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Portrait de Léna Dormeau

Comme Léna, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

J’ai la chance et la joie immense d’être entourée de personnes incroyables ; pour ce qu’elles sont, ce qu’elles m’apportent et consolident en moi et hors de moi. J’ai, comme le dit l’adage, des ami.es proches qui se comptent sur les doigts d’une main. Pour filer la métaphore montagnarde, ce sont mes pitons dans la paroi du monde, j’en ai besoin pour m’accrocher, me diriger, ne pas tomber, me tenir à bout de bras parfois, à bout de force souvent.

Sans surprise j’aime la montagne donc, les Alpes particulièrement. Je suis une marcheuse de montagne (en solo) et je pratique l’alpinisme depuis peu. J’aspire à quitter Paris du coup, à un moment j’aurai davantage besoin d’espace, de calme et de hauteur à proximité.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

C’est toujours complexe pour moi la question du métier. Je n’ai jamais été formée à « un métier » en particulier. J’ai presque toujours eu un (souvent des) emploi(s) salarié(s) pour subvenir à mes besoins, mais j’ai toujours eu le souhait et la nécessité de chercher, d’écrire et de créer.

J’ai le privilège d’avoir aujourd’hui un travail salarié qui me plait (je travaille dans la prévention addicto), mais j’aime surtout mon activité en tant que chercheuse.

Mon taf de philosophe, ça consiste à tenter de recoller les morceaux de moi-même en passant par le monde (on fait tou.tes ça faites pas genre). En comprenant les structures qui m’entourent et les matrices qui me traversent, j’accepte un peu mieux l’existence, ses contradictions et son lot de souffrances.

C’est dit un peu rapidement mais c’est franchement l’idée. J’exerce une activité qui m’aide à vivre, et j’aime bien vivre, donc ça colle pas mal finalement. (j’aime bien le terme de Joan qui parle d’usager-chercheur. Je me sens usagère-chercheuse).

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

On a tou.tes une santé, et tou.tes une santé mentale. « Aller mal » relève de la santé mentale de la même façon que « se sentir heureu.x.se », angoissé.e ou euphorique l’est. Le monde de la santé mentale, c’est le monde ; ou plus exactement nos mondes, ceux qu’on habite et ceux qu’on porte.

C’est principalement une histoire de mondes qui ne cohabitent pas, ne communiquent pas et souvent ne se croisent pas. Je vais prêcher ma chapelle mais ce que je pense du monde de la santé mentale c’est qu’il repose sur des rapports de force et de pouvoir qui sont discriminants et délétères pour une large part de la population. Et on sait de quelle part il s’agit …

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Je ne sais pas. C’est quoi la folie déjà ? 😄

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Haha jamais de la vie. Je lui demanderai de démissionner.

Aucune politique ou institution publique n’a ma confiance pour prendre des décisions majeures et décisives dans ce champs. Seuls les collectifs auto-déterminés et les communautés d’auto-support contiennent mon espoir d’un avenir meilleur.

Une page que tu aimerais faire connaître ?

https://www.lenadormeau.fr/Recherches en philosophie politique & santé mentale

Portrait de magnussoren

Comme magnussoren, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Je vis en couple et j’ai 3 enfants, seul le dernier, lycéen, vit encore à la maison. Propriétaire depuis peu, je m’investis dans les travaux…

Je suis très impliqué dans le milieu associatif, je suis président d’une association qui promeut l’usage du vélo. Dans ce cadre, je gère un atelier participatif : nous aidons les adhérents à réparer eux-mêmes leur vélo et nous offrons une seconde vie aux vélos qu’on nous donne après les avoir réparé. Comme infirmier dans un Hôpital de Jour, certains usagers sont bénévoles au sein de l’association (c’est un des ateliers de l’HdJ).

Je collabore à d’autres associations disons « culturelles » dont le point commun est de toujours être inclusives.

J’aspire au partage, au bien-être et à un futur agréable… Vaste programme !

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Diplômé depuis 1989, j’ai fait pas mal de type de services et d’hôpitaux (j’ai changé 2 fois de région)…

Je suis bien souvent découragé mais je continue…

Je l’aime parce que je me sens utile, qu’il me semble que je suis plutôt compétent et que je vois de nombreux usagers se rétablir.

Actuellement, je suis en poste en Hôpital de Jour où l’on part de la problématique de l’usager tel que lui nous la décrit, la plupart des ateliers se déroulent sur l’extérieur, nous travaillons le rétablissement et je me régale 😉

Je co-anime aussi un groupe de parole pour les aidants (souvent les parents, mais parfois les conjoints) et un groupe d’entendeurs de voix.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Ça avance, mais tellement lentement…

Il y a toujours plein d’hospitalisations dont je ne comprends ni le sens, ni l’intérêt…

Peu de remise en question, pas de réel accompagnement, de projet de soin personnalisé, où l’usager serait le cœur du dispositif.

Infantilisation de l’usager, ce sentiment de : « mais qu’est ce qu’il va faire sans nous« , et qui du coup ne permet pas à l’usager de développer ses ressources…

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

Houla!

J’ai essentiellement travaillé avec des personnes souffrant de psychose que j’ai rencontré le plus souvent en état de détresse et de souffrance (ce qui est le propre de l’hôpital)… Compliqué sur le coup d’y voir du positif…

A l’Hôpital de Jour, je vois la plupart des gens rétablis ou en cours de rétablissement… J’aime échanger avec eux sur comment on voit la vie…

C’est sûrement plus positif quand tu es Salvador Dali, ou je ne sais quel musicien, où tu peux trouver un exutoire, un moyen d’exprimer ta folie… ça me semble plus compliqué pour le quidam moyen…

C’est toujours compliqué avec quelque chose que tu subis…

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Le devenir, sûrement pas, on ne voudrait pas de moi 😉

Je demanderais un audit et une uniformisation des pratiques : je ne comprends pas pourquoi il peut y avoir autant de disparités de prise en charge selon l’endroit où tu habites, même dans le même hôpital selon le chef de service.

Je ne comprends pas pourquoi on ne gère que la crise et pas le rétablissement, qu’il n’y ait pas de plan de gestion de crise en sortant de l’hôpital avec des directives en cas de rechute…

Une association que tu aimerais faire connaître ?

L’association Roue libre, ou 2 fois par semaines les usagers de l’Hôpital de Jour ne sont plus des malades mais des bénévoles : https://www.facebook.com/RoueLibreBergerac

Je vous écris de ceux qui voient des monstres dans le pot de confiture [Virginie Oberholzer]

«Quand le moment du monde à l’envers est venu et que c’est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu’on passe pour fou à peu de frais.»

Céline L-F. Voyage au bout de la nuit.

Je vous écris de chez les corps humains de seconde zone, ceux qu’on a saccagé, violé, abusé, harcelé, négligé et abandonné, avant de leur foutre la honte et le discrédit.

Je vous écris de chez ceux à qui on a répondu un jour: «ma foi, c’est comme ça … c’est le moindre mal … faut prendre sur Soi» (ce qui est très difficile quand le Soi n’existe plus) … «Qu’est-ce que tu as encore fait pour provoquer? … t’es complètement folle ou quoi! … faut aller de l’avant …?».

Je vous écris de chez ces corps meurtris aux contours flous, ceux qui disent merci à tout, qui s’excusent de déranger, s’excusent de s’excuser, … ces gentils à qui il manque ce que les méchants ont pigé, ceux qui ont englouti une ville en état de siège derrière un sourire et une voix détachée, ceux qui se scarifient, ceux qui voient des monstres dans le pot de confiture, ceux qui n’ont pas eu la chance d’être orphelin, ceux qui ne savent pas habiter le présent sans s’y noyer, ceux qui ont commis l’erreur de naître « fille » ou au mauvais endroit, les Gribouille qui se protègent de la pluie en se couchant dans une flaque, ceux qui ont suicidé leur désespoir, ceux qui font rater toutes les thérapies, ceux qui bavent et tremblent leur hébétude dans les couloirs des HP, ceux qui grésillent de l’humeur, les dissidents du réel, les confinés et bâillonnés avant l’heure, les incontinents d’adrénaline et de cortisol, les niqués de l’avenir, les anorexiques de l’ocytocine, les déglingués de la sérotonine, les loosers des jeux de pouvoir, ceux pour qui l’injustice file de l’asthme, les insomniaques cauchemardeux, les serial burn outés, ceux qui ont fini par aimer Dieu (alors que c’est pas réciproque) ….

Bref, je vous écris de chez tous ces résilients sans paillettes, ces survivants de violences (sexuelles, de génération, de genre, de classe) qui viennent frapper à votre porte, avec ce besoin vital d’extirper de leur nuit des poussières d’étoiles pour éclairer leur route.

… I can’t forget, but I can’t remember … lalala … (Leonard Cohen) 

Je vous écris de chez ceux qui se mettent peu à peu à puer la santé.

Depuis deux ans, je suis, en effet, sur la Via Ferrata de la guérison d’un traumatisme développemental ou complexe (C-PTSD). On dit que poser le bon diagnostique et l’expliciter, c’est déjà un bon bout de la guérison. C’est tellement vrai. Après des décennies de tourisme médical et psychiatrique, je peux dire que je suis enfin rentrée chez moi, au chaud dans mon corps. Grâce à un travail psychothérapeutique éclairé, nourri de techniques corporelles, grâce à une formation théorique et pratique en cours et le soutien d’une communauté virtuelle, j’apprends jour après jour à faire de mon système nerveux mon meilleur allié, j’apprends à décoder et à ressentir sa grammaire de survie, j’apprends à traverser ses aberrations, ses embardées, ses blessures, sans frayeur, j’apprends toute une palette d’exercices neurosensoriels pour l’aider à penduler vers le calme. Jour après jour, j’apprends à interroger la condition animale de ma condition et à m’y fier.

Je vous écris de chez ces rescapés, qui peuvent déjà témoigner d’une amélioration radicale et durable du confort de leur existence.

CherEs médecins, psychiatres, thérapeutes …

  • Je voudrais être traité comme un acteur à part entière de ma guérison. Pas comme une enfilade de symptômes incurables, juste bonne à colorier des mandalas. Je préférerais que vous me disiez: «Je ne sais pas de quoi vous souffrez ou je n’ai pas les compétences pour vous accompagner».
  • J’aimerais arracher chaque page de vos DSM, les badigeonner de mille couleurs, avant de vous demander d’inscrire sur chacune d’elles un poème, une pensée philosophique ou une citation, puis de les jeter dans un feu de camp …

Quand j’ai passé devant une boutique de coques de Smartphones, allez savoir pourquoi, ça m’a fait penser à votre DSM.

  • Je voudrais que vous évitiez de m’attribuer la responsabilité de mes galères ou de mes sabotages, car un cerveau traumatisé fait des choix traumatisés. Un cerveau traumatisé a perdu sa liberté de disposer de sa volonté en continu.

Autrement dit, on s’habitue tellement à la violence qu’on finit par penser qu’elle est notre destin. J’imagine que c’est pareil pour les privilèges, on finit par penser qu’on les a mérités.

  • Je voudrais que vous écoutiez les pensées de mon corps, lorsque ma parole est si trouée, ou si surchargée qu’elle ne sait plus où se percher. Car mes traumatismes sont encapsulés dans mon système nerveux, pas dans des événements.
  • Je voudrais que vous renonciez à me demander ce qui m’angoisse, car mon angoisse est sans objet, ni crise de panique. Je suis en permanence en proie avec une énergie frénétique et débordante qui me pousse à faire, agir, intellectualiser plus vite que la peur et m’empêche de me relaxer.
  • Je voudrais que vous m’appreniez à apporter de l’espace respiratoire et de la compassion à mes émotions « négatives », sans me demander de les « gérer » ou de les rendre « positives». Une émotion n’est ni bonne, ni mauvaise. C’est un fait brut. Les moraliser est certes un business très lucratif, mais une imposture faite au vivant. Même les plantes se laissent crever dans un environnement toxique.
  • Je voudrais m’asseoir devant votre bibliothèque comportant tous les livres des grands psychologues, les plus connus comme les inconnus, les plus récents comme les plus anciens, même les plus foutraques, de A comme (Woody) Allen à Y comme (Irvin D.) Yalom en passant par toute la psychanalyse et les neurosciences.
  • Je voudrais qu’on se penche au chevet de l’écosystème psychiatrique et qu’on examine ses troubles: de morcellement des savoirs et des pratiques, d’addiction aux psychotropes, de l’évidence naturelle, de déni de la réalité sociale, de dissociation, de boulimie d’honoraires, son langage déshumanisé très autoritaire et enfermant.
  • J’aimerais voir et revoir tous les films, pour comprendre comment se déroule une vie de 0 à 99 ans.
  • Je voudrais écraser ma cigarette dans vos sofas, chaque fois que vous appliquez un diagnostique de trouble de la personnalité borderline, trouble somatoforme, trouble cyclothymique … à une (jeune) femme, sans avoir pris le temps de mener une anamnèse sous l’angle de l’histoire des violences subies (mobbing, prostitution, précarité, viol, rue …).
  • Je voudrais qu’on puisse échanger nos fauteuils de temps en temps: je pourrais découvrir ce que c’est de vivre sans avoir à me débattre sans cesse pour aller de l’avant dans un flux imprévisible, instable, constellé de menaces innommées. Et vous pourrez expérimenter la consistance d’une de mes dystopies, juste après l’assaut d’un gros flash back émotionnel, lorsque je m’emploie à faire revenir le monde, en assemblant un à un mes repères et des bouts d’identité … tel le montage d’une commode Ikea en kit, sans notice d’emballage. Une autre fois, vous me permettrez de comprendre ce que c’est que de me tenir simplement là, le regard en altitude, avec ce sentiment continu d’être en sécurité dans mon corps, sans me sentir en danger si je n’exécute pas parfaitement ma fonction ou ma tâche .… Et vous viendrez au sous-sol de mon vortex traumatique, goûter ma douleur, lorsque je suis aux prises avec une solitude flippante. Pas de celle qui vous relègue dans le coin le plus confortable de votre canapé avec un verre de Whisky. Non, une solitude avec des dents, un air sidéral et sans lumière sous la porte.

Ensuite de quoi, on «débriefera et capitalisera nos ressentis».

  • Je voudrais qu’une Greta mobilise les terriens pour créer une journée mondiale des survivants de violences des Hommes.
  • Je rêverais d’avoir accès à une traumathèque, un centre de réparation des âmes, qui regroupe toutes les ressources écrites et audiovisuelles sur le sujet et ses voies de guérison, des conférences de spécialistes, des programmes éducatifs sur la physiologie de notre maladie, des ouvrages de toutes les traditions spirituelles, des groupes d’entraide, des séances de méditation, des cours de respiration, des massages adaptés à notre problématique, des séances de Taï chi, yoga, danse, chant … des ateliers créatifs d’expression artistiques …, animés par des pédagogues qui m’aident à sublimer cette matière noire, dégueulasse et poisseuse en moi que je ne parviens pas à porter au langage. Qu’on en finisse avec ces occupations infantilisantes, animées par un intervenant social sans autre compétence particulière que ses préjugés et l’autorité de sa fonction.
  • Je voudrais botter les fesses de la médecine (ou des politiques sanitaires), jusqu’à ce qu’elle nous réserve le même soin, le même prestige, et les mêmes budgets qu’un service d’oncologie avec ses équipes interdisciplinaires de spécialistes, ses physio, ses thérapies complémentaires, ses chercheurs, ses programmes de dépistage précoce et de prévention de la contagiosité… après tout, nous souffrons aussi d’une forme pandémique de cancer, celui des émotions.
  • Je voudrais que l’ «intégration» ne soit plus un hochet conceptuel, ni une niche professionnelle, mais un projet de société qui fonde sa politique sur des valeurs horizontales de progrès social, de coopération, de soin, d’entraide, de respect du (et des) corps ….
  • Je voudrais que vous ne reproduisiez pas les techniques universelles des agresseurs, comme me chosifier, me figer dans une catégorie, me réduire au silence, manipuler mes sensations, me pathologiser … qui ne font que rajouter une couche de trauma.
  • Je voudrais tellement qu’on maltraite la conspiration des oreilles bouchées et qu’on assassine le dualisme corps-esprit.
  • Bref, je rêverais qu’on (re)mette le monde à l’endroit … je rêve beaucoup, je sais … preuve, que je recouvre la santé ….

Références

Van der Kolk B. Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Paris: Albin Michel; 2018.

Haig, M. Rester en vie. Mille raisons de se relever et d’exister pleinement. Paris: Le livre de poche; 2015.

Heller J. Catch 22. Paris: Grasset: Les cahiers rouges; 1985.

Heller L, LaPierre A. Guérir les traumatismes de développement. Paris: InterEditions; 2015.

Illouz E. Les marchandises émotionnelles. L’authenticité au temps du capitalisme. Editions Premier Parallèle; 2019.

Levine PA. Réveillez le tigre. Guérir le traumatisme. Paris: InterEditions; 2013.

Levine PA. Guérir par-delà les mots. Comment le corps dissipe le traumatisme et restaure le bien-être. Paris: InterEditions; 2014.

Rayner S. Making Friends with Anxiety. A warm, supportive little book to help ease worry and panic. Brighton: Creativ Pumpin Published; 2014.

Solomon A. Le diable intérieur. Anatomie de la dépression. Paris: Albin Michel; 2002.

Walker P. The Tao of Fully Feeling. Harvesting. Forgiveness, Out of Blame. USA: An Azure Coyote Book; 1995.

Walker P. Complex PTSD. From Surviving to Shriving. USA: An Azure Coyote Book; 2013.

Kain Kathy L. The tao of trauma, Nurturing Resilience. New York: Random House, 2018.

Source : https://sanp.ch/article/doi/sanp.2021.03189

Séminaire « Contention, soins, libertés »

Conférence introductive de Cynthia Fleury du séminaire mensuel « Contention, soins, libertés ».


La seconde session du séminaire réunit les Dr. Raphaël Carré, psychiatre au Centre Hospitalier Alpes Isère et Samuel Porteau, psychiatre à l’Hôpital Marchant de Toulouse. La conférence est introduite et modérée par le Dr. François Ayabaka, psychiatre à l’EPSMD de l’Aisne.

La contention, une réalité dans le soin : vécus soignés et soignants.

Pour voir les conférences suivantes rendez-vous sur :

https://chaire-philo.fr/contention-soins-libertes/


Découvrez l’état de l’art sur les méthodes de contention réalisé par Cynthia Fleury et Aziliz Leboucher :

Cet état de l’art* s’inscrit dans le projet « De la contention involontaire au sujet se contenant ». Conduit par la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, sous la direction de Cynthia Fleury, professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé (Conservatoire National des Arts et Métiers), en partenariat avec l’agence de design Les Sismo, ce projet a vocation à associer usagers, aidants, médecins, paramédicaux, directions, chercheurs et designers autour de la notion de contention volontaire dans les services de psychiatrie et de neurosciences.

Selon l’argumentation des deux autrices**, la contention en psychiatrie recouvre des notions disparates et prend des formes diverses. C’est aujourd’hui une mesure encadrée par des indications strictes car elle reste une pratique controversée. Pour penser les différents usages de la contention des corps dans les différents lieux de soin, la philosophie, l’éthique et la déontologie peuvent être utilement invoquées.

Cette étude vient proposer, par le prisme de la contenance, une méthode visant à contenir le sujet, à le soutenir sans l’aliéner, de façon nécessairement volontaire. La contention involontaire est une réalité dans le soin en psychiatrie. Néanmoins c’est à la fois une expérience décrite comme traumatisante par le sujet contenu et un acte particulièrement ambigu pour le soignant. L’encadrement législatif spécifique de cette mesure de protection a été assez tardif en France, malgré une longue histoire du droit de la psychiatrie. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement international qui vise à limiter l’usage des mesures de contrainte, dont la contention involontaire.

Ainsi la mise en place de protocoles permet de restreindre les indications de son usage en dernier recours. Cependant, un important vecteur du changement des pratiques est le respect des droits de l’usager contenu, bénéficiant d’un contrôle du juge et d’une mobilisation forte des associations. L’approche complémentaire envisagée ici est la « contention volontaire », mobilisant les notions de contenance d’origine psychanalytique ainsi que l’intégration sensori-motrice décrite dans des travaux de psychomotricité. Le rôle thérapeutique hypothétique de la contention prend ainsi différentes formes, même si son efficacité thérapeutique reste encore non démontrée. Des objets de contenance volontaire se développent en explorant les diverses modalités immersives, calmantes, soutenantes de la contenance et nécessitent une réflexion sur la notion de consentement.

Enfin, l’objet de cette recherche est d’adopter une démarche qualité pour l’élaboration d’un prototype contenant qui se confronte à la réalité et s’améliore par le retour d’expérience des usagers de la psychiatrie. L’expérimentation s’inscrit dans les techniques de désamorçage des tensions ainsi que dans le mouvement de restauration de la qualité des soins relationnels et de construction d’un environnement apaisant. Pour permettre une contention non seulement volontaire mais également autonome du sujet, il est nécessaire de renforcer ce dispositif d’outils de prévention adéquats.

Les hypothèses et enjeux de ce projet sont de :
• proposer une « contention volontaire » qui transforme le rapport à la contention et permet d’abaisser la contention non volontaire ;
• Impliquer patients (pair-aidance) et soignants dans la définition de ce nouveau protocole de contention • Faire de la contention un outil de soin capacitaire, sur lequel le patient ait prise (anticiper les crises, poser un diagnostic sur soi-même, …).

La méthodologie repose sur plusieurs phases :
• Première phase : immersion dans 5 services de psychiatrie et de neurosciences.
• Deuxième phase : co-construction expérimentale de prototypes.
• Troisième phase : expérimentation dans 10 services de soin sous la forme de prototypes fonctionnels à l’occasion de Proofs of Care©.
• Quatrième phase : adaptation du prototype suite aux retours d’expérience et standardisation.Cet état de l’art a été réalisé dans ce contexte pour soutenir la réflexion éthique, qui est associée au savoir-faire des soignants et aux méthodes de conception en design. Cette démarche est un préalable indispensable à la co-construction d’un outil de soin capacitaire.

*L’état de l’art est un panorama synthétique et organisé des travaux déjà réalisés sur un sujet précis. Réaliser un état de l’art implique un travail bibliographique précis et une analyse des publications majeures en rapport avec le thème choisi.
**A. Leboucher, Chargée d’étude à la Chaire de Philosophie à l’hôpital, titulaire d’un master en neurosciences de l’École Normale Supérieure, d’un master en affaires publiques de Sciences Po et étudiante en médecine à l’Université de Paris et C. Fleury , Professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

https://www.santementale.fr/2021/07/de-la-contention-involontaire-au-sujet-se-contenant/

Survivre à la psychiatrie #4

Je suis aujourd'hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l'identité), et touche enfin l'AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j'ai eu avec un psychiatre :Adrien : J'ai une autre personnalité, elle s'appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d'articles de revues psy dans lesquels j'ai l'impression de nous reconnaître.Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n'existe pas, il faut que vous arrêtiez d'écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d'accord, lisez donc ces documents !Dr Psychiatre : Si vous n'êtes pas d'accord c'est l'isolement.

Je suis aujourd’hui diagnostiqué TDI (Trouble dissociatif de l’identité), et touche enfin l’AAH (allocation aux adultes handicapés), après plus de deux ans de combats qui peuvent se résumer par le premier entretien que j’ai eu avec un psychiatre :

Adrien : J’ai une autre personnalité, elle s’appelle Arya. Aux Etats-Unis, ils appellent ça un Dissociative Identity Disorder, voici quelques références d’articles de revues psy dans lesquels j’ai l’impression de nous reconnaître.

Dr Psychiatre : Non, vous êtes schizophrène, Arya n’existe pas, il faut que vous arrêtiez d’écouter ces voix. Je vous donne une grosse dose de neuroleptiques pour vous aider.

Adrien : Quoi ? Je ne suis pas d’accord, lisez donc ces documents !

Dr Psychiatre : Si vous n’êtes pas d’accord c’est l’isolement.


Envoyez-nous vous aussi vos contributions écrites et graphiques sur le sujet Survivre à la psychiatrie à l’adresse contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com

Survivre à la psychiatrie #3

– Je ne veux plus être malade.

– Prenez donc ce traitement.

– Je veux guérir sans médicaments.

– Vous ne pouvez pas. Vous êtes psychotique.

– Je veux juste mourir alors.

– Vous risquez l’hôpital psychiatrique alors.

Revenez dans un mois.

Et envoyez-nous vous aussi vos contributions écrites et graphiques sur le sujet Survivre à la psychiatrie à l’adresse contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com

Survivre à la psychiatrie #2

A-t-on le droit de rêver,
Ou va-t-on crever ?

Tout se brise face à la réalité
De notre impuissance face à leur toute-puissance

On va habiter là,
On voudrait déserter

Il faudrait coopérer avec les soignants,
Mais ne risque-t-on pas de craquer ?
Criser et finir par crier ?

On voudrait fuir, se cacher,
A défaut ce sont les cachets,
qu’en cachette on recrache.

On en est réduit à se cogner la tête contre les murs,
A défaut de danser, ce sont les verres qu’on envoie valser.

Alors nous voilà enfermés,
Mais on continue d’espérer et de respirer,
Même si on doit déféquer dans un sceau.

Porter un pyjama trop grand, bouffant
On se retrouve tels des clowns,
Trompés, dupés

Sans émotions, ni sentiments
Cloués au lit, sans force, sans énergie

Bouches ouvertes, bavants
Le regard vide, absents

Ne plus pouvoir écrire, tremblants
Ne plus pouvoir parler, bégayants

Transpirer, suer, pisser la nuit dans son lit
Voir les autres patients attachés, bouclés,
Enfermés à clef pour les calmer

Sans défense
et dans l’indifférence

C’est là que la bienveillance,
se mue en violence

Injections, injonctions,
Forcés, blessés

Panser sa mélancolie au fond du lit
Et sa schizophrénie dans le déni,
Lire, pour faire passer les délires,
Ne pas faire de bruit
Même dans le brouhaha des hallucinations,
Ne pas se croire humaine et dormir au sol,
Couchée telle une chienne.
Décharnée et squelettique parce qu’anorexique

Désarmés, nous reste-t-il des larmes ?

Survivre à la psychiatrie, 
C’est la traverser sans être renversés
C’est y passer sans trépasser.

Survivre à la psychiatrie #1

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Survivre à la psychiatrie c’est aussi survivre à celleux qui n’ont pas survécu à la psychiatrie.

C’est quelque chose d’infiniment douloureux, d’injuste et de tu.

C’est quelque chose auquel rien ne prépare.

J’ai perdu des camarades d’HP et une amie, iels ont toustes pour point commun d’être passé-es par la psychiatrie et d’en être ressorti-e encore plus brisé-es et désespéré-es puis de s’être suicidé-es peu de temps après.

Iels avaient 20 ans.

Que la psychiatrie ait été une goutte parmi les autres où celle de trop lorsque le vase a débordé, elle a tenu un rôle particulier en nous faisant croire qu’elle était LA solution à nos problèmes alors que bien souvent elle n’a fait que les aggraver ou en créer de nouveaux.

J’ai survécu, elleux non.

Pourquoi ?

Cette question je me la pose encore plusieurs années après leur mort.

Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?

Je me sens coupable de ne pas avoir pu les aider.

Je suis en colère que leur vie se soit arrêtée ainsi.

Je suis en colère contre la psychiatrie qui s’est empressée d’effacer toute trace de leur existence, de leur mort.

Vite, il faut se dépêcher de tout remettre en ordre, de faire taire les noms, d’oublier.

Si j’ai dû me taire, je n’ai en revanche pas oublié.

Je n’ai pas oublié leur absence.

Pourquoi j’ai survécu et pas elleux ?

L’approche SYSTÉMIQUE ? École de PALO ALTO et Thérapie Familiale

Qu’est-ce que l’approche systémique en psychologie ? Sur quelles bases ce courant théorique est-il né, à quoi peut-il nous servir, et comment l’expliquer à quelqu’un qui serait novice en la matière ? Nous allons répondre à toutes ces questions dans cette vidéo. Nous allons commencer par la petite histoire des origines des psychothérapies contemporaines, avec notamment l’histoire de la psychanalyse depuis Freud, puis nous verrons de quelle manière le courant systémique s’en écarte avec notamment l’école de Palo Alto. Nous finirons par quelques métaphores simples pour rendre compte de cette discipline complexe.

Chaîne YouTube de Julien Besse.