posée cette question ? 3, 4, 5 fois ? A chaque fois, j’étais dans un état second, de crise, sous l’emprise de médicaments, en surdose…suite à une tentative de suicide. Avec la contrainte, il y a la nécessité de prendre des mesures pour mettre le patient hors de danger (envers lui-même, ou autrui).

Le médecin vous pose la question. Vous prenez la pilule bleue ou la rouge ? Répondez non, et le médecin signe un petit papier qui vous prive de liberté afin de vous garantir de rester en sécurité. Un proche peut également demander à ce que vous soyez hospitalisé sous contrainte, mon père l’a par exemple fait pour moi lors de ma première hospitalisation. Une longue hospitalisation sous contrainte nécessitera de passer en audience devant le juge des libertés. Oui, on vous prive de liberté, aux yeux de la loi, vous avez été dangereux, vous avez dérogé à l’ordre des choses, vous passez donc devant un juge au bout de quelques semaines.

Répondez oui, vous êtes libre. Sauf si le médecin décide quand même de vous emprisonner…pardon, hospitaliser sous contrainte, vu votre état alarmant de détresse.

J’ai été hospitalisée dans deux structures. L’une en province, l’autre à Paris. Quel que soit l’endroit, je pense qu’il est impossible de bien vivre une privation de liberté.

A chaque fois, des murs. Pour éviter les escapades, les mises en danger, on vous enferme entre de hauts murs. L’agent d’accueil a l’œil rivé vers la sortie, tu n’as pas intérêt à filer à l’anglaise, ou tes vêtements te seront confisqués et tu porteras l’odieux pyjama bleu de l’hôpital, comme une collerette de la honte. Une fois affublé.e de cet uniforme, impossible de passer incognito hors-les-murs. Et dans la cour de l’HP aussi. Porter le pyjama permettra à tes camarades hospitalisés de dire « ah, ça y est, il.elle a déconné, la punition est tombée ! » La pratique du pyjama bleu, une humiliation thérapeutique.

Les camarades hospitalisés, parlons-en. Je suis arrivée brisée dans ces structures, à chaque fois. Se retrouver confrontés à la faune d’un HP, et se dire « j’en suis », c’est bouleversant. J’ai pu croiser de tous les profils, certains me faisaient peur, je me reconnaissais plus volontiers dans d’autres. On a toujours peur de la différence…et de son miroir. Nous étions dans le même vase clos. Parce que nous avions tous des problèmes qui justifiaient d’être rassemblés au même endroit. Et aussi, parce qu’en France, il n’y a pas les moyens pour offrir mieux à toutes ces populations de malades, aux pathologies et besoins divers. Forcés à la cohabitation, un freak-show laissé à l’abandon par l’Etat.

Personne ne disait ouvertement sa pathologie, à moins d’avoir tissé un lien de confiance avec un autre patient. On se doutait bien, en voyant certains cas, que les maux de certains étaient plus graves, les douleurs peut-être plus aigües et profondes que pour d’autres. Certaines affinités peuvent se tisser au fil des conversations (malades, oui, mais l’hôpital psychiatrique n’enlève rien du besoin d’aller vers l’autre, du besoin de contact.) J’ai bien évidemment modifié tous les prénoms de mes ex-camarades, combiné des profils, créé des chimères, pour brouiller les pistes.

Il y avait Béatrice, la trentaine, petite, un t-shirt qui disait très justement « cute, but psycho ». Elle avait un œil crevé « je me suis crevé l’œil pendant une crise avec une punaise parce que j’étais très triste» . Manifestement en souffrance, souvent à taper dans les murs ou à l’isolement. Il y avait David, hospitalisé depuis vingt ans, cheveux gris et gras, toujours en pyjama bleu et crasseux, il cherchait des mégots mouillés dans la cour pour avoir une petite taffe, et se faisait un plaisir de lâcher des pets odorants dans l’ascenseur blindé par les patients désireux d’aller en pause clope (ça le faisait marrer). Il y avait Agnès, je me demandais ce qu’elle fichait là, une belle brune, brillante, cultivée, qui demandait tout le temps à sortir, mais se faisait souvent sermonner par les infirmières « Vous savez bien que ce n’est pas possible et que ce ne serait pas raisonnable ! ». Il y avait Jane, les cheveux bleus, borderline comme moi, 19 ans, les poignets lacérés de cicatrices de scarification ou pire, un peu artiste, très talentueuse, très sensible, une histoire familiale douloureuse. C’était une jeune femme très sombre, souvent seule dans sa chambre à faire des achats compulsifs avec son téléphone. Il y avait Thibault, il s’amusait à escalader les murs le soir venu pour aller chercher de l’alcool. Il avait séquestré son petit frère pendant une crise. Il y avait Fabien, la soixantaine, un sicilien sanguin, plein de feu et de problèmes, en rupture avec ses filles. Il avait été commerçant prospère dans le Sentier il y a longtemps, et avait tout perdu. Il restait seul avec ses crises, il faisait tout péter lorsqu’il s’énervait contre l’équipe soignante. Il y avait Edouard, 20 ans, maigrichon, blondinet, une gueule d’ange, de petit étudiant sans histoire, gentil, poli, une petite voix. Là pour une grosse dépendance à l’alcool et une dépression grave. Il y avait Clothilde, toxicomane et borderline, en quête permanente de shit, elle en faisait entrer on ne sait comment. Une fois, je l’ai vue souffler un nuage de beuh sur la tête d’un médecin, on aurait dit un dragon en furie.

Il y avait Geneviève, une petite vieille au dos courbé, squelettique, cheveux gris, longs, le teint basané par de nombreux jours dehors. Elle passait son temps à hurler « C’EST BON » en fumant ses gauloises puantes. Il y avait Christian, un petit papy moustachu en fauteuil roulant, veuf, ancien tennisman, volontaire du club de bridge, qui avait voulu en finir, car trop seul et triste dans son logement. Il y avait Clémentine, deux têtes de plus que moi, forte, cheveux au carré, une grosse voix tantôt chaleureuse, tantôt terrifiante. Elle était amoureuse de toutes les patientes du service. Une fois, je l’ai retrouvée dans mon lit, j’ai eu peur, elle voulait m’embrasser et me disait « je t’aime ».

Et il y avait moi. 26 ans, mère solo, célibataire, borderline, hospitalisée suite à une TS médicamenteuse, en pyjama bleu après une évasion remarquée, maigre, en souffrance, en pleurs, je ne voulais pas être là. Privée de téléphone à la demande de la psychiatre. Au départ, on m’a placée dans une chambre solo, avec des murs jaunes. Puis on m’a déplacée dans une autre chambre, que je partageais avec une autre femme. Nous avions un petit lavabo derrière une cloison. La salle de bain et la salle de douche étaient communes, nous les partagions avec les autres. Il était possible d’y aller sur des créneaux dédiés. Il m’est arrivé que la douche soit dans la chambre, mais cela est un luxe. Les douches, comme tout le reste, doivent être prises dans les règles, à heures fixes. Tout est réglé comme du papier à musique. Le quotidien est ritualisé, tout est compté, observé, noté…

Le matin, vers 7h, l’équipe infirmière vient taper aux portes « Mme Machin, c’est l’heure ! Bonjour ! ». Puis courte toilette, et file d’attente. Il faut faire la queue. Il y a en fait deux queues. La première pour le traitement. Cachet 1, cachet 2, tercian, un peu d’eau pour faire passer. Puis la seconde, il faut prendre le petit plateau, se servir parmi les plats réchauffés ignobles de l’hôpital. Manger, débarrasser. Chambre. Même manège le midi et le soir.

Et une règle !

Ne pas déranger pendant les transmissions du matin, de l’après-midi, et du soir. Les transmissions ! Ces réunions qui paraissent interminables, durant lesquelles il ne faut pas déranger le personnel soignant. Toute l’équipe est réunie, psychiatres, infirmiers, éducateurs, toute personne intervenant dans le service. On parle des patients, on prend les mesures, on ajuste, on fait le bilan. Nous sommes des animaux que l’on observe…ou des malades. Selon les jours, je me sens l’un ou l’autre, l’un plutôt que l’autre, tantôt bête, tantôt patient. L’équipe doit demeurer imperturbable. Pas le temps de répondre aux sollicitations, le patient qui aura le malheur de taper à la porte se fera réprimander.

Le psychiatre. Selon les profils, rendez-vous une fois par jour ou par semaine, selon les besoins. A chaque fois, j’attendais ces rendez-vous comme Noël. Faire quelque chose, enfin ! Que l’on s’occupe de moi ! Pendant trente minutes, une heure, qu’on m’aide ! Malheureusement, le psychiatre ne gérait qu’un moment, une crise. Le travail ne se ferait une fois sorti de l’hôpital, et il serait long….

A l’hôpital psy, on est très souvent dans sa chambre, seul. A cogiter, se maudire, pleurer, dormir. Dormir, on le fait beaucoup. Soit pour oublier nos tourments durant quelques minutes, quelques heures, chercher un peu de répit dans les bras de Morphée. Soit parce que le traitement est tellement lourd que le corps ne trouve plus que ça à faire pour le supporter. On est seuls, à porter tout cela. Dans la cour, une clope au bec, à attendre que les heures passent. On discute parfois avec les autres. Mais ces amitiés ne seront pas pérennes. Vous vous imaginez, se revoir ailleurs que dans cet aquarium ? Et le fameux « Vous vous êtes rencontrés où ? vous avez l’air super potes !» « à L’Hôpital Psy ! » Parfois aussi, les autres patients nous sont insupportables. Soit parce que leur pathologie les rend trop envahissants, étouffants, soit parce qu’on ne peut plus les supporter, parce qu’à l’intérieur, on souffre trop. Les autres sont parfois de trop dans la souffrance psy, et la solitude reste la solution la plus supportable.

A l’hôpital psy, lorsque l’on commence à aller mieux, on vous propose progressivement des perm’ (permissions). Accompagnées par un membre de l’équipe infirmière, ou par un proche. Avec un but précis : aller au parc, aller au bureau de tabac, faire des achats, rentrer chez soi, faire une visite. Une heure, deux heures, douze heures avec autorisation de dormir chez soi, quarante-huit heures avec un proche lorsque vous êtes proches de la sortie. Ces perm’ sont vécues comme des petits pas vers un mieux-être. Mais parfois, elles peuvent être violentes. Passer du monde (en)fermé de l’HP au vrai monde, bruyant, véritablement fou, plein de gens normaux, de tentations, c’est violent. Retourner chez soi alors que le dernier souvenir que l’on ait de la maison, c’est la visite des pompiers lorsque vous étiez en surdose de médicaments, c’est violent. Mais qui dit perm’ dit : sortie bientôt. C’est dans les clous…

Heureusement, à l’hôpital psy, il y a aussi de la lumière. Je pense notamment aux ateliers. Atelier contes, atelier art thérapie, relaxation, atelier cuisine, animés par des infirmiers, des intervenants, des psychologues. Pas suffisamment de créneaux, mais au moins cela a le mérite d’exister. Pas assez de temps pour le mieux-être, pas assez de budget. Mais au moins, l’espace d’une, deux heures, créer, s’évader, quitter ce noir intérieur qui dévore tout… Il y a aussi une petite salle parfois, avec des livres, de la musique, accessible certaines heures. Mais pas tout le temps, quel dommage ! J’ai aussi déjà vu une petite cafétéria, gérée par les infirmiers, où chacun peut venir boire un petit café, un petit sirop, moyennant quelques centimes. Un peu d’humain, de l’humain, enfin ! De l’humain, de la lumière, il y en a. Je l’ai vu. De mes yeux vu ! En HP, c’est possible ! Un exemple me vient en tête, lorsque j’ai été hospitalisée, j’ai commencé à avoir une obsession pour le chant lyrique. Alors je faisais des concerts improvisés à mes pauvres compagnons d’infortune. Ils trouvaient toujours que ma voix était incroyable, et ont toujours été incroyablement bienveillants envers toutes mes fausses notes. Ca créait du lien. Les clopes aussi créaient du lien. Tous en souffrance, tous en mal de nicotine, tous avec ce besoin d’inhaler la fumée dégueulasse, et tous en rade de clopes ! En HP, trouver des clopes est un sport national. Les plus chanceux auront des amis pour leur faire la livraison, ou accès à leur carte bleue lors des permissions. Sinon… Ce sera la chasse aux mégots. Il m’est déjà arrivé de fumer des choses franchement douteuses à base de mégots reconstitués. On fume tellement à l’HP. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire. Fumer, attendre que ça passe, refumer, et attendre, dormir, manger, prendre son traitement… Une fois, on a pris ma petite enceinte portative, et de 19h30 à 21h, on a fait la fête dans la cour. Tout le monde, dans la cour, en train de « faire les fous » sur les démons de minuit et partenaires particuliers. Tous les tubes y sont passés, le temps d’une soirée pleine de poésie, entre les murs laids de la bétaillère, oublier avec la musique, et ces gens, si proches dans la souffrance. Les soignants ont noté « rassemblement festif » sur la fiche de transmission. C’était vraiment la fête, oui. Oublier, se sentir humain, se sentir heureux, joyeux, comme tout le monde…

Le plus grand des bonheurs pour moi, à chaque fois fut le lien créé avec une infirmière que je voyais de temps en temps. Je l’ai prise dans mes bras en partant. Je l’ai remerciée pour sa gentillesse, sa douceur, sa fermeté parfois, et son écoute. Une infirmière qui aura pris un peu de temps, du temps qui lui manque, ce temps après lequel elle court entre les traitements, les transmissions, les repas, les crises des uns et des autres… Merci madame, grâce à vous, je me suis sentie humaine…

Je pense avoir fait le tour de mon expérience en HP. Ce n’est que mon expérience, cela n’engage que moi, mon vécu, mes traumatismes. Je ne veux plus jamais y retourner. La lumière ne brillait pas suffisamment fort certains jours, pour me faire oublier les cris, l’humiliation d’être enfermée, le pyjama bleu et l’infantilisation… Le fait de se sentir traité en criminel, mis au ban de la société, parmi les invisibles, parmi les laids, les fous. Sentir que l’Etat ne nous veut pas, ne nous considère pas, nous parque. Qu’il ne différencie pas, qu’il nous envoie à la bétaillère… et que les soignants sont en première ligne, victimes eux aussi du manque de moyens.

Mais, comme disait un type dans un film que j’aime bien, la vie trouve toujours son chemin…

Imelda

Découvrir le blog d’Imelda : https://etats-limites.hubside.fr/