Mon combat pour la vie [Emilie]

J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…

Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents.  Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.

Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !

SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…

La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante.  Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.

Le manque. L’abandon. La disparition.

CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…

Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.

Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.

ANGOISSES – DEPRESSION – MORT

J’ai peur.

Je suis captive.

La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.

Il n’y a plus de vie en moi.

Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.

Le bonheur existe-t-il ?

DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION

Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…

Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.

A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.

Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.

Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.

ANOREXIE – BOULIMIE

Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »

La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !

A LA LIMITE…

Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.

Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…

Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.

Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.

JE SUIS BORDERLINE

Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.

Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.

Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…

LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?

La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :

L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.

Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.

La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.

L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.

L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.

Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.

La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)

Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

COMMENT J’AI SURVÉCU ?

Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…

Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.

Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.

UNE PSYCHOTHÉRAPIE

Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.

Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.

C’était pour ma survie.

Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…

Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.

Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.

Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.

Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.

Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.

ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…

Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.

Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.

Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.

UN EXUTOIRE

J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.

QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…

« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »

Une vie à soi – Laurence Tardieu

J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.

Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.

Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.

Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.

Je ne les remercierais jamais assez.

Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.

Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.

Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.

Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.

Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.

Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.

Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.

Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…

Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…

POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE

Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.

Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.

Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.

Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !

Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.

Je veux vivre !

Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !

Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien.  Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes. 

Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.

Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!

Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.

Je respire la VIE.

Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

LA FOLIE, C’EST QUOI ?

Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».

La Folie, ça peut faire peur.

Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… »  (Source : Sciences Humaines)

Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.

Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.

La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.

Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.

Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !

J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.

VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?

Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.

N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en ! 

Emilie

source : http://www.lentracte-gourmand.fr/index.php/2018/08/31/mon-combat-pour-la-vie/

Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie.

Dans cette « Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie » Jérôme Cornier, cadre de santé en psychiatrie exhorte les nouvelles générations à moins de docilité et les invite à « définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. »

Revue Santé Mentale

« Voici une invitation à la désobéissance adressée par un cadre de santé à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie. Une seule exhortation : avoir l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées et trouver l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie. »

Infirmiers.com

Bonjour à toi, oui toi qui vas faire partie de cette génération qui va définitivement bannir des soins psychiatriques la contention physique comme d’autres ont réussi à nous débarrasser de la lobotomie. A toi qui va définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. A toi qui a lu ou va lire qu’au CH de Valvert, cela fait 10 ans que cette pratique d’un autre âge, est interdite. Et à toi enfin qui a peut-être eu la chance de grandir sans te prendre des tartes dans la gueule et qui a la conviction qu’en éducation comme en soin, la parole peut remplacer les maltraitances. Bien entendu éduquer sans user de sévices corporels n’est pas toujours simple mais c’est possible et surtout souhaitable.

Dans une récente publication, une équipe du CH Valvert (Fernández , 2019), souligne un paradoxe de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise une pratique dont elle reconnaît les effets délétères. Qui oserait revendiquer comme bonne pratique aujourd’hui en France le fait de frapper un enfant lors d’une crise, même en dernier recours ?

De plus l’équipe explique dans le même article, que limiter les dispositifs de coercition a comme effet immédiat de calmer les patients. De mémoire, Jean-Baptiste Pussin, surveillant de l’hospice de Bicêtre, avait fait le même constat à la fin du XVIIIème siècle et avait encouragé le Dr Philippe Pinel à faire preuve d’audace et à se fier à la clinique infirmière pour améliorer la condition des agités et révolutionner la psychiatrie.

Pour l’anecdote, pendant la seconde guerre, il fallut vider, à la hâte, les hôpitaux psychiatriques parisiens à l’approche de l’ennemi. Et là, à la grande surprise des soignants, même les patients que l’on croyait tout juste bons à rester dans un lit, ont rapidement retrouvé leur autonomie. Comment expliquer qu’un simple changement de cadre puisse provoquer un tel changement de conduite ? (Mornet, 2014).

J’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité afin d’être un soignant, pas un salaud.

D’Hermann Simon (1921) à Jean-Paul Lanquetin (2019) en passant par François Tosquelles et sa bande, cette question a une réponse simple : pour que le milieu puisse devenir facteur de changement et de développement et non plus de déshumanisation, il est nécessaire de considérer que l’établissement psychiatrique lui-même doit faire l’objet d’attentions et de soins.

Parce que l’environnement est déterminant (Laborit, 1997), l’urgence est de soigner l’ambiance dans les services de soins. La synthèse réalisée par le CRMC (Nicolas, Lanquetin, 2017) permet d’appréhender les trois niveaux de mesures préventives pour éviter d’avoir à restreindre les libertés des usagers. Depuis plus de dix ans, je tente de convaincre ma hiérarchie de tenter une semaine sans contentions, malheureusement en dépit de rencontre avec les équipes, d’interventions, de textes, et même d’activités de recherche, ma proposition a une nouvelle fois été rejetée lors du séminaire cadre de l’année dernière.

Alors, même si je continue à penser qu’écrire est utile et que des articles, comme le dernier de Didier Morisot (2019), sont aussi délectables que nécessaires, j’ai également la conviction que ce ne sera pas suffisant pour impulser un réel changement de pratique. Pour dépasser le dogmatisme et l’incroyable allégeance de la majorité des psychiatres à une politique sécuritaire et néo libérale qui rend possible une insoutenable maltraitance institutionnelle (Gabarron-Garcia, 2015), tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Et c’est pourquoi je compte sur toi pour être moins docile que tes aînés. Car j’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité (Touzet, 2019) afin d’être un soignant, pas un salaud. Et non seulement tu auras l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées, mais tu trouveras également l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car tu sais qu’on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie.

Merci pour finir à toi d’exister et sache mon impatience à l’idée de te rencontrer. A très bientôt donc !

Tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Jérôme CORNIER
Cadre de santé
jerome.cornierifcs@gmail.com

Bibliographie

  • Fernández VI, Karavokyros S, Lagier F, Bauer L, Védie C. (2019). “Soigner sans contention physique, quels enjeux psychiques ? De la contention à la contenance”. Evol psychiatrique; 85(3).
  • Gabarron-Garcia, F. (2015). « De la psychothérapie institutionnelle à l’analyse institutionnelle », les contractions de la psychiatrie : expériences labordiennes ». In La psychothérapie institutionnelle, SUD/NORD folies et cultures, N°26. Edition ERES.
  • Herman, S. (1921). « La thérapeutique active en hôpital psychiatrique ». Paris, PUF.
  • Mornet, J. (2014). « Chapitre V. La psychothérapie institutionnelle ». In, J. Mornet, Une introduction aux psychothérapies (pp. 177-204). Nîmes, France: Champ social.
  • Laborit, H. (1997). « La légende des comportements ». Flammarion.
  • Lanquetin, J. (2019). « Prévention primaire en psychiatrie, un travail d’ambiance ». Empan ,114(2), 72-78. doi:10.3917/empa.114.0072.
  • Nicolas M, Lanquetin JP. (2017). « Isolement et contention : Repères pratiques pour en limiter le recours ». Voiron : CRMC Disponible
  • Touzet, P. (2019). « Activités occupationnelles ou activités thérapeutiques, une différenciation complexe ». Soins Psychiatrie, Volume 40, numéro 323.

Psychiatrie connectée : le mouchard à avaler.

[starbox id=maladementale]

Keridwen nous partage sa réflexion sur l’Abilify Mycite, comprimé contenant une puce électronique permettant de savoir s’il a été ingéré. Pour les patients ingérables, des mouchards ingérables!

Le rêve américain est psydérant : la puce à avaler, qui traque le risque de non-observance chez la personne schizophrène, ou bipolaire, ou en profonde dépression, est née.

Je suis schizophrène, et bien sûr quelle joie de lire que les géants créateurs de nos hosties bleues, sont tellement soucieux de notre santé mentale, qu’apparut sur le marché Outre Atlantique cette révolution, mue par l’empathie, bien évidemment.

Une lampe est-elle intégrée au système ? Une bande son ? Une caméra ? Une brosse à dents ?

Me revient vaguement en mémoire le conte de cet homme avalé par une baleine, et qui, en attendant de pouvoir sortir de l’estomac, patiente en bouquinant, et s’éclaire à la faible lueur d’une bougie.

Les conséquences de l’ingestion de cette puce sont considérables, et peuvent mener, encore une fois, au décès. Va-t-on comme correcteur nous prescrire le collier assorti ?

Merci, mesdames et messieurs les géants.

Pourquoi toujours l’irrésistible envie de refaire la tapisserie et ravaler une architecture qui contenait à l’origine tout, pour que nous soyons autosuffisants que ce soit métaboliquement ou mondialement ? Le but désormais est de griffer le papier peint pour pouvoir faire appel au décorateur. Créer les poisons de toutes sortes, médicaments, nourriture, polluants, engendrant le mal, puis entretenir une dépendance aux soins modernes toujours plus nombreux. Des addictions sont réelles, mais l’Addiction suprême est de trouver cohérent ce processus, de l’intégrer à l’inconscient collectif en douce et mine de rien.

C’est à l’humanité que la puce Mycite est distribuée, nous sommes un estomac géant.

 La réalité du schizophrène espionné (il est vrai que nous sommes paranoïaques !) par une puce ingérée, pour vérifier son observance, est un symbole.

Nous retrouvons aussi, le besoin, pour la Norme, de soumettre le différent minoritaire à un dictat et le formater. Quel que soit le prix à payer, quitte à tuer, de quelque manière que ce soit. En agissant ainsi, la Norme reste sur son trône et régente.

Il est possible d’être emprisonné à l’extérieur, aussi, et la liberté est d’une relativité exemplaire.

KERIDWEN

Pour aller plus loin :
https://www.humanite.fr/sante-un-mouchard-dans-vos-pilules-645924

La guérison en psychiatrie

Vidéo : En psychiatrie peut-on parler de guérison ? De rémission ? Quel avenir pour le rétablissement ?

Débat animé par Aude Caria. Avec :
– Marie Koenig (Docteure en psychologie, psychologue clinicienne, auteure de l’ouvrage « Le rétablissement dans la schizophrénie »)
– Céline Letailleur (Paire-ingénieure de recherche, chargée de la recherche participative, COFOR)
– Laurent Marty (Anthropologue de la santé, Département de Médecine générale de l’Université Clermont-Auvergne)

Parler de guérison en psychiatrie, ça vous fait sourire ?

A quoi vous fait penser le mot « guérison » ?

La plupart du temps, on s’empêche d’y penser comme si c’était un faux espoir et même un interdit.

Mieux vaut parler de soin et de rétablissement, surtout quand on a connu des rechutes. Se rétablir, dans le sens de mener une vie satisfaisante parmi les autres qu’on soit suivi et médicamenté à vie, tel serait la marche à suivre : un processus d’amélioration plutôt qu’une finalité à atteindre.

Et parler de guérison, ça serait réduire la maladie à une approche médicale, on guérit les maux du corps mais guérit-on les maux de l’esprit?

En même temps, la guérison ne porte-t-elle pas en soi un espoir? Ne connait-on pas nombre d’exemples de personnes diagnostiquées psychotiques qui s’en sont sorties?

A quoi sert le diagnostic précoce tant réclamé si c’est pour devenir un malade chronique et donc incurable ?

La folie, la psychose, serait une structure mentale immuable. La maladie chronique tout autant. On nous parle d’améliorer les stratégies thérapeutiques grâce à la science mais la guérison est-elle de son ressort ?

Retrouver le lien perdu avec le monde, comprendre comment on en est arrivé là pour prendre un nouveau départ, est-ce du ressort de la médecine?

Le soin psychique relève-t-il de la psychiatrie ? Et si oui, dans quel objectif ?

guérison psychiatrie

L’avis de Jules :

Il me semble que le mot « Guérison » cela signifie résolution définitive d’une condition évolutive affectant la santé.

Cela présuppose qu’on soit ‘malade’ au départ.

Cela présuppose l’approche médicale des demandes psychosociales.

Cela présuppose un modèle: le modèle médical du handicap psychosocial.

C’est à dire que le médecin transforme la demande psychosociale complexe d’une personne unique en une maladie médicale.

Ce n’est pas le seul modèle.
Le modèle social basé sur les droits de l’homme est le modèle recommandé par l’ONU (Convention CDPH).

Par rapport à sa demande psychosociale, la personne peut choisir l’approche médicale, mais il existe d’autres approches, par exemple sociales, relationnelles, communautaires, psychologiques, psychothérapeutiques, existentielles ou spirituelles.

Le mot guérison n’a pas de sens en dehors de l’approche médicale, c’est pourquoi la généralisation n’a pas de sens non plus.
Si on tient absolument au concept, on devrait parler de la cessation de l’approche médicale par rapport à une demande psychosociale spécifique sur une durée déterminée.

Par exemple une personne a été étiquetée schizophrène, elle sort de l’hopital, elle réussit son sevrage des neuroleptiques, elle essaie différentes approches, communautaires, psychothérapeutiques, et ne consulte plus jamais un psychiatre ni ne prend aucun médicament. Elle est « guérie » parce qu’elle a cessé de faire confiance aux médecins. 

J’en connais, c’est vrai, les psychothérapies corporelles de résolution des traumatismes (transe respiratoire, travail sur les émotions, travail sur le corps) cela marche pour certaines personnes, il n’y a plus de motif de consulter mais à la place clarté et sérénité. Vraiment, cela vaut le coup, et les personnes ne sont pas informées que c’est possible.

Commentaire de Jules Malleus sur Facebook

Un monde sans psy ?

Une réflexion personnelle en écho au documentaire Un monde sans fous ? de Philippe Borrel.

Quand on ne va pas bien, on nous dit toujours d’aller voir un psy. Et souvent, par peur et par fierté, on n’y va pas.

Parce que demander de l’aide à un psy, c’est reconnaître qu’on a un problème. Et, dans notre société, mieux vaut ne pas montrer de fragilité surtout mentale car on pourrait nous prendre pour un fou.

Celui qui va chez le psy, c’est le maillon faible, celui qui ne supporte plus son environnement, non pas seulement parce qu’il a un problème dans sa tête mais peut-être aussi parce que collectivement, dans sa famille ou sa communauté, quelque chose ne tourne pas rond. C’est l’idée que chaque personne en souffrance incarne un malaise social. C’est une souffrance dans le sens où on est en rupture avec notre entourage et qu’on ne trouve pas notre place parmi les autres.

On imagine aussi qu’aller voir un psy c’est réservé à une élite, à ceux qui en ont les moyens et ça peut même être branché de dire qu’on va chez son psy.

Je ne te ferai pas ici l’éloge du psy, je voudrais plutôt interroger la peur et le rejet que peut inspirer tout ce qui est « psy » et imaginer un monde sans psy.

Un monde sans psychose, par exemple, mais avec des états de conscience altérée qui témoignent d’une histoire de vie où le psychotique ne serait pas l’incurable mais une personne en quête de changement, pour qui ses expériences, ses émotions et ses pensées ne sont pas que des symptômes d’une pathologie.

Un monde sans psychiatre mais avec des soignants de l’âme qui savent dialoguer, désamorcer une situation et user modérément de médicaments psychotropes avec le consentement éclairé de la personne.

Un monde sans hôpital psychiatrique puisque personne ne veut finir chez les fous et, du coup, plus de services fermés, ni de chambre d’isolement, ni de contention.

Un monde sans psychothérapie institutionnelle, serait-ce un monde où on s’arrêterait de penser les lieux de soins et où on se contenterait d’une explication biologique de la souffrance?

Est-ce que la maladie mentale est une maladie du cerveau inventée par les neuropsychiatres pour se faire de l’argent ?

Un monde sans psychisme, ne serait-ce pas aussi un monde sans rêves ni inconscient? Quelle place pour la psychanalyse, pour l’interprétation et la mise en sens du passé comme du présent, est-elle encore opérante et peut-elle nous aider à nous émanciper?

Et que faire de la psychoéducation ou de la réhabilitation psychosociale, sont-elles réellement des inventions pour redonner au psychiatrisé un pouvoir sur la maladie et une place dans la société?

Si on t’a dit d’aller voir un psy, c’est sûrement un psychologue, c’est peut-être une bonne chose que de pouvoir déposer ton vécu avec une personne formée à l’écoute, mettre des mots et dénouer une souffrance qui pourrait s’aggraver. Et quand c’est grave, on appelle le psychiatre, qui contrairement au psychologue, peut te prescrire des médicaments pour apaiser l’angoisse.

Dans un monde sans psy, le médecin généraliste serait en première ligne. Si tu fais une dépression sévère, il te prescrira des antidépresseurs et te conseillera d’aller voir un thérapeute. Du coup, tu tomberas sur des gens formés à l’écoute et aux relations interpersonnelles ou alors à des techniques plus comportementales pour t’aider à résoudre des situations bloquantes.

Quand on traite uniquement les comportements ou les symptômes « sans psy », on cherche à objectiver un problème et à le régler par un exercice, un protocole ou un médicament. La psy, elle, est un défi pour la science et la neuroscience car la psy s’intéresse à la personne et pas qu’au cerveau. La psy parle à l’humain pendant que le scientifique ne cherche souvent qu’à identifier, quantifier, diagnostiquer et éradiquer un problème.

Politiquement, c’est assez contradictoire, car on cherche à développer le pouvoir d’agir des usagers en santé mentale tout en dévalorisant ce qui n’est pas quantifiable comme le soin non-médicamenteux ou la parole. Les usagers doivent participer et s’exprimer dans des lieux où leur parole est niée. 

Et si on est capable de compter le nombre de chambres d’isolement ou de contentions mécaniques effectués, pourquoi ne pas simplement abolir ces pratiques et fixer un objectif de tolérance zéro en maltraitance?

Outre la peur du citoyen envers la psy, il y a la peur du personnel soignant envers l’imprévisibilité et la violence des patients. Car dans un monde sans psy, sans psychodynamique ni psychopathologie, il ne reste plus que la psychodynamite qui explose quand le temps, l’envie, la confiance, le sentiment d’être en sécurité et le collectif sont défaillants au sein d’une équipe soignante.

Un monde sans psy, ça coûte sûrement moins cher au Ministère de la santé, on s’appuiera alors sur les accompagnateurs, les aidants et pair-aidants, les facilitateurs, les conseillers d’insertion et animateurs comme pour oublier l’existence même de cette dimension psy qui reviendra sur le devant de la scène uniquement au prochain fait divers ou à la prochaine crise. Et là on dira d’un tel qu’il était fou ou qu’elle était folle et que c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre ni à espérer de ces gens-là

Texte constitutif du réseau européen « Alternative à la psychiatrie », MARGE #6, 1975

Nous vous invitons à écouter cette émission de Crio Cuervos pour en savoir plus sur le journal et le mouvement MARGE créé en 1974.

Nous reproduisons ci-dessous l’article paru dans le n°6 de Marge (pdf en fin d’article) : Texte constitutif du réseau européen « Alternative à la psychiatrie »

Le réseau regroupe:

Les personnes et groupes présents les 24, 25 et 26 janvier 1975 à la rencontre « Alternative au secteur » : équipes de santé mentale, psychiatres, infirmiers, psychiatrisés, avocats, communautés, etc. ont décidé de former un réseau européen qui assurera une coordination entre eux, ainsi qu’avec toutes les équipes qui se joindront à ce réseau en accord avec son texte constitutif.

  • tout d’abord les psychiatrisés mais égaIement tout groupe décidé à lutter contre l’oppression qu’il subit,
  • tous ceux qui sont les promoteurs et les animateurs de fait d’expériences collectives psychiatriques ou non qui constituent des alternatives au secteur ou des tentatives de destruction de l’asile,
  • enfin tous ceux, travailleurs de la santé mentale ou non, qui refusent de s’inscrire comme les agents d’un ordre psychiatrique répressif et exigent que soient traités les vrais problèmes sur un mode autre que technocratique.

Deux à trois personnes par pays effectueront la coordination au niveau européen. Cette coordination comporte:

  • échanges d’informations sur les expériences et les luttes des uns et des autres,
  • lutte contre la répression,
  • réalisation d’actions communes.

Le secrétariat européen sera assuré par une personne belge jusqu’à la tenue d’une prochaine rencontre. A partir de cette rencontre qui aura lieu dans six mois environ, le secrétariat européen devra être assuré par une personne appartenant au pays où se tiendra cette nouvelle rencontre.

Préambule

Nous estimons que les luttes sur la santé mentale doivent s’insérer dans l’ensemble des luttes des travailleurs pour la défense de leur santé et en, coordination avec toutes les luttes des forces sociales et politiques pour la transformation de la société. Il ne s’agit pas, pour nous, d’obtenir la tolérance pour la folie mais de faire comprendre que la folie est l’expression de contradictions sociales contre lesquelles nous devons lutter comme telles. Sans transformation de la société il n’y a pas de psychiatrie meilleure mals toujours une psychiatrie oppressive.

Nous refusons d’enfermer dans la terminologie psychiatrique les problèmes d’aliénation et de marginalisation alimentés par le système sociopolltlque.

Nous exigeons de cesser d’être les agents passifs d’un système de répression de fait des marginaux sous couvert de soins et de réadaptation.

Le réseau se fixe pour objectifs:

  • la plus large information sur les expériences psychiatriques ou non de destruction de l’asile, d’alternative au secteur, de travail dans la communauté, le soutien de ces expériences et leur défense par tous les moyens (de presse, financiers, juridiques, etc.),
  • l’analyse politique collective des situations locales et des institutions en place en démontant les mécanismes économiques et politiques qui légitiment et perpétuent les dites institutions répressives tout en entretenant des processus de marginalisation,
  • le soutien aux luttes en cours dans le champ des institutions psychiatriques inséparables des autres luttes menées par les marginalités et les couches sociales opprimées,
  • une recherche active de tous les moyens visant à faire disparaître le monopole du pouvoir psychiatrique au bénéfice d’une lutte menée par les intéressés eux-mêmes dans le cadre des luttes sociales qui commencent à l’école, dans le quartier, dans le milieu de travail et dans la ville,
  • l’exigence d’une relation concrète entre les pratiques et les discours théoriques tenus à leur propos.

L’hôpital psychiatrique

L’hôpital psychiatrique est encore de droit l’épine dorsale du dispositif du secteur. Toute tentative de sectorisation ou de psychiatrie dans la communauté n’aboutira qu’à une miniaturisation de l’hôpital si on ne casse pas la logique de l’hôpital.

Cette rupture – qui constitue un des axes fondamentaux du réseau international que nous avons constitué – vise à définir, en premier lieu, avec l’optique médicale du traitement de la « maladie mentale » et avec les impératifs de rentabilité qui lui sont systématiquement conjoints (par exemple les notions d’acte médical, de prix de journée, de lit, etc.). L’existence de métiers de soin de la folie (psychiatres, infirmiers, éducateurs, etc.) participe des systèmes généraux de contrôle, de normalisation et de répression. La folie pose des questions dont les réponses sont à chercher à un tout autre niveau que celles qui sont apportées par des corps de métiers spécialisés. Ce n’est pas parce qu’il y a quelque part une souffrance qu’on doit s’en remettre systématiquement à la machine médicale.

Quoiqu’il, en soit, dans l’immédiat, il ne saurait y avoir de doute, il est nécessaire:

  • d’arrêter toute nouvelle construction d’hôpitaux psychiatriques et de services spécialisés. Dans les pays qui sont saturés par ce genre d’équipements répressifs et où les effectifs des hôpitaux ne cessent de décroître, à quoi bon vouloir les remplir de force? Dans les pays où ces équipements sont en « retard », il est primordial de lutter contre leur construction et le type d’impasse qu’elle implique,
  • d’engager dès maintenant un processus de reconversion des hôpitaux psychiatriques existants. Il ne saurait s’agir d’une liquidation bureaucratique du type de celle qui a été faite en Californie. Il n’est pas question de léser une couche de travailleurs et de jeter les gens à la rue. Ce processus de reconversion devra être pris en charge par l’ensemble de ceux qui vivent la folie, de ceux qui vivent par la folie, de ceux qui vivent avec la folie, avec les différents groupes sociaux qui sont intéressés à cette reconversion et qui ne sont pas nécessairement branchés sur la folie.

L’enfance

C’est de plus en plus tôt que les enfants sont marginalisés et exclus de l’école, et dirigés vers les institutions psychiatriques. C’est pourquoi l’enfance est un front de lutte essentiel pour notre réseau. Le secteur et les institutions parallèles sont la caution et l’instrument privilégié de cette exclusion car ils offrent aux enfants, aux adultes et aux enseignants des possibilités de prise en charge démultipliées proposées comme solutions techniques individuelles à des problèmes politiques. L’idéologie psychanalysante est une des formes les plus subtiles mises en place actuellement pour entretenir ce système.

La fonction actuelle de la psychiatrie infantile est de traiter médicalement des enfants qui lui sont envoyés pour retard scolaire ou inadaptation à la structure scolaire. Dans notre lutte, l’école a une importance stratégique essentielle.

Nous proposons de constituer plusieurs groupes internationaux de travail au sein du réseau:

  • pour analyser précisément la situation de la psychiatrie infantile et de l’école dans les différents contextes nationaux, locaux, etc.
  • pour réunir les expériences qui, lorsqu’elles sont isolées, sont immédiatement récupérées,
  • pour penser à des possibilités de liaisons concrètes au niveau du quartier avec les travailleurs, les groupes politiques, les groupes d’action, les enseignants compte tenu des incompréhensions qui peuvent éventuellement surgir auprès des organisations syndicales,
  • pour élaborer des formes de lutte et la possibilité de faire surgir une pratique alternative,
  • enfin pour laisser la plus grande place à la parole des enfants qui sont les premiers Intéressés.

Justice et psychiatrie

La justice et la psychiatrie sont deux modalités complémentaires d’intervention contre la déviance. Délinquance et maladie mentale deviennent équivalentes. Contre l’alliance entre justice pénale et psychiatrie, nous voulons développer l’alliance des travailleurs de la santé mentale avec les avocats et magistrats de gauche. Il s’agit d’utiliser leurs pouvoirs respectifs non pas pour l’oppression des déviants mais pour faire éclater les contradictions sociales à la base de la déviance.

  1. Nous devons participer à la défense des internés comme des psychiatrisés, obtenir pour eux le respect des droits que les constitutions garantissent à tout citoyen, des droits élémentaires de l’individu.
  2. Nous devons notamment lutter pour le droit à l’information des internés et des psychiatrisés sur ce qui se passe dans les institutions où ils vivent. Le réseau doit contraindre la presse à aborder ces questions. Il doit permettre l’information réciproque sur les luttes menées dans chaque pays à ce sujet.
  3. Nous pouvons dès maintenant publier largement les expertises psychiatriques. Nous pouvons aussi constituer des groupes de psychiatres qui se mettent à la dispositions des inculpés.
  4. Nous demandons l’abolition des lois sur les hôpitaux de force, sur la toxicomanie, contre les alcooliques dangereux, sur le placement d’office.
  5. Nous dénonçons l’intervention croissante des psychiatres dans les prisons et la délivrance de neuroleptiques aux détenus pour maintenir l’institution.
  6. Nous remettons en cause les mesures de surveillance pénale auxquelles participent les psychiatres à qui les juges délèguent de plus en plus leur pouvoir. Nous refusons le rôle policier du secteur (fichage, traitements forcés).
  7. Le réseau que nous constituons est ouvert à tous les groupes, de magistrats, de détenus, de défense juridique, qui luttent dans la même direction. Son organe de coordination travaillera en relation avec la coordination internationale des mouvements de justice démocratique.

Les psychiatrisés

Ls psychiatrisés et internés ne sont pas seulement des marginaux puisqu’ils sont des travailleurs ou chômeurs ayant subi l’exploitation ou la répression de la société capitaliste.

Seule une transformation de la société, un affrontement de classe, et à condition qu’ils y participent pourra supprimer l’institution psychiatrique avec ses nombreux bras (asile, hôpital psychiatrique, secteur, prison, etc.). Nous devons lutter contre l’idéologie psychanalytique qui récupère leurs discours et leurs luttes dans une nouvelle forme subtile de répression et de quadrillage policier: le passage de l’hôpital psychiatrique au secteur.

Nous devons également supprimer les rapports soignants-soignés reproduisant la domination de classe. Nous réclamons pour les mouvements de psychiatrisés et d’internés le droit d’information, d’organisation et de liberté d’expression, le droit de consultation et de retrait des dossiers, le droit à l’information médicale et au refus des médicaments, l’abolition des lois d’internement et de collocation.

Témoignage de Shana Dubé : « Ne jamais abandonner »

« Au début, j’étais gênée de dire que j’avais des problèmes et que j’avais été hospitalisée en psychiatrie. J’étais gênée aussi de dire que je prenais de la médication, mais il ne faut pas avoir honte. »

Que peut-on espérer d’un soignant en psychiatrie ?

Message aux étudiants, internes, aide-soignants et futurs infirmiers : n’oubliez pas que le soin en psychiatrie repose sur votre capacité à entrer en contact avec l’autre, cet autre qui a perdu temporairement contact avec la réalité et qui dépose en vous sa confiance et son espérance d’aller mieux.

La meilleure technique en psychiatrie c’est la parole.

Le soin en psychiatrie ne se résume pas aux actes techniques : l’injection et la distribution de médicaments, la prise de sang ou encore la mise sous contention mécanique. Vous n’êtes pas là simplement pour regarder le patient discuter avec le médecin psychiatre ou pour l’attacher quand il devient agressif.

Les maladies psychiques sont des maladies de la relation, des troubles du comportement qui expriment une difficulté d’être au monde, d’entrer en contact et en relation avec les autres. La maladie est aussi une solitude invivable.

Si beaucoup voient les malades comme des bêtes sauvages qui peuvent devenir incontrôlables et violentes, dîtes-vous que de l’autre côté, beaucoup voient les blouses blanches comme des automates dénués d’humanité.

La compétence d’entrer en relation avec le patient (voire le transfert) n’est pas réservée qu’au médecin psychiatre. La parole n’est pas un luxe mais la condition même du soin. Si les médicaments servent à apaiser l’angoisse et les symptômes, ils n’ont pas d’autre propriété que de permettre au patient de redescendre de son nuage pour entamer le vrai soin, celui qui lui permettra de mettre un sens à sa crise et de verbaliser son vécu.

Soigner c’est tout simplement redonner vie et voix au patient pour qu’il puisse rentrer en contact avec les autres.

Cela passe également par les médiations artistiques et corporelles.

Si la parole du patient est reine, il ne faut pas oublier celle des soignants et aide-soignants. Car ils souffrent souvent en silence du manque d’échanges et de sens dans leur pratique au quotidien. Contraints à attacher, à mettre à l’isolement à l’hôpital parce que les mots ne suffisent plus, incapables de désamorcer une situation et d’apaiser un patient par la parole.

Chaque malade a besoin d’être écouté et renforcé dans sa confiance en l’autre. Pour ne pas sombrer, le malade doit pouvoir se raccrocher à quelque humanité bienveillante et rassurante, de la part des soignants comme des autres patients.

Chaque soignant doit pouvoir être une présence parlante et rassurante, plus qu’un technicien du soin, il devrait pouvoir compter sur une solidarité collective pour résoudre les conflictualités et ne pas déconnecter son humanité quand il doit faire face à la terrifiante angoisse qui habite le malade.

La souffrance psychique fait peur mais ce n’est pas une fatalité quand elle trouve en l’autre une présence thérapeutique. La thérapie sous ses formes variées ne devrait pas se limiter à réparer les circuits de pensée défaillants comme on répare un ordinateur mais devrait permettre à chaque personne de trouver une place dans la société et dans la communauté des humains.

On peut mettre le patient au travail, lui trouver un logement, le rendre acteur de sa vie mais là où la médecine et la technique montrent leur limite c’est dans la mise en relation de la personne pour qu’elle trouve plaisir et envie d’être avec les autres et ne pas rester un patient réautomatisé et adapté.

Si certains n’ont pas envie de trouver un sens à leur souffrance ou fouiller dans leur passé, la thérapie doit tout de même permettre de retrouver la parole et un plaisir d’exister.

Joan

Faut-il préférer la scientologie à la psychiatrie ? #scientologievspsy

33 millions d’euros, c’est l’argent déboursé par un investisseur privé pour installer les locaux de la scientologie à Saint-Denis (93).

Il faut arrêter de stigmatiser la scientologie, il faudrait plutôt l’éradiquer. 
On pourrait remplacer le mot scientologie par psychiatrie, et c’est bien là le problème.

Mais pourquoi faire le lien entre scientologie et psychiatrie?

C’est simple, la scientologie prétend exercer une emprise mentale exclusive sur ses adeptes et c’est pour ça que la psychologie et la psychiatrie la gênent, puisque c’est leur rôle de soigner le mental.

En effet, la doctrine dianétique inventée de toute pièce par le créateur de la scientologie est vendue comme une méthode pour atteindre le bien-être mental, et ce, sans médicaments ni psychologue.

Les médicaments sont remplacés par des vitamines et le psy est remplacé par un « pair » scientologue plus expérimenté appelé auditeur, qui écoute et prend des notes en interrogeant la personne sur ses problèmes existentiels.

Comme la psychanalyse, cette méthode est dite analytique, on cherche à trouver la cause des problèmes pour s’en libérer. Sauf que pour atteindre le bien-être, il faut passer des paliers avant de pouvoir découvrir l’explication ultime (ou plutôt première) sur l’origine des maux de l’homme. Celle-ci a été écrite par le créateur de la scientologie, un brillant écrivain de science-fiction. Selon lui, il aurait existé une humanité il y a quelques millions d’années dans une société similaire à la nôtre et ce sont les âmes de ces premiers humains avec leurs souffrances qui entrent dans le corps de chaque nouveau-né. Et c’est de ça dont il faut se libérer et se purger et non pas de ses propres traumatismes.

Le problème c’est que cette méthode fantasque a déjà donné lieu à un drame. Elly Perkins, adepte américaine de la scientologie, est morte sous les coups de couteaux (77 en tout) de son fils Jeremy, atteint de troubles psychiatriques, pour qui elle refusait tout soin psychiatrique, tout en lui imposant les méthodes et les vitamines des scientologues.

Malheureusement, les troubles psychiatriques lorsqu’ils ne sont pas accueillis et traités par des spécialistes peuvent aboutir au pire.

On ne peut pas nier que la psychiatrie peut aussi conduire à la mort, on a tous entendu parler de suicides à l’hôpital, il s’agit d’un sujet délicat mais on ne peut pas réduire la psychiatrie à ça. La psychiatrie maltraitante et les mauvais psy existent également, mais l’approche clinique et médicale transmise depuis deux siècles et complétée par les découvertes liées aux mécanismes de défense et de l’inconscient sont indéniablement plus rationnels que la méthode scientologue. Cette dernière est même dangereuse.

Il est étrange de voir que les psy et les élus ne réagissent pas face à l’expansion de la scientologie qui profite de la détresse et de la méfiance collective par rapport à la psychiatrie pour recruter des adeptes.

Ainsi, l’association CCDH qui fait son beurre sur les abus de la psychiatrie est en même temps une vitrine de la scientologie en France pour recruter les laissés pour compte de la psychiatrie.

A Saint-Denis, c’est une autre association « Le chemin du bonheur » qui a pris ses quartiers pour diffuser et recruter des adeptes en quête de bien-être.

Le bien-être est souvent promu par l’Organisation Mondiale de la Santé et les politiques publiques de l’Etat visant à réduire l’impact des maladies psychiatriques et les coûts liés aux hospitalisations en psychiatrie. Sous couvert de bien-être et de positivisme, on nie la souffrance et la spécificité psychiatrique et sa complexité qui nécessite une formation des professionnels au dialogue et au soin relationnel pour désamorcer les situations potentiellement dangereuses. Cette spécificité du soin psychique ne saurait se limiter à la formation des seuls soignants de la psy mais mériterait d’être transmise au reste de la société pour faire reculer la peur et la psychophobie tout en faisant reculer les dérives sectaires comme la scientologie.

Pour ceux qui voudrait approfondir la supercherie de la scientologie, voici l’excellent documentaire « Going clear » traduit en français.

Le droit à l’oubli

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier […] il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. »

Friedrich Nietzsche

Il est des choses qu’on ne peut pas oublier, il est des personnes qu’il vaut mieux oublier.

Non pas qu’elles ne méritent pas notre attention mais parce qu’elles prennent trop place dans notre esprit.

Le temps fait son œuvre, il éloigne les moments douloureux et nous invite à passer à autre chose avant qu’il ne soit trop tard.

Parfois l’idée même du temps nous paralyse, on a peur de l’irréversible, on préfère remettre à plus tard, ne pas se projeter dans un temps futur qui nous rapproche de la mort.

S’oublier un instant, oublier qu’un jour on va mourir, c’est s’autoriser à vivre dans le présent et profiter d’un rayon de soleil, d’une rencontre plaisante mais aussi nous encourager à nous inscrire dans le futur.

La liberté d’oublier c’est peut-être se donner la liberté d’exister et de ne pas ressasser le passé afin d’entrouvrir la porte des jours nouveaux.

OK tu dois prendre des médicaments tous les jours parce que tu as une fragilité psychique mais est-ce que cette habitude t’empêche de faire que chaque jour soit nouveau et différent.

Si les jours se répètent et se ressemblent comme dans un présent continuel où l’on s’empêche de penser à tout ce que l’on pourrait faire autrement, alors il est temps d’enclencher le changement, de prendre un pied de biche et d’enfoncer cette porte entrouverte qui ouvre un espoir.

Prenons l’exemple de la psychiatrie puisque c’est à elle que je pense sans la nommer, j’ai l’impression d’être attaché à elle comme à un lit, ai-je le droit de l’oublier?

Je peux oublier un jour de prendre des médicaments mais je les prendrai le lendemain, ce n’est pas un si grand problème et ce n’est pas définitif.

Mais puis-je oublier la psychiatrie et passer à autre chose? Faire de ces comprimés une habitude journalière, comme si c’était une simple maladie, et faire de ma vie autre chose, penser et circuler hors des espaces de santé mentale.

La psychiatrie ne doit pas être une expérience identitaire, on devrait pouvoir se passer de ses étiquettes. Pouvoir se dire qu’on a un diagnostic médical mais que dans la vraie vie ça ne regarde que moi et que ça ne fait pas mon identité. Cette liberté implique qu’on ne soit pas attaché par la contrainte, ou une quelconque tutelle ou curatelle qui fait de nous un malade avant d’être une personne à part entière.

Si le droit à l’oubli est le droit à passer à autre chose, comment faire en psychiatrie pour représenter les usagers par des personnes directement concernées si le rétablissement passe par un affranchissement, par le fait de ne plus vouloir entendre parler de la psychiatrie?

Si la psychiatrie n’était pas si stigmatisante, que l’on pouvait circuler dans ses espaces et puis dans d’autres, aller et venir, on pourrait militer en tant qu’usager ou ex-usager une fois par semaine (dans les instances de « démocratie sanitaire » ou autres), puis vivre sa vie le reste de la semaine.

Et puis, pour ceux qui voudraient qu’on les oublie complètement, est-ce que ce droit à l’oubli est juridiquement possible, quand on sait que pour un prêt ou une assurance on peut vous demander votre historique notamment par rapport aux hospitalisations.

Pourquoi est-ce si honteux d’être passé par la psychiatrie ou d’être suivi en psychiatrie, et qu’en parler vous expose à devoir faire un « coming-out » comme un aveu de votre fragilité ou plutôt de votre déviance?

Le problème n’est-il pas qu’on laisse parler les normaux à notre place, professionnels, industriels du médicament, lobbyistes en tout genre, qu’on coûte tant de milliards à l’assurance maladie, qu’on a 10 à 20 ans d’espérance de vie en moins, que nous sommes 12 millions?

Où sont les 12 millions quand il s’agit de parler dans les médias de la stigmatisation, du vécu en psychiatrie, des conditions d’accueil indignes et traumatisantes, de ces portes fermées à double-tour, de ces sangles qui attachent parce que le patient agité est dit ingérable…

Je ne me permettrai pas d’oublier car je sais que d’autres conditions d’accueil sont possibles, que notre intérêt diverge des intérêts médico-économiques et que je n’ai pas envie de me retrouver une nouvelle fois dans le même pavillon psychiatrique dans quelques années. Non pas qu’il faille fermer les hôpitaux et les lits comme le suggère le cours actuel des choses, mais qu’il est temps de revendiquer et de se donner les moyens de faire la psychiatrie autrement avec les personnes directement concernées, les soignants qui veulent faire leur métier dignement et sans maltraitances, et les citoyens se sentant concernés.

JOAN